Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - Commentaires [50] - Permalien [#]
Tags : , ,


19 juillet 2018

L'Argens

Argens1

 L'Argens (Argenç en occitan provençal selon la norme classique ou Argèns selon la norme mistralienne) est un fleuve côtier français, dont le cours est entièrement situé dans le département du Var..

Il traverse le centre du département d'ouest en est. Il prend sa source à Seillons-Source-d'Argens (d'où le nom de ce village) à une altitude de 269 m, puis Châteauvert, Correns, Montfort-sur-Argens, Carcès, Le Thoronet, Lorgues,Taradeau, Vidauban, Les Arcs-sur-Argens, Le Muy, Roquebrune-sur-Argens, Puget-sur-Argens, Fréjus, puis se jette dans la mer Méditerranée, près de Fréjus. Sa longueur totale est de 116 km.
Ses affluents sont : le Blavet, l'Endre, la Bresque, le Caramy, l'Issole, la Cassole, la Ribeirotte, la Florieye, l'Aille, et la Nartuby.

L'Argens est un cours d'eau peu abondant, mais suffisamment fourni toute l'année qui cependant s'était retrouvé totalement asséché en septembre 2007. Son débit a été observé sur une période de 37 ans (1970-2007), à Roquebrune-sur-Argens, tout près de son embouchure dans la mer. Le bassin versant du fleuve y est de 2 530 km², c'est- à-dire sa presque totalité.

L'Argens présente des fluctuations saisonnières modérées. On y distingue deux périodes qui divisent l'année. Les hautes eaux se déroulent de l'automne au printemps et portent le débit mensuel moyen à un niveau situé entre 16 et 33 m³/seconde, d'octobre à mai inclus, avec un maximum fort net en janvier (32,8 m³) et février (29,0 m³). Dès fin mai s'amorce une décrue rapide qui mène aux basses eaux d'été, se déroulant de juin à septembre inclus, avec un minimum au mois d'août (moyenne mensuelle de 6,08 m³/seconde), ce qui est encore très confortable en Provence. Au total, les oscillations saisonnières sont relativement peu importantes. Cependant, les fluctuations de débit peuvent être beaucoup plus prononcées sur de plus courtes périodes et varient d'après les années. Les crues peuvent être très importantes pour un fleuve côtier au débit modéré. L'Argens suit en cela le modèle classique méditerranéen. Le débit instantané maximal enregistré a été de 748 m³/seconde le 7 janvier 1994, tandis que le débit journalier maximal était de 700 m³/seconde le 18 janvier 1978.
Au total, l'Argens est un cours d'eau assez peu abondant, si du moins on le compare à ses voisins orientaux tels le Var, l'Estéron ou la Siagne. La lame d'eau écoulée dans son bassin versant est de 222 millimètres annuellement, ce qui est plutôt médiocre, valant nettement moins que la moyenne d'ensemble de la France tous bassins confondus, et très inférieur à celle du Var (553 millimètres). Le débit spécifique du fleuve n'atteint dès lors qu'un modeste 7,0 litres/seconde et par kilomètre carré de bassin.

Source : D'après un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

13 juillet 2018

Les portes et les heurtoirs des maisons provençales

 

Trans-porte9

Porte à Trans en Provence (Photo Nadine)

Gardiennes de l'intimité et exposées aux regards, les portes d'entrée sont très soignées par les propriétaires. Elles peuvent être de forme droite ou cintrée, avec ou sans imposte, à simple ou double battant. Les hôtels particuliers et les maisons des notables en ont fait des objets de fierté. Avant le XVIIe siècle, c'est surtout l'encadrement qui est travaillé : des sculptures de pierre, mascarons et guirlandes, ornent les linteaux ; parfois des atlantes ou des cariatides montent la garde de chaque côté.
Le XVIIIe siècle voit l'essor de l'art des portes proprement dites grâce aux charpentiers de marine formés dans les chantiers navals de Toulon. Auparavant cloutées, parfois moulurées, les portes sont alors sculptées de colonnes, d'instruments de musique, d'angelots ou "putti", de têtes de faune, de guirlandes de fleurs et de fruits.

Trigance-porte12-

Portes cloutées à Trigance dans le Haut-Var (Photo Nadine)

Pour permettre aux visiteurs de s'annoncer, elles s'ornent aussi de heurtoirs en fer, bronze ou cuivre. A l'origine simples maillets suspendus aux huis, ces objets ont pris au cours des siècles les formes les plus fantaisistes. Des pommes de pin, des fleurs de lys, des coeurs entrelacés, des anneaux insérés dans des gueules de lion résonnent sur des contre-heurtoirs assortis.
Au XIXe siècle, leurs formes de poings ou de larmes inspirent le surnom de "pleureuses d'amour". L'apparition des sonnettes électriques a bien changé le son des visites et les heurtoirs ne sont plus forgés que pour la décoration...

Source : L'âme des maisons provençales - Elisabeth Bousquet-Duquesne -
Editions Ouest-France - 2004.

07 juillet 2018

L'accent, poème dit par Fernandel

Je suis fière d'être provençale et je le crie haut et fort ! Remarquez que je dirai la même chose si j'étais née ailleurs. Mais on ne choisit pas ses ancêtres. On est d'où on est, ou d'où on naît (quoique cela n'est pas toujours vrai), c'est comme vous voulez.

Tenez, voilà un sujet à réflexion...

Fernandel

De l'accent ! De l'accent ! Mais après tout en-ai-je ?
Pourquoi cette faveur ? Pourquoi ce privilège ?
Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,
Que c'est vous qui pour nous semblez l'avoir très fort
Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,
"Ces gens là n'ont pas le parler de tout le monde !"
Et que, tout dépendant de la façon de voir,
Ne pas avoir l'accent, pour nous, c'est en avoir...
Eh bien non ! je blasphème ! Et je suis las de feindre !
Ceux qui n'ont pas d'accent, je ne puis que les plaindre !
Emporter de chez soi les accents familiers,
C'est emporter un peu sa terre à ses souliers,
Emporter son accent d'Auvergne ou de Bretagne,
C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne !
Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s'enfuit,
L'accent ? Mais c'est un peu le pays qui vous suit !
C'est un peu, cet accent, invisible bagage,
Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage !
C'est pour les malheureux à l'exil obligés,
Le patois qui déteint sur les mots étrangers !
Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,
Parler de son pays en parlant d'autre chose !...
Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent !
Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant !
Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,
En portant mon accent fièrement sur l'oreille !
Mon accent ! Il faudrait l'écouter à genoux !
Il nous fait emporter la Provence avec nous,
Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages
Comme chante la mer au fond des coquillages !
Ecoutez ! En parlant, je plante le décor
Du torride Midi dans les brumes du Nord !
Mon accent porte en soi d'adorables mélanges
D'effluves d'orangers et de parfum d'oranges ;
Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris
De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,
Et le petit village où les treilles splendides
Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides !
Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,
A toutes mes chansons donne un même refrain,
Et quand vous l'entendez chanter dans ma parole
Tous les mots que je dis dansent la farandole !

Miguel Zamacoïs (1866-1955)
Extrait de La fleur merveilleuse

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

01 juillet 2018

La fée verte : l'absinthe

Absinthe

L'absinthe était jadis produite par distillation ou mélange d'essences. Aujourd'hui, certaines absinthes sont macérées puis filtrées, ce qui est un processus nouveau : celui du pastis (postérieur à l'absinthe), appliqué à l'absinthe.

Aucun traité de fabrication des liqueurs contemporain de l'absinthe ne mentionne une quelconque recette d'absinthe par macération uniquement. Les six plantes de base d'une absinthe sont la grande absinthe et la petite absinthe, l'anis vert, le fenouil, la mélisse et l'hysope.
Selon les recettes, d'autres plantes peuvent compléter la recette comme l'angélique, la coriandre, la véronique, le calamus, la menthe... Soit dans le processus de macération (avant distillation), soit dans le processus de coloration (après distillation).

Absinthe

Absinthe Paul Beucler par M. Ringel - Distillerie du Mont-Bart

Les liqueurs anisées extraites de l'absinthe sont nées dans le Val-de-Travers, dans le canton suisse de Neuchâtel, où une habitante, la mère Henriod, a mis au point au XVIIIe siècle un élixir d'absinthe à des fins thérapeutiques. L'élixir est diffusé dans le canton par le docteur Pierre Ordinaire. En 1797, le major Dubied en achète la formule et ouvre une première fabrique à Couvet (Suisse), avec son gendre, Henri-Louis Pernod.

En 1805, ce dernier monte sa propre distillerie de l'autre côté de la frontière, à Pontarlier, dans le département français du Doubs, au coeur des montagnes du Jura, à l'enseigne "Pernod et fils".

En 1830, lors de la conquête de l'Algérie, on conseille aux soldats de rajouter à leur eau de boisson quelques gouttes de liqueur d'absinthe afin de l'assainir et d'apaiser leurs dérangements digestifs. Les soldats y prennent goût et, de retour en France, continuent à consommer cette boisson aux vertus thérapeutiques.

L'absinthe inspire les artistes et les poètes comme Degas, Toulouse-Lautrec, Baudelaire, Verlaine ou encore Oscar Wilde. Ce dernier lui aurait donné son surnom de "fée verte". Mais elle possède une substance toxique, la thyone, qui attaque le système nerveux.

Edgar_Germain_Hilaire_Degas_012

L'absinthe par Edgar Degas

Aussi devient-elle à la fin du XIXe siècle synonyme de la dégradation de la condition ouvrière. Émile Zola la stigmatise dans un roman intitulé L'Assommoir (1877). Ses effets s'avèrent désastreux dans les tranchées de la Grande Guerre, d'où son interdiction par le gouvernement français (la Suisse l'avait interdite dès 1908).

