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"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

 

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07 juillet 2022

La légende de la fée Lavandula

La légende de la fée Lavandula

L'histoire de la lavande est belle jusqu'à la légende dont elle serait issue. 

Les premiers rais de soleil réveillaient de leur douceur une Provence encore léthargique. Des oiseaux rendaient grâce ça et là à la nouvelle journée entonnant des chants mélodieux et joyeux. Les abeilles s'affairaient déjà à la tâche dans un ballet aérien. La nature engourdie par une nuit calme et paisible s'étirait lentement. Comme chaque jour, une petite fée nommée Lavandula, grande de pas plus d'un pouce, s'éveilla avec la nature dans un rituel immuable. Lissage de ses jolis cheveux blonds, quelques gouttes de rosée fraîche pour se débarbouiller et rendre à sa peau son teint frais, redonnant à ses yeux l'éclat d'un bleu encore jamais vu. Quelques frétillements rapides pour défroisser ses ailes cristallines, elle était prête pour de nouvelles explorations. Elle n'avait pas d'attache et voyageait selon ses envies où se laissant porter par les vents. Evoluant si haut que nul ne pouvait le voir, Lavendula tenait rigoureusement un cahier de chaque paysage qu'elle survolait. 

Lavande

Puis, le jour vint où elle ressentit le besoin de s'installer durablement dans un coin de sa Provence, de se poser dans un endroit où elle construirait son petit nid douillet, vivant heureuse et profitant en toute simplicité des jours qui passent. Accompagnant sa pensée, un sourire de plénitude se dessina sur son visage. Elle avait ce lointain souvenir d'avoir été impressionnée par l'imposante montagne de Lure puis par l'étendue du plateau de Valensole Armée de sa motivation elle prit alors son carnet de voyage qu'elle feuilleta à la recherche de ces lieux. Mais lorsqu'elle les trouva, des larmes aussi bleues que ses yeux s'accrochèrent au bord de ses paupières devant tant de désolation. A la vue de ces paysages arides et de ces terres argileuses si peu accueillantes pour la végétation, Lavandula fut envahie d'une tristesse indomptable. Les larmes contenues jusqu'alors se mirent à rouler sur ses joues et s'écrasèrent sur son cahier tâchant par petits impacts ses croquis. D'un geste mécanique, elle tenta de les effacer mais ne fit que les étendre. Ses larmes redoublèrent qu'elle essaya d'essuyer mais bientôt apparaissaient sur ses dessins de grandes bandes bleues jusque sous le ciel d'azur. La légende ne dit pas ce que devint Lavandula mais affirme que depuis des champs de lavande naissent chaque année sous le ciel de la Provence.

Source : Texte des paroles de la vidéo - Editions Châteauloin

 Cet article sera suivi de deux autres sur le thème de la lavande : 

Histoire de la lavande (parution le 14 juillet)

Les fuseaux de lavande avec vidéo sur la confection des fuseaux (parution le 21 juillet)

 

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30 juin 2022

Un arbre d'immortalité, le cyprès

Contrairement à ce que l'on croit souvent, le cyprès ne symbolise pas le deuil mais l'immortalité, et cela depuis les temps les plus anciens. En Egypte, son bois odoriférant, réputé imputrescible, servait à la fabrication des sarcophages. Chez les Grecs et les Romains, le cyprès ornait les nécropoles, car il était censé communiquer avec les régions souterraines et de ce fait lié au culte d'Hadès, dieu des Enfers. 

Cyprès

 Dressé comme un pinceau d'un vert sombre et mat, cet arbre silencieux, immobile, impassible, comment pourrait-on imaginer sans lui les paysages du Midi qu'il rythme, qu'il ponctue de ses notes graves ? Cependant, le cyprès n'est pas originaire de Provence ni d'Italie ; sa patrie est l'Asie occidentale, son aire originelle se situerait dans les montagnes du nord de l'Iran. Seulement, depuis des millénaires, l'homme l'a planté sur tout le littoral méditerranéen de l'Europe, comme un signe, comme un symbole. Ici, aligné, il protège les cultures contre le mistral ; là, il monte la garde près d'un mas ; ailleurs, un groupe de ses fuseaux verticaux indique l'emplacement du cimetière, et c'est surtout dans cette fonction que plus au nord on l'emploie, sauf là où les hivers sont rigoureux, car il ne les supporte pas. Les anciens honoraient en lui un guérisseur dont il savaient utiliser les vertus. Les tablettes cunéiformes sumériennes qui relatent l'histoire du héros Gilgamesh attestent déjà que le cyprès était une des plantes les plus usitées dans la pharmacopée.

Le-pouvoir-des-fleurs-le-Cyprès

Il y a quelques 4.000 ans, on employait l'huile extraite de ses feuilles et de ses cônes ou galbules contre tous les désordres du système veineux, en particulier les hémorroïdes, les varices, les troubles de la ménopause. A ces indications, Hippocrate au Vème siècle avant J.C. ajoutait les affections urinaires et Galien au IIème siècle après J.C., la diarrhée. Aujourd'hui encore, la phytothérapie utilise l'action vaso-constrictive des galbules ; en aromathérapie, l'essence de cyprès constitue un remède efficace contre la toux spasmodique. Au IIIème siècle après J.C., le philosophe chrétien Origène voyait dans le cyprès l'image des vertus spirituelles, la bonne odeur qu'il répand étant celle de la sainteté. Il s'agit là d'un symbolisme non seulement très ancien, mais universel. Les mêmes croyances se retrouvent en Chine et au Japon au sujet d'autres espèces, les Chamaecyparis (mot qui vient du grec et signifie cyprès bas, proche de la terre) des botanistes, qui ressemblent au cyprès et appartiennent comme lui à la famille des Cupressacées. Dans la Chine ancienne, on attribuait aux graines de ces conifères le pouvoir de procurer la longérité, la combustion de ces mêmes graines aidait à détecter dans le sol les filons d'or et de jade, substances incorruptibles, donc immortelles. La résine des Chamaecyparis, si l'on s'en frottait les talons, permettait même, croyait-on de marcher sur les eaux, car elle rendait le corps extrêmement lèger. Au Japon, où il forme en montagne de magnifiques forêts, le hinoki est un arbre sacré. On le plante près des temples appartenant au culte shinto, l'antique religion autochtone, et son bois servait à édifier les sanctuaires les plus vénérés, ainsi que le palais de l'empereur, lui-même personnage divin.

Auteur : Jacques Brosse dans La revue d'Information Municipale de Trans en Provence n° 12 - 1986.

Complément

La tradition provençale veut que l'on plante un, deux ou trois cyprès chez soi. L'arbre accueille le visiteur devant sa maison ou à l'entrée du jardin en signe de bienvenue. Un cyprès signifie qu'ici on offre à se désaltérer et à se reposer, deux cyprès pour une proposition à se reposer mais aussi à manger et à boire et enfin trois cyprès, pour offrir le gîte pour la nuit ainsi que le couvert.

Les propriétaires d'un mas plantaient deux cyprès à l'entrée de leur propriété. Ces cyprès en plus de la marque d'entrée dans la propriété étaient destinés à devenir les futures poutres maîtresses du toit du mas quand le temps viendrait de refaire la toiture.

