Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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21 mai 2018

Les dorures et les ors des Provençales

 

Arlesienne2

Provence-Costume-copie-1

Les dorures sont les bijoux que les jeunes filles recevaient en dot de leur père, avec quelques pièces d'étoffes précieuses et quelques mesures de dentelle. L'histoire du bijou provençal est étroitement liée à celle du costume. La propérité que connut la Provence au XVIIIe siècle, l'intense commerce du port franc de Marseille, qui importait les plus belles étoffes de l'Orient, les toiles peintes, les indiennes, les mousselines des Indes mais aussi celui de la foire de Beaucaire (Gard) où parvenaient les dentelles de Flandres, les bijoux et les pierres de joalliers d'Amsterdam et de Paris, tout cela favorisa l'épanouissement d'un costume régional riche et élégant. Dès le XVIIIe siècle, alors que dans les autres provinces il faudra attendre la période de la Révolution et même parfois jusqu'en 1830 pour que le costume régional se diversifie. L'emploi des indiennes, les belles coiffes "à la cardeline" ou "à la chanoinesse", le simple "pletchoun" enroulé autour de la tête et le très singulier "droulet" sorte de casaquin à longues et fines basques pendant dans le dos, en fond un ravissant costume haut en couleur et si différents qu'il émerveille les voyageurs.

Atelier-de-couture-Arles-Antoine-Raspal

Le peintre Antoine Raspal, qui décrivit si bien la petite société d'Arles de la fin du XVIIIe siècle, montre les jolies artisanes et les ouvrières de l'atelier de couture (tableau ci-dessus) portant fièrement à leur cou une croix de Malte, ou au bras droit un large bracelet, le "coulas" jonc en or de la grosseur d'un plume d'oie qui se terminait par deux boules prises l'une dans l'autre. A l'un de ces anneaux pendait une autre croix de Malte ou une lourde médaille. Ce bracelet fut porté jusqu'à la Restauration. Les "maltaises" ainsi qu'on appelait ces croix ornées de l'insigne des chevaliers de l'ordre de Malte, rappelaient la longue histoire qui liait la Provence à l'ordre depuis sa fondation par un Provençal. Elles étaient en or, décorées de motifs gravés et émaillés de blanc à l'endroit et de noir à l'envers suspendues près du cou à un ruban de velours noir sur la nuque. Les Provençales portèrent aussi de nombreuses autres croix, comme la "croix à la dévote", masse d'argent sur or qui enserrait en serti clos des "roses" de tailles décroissantes vers les extrémités des branches.

  Devote

 Croix dite à la dévote (Photo internet)

Coulas-copie-1

Lou coulas (Photo internet)

Une autre croix était la "maintenon" où six diamants, plus un pour le coulant, étaient pris dans des cônes d'or. La "capucine" elle, était une croix d'or ornée de cinq cônes d'or surmontés de diamants, dont le coulant était en forme de croix de Saint André orné d'un cône supplémentaire  identique aux cinq autres. Enfin, la "Papillon" était une grande croix d'or et d'argent très richement découpée et ornée de pierres. Dès que cessa la mode des coiffes enveloppant le visage, comme la "cardeline" ou la "chanoinesse" à Arles, ou encore la "couqueto" à Marseille, les Provençales s'empressèrent de porter aussi des pendants d'oreilles, "poissardes" et "créoles". Les bagues étaient nombreuses à tous les doigts, ornées de roses, de grenats, de camées de corail ou d'agates. Enfin, au XIXe siècle l'usage vint d'offrir, pour fêter la naissance de chaque nouvel enfant, un long sautoir d'or aux mailles finement travaillées. Sept enfants, c'étaient autant de chaînes d'or, brillant symbole à la fois, du lien d'amour et de la servitude.

Source : Couleurs de Provence - Michel Biehn - Flammarion.

Fichu-croise

 

15 mai 2018

Les confiseurs de Grasse et leurs fleurs sucrées

 

Naturalishistoria

En 73 après J-C, Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle évoque les recettes de conservations de son époque : cuissons des fruits dans du miel, du sirop ou du vin de raisin. Au IVème siècle, Rutilius Palladius, agronome, dans son traité sur l'agriculture De Re Rustica évoque lui aussi des recettes de fruits cuits. Vers l'an mil, par l'intermédiaire des Croisés, le sucre de canne est introduit en Europe, les confitures y connaissent alors un nouvel essor. Au Moyen Age, l'appellation "confitures" désigne toutes les confiseries réalisées à partir d'aliments cuits dans du sucre, du sirop ou du miel : bonbons, fruits confits, etc. La confiture actuelle était appelée electuaire, du latin eleucterium. Originaire de la pharmacopée mésopotamienne, elle était alors utilisée comme traitement thérapeutique. A la fin du XIIIème siècle, le mot "confiture" est cité dans un recueil de chansons pieuses dans lequel on parle de "siros confis de douce confiture". Puis en 1393, le "Ménagier de Paris" mentionne des confitures de coings, mais aussi de pêches, de poires et même de navets, de carottes, de courges, de racines de persil et de fenouil. Différentes recettes trouvent rapidement leur place aussi dans le boutehors, le dernier service des banquets médiévaux. En 1342, le pape Clément VI nomme Auzias Maseta écuyer en confiserie et contribue à faire d'Apt, la capitale du fruit confit. Au XVIème siècle, apparaissent des "livres de confitures" qui sont des mélanges de recettes et de remèdes : ainsi en 1545, la "Méthode pour faire toutes confitures". Michel de Nostredame dit Nostradamus, astrologue, médecin, apothicaire a l'idée de conserver dans du sucre les fruits qui poussent en abondance dans le Vaucluse et dont de grandes quantités se perdent chaque année. En 1555, paraît son "Excellent & moult utile opuscule à touts necessaire, qui desirent auoir cognoissance de plusieurs exquises receptes ... " qui connaît un véritable succès dès sa parution. Ce livre qui comporte trente et un chapitres fera l’objet de neuf rééditions successives. Il aborde les ingrédients (sucre, miel, defrutum et fruits). Il détaille le matériel nécessaire. Il ne se contente pas de donner des recettes, il nous livre aussi un certain nombre de considérations d’ordre économique ou esthétique. Parmi ses recettes, citons : la confiture de rose, le cotignac et les confits d’agrumes, mais aussi le sirop rosat plus goûté alors pour ses qualités laxatives que pour l'arôme des quelques mille cinq cents roses qui servent à sa préparation. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la confiture agrémente surtout la table des nobles et les variétés sont de plus en plus nombreuses : les découvertes de contrées lointaines et l'installation de comptoirs dans de nombreuses régions du monde permettent l'introduction de fruits exotiques en Europe.

Théâtre-d'Agriculture-et-Mesnage-des-Champs

En 1600, Olivier de Serres, Seigneur du Pradel, pionnier de l’agronomie publie son "Théâtre d'agriculture et mesnage des champs" dans lequel il consacre plusieurs chapitres aux confitures. En 1651, Nicolas de Bonnefons, valet de chambre de Louis XIV publie "Le jardinier François" qui sera suivi en 1662 par "Les délices de la campagne" où l’on trouve de nombreuses pages consacrées aux confitures. "Le confiturier royal", écrit en 1776 par François Massaliot, cuisinier royal de Louis XIV donne des recettes de confitures, mais aussi de vins parfumés, d'eaux odoriférantes et de savonnettes. Contrairement au Vaucluse, la confiserie à Grasse est étroitement liée à la parfumerie qui connaît un essor au XVIIème siècle. Dans la région grassoise, des activités telles que la distillation des huiles, la fabrication d'arômes, de sirops et la confiserie se développent. Grasse et ses environs sont moins riches en arbres fruitiers que le Vaucluse mais la région possède un atour majeur : ses fleurs. Roses, violettes, oeillets, jasmin sont les matières premières de la confiserie.

Pots-de-confiture-de-groseilles

Désormais, les recettes de Nostadamus et François Massaliot sont adaptées aux fleurs, comme par exemple la "pâte de violettes". En 1789, on dénombre à Grasse 51 parfumeurs pour 7 confiseurs. Au XVIIIème siècle, la confiserie est perçue comme une friandise, mais également comme un médicament. C'est surtout un luxe que peu de personnes peuvent s'offrir. Joseph Nègre, un confiseur de Grasse ouvre une usine en 1818 et crée la "confiture de ménage". Faite à base de fruits naturels dont des agrumes, elle a pour objectif de démocratiser ce produit en le mettant à la portée de toutes les ménagères. La confiserie s'invite dans les cours européennes et devient un dessert naturel et raffiné.

Fleurs cristallisées

C'est l'époque où les salons de thé de Cannes proposent aux élégantes des fleurs cristallisés ou poudrées fabriquées en 1850 par Joseph Nègre à base de roses rouges ou jaunes, d'oeillets mouchetés, de violettes de Parme, de lilas roses ou mauves, de fleurs de lavande, etc... Cette activité emploie de nombreuses personnes : cueilleuses de fleurs, ramasseurs de fruits, confiseurs, etc... Cependant, après la Première Guerre mondiale le commerce de la confiserie décline. La confiserie industrielle commence à poindre. Eugène Fuchs, qui fonde en 1926 les parfums Fragonard, rachète la confiserie Nègre en 1949 et la transfère au Pont-du-Loup à Tourrettes-sur-Loup. Son fils Patrick, acquiert la chocolaterie Florian, sur le port de Nice. Quatre-vingts ans après, l'arrière-petit-fils d'Eugène Fuchs, Frédéric est toujours à la tête de Florian avec l'aspiration à faire du bon et du beau dans le respect des règles artisanales.

Cueillette des roses

Cueillette des tubéreuses

Explications : L'électuaire est une forme galénique pâteuse administrée par voie orale. Cette forme est aujourd'hui obsolète. L'électuaire était généralement constitué de poudres ou de pulpe végétale mélangées à du sirop ou, plus souvent, à du miel.

Le boutehors est un terme des pratiques de la table au Moyen Age. Il désigne le tout dernier élément d'un repas, volontiers servi dans une autre pièce. Il était précédé des services de la première assiette, de la deuxième assiette, des entremets, de la dorure, du dessert et de l'issue de table.

Le defrutum était un condiment à base de moût de raisin réduit utilisé par les cuisiniers de la Rome antique. C'était avec le garum l'une des sauces les plus utilisées pour la préparation de tout type de plat.