Dès 1875, les ligues antialcooliques, les syndicats, les curés, les médecins, la presse, se mobilisent contre l'absinthe qui rend fou.

En 1906, la ligue nationale française antialcoolique recueille 400 000 signatures dans une pétition.

En 1907, une grande manifestation a lieu à Paris rassemblant les viticulteurs et les ligues anti-alcooliques. Leur mot d'ordre : "Tous pour le vin, contre l'absinthe ".

En 1908, le groupe antialcoolique qui s'est constitué au Sénat veut faire voter trois mesures :

- interdiction de l'absinthe ;
- limitation du nombre des débits de boissons ;

- suppression du privilège des bouilleurs de cru.

Ceci conduisit à son interdiction dans de nombreux pays, (en France le 16 mars 1915, en Suisse du 7 octobre 1910 au 1er mars 2005) car les ligues de vertus disaient d'elle qu'elle rend fou et criminel, fait de l'homme une bête et menace l'avenir de notre temps

En réalité, il est clairement dit dans le projet d'interdiction de l'absinthe en France que la boisson est interdite pour lutter contre l'alcoolisme. Extrait : "À diverses reprises, l'Académie de médecine a signalé le grand intérêt que présente, au point de vue de la santé publique et de l'avenir même de la race, l'organisation en France d'une lutte active contre l'alcoolisme. De son coté, l'Académie des sciences a, au cours d'une de ses récentes séances, apporté à ces vues l'appui de sa haute autorité en émettant un voeu pressant en faveur de l'adoption prochaine de diverses mesures propres à enrayer le fléau. Il a paru au gouvernement que le moment était venu d'entrer résolument dans la voie qui lui était ainsi tracée et qu'il convenait notamment de réaliser, dès à présent, une des mesures qui de tout temps ont été considérées, à juste titre, comme pouvant le plus aisément contribuer pour une large part à la restriction du mal : mettre un terme à toute consommation de l'absinthe et des liqueurs similaires".

Ricard

Mais en 1920, sous la pression des distillateurs, les alcools anisés sont à nouveau autorisés en France. En 1932, un jeune Marseillais du nom de Paul Ricard commercialise une variante de l'anis de Pontarlier sous le nom de "pastis" (d'après un mot provençal qui signifie mélange ou confusion). Consommé avec modération et noyé dans beaucoup d'eau fraîche, il a acquis ses quartiers de noblesse grâce à l'écrivain Marcel Pagnol.
En 1988, un décret européen autorise et réglemente la présence de thuyone (huile essentielle de la grande et de la petite absinthe) dans les boissons et l'alimentation, ce qui permet techniquement de produire à nouveau de l'absinthe en Europe.

En 1999, la première absinthe française depuis 1915 est produite : la Versinthe verte, qui contient de la grande absinthe. Son apparition et son étiquetage (absinthe) met en évidence un hiatus entre le décret européen de 1988 et l'interdiction de l'absinthe en France de 1915 toujours en vigueur. Plutôt que d'abolir cette loi, le gouvernement pare au plus pressé en votant un aménagement du décret européen et en attribuant une nouvelle appellation légale à l'absinthe : "spiritueux aromatisé à la plante d'absinthe" et en complètant la règlementation européenne d'un taux de fenchone et de pinocamphone à ne pas dépasser.

Depuis le 1er mars 2005, la distillation de l'absinthe est à nouveau autorisée en Suisse, afin de pouvoir demander une AOC et ainsi protéger l'appellation (à condition, entre autres, que la teneur en thuyone ne dépasse pas 35 mg/l).

Absinthe-glass

Verre d'absinthe et cuillère pour faire fondre le sucre

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,


26 juin 2018

Une lampe à huile d'antan : le calen

Calen

Un calen (Photo Internet)

C'est un petit objet, presque rien, un objet bien provençal qui servait autrefois pour s'éclairer. C'est l'Adam de tous les modes d'éclairage qu'a créé le genre humain. Depuis des années et des années, il est là, pendu dans l'âtre, tout près de la grosse crémaillère, comme un vétéran qu'on oublie ; la fumée l'a noirci, un reste d'huile a formé une sorte de poix au fond de l'ouvette.

Les torsades de la tige de suspension semblent être effacées ainsi que les diverses moulures dont il était enrichi ; l'ensemble a perdu son brillant de vieille argenture. Il est toujours bien vivant, malgré cette retraite... Il repose et médite, peut-être la gloire et le bonheur de ces campagnes qu'on a abandonnées. 
Au manteau de cette cheminée, qui apparaît immense, est encore l'anneau de cuivre rouge où on le suspendait le soir aux longues veillées de l'hiver. C'est la vie de nombreuses générations qui valse dans notre mémoire comme des feux follets, avec des alternatives de joie, de bonheur, de misère, de peines.
C'est l'histoire de la Provence, c'est l'histoire de France, c'est celle du monde, c'est la nôtre avec toutes ses grandeurs, sa noblesse et aussi ses fadeurs.

Reconstitution-cuisine-Ecolo-de-la-Targo

C'est le témoin des précédents de nos origines, c'est le survivant des tempêtes qui secouent les hommes. Sa flamme vacillante, fumante, a souvent été éprouvée par les vents qui précèdent les révolutions. Tolérante, elle a subi les outrages de bien des bassesses ; indulgente, elle a éclairé successivement tous les régimes sans toutefois pour cela briller avec plus ou moins d'éclats pour les rois, les empereurs, les dictateurs ou les républiques. Elle donnait tout ce qu'elle pouvait et pour le bien de tous.
Le Calen présidait aux soirées de fêtes, de joie, aux rassemblements familiaux. Sa lumière s'épanchait tremblotante les soirs de douleurs et de deuil. Et s'il pouvait s'exprimer en un beau langage accessible à tous les humains sans distinction de races ni de couleurs, s'il pouvait, dans un abandon voluptueux, dire tout ce qu'il pense des hommes, de leurs ivresses, de leur faiblesse de leur héroïsme, de leur cynisme et aussi de leurs hontes parfois, s'il pouvait tout cela, on serait à la fois émerveillé et conquis, on aurait pour lui beaucoup plus d'attention.
 
Auteur : F. Nivière du Luc dans Mémoire d'un Peuple - Association de Maintenance des Traditions provençales.
Ancienne-lampe-à-huile

20 juin 2018

Le livre de raison

Livre de raison

 En Provence plus qu'ailleurs, le chef de famille exerçait une autorité absolue sur femme et enfants, autorité patriarcale qui devait être respectée sans mot dire. Il conservait encore cette autorité sur ses enfants qui, arrivés à l'âge adulte, avaient fondé leur propre foyer. Tous les membres de la famille le consultaient sur les problèmes importants, et rien ne se faisait sans son approbation. A sa mort, l'autorité passait à l'aîné des enfants mâles qui conservait désormais chez lui le livre de raison. On appelait livre de raison le grand registre sur lequel étaient consignés la généalogie de la famille, les titres et les délibérations, les actes de partage et les limites de propriétés, etc... Ce livre était enfermé avec tous les papiers de famille dans un coffre en bois sculpté et fermé à clef. C'était donc au fils aîné de continuer à tenir ce livre, en signant chaque page qu'il rédigeait et en le consultant pour mieux connaître la conduite à tenir. Ces livres de raison disparurent à la Révolution.

Dans ce système patriarcal très marqué, la femme devait respect et soumission totale à son mari. Mais dans les faits, les épouses provençales détenaient elles aussi une certaine autorité. Celle-ci s'appliquait davantage aux affaires intérieures et quotidiennes du ménage. Souvent responsables des dépenses, les Provençales étaient économes et constituaient peu à peu avec leurs épargnes la dot de leurs filles à marier.

Source : Almanach de la mémoire et des coutumes - Provence - Claire Thiévant

 

14 juin 2018

Marseille au début du XXème siècle

 

Marseille

Marseille au début des années 1900

Un peu d'histoire : Le XIXe siècle, avec son cortège d'innovations industrielles, dont l'apparition de la navigation à vapeur, les conquêtes de la France dès 1830, puis le percement du canal de Suez, stimule le commerce maritime et la prospérité de la ville qui passe d'environ 300 000 habitants en 1870 à environ 600 000 habitants en 1940.

Par voie de conséquence, la zone portuaire déborde de son périmètre historique : le Vieux-Port et s'étend à partir de 1844 aux rivages Nord : les actuels bassins de la Joliette sont ouverts en 1853, ceux du Lazaret et d'Arenc en 1856.

Marseille célébre cette richesse à travers les expositions coloniales de 1906 et 1922 qui connurent un vif succès.

L'accroissement territorial et démographique de la ville est à l'origine d'un chantier majeur du siècle : l'adduction des eaux de la Durance, décidée dès 1834 par le maire Maximin Consolat ; cette mesure s'impose d'autant plus que sévissent cette année-là une grande sécheresse et une épidémie de choléra.

La construction par 5 000 ouvriers du Canal de Marseille, long de 87 km, demande onze ans de travaux, et l'eau de la Durance arrive le 8 juillet 1847 à Marseille. En 1862, afin de commémorer cet événement, l'architecte Henry Espérandieu (1829-1874) est chargé de réaliser un monument, le Palais Longchamp, qui sera inauguré en août 1869. Ce dernier avait également édifié la basilique de Notre-Dame de la Garde à partir de 1853 (elle fut consacrée en 1864) .

