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Passion Provence
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  • Bienvenue chez moi à Trans en Provence dans le Var. Je vous invite à la découverte de la Provence et du Var en particulier à travers son histoire, son patrimoine, ses traditions, ses coutumes, ses légendes, etc...
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25 mai 2024

Les bains publics, lieux de prostitution au Moyen-Age

Bains-publics-moyen-age-finissant-en-bordel-avec-repas-et-prostitution

 

Les bains publics, enluminure

 

Un couple nu se délasse dans un baquet rempli d'eau ; des femmes et des hommes dans le plus simple appareil se pressent devant un buffet, goûtant des mets savoureux... Le Moyen-Age, moins prude qu'on veut bien le dire, nous a légué nombre d'enluminures, gravures et autres miniatures de ce genre. Leurs décors sont les étuves, ces établissements de bains publics où chacun s'il en a les moyens, vient s'adonner aux plaisirs autorisés et même recommandés de la toilette. Mais certaines de ces œuvres montrent un élément quelque peu inattendu : un lit, dont le dais, relevé, laisse entrevoir un couple se livrant à d'autres agréments que ceux des ablutions. Implantées dans les villes à partir du XIIème siècle les étuves publiques répondent aux besoins d'une population en augmentation permanente. Mais dès le siècle suivant, elles acquièrent une réputation sulfureuse. Et, bien que la débauche y soit interdite, elles s'affirment comme l'un des principaux lieux de prostitution. Les premières étuves sont mixtes et ouvertes à tous. De plus, les clients peuvent se baigner en chemise ou dévêtus, car au Moyen-Age, la nudité n'est pas considérée comme sale.

 

Etuve

 

Et quand les étuves sont près de chez eux, les gens qui ont peu de moyens s'y rendent parfois sans vêtements, de peur de se les faire voler ! Mais dans ces étuves, on y boit et on y mange épicé, on festoie. Et évidemment, cela engendre des envies ! Sans oublier la présence des "frotteuses" (terme apparu vers 1350), ces servantes qui lavent le corps des clients avec des parfums, et dont certaines deviennent des filles de joie. De ce fait, les maisons de bain ont des chambres à l'étage et on y trouve des lits. C'est seulement à partir du XVème siècle que des villes imposent une séparation hommes-femmes ou distinguent les étuves "honestes" des prostibulaires (terme relatif à la prostitution et à l'adultère). Mais, dans les cités médiévales en plein essor, selon faisait déjà longtemps que le prostitution débordait l'intimité des étuves. Toute bonne ville a ses filles, comme Avignon par exemple. Filles et fillettes joyeuses, folles de leur corps et autres belles dames cherchent le client dans les tavernes, les moulins, les fossés, aux abords des ponts, des églises ou des lieux de pèlerinage et jusque dans les cimetières, espaces non clos à l'époque et où se tiennent foires et marchés. Il s'agit souvent d'étrangères qui s'exilent pour préserver leur réputation. Certaines se déplacent en charrettes ambulantes, pour éviter de tomber sous la coupe des municipalités. Un proxénète peut aussi mener trois ou quatre filles de ville en ville. Qui sont leurs clients ?

 

 

Explication du terme proxénète :  terme du XVIème siècle, emprunté par l'intermédiaire du latin proxeneta, du grec proxenêtês "celui qui s'entremet pour un marché, courtier. Mais encore personne qui tire des revenus de la prostitution d'autrui. On dit aussi souteneur et dans le langage populaire maquereau ou maquerelle.

 

Source : Dictionnaire de l'Académie française

 

"Tout proche est le terme de ton chemin, et le joyeux bordel aussi, qu'on repère aux odeurs qu'il exhale, entre donc et salue de ma part les maquerelles et les putains, toutes vont t'accueillir au sein de leurs caresses." 

 

Source : Le Parnomita, Hermaphroditus, XIVème siècle

 

Couple au lit

 

Suite du texte : Qui sont leurs clients ? Des mauvais garçons, des artisans, des paysans, des soldats, des étudiants, des bourgeois et même des curés ! Au XVème siècle, une fille vaut le prix d'un œuf ! Difficile pour le très pieux saint Louis (Louis IX) d'accepter que la débauche se banalise dans son royaume. Le péché de luxure est le plus combattu par l'Eglise. Le roi promulgue dès 1254 une ordonnance visant à expulser les prostituées des villes de France. Un arrêt cependant bien difficile à faire respecter, d'où la relative tolérance du souverain qui deux ans plus tard, réduit le périmètre d'exclusion aux beaux quartiers et aux lieux saints. Il s'est rendu à l'évidence, sous l'influence de l'Eglise dont les positions sur la fornication ont évolué. Ces pratiques coupables sont donc tolérées, voire organisées, les lieux de résidence et horaires de "travail" réglementés. Avec une différence notable entre le nord et le sud du royaume. Au nord, la prostitution est cantonnée dans certains quartiers au noms fleuris tels : rues de la Fesse à Douai, rue Trace-putain et Tire-boudin à Paris. Rejetée en périphérie, elle gagne aussi les faubourgs ou les bords de fleuves, d'où le mot bordeau. A Besançon, les fillettes racolent sur les rives du Doubs avant de ramener le client au bordel pour la passe. En revanche, dans le sud du royaume, ce ne sont pas des rues mais de véritables établissements qui sont consacrés à la prostitution. Celle-ci est davantage contrôlée et les bordels publics qui apparaissent au XVème siècle ont pignon sur rue. Château-Gaillard à Tarascon, Bon-Hôtel à Aix (en Provence).