Source : Site internet "J'aime le Vaucluse.com"

Cyprès Toscane

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22 juin 2022

Claude Chappe invente le télégraphe (avec vidéo)

Maison de Claude Chappe

Maison natale de Claude Chappe, inventeur du télégraphe aérien (1763-1805) à Brûlon (Sarthe) 

Avez-vous déjà observé une tour abandonnée à tous les vents plantée sur une colline ? A quoi pouvait-elle bien servir ? Elle fait partie des quelques 500 tours de pierre qui s'élevaient dans le paysage français. C'est sous la Révolution que naît ce réseau de communication unique au monde. A cette époque, la guerre fait rage et dans un pays peu sûr, le pouvoir central a besoin d'un système de messagerie qui assure rapidité et discrétion de la transmission des informations. Un homme, du nom de Claude Chappe, s'avère providentiel. Rien ne le prédisposait cependant à se lancer dans cette incroyable aventure. Né en 1763 à Brûlon près du Mans dans la Sarthe, Claude Chappe entre d'abord dans les ordres. Nommé abbé à la fin de ses études au Collège Royal de la Flèche, il perd sa sinécure*. Le voilà sans travail mais pas sans idées. Cet homme passionné de mécanique, de physique et de phénomènes électriques décide de développer un système de communication par des stations-relais, une télégraphie plus rapide que les antiques tours à signaux ou encore la course d'un cheval au galop.

Télégraphe

Il imagine un réseau de sémaphores distants de 10 à 20 km chacun en fonction du relief. Ils sont coiffés d'un système original : un mât de de 7 mètres de haut, sur lequel pivotent deux bras articulés en bois de 4.60 mètres qui peuvent prendre différentes positions en fonction de la manière dont on les manipule. A l'aide d'un code tenu secret, les bras sont orientés de façon à former des lettres ou des mots. Chaque tour est équipée de téléscopes qui pointent des deux côtés de la ligne. On peut de la sorte envoyer très rapidement des messages d'une tour à l'autre. Claude Chappe avec l'aide de ses quatre frères chômeurs développe le réseau. C'est le 2 mars 1791, à 11 heures du matin, qu'ils envoient leur premier message : "Si vous réussissez, vous serez couverts de gloire". Ils ne croyaient pas si bien dire. Cela se passait dans le département de la Sarthe où ses frères habitaient et d'où la famille  était originaire. 

Claude-Chappe-télégraphe

Télégraphe

Fort de son succès, Claude Chappe se rend à Paris. Le 22 mars 1792, il soumet son invention à l'Assemblée nationale et la présente "comme un moyen d'envoyer des ordres aux frontières du pays et de recevoir la réponse pendant la durée d'une séance de l'Assemblée". Les députés sont séduits par ce système mais comme toujours, il faut du temps avant que le projet se réalise. C'est en mars de l'année 1793 que le député Charles-Gilbert Romme**propose à la Convention nationale d'utiliser l'invention de Chappe pour transmettre les informations militaires et remplacer ainsi les estafettes à cheval. Le 26 juillet 1793, le ministre de l'instruction publique, Joseph Lakanal, ordonne l'ouverture de la première ligne télégraphique qui sera construite entre Paris et Lille. Elle comprend quinze stations sur environ 200 kilomètres. Six mois plus tard, soit le 1er septembre 1794, ce réseau de sémaphores informe les Parisiens de la victoire de Condé-sur-Escaut sur les Autrichiens moins d'une heure après que l'évènement a eu lieu. La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre ; c'est l'enthousiasme général. Le télégraphe a trouvé sa raison d'être et le soutien politique dont il avait besoin. Chappe administre cette vaste entreprise avec la collaboration de ses frères. Désormais, à son apogée, le télégraphe optique compte 535 tours réparties sur près de 5 000 kilomètres de réseau. C'est ainsi qu'une dépêche transmise par le biais de ce système révolutionnaire met environ 4h30 pour effectuer un parcours allant de Paris à Montpellier ! Dans notre région, le télégraphe arrive à Toulon le 14 décembre 1821 pour le plus grand bonheur du maire de la ville. Cette surprenante toile d'araignée tissée dans le paysage va laisser ses marques car toutes les tours que l'on voit encore au hasard de voyages ou de promenades sont bâties sur une hauteur : montagne ou colline, mais encore et plus rarement sur un monument existant tel le clocher d'une église ou la tourelle d'un château. Les stations sont de forme carrée ou bien ronde, en pierres, sans plan architectural bien précis. Elles sont divisées en deux pièces : l'une d'elle sert à la manipulation des bras du télégraphe et l'autre est consacrée au repos des employés qui sont soumis à un régime sévère de présence, car il faut bien faire fonctionner les bras qui envoient désormais des signaux dans toute la France. La première pièce comprend un mécanisme complexe formé de leviers, d'axes, de contrepoids, de poulies, de cordes en laiton qui est actionné par l'homme. Les bras de cette gigantesque "araignée" font de un à quatre mètres de long. Ils sont en bois et peints en noir pour mieux se détacher sur la luminosité du ciel. Ils peuvent être orientés dans 98 positions qui génèrent 8 464 mots ou groupes de mots permettant de constituer des messages.

Le Petit Journal-le télégraphe Chappel

Illustration couleur du Petit Journal

A partir de 1831, le Sud de la France sera largement pourvu en télégraphes de Chappe. Deux grandes lignes ont été déterminées pour couvrir au maximum le territoire : il s'agit de la ligne "Toulon-Marseille-Lyon-Paris" et la ligne "Bayonne-Paris". Puis à partir de 1834, le réseau transversal "Avignon-Narbonne-Toulouse-Bordeaux" est mis en service. Enfin, en 1840, une ligne voit le jour entre Narbonne et Perpignan, justifiée par le trafic intense provoqué par la conquête de l'Algérie. Ce réseau télégraphique inventé par Chappe restera toujours sous le contrôle de l'Etat pour des besoins administratifs, politiques ou militaires. Dans le Var, les messages étaient essentiellement destinés au préfet maritime de Toulon. Lorsqu'ils concernaient le préfet du Var, ils étaient aussitôt amenés à Draguignan à cheval. (Nota de Nadine : Draguignan était, depuis 1800, la préfecture du département du Var. Elle le restera jusqu'en 1974 où elle fut transférée à Toulon, non sans cris et sans heurts). Le télégraphe de Chappe servira également à d'autres usages que l'usage militaire. Il permettra de transmettre par exemple, les résultats des toutes premières loteries nationales et des informations commerciales comme le prix de certaines matières premières. 

Télégraphe Chappe

 Carte montrant l'implantation du télégraphe Chappe à travers la France et les pays limitrophes

Puis peu à peu, à partir de 1840, ce système de télégraphe optique va cesser d'agiter ses bras démesurés à travers le territoire. Devenu coûteux à cause de la construction de plus en plus importante des tours et le fait qu'il fallait un personnel nombreux pour le faire fonctionner, il n'est plus rentable. D'autre part, un Américain, du nom de Samuel Morse*** (1791-1872), invente un système de communication électrique qui portera plus tard son nom. La transmission des signaux est plus rapide qu'avec les stations de Chappe qui présentent de nombreux inconvénients : l'impossibilité de communiquer par temps de brouillard ou de pluie. Les transmissions de nuit, en utilisant des fanaux arrimés aux bras, n'ont pas donné entière satisfaction. Le télégraphe de Chappe est dépassé, il est devenu obsolète. En France, l'exploitation de ce réseau optique durera cependant jusqu'en 1852, année de la mise en service du télégraphe électrique entre la capitale et Strasbourg et en parallèle avec le tout nouveau chemin de fer. Le système Chappe sera encore utilisé en Algérie de 1844 à 1859 et sur les champs de bataille de Crimée en 1855, grâce à des stations mobiles. Les tours de Chappe n'auront plus de raison d'être. Les bâtiments, leurs mécanismes et leurs mobiliers seront mis aux enchères publiques par le service des Domaines. Beaucoup seront abandonnées à l'usure du temps, d'autres réhabilitées par des amoureux du patrimoine et des télécommunications. Quant à Claude Chappe, il ne verra pas la fin précipitée de son système de transmission. Ce dernier, victime d'une campagne de calomnie, par laquelle, on l'accuse d'avoir plagié des systèmes de sémaphores militaires, se suicide en se jetant dans un puits, le 23 janvier 1805 à Paris, Il sera inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Il avait 42 ans.

