Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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19 juillet 2019

Les géants de Camargue

 

Plaine-de-La-Crau_Fotolia_2

Dans le beau pays de Camargue inondé de soleil tout est matière à histoire. Rien ne peut échapper au talent du poète ou du conteur. Les roseaux, le ciel, les étangs, le sel, les taureaux, les chevaux et la mer en sont les  principaux personnages. Une vieille légende raconte que, depuis des temps immémoriaux, la vaste région couverte à présent par la plaine de la Crau, était le royaume des fils de Caïn. Ceux-ci étaient des géants effrayants par leur stature et leur caractère. Ils étaient si fiers de leur taille qu'ils en étaient bouffis d'orgueil. Parce qu'ils étaient puissants, ils pensaient que leur place n'était pas sur terre mais dans le ciel, d'où ils pourraient gouverner le monde entier. Afin d'y parvenir, ils étaient prêts à déplacer les montagnes. "Arrachons la Sainte-Victoire et les Alpilles à leurs racines rocheuses et mettons-les sur le mont Ventoux" proposa l'un d'eux. "Bien ! s'exclama le second. Et lorsque nous serons dessus, nous nous ferons la courte échelle pour atteindre les plus hauts sommets du ciel". Et le troisième déclara : "De là plus personne ne nous résistera et nous serons alors les maîtres du l'univers en entier". Leurs voix étaient si fortes qu'elles firent trembler le ciel. Leurs gestes étaient si larges qu'ils déplacèrent des masses d'air. Du coup, les nuages en furent transformés. Trois d'entre eux prirent la forme de gigantesques oiseaux de proie qui plongèrent l'un après l'autre en direction de la plaine. Le premier souffla tout l'air contenu dans sa poitrine. Et c'est ainsi que naquit le mistral, ce vent violent auquel rien ne résiste, ni les herbes folles, ni les vieux oliviers chenus, ni les toits des maisons. Le deuxième cracha sa colère en un jet de feu. Et c'est ainsi que naquit la foudre. Le troisième tourbillonna sur lui-même inlassablement en agitant ses ailes puissantes. Et c'est ainsi que naquit l'ouragan. En sifflant, tonnant et tempêtant, tous les trois agitèrent les eaux du Rhône et de la Durance. Ils les gonflèrent de leurs larmes de rage et les bousculèrent de leurs souffles furieux et puissants, à tel point qu'ils arrivèrent à en détourner le cours, laissant à la place des flots, d'immenses plages de galets ronds et blancs. Puis, il se retirèrent, ravalant leurs sanglots, aspirant l'air dans leurs poumons, emportant avec eux des tonnes de cailloux qui montèrent au ciel en même temps qu'eux et formèrent tout là-haut un très lourd nuage de pierraille. Ce nuage devint petit à petit si gros et si pesant qu'ils ne put demeurer suspendu entre le sol et l'azur du ciel. Tout à coup, dans un craquement gigantesque, il se brisa comme un oeuf immense dont la coquille se fendille avant d'éclater. Et sous les yeux effrayés des géants, il lâcha une pluie de pierres qui ensevelit les orgueilleuses créatures sous un tapis de gros graviers. Depuis ce jour, plus personne n'entendit parler des fils de Caïn. Il ne reste d'eux que la plaine de la Crau, immense et blanche sépulture sous le soleil brûlant de Camargue.

Source : D'après un texte de Pierre-Jean Brassac dans Veillées Méditerranéennes, Editions CPE 2013.

Plaine de la Crau

Complément

La Crau ou plaine de la Crau est un paléo-delta de la Durance, proche de la Camargue, dans de département des Bouches-du-Rhône. La plaine de la Crau forme un triangle d'une surface estimée à 550 km2 . La Crau était historiquement une pelouse pastorale aride, formant une végétation unique, nommée coussoul (ou coussous), aujourd'hui fragmentée et réduite, constituant la Crau sèche, dernier habitat de type steppique d'Europe occidentale. Il subsiste aujourd'hui 95 km2 de steppe intacte. La partie nord de la Crau, qui fut irriguée à partir du XVIe siècle par le canal d'Adam de Craponne et mise en culture, forme la Crau humide, qui donne un foin réputé, premier fourrage à avoir obtenu une AOC, le foin de Crau. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, de nombreuses cultures intensives (vergers et maraîchage) ont été implantées, réduisant encore la surface de coussoul. La valeur écologique et patrimoniale du coussoul a été prise en compte à partir des années 1970 et plusieurs outils de protection ont été mis en place. L'habitat est aujourd'hui intégré au réseau Natura 2000 et la la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau a été créée en 2001. Mais cette protection partielle n'empêche pas la poursuite de l'aménagement de la Crau par divers projets incompatibles avec sa biodiversité et son paysage, tous deux uniques.

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre.

 

13 juillet 2019

La curieuse destinée de la comtesse enterrée trois fois

 

Amoureux

La lettre d'amour 1771 - Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

L'histoire ci-après se situe dans l'ambiance galante du XVIIIe siècle. Après l'austérité du siècle de Louis XIV, ce siècle là est un siècle amoureux où sont édités des romans comme Manon Lescaut et où le peintre grassois Jean-Honoré Fragonard peint des tableaux charmants. La ville de Toulon est à cette époque en plein renouveau. Le souvenir funeste de la peste de 1720 qui avait causé 13 000 morts, est loin dans les mémoires. L'arsenal connaît un essor considérable qui est la conséquence des besoins en armement maritime dans une Europe politique instable. Le bagne a été créé en 1748 (voir le lien ci-dessous sur mon article intitulé : Le bagne de Toulon) attirant sur la ville renommée et curiosité. 

Le bagne de Toulon - Passion Provence

Origine du bagne Aujourd'hui, il ne reste plus rien des bâtiments du bagne de Toulon et de son hôpital, construits autrefois sur le quai du Grand Rang qui sépare vieille darse et darse neuve. Touché par les bombardements de 1943-1944, il a été entièrement rasé à la fin de la guerre.

http://www.passionprovence.org

Des édifices monumentaux sont construits comme la porte de l'arsenal ou encore la tour de l'horloge. Des voies nouvelles sont ouvertes, on nomme les rues, on numérote les maisons, la ville est éclairée la nuit, on bâtit des fontaines dans le but de favoriser l'hygiène publique qui laisse beaucoup à désirer. On crée aussi de beaux et vastes espaces qui dominent la rade et qui sont représentés dans les tableaux de Joseph Vernet. Les promeneurs élégants et les amoureux s'y donnent rendez-vous. Laurent de Pézenas de Bernardy et Rose de Vallavieille font partie de l'aristocratie toulonnaise. Le premier, originaire du Dauphiné, a fait une belle carrière militaire. En effet, fils d'un officier de la marine royale, embarqué à l'âge de dix-sept ans à Toulon aux côtés de Charles-Pierre Claret de Fleurieu, il s'est battu contre les anglais dans la rade des Sablettes en 1759. Devenu capitaine de vaisseau de la flotte royale, onze ans plus tard, il a participé au bombardement de Bizerte et de Sousse en Tunisie aux côtés du comte varois Rafélis de Brovès. A Toulon, il faisait déja figure de héros en s'illustrant dans diverses batailles. Quant à Rose de Vallavieille, née à Toulon en 1754, elle est la fille du procureur du Roi de la ville.

Le port de Toulon par Horace Vernet

"Vue du port de Toulon" par Joseph Vernet

C'est aux beaux jours de l'été 1774, qu'à Toulon on enterra dans les larmes, les prières et les chants religieux, la comtesse Rose de Pézenas de Bernardy. La défunte avait tout juste vingt ans. On pleurait aussi l'enfant qu'elle portait. Le corps fut transporté au cimetière Saint-Lazare et le caveau recouvert de fleurs. La même nuit, la comtesse s'éveillait dans sa tombe...

Lorsque le 26 avril 1774, Laurent de Pézenas de Bernardy avait épousé à Toulon, Rose Louise Marguerite de Vallavieille, tout le monde s'accorda pour dire que c'était bien là un mariage d'amour. La ravissante mariée allait avoir vingt ans, l'époux trente deux.
Le jeune ménage s'était installé dans une confortable maison de la rue Salvator (de nos jours rue des Bonnetières), non loin du port et à deux pas du procureur de Vallavielle. Peu de temps après les épousailles, Madame de Pézenas fut enceinte. Son mari satisfaisait à tous les caprices provoqués par son état. C'est ainsi qu'il lui avait offert de superbes abricots qu'il avait commandés. Ce jour-là, ils déjeunent tous deux en tête à tête et Laurent de Pézenas porte l'un de ces fruits aux lèvres de son épouse. Rose mord dans la chair, savoure le jus du fruit, et tout d'un coup, avale le noyau. Elle pâlit, crispe les mains sur sa gorge, s'étouffe, ne peut plus respirer. Le comte prend peur, se précipite vers elle, elle se débat dans ses bras, ses lèvres sont bleues. Laurent la secoue, lui tape dans le dos, essaie de lui retirer le noyau qui l'étouffe, rien n'y fait. Et le corps de la comtesse s'abandonne peu à peu mollement contre lui... elle est morte ! Lorsque le médecin arrive, il ne peut que constater le décès. En un instant, la vie a basculé passant du bonheur au drame. Laurent est effondré, sa douleur est immense. Il est anéanti, devient fou de douleur. Sa femme est morte avec l'enfant qu'elle portait ! Sa famille se charge des obsèques. Laurent de Pézanas demande que sa femme soit enterrée vêtue de ses plus beaux atours et parée de tous ses bijoux. C'est ainsi qu'on lui met au cou une somptueuse rivière de diamants, que le fossoyeur ne manquera pas de regarder, au moment de la mise en bière... Le tout Toulon était présent aux obsèques de la comtesse dans la cathédrale Sainte-Marie, là ou quatre mois auparavant, on avait célèbré son mariage.

Cathedrale-sainte-Marie

Cathédrale Sainte-Marie à Toulon (Photo internet)

Vers minuit, une silhouette se glissa dans le cimetière, et se dirigea vers le tombeau des Pézenas. L'ouverture du caveau fut dégagée, et à l'aide d'une petite échelle, le fossoyeur pénétra dans le tombeau. Il ouvrit le cercueil et commença son horrible besogne. Il assit la jeune femme afin de pouvoir dégager le fermoir du collier de diamants. Mais, tantôt la morte allait de l'avant à l'arrière et inversement et du coup, il n'arrivait pas à saisir le fermoir. Le croque-mort était étonné de constater que le corps n'avait pas la rigidité des cadavres qu'il avait l'habitude d'enterrer. Cependant, impatienté, il finit par donner un coup de poing dans le dos du cadavre, en lui disant "Tiens-toi droite". Soudain, la morte a comme un hoquet, elle expluse le noyau d'abricot qui obstruait sa trachée, ouvre les yeux, se met à respirer très fort. Le voleur est terrorisé, épouvanté. "Je suis la comtesse de Pézenas, dit la jeune femme. Où suis-je ?"." Conduisez-moi auprès de mon mari je vous prie". Le fossoyeur toujours terrorisé lui explique tout de même qu'elle est au cimetière et qu'il va l'aider à rentrer chez elle. Rose, enceinte et à bout de force, soutenue par le fossoyeur arrive enfin chez elle vers une heure du matin. Le fossoyeur frappe à la porte. Les domestiques sont choqués qu'un étranger se permette de faire un tel tapage devant une maison en deuil, puis enfin, ils reconnaissent leur maitresse et là ils ont la plus grande frayeur de leur vie. Et comment décrire la joie du mari, le premier moment de stupeur passé ?

Par la suite des temps, ils eurent de nombreux enfants. Le premier, celui que la comtesse portait au moment de "sa mort", fut Joseph-François-Xavier. Il naquit le 12 février 1775. Le jour de son baptême, il y avait foule dans la cathédrale, parce que l'histoire avait fait le tour de la ville. Et voilà qu'on le portait sur les fonds baptismaux à présent. Chacun disait : "Voici Monsieur de Pézenas qui fut enterré avant de naître". On parlait aussi beaucoup de la mort apparente de la comtesse, il était question de syncope respiratoire, de léthagie. A cette époque on enterrait rapidement les défunts, les XVIIIe et XIXe siècles abondent de ces récits. A la fin de notre XXe siècle, certains spécialistes en la matière ne prétendent-ils pas que 4% des personnes enterrées sont encore vivantes ? Cela fait froid dans le dos !

Laurent de Pézenas de Bernardy mourut le 6 septembre 1793, fusillé. Rose de Pézenas, de nouveau enceinte, resta veuve à quarante ans. En 1794, elle se réfugia à Pernes (de nos jours Pernes-les-Fontaines), dans le Vaucluse, le village natal de son mari, où on l'arrêta le 14 avril comme ennemie de la Révolution. Le 22, elle fut transférée à Toulon et incarcérée à la prison Sainte-Ursule. Elle avait avec elle ses deux filles de douze et dix ans et deux garçons de six et quatre ans. Elle n'échappera à la mort que grâce à sa grossesse. Rose sera libérée pour accoucher de son dernier fils, Charles-Joseph. L'incroyable histoire de Rose de Vallavieille a été racontée à la fin du XIXe siècle, dans un ouvrage publié à Paris en 1896, par un historien médecin de la marine toulonnaise, Laurent Béranger-Féraud, lequel avait interrogé les descendants des deux familles ainsi que les enfants des témoins. La comtesse Rose de Pézenas finit sa vie à La Seyne-sur-Mer, dans le quartier de l'Evescat, au-dessus de Tamaris, vers les Sablettes. On sait peu de choses sur la fin de sa vie, si ce n'est qu'elle fit oeuvre de charité à l'égard des pauvres de la ville. En mourut en 1829 à l'âge de soixante-quinze ans. Elle avait traversé la Révolution, le Premier et la Second Empire, avait connu une république et le retour de la royauté. On l'enterra dans l'ancien cimetière de la ville. Mais ce ne fut pas sa dernière sépulture. En 1838, un nouveau cimetière fut construit à La Seyne et ses restes y furent transférés. C'est ainsi que la comtesse Rose de Pézenas fut enterrée trois fois.

Tombe

Tombe de la comtesse Rose de Pézenas au cimetière de La Seyne (Photo internet)

On peut voir aujourd'hui sa tombe à l'abandon, près du mur du cimetière. Une simple grille rouillée et une épitaphe qui s'efface avec le temps sont là pour marquer sa présence. Il est gravé entre autre dans la pierre : "Modèle des épouses et des mères, elle fut toujours à l'appui des malheureux". Mais aucune allusion n'est faite à son destin hors du commun. 
Parfois sur sa tombe une ou deux fleurs sont déposées par quelques mains charitables devant tant de misère posthume. Mais qui se souvient encore de l'extraordinaire histoire de la comtesse de Pézenas ? Peu à peu, le temps efface les souvenirs comme les inscriptions sur les monuments funéraires. Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, plus personne ou presque ne raconte l'incroyable histoire de Rose de Vallavieille.

Sources : D'après "La Provence insolite" - Christiane Maréchal - Editions Campanile et le Magazine "Nous" - Supplément du journal Var-matin n°56 - Texte d'André Peyrègne.

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L'Inhumation précipitée - Antoine Wiertz 1854

Complément : La taphophobie

La peur d'être enterré vivant porte un nom : la taphophobie. Elle s'est largement répandue à partir de la Renaissance. Cette peur s'est accrue au XIXe siècle par la prolifération de récits d'épouvante rédigés par des écrivains adeptes du romantisme tels Edgar Allan Poe et par la relation de cas réels rapportés dans les jounaux ou encore des tableaux comme L'inhumation précipitée d'Antoine Wiertz. De nombreux médecins d'alors admettent leurs difficultés à diagnostiquer, avec certitude, un décès dans des cas de catalespsie, léthargie, coma, etc...

Source : Magazine "Nous" - Supplément du journal Var-matin n°56

Complément : Le croque-mort

Le croque-mort ou croquemort est le surnom populairement donné aux employés des pompes funèbres chargés de la mise en bière des défunts et de leur transport au cimetière. Le mot apparaît vers la fin du XVIIIe siècle, juste avant la Révolution. Dans notre imaginaire collectif, le croquemort est un personnage sinistre et lugubre, voire porteur de malheur. Cette image ne correspond plus avec la réalité d'un croque-mort, assistant funéraire. L'origine du nom vient des épidémies de peste au Moyen-Age pendant lesquelles les nombreux morts étaient rassemblés avec des crochets (crocs), ou à une ancienne pratique consistant à mordre l'orteil d'un défunt pour s'assurer de son décès par son manque de réaction, ce terme n'apparaît dans les textes écrits qu'en 1788. Il semble que l'expression signifie que les employés des pompes-funèbres "croquent" (mangent) les morts en leur subtilisant bijoux et valeurs (dont les alliances et les dents en or), avant de les faire disparaître d'abord dans un cercueil puis sous terre. Cette interprétation est à rapprocher du mot sarcophage, cuve destinée à recevoir un cadavre, dont l'étymologie grecque Σαρκοφάγος (sarcos désignant la chair et phagein l'action de manger, dévorer) se traduit littéralement par "mangeur de chairs".