L'autre grand chantier du siècle est, comme partout en France à cette époque, lié à l'arrivée du chemin de fer. Marseille est reliée à Avignon en 1848, à Lyon en 1854. Simultanément, l'accès au centre-ville est facilité par l'édification en 1845 d'une gare sur la butte Saint-Charles. En 1857, la "ligne impériale" Paris-Marseille est terminée.

En 1884 sévit une nouvelle épidémie de choléra.

En 1891 début des travaux à Marseille d’un réseau d’égouts aboutissant au grand collecteur.

En juillet 1901, après un grave accident automobile, le maire Siméon Flaissières fait voter un arrêté municipal limitant la vitesse pour les véhicules automobiles à 10 km/h !
Les premières années du siècle voient plusieurs manifestations témoigner de l'importance et de la vitalité de Marseille :
- en 1903, la ville est l'une des six villes-étapes du premier Tour de France cycliste ;
- d'avril à novembre 1906, sur vingt-cinq hectares jouxtant le rond-point du Prado, l'Exposition Coloniale voit s'élever vingt palais aux pavillons des différentes colonies françaises ; elle symbolise le rôle de "Porte de l'Orient" tenu par la cité ;
- d'avril à novembre 1908, sur les mêmes lieux (baptisés entre-temps Parc Chanot), c'est la Grande Exposition Internationale d'Électricité, que le public marseillais accueille avec enthousiasme ;
- en avril 1913, le Salon International de l'Automobile se tient dans le Grand Palais du Parc des Expositions, faisant pour un temps de Marseille la capitale mondiale de l'automobile !

La modernisation des infrastructures se poursuit : création du canal de Marseille au Rhône, démolition de quartiers insalubres derrière la Bourse, extension du réseau des tramways en direction des banlieues.

La guerre de 1914-1918 va mobiliser, pour plus de quatre années, les forces vives de la ville. L'activité industrielle est intense dans les usines travaillant, de près ou de loin, pour l'armement. Plusieurs camps militaires sont installés dans la ville, ainsi que des hôpitaux, dont l'un deviendra l'Hôpital Saint-Joseph.

Son bilan est, ici comme ailleurs, effroyable : Marseille déplore 15 000 morts, sur une population estimée alors à 570 000 habitants. Monseigneur Fabre, évêque de la ville, décide de leur consacrer une basilique : l'église du Sacré-Coeur, sur l'avenue du Prado.

Marseille port

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

08 juin 2018

L'art de recevoir ses invités autrefois

Sep2

Dame-éventail

En général toute maîtresse de maison prend un jour de la semaine pour "recevoir". C'est une excellente habitude pour les visiteurs aussi bien que pour les visités. Les premiers sont certains de ne pas frapper inutilement à une porte, les seconds garantissent leur liberté pour le reste de la semaine. Il y a même des femmes qui ne restent chez elles que tous les quinze jours. Il en est d'autres qui reçoivent non seulement de trois à six, comme partout, mais dont la porte se rouvre le même jour de neuf heures à minuit. On fait du reste savoir qu'on est chez soi, le soir aussi, aux seules personnes avec lesquelles on est bien aise d'établir des relations intimes.
La maîtresse de maison porte un jolie toilette d'intérieur (dite robe de réception) pour montrer à ses visiteurs qu'elle tient à leur plaire. Mais cette toilette d'une extrême fraîcheur ne doit écraser aucune des femmes qui se présentent. La dame du logis s'assied à un coin de la cheminée. Elle tourne le dos aux fenêtres car il lui faut mettre en lumière tous les dons et les qualités des autres et s'effacer entièrement. 

Dame-1900

On forme un grand demi-cercle. Les vieilles dames sont assises au plus près du feu. Les personnes jeunes doivent s'arranger pour ne jamais rester assises au-dessus des vieillards, c'est-à-dire plus près de la cheminée.
Le visiteur s'avance vers la maîtresse de maison qui reste
assise, si c'est un homme, ou se lève et fait deux pas en avant si c'est une dame. Une maîtresse de maison ne se lève que pour une femme à moins qu'elle ne reçoive un homme illustre par le caractère ou le génie. On doit des égards à l'âge, à la vertu, à une haute intelligence, même quand on les rencontre chez le sexe fort. Quelle maîtresse de maison fût restée assise à l'entrée de Victor Hugo ?

Dame

Dans quelques maisons exquises, le mari ou le fils est toujours là, au jour de la réception, pour reconduire les dames, ouvrir devant elles toutes les portes du logis, et les mettre en voiture car toutes les maisons ne sont pas pourvues de laquais qui écartent les portes devant celui qui sort, avertis qu'ils sont par la sonnette électrique sur laquelle le pied de leur maîtresse a pesé (qu'en termes galants ces choses-là sont dites) !
Une jeune femme fait aussi bien de ne pas recevoir les amis de son mari en l'absence de celui-ci. Si elle a ouvert elle-même la porte au visiteur, elle le fera entrer mais laissera la porte du salon grande ouverte et sera très réservée dans la conversation afin que l'ami comprenne qu'il ne doit pas prolonger sa visite.

Source : Savoir vivre d'hier et d'aujourd'hui - Baronne Staffe - Flammarion

 Sep2

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

02 juin 2018

La légende de la sirène de Salernes

Sirène

Sur la légende de la sirène de Salernes, nul chercheur n'a encore livré le fruit de ses travaux. De ce que fut l'histoire vraie de cette sirène, on ne connaît pas grand chose. En revanche, on sait qu'aucune légende ne peut prendre corps si elle n'est pas issue d'un fait réel ou d'une idée partagée par le plus grand nombre à une époque donnée. De quoi est née "l'affaire Ermentrude" ? (ainsi s'appelait la sirène). Qu'enseigne-t-elle à travers la légende venue du fond des siècles ? C'est encore un mystère à décypter. Pourtant, un historien nous met sur la voie. Et que n'est pas n'importe qui ! Rien moins qu'Hérodote en personne. Il rapporte que le peuple des Scythes se donnait pour mère originelle non pas Eve mais une femme... qui se terminait en queue de poisson.
Une sirène.
Or les Romains avaient sédantarisé sur le futur territoire de Salernes une tribu de ces nomades venus des confins de l'Europe nord-orientale et de l'Asie.
Quelques siècles plus tard, l'épouse du chef de cette colonie "salernoise" donna effectivement le jour à une petite fille adorable qui, toutefois finissait en queue de poisson, comme la mère lointaine de tous les Scythes. Diable ! Comment délivrer de cet héritage encombrant la malheureuse petite Ermentrude ? Fort heureusement se trouvait dans la parentèle une bonne fée capable, au moins, de limiter les dégâts. Après de rudes négociations avec les représentants du surnaturel, elle put obtenir que l'enfant ne soit sirène qu'une fois par semaine, le lundi. Durant les six autres jours, elle marcha bientôt sur deux jambes. Le secret ne sortit jamais de la famille et Ermentrude ne sortit plus jamais le lundi.
Ainsi, les populations d'alentour purent s'émerveiller de la voir sans cesse grandir en beauté, en grâce, en sagesse. A seize ans, elle était éclatante. Ce qui devait arriver arriva. Des foules de prétendants, tous plus nobles les uns que les autres, se présentèrent. Parmi eux, le jeune comte Arnulphe de Sallis-Terre, tomba follement amoureux d'Ermentrude. Et réciproquement. 
Tout de suite, on parla mariage. Hélas, pour que cette union soit heureuse sept jours sur sept, il y avait un os, ou plutôt, une arête. La jeune belle préféra cacher à son futur époux que sa conformation du lundi lui interdisait une fois par semaine de satisfaire au devoir conjugal. Elle affecta donc un caprice de jolie femme pour imposer des conditions draconiennes. Si Arnulphe voulait vraiment l'épouser, il fallait qu'il lui fasse construire un vaste bassin couvert et hermétique à l'intérieur du château comtal, où elle pourrait se retirer seule, toute seule, une fois par semaine, disons, le lundi. 

Il fallait égalemement qu'il lui jure de ne jamais pénétrer dans le bassin, ni même oser y jeter un regard. Et Arnulphe jura. Le bassin fut construit en utilisant, détail important, la bouche ouverte d'un aven. Le mariage, fut célébré en grande pompe, et ce fut dès lors une lune de miel perpétuelle... sauf le lundi, jour de la lune et de la métamorphose.
Mais comment se priver de sa belle, ne serait-ce qu'un jour, quand on est amoureux fou ? Arnulphe n'en pouvait plus. Rompant son serment, il pénétra dans le bassin interdit et resta médusé en découvrant, s'ébattant dans l'eau claire, sa légitime épouse muée en monstre, certes grâcieux, mais monstre néanmoins. Tout s'écroula d'un coup. Et ce n'est pas façon de parler : le bassin s'effrondra, précipitant la malheureuse Ermentrude au fond de l'aven avec l'eau du bain. Désespéré, le jeune comte plongea dans le gouffre et disparut à son tour, emporté par la rivière souterraine.
A cette fin tragique, la légende a donné une suite. Des siècles durant, le fantôme volant d'une sirène gémissante hanta le château abandonné de Sallis-Terre sans descendance. Elle serrait dans ses bras le fantôme de son comte. A la longue, le château en ruines s'écroula et disparut lui aussi dans l'aven, toutes traces effacées par le temps. Si bien qu'on n'a jamais pu en retrouver le moindre fragment en fouillant les environs de Salernes. 
"Cherchez et vous trouverez" est-il dit dans les textes sacrés. Place, donc aux chercheurs ! Il serait certes intéressant de retrouver d'abord un petit reste du château ou pour le moins la bouche de l'aven. Mais une éventualité n'est pas à exclure : les décombres de l'imposante bâtisse peuvent bien avoir comblé ou obturé l'aven. Ainsi se seraient-ils effacés l'un par l'autre, disparaissant ensemble, comme Ermentrude et Arnulphe...

