Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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26 septembre 2020

Silence, on tourne dans le Var !

Leon-Gaumont

Que se soit en décors naturels ou en intérieurs, en plan large ou en plan américain, le Var a toujours eu de bons rapports avec le cinéma en couleur. Et même, en cherchant bien, la ville de Sainte-Maxime, par le biais de Léon Gaumont, doit avoir joué un rôle important dans les grands évènements de l'industrie cinématographique. C'est en effet à ce génial inventeur parisien mais cependant maximois de coeur, que l'on attribue les premiers procédés de cinéma parlant (1902) et de cinéma en couleur (1912). C'est dans les années 20 que commence la grande aventure cinématographique avec le célèbre "Napoléon" d'Abel Gance.

l_etrange_monsieur_victor01

La_Femme_du_boulanger

Plus tard elle se poursuit avec un magnifique duo. Deux chefs-d'ouvre, tournés la même année en 1938, l'un à Toulon, "L'étrange Monsieur Victor" de Jean Grémillon et l'autre au Castellet, "La femme du boulanger" de Marcel Pagnol. La vedette de ces deux films cultes n'est autre qu'un monstre sacré, un enfant du pays : Jules Muraire dit Raimu, le Toulonnais. Par la suite, le département sera à nouveau mis à contribution pour enrichir une filmographie dans laquelle le pire côtoie le plus souvent le meilleur. A Saint-Tropez, les cinéphiles nostalgiques de la nouvelle vague préfèrent se souvenir du film de Vadim et de ses symboles et faire semblant d'oublier que la série des gendarmes a effectué un joli parcours commercial à travers le monde et qu'elle a immortalisé un bâtiment abritant une gendarmerie que tous les touristes viennent photographier.

Le gendarme de st tropez

A l'écart des plages du littoral, les plus petites communes de l'arrière-pays varois ont prêté leurs places et leurs ruelles à de nombreuses productions. Mais à moins de pouvoir faire un arrêt sur image, il convient d'avoir un oeil averti si l'on veut essayer d'identifier les villages en question dans des plans qui ne durent parfois que quelques secondes. Une séquence de "L'arbre de Noël" réalisé par Terence Young avec Bourvil et William Holden se situe à La Martre.

le_cerveau

Dans "Le cerveau" de Gérard Oury, la voiture dans laquelle ont prit place Jean-Paul Belmondo, David Niven et Bourvil traverse à fond un village où la foule en liesse est censée fêter le 14 juillet. Seuls les habitants de Bargemon savent que c'est le leur et que ce n'était d'ailleurs pas le jour de la fête nationale. La scène qui dure moins d'une minute dans le film a été reprise plus de vingt fois avec une centaine de figurants amusés de cette expérience. La commune de Brenon a servi de décord pour certains plans des "Seins de glace" de Georges Lautner.

Les spécialistes

Dans "Les spécialistes" de Patrice Leconte, Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin effectuent quelques belles acrobaties sur la rive gauche des gorges du Verdon offrant au public des vues époustouflantes du canyon. Au cours du "Voyage en douce" de Michel Deville, Géraldine Chaplin et Dominique Sanda profitent d'une de leurs étapes provençales pour flâner sur le marché de Draguignan. Jusqu'à l'ancien village de Brovès déserté  depuis son annexion au camp militaire de Canjuers, qui a vécu sa deuxième mort lors du tournage du film de Maroun Bagdadi "Hors la vie". Avec un minimum d'artifices, les façades borgnes des maisons provençales ont offert l'image de désolation d'un quartier de Beyrouth dévasté par la guerre. Certains figurants locaux qui avaient bien connu le village avant qu'il ne soit officiellement rayé de la carte, n'ont eu aucune difficulté à afficher le masque de la résignation et de la douleur propre aux populations des pays en conflit quasi permanent.

Les_Quatre_Saisons_d_Espigoule

Dans une note plus optimiste, c'est un village tout entier, rebaptisé Espigoule pour l'occasion, qui a participé à la truculente comédie de Christian Philibert, "Les 4 saisons d'Espigoule". Le village existe bel et bien puisqu'il s'agit de Ginasservis, dont les élus, les habitants, les commerçants et les figures locales ont été mis à contribution pour interpréter leurs propres rôles. Dans la catégorie des "remake", c'est le village d'Artignosc sur Verdon qui a été retenu pour y tourner une partie des scènes de la nouvelle version télé de "La femme du boulanger" avec Roger Hanin.