Le cotignac est une gelée épaissie faite avec des coings pelés et du sucre, cuits ensemble. Après filtrage, la gelée obtenue constitue le cotignac qui se différencie de la gelée ou de la pâte de coing par son caractère ferme et son goût plus sucré tempérant l'acidité et l'arôme naturel du coing. Il existe plusieurs recettes différentes, qui chacune donne au produit final un goût et une consistance différents. Du vin doux peut être ajouté à la recette.

Le saviez-vous ? : Selon la légende, la recette de la "confiture" de lait naquît à cette époque de la distraction d'un chef cuisinier de l'armée Napoléonienne. Les soldats avaient alors pour ration un bol de lait sucré. Lors d'une bataille, le mélange incidemment chauffé trop longtemps se serait transformé en une pâte onctueuse délicieusement caramélisée.

Sources : D'après un article paru dans le supplément du Journal Var matin du 21 avril 2013 - Wikipédia, l'encyclopédie libre - le site : confitures-tetra.blogspot.fr

Confiserie Nègre

Photo de la confiserie Nègre

Moule

Un moule pour les sucettes et les bonbons

Chaudron à confitures

 

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09 mai 2018

Les béguines de la Sainte-Baume

Beguines

Sur la montagne de la Sainte-Baume, dans l’est du Saint-Pilon, on voit une hauteur qui s’appelle le Baou dei Béguinos (la barre des Béguines). La légende raconte que ce nom lui a été donné à la suite d’un miracle survenu en cet endroit. Au temps où il y avait des couvents d’hommes et de femmes dans divers endroits de cette montagne, il arriva un jour que deux jeunes béguines, aussi jolies que pures et pieuses, se promenant dans le bois s’égarèrent parce que en disant leur chapelet, elles n’avaient pas fait suffisamment attention au chemin qu’elles faisaient. Or, elles étaient arrivées ainsi jusqu’au sommet de la montagne, lorsqu’elles rencontrèrent deux jeunes chevaliers en quête de bonnes fortunes. Les deux débauchés, frappés de la beauté des béguines, leur dirent des paroles déplacées et bientôt, s’enhardissant, ils voulurent passer des paroles aux actes. Les deux saintes filles, effarouchées, se mirent à courir. Les jeunes gens se piquant au jeu les poursuivirent et il arriva un moment où les pauvres filles se trouvèrent acculées contre le bord du précipice, sans autre alternative que la mort ou le péché. Elles préférèrent la mort. D’un commun accord, elles recommandèrent leur âme à sainte Magdeleine et s’élancèrent dans le vide. Mais la sainte ne les abandonna pas, elles furent soutenues par des anges, firent leur terrible saut de près de trois cents mètres de hauteur sans éprouver le moindre mal. Délivrées ainsi, miraculeusement, des obsessions des deux impies, elles rentrèrent dans leur couvent, en continuant à égrener leur chapelet.

 Sources : Le Grand almanach de la Provence 2010 – Geste éditions.

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03 mai 2018

Les quatre reines de Forcalquier

 

Raymond-Berenger

Statue de Raymond Bérenger V

A la fois souverain de Provence et de Forcalquier, le comte Raymond Bérenger V de Barcelone (fils d'Alphonse II, comte de Provence et de Garsende de Sabran, comtesse de Forcalquier) aimait mieux Forcalquier que son palais d'Aix (Aix-en-Provence). Mieux encore, son château de Saint-Maime, près des villages de Dauphin et de Mane (Alpes-de-Haute-Provence), où naquirent et grandirent les quatre filles qu'il avait eu de sa femme, Béatrice de Savoie. Lorsqu'il mourut, le 12 août 1245, deux d'entre elles étaient déjà reines, et les deux autres le furent par la suite, grâce au génie diplomatique de son sénéchal, Romée de Villeneuve, (de la famille des seigneurs de Trans dont je vous ai déjà parlé) qui donna ainsi quatre reines à Forcalquier.

Marguerite-de-Provence

Marguerite de Provence

Née en 1221, l'aînée, Marguerite, épousa en 1234, à douze ans, le roi de France Louis IX (que nous connaissons mieux sous le nom de Saint-Louis). Sa beauté charma les troubadours catalans d'Avignon et le troubadour Rambaud d'Orange avant qu'elle suive pendant six ans son époux à la septième croisade en 1248 (je précise de Louis IX est mort au cours de la huitième croisade le 25 août 1270 sous les remparts de Tunis). Sa femme, Marguerite de Provence lui survivra encore vingt-cinq ans et mourra en Anjou en 1295.

Eleanore-de-Provence

Eléonore de Provence

La deuxième fille, Eléonore, devint à quatorze ans, en 1235, la femme d'Henri III, roi d'Angleterre. Savante, musicienne, poète, elle créa à la cour d'Angleterre un foyer provençal. Après la mort d'Henri III en 1272, elle se retira dans un monastère et mourut en 1276.
La troisième, Sancie, épousa en 1242, à Westminster, Richard, comte de Cornouailles et du Poitou, frère d'Henri III, proclamé roi des Romains et empereur d'Allemagne en 1257 à Aix-la-Chapelle. Douce et lettrée, elle était ouvertement trompée par son mari, elle enviait sa dernière soeur, Béatrix demeurée en Provence, qui pouvait encore se promener, entre le château de Saint Maime et la ferme des Encontres, sur le chemin campagnard qu'on appelle encore le Chemin des Reines.
Béatrix se maria en 1246 à Charles Ier d'Anjou, frère de Saint Louis, qui devint ainsi comte de Provence puis, roi de Naples et des Deux-Siciles. Elle fut chantée par les troubadours Gaucher, Guilhen de Grasse, Aymeric de Peghuilan.

Source : D'après l'Almanach de la Provence - Collection Pays et Terres de France.

Forcalquier

Quelques explications sur l'Histoire de Forcalquier

Forcalquier a pour devise, "Pus aut que les Aups" "Plus haut que les Alpes" et, pour surnoms, la "Cité des quatre reines" ou encore la "Cité comtale", en souvenir du XIIe siècle ou elle fut capitale du comté de Forcalquier. Au milieu du Moyen Âge, Forcalquier était une possession des comtes de Provence, qui échut au comte Foulques Bertrand, qui s’intitula comte de Forcalquier et fit de Forcalquier sa ville principale. Au XIIe siècle, le comté de Provence, possession indivise entre plusieurs comtes, fut partagée et l'une des trois parties revint à la comtesse Adélaïde, veuve d'un comte d'Urgel, qui prend le titre de comtesse en 1110. Pendant plus d'un siècle, les comtes de Forcalquier font de leur ville la capitale d'un comté qui s'étendait des sources de la Durance aux portes de Cavaillon, et qui dont les villes principales étaient Embrun, Gap, Sisteron, Manosque, Pertuis, Apt et Sault. Le XIIe siècle est l'âge d'or du Pays de Forcalquier, comme en témoignent les nombreux édifices romans de la région. En 1125, Forcalquier devient la capitale du comté qui comprenait les diocèses d'Apt, de Sisteron et une partie de ceux de Gap et d'Embrun.

Le mariage de Gersende de Sabran et d’Alphonse II de Provence allie finalement les maisons comtales de Forcalquier et de Provence, et Forcalquier devient une de leurs résidences. Après la crise économique et démographique du Xllle siècle, Forcalquier souffre des passages de Charles de Duras et de Raymond de Turenne.

Le siècle suivant est marqué par les grandes épidémies de peste. Faute d'héritier au dernier comte de Provence, le roi René, le comté est réuni à la France, mais le titre de comte de Forcalquier est porté par les comtes de Provence et ensuite les rois de France jusqu'à Louis XVIII. Le rattachement a lieu en 1481 : Louis XI hérite du comté, mais doit assiéger Forcalquier, qui résiste trois semaines avant de tomber le 21 juillet, puis est mise à sac.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre

 

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27 avril 2018

Noël Blache, un personnage méconnu de l'histoire varoise

 

noel-blache

Noël Blache (1842-1920) a joué un rôle important dans l'histoire du Var sous la IIIe République, mais il reste cependant mal connu. Son nom est lié à la place qui porte son nom à Toulon, porte d'entrée du centre ville. Il fut l’un des chefs de file du parti radical de Toulon à la fin de l'Empire et l'un de ceux qui y ont proclamé la République en septembre 1870. Il en fut le président de la délégation municipale. C’est pourquoi le conseil municipal de Toulon tint à l’honorer, peu de temps après sa mort, le 7 mars 1920, en lui assignant l'un des lieux les plus significatifs de la ville. Mais il honorait en même temps celui qui, pendant longtemps, avait représenté la ville au Conseil général du Var qu’il avait présidé de 1883 à 1889.

Il était issu d'une vieille famille toulonnaise. Les Blache faisaient partie de ce milieu de bourgeois marqués par le bouillonnement utopiste de la première moitié du siècle. Ils appartenaient à une élite intellectuelle passionnée par les idées nouvelles et qui entendait participer à l'éducation du peuple pour en faire l'un des acteurs de la vie de la cité. Noël Blache avait hérité des brochures saint-simoniennes et fourriéristes de ses parents. Le socialisme romantique, le souvenir de l'insurrection varoise de 1851, Blache, comme le mouvement républicain varois, va en être marqué tout au long de son parcours. Son oeuvre littéraire en porte divers témoignages et sa vie politique se déroulera sous ce double patronage. Il fut le premier "vrai" historien de l'insurrection varoise. Son ouvrage ressort de ce que l'on appellerait aujourd'hui le devoir de mémoire, en même temps qu'il relève du combat politique. Blache a choisi son histoire, en même temps qu'il en a hérité, alors qu'il participe au combat politique aux côtés de certains des rescapés de l'aventure.