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre

Complément : La mise en bière

La mise en bière, fait de placer un mort dans un cercueil et de l'y enfermer, a une origine étymologique complètement différente de celle de la boisson. Le mot bière dans cette expression est issu du francisque "bëra", civière (XIème siècle). Le Dictionnaire historique de la langue française apporte les précisions suivantes : L'évolution sémantique de ce mot reflète l'histoire sociale du mode d'ensevelissement des cadavres au moyen âge ; du Ve au VIIIe siècle, la coutume était en Europe occidentale et centrale d'enterrer les morts à même le sol, quelquefois sur une planche, très rarement dans un réceptacle. Originellement, bière désigne la civière sur laquelle on portait les malades, les blessés et spécialement les morts, et que l'on abandonnait fréquemment comme couche avec ces derniers. Quand l'usage du cercueil, d'abord réservé aux grands se répandit, bière commença par métonymie à désigner un cercueil en bois (fin XIIe siècle). Avant le XVIe, il abandonna à civière son sens étymologique de brancard tout en le conservant dans certains dialectes de l'Est. Le sens de funérailles est isolé en moyen français, mais également connu de rhéto-roman ; celui du tombeau (XVIe siècle) disparait au début du XVIIe siècle.

Source : Yahoo ! Questions Réponses

Complément : Les pompes funèbres

Le terme "pompes funèbres" date du XVIe siècle : il se compose du mot latin "pompa" qui signifie procession, cortège, ce mot a ensuite été synonyme de luxe, de grand cérémonial, c'est pour cela qu'il s'est retrouvé dans l'expression "en grande pompe" et "pompes funèbres". Ainsi, cette expression a d'abord été employée pour désigner le faste des grandes cérémonies funéraires (notamment au XVIIe), les longs cortèges...
Ce n'est qu'à la fin du XIXe et au XXe siècle que l'enterrement est devenu une charge de la mairie et non plus de la famille, le terme pompes funèbres a donc été employé pour désigner ces entreprises qui ont remplacé le menuisier, les porteurs, les pleureuses, les employés de mairie, le fleuriste... pour proposer une offre "tout en un".

Source : Yahoo ! Questions Réponses

 

07 juillet 2019

Comme un paquebot posé sur la colline... La villa Noailles à Hyères

 

Villa Noailles

La villa Noailles à Hyères (Photo du site de l'Office de tourisme de Hyères) 


Emission "Des racines et des ailes" 

Construite entre 1923 et 1925 sur les hauteurs de Hyères, située à 4 km de la mer, la villa Noailles, est l'une des premières constructions françaises de style moderne. Réalisée au temps des années folles par l'architecte français Robert Mallet-Stevens (1886-1945), pour le compte de Charles vicomte de Noailles et de son épouse Marie-Laure, ce bijou avant-gardiste est représentatif du mouvement rationaliste, avec un intérieur à la fois très lumineux, fontionnel et minimaliste. Au début des années 20, pour réaliser la villa de ses rêves, le vicomte de Noailles va faire appel aux artistes et aux artisans les plus renommés de l'époque. Parmi eux : Louis Barillet pour les vitraux, Eileen Gray et Francis Jourdain pour le mobilier. Gabriel Guévrékian pour le jardin cubiste, Piet Mondrian ou Constantin Brancusi pour les oeuvres d'art. Dans sa correspondance avec l'architecte, Charles de Noailles précise : "Je ne compte plus sacrifier un pouce de fenêtre pour obtenir une façade Louis XVI que pour obtenir une façade moderne et intéressante" (1923).  "Je ne pourrais jamais supporter quoi que ce soit dans cette maison ayant un but seulement architectural et je cherche une maison infiniment pratique et simple, où chaque chose serait combinée du seul point de vue de l'utilité" (1924).  "Je veux le soleil le matin dans les chambres à coucher et le soleil de l'après-midi dans le salon, parce que c’est pour avoir le soleil que j'irai dans cette maison" (1925). Habitée dès janvier 1925, la maison sera agrandie jusqu'en 1933 avec la collaboration de l'architecte local Léon David, pour atteindre 2 000 m2 (contre 500 en 1925) et 60 pièces avec piscine, squash et gymnase privés. Surmontée, comme l'atelier, d'une verrière formant une composition néo plastique de poutres et de panneaux aux plans décalés, c'est également le premier exemple d'une piscine privée couverte en France. Environ la moitié des espaces affectés au service et au logement des domestiques semblent avoir été conçus principalement par Léon David, qui succédera comme maître d'oeuvre à Mallet-Stevens. C'est pour la piscine, que Robert Mallet-Stevens crée, en 1923-1925, le "Fauteuil Transat", en tube de tôle laquée et toile, qui constitue l'un des tout premiers meubles modernes à structure métallique. En 1925, Georges Bourgeois dit Djo-Bourgeois aménage la salle à manger, puis en 1926 quatre chambres au mobilier intégré et, dans les salles voûtées, un bar coloré ; tandis que Pierre Legrain est chargé d'une chambre. Pour la chambre de la vicomtesse, il livre un lit, tandis qu'Eileen Gray présente un tapis et une desserte, Francis Jourdain une chaise et Léon Domin un fauteuil. Au total, ce "paquebot immobile" disposera de 1800 m2 de superficie, avec pas moins de quinze chambres de 15 m2 équipées chacune d'une salle de bain, d'un dressing, du chauffage central et du téléphone. Sur la colline du vieux château dominant la ville d'Hyères, la villa comporte également un grand jardin méditerranéen planté par le vicomte de Noailles, complété en 1925 par un jardin cubiste de Gabriel Guévrekian.

Cubist_Garden_Villa_de_Noailles_Hyeres

Ce jardin cubiste, appelé aussi le jardin triangulaire était orné d'une sculpture en bronze de Charles Lipchitz, aujourd'hui conservée au Musée d'Isaräl à Jérusalem. Au sein de leur immense domaine, les époux Noailles, véritables mécènes, accueillent des artistes de renom dont ils soutiennent le travail, tels Alberto Giacometti, Jean Cocteau, Luis Bunuel, Salvador Dali, ou encore Man Ray qui tourna en ce lieu son premier film. Vendue à la municipalité en 1973, la villa, inscrite en 1975 et 1987 aux monuments historiques après une longue période d'abandon et de détérioration, a été restaurée publiquement en plusieurs étapes par les architectes Cécile Briolle, Claude Marro et Jacques Repiquet, pour devenir un centre d'art et d'architecture en 1996 (expositions temporaires d'art contemporain : arts plastiques, architecture, design, photo ou mode). Elle est ouverte au public depuis 1989. Aujourd'hui dirigée par Jean-Pierre Blanc, la Villa Noailles perpétue sa tradition d'avant-garde car elle est le seul centre d'art en France qui construit sa programmation autour de l'architecture (exposition en février), la mode et la photographie (Festival international de mode et de photographie), et le design (Design-Parade à Hyères et Toulon). Son originalité, la qualité de sa programmation et son rayonnement local, national et international lui ont valu le label "Centre d'art d'intérêt national".

Ci-dessous une autre vidéo intitulée : Les ombres de la villa Noailles. Cliquez sur la vignette ou Bing video pour la visionner.

Sources : D'après un article paru dans Version Femina, supplément de Var-Matin n° 891 et également Wikipédia l'encyclopédie libre.

Villa-Noailles-Hyères-6


Villa Noailles de nuit

  

01 juillet 2019

Le 31 octobre 1875, le Magenta explose avec son trésor dans la rade de Toulon

 

Magenta_and_Napoléon_III_in_Brest

Navire le Magenta à Brest (Gravure Wikipédia)

Très découpée, la côte varoise a été la scène de nombreux naufrages depuis l'Antiquité. Celui du Magenta, navire cuirassé de la Marine Nationale est resté dans les annales. En effet, dans la nuit du 31 octobre 1875, le navire mouillé en rade de Toulon, explose à la suite d'un incendie, sans faire de victime. Avec ses 100 mètres de long, sa coque en bois recouverte de 12 centimètres d'acier et sa propulsion mécanique mixte, le Magenta, construit à Brest entre 1859 et 1861, est le plus grand bâtiment de cette conception réalisé en France. Dans ses soutes, ont été chargés 46 caisses remplies de 2 080 stèles puniques ainsi que la statue de l'impératrice Sabine, petite-nièce de l'empereur romain Trajan. Un trésor que les scaphandriers, puis les plongeurs sous-marins auront bien du mal à retrouver au vu des nombreux dégâts subis par le cuirassé. Faisons un retour en arrière sur cette tragédie qui n'a toujours pas révélé tous ses trésors.

Dans le but d'enrichir les collections du Musée du Louvre, la France, par le biais de son ministère de l'Instruction publique et de l'Académie des inscriptions et belles lettres, donne mandat à l'archéologue Jean-Baptiste Pricot de Sainte Marie (1843-1899)*, alors interprète du consulat général de France à Tunis, pour la réalisation de campagnes de fouilles à Carthage, cité phare des Phéniciens en Tunisie. Ces fouilles seront entreprises au nord du Tophet - nécropole légendaire - sur plusieurs murs datant des romains. C'est à cet endroit que les Carthaginois honoraient les dieux protecteurs de la ville c'est-à-dire, Baal Hamon, seigneur de l'autel des parfums, et Tanit péné Baal. Ils leur sacrifiaient les premiers nés des grandes familles. C'est à partir du IIe siècle que le culte s'est tourné vers les animaux : moutons ou béliers. Autant de représentations ornant les 2 600 stèles qui seront extraites du site. Toutes taillées dans du calcaire, elles sont décorées ou couvertes d'inscriptions sur une seule face. Mais les trouvailles ne s'arrêtent pas là. L'archéologue découvre aussi une pure merveille : une statue en marbre haute de 2.10 mètres de l'impératrice Sabine, épouse de l'empereur romain Hadrien. Brisée en 6 morceaux, elle est pratiquement entière. Rapidement identifiée, "la statue fut érigée vers 127-128 après J-C. en prévision des fêtes célébrant les dix dernières années de règne de l'Empereur. L'analyse du marbre a permis de déterminer sa provenance depuis les carrières du Cap Vathy sur l'île de Thassos en Grèce", précisent les spécialistes. Il faudra attendre presque un an pour que la dernière partie des antiquités soit embarquée sur le Magenta pour rentrer à Toulon. Soit au total 2 080 stèles puniques et la statue.

Explosion Magenta

Toulon, le 31 octobre 1875 : une explosion spectaculaire.

Le 31 octobre 1875, le Magenta est au mouillage dans la rade est de Toulon, face au bassin Vauban. Sa cargaison n'a pas encore été débarquée. Et voilà que dans la nuit, le feu prend à l'arrière du navire. Malgré tous les efforts fournis par l'équipage, l'incendie n'a pas été maîtrisé. Il progresse dangereusement jusqu'à son stock de poudre : 20 tonnes ont été embarquées. Puis, vers 3 heures du matin la frégate explose. Sur les quais, des centaines de Toulonnais assistent impuissants au tragique spectacle. La déflagration est tellement puissante qu'elle souffle tous les becs de gaz de la ville. A l'Arsenal, 20 000 vitres brisées devront être remplacées. Le Magenta coule par 12 mètres de fond, laissant encore apparaître ses superstructures. La Marine Nationale récupère avec l'aide de scaphandriers une partie de la cargaison soit près de 1 500 stèles. Ces stèles étaient placées à l'avant du bateau et elles ont ainsi été en partie préservées. Si certaines ont été noircies par la combustion, beaucoup sont intactes. Par contre, la tête de la statue, une partie de son bassin et un pan de vêtement restent introuvables. Les recherches s'arrêtent. Le navire est dynamité pour libérer le passage. 

Sabine_Carthage_Magenta

La statue de l'impératrice Sabine provenant de la fouille de Pricot de Sainte Marie, détruite lors du naufrage. Et, à droite, le visage retrouvé en 1995 et non remis en place car noirci par l'incendie. Cette statue se trouve au musée du Louvre (Photo wikipédia)

Toulon, le 27 avril 1995 : des plongées pour trouver d'autres vestiges.

"J'ai orienté mes recherches sur le coffre d'amarrage du Magenta. J'avais lu de nombreuses correspondances officielles indiquant que l'épave se situait à l'aplomb de ce dernier. Nous avions des craintes que les aménagements pour la construction du bassin Vauban empiétant de plus de 1 500 mètres sur la mer aient recouvert l'épave. Il n'en est rien", raconte Max Guérout, directeur des opérations du Groupe de recherche en archéologie navale (Gran). Créé en 1982 et présidé par le commandant Philippe Talliez, le Gran, installé à Toulon, regroupe une équipe d'archéologues, d'historiens, de spécialistes de la plongée et de l'intervention sous la mer, et d'experts de disciplines diverses. Contacté en 1993 par l'archéologue Jean-Pierre Laporte pour récupérer le reste de la cargaison du Magenta, le Gran localise l'épave en avril 1994. Trois campagnes archéologiques sont organisées entre 1995 et 1998 par Max Guérout. Le département du Var soutient le Gran et participe en financement de ces opérations. Le 10 mai 1995, après 13 jours de plongée, l'incroyable, l'inespéré se produit. "C'étaient des plongées difficiles de par la nature du bateau qui était blindé. Trouver quelque chose sous ce blindage ou parmi lui, rendait les recherches compliquées" explique Guy Martin, plongeur et photographe pour le Gran. "Après des repérages, nous avons fouillé une petite zone de quatre mètres sur quatre définie par Max Guérout. Dans cette vase, nous utilisions des suceuses, des aspirateurs. Nous étions rapidement envahis par les poussières rejetées, nous étions dans le noir absolu. Donc, nos fouilles progressaient à tâtons. Là, sous une plaque en acier, j'ai touché une pierre dans une cavité d'un mètre de profondeur. Je l'ai mise de côté et continué mes fouilles. J'ai regardé l'heure sur mon profondimètre. J'ai récupéré la pierre mise de côté. C'est en remontant à la surface, l'eau s'éclaicissant et la poussière s'évacuant sur ma trouvaille que la pierre s'est transformée en figure. Je suis sorti de l'eau en brandissant en l'air la tête de Sabine. On était tous fous de joie", raconte l'inventeur de la découverte. Au total sur les 3 campagnes, 7 éléments de la statue romaine et 85 stèles ou fragments puniques datant du IIe siècle avant J-C. seront remontés de leur sarcophage blindé. Exposée au Musée du Louvre depuis 1997, la tête de Sabine est présentée, telle qu'elle a été trouvée, noircie par l'incendie, à côté de la statue en partie revonstituée.

Source : D'après un article paru dans le magazine "Le Var" N°5 Eté 2018 édité par le Conseil départemental du Var.

Tête de Sabine dans le Magenta

La tête de Sabine trouvée par le plongeur Guy Martin

Complément :      

* Jean-Baptiste Evariste Charles Pricot de Sainte-Marie, né le 1er octobre 1843 à Paris et mort le 10 février 1899 à Madrid est diplomate, archéologue et épigraphe. Il est le fils de Jean-Baptiste Evrariste Marie Pricot de Sainte-Marie officier et géographe. Par ses explorations, il est l'un des pionniers de l'archéologie dans la régence de Tunis. Son nom reste attaché au site archéologique de Carthage ainsi qu'au cuirassé de la Marine Nationale : le Magenta, qui coula au large de Toulon le 31 octobre 1875 avec une partie de ses antiquités et qui a fait l'objet de fouilles archéologiques sous-marines entre 1995 et 1998.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Livre Le Magenta

Si vous voulez tout savoir sur le Magenta, allez sur le lien ci-dessous.

Magenta (1861) - Wikipédia

La Magenta était une frégate cuirassée lancée en 1861 à Brest pour la Marine française. Affectée comme navire amiral de la flotte française de Méditerranée dès 1865, elle passe par le Mexique en 1867 avant d'être mise à quai pour le changement de son artillerie.