Source : D'après Histoire et petites histoires du Var - Jean Rambaud - Editions Campanile - 1996.

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , ,

27 mai 2018

Le pays de Forcalquier et la montagne de Lure

 

Pays-de-Forcalquier

Passionnément contée par Jean Giono, "c'est un pays où l'olivier vient rencontrer le hêtre, où chênes verts et chênes rouvres confrontent leurs ramures, où l'air de la Méditerranée épouse la lumière des Alpes", lorsqu'il évoque "les vraies richesses", la montagne de Lure est célébrée à travers toute l'oeuvre du poète. Une Provence faite d'authenticité et de pureté où les habitants vivent en harmonie avec le monde qui les entoure. C'est dans la Contadour, au milieu des bergeries de pierres sèches que Giono et ses amis rêvaient d'un monde meilleur. Ce pays de Forcalquier est en plein coeur de la Haute-Provence. Berceaux de la transhumance, les villages des pierres sèches qui jalonnent les vastes étendues des alpages sont les représentants d'une terre profondément attachée à ses traditions. En remontant en direction du plateau d'Albion, on rejoint la montagne de Lure. Un massif aux versants contrastés qui offre une multitude de paysages. Dès l'arrivée des beaux jours, la lavande y répand son parfum et ses touches de couleur. Adossée aux rondeurs maternelles des dernières collines du Luberon, Manosque est un important carrefour. La ville occupe une place prépondérante dans l'économie du département des Alpes-de-Haute-Provence. Elle assume son développement avec la solidité des personnages de Giono, son enfant prodige. Manosque n'oublie pas de lui rendre hommage. Elle a ouvert les portes de sa dernière demeure et créé un centre culturel consacré à son oeuvre. L'ensoleillement, le relief et la qualité de l'air font du ciel de ces Alpes de lumière un domaine d'excellence pour la pratique de tous les sports aériens. Et vous ne manquerez pas de rencontrer, en levant un peu les yeux, des amateurs de planeurs, vol à voile, delta-plane, et autre parapente. Plus insolite, autour de Forcalquier vous rencontrerez des montgolfières qui prennent ici leur envol.

Sommet-montagne-lure

Montagne de Lure, frontière de la Provence -Wikipédia

La montagne de Lure, qui culmine à 1826 mètres au Signal de Lure, joue le rôle de frontière naturelle entre la Provence et les Alpes. Elle s'étend d'Ouest en Est depuis le plateau d'Albion dans le Vaucluse jusqu'à Sisteron dans les Alpes de Haute-Provence. Ses paysages et sa végétation contrastent d'un versant à l'autre. L'adret, exposé au Sud, est traversé pas de nombreux cours d'eau. Un réseau hydraulique formé il y a près de 65 millions d'années et qui a creusé grottes et avens dans ses pérégrinations souterraines pour la plus grande joie des spéléologues d'aujourd'hui. Au contraire, l'ubac au Nord se contente de tremper les pieds dans le Jabron qui, prenant naissance sur les crêtes à l'Ouest, a creusé la vallée parallèle à la montagne jusqu'à la Durance. La végétation est faite d'épineux et de plantes aromatiques.

Lure-vegetation

Montagne de Lure - Wikipédia

Mais lorsqu'on prend de l'altitude, ils laissent progressivement la place aux forêts de pins, de chênes blancs et de hêtres qui, passé la crête, ont colonisé plus facilement le versant Nord. Mais la montagne, dans son ensemble reste très boisée et ses forêts de chênes la couvrent d'un beau manteau roux à l'automne. Sur la partie la plus haute de la montagne de Lure, les arbres disparaissent et une végétation rase, qui n'est pas sans rappeler la lande, peuple les espaces entourant la crête. Un tel environnement offre un asile de rêve à la faune : vipères dans les pierriers, aigles migrateurs Jean-Leblanc, corbeaux, gibiers... L'homme, lui, a longtemps tiré profit de la montagne en exploitant des charbonnières dans les bois et en élevant des moutons dans la vallée. Ces activités ont bien sûr périclité avec l'époque moderne et le tourisme est comme une seconde chance pour cette généreuse montagne qui possède également une station de ski.

 Source : "Bienvenue en Provence" - Les guides au coeur du Sud. Editions 2010.

Lure-ski

Voir ci-dessous le blog de Joëlle "La malle aux trésors" qui parle de la montagne de Lure dans un de ses articles 

Je vous invite à la découverte de la chapelle de Lure et de la Montagne de Lure..... -

Au cœur des Alpes de Haute-Provence, la station de la Montagne de Lure (1650 - 1826 m), à proximité du village de Saint-Étienne-les-Orgues, offre un cadre idéal de détente, dans une ambiance familiale sous un ciel d'azur. Cette montagne, chère non seulement à Giono, mais à tous les habitants de notre région et du Val de Durance est une richesse.

http://labastido.canalblog.com 

21 mai 2018

Les dorures et les ors des Provençales

 

Arlesienne2

Provence-Costume-copie-1

Les dorures sont les bijoux que les jeunes filles recevaient en dot de leur père, avec quelques pièces d'étoffes précieuses et quelques mesures de dentelle. L'histoire du bijou provençal est étroitement liée à celle du costume. La propérité que connut la Provence au XVIIIe siècle, l'intense commerce du port franc de Marseille, qui importait les plus belles étoffes de l'Orient, les toiles peintes, les indiennes, les mousselines des Indes mais aussi celui de la foire de Beaucaire (Gard) où parvenaient les dentelles de Flandres, les bijoux et les pierres de joalliers d'Amsterdam et de Paris, tout cela favorisa l'épanouissement d'un costume régional riche et élégant. Dès le XVIIIe siècle, alors que dans les autres provinces il faudra attendre la période de la Révolution et même parfois jusqu'en 1830 pour que le costume régional se diversifie. L'emploi des indiennes, les belles coiffes "à la cardeline" ou "à la chanoinesse", le simple "pletchoun" enroulé autour de la tête et le très singulier "droulet" sorte de casaquin à longues et fines basques pendant dans le dos, en fond un ravissant costume haut en couleur et si différents qu'il émerveille les voyageurs.

Atelier-de-couture-Arles-Antoine-Raspal

Le peintre Antoine Raspal, qui décrivit si bien la petite société d'Arles de la fin du XVIIIe siècle, montre les jolies artisanes et les ouvrières de l'atelier de couture (tableau ci-dessus) portant fièrement à leur cou une croix de Malte, ou au bras droit un large bracelet, le "coulas" jonc en or de la grosseur d'un plume d'oie qui se terminait par deux boules prises l'une dans l'autre. A l'un de ces anneaux pendait une autre croix de Malte ou une lourde médaille. Ce bracelet fut porté jusqu'à la Restauration. Les "maltaises" ainsi qu'on appelait ces croix ornées de l'insigne des chevaliers de l'ordre de Malte, rappelaient la longue histoire qui liait la Provence à l'ordre depuis sa fondation par un Provençal. Elles étaient en or, décorées de motifs gravés et émaillés de blanc à l'endroit et de noir à l'envers suspendues près du cou à un ruban de velours noir sur la nuque. Les Provençales portèrent aussi de nombreuses autres croix, comme la "croix à la dévote", masse d'argent sur or qui enserrait en serti clos des "roses" de tailles décroissantes vers les extrémités des branches.

  Devote

 Croix dite à la dévote (Photo internet)

Coulas-copie-1

Lou coulas (Photo internet)

Une autre croix était la "maintenon" où six diamants, plus un pour le coulant, étaient pris dans des cônes d'or. La "capucine" elle, était une croix d'or ornée de cinq cônes d'or surmontés de diamants, dont le coulant était en forme de croix de Saint André orné d'un cône supplémentaire  identique aux cinq autres. Enfin, la "Papillon" était une grande croix d'or et d'argent très richement découpée et ornée de pierres. Dès que cessa la mode des coiffes enveloppant le visage, comme la "cardeline" ou la "chanoinesse" à Arles, ou encore la "couqueto" à Marseille, les Provençales s'empressèrent de porter aussi des pendants d'oreilles, "poissardes" et "créoles". Les bagues étaient nombreuses à tous les doigts, ornées de roses, de grenats, de camées de corail ou d'agates. Enfin, au XIXe siècle l'usage vint d'offrir, pour fêter la naissance de chaque nouvel enfant, un long sautoir d'or aux mailles finement travaillées. Sept enfants, c'étaient autant de chaînes d'or, brillant symbole à la fois, du lien d'amour et de la servitude.

Source : Couleurs de Provence - Michel Biehn - Flammarion.