Arrivée train gare de la ciotat

Depuis "L'entrée du train en gare de La Ciotat", le premier film à sensation tourné par les frères Louis et Auguste Lumière en 1895, aux dernières séries télévisées en date, telle "Plus belle la vie" dont l'action se passe à Marseille, la Provence en général et le Var en particulier ont servi de cadre à une centaine de chefs d'oeuvre du cinéma français et étranger, sans compter les autres feuilletons et sitcoms tournés chaque été dans les stations du littoral.

Source : Couleurs du Var - Morceaux choisis - Edité par le Conseil général pour le supplément du Conseil général Var Magazine - Année 2000.

PLus belle la vie

 

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19 septembre 2020

La Coupo Santo, l'hymne de la Provence

coupo_santo-copie-1

La Coupo santo, c'est-à-dire la Coupe sainte, est une coupe en argent que les félibres catalans offrirent aux félibres provençaux lors d’un banquet qui se tint à Avignon le 30 juillet 1867, en remerciement de l’accueil réservé au poète catalan Victor Balaguer, exilé politique en Provence.
Cette coupe est l’oeuvre du sculpteur et statuaire Louis Guillaume Fulconis et de l’argentier Jarry. Les deux femmes représentent la Provence et la Catalogne. Cette union entre Catalans et Provençaux se retrouve aussi dans les couleurs du drapeau provençal : d'or et de gueules. Fulconis en apprenant la destination patriotique de la coupe qu'il avait réalisée refusa d'être payé pour son travail.

Nota de Nadine : Je précise que Louis Guillaume Fulconis (1818-1873) était natif d'Avignon, où son père était tailleur de pierre-marbrier. Il était en fait l'héritier d'une lignée de tailleurs de pierre de Saint Etienne de Tinée (Alpes-Maritimes).

Le capoulié (grand maître) du Félibrige est traditionnellement le dépositaire de la coupe. Celle-ci est présentée une fois par an lors du banquet qui se tient à l’occasion du congrès du Félibrige, dit de la Santo-Estello (Sainte-Estelle). Le banquet se termine par la cansoun de la Coupo (la chanson de la Coupe) qui fut écrite pour commémorer cet événement par Frédéric Mistral sur la musique d’un chant de Noël attribué à Nicolas Saboly et composé au XVIIème siècle, mais en fait oeuvre du frère Sérapion. Elle est devenue depuis l'hymne de la Provence et même l'un des hymnes de l'Occitanie.

Source : Wikipédia l'encyclopédie libre - Texte arrangé par moi-même.

Nota de Nadine : L'arrière-petit-fils du sculpteur Louis Guillaume Fulconis, le créateur de la coupe, m'a écrit et m'a demandé de faire connaître le site sur son arrière-grand-père. C'est avec plaisir que je vous donne le lien afin que vous puissiez le découvrir :
http://www.fulconis.com/louisguillaume/ 

Coupo-Santo

Prouvençau, veici la Coupo
Que nous vèn di Catalan ;
A-de-rèng beguen en troupo
Lou vin pur de noste plant.

Coupo Santo
E versanto
Vuejo à plen bord
Vuejo abord
Lis estrambord
E l'enavans di fort !

D'un vièi pople fièr e libre
Sian bessai la finicioun ;
E, se toumbon li Felibre
Toumbara nosto nacioun.

D'uno raço que regreio
Sian bessai li proumié gréu ;
Sian bessai de la patrìo
Li cepoun emai li priéu.

Vuejo-nous lis esperanço
E li raive dóu jouvènt,
Dóu passat la remembranço
E la fe dins l'an que vèn.

Vuejo-nous la couneissènço
Dóu Verai emai dóu Bèu,
E lis àuti jouïssènço
Que se trufon dóu toumbèu.

Vuejo-nous la Pouësio
Pèr canta tout ço que viéu,
Car es elo l'ambrousìo
Que tremudo l'ome en diéu.