Et si vous voulez voir les objets remontés du Magenta, j'ai trouvé ce lien (dessous) pour vous, les curieux qui lisent mon blog :

Les fouilles du Magenta

Pour les journées du patrimoine 2015 le musée a proposé une exposition (qui dure encore en ce 5 octobre) d'un certain nombre d'objets issus des fouilles effectuées à partir de 1995 et conduites par le Groupe de Recherches en Archéologie Navale (GRAN) de Toulon sur les restes de l'épave du Magenta coulé en 1875 après un incendie et une explosion extraordinaire.
http://www.museedumas.fr


26 juin 2019

La tragique erreur de saint Arnoux

 

Tourrettes-Loup

Tourrettes-sur-Loup (Carte postale ancienne colorisée)

Dans les environs du village de Tourrettes-les-Vence (de nos jours Tourrettes-sur-Loup), dans l'arrondissement de Grasse, il y a une grotte qu'on appelle la grotte de saint-Arnoux et qui possède une curieuse légende. Je vais vous la conter. Celui qui devint plus tard saint Arnoux n'était d'abord qu'un homme ordinaire et ne s'était jusque là fait remarquer par aucun acte saillant dans son existence. Il était marié et habitait à quelques lieux de l'endroit où résidaient son père et sa mère, bons vieillards qui avaient pour lui une grande affection et qu'il chérissait de son côté. Un jour, ses affaires nécessitant un voyage, il quitta sa femme en la prévenant qu'il ne reviendrait que plusieurs semaines après, mais à peine a-t-il fait quelques lieues qu'il s'aperçoit qu'il a oublié un objet important, de sorte qu'il fut obligé de rebrousser chemin. Il arrive chez lui au milieu de la nuit et, se proposant de surprendre agréablement sa femme, il pénétra, sans bruit, jusque dans sa chambre à coucher. Mais, ô horreur ! au moment de se glisser dans le lit, il s'aperçoit qu'il y a déjà deux têtes sur l'oreiller... Un homme et une femme dormaient là, côté à côte. Aveuglé par la colère, il tire son couteau et le plonge dans le coeur des deux dormeurs qu'il croyait être sa femme et son complice ; mais à peine les deux victimes eurent-elles rendu leur dernier soupir, qu'il constata avec terreur qu'il venait de tuer son propre père et sa propre mère. Voici ce qui était arrivé : peu de temps après son départ, ses parents, qui avaient projeté de venir passer quelques jours avec lui, avaient frappé à sa porte. La jeune femme pleine de déférence et d'affection pour ses beaux-parents, les avaient accueillis de son mieux, leur avait servi un excellent souper et leur avait cédé sa chambre, allant elle-même coucher au grenier, afin qu'ils fussent plus à l'aise dans la maison. Arnoux, fou de douleur, sorti de la chambre et de la maison sans savoir où il allait. Il marcha droit devant lui, chemina longtemps avec le désir de se donner la mort ; mais, retenu par la crainte d'ajouter un autre crime à son double forfait, il n'osa se précipiter dans les gouffres qu'il rencontrait sur son chemin. Il arriva ainsi à une grotte qui porte aujourd'hui son nom, et qui est située dans un des endroits les plus sauvages de la vallée du Loup. C'est là qu'il passa le restant de ses jours, en faisant pénitence, ne vivant que de racines et couchant sur la pierre nue. Il fit pénitence pendant si longtemps, ajoute la légende, que son crâne laissa son empreinte sur la pierre qui lui servait d'oreiller. Son repentir était si grand, et la pureté de sa vie si admirable, qu'ils mérita d'être sanctifié à sa mort ; et la source de la grotte où il avait vécu reçut le don de guérir les maladies les plus rebelles.

Chapelle Saint Arnoux-Gorges du Loup

Source : D'après un récit de Laurent Jean Baptiste Bérenger-Féraud - Les légendes de la Provence 1888 édité dans l'Almanach des Provençaux et du Comté de Nice, 2015 - CPE Editions. 

                                                                                                 

20 juin 2019

Histoire de l'Arsenal des Galères de Marseille

 

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Héritières des trières (ou trirèmes) athéniennes, romaines ou byzantines, les galères sillonneront la Méditerranée jusque vers la fin du XVIIIe siècle. Destinés à l'escorte et aux combats, ces vaisseaux longs et effilés ont assuré à Marseille, port de guerre et base logistique, la prépondérance dans le trafic maritime au temps des croisades.

L'origine de l'arsenal des galères remonte à 1296. Voulant reconquérir la Sicile, Charles II d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, acquiert une partie des chantiers communaux de construction navale du Plan Fourmiguier (actuel Quai des Belges jusqu'à l'ancien bassin de carénage). A son tour, Charles VIII fait mettre en chantier plusieurs galères dans l'enclos royal marseillais et ordonne la construction du premier arsenal. C'était alors un bâtiment lèger où la galère était remisée, avec un étage servant à ranger les gréements. L'ensemble était appelé tercenal* et Marseille en comptera six en 1494 où autant de galères seront armées. La flotte française est alors constituée de vaisseaux appartenant au roi ou loués à des capitaines privés au gré des besoins des expéditions maritimes. Il faudra attendre 1627 pour que le cardinal de Richelieu décide que les navires de la marine royale seront construits ou achetés par le roi et entretenus à ses frais. La flotte marseillaise passe alors de 13 à 21 galères avec un effectif de 10.000 hommes d'équipage.

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L’Arsenal des Galères occupait les quais des Belges et de Rive-Neuve

Ayant soumis la ville rebelle en 1660, Louis XIV met Marseille sous étroite surveillance administrative, politique et militaire. De son côté, Jean-Baptiste Colbert, ministre et Contrôleur Général des Finances, entend moderniser la ville et développer ses activités économiques et commerciales, lui assurer la maîtrise de la Méditerranée pour la plus grande gloire du Roi Soleil. Il attribue à l'un de ses hommes de confiance, Nicolas Arnoul, le poste d'Intendant Général des Galères avec pour mission de construire un vaste arsenal moderne et de reconstituer une importante flotte. Dépendant directement du Secrétariat d'Etat à la Marine, il échappe à la hiérarchie militaire et dispose ainsi des pleins pouvoirs. Dès 1665, les travaux commencent sous la direction de l'architecte Gaspard Puget. Conduits en trois tranches, ils vont durer trente ans.

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Tout d'abord Arnoul occupe tout le Plan Fourmiguier, refoulant le chantier communal vers l'extrémité de la Rive Neuve. A partir de ce terrain annexé de force, il détermine, à coups d'expropriations successives, le périmètre du futur Arsenal des Galères délimité par la Canebière et les rues Paradis, Sainte et Fort Notre-Dame. Cet arsenal sera une véritable "ville dans la ville", construit selon des règles architecturales strictes. L'entrée principale, la monumentale Porte Réale, se situait au milieu de l'actuel quai des Belges avec, en arrière-plan (place de la Bourse), le Pavillon et l'Horloge. Dans ce vaste ensemble se trouvaient regroupées toutes les activités nécessaires au fonctionnement du corps des galères : magasins, mais aussi parc d'artillerie, salle d'arme et hôtel de l'intendant. Un canal intérieur, la Darse, sera creusé en 1702 sur l'emplacement du cours d'Estienne d'Orves et de la place aux Huiles. Quant à l'hôpital construit en 1650 à la place de terceneaux* démantelés, il est modernisé et servi par les frères de Saint Vincent de Paul. Achevé en 1707, l'arsenal de Marseille est alors le plus important de France et comptera jusqu'à 40 galères en service. L'effectif militaire qui comprend 5.000 matelots et soldats, 1.000 sous-officiers et 400 officiers, y côtoie 2.500 ouvriers ou compagnons, 12.000 esclaves, forçats, condamnés de droit commun constituent la chiourme. Fers aux pieds, c'est essentiellement la force de leurs bras qui propulse la galère, les gardiens maintenant le rythme de la nage à coups de fouet de corde généreusement distribués.

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Peinture “Arsenal des Galères de la ville de Marseille” par Jean-Baptiste de La Rose, 1666, Musée de la Marine de la Chambre de commerce de Marseille

Toute cette population n'échappera pas à la Grande Peste de 1720. Dès les premières semaines, on proposa aux galériens de ramasser les cadavres et de les incinérer en échange de leur liberté, ce dont bien peu profiteront. En 1748, Louis XV supprime la peine des galères et réorganise sa marine : le corps des galères fusionne avec celui des vaisseaux de haut bord. L'arsenal de Marseille cesse ses activités et les galériens sont reconvertis en ouvriers ou travailleurs de force dans les établissements de la Royale. Ministre de la Guerre et de la Marine, Etienne-François de Choiseul rétablit en 1762 les fonctions de l'arsenal, partagé entre l'artillerie terrestre et la marine royale avec quatre galères chargées de la surveillance des côtes. Cette résurrection sera de courte durée. En 1781, le maréchal de Castries ordonne l'abandon de l'arsenal et la dernière galère en état de voguer est envoyée à Toulon avec 500 forçats. L'Arsenal des Galères touchait au terme de son histoire et, après plusieurs siècles de vie commune, galères et galériens disparaissaient du paysage marseillais.

* Tercenal, terceneaux : Sortes de hangars où l’on remise les mâts, cordages, voiles, poulies, rames, ainsi que  l'artillerie. 

Source : D'après un article de Jean-Pierre Griette paru dans le magazine de la ville de Marseille "Marseille infos" N°20-Juillet 2001

Pour en savoir plus, je vous donne le lien de l'Arsenal des galères sur Wikipédia.

Arsenal des galères - Wikipédia

L' arsenal des galères est un ancien arsenal militaire situé à Marseille, en France. Il fut construit par Colbert dans la deuxième moitié du siècle pour accueillir et armer les galères du roi Louis XIV, mais ne fut pleinement opérationnel que moins de cent ans, les galères perdant rapidement leur rôle dans les marines de guerres au profit des vaisseaux.

http://wikipedia.org

 Et celui du site internet Made in Marseille - L'info en ligne de la région marseillaise.

L'Arsenal des Galères, plongée dans l'histoire du Vieux-Port de Marseille | Made in Marseille

Parmi les monuments emblématiques du Vieux-Port Marseille ayant disparus, on trouve, à côté du Pont Transbordeur ou de l'ascenseur de Notre Dame de la Garde, l'Arsenal des Galères, un ancien bâtiment militaire qui a été, pendant plusieurs décennies, le quartier général d'une partie de la flotte militaire française.

https://madeinmarseille.net

 

14 juin 2019

A Sillans coule une rivière

 

Cascade_(sillans-la-cascade)

Photo trouvée sur Wikipédia - l'encyclopédie libre.

 Sillans-la-cascade est un charmant petit village protégé par ses remparts du XIe siècle. Il a gardé son aspect médiéval particulier, resserré sur lui-même il a un peu l'allure d'une grosse ferme dont la place centrale serait la cour intérieure. On peut y voir : l'église St Etienne (XVIIème siècle), son joli porche et ses pierres apparentes, les remparts avec leurs belles tours et des créneaux du XIème siècle. Le château est en rénovation depuis son acquisition par la commune.

Ce qui constitue la richesse de ce lieu, c'est la Bresque, une rivière couleur émeraude, cachée dans une végétation sauvage et luxuriante. Si vous désirez vous rendre à la cascade, il vous faut prendre un petit chemin de terre qui longe la rivière. L'espace est bien aménagé et sans rique. Ici, seul le courant se fait entendre. Sur les berges, des familles prennent le temps de pique-niquer pendant que d'autres s'initient à la photographie. Le reflet dans l'eau des grands arbres, des immenses feuillages et des coussins de mousse verte sont magnifiques. Tout est lumineux et ressemble à un tableau de peintre de l'école provençale. Après une petite demi-heure de marche, on atteint le point d'orgue de la balade. Plus que quelques marches pour découvrir, depuis un belvédère, la fameuse cascade de Sillans, la plus haute chute d'eau du Var. Ce sont les eaux de la Bresque grossies par celles de la belle source du château de Bresc et du vallon de l'Ourc qui se précipitent dans un petit lac tourbillonnant. Du haut de ses quarante-deux mètres, la Bresque plonge avec force dans une vasque aux tons magnifiques de jade mais dans laquelle hélas il est malheureusement interdit de se baigner. Le panorama, sublime, peut donner le vertige. Le public reste silencieux et profite du soleil. Tout autour, la falaise de couleur ocre et humide, brille de mille reflets dispersés par de jolis embruns. 

Source : D'après un article paru dans le Magazine Week-end Numéro 158 du 10/05/19. Agrémenté de commentaires du site de Provenceweb.fr

Complément

La Bresque est une petite rivière qui prend sa source entre Sillans-la Cascade et Fox-Amphoux et se jette dans l'Argens à l'est de Carcès. De 34,8 km de longueur, elle prend sa source officiellement dans le domaine du château de Bresc à Fox-Amphoux. Dans le seul département du Var, la Bresque traverse cinq communes et trois cantons : dans le sens amont vers aval : Fox-Amphoux, Sillans-la-Cascade, Salernes, Carcès, Entrecasteaux. Soit en termes de cantons, la Bresque prend source dans le canton de Tavernes, traverse le canton de Salernes, conflue dans le canton de Cotignac, le tout dans l'arrondissement de Brignoles.

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre.

La Bresque

  Photo prise sur le site de la Fédération de Pêche du Var.

 

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08 juin 2019

Le 25 mai 1720, la peste entre à Marseille à bord du Grand Saint-Antoine

 

Vidéo de l'émission "L'ombre d'un doute" - La peste de 1720, a-t-on sacrifié Marseille ?

Il y a tellement à raconter sur la peste de 1720 à Marseille et en Provence que j'ai voulu mettre le maximum de choses pour ne pas faire plusieurs articles à la suite. Egalement, pour ne pas que vous soyez perdus, j'ai mis en gras les titres, les dates et le nombre de victimes par jour. J'ai aussi fait des insertions pour que vous alliez lire la rubrique "Pages" qui est sous celle des "Catégories" (colonne du blog). J'espère que vous vous y retrouverez... 

Le port de Marseille

 Tableau représentant le port de Marseille

 En premier lieu, sachez que la Peste de 1720 fut la dernière grande épidémie de peste qui devait sévir en France. Elle se propagea en Provence, au Comtat Venaissin et en Languedoc. Elle décima 45.000 personnes à Marseille et dans ses environs, soit près de la moitié de la population de la ville, elle fit 70 000 victimes dans le reste de la Provence, et plus de 80 000 autres dans le Gévaudan et ailleurs. Sachez également que la plus grande tragédie du XVIIIe siècle aura eu pour cause la cupidité d'une poignée de marchands !

Les faits

Le 25 mai 1720, un bateau venant de Syrie nommé le Grand Saint-Antoine, commandé par le capitaine Jean-Baptiste Chataud accoste à Marseille. Ce bateau est chargé d'étoffes précieuses (900 balles de diverses toiles, cotonnades et soiries qui sont contaminées par le bacille de Yersin responsable de la peste).

Armes_des_Echevins_de_Marseille_pendant_la_Peste

Armes des quatre échevins de Marseille : Moustier, Estelle, Dieudé et Audimar.

La ville de Marseille est alors dirigée par quatre échevins élus par les représentants de la bourgeoisie marseillaise. Ce sont : Jean-Baptiste Estelle, Jean-Pierre Moustier, Jean-Baptiste Audimar et Balthazar Dieudé. Or, une part importante de la cargaison appartient au négociant Estelle, premier échevin de la ville, ainsi qu'à deux de ses collègues. Les échevins savent qu'il y a eu des victimes parmi les passagers et les matelots, ils ont eu connaissance du rapport du médecin de bord, mais ils refusent de reconnaître le danger de la situation. Pour les marchands impliqués dans ce négoce, il faut absolument décharger et livrer les marchandises avant le début de la foire annuelle de Beaucaire l'un des plus grands marchés de France et qui se tient dans la dernière semaine de juillet. Par la suite, Estelle sera accusé "d'avoir eu des intérêts dans la cargaison du Grand Saint-Antoine, et d'avoir favorisé, même avant le terme légal, le débarquement de marchandises pourtant suspectes." Les échevins se contentent de placer l'équipage en quarantaine douce dans un dispensaire : le lazaret. Par négligence, les marchandises de contrebande passent l'enceinte du lazaret grâce à la corruption qui y règne. Les malades qui sont touchés les premiers ont vraisemblablement tous été en contact avec les étoffes de contrebande et il s'avère que les puces porteuses se trouvent dans les plis des tissus et non sur les rats.