Fichu-croise

 

15 mai 2018

Les confiseurs de Grasse et leurs fleurs sucrées

 

Naturalishistoria

En 73 après J-C, Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle évoque les recettes de conservations de son époque : cuissons des fruits dans du miel, du sirop ou du vin de raisin. Au IVème siècle, Rutilius Palladius, agronome, dans son traité sur l'agriculture De Re Rustica évoque lui aussi des recettes de fruits cuits. Vers l'an mil, par l'intermédiaire des Croisés, le sucre de canne est introduit en Europe, les confitures y connaissent alors un nouvel essor. Au Moyen Age, l'appellation "confitures" désigne toutes les confiseries réalisées à partir d'aliments cuits dans du sucre, du sirop ou du miel : bonbons, fruits confits, etc. La confiture actuelle était appelée electuaire, du latin eleucterium. Originaire de la pharmacopée mésopotamienne, elle était alors utilisée comme traitement thérapeutique. A la fin du XIIIème siècle, le mot "confiture" est cité dans un recueil de chansons pieuses dans lequel on parle de "siros confis de douce confiture". Puis en 1393, le "Ménagier de Paris" mentionne des confitures de coings, mais aussi de pêches, de poires et même de navets, de carottes, de courges, de racines de persil et de fenouil. Différentes recettes trouvent rapidement leur place aussi dans le boutehors, le dernier service des banquets médiévaux. En 1342, le pape Clément VI nomme Auzias Maseta écuyer en confiserie et contribue à faire d'Apt, la capitale du fruit confit. Au XVIème siècle, apparaissent des "livres de confitures" qui sont des mélanges de recettes et de remèdes : ainsi en 1545, la "Méthode pour faire toutes confitures". Michel de Nostredame dit Nostradamus, astrologue, médecin, apothicaire a l'idée de conserver dans du sucre les fruits qui poussent en abondance dans le Vaucluse et dont de grandes quantités se perdent chaque année. En 1555, paraît son "Excellent & moult utile opuscule à touts necessaire, qui desirent auoir cognoissance de plusieurs exquises receptes ... " qui connaît un véritable succès dès sa parution. Ce livre qui comporte trente et un chapitres fera l’objet de neuf rééditions successives. Il aborde les ingrédients (sucre, miel, defrutum et fruits). Il détaille le matériel nécessaire. Il ne se contente pas de donner des recettes, il nous livre aussi un certain nombre de considérations d’ordre économique ou esthétique. Parmi ses recettes, citons : la confiture de rose, le cotignac et les confits d’agrumes, mais aussi le sirop rosat plus goûté alors pour ses qualités laxatives que pour l'arôme des quelques mille cinq cents roses qui servent à sa préparation. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la confiture agrémente surtout la table des nobles et les variétés sont de plus en plus nombreuses : les découvertes de contrées lointaines et l'installation de comptoirs dans de nombreuses régions du monde permettent l'introduction de fruits exotiques en Europe.

Théâtre-d'Agriculture-et-Mesnage-des-Champs

En 1600, Olivier de Serres, Seigneur du Pradel, pionnier de l’agronomie publie son "Théâtre d'agriculture et mesnage des champs" dans lequel il consacre plusieurs chapitres aux confitures. En 1651, Nicolas de Bonnefons, valet de chambre de Louis XIV publie "Le jardinier François" qui sera suivi en 1662 par "Les délices de la campagne" où l’on trouve de nombreuses pages consacrées aux confitures. "Le confiturier royal", écrit en 1776 par François Massaliot, cuisinier royal de Louis XIV donne des recettes de confitures, mais aussi de vins parfumés, d'eaux odoriférantes et de savonnettes. Contrairement au Vaucluse, la confiserie à Grasse est étroitement liée à la parfumerie qui connaît un essor au XVIIème siècle. Dans la région grassoise, des activités telles que la distillation des huiles, la fabrication d'arômes, de sirops et la confiserie se développent. Grasse et ses environs sont moins riches en arbres fruitiers que le Vaucluse mais la région possède un atour majeur : ses fleurs. Roses, violettes, oeillets, jasmin sont les matières premières de la confiserie.

Pots-de-confiture-de-groseilles

Désormais, les recettes de Nostadamus et François Massaliot sont adaptées aux fleurs, comme par exemple la "pâte de violettes". En 1789, on dénombre à Grasse 51 parfumeurs pour 7 confiseurs. Au XVIIIème siècle, la confiserie est perçue comme une friandise, mais également comme un médicament. C'est surtout un luxe que peu de personnes peuvent s'offrir. Joseph Nègre, un confiseur de Grasse ouvre une usine en 1818 et crée la "confiture de ménage". Faite à base de fruits naturels dont des agrumes, elle a pour objectif de démocratiser ce produit en le mettant à la portée de toutes les ménagères. La confiserie s'invite dans les cours européennes et devient un dessert naturel et raffiné.

Fleurs cristallisées

C'est l'époque où les salons de thé de Cannes proposent aux élégantes des fleurs cristallisés ou poudrées fabriquées en 1850 par Joseph Nègre à base de roses rouges ou jaunes, d'oeillets mouchetés, de violettes de Parme, de lilas roses ou mauves, de fleurs de lavande, etc... Cette activité emploie de nombreuses personnes : cueilleuses de fleurs, ramasseurs de fruits, confiseurs, etc... Cependant, après la Première Guerre mondiale le commerce de la confiserie décline. La confiserie industrielle commence à poindre. Eugène Fuchs, qui fonde en 1926 les parfums Fragonard, rachète la confiserie Nègre en 1949 et la transfère au Pont-du-Loup à Tourrettes-sur-Loup. Son fils Patrick, acquiert la chocolaterie Florian, sur le port de Nice. Quatre-vingts ans après, l'arrière-petit-fils d'Eugène Fuchs, Frédéric est toujours à la tête de Florian avec l'aspiration à faire du bon et du beau dans le respect des règles artisanales.

Cueillette des roses

Cueillette des tubéreuses

Explications : L'électuaire est une forme galénique pâteuse administrée par voie orale. Cette forme est aujourd'hui obsolète. L'électuaire était généralement constitué de poudres ou de pulpe végétale mélangées à du sirop ou, plus souvent, à du miel.

Le boutehors est un terme des pratiques de la table au Moyen Age. Il désigne le tout dernier élément d'un repas, volontiers servi dans une autre pièce. Il était précédé des services de la première assiette, de la deuxième assiette, des entremets, de la dorure, du dessert et de l'issue de table.

Le defrutum était un condiment à base de moût de raisin réduit utilisé par les cuisiniers de la Rome antique. C'était avec le garum l'une des sauces les plus utilisées pour la préparation de tout type de plat.

Le cotignac est une gelée épaissie faite avec des coings pelés et du sucre, cuits ensemble. Après filtrage, la gelée obtenue constitue le cotignac qui se différencie de la gelée ou de la pâte de coing par son caractère ferme et son goût plus sucré tempérant l'acidité et l'arôme naturel du coing. Il existe plusieurs recettes différentes, qui chacune donne au produit final un goût et une consistance différents. Du vin doux peut être ajouté à la recette.

Le saviez-vous ? : Selon la légende, la recette de la "confiture" de lait naquît à cette époque de la distraction d'un chef cuisinier de l'armée Napoléonienne. Les soldats avaient alors pour ration un bol de lait sucré. Lors d'une bataille, le mélange incidemment chauffé trop longtemps se serait transformé en une pâte onctueuse délicieusement caramélisée.

Sources : D'après un article paru dans le supplément du Journal Var matin du 21 avril 2013 - Wikipédia, l'encyclopédie libre - le site : confitures-tetra.blogspot.fr

Confiserie Nègre

Photo de la confiserie Nègre

Moule

Un moule pour les sucettes et les bonbons

Chaudron à confitures

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , ,

09 mai 2018

Les béguines de la Sainte-Baume

Beguines

Sur la montagne de la Sainte-Baume, dans l’est du Saint-Pilon, on voit une hauteur qui s’appelle le Baou dei Béguinos (la barre des Béguines). La légende raconte que ce nom lui a été donné à la suite d’un miracle survenu en cet endroit. Au temps où il y avait des couvents d’hommes et de femmes dans divers endroits de cette montagne, il arriva un jour que deux jeunes béguines, aussi jolies que pures et pieuses, se promenant dans le bois s’égarèrent parce que en disant leur chapelet, elles n’avaient pas fait suffisamment attention au chemin qu’elles faisaient. Or, elles étaient arrivées ainsi jusqu’au sommet de la montagne, lorsqu’elles rencontrèrent deux jeunes chevaliers en quête de bonnes fortunes. Les deux débauchés, frappés de la beauté des béguines, leur dirent des paroles déplacées et bientôt, s’enhardissant, ils voulurent passer des paroles aux actes. Les deux saintes filles, effarouchées, se mirent à courir. Les jeunes gens se piquant au jeu les poursuivirent et il arriva un moment où les pauvres filles se trouvèrent acculées contre le bord du précipice, sans autre alternative que la mort ou le péché. Elles préférèrent la mort. D’un commun accord, elles recommandèrent leur âme à sainte Magdeleine et s’élancèrent dans le vide. Mais la sainte ne les abandonna pas, elles furent soutenues par des anges, firent leur terrible saut de près de trois cents mètres de hauteur sans éprouver le moindre mal. Délivrées ainsi, miraculeusement, des obsessions des deux impies, elles rentrèrent dans leur couvent, en continuant à égrener leur chapelet.

 Sources : Le Grand almanach de la Provence 2010 – Geste éditions.

beguine

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

03 mai 2018

Les quatre reines de Forcalquier

 

Raymond-Berenger

Statue de Raymond Bérenger V

A la fois souverain de Provence et de Forcalquier, le comte Raymond Bérenger V de Barcelone (fils d'Alphonse II, comte de Provence et de Garsende de Sabran, comtesse de Forcalquier) aimait mieux Forcalquier que son palais d'Aix (Aix-en-Provence). Mieux encore, son château de Saint-Maime, près des villages de Dauphin et de Mane (Alpes-de-Haute-Provence), où naquirent et grandirent les quatre filles qu'il avait eu de sa femme, Béatrice de Savoie. Lorsqu'il mourut, le 12 août 1245, deux d'entre elles étaient déjà reines, et les deux autres le furent par la suite, grâce au génie diplomatique de son sénéchal, Romée de Villeneuve, (de la famille des seigneurs de Trans dont je vous ai déjà parlé) qui donna ainsi quatre reines à Forcalquier.