Sources : Le petit bâti Sud de la France - Hubert Delobette - Le papillon rouge éditeur, et un article d'André Peyrègne paru dans le supplément du magazine "Nous" numéro 96 du 29 février 2020, édité par le journal Var-matin.

Sépulture de Claude Chappe au Père Lachaise

Tombe de Claude Chappe au cimetière du Père Lachaise à Paris (Photo internet)

 Complément : Il faut sauver deux marins de la guillotine

Le 3 février 1828 c'est le branle-bas de combat au ministère de la Marine à Paris. On reçoit une information permettant peut-être d'innocenter deux marins condamnés à mort qui doivent être exécutés le lendemain au bagne de Toulon. Il faut suspendre l'exécution. Vite ! le télégraphe... A 17 heures 30, un agent se rend à la tour de Ménilmontant pour envoyer le message : " Ministère de la Marine : il est demandé de suspendre l'exécution de..." Pendant qu'au bagne de Toulon, dans les cachots des condamnés à mort, les deux marins voient leur dernière heure arriver, les bras articulés du télégraphe commencent à mouliner l'information qui doit les sauver. De relais en relais, le message quitte Paris, se dirige vers Tonnerre, Semur, Dijon. Dans chacun des relais, les préposés à la transmission réalisent qu'il y a urgence. La vie de deux hommes est entre leurs mains. Ils font du plus vite qu'ils le peuvent, mais hélas cela ne suffira pas. Les tours Chappe de Chalons, de Lyon, de Valence prennent le relais. Une course contre la montre est engagée. Puis ce sont les relais d'Etoile sur Rhône, de Livron, de Loriol. Mais on est en hiver et voilà que la nuit commence à tomber. Soudain, le message n'est plus visible. Sa transmission est interrompue. A l'aube du 4 février 1828, dans le bagne de Toulon, deux marins qui étaient peut-être innocents du crime dont on les accusait furent exécutés...

Source : D'après un article d'André Peyrègne paru dans le supplément du magazine "Nous" numéro 96 du 29 février 2020, édité par le journal Var-matin.

dans-les-Dans les pas-de-Claude-Chappe-inventeur-du-telegraphe

Quelques explications

* SinécureUne sinécure est, à l'origine (au Moyen Âge), un bénéfice ecclésiastique, du latin "sine cura", abréviation de "beneficium sine cura" accordé à un clerc pour lui permettre d'effectuer un travail de recherche sans avoir à assurer de services religieux ou, comme on dit, sans avoir charge d'âmes. L'expression : "ce n'est pas une sinécure" désigne une "situation de tout repos" ou bien un "travail rétribué dans lequel il n'y a rien ou peu de choses à faire". Par extension, il signifie aussi une "chose sans importance ou insignifiante".

** Charles-Gilbert RommeCharles-Gilbert Romme, dit Gilbert Romme, né le 26 mars 1750 à Riom et mort le 17 juin 1795 à Paris, est un homme politique et révolutionnaire français qui est à l'origine du calendrier républicain (calendrier non lié au christianisme avec des nouveaux noms de mois et une périodicité décimale). D'une famille bourgeoise de Riom, il fait ses études en même temps que son frère, le futur mathématicien Charles Romme, au collège des Oratoriens de Riom puis, pendant cinq ans, à Paris. De 1779 à 1790, il devient le précepteur de Paul Stroganov, fils du comte russe Alexandre Sergueïevitch Stroganov, à Saint-Pétersbourg, puis à Genève et enfin à Paris, accompagné du jeune André Voronikhine.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Appareil de Morse

 Appareil à communiquer le morse (Photo internet)

*** Samuel Morse : Samuel Finley Breese Morse est un Américain, né le 27 avril 1791 à Charlestown et mort le 2 avril 1872 à New-York. C'est un inventeur, physicien et peintre de génie. Samuel Morse est connu pour avoir mis au point un télégraphe électrique et aussi un code baptisé Morse 1 qui permet d'utiliser le télégraphe électrique mais aussi d'émettre des signaux visuels et audio. La première maquette du télégraphe est probablement réalisée en 1835, mais il passe encore la majeure partie de son temps à enseigner la peinture et la sculpture à l'université de New-York. A partir de 1837, il se consacre au télégraphe et s'associe avec deux partenaires : Leonard Gale, professeur de science à l'université de New-York et Alfred Lewis Vail, plutôt porté sur la réalisation pratique et qui proposa d'utiliser l'atelier de ferronnerie de ses parents pour la réalisation d'un prototype. En fait, c'est Vail qui trouve la solution du code composé de points et de barres en 1838. A l'origine Morse avait imaginé des codes composés uniquement de chiffres et un dictionnaire pour interpréter les messages reçus. Vail avait pressenti que les messages devaient être verbaux et donc composés de lettres et de signes. C’est en visitant une imprimerie typographique que Vail comprit que certaines lettres étaient plus utilisées que d'autres et que le code devait privilégier les lettres les plus fréquentes.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Vidéo : Histoires de Timbres n°8 Claude Chappe

 

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13 juin 2022

L'histoire du kermès et de la garance

Kermes

Les œufs d’un petit insecte parasite, le kermès et les racines broyées d’une plante marécageuse, la garance, furent les substances qui pendant des siècles permirent de teindre les étoffes en rouge, c'est-à-dire : vermillon, écarlate, cramoisi ou rouge turc. Le vermillon et l’écarlate étaient obtenus en cueillant sur un chêne les œufs minuscules d’un insecte, le kermès. Les kermès femelles accrochés aux rameaux du chêne, se couvraient au moment de la ponte d’une sorte de carapace afin de protéger leurs œufs remplis de couleur rouge. La cueillette du kermès était comme le glanage, un droit des pauvres consacré par l’usage. Elle se faisait vers le mois de mai, par les femmes et les enfants, qui s’étaient laisser pousser les ongles pour mieux détacher les petites capsules de l’écorce. On étendait ces "graines" sur de larges toiles que l’on arrosait de vinaigre pour tuer les bêtes. On laissait sécher au soleil, puis on tamisait.