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Une flûte, navire de charge typique du XVIIème et XVIIIème siècles semblable au Grand Saint-Antoine (Gravure Wikipédia)

Le Grand Saint-Antoine

Le Grand Saint-Antoine est une flûte, un voilier trois mâts carré, de fabrication hollandaise. Il est parti de Marseille le 22 juillet 1719 pour la Syrie. Or, à ce moment-là, la peste sévit dans ce pays. La cargaison d'une valeur de 100 000 écus (le salaire mensuel moyen d'un ouvrier était de 1 écu à cette époque) en étoffes précieuses (900 balles) portait en elle la bactérie de la peste (Yersinia pestis). Le 3 avril 1720, un passager turc embarqué à Tripoli meurt deux jours après être monté à bord. Sur le chemin du retour, meurent successivement sept matelots et le chirurgien de bord. Un huitième matelot tombe malade peu avant l'arrivée à Livourne, en Italie. La négligence des médecins italiens qui laissent repartir le navire et la hâte du capitaine Chataud de livrer la marchandise avant le début de la foire de Beaucaire seront deux données déterminantes de cette tragédie. Le capitaine amarre son bateau au Brusc, près de Toulon, et fait discrètement prévenir les armateurs du navire. Les propriétaires font jouer leurs relations et font intervenir les échevins de la ville pour éviter une quarantaine. Tout le monde considérait alors que la peste était "une histoire du passé" et l'affaire fut prise avec détachement : les échevins marseillais demandent simplement au capitaine Chataud de repartir à Livourne chercher une "patente nette, c'est-à-dire un sauf-conduit qui couvre leur responsabilité, lequel lui est délivré sans aucune difficulté, car les autorités de Livourne n'ont pas envie de s'encombrer du navire. Armé de cette autorisation, le Grand Saint-Antoine entre dans le port de Marseille le 25 mai 1720. Il mouille à l'île de Pomègues jusqu'au 4 juin ; il est alors autorisé à se rapprocher des Infirmeries d'Arenc pour y débarquer passagers et marchandises en vue d'une petite quarantaine, puis il est finalement placé en quarantaine à l'île de Jarre le 27 juin.

Le 9 juillet 1720, la peste est officiellement déclarée à Marseille. Le Régent Philippe d'Orléans ordonne le 28 du même mois de faire brûler le navire. Cet ordre n'est exécuté que tardivement le 25 septembre et le 26 septembre, le Grand Saint-Antoine coule dans l'anse de Jarron. Son épave calcinée a été retrouvée en 1978 par une association de plongée sous-marine : l'ARHA (Association de Recherche Historique et Archéologique). Les vestiges archéologiques remontés du navire sont aujourd'hui exposés au musée de l'Hôpital Caroline sur l'île de Ratonneau au large de Marseille. Le capitaine Jean-Baptiste Chataud fut tenu pour responsable et emprisonné au château d'If pendant près de trois ans.

 Plaque de Jean-Baptiste Chataud

Plaque apposée au-dessus de l'entrée de la cellule de Jean-Baptiste Chataud au château d'If (Photo de Nadine).

** J'ai fait un article sur Jean-Baptiste Chataud. Vous pouvez le lire dans la colonne gauche du blog dans le rubrique intitulée : Pages (Sous les Catégories).

** Pour en savoir plus, je vous mets ci-dessous le lien du site "Atlas du Patrimoine Archéologique Littoral Méditerranéen", où vous pourrez lire le déroulement des cinq campagnes de fouilles sous-marines pour retrouver les restes de l'épave du Grand Saint-Antoine.

Grand Saint Antoine - Épave de navire 

L’épave du Grand-Saint-Antoine a été découverte en 1978. Elle gît enfouie au nord de l’île de Jarre (archipel de Marseilleveyre, Marseille) entre 10 et 18 m de profondeur. Cette flûte de commerce, navire à trois mâts carrés, est à l’origine de la Grande Peste de Marseille en 1720. Après avoir été isolée, elle a été échouée et brûlée volontairement à l’été 1720.
http://www.atlaspalm.fr

Chronologie des évènements

Le 20 juin, rue Belle-Table, étroite et sombre, où les boutiques ne sont que "caves et écuries occupées par de pauvres gens", que les beaux quartiers ignorent, Marie Dauplan, meurt en quelques heures. Elle a un charbon sur les lèvres. Mais charbon signifie-t-il peste ? Marie Dauplan, première victime, une miséreuse de moins ; qui s'en inquiéterait ? Et, sur les registres de la paroisse Saint-Martin, le curé inscrit : "22 juin, nous avons enterré gratis Marie Dauplan, âgée d'environ cinquante huit ans, prise à la rue Belle-Table". Si c'est vraiment l'apparition de la peste, elle est bien discrète ! Aussi, huit jours passent, la vie et son insouciance reprennent leurs droits ; ce n'est vraiment qu'un décès de plus parmi des centaines.
Le 28 juin, Michel Cresp, tailleur à la place du Palais, est frappé à son tour ; aucun symptôme apparent ou familier. Cette mort déroute ; fièvre maligne dit-on. L'acte de décès à la paroisse des Accoules est ainsi rédigé : "29 juin, Michel Cresp, époux d'Anne Durand, âgé de quarante cinq ans est mort hier, à deux heures après-midi, muni des sacrements... enseveli dans notre église". Le lendemain, sa femme, réfugiée chez sa mère, tombe à son tour : "30 juin, Anne Durand, veuve de Michel Cresp, âgée de trente-huit ans, est morte hier sur les onze heures du soir, munie des sacrements, prise à la Trinité, à la maison de sa mère, ensevelie dans notre église".
Remarque : trois rues sont déjà contaminées, mais aucune précaution n'est prise ; on ne croit pas encore au fléau. Puis, trois jours seulement passent et la mort, apparaît à nouveau : la rue de l'Echelle entre dans l'histoire de la peste, une rue de pauvres...
Le 1er juillet, deux femmes, Eygazière et Tanouse ; l'une, un charbon sur le nez, signe connu, presque rassurant ; mais l'autre, des bubons ! Les voici pour la première fois. La contagion vient de frapper des coups légers en plusieurs points de la ville ; comment pourrait-on penser que ce sont là les signes annonciateurs du drame ? Il est vrai que, rue de l'Echelle, maison par maison, de nouveaux malades tombent ; mais, si l'angoisse grandit, si les bruits commencent à courir, ils ne quittent pas les vieux quartiers. Tout cela n'est-il pas affaire d'indigents, mal nourris et fragiles ? Lors de la Peste noire, un médecin parisien, de passage à Montpellier, jugeait ainsi : "Celui qui était peu nourri, d'aliments peu substentiels, tombait, frappé au moindre souffle de la maladie : le vulgaire, foule très misérable, meurt d'une mort bienvenue car pour lui vivre c'est mourir. Mais la parque cruelle respecta les princes, les chevaliers, les juges : de ceux-là, peu succombèrent parce qu'une vie douce leur est donnée dans ce monde". Morts négligeables donc ; Marseille les écarte. Pour elle, rien n'est commencé. En vérité, peut-être est-il déjà trop tard pour la ville toute entière ?
Subitement, le 9 juillet, nul ne peut plus ignorer que le fléau est là et, pour la première fois, il porte son vrai nom ; il est là comme à visage découvert ; non plus dans ses repaires habituels, mais à l'abri de la "grande église", près de la place de Lenche. Rue Jean-Galant, c'est un enfant, Issalenc, âgée de treize ou quatorze ans. Deux médecins, les Peyssonnel père et fils, viennent au chevet du moribond.
"C'est la peste" disent-ils aux échevins. Alors, écrit un témoin : "La terreur de ce funeste mal commença à troubler la fausse sécurité où l'on était dans la ville". Il n'est plus possible aux responsables d'hésiter : aussitôt des gardes sont placés à la porte de cette maison. "Le lendemain, 10 juillet, le malade meurt et sa soeur tombe malade ; on redouble la garde de la maison et s'agissant d'enlever l'un et l'autre, pour le faire tranquillement et sans donner aucune alarme au public, on attend la nuit, et sur les onze heures, Monsieur Moustier, un des échevins, s'y rend sans bruit, fait venir des portefaix des Infirmeries, les encourage à monter dans la maison et, ayant descendu le mort et la malade, les leur fait porter avec des brancards hors de la ville, dans les Infirmeries ; il y fait aussi conduire toutes les personnes de cette maison, les accompagne lui-même, avec des gardes, pour que personne n'en approche, et il revient ensuite faire murer à chaux et à sable la porte de cette maison". Aucun ne survit et pour tous, signe du danger perçu, enterrement dans la chaux vive.

 Michel_Serre-Peste-Hôtel_de_ville

Tableau représentant des personnes mortes de la peste devant l'Hôtel de ville

Première maison interdite, premier brancard dans la nuit de juillet 1720. Ainsi en est-il pour un certain Boyal, venu du Levant, sorti depuis quelques jours du lazaret, atteint le 10 juillet, dans la même rue, marqué d'un bubon sous l'aisselle. Dans son cas aussi, enterrement aux Infirmeries, cercueil de chaux vive, isolement de tous ceux qui l'ont approché, porte scellée. [...] Cependant, les échevins ne veulent toujours pas y croire et pensent qu'il ne s'agit que de quelques cas isolés. Le 12 juillet, ils écrivent : "Comme il n'y a rien eu de nouveau hier, nous osons espérer qu'il y aura plus de peur que de mal". L'intendant, venu à Marseille est pleinement rassuré : "Je vis tout le monde fort tranquille sur les bruits qui avaient couru, MM. les échevins et les intendants de Santé ayant pris toutes les précautions nécessaires"... Il ne faut pas que Marseille soit déclarée ville pestiférée, il en va de son commerce (alors florissant)... Mais, le Mal, se jouant des précautions des uns et de l'incrédulité des autres, pullulait secrètement dans cette rue de l'Echelle, et dans les maisons voisines de celle de la nommée Tanouse. il se répandait, lentement, dans d'autres rues ; car Joli, fripier à la place des Prêcheurs, avait déjà perdu une fille et le reste de cette famille périt par la suite ; et, dans la rue de l'Oratoire, la nommée Bouche, tailleuse, fut aussi attaquée du mal ; elle se tira d'affaire mais tous ses parents moururent. Le plus grand nombre de ces malades était dans cette rue, M. Sicard le fils, médecin trouva quelques malades atteints de fièvre avec des symptômes de malignité, les uns avec des charbons, les autres avec des bubons. Le lendemain, il trouva des malades morts dans la même rue et dans les rues voisines. Il avertit les échevins. Ils répondirent qu'ils enverraient M. Bouzon, chirurgien, pour voir ce qu'il en était. Or, Bouzon qui ne parla aux malades que de loin déclara : "fièvre vermineuse". Le rapport du chirurgien tranquillisa donc et de toute façon les malades recevaient les sacrements à la manière ordinaire...
Cependant, le médecin continue de visiter les malades et n'ose plus les dénoncer pour ne pas s'exposer à la première réponse des échevins. Ainsi, la maladie se répand insensiblement jusqu'à ce qu'elle éclate par le décès de quatorze malades en un même jour et par la chute de plusieurs autres, ce fut le 23 juillet. Le 24, les échevins écrivent : "Il n'est rien arrivé depuis 16 jours !" A présent, il n'est pourtant plus possible de refuser l'évidence.
Le 2 août, à neuf heures du soir, une ceinture de flammes encercle la ville ; en quelques instants, la cité toute entière paraît s'embraser. Une immense lueur rouge envahit le ciel. Sur les conseils de Sicard, père et fils, docteurs en médecine, le long des remparts, au milieu des places publiques, sur le Cours, devant chaque maison ont été dressés des bûchers : bois d'olivier, fagots, sarments ; il faut arrêter la progression du mal. Ceux qui manquent de bois, brûlent des chaises et les portes des armoires. De plus, pendant trois jours consécutifs, à cinq heures du soir, chacun fait brûler, toutes fenêtres fermées, une once de soufre au milieu de chaque pièce de son appartement où sont étendus les vêtements portés depuis le début de l'épidémie. c'est la purification de l'air et des choses par le feu et le soufre. Mais en vain, la contagion ravage maison par maison la rue de l'Echelle. Elle fait son apparition en bordure de la ville : maux de tête, forte fièvre, charbon, bubons et le trépas. Il meurt alors cinquante personnes par jour.
La présence des gardes devant les maisons dont on mure les issues, la vision des civières qui emportent les cadavres la nuit aux Infirmeries sous la surveillance des échevins Estelle et Moustier bouleversent les esprits. Une assemblée extraordinaire des médecins et des chirurgiens de la ville et des galères se réunit et reconnaît enfin la maladie comme pestilentielle. Ils déclarent qu'il est temps d'agir pour enrayer le fléau. D'où suivent une série de mesures qui arrivent tardivement. La rue de l'Echelle est bouclée à ses deux extrémités ; aux familles recluses et condamnées par la maladie, des "commis étapiers" distribueront des vivres ; cent cinquante commissaires sont nommés dans les cinq paroisses : Saint-Laurent, La Major, Les Accoules, Saint-Martin et Saint-Ferréol. Ces commissaires sont chargés de veiller aux besoins des pauvres et des malades ; ordre est donné aux médecins et aux chirurgiens de n'exiger aucun honoraire ; les écoles et le Collège ferment. Les caveaux des églises ou les cimetières ne doivent plus recevoir les corps des pestiférés, mais les parents, jaloux de faire ensevelir leurs morts selon le rite ecclésiastique, sollicitent des attestations que l'on accorde par complaisance ou par intérêt : ainsi commence l'infection des églises.            

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Docteur Schnabel de Rome, pendant la peste noire (gravure de Paul Fürst 1656) : tunique recouvrant tout le corps, gants, bésicles de protection portées sur un masque en forme de bec, chapeau et baguette.

Dès le 5 août, les cadavres sont emmenés aux Infirmeries en plein jour, sans l'assistance d'aucun prêtre, par des corbeaux ainsi nommés car portant un masque au long nez ou "enterremorts" accompagnés de gardes. La fuite de particuliers prudents ou craintifs devient alors l'exode d'une population saisie de terreur : la hantise de voir fermer les portes de la ville et de se retrouver pris au piège de la mort. Les chemins menant hors du terroir étant déjà barrés, les uns se rendent dans leurs bastides, les autres vont camper sous des tentes à la plaine de Saint-Michel, du côté des Minimes, ou le long de l'Huveaune et de son affluent le Jarret ; les plus affolés s'isolent au sommet des collines qui entourent Marseille, se dissimulent dans des grottes ou se réfugient sur des bateaux. 

L'arrêt du grand commerce et du travail des fabriques condamne au chômage et à la mendicité des milliers d'artisans et d'ouvriers... Il est interdit sous peine de mort de transporter d'une maison à une autre, les meubles et les hardes des malades et des morts. La contagion se poursuit : elle se répand dans les nouveaux quartiers, elle a franchi le Cours et la rue des Fabres. 
Le 9 août, les civières ne suffisent plus, les premiers tombereaux apparaissent. Il meurt cent personnes par jour. Désormais, les Infirmeries ne sont plus suffisantes. On commence à jeter les cadavres dans les rues. Le quartier des tanneries se soulève parce que toute la journée, cinquante corps sont restés exposés aux ardeurs du soleil de l'été, le long des remparts. Les boutiques ferment. Le problème de ravitaillement se pose : viande et poisson deviennent rares par la fuite ou la mort des bouchers et des pêcheurs. Pour le pain, les plus pauvres se pressent en foule aux portes des boulangers et trouvent la mort là où ils croient trouver de quoi prolonger leur vie. La disparition des domestiques n'en devient que plus cruelle aux bourgeois.
A la mi-août, deux médecins Chicoyneau et Verny et un chirurgien, Soulier, de l'Université de Montpellier, viennent sur l'ordre du Régent, visiter les malades et établir un diagnostic. Ils examinent des malades et pratiquent des autopsies. Le soir, compte-rendu aux autorités : c'est bien la peste. On convient de retarder de trois jours l'affichage d'un avis au public où la maladie n'est pas reconnue comme pestilentielle mais "fièvre maligne contagieuse dont on espère de pouvoir bientôt arrêter le progrès en séparant les personnes qui en peuvent être soupçonnées d'avec celles qui sont saines".
"L'aspect de la ville excite compassion, tout y a l'air désolé, tous les magasins, toutes les boutiques sont fermés, également les maisons, les églises, les couvents, les places publiques sont désertes et personne n'est plus par les rues que les pauvres gémissants ; le port est dans un dérangement total, les galères sont retirées du quai et tous les vaisseaux et bâtiments marchands sont hors de l'amarre et à l'écart. Cette superbe Marseille, peu de jours avant si florissante, cette source d'abondance et de félicité, n'est plus que le vraie image de la Jérusalem désolée..."

Il meurt alors trois cents personnes par jour.

L'épidémie entre dans toutes les maisons et avec elle la désolation au sein de toutes les familles impuissantes devant leurs propres malades... Rares sont les privilégiés qui bénéficient, après leur mort, des honneurs d'un service religieux digne et chrétien. Les cadavres sont jetés sur les tombereaux tels des chiens ou des pierres... Tous, riches et pauvres, se retrouvent égaux devant la mort et cela scandalise Monseigneur de Belsunce : "Nous avons vu les corps de quelques riches enveloppés d'un simple drap, mêlés et confondus avec ceux des plus pauvres et des plus miséreux, jetés comme eux dans de vils et infâmes tombereaux et traînés avec eux sans distinction à une sépulture profane hors de l'enceinte de nos murs". Sépulture profane, c'est-à-dire, fosse commune.