 Insurrection

Mais ni l'épisode de 1870, ni le récit de 1851 ou les références qu'il y fait ne résument le personnage. Propriétaire de domaines, il est féru de modernité, s'intéressant à l'agronomie, aux techniques agricoles, à l'amélioration et aux transformations du monde agricole, alors que le phylloxera fait rage et détruit tout le vignoble méridional. Président de la Société d'agriculture, d'horticulture et d'acclimatation du Var, Blache croit aux vertus de l'organisation et pousse à la création de syndicats agricoles. Il participe aux grands mouvements viticoles de 1905 et 1907. Maire de Besse (sur Issole), il fait partie des maires qui, par solidarité, adressent la démission de leur conseil municipal au préfet. Il voudrait créer une coopérative à Besse et s'y attache dès qu'il est réélu à la fin de 1906. Il adhère également au mouvement félibre en 1883. Il reçoit même en 1885 Frédéric Mistral chez lui. Blache peut être considéré comme un félibre "rouge", d'autant que son engagement se combine avec un fédéralisme qui vient sans doute droit du socialisme utopique qui l'a marqué. Affirmation identitaire, l’usage du provençal est aussi un exutoire, il permet de dire, au moins en parole, plus rudement les choses que l’on ressent, surtout quand il s'agit de ressentiments.

Avec ses contradictions, l'homme a des convictions et des principes. Il correspond certainement à une façon de faire, de penser, d'exprimer la politique, une façon que le réalisme cynique ou l'idéologisme peuvent trouver dépassée ou archaïque. Après avoir été radical puis "opportuniste", Blache se dit "socialiste indépendant". Soucieux d’une action concrète, guidée par la raison, la science et une doctrine, Blache exprime sa pensée dans un ouvrage intitulé Le socialisme, méthode et chimère en 1907. Blache est l’homme d’une tradition qui, avec ses faiblesses et ses qualités, a marqué plus d’un siècle notre région.

Source : D'après "1851 une insurrection pour la République" - Noël Blache, une figure de la tradition républicaine varoise - de l'historien Jean-Marie Guillon.  

 logo_1851

21 avril 2018

Le commerce des draps à Brignoles au début du XIVe siècle

 

Brignoles

La cité de Brignoles, au début du XIVe siècle, était traversée par une grande voie commerciale qui reliait Avignon à Nice en passant par Aix, Saint-Maximin pour se poursuivre ensuite par Draguignan et Grasse.
A cette époque, elle était ceinte de hauts remparts. Au point le plus haut, s'élevaient le château et une tour qui dominaient l'agglomération. Depuis le milieu du XIIIe siècle, les comtes de Provence habitaient le château. Des tableaux de fouage ou affouagement (voir l'explication à la suite du texte) du début du XIVe siècle recensent 802 puis 948 feux, soit environ 4000 habitants.
Les dernières années du XIIIe siècle voient apparaître un mouvement de marasme et de stagnation économique dans l'Europe entière. Ces évènements s'accélèrent à partir de 1348 à cause, en particulier, de la peste noire qui apparaît à Marseille à cette date, de la guerre et des ravages causés par les bandes armées de Raymond de Turenne (Raymond-Louis Roger, vicomte de Turenne, dit Raymond de Turenne 1352-1413). Par contre, il faut préciser que la présence des papes qui avaient établi leur résidence en Avignon était un facteur positif pour le commerce.
A Brignoles, l'industrie locale était celle des tanneries, des fabriques de draps ainsi que celle des paroirs à draps appelés également moulins à foulon. Les laines après avoir été tissées étaient travaillées dans ces parroirs (voir l'explication sur le foulonnage à la suite du texte).

Drapier-marchand

Dans les transactions commmerciales, le commerce des draps représentait jusqu'à 75% des ventes. Les céréales 19%, le bétail 5% et le vin 1% seulement. Les marchands de draps étaient qualifiés de marchands drapiers. La monnaie en circulation à l'époque était le florin d'or qui était émise à Florence depuis 1252. Le commerce du drap était très florissant au Moyen Age et Brignoles en était une place de moyennne importance. Les draps pouvaient avoir pour origine le Languedoc, la France (Nota de Nadine : il ne faut pas oublier que la Provence était à l'époque un comté et qu'elle ne sera rattachée à la France qu'en 1481) et aussi les Pays-Bas. Les draps de Bruges et de Gand avaient une grande renommée sur le marché de Brignoles. Ceux qui venaient de France : de Normandie, de la région parisienne et de la Champagne étaient aussi de très bonne qualité et se vendaient aussi chers que ceux des Flandres. Les draps du Languedoc offraient l'intérêt d'une fabrication soignée pour un prix modéré. En Haute-Provence, l'élevage fournissait de la laine pour une grande variété de tissus et notamment des étoffes grossières vendues à des prix plus modestes.
Les riches bourgeois et la noblesse de la région recherchaient dans les boutiques les lourdes et belles draperies des Pays-bas ou de Normandie. Les draps plus courants étaient achetés par les artisans et les paysans de Brignoles et des alentours. Un tiers des ventes était le fait des Brignolais et des deux autres tiers étaient vendus aux habitants des cités environnantes, mais également de Saint-Maximin, Hyères, Grasse ou Gréolières. On peut dire que l'influence commerciale prépondérante se situait dans un rayon de 30 km autour de la cité comtale de Brignoles. Son activité économique était comparable à celle de la cité de Grasse, de Forcalquier ou de Riez.
Les marchands représentaient une part importante de la bourgeoisie et occupaient des fonctions municipales au sein de la communauté.
Nous sommes en 1348, la peste noire (voir l'explication sur le peste de 1348 à la suite du texte) qui arrive à Brignoles marque la fin de la prospérité commerciale et le début d'une période de grand désespoir et de grande misère.

Sources : D'après un article paru dans le livre Itinéraires-découvertes - le Var - d'Alain Raynaud. Ecrit lui-même d'après un article d'Odile Masson-Bessière - Le commerce et la société à Brignoles au milieu du XIVe siècle - Paru dans Provence historique Tome XIV - 1964. Texte arrangé et augmenté par moi-même.

 Drapier

Explications supplémentaires :

 Les tableaux de fouage étaient les tableaux d'imposition répartis par feu ou foyer. Un feu peut se traduire par famille ou foyer fiscal. Dénombrer le nombre des feux dans une cité, c'est procéder à son affouagement. Il est généralement admis qu'un feu représente 5 personnes environ. Cependant, pour affiner l'importance de la population, il faut aussi tenir compte du fait que les nobles et les religieux ne sont pas pris en compte dans cet affouage puisqu'ils ne payent pas d'impôts.

Le foulonnage consistait à dégraisser et assouplir les draps de laine dans l'eau. Pour cela, ils étaient placés dans une cuve remplie d'eau et de terre glaise, puis frappés successivement par trois paires de pilons mus par la force hydraulique. Cette opération, en feutrant les fils de laine, apportait aux draps une douceur particulière.

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Pour en savoir plus sur Raymond de Turenne :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_de_turenne

La peste noire de 1348 est une pandémie de peste bubonique qui a décimé la population européenne entre 1347 et 1350. Ce n'est ni la première ni la dernière épidémie de ce type, mais c'est la seule à porter ce nom. Par contre, c'est la première épidémie de l'histoire à être bien décrite par les chroniqueurs contemporains.
On estime que la peste noire a provoqué la mort de la moitié de la population européenne en cinq ans, soit environ 25 millions de victimes, et probablement le même nombre en Asie, soit globalement environ 50 millions de personnes. La peste noire eut des conséquences durables sur la civilisation européenne, d'autant qu'après cette première vague, la maladie refit ensuite régulièrement son apparition dans les différents pays touchés (par exemple entre 1353 et 1355 en France, entre 1360 et 1369 en Angleterre, etc...).

Pour en savoir plus  http://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_noire

 

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15 avril 2018

La moisson en Provence autrefois

 

Champs-de-blé

La fin juin voyait l'arrivée des grands travaux liés à la moisson. Nos campagnes ne connaissent plus ce moment vital où nos ancêtres récoltaient le blé conditionnant l'année à venir.

Jusqu'au XIXème siècle, on moissonnait en Provence, à la faucille (voulame en provençal), outil se composant d'un fer recourbé très tranchant pouvant atteindre 70 centimètres. Le moissonneur s'avançait la tête tournée vers le grain à couper. Il saisissait le chaume, de la main gauche, tenait bien la javelle pour qu'aucun grain ne se perde. En même temps, il engageait sa voulame et, en tirant à lui le tranchant de son outil, il coupait la poignée de tiges. Recommençant ainsi les gestes séculaires décrits par Homère dans l'Iliade "les ouvriers moissonnent la faucille à la main. Des javelles tombent à terre, les unes sur les autres, le long de l'andain*. D'autres sont liées avec des attaches par des botteleurs".
Les Provençaux résistèrent à l'usage de la faux car cet outil cher et s'usant vite convenait mal par ailleurs aux champs empierrés.

Les moissonneurs travaillaient en groupe de quatre, trois coupeurs et une lieuse des gerbes. Ces dernières étaient regroupées en tas plus ou moins importants qu'on laissait sécher dans les champs avant le foulage.

LE FOULAGE

 Les rouleaux de pierre que l'on peut encore voir au bord des anciennes aires de battage ne datent que du XIXème siècle. Jusqu'à cette époque, on foulait, moisson après moisson, de la même façon que dans l'Antiquité.
Pierre

Par beau temps, on déliait les gerbes que l'on répandait sur des aires pavées de grosses pierres et on faisait tourner dessus pendant des heures les bêtes de somme dont on disposait. Le fermier ou sa femme activait cette ronde, tandis que les batteurs remuaient les gerbes, les retournant et poussant sans cesse le blé sous les sabots. Sous ces piétinements la paille se brisait et le grain s'en détachait. Quand on estimait que l'opération avait assez duré on enlevait la paille à la fourche et on remplissait les sacs avec le grain encore mêlé de brins de paille.

 LE VANNAGE
 
On passait tout d'abord au crible le grain ramassé sur l'aire de façon à éliminer les débris d'épis pris avec le grain. Jusqu'à la fin du siècle dernier les femmes effectuaient le vannage au moyen de tamis. Elles s'installaient dans le courant d'air et secouaient le van rempli de blé. La paille soulevée était entraînée par le vent et les grains tombaient sur l'aire où souvent des draps étalés les recueillaient. Le lavage achevait les travaux de la moisson.
 
LE LAVAGE
 
Les grains recueillis passaient au lavage pour éliminer les derniers déchets qui pouvaient rester : ceux plus légers que le grain montaient à la surface de l'eau et étaient entraînés par le déversoir de la fontaine où avait lieu cette opération. On séchait ensuite le grain sur des toiles. Puis, mis en sac, il prenait, à dos de mulet, le chemin du moulin. On conservait une partie de la récolte à la maison pour la fabrication du pain, aliment de base du Méditerranéen.
 