Pèr la glòri dóu terraire
Vautre enfin que sias counsènt
Catalan, de liuen, o fraire,
Coumunien tóutis ensèn !

Coupo1

Provençaux, voici la coupe
Qui nous vient des Catalans
Tour à tour buvons ensemble
Le vin pur de notre plant.

Coupe sainte
Et débordante
Verse à pleins bords
verse à flots
Les enthousiasmes
Et l'énergie des forts !

D'un ancien peuple fier et libre
Nous sommes peut-être la fin ;
Et, si les Félibres tombent
Tombera notre nation.

D'une race qui regerme
Peut-être sommes nous les premiers jets ;
De la patrie, peut-être, nous sommes
Les piliers et les chefs.

Verse nous les espérances
et les rêves de la jeunesse,
Le souvenir du passé
Et la foi dans l'an qui vient.

Verse nous la connaissance
Du Vrai comme du Beau,
Et les hautes jouissances
Qui se rient de la tombe.

Verse nous la Poésie
Pour chanter tout ce qui vit,
Car c'est elle l'ambroisie
Qui transforme l'homme en Dieu.

Pour la gloire du pays
Vous enfin nos complices
catalans, de loin, ô frères,
Tous ensemble, communions !

 

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12 septembre 2020

Quelques légendes autour de l'eau

 

Sainte-Baume

La Sainte-Baume et sa grotte (Photo internet)

Une légende raconte que l'eau de la source de la Sainte-Baume (Var) serait les pleurs de Magdeleine repentante. Cette eau guérissait les maux d'yeux. Nombreux étaient les pèlerins qui s'y rendaient dans ce but et voyaient leurs voeux exaucés.

A La Ciotat (Bouches-du-Rhône), la source de Fontsainte est une source intermittente, qui provenait sans doute d'une grotte avec un réservoir qui se remplissait et se vidait plus ou moins vite. Cette source a disparu avec sa fontaine lors des destructions allemandes en 1944. Vers l'an 800, dit la légende, elle se mit à bouillonner si fort qu'elle réveilla les gens des alentours et leur permit ainsi de repousser une attaque surprise des Sarrasins. Un ermite s'établit au XIVème siècle près de la source et vendit l'eau miraculeuse. Son ermitage devenu prospère fut transformé en couvent par les Révérents Pères Servites vers 1550. Ils construisirent un superbe réservoir à la fontaine, qui fit des miracles jusque vers 1700. Puis, la foi se perdit et les Servites, ruinés, quittèrent la ville. De nos jours, peu de personnes connaissent cette légende.

On dit que sous Brignoles (Var) actuel, il existerait une ville souterraine. Dans certains endroits de la vieille ville, il est des maisons qui ont jusqu'à deux étages de caves, en profondeur. L'une d'elles, se trouvant rue du Palais, a, au plus profond, un trou d'eau. Son propriétaire rapporte qu'il a entendu dire par son père, qui le tenait de plus loin, qu'on y baptisait là les premiers chrétiens. Le plafond de cette cave est très haut, il est en plein cintre. Le tout est contruit en bel appareillage de pierre de taille.

Chartreusedemontrieux

 Autrefois, on allait à la Chartreuse de Montrieux (Var) où une source prédisait aux jeunes filles si elles se marieraient dans l'année. Il suffisait de jeter une des feuilles de l'arbre voisin dans son eau. Si cette feuille était emportée par le courant, le voeu se réalisait, si elle tournait sur place, le célibat était certain.

A Marseille, trois puisatiers étant descendus pour curer le grand puits situé près de la cathédrale de la Major, tombèrent comme foudroyés. On suspendit les travaux et les Marseillais ayant voulu connaître la cause de ses accidents, on leur apprit qu'ils étaient dus à un serpent redoutable et monstrueux qui vivait au fond et dont le regard seul était mortel pour les hommes.