Garance

La vente de la poudre rouge ainsi obtenue se faisait à Arles, au port de Crau. Mais un jour parvint d’Amérique la cochenille du Brésil. Cet insecte, parasite d’un cactus, était beaucoup plus riche en principe colorant. Son succès réduisit considérablement l’importance de la cueillette du kermès, sans toutefois la condamner à disparaître. L’introduction de la culture de la garance en Provence est due à l’agronome arménien Hovhannès Althounian dit Jean Althen (1709-1774). Fils d'un gouverneur de province de Perse, qui fut massacré par les Turcs, son fils Hovhannès fut capturé par les Arabes dans le sud de la mer Noire et vendu comme esclave à un trafiquant d'Asie mineure. Pendant les quinze ans de sa captivité, il fut affecté à la culture de la garance. Ayant réussi à s'évader, il parvient jusqu'au port turc d'Izmir (Smyrne), et se plaça sous la protection du consul de France. Il réussit à le passionner par son savoir et à l'intéresser à la plante tinctoriale. Informé, le marquis d'Antin, lui permet de se réfugier en France à la condition qu'il puisse emporter avec lui des graines de garance. C'est ainsi qu'il arrive à Marseille en 1736. En exploitant les connaissances acquises pendant sa captivité, il introduit la garance dans le midi de la France. Ainsi naquirent les garancières qui permirent de rentabiliser les terres incultes, où ne croissaient que des roseaux. Jean Althen qui avait établi une grande garancière à Caumont dans le Comtat Venaissin mourut le 17 novembre 1774 dans la maison de sa fille Marguerite, assez misérablement. Son corps fut inhumé dans le cimetière du village.

Avignon-Jean-Althen-statue

Jean Althen, statue élevée sur le Rocher des Doms d'Avignon (Photo Wikipédia)

Plaque Avignon

Plaque sur la socle de la statue (Photo Wikipédia)

Ce n’est que beaucoup plus tard alors que la culture de la garance connaissait un succès très grand en Provence - cinquante moulins tournaient jour et nuit, huit mois de l’année dans le Vaucluse - que Jean Althen obtint la reconnaissance publique. Tout un quartier de Monteux, dont les paluds (marécages) avaient vu s'installer les premières garancières, fut détaché de la commune, par ordonnance du 4 juin 1845 et érigé en commune indépendante sous le nom d'Althen-des-Paluds. La ville d'Avignon lui érigea une statue en bronze sur le rocher des Doms, elle fut inaugurée le 21 novembre 1847.

Garance (1)

Travail de la garance

La garance était semée en mars et récoltée en automne l’année d’après. Les racines étaient exposées au soleil pour être séchées, puis on les portait au moulin. La poudre obtenue était mise en sac et vendue. Il fallait d’abord préparer les toiles avant de procéder au garançage, c’est-à-dire à la teinture ou à l’impression sur la toile de tous les tons du brun au rouge. On blanchissait les toiles pour les débarrasser de l’huile et de l’apprêt introduits lors des opérations de filage et de tissage. Puis on les faisait tremper dans une solution de bouse de vache afin de fixer les mordants sur le coton. Les mordants étaient des sels métalliques qui permettaient par leurs réactions avec les matières colorantes de fixer la couleur sur le tissu de manière permanente. Le mordant associé aux nuances de rouge et de rose était l’acétate d’alumine et l’ouvrier l’imprimait à l’aide d’une planche de bois, plus tard d’un rouleau de cuivre. La toile était alors plongée dans un bain de racines de garance qui agissait comme un révélateur photographique et lui faisait prendre les couleurs désirées.

Garance-bain

Au sortir du bain de garance, toute la toile était rouge et il fallait la blanchir à nouveau : quatre jours étalée sur un pré, puis à nouveau plongée dans un bain de bouse de vache, puis encore quatre jours sur le pré. Elle était ensuite lavée. Seuls restaient encore visibles sur le fond blanc les motifs bruns, rouges et roses. Tout cela rend bien compte de la folie qu’était l’impression sur tissu à une époque où le temps passé, le travail, la main d’œuvre avaient un tout autre sens. La garance permettait aussi de teindre en rouge uni les tissus de coton et le plus beau des rouges était sans conteste le rouge d’Andrinople, appelé encore rouge turc, dont les Provençaux furent de grands consommateurs.

Source : Couleurs de Provence – Michel Biehn – Flammarion

Soldat-14-18-Garance

Complément

En 1829, le roi de France, Charles X impose au troupier français le pantalon et le képi rouge garance afin de favoriser la culture française de la garance et d’avoir une couleur moins salissante que le blanc. Mais pendant la Première Guerre mondiale, ce rouge vif expose alors les militaires français aux tirs des soldats allemands, équipés de tenues de couleur neutre. A la fin de 1914, l’usage militaire du rouge est abandonné au profit du bleu horizon moins voyant. On emploie l’expression "rouge garance" pour décrire la couleur des pantalons des soldats français de la Première Guerre Mondiale.

Source : Le site : www.provence7.com

 

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06 juin 2022

Les sarcophages de Mazan dans le Vaucluse

Sarcophages de Mazan

Ces sarcophages forment l’un des plus beaux ensembles de Provence, au point qu’on parle parfois, en référence à la célèbre nécropole d’Arles, des Alyscamps de Mazan. Ils se trouvent aujourd’hui au cimetière de la commune (cimetière de Sant-Jean) mais nous ignorons où ils ont été découverts. Certains pensent qu’ils étaient dès l’origine à cet emplacement, qui a une fonction funéraire depuis fort longtemps  : on les voit en effet, accompagnés de cyprès, sur un tableau du XVIIème siècle conservé au Musée de Mazan. Mais d’ordinaire, on admet plutôt qu’ils se trouvaient le long de la voie romaine du chemin Mercadier (c'est-à-dire des marchands), à quelques 2 km de là. Bien que rien ne vienne l’appuyer, cette hypothèse est intéressante car, comme on le sait, à l'époque romaine, il était de coutume de se faire enterrer le long des voies les plus fréquentées. Enfin, la possibilité qu’ils proviennent de plusieurs sites ne peut être écartée de façon définitive. Quoiqu’il en soit, les sarcophages se trouvaient déjà sur la colline du cimetière en 1740 : ils sont mentionnés pour la première fois à cette date dans une délibération du conseil municipal qui entérine la décision de les conserver à cet endroit. En 1842, on comptait 144 sarcophages. Il n’en reste aujourd’hui que 64 : 62 ont été alignés en 1858 sur le mur de clôture que l’on venait de construire, comme on le voit actuellement ; deux autres ont été posés de part et d’autre de l’entrée ouest.

Sarcophage

Les sarcophages du cimetière de Mazan sont tous de forme rectangulaire. Ils sont taillés dans un calcaire local ; le travail est assez grossier et leur donne un aspect massif. Chacun est composé d'une cuve et d'un couvercle monolithiques. Les dimensions extérieures de la cuve sont en moyenne de 1,80 m de long pour 0,76 m de large et 0,62 m de haut ; les parois font environ 8 cm d’épaisseur. Pour la plupart, les couvercles sont en bâtière, mais un certain nombre sont arrondis. Le décor est rare et, lorsqu’il existe, se limite le plus souvent à des acrotères* aux quatre angles et au milieu des longs côtés du couvercle, quelle que soit sa forme. L’un des sarcophages n’a qu’un seul acrotère, au milieu d'une des pentesUn autre type de décor se rencontre plus rarement : une bande plate plus ou moins large au sommet de l'arrondi ou de la pente qui, dans ce cas, n’est plus en angle aigu.

Sarcophages cimetière Mazan

Quelques-uns de ces sarcophages ont un décor gravé : rectangle sur les deux pentes d’un couvercle en bâtière, ou restes très érodés de représentations symboliques (couronnes, outils d’artisans ou de paysans, croix, haches, socs de charrue,…). L'un d'eux présente une ornementation plus élaborée : les acrotères en demi-lune du couvercle portent une ascia et un niveau d’architecte ; sur la cuve est tracé un grand rectangle autour d'un cartouche avec ailettes de part et d'autre, qui devait être prévu pour une inscription, ainsi qu’on peut le voir sur un sarcophage conservé au Musée gallo-romain de Fourvière à Lyon.