Source : Almanach pittoresque et pratique du Var - 1992.

Nota : *Andain : En agriculture, l'andain est une bande continue de fourrage laissée sur le sol après le passage d'une faucheuse ou d'une andaineuse. Cependant le terme s'applique à différents types de produits étalés sur le champ, par exemple la paille derrière une moissonneuse-batteuse, les résidus de végétation derrière un gyrobroyeur, ou encore les blocs rocheux issus de l'épierrage de la parcelle.

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09 avril 2018

Histoire d'une découverte archéologique

 Fox-Amphoux-Temple

 C'est en observant un champ de blé que l'abbé Raymond Boyer (1925-2011) a découvert un sanctuaire romain. Petit homme au franc-parler, à l'énergie rayonnante, l'abbé Boyer, a consacré sa vie à la recherche archéologique. Ce fondateur du Centre Archéologique du Var (1957), se souvient avec la précision du chercheur au CNRS qu'il est également, d'un certain jour de juin : "Un entrepreneur de Carcès avait trouvé beaucoup de monnaies, à proximité de Fox-Amphoux, au carrefour des routes de Quinson, Tavernes et Aups. J'ai engagé une campagne de fouilles (Nota : ces fouilles on été effectuées de 1968 à 1977) et dégagé une partie d'un habitat de l'époque romaine. De l'autre côté du chemin vicinal qui le bordait, il y avait une parcelle triangulaire plantée en blé. Ce jour-là, je suis monté sur un talus. Le blé était mûr. J'ai été surpris de constater qu'il y avait des bandes bien régulières où il avait poussé moins haut". Son sang d'archéologue ne fait qu'un tour : le champ recouvre des murs. Logique, il y a moins de terre, donc moins d'humidité. Or, la moisson est proche, dans trois jours. "Je bondis sur le téléphone du bistrot du coin et je demande à l'ALAT (Aviation légère de l'armée de terre, basée au Cannet-des-Maures) de me faire des photos aériennes verticales, en lumière rasante. J'ai découvert un grand bâtiment de 90 mètres de long sur 45 mètres de large, que j'ai pu fouiller presque en totalité".
Fait exceptionnel et rarissime, ce bâtiment d'usage public abrite un temple. Des éléments monumentaux en calcaire blanc et en marbre, oscillant entre 400 et 600 kilos, des fragments de colonnes cannelée et des pièces statuaires, dont une tête de Minerve plus grande que nature, sont retrouvées dans le sol.
Le temple s'ouvrait sur une esplanade ceinte par un portique de 10 mètres de large, composé de petites colonnes réalisées en quartiers de terre cuite superposés. Une grande pierre découverte sur le chemin devait en marquer l'entrée. 
"Si on examine la topographie, reprend l'abbé Boyer, on s'aperçoit que les limites des communes de Fox-Amphoux et de Montmeyan passent ici. D'après ce que nous savons de la géographie ecclésiastique du Moyen-Age, le diocèse de Fréjus et le diocèse de Riez s'arrêtaient également là. Or, les territoires des diocèses se sont calqués sur ceux des cités antiques. Ce temple était probablement un sanctuaire de frontière, à la limite des cités romaines de Fréjus et de Riez".

Source : D'après "Var terre d'histoire" - Dominique Legenne. Illustrations parues dans la revue d'archéologie Gallia.

Archéologie-texte

03 avril 2018

Les veillées d'autrefois

 

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C'est avec nostalgie que nos anciens évoquent les veillées d'autrefois. En réunissant jeunes et vieux d'une même communauté, elles permettaient, au-delà du simple plaisir de se réunir, de tisser et d'entretenir des liens sociaux et surtout générationnels inestimables.

 A la mauvaise saison, alors que les travaux des champs laissent du répit, le soir quand on s'est acquitté des obligations du jour, les veillées échappent à la stricte économie du quotidien ; elles s'ouvrent au temps privilégié du partage : partage des histoires et de la mémoire, partage de l'expérience et du travail, partage du vin et de la nourriture, partage des joies et des peines. Ces heures partagées sont celles de la nuit. Inquiétante et mystérieuse, elle plante à elle seule le décor. La nuit de nos ancêtres n'est pas la même que la nôtre. L'électricité est rare dans les campagnes avant la Seconde Guerre Mondiale, on ne dispose pour s'éclairer que de lampes à pétrole, à huile ou à carbure. Cette clarté indigente creuse la pénombre alentour, visages et voix prennent du relief, le monde se trouble de présences fantastiques et, réuni dans cette oasis de lumière, le groupe se resserre. Parfois, par souci d'économie, on se contente de la seule lueur du feu, car la cheminée est sans conteste l'élément central de la veillée. Seul moyen de chauffage et de cuisson, elle est souvent si grande dans l'habitat rural traditionnel qu'on peut s'installer dedans ! Lorsque la veillée accueille beaucoup de monde, elle se tient dans la grange ou l'étable. Dans pareille athmosphère, les conteurs captivent leur auditoire. La veillée est en effet un moment privilégié pour raconter et écouter. La parole passe de proche en proche. Les plus anciens sont les plus experts. Ces histoires distraient, mais elles instruisent aussi et transmettent les savoirs, la culture et les valeurs de la communauté. Les légendes traditionnelles mettant en scène sorcières, diables et loups-garous, sont autant de leçons de vie pour les enfants. On échange aussi des anecdotes, des nouvelles diverses... Celui qui a voyagé raconte ce qu'il a vu. Les hommes évoquent la chasse, le service militaire ou la guerre. Ces histoires créent un lien entre les générations. Chacun se reconnaît et reconnaît les autres dans ces récits entendus depuis l'enfance.

La veillées rassemble tour à tour autour du travail et du jeu. On casse les noix, on "échaille" le maïs, on trie les haricots, on fend les châtaignes.  En Provence, on prépare les amandes pour le nougat de Noël. Les femmes tricotent ou raccommodent tandis que les hommes entretiennent leurs outils. Mais les veillées sont aussi l'occasion de jeux. les hommes sortent les cartes. On joue aux devinettes, à "cache ma bague ", etc... On chante aussi, on joue de la musique, parfois on danse. Le maître de maison offre de son vin ou de son cidre que chacun se doit d'apprécier alors que les femmes font griller les châtaignes ou font mijoter de la pâte de fruit. On échange alors recettes et savoir-faire.

Veillée-danse

Les grandes fêtes religieuses, la Toussaint, Pâques, la Saint-Jean et surtout Noël donnent lieu à des veillées où certains rites qui varient selon les régions, reviennent invariablement. D'autres veillées sont destinées à initier les jeunes aux grandes étapes de la vie. Ainsi en est-il des veillées de mariage, où on donne des conseils aux futurs mariés, ou des veillées d'armes qui préparent les jeunes garçons appelés sous les drapeaux.

La mort encore est une occasion de veillée où, plus que jamais, les rites et les codes sont importants. Veiller le mort consiste à la fois à l'accompagner et à le quitter. C'est faire de la mort un évènement communautaire et donc éminemment humain.

Source : D'après la Généalogie facile N° 5 - Editions Hachette 2005

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28 mars 2018

Fontaines de Provence

 

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Fontaine de la place à Tourtour (photo Nadine)

En Provence, elles sont des centaines, voire quelques milliers. Tous les siècles sont représentés. Depuis l'Antiquité, chaque génération a laissé ses fontaines. Comme l'eau est à la fois source de vie, de pureté, de richesse, les fontaines vont prendre de fortes valeurs symboliques. Elles sont considérées comme sacrées. De l'Antiquité, il ne reste malheureusement que peu de fontaines. L'une des plus célèbres est celle du Glanum dite Fontaine triomphante. Elle était adossée à un bassin et décorée par une sculpture en ronde bosse représentant des prisonniers gaulois, genou à terre, et des trophées. Elle symbolisait la victoire de Rome qui en même temps avait apporté l'eau. Le Moyen Âge ne fait pas grand place aux fontaines. Les aqueducs sont délaissés, détruits. Le puits est la principale source d'eau. C'est la Renaissance et son mouvement du baroque qui va favoriser le renouveau des fontaines. A partir du XVIe siècle, la fontaine est un élément essentiel d'ornement du centre des places, le long des "cours", l'intersection des rues. Elles sont également accolées aux murs des églises, des hôtels de ville, des palais. Vont apparaître les décors à l'antique : pyramides, obélisques, vases, urnes, dieux et déesses mais aussi des personnages importants : hommes illustres, mécènes, seigneurs, médecins, savants, sans oublier la réalisation d'animaux liés à l'eau mais fortement symboliques tels que des aigles, des lions, des taureaux et toute une flore aquatique ou non. Certaines de ces fontaines ont un usage précis. Elles peuvent servir pour faire le plein d'eau dans des cruches ou autres récipients. Elles peuvent posséder des vasques pour de petits lavages, des abreuvoirs pour les animaux. De nombreuses fontaines sont construites en Provence sur les chemins de transhumance. Puis la fontaine évolue de façon importante. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, elles sont très belles, oeuvres des plus grands sculpteurs comme Pavillon, Rambot, Chastel, Fossati et autres... L'écoulement de l'eau est discret. Elle sort de la bouche d'une divinité ou de la gueule d'un animal. L'eau est rare et précieuse, il ne faut pas la gaspiller, elle soit servir.