Il existe à quelques kilomètres de La Roquebrussanne (Var) un lac d'effondrement : le Grand Laoutien, dont l'aspect cratériforme a fait croire à une origine volcanique. Il y a une centaine d'années, on décrivait encore les éruptions de cet imaginaire ancien volcan. Le deuxième dimanche de mai avait lieu une procession au bord du lac, au cours de laquelle, le prêtre bénissait les eaux en les partageant en forme de croix pour éviter le réveil du volcan. On prétend que, lors du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, les eaux se teintèrent de rouge. On raconte que les habitants du hameau de Peïboulaun, situé au sommet d'une montagne voisine, se seraient effrayés à la vue du prétendu volcan en éruption, et auraient abandonné leurs demeures pour fonder le hameau des Molières.

Dans la commune de Bras (Var) entre Barjols et Brignoles, se trouve un étang de minime étendue mais d'une profondeur relativement grande. Il passe, dans l'esprit des crédules de la localité, pour avoir une origine surnaturelle. Il y avait jadis, dit la tradition, un village à l'endroit où se trouve cet étang. Les habitants se laissaient aller à tous les vices et furent irrévérencieux pour la fête de la Sainte Magdeleine qui est très respectée dans le pays. Dans la nuit qui suivit cette fête, il survint un déluge d'eau qui dévasta la région et le lendemain matin, on ne trouva plus que l'étang actuel, à l'endroit où était jusque là le village. La chose est si vraie, et le châtiment est si palpable, que toutes les années, pendant la nuit qui précède la fête de Sainte Magdeleine, on entend distinctement les cris de douleur et de désespoir des malheureux villageois qui ont été condamnés aux supplices de l'Enfer.

Besse-Lac2

 Le lac de Besse (Photo Nadine)

A Besse (Var), il y a un étang qui possède une légende à peu près semblable à celle de Bras. Elle dit qu'un jour de Fête-Dieu, pendant que la procession faisait le tour du village, la population irrévérencieuse pour les choses saintes, s'amusait à chanter des chansons licencieuses. Lorsqu'elle vit la Saint-Sacrement, porté par le curé que personne ne suivait, elle redoubla d'impiété. Le saint homme, outré de colère, éleva les bras au-dessus de sa tête, en disant : "Bon Dieu, punissez ces impies". Au même moment, un bruit effroyable se produisit, la terre s'ouvrit, le village entier disparut et une nappe d'eau le recouvrit à jamais. Lorsqu'on va près de l'étang, le jour de la Fête-Dieu, à l'heure précise où la procession se fit, le jour du cataclysme, on entend encore aujourd'hui le son des cloches, les chants religieux et les cris de désespoir des impies, succédant à leurs chants de débauche.

Source : Extraits du livre "Le folklore de la Provence" Claude Seignolle - Editions Hesse

 

05 septembre 2020

Le rocher de Roquebrune et du Muy

 

Carte 

Il y a longtemps que je voulais vous parler du rocher de Roquebrune. Ce rocher a vu vivre bon nombre de générations de mes ancêtres et eux, depuis toujours l'ont contemplé et ont vécu sous sa protection.

On dit que les Roquebrunois et les Muyois se disputaient et se disputent toujours le rocher (vous le lirez ci-dessous) qui est à moitié chez les uns et à moitié chez les autres.

Or, le 6 octobre 1890 au Muy, un muyois, François Barret, a épousé une Roquebrunoise, Adélaïde Ollivier. Ils étaient mes arrière-grands-parents. Preuve qu'ils ne se disputaient pas tous ! Donc, ce rocher est un peu à tous les deux et un peu à moi aussi. C'est à eux que je pense en écrivant cet article mais aussi fortement à Georges dit Jojo, mon papa. Je me suis inspirée de plusieurs documents et livres comme je le fais à mon habitude, pour écrire cet article, j'ai employé aussi des photos provenant de différentes sources n'ayant pas pu les faire toutes moi-même.