Le 18 août, on trouve quarante deux mort autour de la place Neuve... Les gens sont abandonnés, livrés à eux-mêmes, ils meurent seuls chez eux ou séquestrés par la famille dans une pièce de la maison sans aucun secours, les enfants sont jetés à la rue, les mères ne les connaissent plus, tout le monde a peur. Les femme enceintes ne sont pas mieux secourues. Elles accouchent au milieu de la rue et succombent frappées par la maladie. D'ailleurs qu'il soit simple passant, voisin, ami, tout homme porteur de mort doit être écarté, chassé. La vision des malades agonisant dans les rues ne trouble pas la conscience des passants et ne ralentit pas leur marche. Il n'y a plus aucune solidarité. Tous les moyens sont bons pour éviter la présence des mourants. Chacun veut les éloigner de sa maison et les empêcher de se réfugier devant sa porte.

Il meurt alors cinq cents personnes par jour.

Brusquement, c'est comme un embrasement, le vrai triomphe de la mort : en quarante-huit heures, des familles entières sont emportées. Aucun quartier, aucun îlot, aucune rue, aucune maison ne sont épargnés. La maladie ravage tout le quartier des Carmes, de la Trinité, de Saint-Jean, le Cours, la rue des Fabres, même les galères et les maisons religieuses pourtant soigneusement isolées, sont attaquées. Chassés par le fléau ou leur famille, des centaines de malades envahissent les rues et les places. Les hôpitaux ne sont plus que des mouroirs où se mêlent malades, morts et mourants. Ils sont partout, couchés à terre, sur des bancs de pierre, sur des paillasses, dans les salles. Certains ont emporté leur argent ou ce qu'il ont de plus précieux, livrés à des gens impitoyables, ils se font voler le peu qu'il ont. Un meilleur sort n'attend pas les nouveaux-nés recueillis après les ravages de l'épidémie parmi les femmes relevant de couches et les nourrices. Ils sont à l'hôpital de Saint-Jacques de Galice ou au couvent de Notre-Dame-de-Lorette. Toutes les chèvres que l'on a pu trouver en ville y on été rassemblées pour les nourrir, mais la mort fauche aussi ces petits êtres à la cadence journalières affolante de trente à quarante au début, de trois à quatre cents rapidement. C'est le massacre des innocents. La mort est partout. Les églises ferment leurs portes les unes après les autres. Sur leurs parvis, au milieu des places publiques, le long des rues, toutes les nuits, les vivants viennent jeter leurs cadavres par-dessus les malades, abandonnés de tous, anéantis par le désespoir et suppliant les corbeaux de les emporter eux aussi dans leurs chariots. On brûle paillasses, matelas, couvertures, habits, hardes ou haillons. Une odeur insupportable plane sur la ville.

Il meurt alors mille personnes par jour.         

A la fin du mois d'août, le quartier de Rive-Neuve, séparé de la ville par le port et les constructions de l'arsenal des galères, est à son tour attaqué. Malgré les mesures prises par le chevalier Roze qui en est le capitaine et le commissaire général, il a été impossible de couper toute communication avec la ville contaminée. Quelques personnes fuyant leurs propres malades viennent se réfugier chez des parents ou des amis et apportent la contagion dans une population jusque-là épargnée. la ville toute entière est en proie à la maladie et, du 30 Août au 1er Septembre, toutes les rues et toutes les places publiques se jonchent de morts, à l'exception de la paroisse de Saint-Ferréol, où le curé et les commissaires ont su s'attacher les soins des corbeaux. Sept à huit mille cadavres pourrissent sous les yeux des derniers survivants impuissants, dont bien peu ont le courage ou la force de chasser les chiens qui ne se nourrissent plus dès lors que de chair humaine : "... on était obligé de les tuer à coups de pierre ou à coups de fusil pour qu'ils arrêtent de s'acharner sur les cadavres, on n'entendait plus dans la ville que des aboiements horribles". Soucieux d'éloigner les cadavres à tout prix, les survivants munis de crocs et de cordes les tirent le plus loin possible de leurs maisons et les laissent étendus devant celles de leurs voisins. Le mistral qui souffle sans discontinuer depuis le début du mois de septembre abat tous les malades et multiplie le nombre des morts. Dans la ville, les derniers chariots passent. Seuls les corps les plus anciens sont enlevés, soit ceux qui séjournent dans les rues depuis une douzaine de jours. Ils tombent en morceaux dès qu'on les touche.
[...] Rapidement se pose le problème de faire disparaître les cadavres qui chaque jour s'entassent dans les rues. Pour les enlever, des chariots sont nécessaires, or, très vite ils viennent à manquer. Les échevins en envoient donc prendre d'autorité avec leurs attelages en ville ou dans les campagnes. Mais les tombereaux ne peuvent pas rouler de partout en particulier dans le quartier Saint-Jean, où la mortalité est justement la plus grande. On confectionne alors des civières sur lesquelles deux hommes portent les morts jusqu'aux chariots. Il faut de plus, des conducteurs. Malgré promesses ou menaces, personne ne se présente. Les échevins demandent au chevalier de Rancé, quelques forçats pour servir de corbeaux. Ils n'obtiennent que vingt-six invalides sortis du bagne avec promesse de liberté s'ils échappent à la peste ! Ils meurent en deux jours. Trente-trois autres les remplacent. Mais il faut renouveler ces renforts tous les huit jours car ils sont rapidement décimés : cent trois du 20 au 25 août, cent au 1er septembre, réduits à dix ou douze en une semaine.

Le 6 Septembre, plus de deux mille cadavres pourrissent dans les rues depuis plusieurs jours : "... Quatorze tombereaux chargés en pyramide ne suffisaient pas à vider les rues, chaque jour, des corps morts qu'on jetait des fenêtres", écrit une visitandine à ses soeurs d'Annecy. Marée sinistre, le flot des morts submerge la ville et les échevins sont obligés de supplier le chevalier de Rancé de leur venir à nouveau en aide. Ils obtiennent cent forçats et quarante soldats avec quatre officiers de sifflet. Mais, les forçats pillent les logis abandonnés, achèvent les moribonds, témoins à charge éventuels ou, ne voulant pas revenir deux fois dans les mêmes maisons, jettent dans les chariots les mourant, qui vont ainsi tomber vivants dans les fosses !... Pour ramener l'ordre, les échevins précédés et suivis de quatre soldats, baïonnette au canon accompagnent leurs tombereaux dans leur funèbre besogne. Tous les jours, dès l'aurore, Moustier, particulièrement vigilant, conduit lui-même à cheval, les détachements de corbeaux et de forçats. A la tête d'une brigade, il nettoie la place devant la collégiale de Saint-martin de ses monceaux de corps noirs et pourris. Le 1er septembre, avec cent forçats et onze tombereaux, il procéde à l'enlèvement de plus de douze cents cadavres. "Jamais magistrat n'a poussé si loin le zèle de sauver sa patrie". Ramasser, enlever les morts ne suffit pas ; il faut aussi les enterrer. Très vite, cimetières et églises ne peuvent plus les recevoir. Les échevins envisagent d'utiliser les places publiques et les rues, mais ils abandonnent l'idée de crainte de contaminer les fontaines et les citernes. Ils songent aussi à jeter les corps dans un vaisseau qu'on aurait coulé en pleine mer, mais devant les progrès de la contagion et par crainte de polluer les eaux, ils abandonnent aussi ce projet. Il faudrait sacrifier un bâtiment par semaine. Alors, une solution s'impose : les fosses communes, où vont s'ammonceler les cadavres recouverts de chaux vive. [...]

Belzunce

Face à cette épidémie sans précédent, Monseigneur de Belsunce alors évêque de Marseille, décide de rendre visite aux malades en leur administrant les derniers sacrements. On le voit aussi distribuer d'abondantes aumônes afin de soulager ses ouailles. A ses côtés, on trouve aussi des personnalités telles que : le Chevalier Roze, de son nom Nicolas Roze (né en 1675 et décédé en 1733 à Marseille) c'est l'un des nobles qui se sont particulièrement distingués, notamment en dégageant l'esplanade de la Tourette de ses cadavres. Pour accomplir cette tâche, le Chevalier Roze fait ouvrir deux anciens bastions dans le quartier de la Tourette et y jette les cadavres "qui présentent à peine forme humaine et dont les vers mettent les membres en mouvement", avec l'aide d'une compagnie d'environ cent cinquante soldats et forçats. Il organise aussi le ravitaillement de la ville et crée un hôpital. Il est atteint par la peste, mais il en réchappe par miracle compte tenu des chances de survie qui ne dépassent pas un pour mille.

Chevalier_Roze_à_la_Tourette_-_1720

Le chevalier Roze dégageant l'esplanade de la Tourette (Peinture de Michel Serre au Musée Atger à Montpellier)

Aux côtés de Monseigneur de Belsunce, on trouve aussi l'archiviste Capus, le sécrétaire Pichatty de Croissainte, le peintre Michel Serre, le docteur Peyssonnel (le père), le docteur Bertrand, le directeur de l'hôpital Bruno-Garnier, le lieutenant de l'amirauté Gérin-Ricard. Le bacille s'est également répandu dans l'intérieur des terres et il faudra encore deux années de lutte pour éradiquer la peste de la Provence et du Languedoc. On tente de s'en protéger, sans succès, en construisant le Mur de la peste dans les Monts de Vaucluse.

Carte mur de la peste

Tracé du Mur de la peste dans le Vaucluse

** A ce propos, voir la page que j'ai faite sur le Mur de la peste, dans la colonne de gauche du blog. Rubrique intitulée : Pages (sous les Catégories).

La peste sévit dans la ville jusqu'à la fin octobre 1720 et fait environ 40 000 victimes marseillaises, soit près d'un tiers de la population. Puis, lentement d'abord et ensuite avec une rapidité chaque jour accrue, la peste recule. Cependant, il y a des reprises et des peurs. C'est ainsi que Marseille connaît une rechute en août 1722, mais qui ne fait cette fois que 260 morts. Au sortir de ce triste épisode, sur les conseils de sœur Anne-Madeleine Rémuzat, religieuse du premier monastère de la Visitation, Monseigneur de Belsunce décide de consacrer son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus lors d'une messe célébrée le 1er novembre 1720.

La peste sévit dans la ville jusqu'à la fin octobre 1720 et fait environ 40 000 victimes marseillaises, soit près d'un tiers de la population. Puis, lentement d'abord et ensuite avec une rapidité chaque jour accrue, la peste recule. Cependant, il y a des reprises et des peurs. C'est ainsi que Marseille connaît une rechute en août 1722, mais qui ne fait cette fois que 260 morts. Au sortir de ce triste épisode, sur les conseils de sœur Anne-Madeleine Rémuzat, religieuse du premier monastère de la Visitation, Monseigneur de Belsunce décide de consacrer son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus lors d'une messe célébrée le 1er novembre 1720. (La suite du texte est après l'article : Le vinaigre des quatre voleurs).

Vinaigre des 4 voleurs

Le vinaigre des quatre voleurs : Lors de la Grande Peste de Marseille en 1720, les détrousseurs de cadavres se multiplièrent... Mais peu survécurent plus de quelques semaines, voire même de quelques jours. Seuls quatre voleurs résistèrent à ce fléau . Ils furent d'ailleurs embauchés par la ville pour évacuer les cadavres et transporter les malades. En échange du secret de leur résistance peu commune à cette terrible maladie, on "oublia" leurs larcins passés et c'est ainsi que "le vinaigre des quatre voleurs" est arrivé jusqu'à nous. En voici la recette :

Pour faire un bon vinaigre, efficace de surcroît, concassez 30 grammes de sommités fleuries des plantes suivantes : absinthe, citronnelle, lavande, menthe, romarin, rue, sauge et thym. Y ajouter 4 grammes de sommités fleuries d'ail et 4 grammes de cannelle, girofle, noix muscade et racine d'acore. Laissez macérer dans un bonbonne remplie de 4 litres de bon vignaigre. Filtrez et ajouter 8 grammes de camphe, dissout au préalable dans un peu d'alcool. Mélangez bien. Ce vinaigre vous rendra de grands services en cas d'épidémies, de malaises et de maux de tête.

Source : Almanach 2009 - Un an en Provence. Edisud.

Voici un complément trouvé sur Wikipédia :

 Le vinaigre des quatre voleurs fut inscrit au Codex (pharmacopée) en 1748 et vendu en pharmacie comme antiseptique. Cité dans les Mémoires secrets de Bachaumont, il est encore commercialisé aujourd’hui contre les risques de contagion, soins de la peau, capillaires et des muqueuses, fatigue, maux de tête, encombrement respiratoire, élimination des poux et lentes…

Suite du texte : En mai 1722, lors d’un retour de la peste, l’évêque obtient des échevins qu’ils fassent le vœu d’assister chaque année à la messe du Sacré-Cœur et qu’ils offrent un cierge de 4 livres aux armes de la ville au cours de cette cérémonie, tradition perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

Depuis cette terrible épidémie :

- une statue à l'effigie de Henri, François-Xavier de Belsunce de Castelmoron a été érigée initialement sur le Cours pour son attitude courageuse (actuel Cours Belsunce) puis plusieurs fois déplacée. Elle est actuellement sur le parvis de la Cathédrale de la Major,
- on retrouve dans le centre de la ville des rues au nom des échevins,
- la cérémonie d'engagement permanent a lieu dans l'église du Sacré-Cœur du Prado tous les ans,
- une plaque commémorative fut créée en mémoire aux échevins. Celle-ci est visible au Musée d'Histoire de Marseille et on y peut lire :

A L'ETERNELLE MEMOIRE
DES HOMMES COURAGEUX DONT LES NOMS SUIVENT :

LANGERON, COMMANDANT DE MARSEILLE ;
DE PILLE, GOUVERNEUR VIGUIER ;
DE BELSUNCE, EVEQUE ;
ESTELLE, PREMIER ECHEVIN  ;
MOUSTIER ;  
AUDIMAR ECHEVIN ;
DIEUDE ;
ROSE, COMMISSAIRE GENERAL ;
POUR LE QUARTIER DE RIVE NEUVE ;
MALAI, JESUITE, COMMISSAIRE ;
POUR LA RUE DE L'ESCALE ;
SERRE, PEINTRE CELEBRE, ELEVE DE PUGET ;
ROSE, L'AINE ET ROLLAND, INTENDANT DE SANTE ;
CHICOINEAU, VERNY, PEISSONNEL ;
MONTAGNIER, BERTRAND ;
MICHEL ET DEYDIER, MEDECINS.

ILS SE DEVOUERENT POUR LE SALUT DES MARSEILLAIS
DANS L'HORRIBLE PESTE DE 1720.
Sources : Pour faire cet article, j'ai utilisé différentes sources que je ne peux toutes citer mais notamment le livre  "Marseille ville morte - la peste de 1720" - Editions Jean-Michel Garçon et Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'ancre du Grand Saint-Antoine
L'ancre du Grand Saint-Antoine au Musée d'Histoire de Marseille - Longueur : 3.80m, Poids : près d'une tonne.

L'ancre du Grand-Saint-Antoine enfin à l'air libre

Après plusieurs siècles passés sous l'eau (et la vase), l'ancre du Grand-Saint-Antoine a été installée il y a quelques jours à l'entrée du Musée d'histoire de Marseille. Longue de 3,80 mètres et pesant près d'une tonne, c'est l'un des rares vestiges du Grand-Saint-Antoine, ce navire qui apporta la peste en 1720 provoquant la mort de plus de 100.000 personnes à Marseille et en Provence.

https://www.20minutes.fr
Grand-Saint-Antoine (navire) - Wikipédia

Une association de plongée sous-marine, l'A.R.H.A., a retrouvé l'épave calcinée du navire en 1978, enfouie entre 10 et 18 mètres de profondeur, au nord de l' Île Jarre ( archipel de Marseilleveyre, Marseille). Les vestiges archéologiques alors remontés sont aujourd'hui exposés au musée de l' hôpital Caroline sur l' île de Ratonneau.

http://wikipedia.org

02 juin 2019

Le langage des mouches et des éventails au XVIIIe siècle

 

Mouches sur le visage

Exemples des différents endroits où les mouches se collaient  

Toute personne bien née, se devant, au XVIIIe siècle d'avoir la peau claire, la mouche de taffetas ou de velours noir appelée aussi tache avantageuse dans le langage précieux, se collait principalement sur le visage afin d'en rehausser la blancheur et l'éclat. "C'est alors plus qu'une mode, une furie... Selon l'humeur du jour, les mouches sont en forme de lune, d'étoiles ou de fleurs et se promènent sur les visages". C'est un accessoire indispensable du temps, qui serait né d'un traitement préconisé contre les maux de dents. Une ordonnance médicale serait donc à l'origine de l'idée qui vint aux femmes d'appliquer sur leur visage ces découpures de taffetas noir qui simulaient au début les ramifications des veines des temps ? Peut-être. Et ce ne serait pas la seule fois, du reste, que des liens étroits uniraient la mode et ses caprices, aux prescriptions d'un médecin... 