Marguerite-de-Provence

Marguerite de Provence

Née en 1221, l'aînée, Marguerite, épousa en 1234, à douze ans, le roi de France Louis IX (que nous connaissons mieux sous le nom de Saint-Louis). Sa beauté charma les troubadours catalans d'Avignon et le troubadour Rambaud d'Orange avant qu'elle suive pendant six ans son époux à la septième croisade en 1248 (je précise de Louis IX est mort au cours de la huitième croisade le 25 août 1270 sous les remparts de Tunis). Sa femme, Marguerite de Provence lui survivra encore vingt-cinq ans et mourra en Anjou en 1295.

Eleanore-de-Provence

Eléonore de Provence

La deuxième fille, Eléonore, devint à quatorze ans, en 1235, la femme d'Henri III, roi d'Angleterre. Savante, musicienne, poète, elle créa à la cour d'Angleterre un foyer provençal. Après la mort d'Henri III en 1272, elle se retira dans un monastère et mourut en 1276.
La troisième, Sancie, épousa en 1242, à Westminster, Richard, comte de Cornouailles et du Poitou, frère d'Henri III, proclamé roi des Romains et empereur d'Allemagne en 1257 à Aix-la-Chapelle. Douce et lettrée, elle était ouvertement trompée par son mari, elle enviait sa dernière soeur, Béatrix demeurée en Provence, qui pouvait encore se promener, entre le château de Saint Maime et la ferme des Encontres, sur le chemin campagnard qu'on appelle encore le Chemin des Reines.
Béatrix se maria en 1246 à Charles Ier d'Anjou, frère de Saint Louis, qui devint ainsi comte de Provence puis, roi de Naples et des Deux-Siciles. Elle fut chantée par les troubadours Gaucher, Guilhen de Grasse, Aymeric de Peghuilan.

Source : D'après l'Almanach de la Provence - Collection Pays et Terres de France.

Forcalquier

Quelques explications sur l'Histoire de Forcalquier

Forcalquier a pour devise, "Pus aut que les Aups" "Plus haut que les Alpes" et, pour surnoms, la "Cité des quatre reines" ou encore la "Cité comtale", en souvenir du XIIe siècle ou elle fut capitale du comté de Forcalquier. Au milieu du Moyen Âge, Forcalquier était une possession des comtes de Provence, qui échut au comte Foulques Bertrand, qui s’intitula comte de Forcalquier et fit de Forcalquier sa ville principale. Au XIIe siècle, le comté de Provence, possession indivise entre plusieurs comtes, fut partagée et l'une des trois parties revint à la comtesse Adélaïde, veuve d'un comte d'Urgel, qui prend le titre de comtesse en 1110. Pendant plus d'un siècle, les comtes de Forcalquier font de leur ville la capitale d'un comté qui s'étendait des sources de la Durance aux portes de Cavaillon, et qui dont les villes principales étaient Embrun, Gap, Sisteron, Manosque, Pertuis, Apt et Sault. Le XIIe siècle est l'âge d'or du Pays de Forcalquier, comme en témoignent les nombreux édifices romans de la région. En 1125, Forcalquier devient la capitale du comté qui comprenait les diocèses d'Apt, de Sisteron et une partie de ceux de Gap et d'Embrun.

Le mariage de Gersende de Sabran et d’Alphonse II de Provence allie finalement les maisons comtales de Forcalquier et de Provence, et Forcalquier devient une de leurs résidences. Après la crise économique et démographique du Xllle siècle, Forcalquier souffre des passages de Charles de Duras et de Raymond de Turenne.

Le siècle suivant est marqué par les grandes épidémies de peste. Faute d'héritier au dernier comte de Provence, le roi René, le comté est réuni à la France, mais le titre de comte de Forcalquier est porté par les comtes de Provence et ensuite les rois de France jusqu'à Louis XVIII. Le rattachement a lieu en 1481 : Louis XI hérite du comté, mais doit assiéger Forcalquier, qui résiste trois semaines avant de tomber le 21 juillet, puis est mise à sac.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

27 avril 2018

Noël Blache, un personnage méconnu de l'histoire varoise

 

noel-blache

Noël Blache (1842-1920) a joué un rôle important dans l'histoire du Var sous la IIIe République, mais il reste cependant mal connu. Son nom est lié à la place qui porte son nom à Toulon, porte d'entrée du centre ville. Il fut l’un des chefs de file du parti radical de Toulon à la fin de l'Empire et l'un de ceux qui y ont proclamé la République en septembre 1870. Il en fut le président de la délégation municipale. C’est pourquoi le conseil municipal de Toulon tint à l’honorer, peu de temps après sa mort, le 7 mars 1920, en lui assignant l'un des lieux les plus significatifs de la ville. Mais il honorait en même temps celui qui, pendant longtemps, avait représenté la ville au Conseil général du Var qu’il avait présidé de 1883 à 1889.

Il était issu d'une vieille famille toulonnaise. Les Blache faisaient partie de ce milieu de bourgeois marqués par le bouillonnement utopiste de la première moitié du siècle. Ils appartenaient à une élite intellectuelle passionnée par les idées nouvelles et qui entendait participer à l'éducation du peuple pour en faire l'un des acteurs de la vie de la cité. Noël Blache avait hérité des brochures saint-simoniennes et fourriéristes de ses parents. Le socialisme romantique, le souvenir de l'insurrection varoise de 1851, Blache, comme le mouvement républicain varois, va en être marqué tout au long de son parcours. Son oeuvre littéraire en porte divers témoignages et sa vie politique se déroulera sous ce double patronage. Il fut le premier "vrai" historien de l'insurrection varoise. Son ouvrage ressort de ce que l'on appellerait aujourd'hui le devoir de mémoire, en même temps qu'il relève du combat politique. Blache a choisi son histoire, en même temps qu'il en a hérité, alors qu'il participe au combat politique aux côtés de certains des rescapés de l'aventure.

 Insurrection

Mais ni l'épisode de 1870, ni le récit de 1851 ou les références qu'il y fait ne résument le personnage. Propriétaire de domaines, il est féru de modernité, s'intéressant à l'agronomie, aux techniques agricoles, à l'amélioration et aux transformations du monde agricole, alors que le phylloxera fait rage et détruit tout le vignoble méridional. Président de la Société d'agriculture, d'horticulture et d'acclimatation du Var, Blache croit aux vertus de l'organisation et pousse à la création de syndicats agricoles. Il participe aux grands mouvements viticoles de 1905 et 1907. Maire de Besse (sur Issole), il fait partie des maires qui, par solidarité, adressent la démission de leur conseil municipal au préfet. Il voudrait créer une coopérative à Besse et s'y attache dès qu'il est réélu à la fin de 1906. Il adhère également au mouvement félibre en 1883. Il reçoit même en 1885 Frédéric Mistral chez lui. Blache peut être considéré comme un félibre "rouge", d'autant que son engagement se combine avec un fédéralisme qui vient sans doute droit du socialisme utopique qui l'a marqué. Affirmation identitaire, l’usage du provençal est aussi un exutoire, il permet de dire, au moins en parole, plus rudement les choses que l’on ressent, surtout quand il s'agit de ressentiments.

Avec ses contradictions, l'homme a des convictions et des principes. Il correspond certainement à une façon de faire, de penser, d'exprimer la politique, une façon que le réalisme cynique ou l'idéologisme peuvent trouver dépassée ou archaïque. Après avoir été radical puis "opportuniste", Blache se dit "socialiste indépendant". Soucieux d’une action concrète, guidée par la raison, la science et une doctrine, Blache exprime sa pensée dans un ouvrage intitulé Le socialisme, méthode et chimère en 1907. Blache est l’homme d’une tradition qui, avec ses faiblesses et ses qualités, a marqué plus d’un siècle notre région.

Source : D'après "1851 une insurrection pour la République" - Noël Blache, une figure de la tradition républicaine varoise - de l'historien Jean-Marie Guillon.  

 logo_1851

21 avril 2018

Le commerce des draps à Brignoles au début du XIVe siècle

 

Brignoles

La cité de Brignoles, au début du XIVe siècle, était traversée par une grande voie commerciale qui reliait Avignon à Nice en passant par Aix, Saint-Maximin pour se poursuivre ensuite par Draguignan et Grasse.
A cette époque, elle était ceinte de hauts remparts. Au point le plus haut, s'élevaient le château et une tour qui dominaient l'agglomération. Depuis le milieu du XIIIe siècle, les comtes de Provence habitaient le château. Des tableaux de fouage ou affouagement (voir l'explication à la suite du texte) du début du XIVe siècle recensent 802 puis 948 feux, soit environ 4000 habitants.
Les dernières années du XIIIe siècle voient apparaître un mouvement de marasme et de stagnation économique dans l'Europe entière. Ces évènements s'accélèrent à partir de 1348 à cause, en particulier, de la peste noire qui apparaît à Marseille à cette date, de la guerre et des ravages causés par les bandes armées de Raymond de Turenne (Raymond-Louis Roger, vicomte de Turenne, dit Raymond de Turenne 1352-1413). Par contre, il faut préciser que la présence des papes qui avaient établi leur résidence en Avignon était un facteur positif pour le commerce.
A Brignoles, l'industrie locale était celle des tanneries, des fabriques de draps ainsi que celle des paroirs à draps appelés également moulins à foulon. Les laines après avoir été tissées étaient travaillées dans ces parroirs (voir l'explication sur le foulonnage à la suite du texte).