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Fontaine datée de 1850 à Tourtour (Photo Nadine)

Après la construction des grands canaux apportant l'eau de la Durance ou du Verdon, dans les années 1850, les fontaines changent complètement. L'eau est devenue abondante, on peut la gaspiller. Les fontaines deviennent de vrais monuments. Elles occupent une place de plus en plus importante, elle offrent des jeux d'eau, des jets d'eau, des cascades. C'est le temps de la célébration de l'eau. Les exemples sont nombreux : à Marseille, c'est l'immense fontaine du palais Longchamp, c'est l'extraordinaire fontaine Cantini de la place Castellane, tout entière de marbre et d'eau ; à Aix-en-Provence, c'est la fontaine de la place de le Rotonde avec ses lions, des figures allégoriques, oeuvres de Truphème et de Ramus ; à Toulon, c'est la grandiose fontaine de la Fédération ou de la Liberté avec ses grandes statues d'André Allar. Chaque grande ville à sa fontaine monumentale. Après la chute du Second Empire, beaucoup de fontaines présentent une allure encore plus politique : elles fêtent l'eau et la toute nouvelle République. Leurs idéaux sont républicains. Certaines sont associées à des monuments aux morts. Dans la seconde partie du XXe siècle, la sculpture a tendance à disparaître. Avec le canal de Provence, l'eau est partout en abondance. On peut s'amuser avec elle, d'autant que les petits moteurs électriques permettent de travailler en circuit fermé. Alors la plupart des fontaines se livrent tout simplement à un décor d'eau, avec des jets d'eau jouant une véritable symphonie. Elles ne délivrent plus de message, elles n'ont même plus de noms, elles ne sont plus que fraîcheur et agrément. On peut vraiment écrire l'histoire de la Provence, de son art, de ses hommes, de son développement scientifique et technique à travers les fontaines. De la plus modeste à la plus grandiose, elles témoignent et leur témoignage est pour nous d'une grande beauté et d'une grande richesse.

Source : Les Monuments de l'eau en Provence - Jean-Marie Homet - Edisud.

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Fontaine monumentale du Parc Longchamp à Marseille (Photo internet)

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 Fontaine de la Rotonde à Aix-en-Provence (Photo internet)

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Fontaine de la Fédération ou de la Liberté à Toulon (Photo internet)

 

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22 mars 2018

Les moulins à vent dans le Midi

 

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 A une époque pas si lointaine - le début du XIXe siècle - les moulins étaient aussi familiers dans nos paysages que le clocher des églises ! Il n'y avait guère de colline ou de flanc de coteau qui ne soient surplombés de ces édifices au paisible manège. En 1809, une enquête ordonnnée par Napoléon montre qu'il existe en France près de 60 000 moulins à vent. En moyenne, un pour quatre cents habitants ! Au fil des siècles, ce moulin à vent est en effet devenu indispensable pour un certain nombre d'usages que nous verrons plus loin. Il apparaît au milieu du Moyen Âge, ramené d'Orient par les Croisés qui ont décortiqué et compris son mécanisme de fonctionnement. Ainsi, la première attestation d'un moulin à vent en France date de 1170, citée dans un document de la ville d'Arles. Il n'est pas innocent que ces bâtiments se soient d'abord développés dans le Midi, car ces régions sont fortement ventées. Ce contexte climatique a aussi influencé leur forme, leur architecture. A l'inverse du Nord du pays où sont bâtis les "moulins-pivots", on voit se propager dans le grand Sud, les "moulins-tours". Comment se présentent-ils ? Comme leur nom l'indique, ils sont d'abord constitués d'une tour cylindrique en  pierre. Cette forme et l'épaisseur importante des murs (certains ont un mètre de large à la base) permettent de résister aux bourrasques de vent en haut des crêtes. Elles servent aussi à limiter les vibrations engendrées par la marche continuelle du moulin, qui mettent parfois à mal la maçonnerie (certains corps de moulins sont d'ailleurs cerclés de fer). Cette tour ronde n'a qu'une porte, surmontée en général de deux fenêtres. Celles-ci sont diamétralement opposées et orientées vers les deux vents dominants qui touchent le moulin. Au-dessus de la tour, on trouve le toit en forme de chapeau pointu où sont ancrées les ailes. Il tourne sur lui-même pour s'orienter face au vent et donner le meilleur rendement au moulin.

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Traditionnellement, il porte une girouette en fer forgé, composée d'une bannière frappée des initiales du meunier. Les ailes qui sont garnies de toiles, comme des voiles, sont presque toujours au nombre de quatre. Dans le sud de la France, leur longueur dépasse rarement 7 mètres, contrairement à celles du Nord qui peuvent atteindre jusqu'à 12 mètres. A l'intérieur du moulin, grâce à un ingénieux système d'engrenages, de pignons..., les ailes actionnent des meules de pierre qui broient les céréales en farine. Nul n'ignore que celle-ci sert à fabriquer le pain, qui devient au cours des siècles l'élément nourricier majeur des Français. Les meuniers ne vont donc pas chômer dans un pays qui a les yeux rivés sur ses épis. On les appelle joliment les "marins des champs" car ils conduisent leur moulin comme un bateau, toujours à l'aide des vents. Ils ont aussi un rôle social important dans le village. Pour un évènement heureux comme un mariage, ils font tourner le moulin au ralenti avec un beau bouquet de fleurs de saison (roses, lilas, lavande...) accroché à chaque bout d'aile. Ces artisans se paient en nature en prélevant une partie de farine sur la quantité de grains apportée. Un mode de rétribution qui alimente les rumeurs et fait de tout meunier un profiteur. On l'accuse d'avoir toujours des poules bien grasses... Mais son métier vaut bien quelques compensations. Le meunier est sujet à de nombreux problèmes respiratoires, à cause de l'incessante poussière de farine qui circule dans le moulin. Si le mineur a le fond des poumons noirs, ceux du meunier sont désespérément blancs.

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Comme pour les moulins à eau, la force gratuite que représente le vent va offrir d'autres usages que la minoterie. En broyant les olives, le moulin rend possible la fabrication de l'huile. En écrasant le tan qui sert au tannage des peaux. Ces turbines d'un autre âge permettent également de fabriquer du papier, scier du bois et des blocs de pierre, tisser et assouplir les pièces issues des filatures, forger le métal, broyer le plâtre... Tous ces édifices ronds et massifs, aux bras articulés, vont néanmoins disparaître progressivement de notre paysage à la fin du XIXe siècle. L'apparition de la minoterie industrielle, l'arrivée des machines à vapeur et des moteurs électriques rendent obsolètes ces bâtis battus à tous les vents. De même, les guerres et les catastrophes naturelles en détruisent beaucoup. Le moulin est très souvent victime de la foudre, perché sur ses collines. Quand au meunier, il est en général soupçonné d'espionnage... car son moulin à vent situé sur une hauteur peut communiquer la position des armées ennemies grâce à la position des ailes et sert aussi d'observatoire.

Source : Le petit Bâti - Sud de la France - Hubert Delobette - Ed. Le papillon rouge - Les photos sont de Nadine et les moulins sont ceux de Régusse (Var).

 

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16 mars 2018

Le crime du marquis d'Entrecasteaux

Cours Mirabeau

Le matin de ce lundi de Pentecôte, 31 mai 1784, l'épouse du marquis d'Entrecasteaux, président de la cour du parlement d'Aix, a été retrouvée morte et ensanglantée dans sa chambre. L'hôtel du marquis situé sur le Cours, est déjà gardé par la maréchaussée et la troupe. Le mari parle de suicide, le médecin soupçonne un crime. La marquise a été surprise dans son sommeil et égorgée à plusieurs reprises de plusieurs coups de rasoir. Une bourse vide laissée en évidence et un secrétaire défoncé plaident pour un crime crapuleux, mais une cassette pleine de bijoux et d'autres objets luxueux sont toujours là. La police, méticuleuse, ne relève aucune trace d'effraction ni d'escalade. Le criminel n'a pas pu venir de l'extérieur. Le personnel de la maison est mis aux arrêts et au secret, on l'interroge mais sans résultats. L'enquête révèle alors que le couple n'était pas bien assorti et ne s'entendait plus : marquise laide et peu avenante, marquis joli-coeur, scènes conjugales répétées. Un an plus tôt, pendant la nuit, la marquise avait été prise d'un mal étrange. Un docteur pensa au poison, mais se tut. Quelques jours avant l'assassinat, un verre de vin avait provoqué une violente sensation de brûlure à la marquise, qui avait vomi et s'en était sortie. L'enquête démontra que, quelques temps plus tôt, le marquis avait acheté de la mort-aux-rats ! Dès lors, sa culpabilité paraissait évidente. Une perquisition la confirma : un rasoir manquait dans le nécessaire du président. D'Entrecasteaux n'eut que le temps de s'enfuir le 3 juin pour Nice et de là au Portugal. Sa fuite était un aveu. Là-bas, on l'arrêta, mais, en son absence, le parlement de Provence dut se contenter d'une condamnation à mort par contumace et d'une exécution en éfigie. Cependant, la prison humide de Limoeiro au Portugal eut rapidement raison du marquis qui y mourut le 6 juin 1785. Et si une rue d'Aix en Provence porte de nom d'Entrecasteaux, c'est à son oncle qu'on le doit, un glorieux navigateur parti en 1791 sur les traces de La Pérouse.

Source : L'Almach de la Provence - Pierre Echinard - Ed. Larousse

Voir mon article sur le château d'Entrecasteaux en cliquant ci-dessous :

Le château d'Entrecasteaux - Passion Provence

La découverte d'Entrecasteaux est un rare plaisir. Il faut longer des carrières d'argile rouge qui se transforment peu à peu en un vallon ombragé, descente rythmée par le clapotis de la rivière, pour finalement déboucher sur un village provençal typique, agrémenté de vestiges du XIe siècle.

http://www.passionprovence.org

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10 mars 2018

Le jas, lou jas

 

Jas

Le jas est une petite bergerie isolée. Le mot provençal vient du latin "jacium" : lieu où l'on se couche. Il désigne le gîte de certains animaux sauvages (comme le lièvre ou le sanglier) ou domestiques (en Provence, surtout des chèvres et moutons). Par extension, il désigne aussi la "litière", le "lit" (y compris d'une rivière) et l'abri rudimentaire du berger gardant ses brebis dans les collines et les montagnes. C'est en ce dernier sens que le mot est employé pour désigner les lieux-dits, en y ajoutant souvent le nom d'un ancien propriétaire (probablement le plus illustre ou le premier !).

Mouton
Le terme jas connote, à l'origine, une habitation temporaire très simple où l'homme dormait près de ses bêtes. D'ailleurs l'expression provençale "acò n'en fau jas", littéralement "ça, j'en fais une litière", signifie "je n'y accorde aucune importance". Les lieux-dits appelés jas sont donc en général assez isolés, sur les flancs des reliefs, dans la campagne.
Un grand jas s'appelle uno jasso, forme féminine, selon une habitude de la langue provençale où un même mot au féminin renvoie à quelque chose de plus important qu'au masculin (comme un sac/uno saco) "un sac, un grand sac".
On trouve donc le mot jasse employé pour désigner un nom de lieu, mais plus rarement, car une jasse étant une véritable bergerie, elle est intégrée à un lieu plus vaste (une bastide, etc).
A l'inverse, un diminutif masculin jassoun se retrouve parfois dans la toponymie (exemple Les Jassons).
 