 

Bain medieval

 

Souvent situées au cœur des villes, ces maisons attirent une clientèle populaire, surtout des célibataires. Concurrencés par les tavernes, les bordels privés, dont les étuves et la prostitution de rue, ces établissements publics sont administrés par les pouvoirs urbains qui en tirent profit. Les municipalités font office de proxénètes. Le tenancier du bordel peut être une ancienne prostituée ou bien encore un sergent ! Ainsi, à Perpignan, une ordonnance consulaire de 1330 incite les filles à demeurer dans un lieu-dit surveillé par le "père des orphelins" qui est lieutenant de police. Quant aux ecclésiastiques, ils sont aussi très impliqués car l'Eglise est propriétaire de nombreux immeubles qu'elle loue. A Avignon, dès 1337, le maréchal du pape surveille les prostituées et touche chaque semaine deux sous par courtisane. Les tenanciers de bordels sont d'ailleurs souvent nommées "abbés" ou "abbesse" et certains établissements comme celui de Toulouse "abbaye". Ces "maisons communes" sont conçues comme des garants de l'ordre social et moral, il s'agit de satisfaire les ardeurs masculines et de protéger les honnêtes femmes. Le bordel public est créé par les autorités urbaines dans le but de canaliser la sexualité hors mariage en un lieu clos.

 

Bordel

 

Les prostituées sont des pécheresses, mais elles peuvent être sauvées car elles ont le droit d'aller à l'église et même d'être enterrées dans le cimetière, si elles se sont confessées avant de mourir et rien ne leur interdit par ailleurs d'assister aux fêtes publiques. Dès la fin du XVème siècle, toutefois, la peur de la maladie  et de la mort entraîne un changement des mentalités qui frappe les prostituées. La syphilis fait des ravages au sein d'une population déjà éprouvée par les épidémies de peste et par les guerres. Les filles joyeuses font place aux garces, putains et femmes impudiques. La prostituée devient l'enrôleuse macabre, porteuse de tous les vices. Jugés dangereux par les autorités, bordels et étuves ferment dès 1550, et l'ordonnance de 1560 promulguée l'année suivante, met fin à l'existence officielle de la prostitution. Dans les faits, elle continue en toute illégalité à essaimer dans les tavernes, rues et maisons. Les châtiments publics infligés aux femmes de mauvaise vie deviennent alors un moyen de pression morale pour satisfaire le puritanisme associé à la Réforme et à la Contre-Réforme (XVIème siècle).

 

Avignon au Moyen Age

 

Le pont d'Avignon

 

Avignon, nouvelle Babylone ?

 

Selon un adage du Moyen-Age, on ne peut traverser le pont d'Avignon, sans rencontrer deux moines, deux ânes et deux putains. Au XIVème siècle, l'image sulfureuse de la ville s'explique par l'explosion de la population urbaine liée à l'installation du pape en 1309 (voir mon article sur les papes en Avignon paru le 20 mars 2022). Avec l'arrivée de la cour pontificale, des cardinaux, des princes étrangers, des marchands, l'ambiance est particulièrement survoltée. Au milieu du siècle, la prostitution avignonnaise a son quartier principal : le Bourg Neuf dans les environs du couvent des franciscains. Il est traversé par la Bonne-Rue, où l'on trouve les "bonnes maisons". Pour autant, la prostitution s'intègre dans le tissu social et les bordels sont aussi dispersés dans la ville (près des Carmes, de l'archevêché...) qui compte à cette époque, une dizaine d'étuves. Les filles racolent également dans les cimetières paroissiaux. Dans le cimetière Saint Pierre, il se commet des adultères même la nuit. Sur la plainte du chapitre de saint-Pierre, le pape Innocent VI ordonne sa clôture en 1359. Quant au cimetière du Pont-Frac, au vu des désordres, l'évêque d'Avignon y fonde une chapelle en 1347. Un moyen d'inciter aux bonnes mœurs.

 

Source : Hors-série Sciences et Avenir : Vivre en ville au Moyen-Age - Les nouvelles découvertes - paru en octobre/novembre 2016. D'après l'article "Les filles joyeuses des bains publics" de Laureen Bouyssou.

 

 

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