Drapier-marchand

Dans les transactions commmerciales, le commerce des draps représentait jusqu'à 75% des ventes. Les céréales 19%, le bétail 5% et le vin 1% seulement. Les marchands de draps étaient qualifiés de marchands drapiers. La monnaie en circulation à l'époque était le florin d'or qui était émise à Florence depuis 1252. Le commerce du drap était très florissant au Moyen Age et Brignoles en était une place de moyennne importance. Les draps pouvaient avoir pour origine le Languedoc, la France (Nota de Nadine : il ne faut pas oublier que la Provence était à l'époque un comté et qu'elle ne sera rattachée à la France qu'en 1481) et aussi les Pays-Bas. Les draps de Bruges et de Gand avaient une grande renommée sur le marché de Brignoles. Ceux qui venaient de France : de Normandie, de la région parisienne et de la Champagne étaient aussi de très bonne qualité et se vendaient aussi chers que ceux des Flandres. Les draps du Languedoc offraient l'intérêt d'une fabrication soignée pour un prix modéré. En Haute-Provence, l'élevage fournissait de la laine pour une grande variété de tissus et notamment des étoffes grossières vendues à des prix plus modestes.
Les riches bourgeois et la noblesse de la région recherchaient dans les boutiques les lourdes et belles draperies des Pays-bas ou de Normandie. Les draps plus courants étaient achetés par les artisans et les paysans de Brignoles et des alentours. Un tiers des ventes était le fait des Brignolais et des deux autres tiers étaient vendus aux habitants des cités environnantes, mais également de Saint-Maximin, Hyères, Grasse ou Gréolières. On peut dire que l'influence commerciale prépondérante se situait dans un rayon de 30 km autour de la cité comtale de Brignoles. Son activité économique était comparable à celle de la cité de Grasse, de Forcalquier ou de Riez.
Les marchands représentaient une part importante de la bourgeoisie et occupaient des fonctions municipales au sein de la communauté.
Nous sommes en 1348, la peste noire (voir l'explication sur le peste de 1348 à la suite du texte) qui arrive à Brignoles marque la fin de la prospérité commerciale et le début d'une période de grand désespoir et de grande misère.

Sources : D'après un article paru dans le livre Itinéraires-découvertes - le Var - d'Alain Raynaud. Ecrit lui-même d'après un article d'Odile Masson-Bessière - Le commerce et la société à Brignoles au milieu du XIVe siècle - Paru dans Provence historique Tome XIV - 1964. Texte arrangé et augmenté par moi-même.

 Drapier

Explications supplémentaires :

 Les tableaux de fouage étaient les tableaux d'imposition répartis par feu ou foyer. Un feu peut se traduire par famille ou foyer fiscal. Dénombrer le nombre des feux dans une cité, c'est procéder à son affouagement. Il est généralement admis qu'un feu représente 5 personnes environ. Cependant, pour affiner l'importance de la population, il faut aussi tenir compte du fait que les nobles et les religieux ne sont pas pris en compte dans cet affouage puisqu'ils ne payent pas d'impôts.

Le foulonnage consistait à dégraisser et assouplir les draps de laine dans l'eau. Pour cela, ils étaient placés dans une cuve remplie d'eau et de terre glaise, puis frappés successivement par trois paires de pilons mus par la force hydraulique. Cette opération, en feutrant les fils de laine, apportait aux draps une douceur particulière.

***********
Pour en savoir plus sur Raymond de Turenne :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_de_turenne

La peste noire de 1348 est une pandémie de peste bubonique qui a décimé la population européenne entre 1347 et 1350. Ce n'est ni la première ni la dernière épidémie de ce type, mais c'est la seule à porter ce nom. Par contre, c'est la première épidémie de l'histoire à être bien décrite par les chroniqueurs contemporains.
On estime que la peste noire a provoqué la mort de la moitié de la population européenne en cinq ans, soit environ 25 millions de victimes, et probablement le même nombre en Asie, soit globalement environ 50 millions de personnes. La peste noire eut des conséquences durables sur la civilisation européenne, d'autant qu'après cette première vague, la maladie refit ensuite régulièrement son apparition dans les différents pays touchés (par exemple entre 1353 et 1355 en France, entre 1360 et 1369 en Angleterre, etc...).

Pour en savoir plus  http://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_noire

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

15 avril 2018

La moisson en Provence autrefois

 

Champs-de-blé

La fin juin voyait l'arrivée des grands travaux liés à la moisson. Nos campagnes ne connaissent plus ce moment vital où nos ancêtres récoltaient le blé conditionnant l'année à venir.

Jusqu'au XIXème siècle, on moissonnait en Provence, à la faucille (voulame en provençal), outil se composant d'un fer recourbé très tranchant pouvant atteindre 70 centimètres. Le moissonneur s'avançait la tête tournée vers le grain à couper. Il saisissait le chaume, de la main gauche, tenait bien la javelle pour qu'aucun grain ne se perde. En même temps, il engageait sa voulame et, en tirant à lui le tranchant de son outil, il coupait la poignée de tiges. Recommençant ainsi les gestes séculaires décrits par Homère dans l'Iliade "les ouvriers moissonnent la faucille à la main. Des javelles tombent à terre, les unes sur les autres, le long de l'andain*. D'autres sont liées avec des attaches par des botteleurs".
Les Provençaux résistèrent à l'usage de la faux car cet outil cher et s'usant vite convenait mal par ailleurs aux champs empierrés.

Les moissonneurs travaillaient en groupe de quatre, trois coupeurs et une lieuse des gerbes. Ces dernières étaient regroupées en tas plus ou moins importants qu'on laissait sécher dans les champs avant le foulage.

LE FOULAGE

 Les rouleaux de pierre que l'on peut encore voir au bord des anciennes aires de battage ne datent que du XIXème siècle. Jusqu'à cette époque, on foulait, moisson après moisson, de la même façon que dans l'Antiquité.
Pierre

Par beau temps, on déliait les gerbes que l'on répandait sur des aires pavées de grosses pierres et on faisait tourner dessus pendant des heures les bêtes de somme dont on disposait. Le fermier ou sa femme activait cette ronde, tandis que les batteurs remuaient les gerbes, les retournant et poussant sans cesse le blé sous les sabots. Sous ces piétinements la paille se brisait et le grain s'en détachait. Quand on estimait que l'opération avait assez duré on enlevait la paille à la fourche et on remplissait les sacs avec le grain encore mêlé de brins de paille.

 LE VANNAGE
 
On passait tout d'abord au crible le grain ramassé sur l'aire de façon à éliminer les débris d'épis pris avec le grain. Jusqu'à la fin du siècle dernier les femmes effectuaient le vannage au moyen de tamis. Elles s'installaient dans le courant d'air et secouaient le van rempli de blé. La paille soulevée était entraînée par le vent et les grains tombaient sur l'aire où souvent des draps étalés les recueillaient. Le lavage achevait les travaux de la moisson.
 
LE LAVAGE
 
Les grains recueillis passaient au lavage pour éliminer les derniers déchets qui pouvaient rester : ceux plus légers que le grain montaient à la surface de l'eau et étaient entraînés par le déversoir de la fontaine où avait lieu cette opération. On séchait ensuite le grain sur des toiles. Puis, mis en sac, il prenait, à dos de mulet, le chemin du moulin. On conservait une partie de la récolte à la maison pour la fabrication du pain, aliment de base du Méditerranéen.
 
Source : Almanach pittoresque et pratique du Var - 1992.

Nota : *Andain : En agriculture, l'andain est une bande continue de fourrage laissée sur le sol après le passage d'une faucheuse ou d'une andaineuse. Cependant le terme s'applique à différents types de produits étalés sur le champ, par exemple la paille derrière une moissonneuse-batteuse, les résidus de végétation derrière un gyrobroyeur, ou encore les blocs rocheux issus de l'épierrage de la parcelle.

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

09 avril 2018

Histoire d'une découverte archéologique

 Fox-Amphoux-Temple

 C'est en observant un champ de blé que l'abbé Raymond Boyer (1925-2011) a découvert un sanctuaire romain. Petit homme au franc-parler, à l'énergie rayonnante, l'abbé Boyer, a consacré sa vie à la recherche archéologique. Ce fondateur du Centre Archéologique du Var (1957), se souvient avec la précision du chercheur au CNRS qu'il est également, d'un certain jour de juin : "Un entrepreneur de Carcès avait trouvé beaucoup de monnaies, à proximité de Fox-Amphoux, au carrefour des routes de Quinson, Tavernes et Aups. J'ai engagé une campagne de fouilles (Nota : ces fouilles on été effectuées de 1968 à 1977) et dégagé une partie d'un habitat de l'époque romaine. De l'autre côté du chemin vicinal qui le bordait, il y avait une parcelle triangulaire plantée en blé. Ce jour-là, je suis monté sur un talus. Le blé était mûr. J'ai été surpris de constater qu'il y avait des bandes bien régulières où il avait poussé moins haut". Son sang d'archéologue ne fait qu'un tour : le champ recouvre des murs. Logique, il y a moins de terre, donc moins d'humidité. Or, la moisson est proche, dans trois jours. "Je bondis sur le téléphone du bistrot du coin et je demande à l'ALAT (Aviation légère de l'armée de terre, basée au Cannet-des-Maures) de me faire des photos aériennes verticales, en lumière rasante. J'ai découvert un grand bâtiment de 90 mètres de long sur 45 mètres de large, que j'ai pu fouiller presque en totalité".
Fait exceptionnel et rarissime, ce bâtiment d'usage public abrite un temple. Des éléments monumentaux en calcaire blanc et en marbre, oscillant entre 400 et 600 kilos, des fragments de colonnes cannelée et des pièces statuaires, dont une tête de Minerve plus grande que nature, sont retrouvées dans le sol.
Le temple s'ouvrait sur une esplanade ceinte par un portique de 10 mètres de large, composé de petites colonnes réalisées en quartiers de terre cuite superposés. Une grande pierre découverte sur le chemin devait en marquer l'entrée. 
"Si on examine la topographie, reprend l'abbé Boyer, on s'aperçoit que les limites des communes de Fox-Amphoux et de Montmeyan passent ici. D'après ce que nous savons de la géographie ecclésiastique du Moyen-Age, le diocèse de Fréjus et le diocèse de Riez s'arrêtaient également là. Or, les territoires des diocèses se sont calqués sur ceux des cités antiques. Ce temple était probablement un sanctuaire de frontière, à la limite des cités romaines de Fréjus et de Riez".