Source : Site archeographe.net

*Acrotère : Dans l'architecture classique, grecque et romaine antique, les acrotères sont des socles (piédestaux) soutenant des ornements, disposés au sommet ou sur les deux extrémités d'un fronton. Par extension, les acrotères désignent les ornements eux-mêmes ; il peut s'agir de statues, de statuettes en pierre, de vases en terre cuite. En architecture moderne, l'acrotère désigne aussi le parapet sur une terrasse.

Source : Wikipédia

Complément trouvé sur le site simon-saada-photographe.fr

Sculptés dans le calcaire de la région, ne comportant pour la plupart aucune inscription, ou sinon très discrètes, ces étranges sépulcres ont longtemps suscité l’interrogation des habitants. Leur présence a d’ailleurs fini par redonner crédit à l’existence d’une célèbre créature… Les lourds couvercles de pierre que l’on peut voir sur les alyscamps de Mazan servaient et serviraient encore aujourd’hui à retenir des vampires qui semaient terreur et désolation dans la région. Mais l’histoire donne une explication toute autre, et place en fait ces tombeaux en relation directe avec Saint- Andéol, honoré pendant des siècles par les habitants locaux. Andéol était un évêque qui fut envoyé en Provence pour diffuser la Parole du Christ, et prêcha intensément autour de Mazan avant de subir la persécution des prophètes, extrêmement violente à l’époque. Le malheureux se fit enfoncer des alênes chauffées au fer rouge dans les doigts, subit le supplice de la roue puis se fit fendre le crâne en quatre, en forme de croix, avant d’être jeté au fond du Rhône. On considère aujourd’hui Saint-Andéol comme l’un des plus importants évangélisateurs qui ait foulé le sol provençal, et on pense que les sarcophages retrouvés à Mazan sont la conséquence du rayonnement du martyr, poussant de nombreux chrétiens à vouloir reposer là où Andéol avait prêché.

Texte : Simon Saada dans Ventoux Magazine

Sarcophages de Mazan

 

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30 mai 2022

Les chapelles de Provence

 

Chapelle St Jaume Lorgues

 Chapelle Saint Jaume à Lorgues (Var)

Les chapelles sont partout en Provence... Au coeur ou à la périphérie de chaque ville, de chaque village, de chaque hameau, érigées au sommet des montagnes, lovées au fond des gorges, émergeant des garrigues sauvages en gardiennes des champs, des vignes et des vergers, cachées au profond des forêts, dressées en bienveillantes vigies au-dessus de nos côtes... Quelle foi a poussé nos ancêtres à couvrir ce pays de ces témoignages de leur piété, de leurs espoirs mais aussi de leurs craintes ? Le christianisme a pénétré très tôt en Provence. Probablement dès la fin du 1er siècle de notre ère, s'il faut en croire la légende des saintes Maries échouées en Camargue ; et il faut croire aux légendes, car elles portent la vérité du coeur. Mais l'histoire nous enseigne aussi qu'au IIIème siècle, Arles est déjà le siège d'un évêché et c'est dans cette ville, en 314, que se tint le premier concile de l'Eglise alors que l'empereur Constantin 1er vient à peine de reconnaître la nouvelle religion. C'est dire l'implantation ancienne et profonde du christianisme dans la belle Provincia. Mais la religiosité des Provençaux a des racines plus profondes encore. Sous bien des édifices chrétiens dorment les vestiges de temples païens gallo-romains, recouvrant eux-mêmes quelquefois des lieux de culte celto-ligures.

Chapelle Saint-Sixte-Eygalières

Chapelle Saint Sixte à Eygalières (Bouches-du-Rhône)

Les vierges noires et certains saints sont les héritiers d'anciens cultes agraires de fécondité. Ils en marquent à la fois la continuité et la mutation ; continuité, car, dans une Provence rurale à 80% jusqu'au début du XXème siècle, le paysan est d'abord préoccupé par le cycle des saisons, le temps qu'il fera et le rendement des cultures qui le nourrissent ; mutation, car la religion catholique substitue aux rites magico-religieux l'engagement de la foi personnelle. Ce changement de mentalité et de croyance profonde mettra plusieurs siècles à s'imposer au peuple. Car ce peuple est durement éprouvé : la famine le guette, la maladie le frappe cruellement, la peste le décime périodiquement, les barbares et les sarrasins le razzient et les seigneurs et les rois censés le protéger le plongent dans des guerres incessantes et meurtrières. Dans ces temps difficiles, les hommes demandent d'abord à Dieu aide et protection dans la vie présente et promesse d'une vie future... La Vierge et les saints qui sont perçus comme plus accessibles, plus humains, deviennent des intercesseurs privilégiés ; d'où une multitude de chapelles qui leur sont dédiées. Pourtant, au tournant de l'an mille, un miracle se produit. Un formidable essor religieux génère une vague de constructions, jamais égalée depuis. Du XIème au XIIème siècle, l'Europe entière se couvre d'abbayes, de cathédrales, d'églises et de chapelles. Innovations architecturales et élan de foi s'unissent.

Chapelle romane St Thyrse Castellane

Chapelle romane Saint Thyrse à Castellane (Alpes-de-Haute-Provence)

C'est l'âge roman, le temps des grands pèlerinages, des croisades, des abbayes conquérantes, de la course aux reliques ; la réforme grégorienne assainit l'Eglise, qui est au faîte de sa puissance, le Christ règne en souverain des esprits et le culte marial s'impose partout... Le visage de la Provence en est durablement transformé. Jusqu'aux coins les plus reculés du pays, églises et chapelles lèvent comme moissons en été... Humbles ou fières, simples ou monumentales, les chapelles romanes ponctuent le paysage provençal. Dix siècles après, certaines, construites avec autant de soins que des cathédrales, n'ont presque pas bougé. D'autres ont été profondément remaniées. Dans leurs pierres, on lit l'évolution des styles, les flux et reflux des croyances et les vicissitudes de l'histoire. La Provence restera longtemps fidèle au modèle roman. Le style gothique, né en Ile de France au XIIIème siècle, n'aura que peu d'influence ici ; quelques villes y sont sensibles ( Avignon, Aix...), mais les campagnes lui sont réfractaires. Jusqu'au XVème siècle et même au-delà, on continue à construire selon le modèle roman.

Chapelle Notre-Dame des Anges Banon

Chapelle Notre-Dame-des-Anges à Banon (Alpes-de-Haute-Provence)

Il faudra attendre le XVIème siècle pour que la construction change. Les édifices sont plus vastes, mais construits en moellons et couverts d'un toit de tuiles sur charpente. Rare est la pierre de taille, les plans sont confus, les chevets sont plats et le décor sculpté disparaît... Heureusement, quelques fresques qui ornaient les murs nous sont parvenues. Les deux styles issus de la Renaissance, l'un fondé sur la raison, le classique, l'autre nourrit par la passion, le baroque, ont peu d'écho dans l'architecture religieuse locale, mais ils se retrouvent à l'intérieur des édifices, façonnant de magnifiques retables qui ornent le choeur des sanctuaires. Après la Révolution, qui a beaucoup détruit, le XIXème siècle s'est surtout attaché à reconstruire et à regagner les âmes. Il n'en ressort aucun style, car ses bâtisseurs n'ont fait que copier les styles précédents (néogothique en néo classique, romano-byzantin...). Le XXème siècle a vu la réalisation de quelques rares mais superbes oeuvres. Les matériaux nouveaux ( béton, verre...) y sont au service d'un indéniable élan spirituel. Il faut aussi mettre à l'actif du présent l'effort considérable de restauration et de revalorisation du patrimoine religieux produit par les fidèles, des associations et des collectivités locales. Le plus remarquable enfin, c'est que beaucoup de ces lieux vivent ou revivent grâce au maintien et à la relance des pèlerinages et des fêtes locales.