Boîte à mouches 

Boîtes à fard et à mouches

Toujours est-il que cette mode fait ainsi fureur du règne de Louis XIII à la Révolution. Un langage galant destiné aux personnes averties naît alors à cette époque. Si l'usage des mouches est déjà connu au XVIIème siècle, c'est au XVIIIème siècle cependant qu'elles vont devenir les symboles de la parure et de la féminité. Ces différentes mouches portaient toutes des noms très suggestifs selon où elles étaient placées :

- Près de l'œil, elle se nomme assassine ou passionnée.
- Au coin de la bouche, c'est la baiseuse.
- Sous la lèvre, elle devient friponne ou coquette.
- Sur le nez, effrontée ou gaillarde.
- Sur le front, la majestueuse
- Sur la joue, c'est la galante.
- Sur une ride, dans le creux du sourire , elle est enjouée.
- Sur la poitrine, c'est la généreuse.
- Sur un bouton, la receleuse.
- Ou bien sur le menton, ne serait-ce point la discrète que l'on trouve ?

Eventail

Détail d'un éventail du XVIIIe siècle
(Source Wikipédia provenant du site http://www.eventails.net/)

Tout comme les mouches, l'usage de l'éventail devient un véritable langage de société.
Ainsi, cette codification compliquée facilitera ou freinera les ardeurs de ces messieurs de la Cour.
L’art de s'en servir a permis d'exprimer les états d'âme, du badinage aux déclarations d'amour dans un langage qui lui est propre. En voici les différentes significations :

Le tenir dans la main droite face au visage : Suivez-moi.
Le tenir dans la main gauche face au visage : Je désire un entretien.
Le poser contre l'oreille gauche : Je désire que vous me laissiez tranquille.
Le glisser sur le front : Vous avez changé.
Le faire tournoyer dans la main gauche : Nous sommes surveillés.
Le tenir dans la main droite : Vous êtes entreprenant
Le faire glisser dans la main : Je vous hais.
Le faire tournoyer dans la main droite : J'aime quelqu'un d'autre.
Le faire glisser sur la joue et le poser sur le menton : Je vous aime.
Le présenter fermé : M'aimez-vous ?
Le faire glisser devant les yeux : Je suis désolée.

Toucher l'extrémité du doigt : Je désire vous parler !
Le poser immobile sur la joue droite : Oui.
Le poser immobile sur la joue gauche : Non.
Ouvrir et fermer : Vous êtes cruel
Le laisser pendre : Nous resterons amis.
S'éventer lentement : Je suis mariée.
S'éventer rapidement : Je suis fiancée.
Le poser sur les lèvres : Embrassez-moi.
Ouvert et immobile : Attendez-moi.
Le porter ouvert dans la main gauche : Venez me parler.
Le placer derrière la tête : Ne m'oubliez pas.

Source : D'après "L'éventail à tous vents" - Louvre des Antiquaires, Paris 1989

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27 mai 2019

Les noms de rues se déclinent au féminin

 

plaque-de-rue-charles-de-gaulle-histoire-de-france

Lorsque l'on cherche son chemin, se sont souvent les Victor Hugo, Général de Gaulle et autres Louis Pasteur qui nous guident. En effet, ce sont les figures les plus présentes sur les plaques de rue. Loin devant Jeanne d'Arc, Marie Curie mais également Georges Sand qui sont les trois femmes les plus représentée en odonymie. L’odonymie est l'étude des odonymes, parfois mieux écrits hodonymes, un nom propre désignant une voie de communication. Un odonyme peut être le nom d'une rue, d'une route, d'une place, d'un chemin, d'une allée. Elle s'inscrit dans le domaine de la toponymie qui étudie plus largement les noms de lieux en géographie et plus généralement dans le domaine de l'onomastique, l'étude des noms propres. Cependant, les femmes ne peuvent rivaliser avec les hommes sur nos panneaux.

Dracénie

En Dracénie, après étude de la nomenclature des rues de chaque agglomération qui la compose, il semblerait que seules six voies et autres places mettent à l'honneur une personnalité féminine, si on n'inclut pas les saintes, les personnages fictifs ou encore les divinités grecques, sur un total de 5477 voies, soit à peine 0.11%. Les personnalités masculines obtiennent pour leur part 314 dénomination, environ 52 fois plus que les femmes, avec un total de 17.4% des voies. Enfin, si l'on ne tient compte que des cas où une personnalité est mise à l'honneur, il s'agit d'un homme pour 98.1% des cas. Ces statistiques montrent bien évidemment qu'au cours de l'Histoire, ce sont les hommes en majorité qui ont occupé des places à responsabilité. Par exemple, dans le département du Var, 23 voies sont au nom de Pierre Curie contre 4 seulement au nom de Marie Curie.

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Marie Curie (1867-1934)

A signaler que 13 communes ont fait le choix de nommer une ou deux rues au nom de Pierre et Marie Curie. Enfin, il est à noter que Draguignan est la seule commune du Var qui possède une rue au nom de Marie Curie, mais aucune au nom de Pierre Curie, ce qui est un comble car si l'on prend en compte uniquement les distinctions, Marie Curie a obtenu deux Prix Nobel contre un seul et en commun avec elle pour Pierre Curie. Note de Nadine : En ce qui concerne ma commune Trans en Provence, on trouve 225 voies dont 4 qui sont nommées au nom d'un homme et une seule au nom d'une femme. Il s'agit de l'avenue Marguerite de Provence, épouse de Louis IX (Saint Louis) (voir ci-dessous).

Qui sont ces femmes présentes sur les plaques dracéniennes ?

Hélène_Boucher_Aviatrice

Hélène Boucher, aviatrice (1908-1934)

Parmi les rares figures féminines qui ornent les plaques de rues et places de l'agglomération dracénoise, on trouve : Hélène Boucher (1908-1934) : aviatrice, pionnière dans son domaine, elle a établi de nombreux records de vitesse avant de tomber aux commandes de son avion le 30 novembre 1934 lors d'un vol d'entraînement, Marie Curie (1867-1934) elle a reçu le Prix Nobel de physique le 10 décembre 1903 aux côtés de son mari Pierre Curie, prix partagé avec un autre physicien français Henri Becquerel. Elle a également reçu le Prix Nobel de chimie le 10 décembre 1911 à Stockholm.

Simone_Veil_(1984)

Simone Veil (1927-2017)

Simone Veil (1927-2017) qui, en 1974, en tant que ministre de la santé, a fait adopter une loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse. La Reine Jeanne, ce qui fait référence aussi bien à la reine Jeanne 1ère de Naples (1326-1382) qu'à Jeanne de Laval (1433-1498), lesquelles ont toutes deux été comtesses de Provence. Marguerite de Provence (1221-1295) qui fut l'épouse de saint Louis et donc reine de France, Hélène Vidal (1918-1998), figure locale que cette résistante qui, le 16 août 1944, peu après le Débarquement de Provence, a informé les forces américaines dont le QG était basé au hameau du Mitan, à La Motte, que la ville venait d'être libérée par les F.F.I. et qu'il était inutile que le bombardement massif préparé par l'US Army intervienne. Elle a "sauvé" Draguignan d'un bombardement qui aurait pu être désastreux pour la ville et pour ses habitants. Hélène Vidal est enterrée au cimetière de Draguignan.

Sources : D'après un article paru dans le journal Var-Matin du 25 mars 2019 - Auteur : Pierre Panchout et Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

26 mai 2019

L'Association pour la préservation du patrimoine du Muy

Bonjour à toutes et à tous,

juste une petite information que je vous livre : je viens de créer une nouvelle rubrique dans mes liens (colonne de gauche) qui porte de nom de : Histoire. Pour le moment, elle ne comporte que deux adresses mais j'en ajouterai au fur et à mesure de mes découvertes sur le net. L'une de ces adresses est celle de l'Association Pour La Préservation Du Patrimoine Le Muy dont vous avez le lien dessous (adresse sur Facebook).

Association Pour La Preservation Du Patrimoine Le Muy

Association Pour La Préservation Du Patrimoine Le Muy. L'Association pour la Préservation du Patrimoine Le Muy vous invite à partager vos souvenirs, photos...

https://www.facebook.com

Cette association vous invite - les habitants et les fans du Muy à partager vos photos, vos souvenirs, à parler de vos endroits préférés, ou des découvertes que vous avez faites du patrimoine de la ville du Muy. Comme je défends le patrimoine quel qu'il soit, je tenais à vous parler de cette association. Merci à vous.

 

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21 mai 2019

L'architecture traditionnelle dans le Var

 

Chateau de la Mole

Château de la Môle (Var) (Photo site de la mairie de la Môle).

La maison de maître est appelée bastide ou château (castèu) selon son importance. On peut encore admirer certains châteaux, les tours d'angle et leur façade noble dominant la parc tandis que les bâtiments d'exploitation se trouvent à l'arrière. En règle générale, les bastides eurent pour origine le besoin, pour les citadins enrichis, de se constituer un placement intéressant, d'augmenter leur patrimoine et très souvent, de montrer ainsi la preuve de leur réussite. Les rangs de génoises, parfois fonction du nombre des étages du bâtiment, semblent aussi marquer, par leur importance, le rang social du propriétaire. Les ouvertures sont toujours plus hautes que larges.

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Génoise à quatre rangs de la chapelle des pénitents blancs à Aix-en-Provence (Photo Wikipédia).

Les portes d'entrées n'ont généralement qu'un battant et sont souvent faites de deux épaisseurs de planches, clouées horizontalement à l'extérieur et verticalement à l'intérieur. Les clous forgés sont visibles de l'extérieur. Les puits avaient une importance primordiale : point d'eau, point de vie. On les trouve très rarement annexés à l'habitation mais plutôt isolés, encore à proximité. Les formes sont diverses, soit ouverts avec un ou deux pilastres, soit couverts et même fermés par une petite porte de bois. Il est fréquent de constater que le rez-de-chaussée de l'habitation ne coïncide pas avec le sol extérieur. Un escalier de quelques marches conduit à un perron sur lequel ouvre le plus souvent la salle commune. Ce perron s'appuie la plupart du temps sur l'extraction de la voûte conduisant à la cave.

Cabanon 2

Cabanon en Provence (carte postale).

Le cabanon est, lui, un petit bâtiment d'exploitation situé assez loin de l'habitation principale. Le paysan y entreposait des outils, du matériel qu'il évitait ainsi de transporter. De temps en temps, de joyeuses fêtes champêtres et sans contrainte réunissaient familles et amis, "au cabanon". Alors que la maison garde un caractère privé, fermé, avec des traditions fortes, le cabanon est un lieu accueillant, ouvert à tous, où chacun apporte son écot pour une "ribote", une "boumbanço".

Pigeonnier

Pigeonnier à Châteaufort, Alpes-de-Haute-Provence (Photo Wikipédia).

Les pigeonniers se présentent sous différentes formes : 1/ soit isolés du bâtiment d'exploitation, tour ronde ou carrée avec une ceinture de carreaux vernissés, 2/ soit intégrés au bâtiment, situés sous le toit et signalés seulement par les ouvertures, la plage d'envol et un entourage de céramiques protégeant les nids contres les rats et belettes, 3/ soit attenants au bâtiment, sous forme de tour caractéristique avec un toit à simple versant, servant de point d'appui au mur d'enceinte et donnant à l'ensemble une apparence de fortin.

Bergerie en Provence

Bergerie en Provence (carte postale).

Les bergeries en Provence, sont bien le signe de la tradition pastorale. Selon l'importance du troupeau, elles sont, soit incorporées au bâtiment principal pour quelques centaines de bêtes, soit isolées pour plus d'un millier de têtes. Dans de nombreuses bergeries, l'architecture intérieure est en voûte permettant ainsi d'obtenir un température constante, hiver comme été. Le sol en terre battue reçoit le fumier. Les crèches, parfois adossées aux murs, sont ici disposées en position centrale, permettant aux moutons d'accéder aux deux côtés. Ces crèches peuvent être rehaussées sur des briques en raison de l'épaisseur croissante du fumier. Quand la bergerie est vide de ses occupants, c'est un signe de la saison de cette migration saisonnière qu'est la transhumance.

Source : Calendrier du Crédit Agricole Provence Côte d'Azur avec des photos qui agrémentent les différents mois de l'année.

La-Môle

Notes sur la première photo qui représente le château de la Môle : Le château est situé à 1 km de La Môle. Ce domaine est d’origine très ancienne puisqu’il est déjà cité en 1008 dans les archives. En 1770, la famille Boyer de Fonscolombe l’acheta à la famille de Suffren. C’est une demeure typiquement provençale avec une façade à cinq fenêtres flanquées de deux grosses tours rondes. Antoine de Saint-Exupéry aimait, dans son enfance, y passer des vacances auprès de ses grands-parents (description dans "Le Petit Prince"). Il a été d'être vendu par la famille de Fonscolombe. Dans le parc, subsiste la chapelle du château. Celui-ci est un domaine privé, il n’y a pas de possibilité de visite.

Source : Site de la Mairie de la Môle.

 

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15 mai 2019

Le cimetière des Alyscamps et son rituel funéraire

 

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L'allée des Alyscamps par Vincent Van Gogh (novembre 1888)

Vincent Van Gogh l'a immortalisé sur une de ses peintures : c'est le cimetière des Alyscamps, à Arles, avec son étrange et majestueuse allée de tombeaux de pierre. On pourrait l'appeler les Champs-Elysées, mais cela porterait à confusion avec l'avenue du même nom de notre capitale. Les Alyscamps eurent très tôt le don d'attirer beaucoup de monde, dès les temps romains déjà. Il ne s'agissait pas encore de touristes comme de nos jours, mais de visiteurs dans un sens plus définitif du terme, puisque ceux-ci y établissaient leur sépulture. Pourquoi choisissait-on d'élire sa dernière demeure aux Alycamps ? Tout simplement, parce qu'en ces temps très éloignés, la mort suscitait, tout comme maintenant d'ailleurs, de grands questionnements. La mort faisait peur. Surtout auprès des puissants qui, en fin de vie, se demandaient, si leurs agissements accomplis pendant toute leur existence n'allaient pas leur attirer les foudres des cieux. Or, les Alyscamps avaient la réputation d'assurer à ses hôtes éternels une quiétude que l'on ne trouvait pas dans d'autres lieux de sépultures. Ainsi des tribuns descendaient-ils, post-mortem, depuis la capitale des Gaules (soit Lugdunum, Lyon de nos jours), en empruntant le cours du Rhône. Le principe était simple. Pour son dernier voyage, le mort était placé dans un tonneau dans lequel on avait pris soin d'ajouter des offrandes. Le tonneau était scellé et expédié sur les flots plus ou moins tumultueux du fleuve. Quand celui-ci parvenait enfin au niveau des quais d'Arles, des bateliers étaient chargés de le récupérer. Ils emmenaient ainsi tous les tonneaux qui descendaient le Rhône jusqu'aux Alycamps. Si les offrandes étaient destinées principalement aux dieux, elles servaient également à payer les frais funéraires, parfois conséquents, mais aussi, le salaire des bateliers. L'absence de celles-ci pouvait entraîner le refus des marins de repêcher le tonneau qui continuait alors de dériver pour aller se perdre dans l'univers étrange et confus de la Camargue, avec pour conséquence redoutable, de laisser errer l'âme et l'esprit du défunt jusqu'à la nuit des temps ! De telles perspectives démotivaient généralement toute envie de radinerie de la part du commanditaire ou de sa famille, mais n'empêchaient pas sur le trajet que le tonneau avec le défunt soit l'objet de détrousseurs de tonneaux. Heureusement, les dieux veillaient, comme en témoigne un fait étrange qui se déroula à Beaucaire et à Tarascon, là où il était possible de traverser le Rhône. Un homme décédé depuis peu, voguait tranquillement pour sa dernière destination. Alors que son tonneau passait non loin de la rive droite, il fut arrêté par des jeunes gens qui avaient probablement bu et qui avaient décidé de s'emparer du tonneau ! Ayant perdu tout sens de la réalité, ils ne trouvèrent pas mieux que d'ouvrir celui-ci afin de s'en prendre à l'offrande qui se trouvait à l'intérieur. C'était un petit coffret qu'ils volèrent au défunt et leur forfait accompli, ils remirent le tonneau à l'eau.