Rocher_Roquebrune-sur-Argens

 Le rocher de Roquebrune dans sa totalité (Photo trouvée sur Internet)

Je le vois depuis notre terrasse à Trans en Provence (mais trop loin dans le lointain pour faire une photo valable). Il barre l'horizon de mon regard. Il est là depuis des temps séculaires. Il se dresse sublime au-dessus de la plaine de l'Argens qu'il domine de sa masse rocheuse imposante et majestueuse. C'est le rocher de Roquebrune. Il culmine à 373 mètres d'altitude et s'étale entre la commune du Muy et celle de Roquebrune-sur-Argens. Sur les cartes, le massif porte officiellement le nom de rocher de Roquebrune, une appelation qui ne plaît guère aux habitants du Muy puisque leur commune possède à peu près la moitié du territoire concerné. Ceux-ci préfèrent l'appeler "Les Trois Croix", faisant référence aux trois sommets où, depuis les temps reculés, sont dressées des croix symboliques donnant un caractère sacré à la montagne.
Les Roquebrunois, eux, parlent de la Roque ou du Roucas, des termes familiers, voire affectueux, pour qualifier cette montagne dont ils sont fiers et qu'ils considèrent un peu comme leur propriété.

Nota : Dans les années 90, le sculpteur Bernar Venet a proposé à la municipalité d'alors de réaliser trois croix monumentales au sommet du rocher. Pour chacune de ces croix, le sculpteur a choisi de rendre hommage à trois artistes majeurs de l’histoire de l’art. Il s’est inspiré de célèbres "crucifixions" peintes aux XIVème, XVème et XVIème siècles, chefs d’oeuvre des peintres Giotto, Grunewald et le Greco. Elles s'élèvent à 475 mètres et pèsent plus d'une tonne. Elles dominent la plaine depuis 1991.

Les trois croix Roquebrune

Les trois croix de Bernar Venet (Photo site roquebrunesurargens-tourisme.fr)

Depuis longtemps, sans doute, les habitants des deux villages, se disputent la possession de ce rocher qui tient une grande place dans leur coeur et dans leur vie. Depuis des générations, c'est leur toile de fond, leur spectacle permanent : il change d'aspect à chaque heure du jour, quand apparaît un nuage sur les crêtes ou lorsque le mistral se lève. Il leur offre un perpétuel sujet de conversation, émaillé de dictons et de prédictions météorologiques. Sa masse s'impose à tous, sa couleur ocre, dont l'intensité varie avec la lumière, illumine leurs jours. On dirait que la montagne fait partie de leur vie, qu'elle les rassure, qu'elle leur permet de dormir tranquilles.

Roquebrune-Rocher3

 Une partie du rocher de Roquebrune (Photo Nadine) 

A cet endroit se dressait à la fin de l’ère primaire, c'est-à-dire, il y a 250 millions d’années une chaîne de montagne : la chaîne hercynienne dont les derniers témoins sont les massifs des Maures et du Tanneron. Sur environ 50 millions d’années, l’érosion a complètement nivelé la chaîne. Une partie des débris s’est accumulée dans un profond bassin d’effondrement situé au nord du massif des Maures : la pénéplaine hercynienne permienne. Ce conglomérat de sables et de galets ou le granit est dominant s’est métamorphosé sous forme de grés et d’arkoses.
A l’ère tertiaire, des mouvements tectoniques ont provoqué un rajeunissement du relief et ont fait remonter le conglomérat à la surface. C’est ainsi que le rocher constitue un énorme massif sédimentaire qui semble faire la nique au massif cristallin des Maures dont il est issu 250 millions d’années plus tôt. Depuis, l’érosion a repris son oeuvre et recommence à niveler et à grignoter le paysage. Ce massif a une apparence étrange avec son aspect chaotique. Sa couleur vraiment très caractéristique est due à une quantité inhabituelle d’hématite (oxyde de fer). Mais selon l'heure de la journée à laquelle vous le regardez, il n'a jamais les mêmes couleurs. Il n'est jamais pareil, moi, je trouve que les plus beaux tons, ce sont ceux qui le parent dans le soleil couchant. Ci-dessous deux magnifiques photos qu'un ami transian et lecteur de mon blog, Noël Landry, m'a envoyées. Merci à toi Noël pour ce beau cadeau.

