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 A une époque pas si lointaine - le début du XIXe siècle - les moulins étaient aussi familiers dans nos paysages que le clocher des églises ! Il n'y avait guère de colline ou de flanc de coteau qui ne soient surplombés de ces édifices au paisible manège. En 1809, une enquête ordonnnée par Napoléon montre qu'il existe en France près de 60 000 moulins à vent. En moyenne, un pour quatre cents habitants ! Au fil des siècles, ce moulin à vent est en effet devenu indispensable pour un certain nombre d'usages que nous verrons plus loin. Il apparaît au milieu du Moyen Âge, ramené d'Orient par les Croisés qui ont décortiqué et compris son mécanisme de fonctionnement. Ainsi, la première attestation d'un moulin à vent en France date de 1170, citée dans un document de la ville d'Arles. Il n'est pas innocent que ces bâtiments se soient d'abord développés dans le Midi, car ces régions sont fortement ventées. Ce contexte climatique a aussi influencé leur forme, leur architecture. A l'inverse du Nord du pays où sont bâtis les "moulins-pivots", on voit se propager dans le grand Sud, les "moulins-tours". Comment se présentent-ils ? Comme leur nom l'indique, ils sont d'abord constitués d'une tour cylindrique en  pierre. Cette forme et l'épaisseur importante des murs (certains ont un mètre de large à la base) permettent de résister aux bourrasques de vent en haut des crêtes. Elles servent aussi à limiter les vibrations engendrées par la marche continuelle du moulin, qui mettent parfois à mal la maçonnerie (certains corps de moulins sont d'ailleurs cerclés de fer). Cette tour ronde n'a qu'une porte, surmontée en général de deux fenêtres. Celles-ci sont diamétralement opposées et orientées vers les deux vents dominants qui touchent le moulin. Au-dessus de la tour, on trouve le toit en forme de chapeau pointu où sont ancrées les ailes. Il tourne sur lui-même pour s'orienter face au vent et donner le meilleur rendement au moulin.

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Traditionnellement, il porte une girouette en fer forgé, composée d'une bannière frappée des initiales du meunier. Les ailes qui sont garnies de toiles, comme des voiles, sont presque toujours au nombre de quatre. Dans le sud de la France, leur longueur dépasse rarement 7 mètres, contrairement à celles du Nord qui peuvent atteindre jusqu'à 12 mètres. A l'intérieur du moulin, grâce à un ingénieux système d'engrenages, de pignons..., les ailes actionnent des meules de pierre qui broient les céréales en farine. Nul n'ignore que celle-ci sert à fabriquer le pain, qui devient au cours des siècles l'élément nourricier majeur des Français. Les meuniers ne vont donc pas chômer dans un pays qui a les yeux rivés sur ses épis. On les appelle joliment les "marins des champs" car ils conduisent leur moulin comme un bateau, toujours à l'aide des vents. Ils ont aussi un rôle social important dans le village. Pour un évènement heureux comme un mariage, ils font tourner le moulin au ralenti avec un beau bouquet de fleurs de saison (roses, lilas, lavande...) accroché à chaque bout d'aile. Ces artisans se paient en nature en prélevant une partie de farine sur la quantité de grains apportée. Un mode de rétribution qui alimente les rumeurs et fait de tout meunier un profiteur. On l'accuse d'avoir toujours des poules bien grasses... Mais son métier vaut bien quelques compensations. Le meunier est sujet à de nombreux problèmes respiratoires, à cause de l'incessante poussière de farine qui circule dans le moulin. Si le mineur a le fond des poumons noirs, ceux du meunier sont désespérément blancs.

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Comme pour les moulins à eau, la force gratuite que représente le vent va offrir d'autres usages que la minoterie. En broyant les olives, le moulin rend possible la fabrication de l'huile. En écrasant le tan qui sert au tannage des peaux. Ces turbines d'un autre âge permettent également de fabriquer du papier, scier du bois et des blocs de pierre, tisser et assouplir les pièces issues des filatures, forger le métal, broyer le plâtre... Tous ces édifices ronds et massifs, aux bras articulés, vont néanmoins disparaître progressivement de notre paysage à la fin du XIXe siècle. L'apparition de la minoterie industrielle, l'arrivée des machines à vapeur et des moteurs électriques rendent obsolètes ces bâtis battus à tous les vents. De même, les guerres et les catastrophes naturelles en détruisent beaucoup. Le moulin est très souvent victime de la foudre, perché sur ses collines. Quand au meunier, il est en général soupçonné d'espionnage... car son moulin à vent situé sur une hauteur peut communiquer la position des armées ennemies grâce à la position des ailes et sert aussi d'observatoire.

Source : Le petit Bâti - Sud de la France - Hubert Delobette - Ed. Le papillon rouge - Les photos sont de Nadine et les moulins sont ceux de Régusse (Var).