Source : Petit dictionnaire des Lieux-dits en Provence - Philippe Blanchet.
 

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04 mars 2018

Les âges de la vie

 

Ages de la vie

De nombreuses coutumes marquent les différentes étapes de la vie, le premier et le dernier jour. Vivaces à l'époque qui nous concerne, certaines perdurent jusqu'à nos jours. A la naissance, la mère était assistée par une femme expérimentée du voisinage "la buono fremo" (la bonne femme) et la superstition voulait que le nouveau né ne sorte pas avant le baptême qui devait avoir lieu dans les trois jours suivant la naissance. Le parrain de l'aîné était le grand-père paternel qui transmettait son prénom à son petit-fils. Quand on choisissait le parrain et la marraine en dehors de la famille, on prenait deux jeunes gens qui "se fréquentaient". Ils devenaient "compaire" (parrain) et "coumaire" (marraine) et finissaient tôt ou tard par se marier. A la sortie de la cérémonie, à laquelle la mère n'assistait jamais n'ayant pas fait ses "relevailles", le parrain jetait sous et dragées 'lei sucrau" aux enfants qui suivaient le cortège en criant : "Buon peirin, douna'n pau d'estrenadoun !" (Bon parrain, donnez-nous quelques étrennes) ou "Peirin couguou ! Meirino machoto !" (Parrain cocu ! Marraine chouette !) si le parrain se faisait trop prier.

L'enfance s'écoulait rythmée par l'école, la communication avec l'étape finale de la conscription pour les garçons, le mariage étant préparé par la confection du trousseau pour les jeunes filles. A Castellane dans les Alpes-de-Haute-Provence, le rite médiéval de "la peloto" (la pelote) a duré jusque vers 1940. Quand une jeune fille épousait un étranger du pays, le jour de la publication des bans, les jeunes garçons tiraient des coups de fusil sous la fenêtre de la fiancée pour l'honorer : "Li faien la peloto" (ils lui faisaient la pelote). Les parents invitaient alors à boire ces jeunes gens. Le fiancé devait leur remettre de l'argent pour qu'ils fassent bombance en l'honneur des "nòvi" (mariés). Mais s'il était trop "rachou" (avare), les jeunes faisaient un charivari sous les fenêtres de la fiancée avec sonnailles et casseroles. Cette scène se répétait lors du mariage. A la Palud, l'expression consacrée était "s'anan faire paga la fiho" (nous allons faire payer la fille). Le charivari était aussi de rigueur lors du remariage d'un veuf ou d'une veuve, ou quand un couple était trop mal assorti. Les jeunes gens faisaient alors force tapage sous les fenêtres des époux le soir et pendant plusieurs jours si nécessaire, jusqu'à ce qu'ils reçoivent suffisamment d'argent.

Castellane

A Castellane, immédiatement après la messe de mariage, la noce montait à Notre-Dame du Roc assister à une autre messe avant le repas de fête. Celui-ci avait généralement lieu dans une grange aménagée à cet effet. La mariée, à certain moment du repas, devait manger dans l'assiette de son époux. 

Les rites de la mort se sont conservés jusqu'à ce jour. On ferme les volets, voile les glaces et arrête les pendules. On place près du corps du défunt, revêtu de ses plus beaux habits, un cierge allumé et un récipient d'eau bénite où trempe un brin de buis des Rameaux pour bénir le mort. Le cierge ne doit pas s'éteindre. Le décès est annoncé par "lei clar" (le glas). Il y a une cinquantaine d'années "la figo" ou "badrouieto" (sacristine) faisait lei assaché, "fahié sapé la mouort" (elle faisait savoir la mort) ; elle annonçait de porte en porte le nom du mort et la date de l'enterrement.

On devait aller "plagne lou doù" (plaindre le deuil), visiter le défunt qui n'était jamais laissé seul : on se relayait pour le veiller en récitant des chapelets.
Au début du siècle, à l'enterrement de 1ère classe, les dames de la Congrégation de la Miséricorde (bourgeoisie de Castellane), tenaient le drap mortuaire. La famille faisait dire une messe de neuvaine après laquelle on prenait le deuil qui était respecté scrupuleusement.
 
Source : Vie et Traditions à Castellane et dans la Vallée du Moyen Verdon - Bulletin de l'Association Petra Castellana.
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La cérémonie des relevailles - Passion Provence

En Provence, la cérémonie des relevailles était plus qu'indispensable ; on considérait qu'elle avait une telle importance que même si l'enfant mourait en couches, la mère dépossédée de son enfant devait respecter le temps d'isolement et ne réintégrer le monde social qu'après avoir été à l'église se faire relever.

http://www.passionprovence.org

Le mariage dans le Var autrefois - Passion Provence

Autrefois, la plupart des mariages se faisaient par l'intermédiaire d'un parent, d'un ami qui remplissait les fonctions de négociateur. Quelquefois, c'étaient les jeunes gens eux-mêmes qui s'étant fréquentés se promettaient amour et fidélité. Ils en prévenaient chacun leurs parents et d'après leurs réponses, le père du jeune homme faisait la première démarche.

http://www.passionprovence.org

 

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26 février 2018

Le puits aérien de Trans en Provence

 

Puits aérien

Le puits aérien (carte postale couleur des années 60)

C'est un édifice unique en Europe, inscrit à l'Inventaire des Monuments historiques. Le puits aérien de Trans en Provence construit en 1931 par l'ingénieur belge Achille Knapen, est une curiosité écologique à visiter. Son idée était de remplir une citerne en récupérant la rosée.

Quand on accède au monument sur les hauteurs du village, on pense à première vue se trouver devant un igloo en pierre, un pigeonnier, voire une ruche géante. En réalité, en est face d'un majestueux condensateur d'eau censé récupérer l'humidité ambiante de l'air pour produire de l'eau et lutter contre les épisodes de sécheresse. Le dôme en pierre apparentes, que l'on découvre de prime abord, n'est que l'enveloppe extérieure du système. Une coque destinée à mettre à l'ombre, à ventiler et refroidir le puits lui-même : une colonne de 12 mètres de haut. Réalisé en 1931, le puits aérien est l'oeuvre de l'ingénieur belge Achille Knapen. C'est lors d'un congrès de l'eau à Alger, en 1928, que l'inventeur, lauréat de la société des Ingénieurs civils de France et chevalier de la Légion d'honneur, évoque pour la première fois son projet de puits aérien. Il souhaite lutter contre les problèmes de pénurie d'eau. Spécialiste des problématiques d'hygrométrie des bâtiments et de l'assainissement des habitations, il a déjà mis au point un procédé d'assèchement des murs utilisant des siphons en terre cuite pour évacuer l'humidité vers l'extérieur. Le système a fait ses preuves. Conscient des pertes immenses que les sécheresses représentent pour les populations des pays chauds, Knapen met sa science à profit pour inverser le procédé et récupérer l'humidité ambiante en concentrant suffisamment de rosée pour la canaliser vers une citerne de récupération. Le gouvernement algérien, séduit par l'idée, offre un terrain pour réaliser un puits expérimental. Mais le projet n'aboutira pas.

Puits aérien et villa Knapen

La villla Knapen et le puits aérien (Carte postale)

C'est dans le Var, à Trans en Provence que l'expérimentation aura finalement lieu. Achille Knapen se retire dans le village varois en 1930. Il y fait construire une villa à 180 mètres d'altitude sur un promontoire. Exposé aux vents de mer et aux vents du soir de la montagne, le lieu semble propice à l'installation du puits aérien imaginé quelques années plus tôt. L'édifice expérimental prend forme sur le terrain attenant à la villa. Certains transians se souviennent encore des cargaisons de pierres, montées en carriole par la côte si raide qui mène à la propriété. Le chantier dure un an et demi avant la mise en service du puits. Selon Knapen, il devait pouvoir fournir 30 à 40 m3 d'eau. Sur quelle théorie repose donc son fonctionnement ? Au coeur du dispositif, le puits lui-même : une colonne creuse évasée vers le haut, en béton et ciment, qui s'élève sur 9 mètres de haut. Au centre de celle-ci, invisible pour le visiteur, se dresse un tube métallique dépassant de 50 centimètres l'édifice pour permettre les échanges d'air, comme une cheminée, et utiliser le refroidissement nocturne de l'air. Des tubes poreux de 3 centimètres parsèment la colonne ainsi que 3 000 ardoises (aujourd'hui pour la plupart cassées), fixées telles des ailettes pour permettre la récupération de gouttelettes sur une surface de plus de 100 m2. Autour du puits, l'enveloppe ovoïde en pierres calcaires, a des murs colossaux de 2.5 mètres d'épaisseur ! Ce sont eux qui fournissent la protection et la ventilation nécessaire. Car la circulation d'air est un de points clés du dispositif. Elle est assurée par une multitude d'ouvertures dans le dôme qui confère à l'édifice son étrangeté. Plus grandes en partie basse, plus petites en hauteur, elles sont des centaines à jalonner le monument. Une porte donne accès à l'intérieur de l'ouvrage pour découvrir son impressionnante conception. Malgré toute l'ingéniosité du système, le puits n'a pas produit les résultats escomptés. Il n'a donné, les meilleures nuits qu'une dizaine de litres d'eau. Achille Knapen tablait sur des variations thermiques allant de - 4° la nuit à 11°C. Il fut loin du compte à Trans où la différence de températures l'été n'est que de quelques degrés. Mais au coeur le l'été, le monument reste un havre de fraîcheur...

Puits aérien de Trans en Provence. Montée de la Cotte. Ouvert en accès libre tous les jours du 9 h à 19h.

Source : Magazine Le Var N°3 Eté 2017 - Conseil départemental du Var.