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Quelle ne fut pas leur surprise de constater que l'embarcation mortuaire refusait d'être entraînée par le courant pourtant assez important à cet endroit. Ils prirent peur et s'enfuirent en courant sans demander leur reste, dans les rues de la basse ville, en emportant leur butin. Le lendemain et les jours qui suivirent, le tonneau était toujours au même endroit et il tournoyait sur place sans intention évidente de repartir. Les gens d'armes intrigués finirent par aller le récupérer. Ils constatèrent en soulevant le couvercle que le mort voyageait seul, sans pécule pour l'accompagner dans l'eau de-là, chose qui n'était pas conforme aux pratiques habituelles. Ils en déduisirent que le défunt avait été victime de voleurs. L'enquête fut rapide car l'un des jeunes gens n'avait pas pu s'empêcher de raconter leur mésaventure afin de dissiper la grande peur qui lui hantait l'esprit. Lui et ses compagnons furent arrêtés et ils reconnurent aussitôt qu'ils avaient mal agi. Ils restituèrent le coffret qu'ils n'avaient pas oser toucher, à la famille du défunt. Ce dernier, retrouva donc son bagage et tous les deux furent de nouveau enfermés dans le tonneau. Remis à l'eau, il fut emporté par le courant qui l'emmena sans autre aventure vers Arles.

Source : Hervé Berteaux pour un article paru dans l'Almanach des Provençaux et du Comté de Nice, année 2016.

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Complément à cet article

Les Alyscamps (Champs Elysées, en provençal, cité des morts vertueux dans la mythologie grecque) sont une nécropole, située à Arles et qui remonte à l'époque romaine. Jusqu'au Moyen-Âge, les Alyscamps ont été une nécropole païenne puis chrétienne qui était située à l'entrée sud-est de la cité d'Arles sur la voie Aurelia, c'est-à-dire en dehors de la cité comme la plupart des nécropoles romaines. Ils comprenaient de très nombreux sarcophages.

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Dès la fin du IVe siècle, les Alyscamps et le cimetière de Trinquetaille doivent leur célébrité au martyre de Genest, saint arlésien, décapité en l'an 303. Au fil des siècles ce lieu devient si renommé que de nombreuses personnes souhaitent y être enterrées, comme les évêques d'Arles. Des cadavres sont descendus par le Rhône dans des barriques pour y être inhumés ; une offrande est jointe à chacun pour rémunérer les Arlésiens qui mettaient en sépulture les défunts. Aux XIe, XIIe et XIIIe siecles, ce cimetière connu de toute la chrétienté, s'enrichit de nombreuses églises. Au XIIe siècle une collégiale est ainsi établie aux Alyscamps, mais vers l’an 1035, cette canonica étant tombée entre des mains laïques, l’archevêque Raimbaud donne aux moines Saint-Victor de Marseille l’antique église Saint-Genès ainsi que toutes ses dépendances, moyennant le cens d’une livre d’encens à fournir le jour de Saint-Trophime. Les Alyscamps deviennent alors le point de départ du pèlerinage de Compostelle pour les pèlerins provençaux.

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Toutefois, en 1152, le transfert des reliques de Saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne (devenue par la suite Saint-Trophime) au centre-ville, lui enlève une partie de son prestige. À partir de la Renaissance, les prélats, seigneurs et rois dérobent les sarcophages les mieux sculptés pour enrichir leurs collections. Un bateau ainsi chargé coule dans le Rhône vers la fin du XVIe siècle à hauteur de Pont-Saint-Esprit (Gard). Au cours du XVIe siècle, ce quartier fait l'objet d'une première transformation avec le creusement du canal de Craponne (Adam de Craponne) qui alimente en eau la Crau, entre la Durance et le Rhône. L'église Saint-Honorat des Alyscamps est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1842. En 1848, les Alyscamps ont été profondément modifiés lors de la construction de la voie ferrée Paris-Lyon-Méditerranée et des ateliers afférents. La chapelle des Porcelets et le cimetière sont classés par la liste de 1862.

Source : D'après Wikipédia - L'encyclopédie libre.

 

09 mai 2019

Une rue du Muy porte son nom : Maurice Lachâtre, vous connaissez ?

 

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Maurice Lachâtre (1814-1900)

Connaissez-vous Maurice Lachâtre ? Les Muyois qui connaissent bien leur cité vous diront que c'est un nom de rue. Rares sont ceux qui pourront vous narrer dans les détails sa biographie. Né le 14 octobre 1814 à Issoudun (Indre) et décédé le 9 mars 1900 à Paris. Il appartient à la noblesse car son vrai nom est Maurice de la Châtre et, de fait, destiné à jouir des privilèges de sa naissance. Il s'installe à Paris, en pleine Monarchie de Juillet, devient éditeur et directeur du journal "Le Vengeur", à tendance républicaine. Dans sa profession d'éditeur, il n'hésite pas à publier des auteurs contemporains, tels qu'Eugène Sue qui, avec "Les Mystères de Paris", lui vaudront une condamnation sous le Segond Empire. Ses écrits et ses idées à tendance démocratique feront de lui un dissident du régime monarchique. Il devra alors s'enfuir de la capitale et se réfugier en Provence, où nous le retrouvons au Muy en 1835. Dégoûté de l'esprit de la noblesse, il se désolidarise complètement de celle-ci, supprime la particule de son nom et devient Maurice Lachâtre. C'est sous ce patronyme qu'il sera connu dans notre cité. Homme cultivé et généreux, il ne tarde pas à mettre son savoir au service de la population muyoise, et devient ainsi instituteur de notre village. C'est dans un local de la rue Grande qu'il exerce sa profession, lui assurant ainsi ses moyens d'existence. Adopté par la majorité de la population, où prédominait une politique républicaine, Maurice Lachâtre jouissait d'une grande estime dans la commune. Plus d'une famille lui témoignera son amitié. En particulier, celle des Ourgias, dont l'appartement était voisin du sien, composé des frères qui s'employaient à la dure profession de radeleur, métier qui consistait à convoyer par flottaison sur l'Argens, des billots de bois venant du coeur des Maures jusqu'au "débousquadou" (débarcadère) du Muy. Ces hommes étaient de rudes colosses et frondeurs, n'hésitant pas à défendre leur bon droit par la manière forte, détail qui aura son importance par la suite. Un petit matin, la police impériale ayant réussi à localiser Lachâtre au Muy, essaya de l'arrêter pour le fusiller ; ne pouvant se défendre seul devant le nombre de policiers, l'instituteur appela à l'aide. Entendu par ses amis Ourgias, ces derniers se hâtèrent de lui porter secours.

Radeleur

Le radelage ou flottage du bois (Photo Centre culturel du pays d'Orthe)

Tels des Hercules, ils rossèrent à coups de crochets de flottaison les agents de Napoléon III. En témoignage de sa reconnaissance, Maurice Lachâtre établit de ses mains un parchemin et en fit don à ses valeureux sauveteurs. Sauvé, il n'en demeura pas moins un opposant au régime impérial et, avec la complicité des Muyois, il restera dans la clandestinité pendant encore quelques temps. Il n'obtint sa grâce qu'à la chute de l'Empire vers 1870 et de cette façon, il put reprendre au grand jour ses activités littéraires. Homme dévoué à une cause qui n'a jamais failli dans ses idées et ses actions, soutenu par tous, telle était cette personnalité qui a vraiment mérité l'estime et le coeur de nos aïeux. Ces derniers ont voulu l'honorer après sa mort en donnant son nom à une rue du Muy.

Auteur : Jean Chavanas - ancien président du Syndicat d'Initiative - aujourd'hui décédé, dans le Guide touristique "Le Muy de Provence" édité par le Syndicat d'Initiative en 1990.

 Maurice-Lachatre

Pour en savoir plus sur Maurice Lachâtre, voir lien ci-dessous.

Maurice Lachâtre - Wikipédia

Maurice Lachâtre s'installe professionnellement à Paris en 1839. Il mène tout d'abord deux activités : une activité de banquier - il fonde une banque des échanges - et une activité d'éditeur. Il y commence sa carrière en publiant les Crimes célèbres d' Alexandre Dumas.

http://wikipedia.org

03 mai 2019

Les Salles-sur-Verdon, le village sacrifié

 

Les Salles

Si vous allez vous promener sur le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), vous le verrez forcément. Il est incontournable : c'est le lac de Sainte-Croix. Si les eaux turquoises font rêver les amoureux de beaux paysages, elles ont aussi englouti la vie d'un village : celui des Salles-sur-Verdon (Var). Et avec lui, la terre natale et l'histoire de plusieurs familles.

Les salles

Il y avait le boulanger, chez qui l'on venait faire cuire son plat, l'épicerie, qui distribuait l'essence, l'Auberge du Coin Perdu, où l'on régalait le visiteur d'agneau et d'autres produits de la vallée, les lavoirs où, des grands-mères aux petites-filles, on tapait le linge avec un battoir et où les langues allaient bon train. Et puis, la fête au village qui était sacrée. La fontaine où chacun venait remplir son broc. "L'été, un ballet de camions amenait la lavande du plateau de Valensole. Le village comptait quatre ou cinq alambics qui fonctionnaient jour et nuit pour produire l'essence de lavande. Je sens encore l'odeur des camions passant dans les rues", se souvient Danièle. Son père, Rosé Marc Signoret - qui fut ensuite maire du nouveau village des Salles -, est parmi les derniers à partir le 2 mars 1974, à quitter sa maison après avoir résisté le plus possible. Mais les gendarmes lui intiment l'ordre de prendre ses affaires alors que l'eau touche le bas de sa maison. Il verra dans les minutes qui suivent les dents d'une pelleteuse mordre au sang une vie bâtie depuis des générations. "Toutes les maisons ont été détruites avant la montée des eaux. C'était dur de voir ce village où l'on a passé tant de moments heureux ressembler à un champ de bataille après la guerre", raconte Danièle. 

Les Salles nouveau village

Un nouveau village est reconstruit plus haut sur le plateau de Bocouenne. les tombes de l'ancien cimetière y sont transférées, tout comme la cloche de l'église, certaines pierres de la fontaine, des lavoirs... Les familles sauvent portes ou linteaux de portes, maigres vestiges de toute une vie, qu'ils vont intégrer aux maisons reconstruites. Le reste est aujourd'hui sous 32 mètres d'eau. Sur 165 habitants de l'ancien village (recensement de 1968), seuls 125 s'installeront à l'année dans le nouveau village. Tous n'ont pas pu reconstruire. "Il y a eu jusqu'à 80% de coefficient de vétusté appliqué sur le barème, au prétexte que les maisons étaient anciennes. Et les indemnités des terres agricoles ont été en moyenne 4 fois moindre que pour les autoroutes. "Pour les paysans dont c'était l'unique richesse, cela a été terrible, même si personne ne remet en question l'intérêt général", souligne Jean-Jacques Grézoux, président de l'association Mémoire des Salles-sur-Verdon. Une maquette de l'ancien village et sa vallée est visible à l'office de tourisme des Salles.

Nota : Le village des Salles-sur-Verdon est le seul à avoir été sacrifié à l'intérêt général. Mais Bauduen (Var) et Sainte-Croix-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) auraient pu connaître le même sort. Le projet initial d'EDF devait faire du lac de Sainte-Croix, la plus grande retenue artificielle de France, allant jusqu'au pied de Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence). La résurgence de Fontaine l'Evêque a eu raison du projet. Sa source n'ayant jamais été identifiée, les ingénieurs, inquiets d'un possible effet de siphon, ont réduit le projet de la côte 500 à la côte 482. Avec 22 km2, 90 mètres de profondeur, et plus de 750 millions de m3 d'eau destinés à l'irrigation et à la consommation d'eau potable, le lac de sainte-Croix n'est donc que le 4ème lac artificiel de France !

Source : D'après un article paru dans le Var Mag' - Le magazine du Conseil général - N°207 novembre 2014.

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A lire ou à relire mon article paru le 28 mars 2015 "Le lac de Sainte-Croix". Je vous mets le lien dessous.

Le lac de Sainte-Croix - Passion Provence

Le projet consistant à noyer la vallée du village des Salles pour réaliser un lac ne date pas d'hier. En 1908, c'est à dos d'âne que Georges Clemenceau, alors Président du Conseil, entreprit une randonnée sur tout le cours du Verdon entre Fontaine L'Evêque et le lac d'Allos : on envisageait déjà à l'époque l'aménagement du Verdon, et la construction de barrages à certains endroits stratégiques de son cours.

A aller voir car il comporte de nombreuses photos : Un site, une histoire, Les salles-sur-Verdon.com (lien ci-dessous).

Les Salles-sur-Verdon (83630 VAR) : l'histoire complète du village

Les Salles-sur-Verdon : le destin tragique du village du Haut-Var englouti sous le lac de Sainte-Croix. Ces quelques pages racontent l'histoire
du village martyr, victime du barrage EDF qui donna naissance au lac de Sainte-Croix.
http://lssv.free.fr

Extraits du livre de Nicole Ciravégna : Le village englouti - Ed. Campanile 2006. 

Les Salles-l'église

 "L'église, ça va être un gros morceau", dit le contremaître, "il faudra la faire sauter à l'explosif".... Toute la population des Salles est rassemblée devant l'église à la porte béante. Des hommes vont et viennent à l'intérieur. On entend leurs pas résonner sur les dalles. On aperçoit leurs tuniques rouges qui luisent dans la pénombre. L'église a l'air d'émerger d'une coulée d'avalanche qui s'est épaissie au pied du plateau.... Les gens sont plantés dans les gravats. Ils ne bougent pas. Aussi immobiles que la maison qui fait face à l'église.... Les hommes en tuniques rouges sont sortis de l'église en courant. Il y a un grand silence, puis toutes les charges grondent en même temps. Alors il se passe quelque chose d'extraordinaire : la lourde église se soulève, les flancs gonflés, et au même instant le clocher jaillit vers le ciel. Il monte à dix, à vingt, à trente mètres. Il va trouer les nuages !... Mais sa base éclate, se déchiquette comme l'arrière d'une fusée qui vient d'exploser. En pluie de rochers, il retombe sur l'église éventrée.... Les gens sortent de l'ombre de la maison du maire, en deux files qui s'avancent vers les décombres.... Tous pleurent, tous. 

 

27 avril 2019

Archives départementales du Var à Draguignan : tous les documents ont une valeur

 

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Avant, après. En lambeaux, restauré. Voilà résumé le travail réalisé chaque jour aux Archives départementales du Var à Draguignan. Et pour sensibiliser le public sur l'importance de la conservation des documents, une exposition sur le sujet est visible dans la salle consacrée aux expositions, au pôle culturel Chabran. "Blessures d'archives, rêve d'éternité", c'est ainsi qu'elle est dénommée. Cette exposition retrace le parcours d'un document digne d'intérêt historique, depuis sa réception jusqu'à sa restauration. Et présente surtout les dangers auxquels sont confrontés ces morceaux de papiers, de parchemins et même de pellicules. La directrice des Archives, Agnès Goudail, explique : "Nous avons voulu centrer l'exposition sur la mission essentielle de notre structure". A savoir, la collecte, la conservation et le traitement des documents recueillis". Tout au long des panneaux explicatifs, on découvre les menaces qui planent autour des étagères de rangement, dans les caves ou bibliothèques. "L'ennemi, c'est l'environnement, les variations de températures, d'humidité. Mais aussi certaines encres, les rongeurs, les insectes, les moisissures... Sans oublier la manipulation humaine, qui peut produire le meilleur comme le pire sur un document". Dans les vitrines, on peut donc voir, de vieux grimoires pulvérulents (qui se décomposent au moindre contact), des affiches trouées, ou des bobines de pellicules couvertes de champignons. "Rien n'est perdu, on peut toujours intervenir", souligne la directrice des Archives. Pour preuve, la version "restaurée" des documents est ensuite mise en avant. Tout n'est pas parfait, mais l'essentiel est sauvé. Mission accomplie ! "Il faut pouvoir permettre aux documents de traverser le temps. C'est tout l'objet de cette exposition : sensibiliser le public sur cette tâche, sur notre profession, notre déontologie". Un métier en évolution constante, notamment à l'ère du numérique, et qui sera entre autre passé, à Draguignan, par l'épreuve de l'eau. "Le 15 juin 2010, lors des inondations, 4.50 kilomètres d'archives ont été touchés. Pas chez nous, mais à la mairie, à la communauté d'agglomération dracénoise..." Un véritable cas d'école pour les restaurateurs.