Source : D'après "Var terre d'histoire" - Dominique Legenne. Illustrations parues dans la revue d'archéologie Gallia.

Archéologie-texte

03 avril 2018

Les veillées d'autrefois

 

Veillée1

C'est avec nostalgie que nos anciens évoquent les veillées d'autrefois. En réunissant jeunes et vieux d'une même communauté, elles permettaient, au-delà du simple plaisir de se réunir, de tisser et d'entretenir des liens sociaux et surtout générationnels inestimables.

 A la mauvaise saison, alors que les travaux des champs laissent du répit, le soir quand on s'est acquitté des obligations du jour, les veillées échappent à la stricte économie du quotidien ; elles s'ouvrent au temps privilégié du partage : partage des histoires et de la mémoire, partage de l'expérience et du travail, partage du vin et de la nourriture, partage des joies et des peines. Ces heures partagées sont celles de la nuit. Inquiétante et mystérieuse, elle plante à elle seule le décor. La nuit de nos ancêtres n'est pas la même que la nôtre. L'électricité est rare dans les campagnes avant la Seconde Guerre Mondiale, on ne dispose pour s'éclairer que de lampes à pétrole, à huile ou à carbure. Cette clarté indigente creuse la pénombre alentour, visages et voix prennent du relief, le monde se trouble de présences fantastiques et, réuni dans cette oasis de lumière, le groupe se resserre. Parfois, par souci d'économie, on se contente de la seule lueur du feu, car la cheminée est sans conteste l'élément central de la veillée. Seul moyen de chauffage et de cuisson, elle est souvent si grande dans l'habitat rural traditionnel qu'on peut s'installer dedans ! Lorsque la veillée accueille beaucoup de monde, elle se tient dans la grange ou l'étable. Dans pareille athmosphère, les conteurs captivent leur auditoire. La veillée est en effet un moment privilégié pour raconter et écouter. La parole passe de proche en proche. Les plus anciens sont les plus experts. Ces histoires distraient, mais elles instruisent aussi et transmettent les savoirs, la culture et les valeurs de la communauté. Les légendes traditionnelles mettant en scène sorcières, diables et loups-garous, sont autant de leçons de vie pour les enfants. On échange aussi des anecdotes, des nouvelles diverses... Celui qui a voyagé raconte ce qu'il a vu. Les hommes évoquent la chasse, le service militaire ou la guerre. Ces histoires créent un lien entre les générations. Chacun se reconnaît et reconnaît les autres dans ces récits entendus depuis l'enfance.

La veillées rassemble tour à tour autour du travail et du jeu. On casse les noix, on "échaille" le maïs, on trie les haricots, on fend les châtaignes.  En Provence, on prépare les amandes pour le nougat de Noël. Les femmes tricotent ou raccommodent tandis que les hommes entretiennent leurs outils. Mais les veillées sont aussi l'occasion de jeux. les hommes sortent les cartes. On joue aux devinettes, à "cache ma bague ", etc... On chante aussi, on joue de la musique, parfois on danse. Le maître de maison offre de son vin ou de son cidre que chacun se doit d'apprécier alors que les femmes font griller les châtaignes ou font mijoter de la pâte de fruit. On échange alors recettes et savoir-faire.

Veillée-danse

Les grandes fêtes religieuses, la Toussaint, Pâques, la Saint-Jean et surtout Noël donnent lieu à des veillées où certains rites qui varient selon les régions, reviennent invariablement. D'autres veillées sont destinées à initier les jeunes aux grandes étapes de la vie. Ainsi en est-il des veillées de mariage, où on donne des conseils aux futurs mariés, ou des veillées d'armes qui préparent les jeunes garçons appelés sous les drapeaux.

La mort encore est une occasion de veillée où, plus que jamais, les rites et les codes sont importants. Veiller le mort consiste à la fois à l'accompagner et à le quitter. C'est faire de la mort un évènement communautaire et donc éminemment humain.

Source : D'après la Généalogie facile N° 5 - Editions Hachette 2005

Veillée2

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

28 mars 2018

Fontaines de Provence

 

DSC06474

Fontaine de la place à Tourtour (photo Nadine)

En Provence, elles sont des centaines, voire quelques milliers. Tous les siècles sont représentés. Depuis l'Antiquité, chaque génération a laissé ses fontaines. Comme l'eau est à la fois source de vie, de pureté, de richesse, les fontaines vont prendre de fortes valeurs symboliques. Elles sont considérées comme sacrées. De l'Antiquité, il ne reste malheureusement que peu de fontaines. L'une des plus célèbres est celle du Glanum dite Fontaine triomphante. Elle était adossée à un bassin et décorée par une sculpture en ronde bosse représentant des prisonniers gaulois, genou à terre, et des trophées. Elle symbolisait la victoire de Rome qui en même temps avait apporté l'eau. Le Moyen Âge ne fait pas grand place aux fontaines. Les aqueducs sont délaissés, détruits. Le puits est la principale source d'eau. C'est la Renaissance et son mouvement du baroque qui va favoriser le renouveau des fontaines. A partir du XVIe siècle, la fontaine est un élément essentiel d'ornement du centre des places, le long des "cours", l'intersection des rues. Elles sont également accolées aux murs des églises, des hôtels de ville, des palais. Vont apparaître les décors à l'antique : pyramides, obélisques, vases, urnes, dieux et déesses mais aussi des personnages importants : hommes illustres, mécènes, seigneurs, médecins, savants, sans oublier la réalisation d'animaux liés à l'eau mais fortement symboliques tels que des aigles, des lions, des taureaux et toute une flore aquatique ou non. Certaines de ces fontaines ont un usage précis. Elles peuvent servir pour faire le plein d'eau dans des cruches ou autres récipients. Elles peuvent posséder des vasques pour de petits lavages, des abreuvoirs pour les animaux. De nombreuses fontaines sont construites en Provence sur les chemins de transhumance. Puis la fontaine évolue de façon importante. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, elles sont très belles, oeuvres des plus grands sculpteurs comme Pavillon, Rambot, Chastel, Fossati et autres... L'écoulement de l'eau est discret. Elle sort de la bouche d'une divinité ou de la gueule d'un animal. L'eau est rare et précieuse, il ne faut pas la gaspiller, elle soit servir.

DSC06488

Fontaine datée de 1850 à Tourtour (Photo Nadine)

Après la construction des grands canaux apportant l'eau de la Durance ou du Verdon, dans les années 1850, les fontaines changent complètement. L'eau est devenue abondante, on peut la gaspiller. Les fontaines deviennent de vrais monuments. Elles occupent une place de plus en plus importante, elle offrent des jeux d'eau, des jets d'eau, des cascades. C'est le temps de la célébration de l'eau. Les exemples sont nombreux : à Marseille, c'est l'immense fontaine du palais Longchamp, c'est l'extraordinaire fontaine Cantini de la place Castellane, tout entière de marbre et d'eau ; à Aix-en-Provence, c'est la fontaine de la place de le Rotonde avec ses lions, des figures allégoriques, oeuvres de Truphème et de Ramus ; à Toulon, c'est la grandiose fontaine de la Fédération ou de la Liberté avec ses grandes statues d'André Allar. Chaque grande ville à sa fontaine monumentale. Après la chute du Second Empire, beaucoup de fontaines présentent une allure encore plus politique : elles fêtent l'eau et la toute nouvelle République. Leurs idéaux sont républicains. Certaines sont associées à des monuments aux morts. Dans la seconde partie du XXe siècle, la sculpture a tendance à disparaître. Avec le canal de Provence, l'eau est partout en abondance. On peut s'amuser avec elle, d'autant que les petits moteurs électriques permettent de travailler en circuit fermé. Alors la plupart des fontaines se livrent tout simplement à un décor d'eau, avec des jets d'eau jouant une véritable symphonie. Elles ne délivrent plus de message, elles n'ont même plus de noms, elles ne sont plus que fraîcheur et agrément. On peut vraiment écrire l'histoire de la Provence, de son art, de ses hommes, de son développement scientifique et technique à travers les fontaines. De la plus modeste à la plus grandiose, elles témoignent et leur témoignage est pour nous d'une grande beauté et d'une grande richesse.

Source : Les Monuments de l'eau en Provence - Jean-Marie Homet - Edisud.

Fontaine-monumentale-du-parc-longchamp-esperandieu-jules-cavelier-

Fontaine monumentale du Parc Longchamp à Marseille (Photo internet)

Fontaine_de_la_Rotonde_-_Aix-en-Provence

 Fontaine de la Rotonde à Aix-en-Provence (Photo internet)

Fontaine de la liberté à Toulon

Fontaine de la Fédération ou de la Liberté à Toulon (Photo internet)

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,