Si vous passez par Trans, allez voir le puits aérien. Pour en savoir plus, je vous conseille ce lien :   

http://www.histoire-eau-hyeres.fr/612-puits_aerien.html

ainsi qu'un article plus détaillé sur le puits aérien sur mon autre blog :

Le puits aérien - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Le puits aérien (carte postale - collection personnelle de Nadine) Avez-vous déjà entendu parler du puits aérien de Trans en Provence ? Le constructeur de cet ouvrage, un ingénieur belge, Monsieur Achille Knapen est venu à Trans vers la fin de sa vie professionnelle.

http://www.transenprovence.info

Puits aérien hauteur

 

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20 février 2018

La via Domitia

 

Carte-Alpes-Pyrénées-Voie Domitia

 De Cavaillon à Sisteron, la Provence est traversée par la plus ancienne route construite en France : la via Domitia (voie Domitienne). Voie interprovinciale créée à partir de 118 av. J-C. par le général et consul romain : Cneus Domitius Ahenobarbus. Suivant d'anciens itinéraires, elle traversait les Alpes au col du Montgenèvre, gagnait la Provence par Briançon, Gap et Sisteron et, de là, rejoignait le delta du Rhône par les vallées de la Durance et du Calavon pour ensuite se diriger vers l'Espagne à travers le Languedoc et le Roussillon. Constuite et entretenue au nom de l'Etat romain, la voie Domitia nécessita d'importants travaux dont il reste les traces : percées à travers les rochers, murs de soutènement, dallage pour la traversée des villes et des gués, ouvrages d'art en pierre pour franchir les cours d'eau, tels le pont Julien près d'Apt ou ceux de Ganagobie sur le Buès et de Céreste sur l'Aiguebelle. D'abord militaire, la voie domitienne est rapidement devenue une des plus fréquentées de l'Empire romain par les divers service publics mais aussi les marchands, les voyageurs, et plus tard, les pèlerins. C'est ainsi qu'elle fut jalonnée, tous les 15 kilomètres environ, de relais pour le repos des hommes et le changement d'attelage et, tous les 30 kilomètres, à partir de bourgades préexistantes ou nouvelles, de gîtes d'étape. Le long de cette voie majeure ou à proximité, des monuments médiévaux, des prieurés, des chapelles souvent liés à l'un des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, se sont ajoutés ou substitués, au fil des temps, aux vestiges antiques conservés ou enfouis : tour de Sabran, Carluc, Salagon, Notre-Dame des Anges, Ganagobie, etc... 

Source : L'Almanch de la Provence - Pierre Echinard - Ed. Larousse

Pour en savoir plus :

Via Domitia

La Voie Domitienne (Via Domitia) est une voie romaine construite à partir de 118 avant J.-C. pour relier l'Italie à la péninsule ibérique en traversant la Gaule Narbonnaise. La Voie Domitienne a été créée à partir de 118 avant J.-C. à l'instigation du général romain Cneus Domitius Ahenobarbus dont elle porte le nom.

http://routes.wikia.com

 

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14 février 2018

Les aiguiers

Aiguier

Aiguier de Gayéaux près de Saint-Saturnin lès Apt (84) - Photo capfrandos.free.fr

Aiguier de Gayéaux-Schéma

Aiguier de Gayéaux - Schéma

En Provence, un aiguier est une citerne creusée dans la roche et voûtée de pierres. Il sert à recueillir les eaux de ruissellement. Ces aiguiers sont implantés sur des terrains en pente ou en aval de ces derniers. Leur impluvium peut être un plan de roche dénudé et creusé de rigoles de collecte ou un chemin barré d'une rigole oblique poursuivie jusqu'à l'aiguier. Un autre dispositif consiste en une toiture collectrice concave avec lauses inclinées convergeant en direction du trou de collecte. Une crépine (filtre) de petites branches, placée dans les trous de collecte réservés dans les parois arrières ou bien sur les côtés de la bâtisse, sert à filtrer l’eau et à empêcher les petits animaux de tomber dedans. La profondeur des bassins oscille principalement entre 0,90 m et 2,20 m.

Aiguier du mont Ventoux (versant-sud)

Aiguier du mont Ventoux (versant-sud) - Photo Wikipédia

Si quelques aiguiers sont à ciel ouvert et libres d’accès pour le bétail et autres animaux, ils sont en majorité, recouverts et protégés soit par une voûte en encorbellement (forme de coupole), soit par une voûte clavée en berceau, aux voussoirs (pierre de taille en forme de coin) généralement liés par du mortier de terre ou de chaux. Dans le premier cas, le bassin est de plan circulaire ou carré avec des angles arrondis, dans le deuxième cas, de plan rectangulaire. Un troisième type d'aiguier existe mais cependant plus rare, il est dit de couvrement et est constitué par de grandes dalles rectangulaires taillées qui sont posées au niveau du sol, soit en plafond (juxtaposées), soit en bâtière (affrontées) au-dessus d'une cuve. Les aiguiers couverts par une coupole en encorbellement ont pour caractéristique commune d'avoir leur coupole légèrement en retrait par rapport au corps. La fonction de cette dernière reste une énigme : abritait-elle un chéneau circulaire destiné à recueillir l'eau de pluie tombant sur le parement extérieur de la coupole ou bien est-elle la trace d'une couverture de lauses retirée après l'abandon de l'installation ? De même, les aiguiers couverts par une voûte en plein cintre présentent un extrados à peine protégé par de la caillasse alors qu'on s'attendrait plutôt à une couverture de grandes lauses à deux pentes. Enfin, les aiguiers à voûte clavée peuvent être renforcés à l'intérieur par une arche maçonnée, soit parallèle à la voûte, soit perpendiculaire à celle-ci. Quel que soit le type de couvrement employé, les parois intérieures de ce dernier sont toujours dans la continuation de celles du bassin creusé dans la roche. Généralement proche d'une habitation, l'aiguier servait, selon les cas, à un usage domestique (laver le linge, arroser le potager), pastoral (abreuver les bêtes) ou encore artisanal (distiller la lavande et refroidir le serpentin).

Aiguier-Détail-Voûte en berceau

Détail d'une voûte en berceau - Photo baladeenfamille.free.fr

La tradition de creuser des aiguiers est antérieure à la fin du XIXe siècle. Dans sa monographie "Villars, un village de l’ancienne Provence" Auguste Roux écrit : "Le 28 mars 1666, les Consuls font observer que la montagne "est fort sèche". Il y a un rocher au quartier de La Brasque "propre à creuser un aiguier" afin d’abreuver les troupeaux… "on verra un maître coupeur (tailleur) de pierres". Le 6 juin, une partie du rocher est creusée. André Clément et d’autres ont payé le travail dont ils jugent la nécessité. Il est délibéré de poursuivre la besogne conformément "au marché fait" (prix-fait), de "relarguer" (élargir) le tout et de le payer".

Source : D'après un article de Wikipédia l'encyclopédie libre.

Sentier des Aiguiers-St Saturnin lès Apt

Sentier des aiguiers - Saint Saturnin lès Apt - Photo issanlat.free.fr/

Aiguier des Testourias-St Saturnin lès Apt

 Aiguier des Testourias - Saint Saturnin lès Apt - Photo issanlat.free.fr/

Aiguier des Testourias-Rigole et trou de collecte

 Aiguier des Testourias - Rigole et trou de collecte - Photo issanlat.free.fr/

 

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08 février 2018

Chapelles de Provence

 

Chapelle St Jaume Lorgues

 Chapelle Saint Jaume à Lorgues (Var)

Les chapelles sont partout en Provence... Au coeur ou à la périphérie de chaque ville, de chaque village, de chaque hameau, érigées au sommet des montagnes, lovées au fond des gorges, émergeant des garrigues sauvages en gardiennes des champs, des vignes et des vergers, cachées au profond des forêts, dressées en bienveillantes vigies au-dessus de nos côtes... Quelle foi a poussé nos ancêtres à couvrir ce pays de ces témoignages de leur piété, de leurs espoirs mais aussi de leurs craintes ? Le christianisme a pénétré très tôt en Provence. Probablement dès la fin du 1er siècle de notre ère, s'il faut en croire la légende des saintes Maries échouées en Camargue ; et il faut croire aux légendes, car elles portent la vérité du coeur. Mais l'histoire nous enseigne aussi qu'au IIIe siècle, Arles est déjà le siège d'un évêché et c'est dans cette ville, en 314, que se tint le premier concile de l'Eglise alors que l'empereur Constantin 1er vient à peine de reconnaître la nouvelle religion. C'est dire l'implantation ancienne et profonde du christianisme dans la belle Provincia. Mais la religiosité des Provençaux a des racines plus profondes encore. Sous bien des édifices chrétiens dorment les vestiges de temples païens gallo-romains, recouvrant eux-mêmes quelquefois des lieux de culte celto-ligures.

Chapelle Saint-Sixte-Eygalières

Chapelle Saint Sixte à Eygalières (Bouches-du-Rhône)

Les vierges noires et certains saints sont les héritiers d'anciens cultes agraires de fécondité. Ils en marquent à la fois la continuité et la mutation ; continuité, car, dans une Provence rurale à 80% jusqu'au début du XXe siècle, le paysan est d'abord préoccupé par le cycle des saisons, le temps qu'il fera et le rendement des cultures qui le nourrissent ; mutation, car la religion catholique substitue aux rites magico-religieux l'engagement de la foi personnelle. Ce changement de mentalité et de croyance profonde mettra plusieurs siècles à s'imposer au peuple. Car ce peuple est durement éprouvé : la famine le guette, la maladie le frappe cruellement, la peste le décime périodiquement, les barbares et les sarrasins le razzient et les seigneurs et les rois censés le protéger le plongent dans des guerres incessantes et meurtrières. Dans ces temps difficiles, les hommes demandent d'abord à Dieu aide et protection dans la vie présente et promesse d'une vie future... La Vierge et les saints qui sont perçus comme plus accessibles, plus humains, deviennent des intercesseurs privilégiés ; d'où une multitude de chapelles qui leur sont dédiées. Pourtant, au tournant de l'an mille, un miracle se produit. Un formidable essor religieux génère une vague de constructions, jamais égalée depuis. Du XIe au XIIe siècle, l'Europe entière se couvre d'abbayes, de cathédrales, d'églises et de chapelles. Innovations architecturales et élande foi s'unissent.