Source : Chapelles de Provence - Serge Panarotto - Edisud. Photos du site Provence à vivre 

 

23 mai 2022

Le dolmen de Gaoutabry à La Londe-les-Maures

Dolmen

Dolmen-de-Gaoutabry-à-La-Londe-les-Maures

Situé au lieu-dit Gaoutabry, à 198 mètres d'altitude, dans le massif des Maures, ce dolmen occupe le mamelon d’une colline au milieu du maquis. Le toponyme Gaoutabry viendrait du provençal "caud" qui veut dire chaud, de "gaouto" versant arrondi d'une colline en référence à "gaouto" qui désigne la joue. Le site a été découvert en 1876 par le baron Gustave Charles Ferdinand de Bonstetten (1816-1892), archéologie suisse et fouillé ensuite à plusieurs reprises. Il s’agit d’une tombe collective composée de 34 pierres dressées qui correspondent au nombre de sujets inhumés car elle contenait des ossements humains calcinés appartenant au moins à 34 individus bien disposés dans ce que l'on appelle la chambre, accompagnés de nombreuses offrandes, telles que : lames, haches, poignards, et une parure de cinq perles. Cependant, du fait de l’acidité du sol et des pertes causées lors des premières fouilles, ce riche mobilier n’est cependant qu’un pâle reflet de celui que devait renfermer la tombe à l’origine. Cette dernière a été l’objet de deux périodes d’utilisation : fin du Néolithique (2800 ans av. JC) et Age du cuivre (2000 ans av. JC). 

Croquis du dolmen

L’orientation de son entrée dans l’axe du soleil couchant au solstice d’hiver est très symbolique. L’absence de dalle tabulaire en guise de toit, caractéristique d’un grand nombre de dolmens provençaux, peut être due à la nature des matériaux utilisés, sans doute du bois. La minceur des dalles exclut en tout cas l’hypothèse d’une couverture en pierre. Construit avec de grandes dalles de schistes, le dolmen de Gaoutabry présente une chambre avec une antichambre de forme rectangulaire allongée. Cette architecture, typique des dolmens des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, le rend original par rapport à ceux du Var, majoritairement à simple chambre carrée. Par contre, sa situation culminante et son mode funéraire (crémation) le rendent caractéristique des dolmens varois. Inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1988, il reste un monument fragile, qui a déjà fait l’objet de plusieurs restaurations. On peut supposer, avec la présence de ce monument, l’existence passée d’une organisation sociale communautaire forte, des croyances très puissantes, un culte des ancêtres vivace ainsi que la proximité d’un village de robustes agriculteurs ou éleveurs. Ce dolmen est par conséquent le témoignage de la grandeur de la communauté qui l’érigea. Veillons à notre tour à le conserver pour les générations à venir, notamment en évitant de circuler à l’intérieur et de s’appuyer contre ses parois.

Datation du dolmen

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Vestiges du dolmen

Les fouilles ont mis à jour la présence d'ossements, des tessons de poterie, des pointes de flèches, deux lames de poignards...

Le saviez-vous ?

Les mégalithes sont constituées d’une ou plusieurs pierres de grandes dimensions érigées par l’homme. Il en existe différentes sortes d’époque préhistorique, tels que les menhirs et les dolmens. Ces derniers, sans doute les plus vieilles constructions humaines, sont des monuments funéraires. Certes moins monumentaux qu’en Bretagne, les dolmens provençaux n’en constituent pas moins une richesse patrimoniale régionale. Sur près de 160 mégalithes recensés en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le Var en possède de loin le plus grand nombre avec une soixantaine de dolmens et une vingtaine de menhirs.

Sources : Le site www.mpmtourisme.com et le magazine "Nous" supplément de Var-Matin du 19 octobre 2019, article signé Nelly Nussbaum

 

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16 mai 2022

La montagne Sainte-Victoire

Sainte-Victoire

Sainte-Victoire-ensemble

Initialement nommée montagne de la Victoire, elle a été sanctifiée au Moyen Age par les chrétiens pour devenir la Sainte-Venture. Une chapelle a été construite près d'un de ses sommets au XIIIème siècle. Elle a pris son nom actuel de Sainte-Victoire au XVIIème siècle.

Elle domine d'est en ouest le bassin de l'Arc tandis qu'au nord, elle s'abaisse doucement en une série de plateaux calcaires vers la plaine de la Durance. Le Massif de la Sainte-Victoire s'étend ainsi sur 18 km entre les Bouches-du-Rhône et le Var. Un saisissant contraste oppose le rouge franc des argiles de la base, au blanc des calcaires de la haute muraille, notamment entre les villages du Tholonet et de Puyloubier. 

Sainte-Victoire-prieure

Plusieurs itinéraires permettent d'accéder à un prieuré (XVIIème) et à une croix monumentale de 19m de haut visible à des kilomètres à la ronde appelée "croix de Provence". De cet emplacement, le point de vue est superbe. On découvre un panorama sur les montagnes provençales et les plaines vallonnées du pays d'Aix. Une route fait le tour du massif et permet de visiter les petits villages dominés par la paroi abrupte de la montagne tels que Rousset, Beaurecueil, Vauvenargues, etc... Le village du Tholonet possède un château qui date du XVIIIème et les arches ruinées d'un aqueduc romain. Juste après, commence le parc départemental de Roques-Hautes, qui protège le versant ouest de la Sainte-Victoire. Saint-Antonin-sur-Bayon est dominé par une grande bastide du XVIIIème siècle. Sur un petit plateau, à proximité, se trouvent les restes de l'oppidum du Bayon. Le point culminant du massif est le pic des Mouches (1011 m) l'un des plus hauts sommets du département des Bouches-du-Rhône. Puis à l'est, ce sont Puyloubier (13) et Pourrières (83), entourés de vignobles. Au pied du versant nord de la Sainte-Victoire, s'étire le petit village de Vauvenargues. Son château, grande bâtisse carrée des XIVème et XVIIème siècles, s'isole sur une butte. Il fut acquis en 1958 par Picasso, qui a été inhumé dans le parc. Une partie du massif de la Sainte-Victoire est classée depuis 1983 soit 6 525 ha. Malgré un incendie qui a ravagé sa face sud en août 1989, la montagne Sainte-Victoire reste un lieu de promenade et d'escalade. Plusieurs peintres ont pris la montagne Sainte-Victoire pour sujet notamment Paul Cézanne qui l'a immortalisée dans une soixantaine d'oeuvres, mais aussi Vincent Van Gogh, Auguste Renoir, etc...

Sources : D'après le site de l'office de tourisme d'Aix-en-Provence et Wikipédia.