Rocher-septembre

 Le Rocher au soleil couchant de septembre
(Photo de Noël un transian qui le voit de chez lui sur les hauteurs de Trans)
 

Rocher-décembre-soltice-d-hiver

 Le rocher au solstice d'hiver (Photo de Noël)

 Anecdote : Jadis, le Rocher rythmait la journée. Lorsque le temps allait changer, on regardait le Rocher. S'il se coiffait d'un chapeau de nuages, on disait en provençal :
- à Roquebrune :
"Quouro la roucaio a lou capèu, s'a pas plougu, ploura ben lèu".
(Quand le Rocher a le chapeau, s'il n'a plu, il pleuvra bientôt).
- au Muy :
"Quouro lou rouca a lou capèu, pren ta capo et va-t-en lèu".
(Quand le Rocher à la chapeau, prend ta cape et reviens vite).

Mais le rocher a une autre particularité, il donne l'heure par un cadran solaire appelé le Clègue, là où la roche affecte la forme d'un Y majuscule au côté nord. Au moment où le Clègue rentre dans l'ombre, il est midi. Si, de nos jours, on ne conculte plus le Clègue, il était encore très courant de le faire au début du XXe siècle. Alors, les paysans qui travaillaient s'en allaient prendre leur repas à l'ombre d'un arbre ou au bord de la rivière, notamment vers le Blavet.

Bastide-provence 

Une autre partie du rocher vu par l'objectif de ma cousine Michèle de Roquebrune-sur-Argens.

Sources : D'après le livre "Le Rocher de Roquebrune" - Editions Campanile - 2004. 

rocher

 Le rocher et ses formes étranges (Photo trouvée sur Internet)

 

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29 août 2020

Reynier, hameau médiéval d'Ampus oublié

 

Aux abords de la côte d’Ampus, sur la D49, du côté droit de la route en montant, se trouve un petit renfoncement à peine visible, prolongé par un chemin pentu et caillouteux. A première vue, il est difficile d’imaginer l’importance historique de ces lieux. Et pourtant… C’est bien ici, en contrebas de la côte, qu’a été bâti le village médiéval de Reynier, dont il ne subsiste hélas, que des ruines. "Pour ma part, je l’ai découvert tout à fait par hasard, alors que j’étais commissaire de course sur la “Côte d’Ampus”. Il faut dire que la végétation était moins dense qu’elle ne l’est actuellement", explique Charly Clairici, féru d’histoire et ancien conservateur de la Société d’études scientifiques et archéologiques de Draguignan et du Var. C'est en empruntant le chemin qui mène au site de Reynier qu'il développe son explication : "D’après les Promenades archéologiques varoises rédigées par le commandant Laflotte, (parution de 1921) ce village, arrière-fief de la seigneurie d’Ampus, aurait été construit au XIIIème siècle, à la demande du comte de Provence, Raimond-Bérenger V."

Selon les archives communales d'Ampus, ses fortifications auraient été détruites au XVIème siècle, durant les Guerres de Religion, après que les protestants en aient fait un point stratégique pour attaquer la cité du Dragon (Draguignan). Quant à la vie du village en elle-même, Charly Clairici prévient: "Les lieux ont déjà été prospectés, notamment par l’archéologue dracénois Guy Désirat et le commandant Laflotte, mais ils n’ont jamais fait l’objet de fouilles archéologiques poussées."

Archères du castum de Reynier

A ce niveau-là, le hameau de Reynier conserve donc tous ses mystères… Ou presque. Après cinq minutes de marche, l’historien aperçoit un grand mur en pierre, égratigné par le temps et encerclé par les éboulements. "Autrefois, une tour et une habitation seigneuriale, qui ne sont plus que ruines aujourd’hui, surplombaient l’entrée du village", indique-t-il. Sur sa gauche, il désigne les fossés, encore visibles, qui "protégeaient l’ensemble". Puis, au fil des pas, le site se découvre davantage. Et les ruines se font jour : celles de la chapelle Saint-Maurice, qui jouxte un petit espace cémétérial jamais fouillé à ce jour, celles du castrum - aux archères* encore debout - et, bien évidemment, les ruines des habitations, très exiguës et peu espacées les unes des autres.