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Nota : Le document le plus ancien détenu aux Archives départementales n'est pas bien grand, certes, mais qu'est-ce qu'il est précieux ! Il s'agit d'un acte de donation d'une terre au monastère de Montrieux, près de Méounes. Ce document date de 1141, et a traversé le temps d'un manière spectaculaire. "La construction de Notre-Dame de Paris n'avait pas encore débuté !" Et malgré son très grand âge, le petit morceau de parchemin est d'une grande lisibilité. Impressionnant !

Nota : Joël Levillain, photographe des Archives départementales était l'un des commissaires de l'exposition. En poste aux sein du service depuis 1987, soit 33 ans passés au Archives, Joël a reçu un hommage appuyé a l'occasion du vernissage de l'exposition, jeudi soir.

 Source : D'après un article de Romain Alcaraz paru dans le journal Var-Matin du samedi 20 avril 2019.

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Hommage à Joël Levillain, le photographe des Archives départementales du Var


Joêl Levillain

L'ensemble des agents des Archives départementales du Var ont la profonde tristesse de vous faire part du décès de Joël Levillain, photographe aux Archives depuis 1987. Passionné de photographies, d'histoire et d'archives, Joël, grâce à son talent, son imagination, son sens artistique et son savoir-faire a été d'une aide précieuse et même indispensable pour mener à bien nombre de projets de valorisation. Il était aussi le plus ancien agent des Archives encore en poste et était donc la mémoire de ce service qu'il chérissait tant.
Pendant trois décennies, il s'est aussi attaché à microfilmer et numériser des millions de documents. Ce travail de longue haleine a permis la mise en ligne de l'ensemble de archives pour le grand bonheur de internautes.
A tous ces égards, son travail et ses réalisations lui survivront. Il était un artiste.

Il était aussi un ami et collègue de travail attachant, son travail et ses compétences étaient reconnus de tous. Il a notamment été à l'origine de plusieurs expositions personnelles retraçant son parcours de photographe. Il a aussi animé plusieurs conférences sur l'histoire de la photographie, domaine dans lequel il excellait.

Ses photos et son sourire resteront à jamais ancrés dans nos coeurs.

Texte paru sur la page facebook des Archives départementales le 18 avril 2019. 

Affiche Joël Levillain

 Nota de Nadine : Joël, je tenais à vous rendre hommage car vous le méritez bien. Aux Archives départementales, je vous ai toujours connu. Depuis 30 ans que je fais ma généalogie, bien que je ne mette plus les pieds aux Archives depuis plusieurs années, je vous ai toujours cotoyé. Vous étiez quelqu'un de très gentil, de très humain. A l'occasion d'une Journée du Patrimoine, il y a deux ou trois ans, vous nous aviez fait visiter votre "antre" et vous nous aviez expliqué votre passion pour la photographie. Et si aujourd'hui, je continue à faire la généalogie depuis chez moi, c'est grâce à vous, à votre travail. C'est vous qui avez mis la généalogie à disposition des internautes car vous avez avec patience microfilmé et numérisé des millions de documents. Toutes les archives du Var se trouvent en ligne grâce à vous et pour ça, je voulais vous remercier. 

A présent, reposez en paix Joël.

 

26 avril 2019

Exposition : Blessures d'archives, Rêve d'éternité


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Les archives, témoins privilégiés de notre passé, peuvent subir de nombreuses dégradations dues aux insectes, à la moisissure, aux inondations, à la lumière, aux manipulations... Comment les préserver ? Comment réparer les dégâts occasionnés ? C'est ce que cette exposition se propose de dévoiler. 

A ne pas manquer.

Exposition visible du 18 avril au 28 juin 2019. aux Archives départementales du Var à Draguignan. Pôle Culturel Chabran.

21 avril 2019

Les pirates barbaresques de nos côtes provençales

 

Pirate barbaresque

Pirate barbaresque (Gravure Wikipédia)

Lorsqu'on parcourt les archives anciennes des villes de la côte provençale, on est surpris du rôle qu'à joué dans la vie d'autrefois la hantise des pirates barbaresques, et notamment au XVIe et XVIIe siècle. Il faut dire que la piraterie a existé de tous les temps dans la Méditerranée Occidentale et que tous les riverains (Catalans, Génois et même Provençaux) l'ont pratiquée. Mais, à partir du début du XVIe siècle, c'est l'Afrique du Nord qui est devenue son principal centre. On appelait alors cette région la "Barbarie" ce qui est une déformation du nom des Berbères, de là le nom de "Barbaresques" pour désigner les habitants. Au début du XVIe siècle, des corsaires célèbres, qu'on appelait en Occident les frères Barberousse s'étaient installées à Alger où ils avaient instauré la domination turque. Dès lors, la piraterie devint la véritable industrie de la région. Les centres principaux étaient Alger, Tunis et Tripoli. A Alger, il se constitua ainsi une véritable oligarchie de riches amateurs qui se livraient à la piraterie. Ils possédaient des flottilles importantes composées de galères légères et rapides, comprenant souvent vingt bancs de rameurs (soit deux cents rameurs). Cette piraterie visait tout d'abord la capture des cargaisons de navires marchands. En effet, il existait à l'époque un trafic commercial très important entre les ports de l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord et le Levant.

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Débarquement et de prisonniers à Alger de Jan Goeree et Casper Luyken, 1706

Mais, le but principal des pirates était de se procurer les esclaves qui leur étaient indispensables pour la "chiourme" de leurs galères. C'est ainsi qu'à Alger, au XVIe et au XVIIe siècle, il y avait une population de 25 000 à 30 000 esclaves. Les pirates se procuraient ces esclaves d'abord lors de l'attaque des bateaux marchands mais aussi et surtout par des razzias à terre : c'est ce qui semait l'effroi parmi les populations côtières. Sur les côtes provençales, les inquiétudes commençaient avec le début du printemps. En effet, les galères barbaresques qui étaient rapides mais légères et basses sur l'eau, ne pouvaient pas affronter les gros temps de l'hiver. Elles naviguaient seulement, de la lune d'avril à la lune d'octobre. C'est ainsi qu'à partir d'avril, les expéditions partaient chasser l'esclave, comme dans les autres pays on part à la pêche à la morue ou à la sardine. Pour prévenir le danger, un système de guet était organisé, au moins depuis le XIVe siècle. Il consistait dans une série de postes de guet établis depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à la Turbie, et pouvant communiquer entre eux à vue. Lorsqu'un poste apercevait une galère suspecte, il la signalait dans la journée, ce signal était donné au moyen d'un feu de bois vert destiné à produire de la fumée, et la nuit, par un feu de bois sec qui produisait une flamme. Dès que le poste voisin apercevait ce signal, il allumait son feu et ainsi de poste en  poste. C'est de cette façon, qu'en une demi-heure, le signal se transmettait de la Turbie au Rhône. Lorsque l'alarme était donnée, chacun s'efforçait de se mettre à l'abri : les pêcheurs de l'endroit rentraient au port et les paysans épars dans la campagne regagnaient à la hâte leur ville ou leur village. 

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Le marché aux esclaves d'Alger (1684) (Gravure Wikipédia)

Car, c'était la grande terreur des population côtières : être un jour esclave en Barbarie... Ce danger a existé jusqu'au début du XIXe siècle et c'est seulement après la prise d'Alger en 1830 que la piraterie a pris fin. En entrant à Alger, les troupes françaises ont encore trouvé plusieurs centaines d'esclaves dont un Toulonnais qui était en captivité depuis 28 ans.

 Source : Maître Guillaume Barles - texte pour une de ses conférences.

Je mets ci-dessous trois articles déjà parus sur le sujet si vous désirez les lire ou les relire.

Pirates et corsaires en Méditerranée - Passion Provence

La piraterie était une vieille tradition sur tout le littoral méditerranéen. Il y avait même, à Gênes, un Office de la Piraterie ! Course, piraterie, service du Roi ou pur brigandage maritime, on tue, on pille joyausement, on accumule âprement des richesses en écumant la mer, en vendant des hommes et des femmmes ou des enfants.

Piraterie sarrazine et rachat d'esclaves - Passion Provence

La recrudescence de la piraterie sarrasine sur les côtes provençales dans le dernier quart du XIVe siècle et les premières années du XVe siècle est un phénomène qui a été bien étudié par les historiens de la Méditerranée médiévale.
Les tours à signaux dans le sud de la France - Passion Provence

A l'aide de signaux visuels ou sonores, l'homme a toujours tenté de vaincre les distances et de mettre en place une transmission rapide de l'information. Dans le sud de la France, il existe ainsi des tours de pierre qui ont assuré cette mission. Ces vigies appelées tours à signaux sont connues depuis l'époque romaine.
 

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15 avril 2019

Les martyrs de la tour Notre-Dame au Muy

 

Tour Charles Quint

Au XVIe siècle, durant une vingtaine d'années, le Roi de France, François 1er, lutta contre l'empereur Charles Quint, à la fois Empereur d'Allemagne, d'Autriche, Roi d'Espagne et possesseur de tout le Nouveau Monde, découvert depuis peu. "Un souverain dont on a dit que le soleil ne se couchait pas sur ses Etats". Cette puissance s'anéantit, les nationalités se reformèrent. Il est rare qu'un très grand empire subsiste. Mais, en 1536, Charles Quint, tout puissant, pénétra en Provence à la tête d'une armée. C'était le 24 juillet. François 1er ordonna à ses sujets provençaux de tout détruire sur le passage de l'envahisseur, afin d'affamer ses troupes. On lui obéit et partout le patriotisme des populations s'associa aux efforts du Roi de France. Le Muy obéissant aux ordres, détruisit ses provisions, ses récoltes, ses moulins, combla ses puits de manière à ne plus présenter aucun intérêt pour l'ennemi.

Charles Quint

L'empereur Charles Quint

Le Grand Empereur auquel les Provençaux décochèrent le sobriquet de "Pavan" (paon), ne put se maintenir chez nous et abandonna le pays dévasté sans parvenir à s'emparer de Marseille. Les femmes, elles-mêmes, luttèrent sur les murailles et les Marseillais honorèrent le courage de leurs aïeules par le "Boulevard des Dames". Mais, lorsque Charles Quint arriva devant les remparts du Muy, son armée n'était pas encore vaincue. De hardis jeunes gens, résolus à se sacrifier pour tuer l'Empereur, s'enfermèrent dans la tour Notre-Dame qui aujourd'hui encore domine ce village. Le 13 septembre, les Impériaux parurent. Dans un groupe de seigneurs, les Muyois, aux aguets, distinguèrent un personnage plus richement vêtu que les autres. Ils le prirent pour Charles Quint, visèrent vers lui et l'abatirent à coups de mousquet. Ce n'était que Garci Lasso de la Vega, Prince des poètes espagnols. Charles Quint ordonna l'assaut de la tour, mais la résistance des assiégés ayant retardé les mouvements de l'armée, l'Empereur, pour en finir, engagea les Muyois à se rendre, en les assurant de son pardon. Ils crurent en cette parole impériale, et, lorsqu'ils furent descendus de la tour, on les pendit.

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Portrait supposé du poète Garci Lasso de la Vega

Pendant de nombreuses années, non seulement rien n'a commémoré l'héroïsme et le malheur des patriotes du Muy, défendant leur pays envahi, mais encore, on avait laissé les descendants étrangers du poète ennemi Garci Lasso de la Vega, sceller une plaque commémorative contre la tour. On eût aimé lire à la place de ces noms, qui sont une offense pour nos sentiments, ceux des quelques Provençaux, assez braves pour n'avoir pas hésité à se sacrifier devant une armée. Les Provençaux savent depuis longtemps, que tout ce qui concerne la gloire de leur peuple, a été systématiquement étouffé et que ceux qui écrivent l'histoire officielle, enseignée à nos enfants dans les écoles, n'ont laissé aux Méridionaux que la célébrité du ridicule. Quelques auteurs prétendirent que cinquante Muyois s'enfermèrent dans la tour ; il y avait parmi eux trente paysans et vingt villageois. Cinq noms surnagèrent de l'oubli : Albaud, Châteauneuf, Escragnole, Boniface et Balb. Ce dernier patronyme était celui d'une vieille famille provençale qui posséda la seigneurie du Muy du XIIIe au XVe siècle. Au moment de l'invasion de Charles Quint, la seigneurie locale appartenait à Jean de Pointevès.

Source : D'après le livre "Les martyrs de la tour Notre-Dame" - Léon Arnaud - 1982.

Nota : Edifiée au XIIIème siècle, la tour Notre-dame et son castelet accolé (construit ultérieurement) était la pièce maîtresse du système de défense du village (tour des moulins au XVIe siècle). Aujourd'hui, elle est plus communément appelée " tour Charles Quint " en souvenir de la résistance des muyois qui s'opposèrent en 1536 à Charles Quint qui envahissait la Provence. Cette tour située à l'entrée Est de la ville existait probablement en 1252. En effet, lors de l'inventaire des biens du nouveau Comte de Provence, Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, dans la cité de "Modio" (ancien nom du Muy), il est dit qu'il existe une tour. Cette tour, très imposante marque le village depuis cette époque.

 

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09 avril 2019

Le musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan

 

Jardin

 Je vous parle de temps en temps au fil des articles que je publie, d'un endroit que j'apprécie énormèment : il s'agit du musée des Arts et Traditions Populaires (dit musée des ATP) de Draguignan. Lorsque vous entrez dans ce musée et que vous en faites la visite, vous avez l'impression d'être "hors du temps". Dehors, vous êtes dans la ville et ici au musée, vous êtes ailleurs. Vous avez, en y entrant, remonté le temps. Vous êtes au temps de vos parents, de vos grands-parents, de vos aïeux. Ce qui vous est présenté dans ce musée, c'est leur vie autrefois. La vie de celles et ceux qui nous ont précédé et qui ont laissé une foule extraordinaire d'objets, de matériels, de machines, de mémoire derrière eux... Ce musée, c'est le musée des traditions provençales, des coutumes, de la vie d'autrefois. J'ai donné des vêtements, des objets, des livres, des gravures anciennes à ce musée pour qu'ils y soient conservés. Je n'emporterai rien avec moi, alors autant que cela serve et demeure pour la postérité. 

Situé au cœur de la ville de Draguignan, le musée des Arts et Traditions Populaires (ATP) abrite la mémoire des activités des XIX ème et XX ème siècles. Pour compenser la perte de la préfecture (1974), celle-ci ayant été tranférée à Toulon, l'état a octroyé des budgets de développement de projets industriels ou touristiques. Le musée allait ainsi voir le jour dans les années 1980, à l'initiative principale d'Yves Fattori, désormais président de l'association de sauvegarde des Arts et Traditions Populaires.

Moisson

Le musée des ATP invite à découvrir les activités de la Dracénie et de la Provence Varoise à travers des collections sur l'agriculture (travaux agricoles, culture des céréales, viticulture, oléiculture, élevage des moutons), sur l'artisanat (reconstitution de deux moulins, d'un atelier de bouchonnerie), sur la céramique (fabrication des tomettes), sur l'habitat provençal (cuisine, fêtes traditionnelles, art religieux populaire) et sur la musique varoise. Sa galerie des machines située à l'extérieur du musée revient sur les débuts de la mécanisation de l'agriculture en Provence.

Bouchonnerie 2

Avant de devenir propriété de la ville, l’ensemble des bâtiments qu’occupe le musée, appartenait à la Congrégation religieuse de l’enfance de Jésus et de Marie dite de la Miséricorde du Bon-Pasteur.
 Cette dernière avait acheté en 1818 des maisons ordinaires du XVIIème et XVIIIème siècles et l’hôtel bourgeois du sieur de la Motte pour y installer un noviciat, un pensionnat de jeunes filles et diverses œuvres.
Les collections ethnographiques du musée, devenu communautaire en 2007, se sont enrichies au fil du temps avec les dons des personnes qui ont vécu et travaillé sur le territoire ; 16 000 pièces réunies par le musée dont 3 500 présentées dans des vitrines, sur 1 000 m2.

Fete

Une médiathèque (où je me suis rendue très souvent) abrite plus de 2 000 ouvrages spécialisés dans l'ehtnologie régionale et nationale, les techniques, l'artisanat, l'agriculture, l'outillage, etc... Le musée conserve également la totalité de l'ancien fonds bibliographique de la Société d'Agriculture du var, plusieurs centaines de références apportant un éclairage précis sur l'évolution de l'activité agricole et pastorale dans le département. Son pôle images conserve plus de 30 000 images constituant une véritable mémoire photographique du Var. Le musée organise des conférences, des rencontres, des ateliers pédagogiques et des sorties sur le terrain. Une boutique propose aux visiteurs des produits régionaux, des livres sur la Provence, de la poterie de Salernes et de Villecroze, des foulards au motifs provençaux...

Source : Un reportage de Janick Roy agrémenté de quelques rajouts et de photos de Nadine. 

Poteries1

  Cuisine-ATP