Sainte-Victoire-1

Sainte-Victoire-Cezanne

 

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09 mai 2022

Les maisons étroites, toutes en hauteur

Pour faire suite à mon article précédent sur la maison provençale, je vous en propose un autre ciblé celui-ci sur les maisons étroites, bâties en hauteur.

La maison en hauteur type

Draguignan-Rue de la vieille boucherie

Il s'agit en général d'une maison étroite qui a entre quatre à cinq mètres de largeur et qui est assez profonde, soit entre huit à quatorze mètres de profondeur. Les plus courtes ne disposent que d'une pièce par niveau, avec les escaliers sur le côté ; les plus profondes ont une cage d'escalier au centre, avec une pièce sur le devant, donnant sur la rue et une sur l'arrière, donnant sur une petite cour ou une ruelle. La cave est présente dans la totalité des maisons, dont elle constitue un premier niveau. Elle y occupe généralement la totalité de la superficie du bâtiment et déborde très souvent largement sous la rue. Elle est toujours voûtée en berceau. Dans les maisons plus larges ou s'étant agrandies, on observe la présence de plusieurs caves juxtaposées, avec sous les murs maîtres, une ouverture voûtée en plein cintre autorisant le passage de l'une à l'autre, ou, plus rarement, un ou deux piliers soutenant des arêtes de voûtes. Quelques bâtiments possèdent, sous ce premier niveau, une autre cave de taille plus modeste. Il est fréquent lorsque la maison est construite sur un sol en déclivité, que la cave soit enterrée sous une grande longueur pour déboucher à une autre extrémité, au niveau d'une ruelle. On trouve dans cette cave, de manière systématique, sous la partie avant, près de la rue, une "tine", grande cuve à vin d'une capacité de 6 000 à 12 000 litres, en général de forme cubique, avec des murs de forte épaisseur, maçonnés en pierres liées à la chaux, et dont les parois intérieures sont plaquées sur toute leur hauteur de carreaux vernissés de couleur rouge. Sur la façade avant, au niveau du fond de cuve, un robinet en cuivre permet de faire couler le contenu dans un petit bassin en maçonnerie, également plaqué de carreaux vernissés. Au-dessus de la "tine", on remarque une ouverture dans la voûte ; c'est par cet orifice que l'on remplissait la cuve de raisins écrasés, soit manuellement, soit avec l'aide du fouloir placé au-dessus de ce trou. Après quelques jours de fermentation, le jus, futur vin, était récupéré dans le petit bassin et transféré dans des tonneaux disposés soit à cheval sur des poutres de bois, soit sur des berceaux en pierre taillée. Le marc de raisin était évacué par le trou d'accès, et mis sous pressoir, afin d'obtenir le jus de presse, vin de petite qualité réservé à la consommation familiale. Cette opération terminée, le marc était distillé par le bouilleur de cru ambulant installé dans la rue, afin d'obtenir l'eau-de-vie.

Vieille cave

Le deuxième niveau est occupé par le rez-de-chaussée. C'est un espace réservé au domaine du travail. Dans les demeures peu profondes, cette pièce est très souvent l'écurie ou la bergerie ; on y remise les outils agricoles, notamment charrette et instruments de labour. Elle peut être aussi l'atelier de l'artisan, la boutique du commerçant, ou encore abriter le four du boulanger. Dans les maisons plus allongées, la pièce donnant sur la rue a la même destination que précédemment : on trouve sur la partie arrière une autre salle qui peut être également une écurie, mais plus souvent une réserve, principalement une "jarrerie", lieu où sont entreposées des jarres en terre cuite de grande dimension dans lesquelles est stockée l'huile d'olive. Cette pièce est très importante, elle va héberger la ressource financière principale du foyer. Cette huile doit être conservée dans les meilleures conditions, donc pas de fenêtre ici, ceci pour éviter la lumière du jour et maintenir une température constante. Pour éviter toute perte, le sol est carrelé, avec une légère déclivité vers un minuscule bassin situé au centre de la pièce dans l'espoir de récupérer le précieux liquide en cas d'accident, comme un renversement ou un bris de jarre.

Jarrerie

Dans les murs, de petites cavités cubiques permettent de déposer la lampe à huile ou à pétrole destinée à diffuser un éclairage en toute sécurité. C'est au premier étage que se trouve la cuisine. C'est une pièce toute en longueur, avec la cheminée adossée ou engagée dans un mur maître mitoyen. Le potager, très souvent, la prolonge jusqu'à l'évier qui est accolé au mur donnant sur la rue. On y trouve aussi un ou plusieurs placards encastrés, parfois une petite pièce aveugle faisant office de réserve. Dans les maisons plus importantes, ayant l'escalier central et une pièce de chaque côté, il n'est pas rare de trouver la cuisine sur l'arrière, si la maison donne sur une petite ruelle.

Draguinan-Rue juiverie

Ce choix est déterminé par le fait que dans les rues et ruelles, court une rigole alimentée par la surverse des fontaines, laquelle devient aussi un déversoir naturel pour les eaux grasses de la cuisine, se transformant, au fil de son parcours, en égout à ciel ouvert. A partir du deuxième étage, ce sont les espaces de repos, occupés exclusivement pour dormir. Dans la ou les chambres, en fonction de l'importance de l'habitat, il arrive que l'on trouve, mais rarement, une cheminée qui apporte un peu de chaleur. Pendant la période froide, si l'on voulait bénéficier d'un peu de bien-être au moment du coucher, il fallait soit réchauffer le lit avec une bassinoire remplie de braises, soit emporter avec soi une brique ou un gros galet qui avait séjourné près du feu, et que l'on avait soigneusement enveloppé dans un chiffon avant de le glisser dans les draps. On y trouve peu de mobilier : le lit, une commode, et, très souvent, des placards encastrés qui permettent le rangement du linge. Un cloisonnement à l'intérieur de la chambre permet de créer une petite pièce : la garde-robe, lieu d'aisance principalement réservé à la maîtresse de maison et aux enfants.

Foin-dans-le-grenie

C'est immédiatement sous le toit que se trouve le grenier, en général assez vaste pour contenir une grande quantité de foin. Celui-ci est hissé depuis la rue dans les trousses ou filets de corde, à l'aide d'une poulie fixée à une potence située au ras de la génoise et au-dessus d'une large ouverture. Une goulotte maçonnée partant du grenier et descendant à l'aplomb de la mangeoire permettait d'alimenter directement les animaux. Une partie du grenier pouvait être aménagée en séchoir. Un large espace, obtenu par un décalage de la toiture, laissant passer le soleil et assurant une bonne ventilation permettait de faire sécher sur des claies les figues et les tomates. On y conserve les grappes de raisin suspendues sur un fil ainsi que les fruits pour l'hiver.