"Vu leur nombre, le village devait compter une centaine d’habitants, reprend Charly Clairici. Ces derniers travaillaient très probablement dans les communes alentours et ne venaient ici que le soir venu. Mais la vie n’y était pas absente pour autant. Des ossements de moutons ont été retrouvés non loin des habitations, ce qui laisse supposer un élevage de bétail. Pour le reste, concernant leurs habitudes quotidiennes, on ne sait rien." Puis il apporte une dernière précision :  "Le village de Reynier a semble-t-il cessé de vivre à la fin du XVIIème siècle. La raison demeure inconnue… Peut-être est-ce à cause de l’assèchement des puits et du manque d’eau ?"

L’histoire ne le dit pas… "Toujours est-il que le hameau aurait été occupé par la suite par des bergers, puis à nouveau déserté au XVIIIème siècle. Manque de cultures ? Changements de région ? Là aussi nous ignorons les raisons…" Une certitude néanmoins : le poids de l’histoire que porte ce site qui, laissé à l’abandon aujourd’hui, mériterait d’être reconnu à sa juste valeur...

 Explications : *Archères : Souvent appelées meurtrières sont des éléments types des fortifications.

Source : D'après un article paru dans le journal Varmatin du 19 juillet 2020.

Pans de mur de Reynier

Complément 

Chronique des fouilles médiévales réalisées par Guy Désirat

Le site occupe un promontoire rocheux dominant le confluent des vallons de "Reynier" au nord et des "Molières" au sud. Il est situé sur un embranchement de la voie romaine reliant Draguignan à Riez. Orienté Est-Ouest, il s'étend sur 120 mètres de long et 30 de large. Le village se compose de deux parties : à l'ouest, un donjon rectangulaire de 7 X 5 mètres et l'habitation seigneuriale de 7,5 X 7,5 mètres séparés par une cour et entouré de lices**. Cet ensemble est défendu par un fossé sec à l'est et à l'ouest, large de 3 mètres, aux parois taillées verticalement dans le rocher d'une hauteur variant entre 6 et 10 mètres. A l'est, le village s'étale en longueur sur l'arête de l'éperon à des niveaux différents, de même sur le versant sud. Il est protégé tout autour par un rempart dont l'épaisseur varie de 1,05 mètres à, 1,60 mètres arasé presque au niveau des fondations, sauf sur une partie de sa façade nord où il repose sur des falaises rocheuses. Un pont ruiné de 2,30 mètres relie le château au village au-dessus du fossé sec est. L'accès au castrum se fait par un chemin remontant le vallon des "Molières", son entrée est protégée par des chicanes. Les maisons se répartissent de part et d'autre d'une rue centrale, placettes et passages tortueux. L'église, sous le vocable de Saint-Maurice, est orientée, un petit enclos cémétérial jouxte la façade sud. Le point d'eau n'a pas été découvert. L'extrémité est du castrum descend en pente douce vers le confluent des vallons ; c'est la zone la plus proche réservée aux cultures. Ce castrum comme beaucoup d'autres en Provence, semble être bâti sur un oppidum gallo-romain dont il reste des traces de rempart aux nord et un glacis de pierres à l'est ; quelques tessons de céramique commune ont été mis à jour à l'occasion d'un petit sondage. Les travaux de recherches programmés portent tout d'abord sur les relevés détaillés en plan, coupes et façades de l'ensemble du village et de ses abords. Sa complexité et le maquis dans lequel il se trouve vont exiger un délai de trois ans environ ; pendant cette période quelques sondages seront effectués. Cette année, un sondage a permis la localisation du cimetière et la fouille au niveau du sol de l'église. (Responsable de la fouille : Guy Désirat)

Explications : **LicesEn architecture, une lice est une palissade qui entoure une fortification. Mais aussi un terrain clos, qui servait aux joutes, aux tournois. Egalement, toute enceinte destinée aux exercices de plein air. Bordure marquant la limite intérieure d'une piste d'athlétisme, de cyclisme. Pièce de bois horizontale assemblée sur des 1oteaux pour former une barrière.

Source : Article "Ampus, village médiéval de Reynier" paru dans une publication d'Archéologie médiévale, tome 21, 1991.

Ruines de Reynier

 Pour la petite histoire, sachez que le site de Reynier a été pillé dans les années soixante et les pierres taillées se vendaient sur le bord de la route (Cf. Blog de Roger Casanova).