Chapelle romane St Thyrse Castellane

Chapelle romane Saint Thyrse à Castellane (Alpes de Haute Provence)

C'est l'âge roman, le temps des grands pèlerinages, des croisades, des abbayes conquérantes, de la course aux reliques ; la réforme grégorienne assainit l'Eglise, qui est au faîte de sa puissance, le Christ règne en souverain des esprits et le culte marial s'impose partout... Le visage de la Provence en est durablement transformé. Jusqu'aux coins les plus reculés du pays, églises et chapelles comme moissons en été... Humbles ou fières, simples ou monumentales, les chapelles romanes ponctuent le paysage provençal. Dix siècles après, certaines, construites avec autant de soins que des cathédrales, n'ont presque pas bougé. D'autres ont été profondément remaniées. Dans leurs pierres, on lit l'évolution des styles, les flux et reflux des croyances et les vicissitudes de l'histoire. La Provence restera longtemps fidèle au modèle roman. Le style gothique, né en Ile de France au XIIIe siècle, n'aura que peu d'influence ici ; quelques villes y sont sensibles ( Avignon, Aix...), mais les campagnes lui sont réfractaires. Juqu'au XVe siècle et même au-delà, on continue à construire selon le modèle roman.

Il faudra attendre le XVIe siècle pour que la construction change. Les édifices sont plus vastes, mais construits en moellons et couverts d'un toit de tuiles sur charpente. Rare est la pierre de taille, les plans sont confus, les chevets sont plats et le décor sculpté disparaît... Heureusement, quelques fresques qui ornaient les murs nous sont parvenues. Les deux styles issus de la Renaissance, l'un fondé sur la raison, le classique, l'autre nourrit par la passion, le baroque, ont peu d'echo dans l'architure religieuse locale, mais ils se retrouvent à l'intérieur des édifices, façonnant de magnifiques retables qui ornent le choeur des sanctuaires. Après la Révolution, qui a beaucoup détruit, le XIXe siècle s'est surtout attaché à reconstuire et à regagner les âmes. Il n'en ressort aucun style, car ses bâtisseurs n'ont fait que copier les styles précédents (néogothique en néo classique, romano-byzantin...). Le XXe siècle a vu la réalisation de quelques rares mais superbes oeuvres. Les matériaux nouveaux ( béton, verre...) y sont au service d'un indéniable élan spirituel. Il faut aussi mettre à l'actif du présent l'effort considérable de restauration et de revalorisation du patrimoine religieux produit par les fidèles, des associations et des collectivités locales. Le plus remarquables enfin, c'est que beaucoup de ces lieux vivent ou revivent grâce au maintien et à la relance des pèlerinages et des fêtes locales.

Source : Chapelles de Provence - Serge Panarotto - Edisud. Photos du site Provence à vivre 

 

02 février 2018

Le four banal

 

Boulangers

Au Moyen Age et sous l'Ancien Régime, les habitants avaient pour obligation d'utiliser les installations seigneuriales pour moudre le grain, cuire la pain ou encore puiser l'eau. Cela donnait lieu à un impôt en argent ou en nature appelé "banalité". Pour le pain, ils devaient utiliser le four seigneurial dit "banal" et payer un droit de "fournage". C'est-à-dire, remettre une partie de leur production au seigneur, en général, un pain sur vingt ou sur trente. C'était un asservissement tant le four à pain était indispensable à la vie quotidienne. En contrepartie, le propriétaire avait pour devoir d'entretenir son four et d'y installer un fournier (boulanger) qui était chargé de cuire le pain et de prélever l'impôt. Le fournier cuisait de gros pains avec beaucoup de mie sous une épaisse croûte afin d'assurer une conservation d'une semaine, une quizaine et parfois plus. Les habitants apportaient leur farine plusieurs jours à l'avance. Ils la marquaient en indiquant le jour du dépôt et donnaient en échange, une bûche de bois pour la cuisson.

Four à pain Le Castellet

Le four du Roy au Castellet (photo internet)

Dans le Var, au Castellet, le four du Roy se trouve à présent dans une boutique qui porte le même nom et aurait, d'après l'historique, servi jusqu'au XXe siècle. Quant à Tourtour, des textes relatent qu'au Moyen Age, les deux fours communaux étaient utilisés gratuitement. Mais lorsqu'en 1642, le seigneur Raphélis en prend possession, il instaure la banalité, indignant les habitants. Les fours seront rachetés par la commune en septembre 1727, ce qui supprima cet impôt.

Four à pain Artignosc

Le four d'Artignosc (photo internet)

A Artignosc-sur-Verdon, l'ancien four à pain qui se trouve derrière la mairie, donne lieu chaque dimanche de la Pentecôte, à une fête du pain. Ce droit de fournage était mal supporté par le paysan, d'autant que pour sa consommation personnelle, il pouvait cuire son pain dans son propre four aménagé dans sa cheminée. L'Assemblée Constituante, lors de la Révolution française, le supprima en 1790 et, la loi du 17 juillet 1793, abolit définitivement toutes les banalités.

Source : D'après un article paru dans le supplément Varmatin du 5 mai 2013 

Societés-cultures-rurales

A propos du mot "banalités" : Les taxes appelées banalités étaient si fréquentes qu'elles ont donné le mot "banal" dans notre langage d'aujourd'hui. Le seigneur, profitant de son droit de commandement (droit de ban) et de sa force militaire, exige des paysans qu'ils utilisent les installations qu'il a fait construire. Le moulin banal où le meunier perçoit une partie de la farine en paiement de son travail et de l'utilisation du moulin. Le four banal où le fournier, recruté par le seigneur, retiendra, pour la consommation de ce dernier, une partie des miches de pain cuites. Le pressoir à raisins ou à pommes dont une partie du jus recueilli ira dans la cave du seigneur. Ainsi le seigneur dispose d'aliments gratuits dont la perception se fait tout au long de l'année. Ces impôts étaient d'autant plus mal supportés par le paysan, qui pour sa consommation personnelle aurait pu moudre son grain avec une petite meule, cuire son pain dans le four installé dans la cheminée de sa masure et même presser son vin ou son cidre dans un petit pressoir personnel. Ces opérations auraient alors été faites sans versement de taxes.

Sources : D'après Wikidia - l'encyclopédie junior.

                

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27 janvier 2018

Naïs de Marcel Pagnol

 

Naïs

Toine, un valet de ferme, est bossu, et cette infirmité lui pèse, car il aime en secret la belle Naïs, fille unique de son employeur, le père Micoulin, un vieil ours qui ne plaisante pas avec la bagatelle. Quand Naïs rencontre Frédéric Rostaing, le fils des riches bourgeois d'Aix, dont le père Micoulin est le métayer, elle est aussitôt séduite par le beau garçon et beau parleur. Mais cela provoque l'ire du patriarche qui les a surpris. Il décide de supprimer Frédéric pour mettre fin au déshonneur.

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Heureusement, Toine veille sur eux. C'est grâce à son entremise désintéressée que sera trouvée une issue heureuse au conflit, avec l'aide discrète de la providence. La méchanceté du père Micoulin se retourne contre lui et les parents de Frédéric, après avoir nié l'évidence, sont convaincus par Toine. Naïs part vivre à Aix avec la famille de Frédéric.

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Adaptant un récit peu connu d'Emile Zola : Naïs Micoulin, Marcel Pagnol rejoint ici l'inspiration de ses oeuvres d'avant-guerre, notamment ANGÈLE (1934) et LA FILLE DU PUISATIER (1940), dont NAÏS constitue une sorte de synthèse. On y retrouve en effet des situations et des personnages similaires : fille séduite et répudiée par son père, serviteur au physique disgracieux et au grand cœur, couple de bourgeois hypocrites, etc... Surtout, l'opposition entre la ville porteuse de tous les vices et la campagne régénératrice, thème cher à Pagnol, est parfaitement soulignée. NAÏS, comme JOFROI, peut être regardé comme un plaidoyer écologique, avant la lettre.
Jacqueline Bouvier porte ici son nom de jeune fille pour la dernière fois. Elle deviendra Mme Jacqueline Pagnol le 6 octobre 1945, peu après la fin du tournage.
L'une des scènes les plus touchantes du film est celle où Fernandel récite la chanson des petits bossus, la voix étranglée de sanglots. Pagnol, après plusieurs essais, décida de conserver ce trébuchent naturel de l'interprète, qui concourt puissamment à l'émotion.

 
Toine à Mme Rostaing :
"Je vais vous dire Madame Rostaing, quand j'étais petit mes parents m'adoraient. Et surtout ma grand mère, j'étais déjà comme je suis naturellement. Et moi, je savais pas, enfin je veux dire je savais pas la différence qu'il y avait avec les autres. La bosse c'est traître, ça vous vient par derrière on la voit pas. Chez les paysans y'a pas d'armoire à glace et on se voit dans les yeux de sa mère, et naturellement on s'y voit beau. Un jour un voisin qui était très gentil m'a dit :
"Oh le joli petit bossu !" Alors j'ai demandé à ma grand-mère : "Qu'est-ce que c'est un bossu ?"
Alors elle m'a dit: "C'est vrai que tu es un joli petit bossu parce que tu as un peu le dos rond et c'est parce que tu n'es pas comme les autres qu'on t'aime beaucoup."
Alors elle m'a chanté une vieille chanson, je me rappelle pas la musique mais les paroles ça disait comme ça : "Un rêve m'a dit une chose étrange, un secret de Dieu qu'on a jamais su. Les petits bossus sont de petits anges, qui cachent leurs ailes sous leur pardessus. Voilà le secret des petits bossus."
C'est joli mais c'est pas vrai. Moi, j'y ai cru jusqu'à dix ans, je croyais que les ailes me poussaient.
Alors souvent, ma grand-mère, elle me chantait la chanson qui était beaucoup plus longue que ça. Seulement les grands-mères, Madame Rostaing, c'est comme le mimosa, c'est doux et c'est frais et c'est fragile. Un matin elle n'était plus là.
Un bossu et une grand-mère tout va bien on peut chanter.
Mais un petit bossu qui a perdu sa grand-mère, c'est un bossu tout court."

Réalisé par Raymond Leboursier
Avec Fernandel, Jacqueline Pagnol, Raymond Pellegrin, Henri Poupon, Charles Blavette
Scénario : Marcel Pagnol d'après Emile Zola
Musique : Vincent Scotto & Henri Tomasi
Photographie : Charles Suin & Walter Wottitz
Montage : Jeanne Rongier

Une production Société Nouvelle des Films Marcel Pagnol
France - 120 mn - 1945
Naïs4
 

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