Source : Extrait de "L'autrefois des cuisines de Provence" - Yves Fattori - Edisud

Autrefois des cuisines

 

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01 mai 2022

La maison provençale (l'oustau)

Bastide

Dans le Var, les maisons de campagne ne sont pas désignées comme des mas mais comme des bastides, des ménages, des "oustau". L'habitation d'un paysan, malgré l'évolution rapide des mœurs après la dernière guerre, s'est peu transformée, extérieurement tout au moins. Le progrès est entré dans la cuisine mais beaucoup de bastides sont restées telles qu'au siècle passé, d'autres sont à l'état de "casau" (masure abandonnée) que l'on trouve dans les vallons et dont ne subsiste souvent qu'une partie des murs recouverts de lierre. Sur le devant pousse un vieux figuier ou d'antiques mûriers, parfois deux ou trois cyprès un peu funèbres mais typiques du paysage provençal (le nombre de trois était signe d'hospitalité). L'habitat, selon les périodes, se déplace car l'insécurité poussait à se réfugier en hauteur derrière les murailles et les remparts de défense autour des châteaux qui étaient plus sécurisants que l'isolement dans la campagne. Au village, en raison du manque d'espace, les maisons sont serrées les unes contre les autres, sont hautes, sur deux ou trois niveaux et assez austères. Le rez-de-chaussée comporte une remise, on accède au premier étage par un escalier raide d'une seule volée, et comporte la cuisine et une seconde pièce souvent sans fenêtre "la chambre soume" (sombre). Au deuxième niveau, on trouve une grande chambre et un grenier ou fenière (fenil). Sur le palier caché par un rideau l'indispensable seau hygiénique. Quand la sécurité fut à peu près certaine au XVIIIème siècle, la population eut le désir d'espace, besoin d'air libre et les villageois construisirent alors dans la plaine ou les vallées, des "ménages" c'est-à-dire, des maisons groupées en hameaux et entourées d'un jardin, potager ou verger au milieu des terres appartenant aux habitants de la maison. Nombre de ces ménages sont, de nos jours, en ruines couverts de lierre et de ronces. Du temps où ils étaient habités, à l'ombre fraîche d'un figuier ou des mûriers taillés en ramade, on mangeait dehors au frais. Il y avait un puits duquel on tirait l'eau avec un seau pendu par une grosse chaîne à un réa grinçant. Cette eau irisait le pastis fabriqué à la maison avec de l'eau de vie et de l'anis blanc auquel on ajoutait un petit verre de Fernet Branca, quelques feuilles d'absinthe et un peu de sucre. La bastide est massive, les murs épais, en pisé ou terre argileuse mêlée de chaux et de cailloux. La porte est basse, les fenêtres inégalement percées, fermées l'été pour empêcher la chaleur d'entrer (toutes les ouvertures sont petites par économie et besoin de fraîcheur). Jamais il n'y en a sur la face nord, la façade principale est toujours tournée au midi, sur certaines on a peint un cadran solaire pour lire l'heure. Les toitures couvertes de tuiles canal demi-rondes ou trapézoïdales sont à faible pente pour minimiser la prise du mistral. On posait dessus de grosses pierres car il arrivait qu'elles s'envolent arrachées par les terribles bourrasques de vent. Le rez-de-chaussée est occupé par l'écurie, l'étable, la cave ; souvent sans fermeture, on y abrite les gros outils, les araires, herses, sulfateuses, échelles... A côté, la lourde porte de l'appartement n'est presque jamais fermée, un rideau de toile de jute en interdit l'entrée aux mouches. Un sombre corridor va jusqu'au pied de l'escalier desservant l'étage, le sol est carrelé en pieds carrés en argile plus ou moins teintée.

Veillée

Sur un côté, une grande cuisine servant de salle où l'on prend les repas, est au cœur de la maison. Dans l'âtre d'une immense cheminée brûlent tout le jour et toute l'année de grosses bûches ; le soir on couvre les braises avec des cendres et le matin on les retrouve encore chaudes quand on y jette une gavelle (fagot de sarments secs). Les flammes renaissent et lèchent joyeusement le chaudron de fonte pendu au "crémasclé" (la crémaillère). La soupe y cuit pendant des heures, elle a d'ailleurs toujours un petit goût de fumée. Un "potager" aux carreaux rouges vernis et usés, garni d'un gros tian d'argile cuite dans lequel on fait la vaisselle avec l'eau amenée du puits dans les seaux de fer galvanisés ou des cruches en poterie vernie. Devant l'âtre, on fait le samedi des ablutions assez sommaires. Les murs et les plafonds hauts patinés par la fumée sont passés au lait de chaux de loin en loin, les poutres en chêne équarries grossièrement sont blanchies en même temps. Des papiers gluants de miel sont pendus au plafond pour attirer les mouches qui s'y collent. Une longue table tient le milieux de la pièce, parfois elle est recouverte d'une plaque de zinc, cela économise la toile cirée et le nettoyage est plus facile. La bouteille de vin y siège en permanence. Le couvert est mis : des assiettes profondes et sans rebords, genre écuelles pour la soupe, des couverts de fer rétamés une fois par an, tout est simple. Le soir, la lampe à pétrole ou à huile anime la maison. Le domestique, quand il y en a un, s'assoie à cette table avec les maîtres, et part ensuite coucher à la fenière, où il monte bien souvent par une échelle, il dort enroulé dans une simple couverture. Beaucoup de cadets de familles paysannes se plaçaient ainsi, des garçons ne possédant rien ou ayant mené une vie déréglée, démunis de tout, venaient demander dans les fermes du travail et un abri, parfois c'étaient des trimardeurs à qui l'on ne demandait rien, que leur nom, ils y demeuraient parfois jusqu'à leur mort.

Veillée en Provence

L'hiver, devant l'âtre, à la lumière du feu on veillait, les femmes tricotaient chaussettes ou couvertures de coton blanc, les hommes bavardaient. On monte l'escalier raide pour aller aux chambres et à la magnanerie. Les plafonds sont faits de canisses enduites de plâtre épais. On s'éclaire à l'aide de petites lampes à huiles au corps de verre, au ventre rempli d'huile, surmontées d'une mèche brûlant avec une flamme vacillante, souvent c'était à la bougie qu'on s'éclairait dans les chambres où l'on n'allumait jamais le feu. On emportait une tomette, un fer en fonte ou simplement un gros caillou chauffé dans l'âtre, enveloppé d'un chiffon, et on le plaçait au fond du lit, et pieds chauds, on dormait très bien. Le lit ne comportait qu'une paillasse posée sur des planches. Dans les maisons proches du rivage, le varech remplaçait la paille. Dans la chambre du maître de maison, sur la table de toilette trônent une cuvette et un broc de faïence fleuri, qui ne servent que de décor, puisqu'on se débarbouille à la cuisine. Sur la commode rustique, un bouquet de fleurs d'oranger de la mariée protégé par un globe de verre. De chaque côté, un vieux daguerréotype fané dans un cadre de bois taillé à la main. Au chevet du lit, un crucifix, un brin de buis ou d'olivier béni, le cierge de la Chandeleur éléments qui constituent une protection contre les misères de la vie. Une garde-robe à deux portes en bois fruitier, deux chaises et c'est tout ! Mais si le plancher est carrelé de tomettes rouges, la provençale aura à cœur de l' entretenir bien ciré. Il y a toujours quelques cafournons (pièces sombres) pour servir de débarras. Sur le palier est placé un seau hygiénique dont on jette chaque jour le contenu dans la suie (fosse à purin) derrière ou à côté de la maison. cette fosse recueille tous les déchets et tous les excréments humains, animaux, mêlés à la paille des litières, tout cela donnait un bon engrais, le seul, qu'on dit biologique maintenant.

Cabane au fond du jardin

Au fond du jardin, une cabane de planches dans laquelle une petite estrade sert de "cagadou" dans la journée, une jarre d'argile reçoit les déjections et souvent ce n'est seulement que de la sciure de bois qui couvre le sol. La vie se déroulait bien simplement dans ces bastides perdues.

SourceD'après le livre "Les Maures, terre de Provence" de Georgette Brun-Boglio - Les Presses du Midi à Toulon

 

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