Passion Provence

Bèn-vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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05 décembre 2015

Le torpilleur des rues

 

Torpilleur des rues

Lorsque La Seyne (La Seyne-sur-Mer, près de Toulon) devint une cité urbaine, et qu'il fallut procéder chaque jour à l'évacuation des ordures et des vidanges des seaux d'aisance, on vit s'aligner sur les trottoirs devant chaque porte, les poubelles qui voisinaient avec les toupines. C'étaient des véhicules différents qui étaient chargés d'enlever le contenu de ces immondices. Ils ne circulaient pas tous aux mêmes heures et les toupines devaient être sorties juste avant le passage du torpilleur, c'est-à-dire, au petit matin, dès que l'aube pointait. Le ramassage des ordures ménagères s'effectuait au moyen d'un tombereau tiré par un cheval et l'employé affecté à ce travail ingrat, armé d'une énorme pelle plate et d'un balai de bruyère, avait pour tache de vider les poubelles et enlever les petits tas d'ordures accumulés par les balayeurs de rue avant son passage. Le torpilleur, véhicule hippomobile au XIXe siècle, devint un engin motorisé au milieu du XXe siècle. Mais pourquoi l'appelait-on ainsi ? Probablement parce qu'on le fuyait comme un navire aurait fui face à la menace d'une torpille. La puanteur que répandait ce véhicule constituait une telle agression pour les narines qu'on le considérait comme un danger redoutable, surtout quand un piéton devait le croiser. Ce dernier était obligé d'appliquer un mouchoir sur son nez pour tenter de masquer l'odeur. On disait à ce moment là : "Attention, ça torpille !" On comprend aisément pourquoi ! Il arrivait parfois que pour éviter de rencontrer le terrible engin de collecte, des travailleurs ratent volontairement le départ du bateau ou du tramway qui les conduisait à leur atelier ou à leur bureau. Les toupines émaillées, couvertes d'un disque en bois ou en métal, portant un bouton sphérique sur le dessus, permettant de soulever le couvercle, attendaient sagement le passage de l'employé municipal qu'on entendait arriver de loin car il poussait des jurons caractéristiques. Son cheval n'allait jamais à la cadence qu'il aurait voulu qu'il aille. Parfois, des récipients avaient été renversés par des plaisantins, ce qui ajoutait à la colère du vidangeur et provoquait sa mauvaise humeur. Ou alors, des retardataires le hélaient, leur toupine à la main. Il leur répliquait sur un ton agressif     :  

- Vous attendrez demain pour vider votre toupine !  

- Mais j'en ai qu'une moi de toupine. Comment voulez-vous que je fasse    ?  

- Allez la vider vous-même chez Gamel alors !  

Pour la petite histoire, il faut savoir que les Gamel étaient des éleveurs de cochons établis au quartier de Saint-Jean. Propriétaires de vastes terrains agricoles situés entre la route d'Ollioules et l'hôpital, ils recevaient la vidange que l'on y épandait chaque jour. Les émanations qui se mêlaient à celles des porcheries n'avaient pas fait de ce quartier un endroit où l'on aimait flâner. D'où l'expression "Sènté Gamèou" qui signifie "ça sent Gamel" énoncée à chaque fois qu'une odeur nauséabonde s'élevait quelque part. C'était devenu systématique. Ce fameux torpilleur était un tonneau monté sur deux roues et avait une contenance de cinq cents litres environ. Il était coiffé d'un entonnoir volumineux, par lequel l'employé versait le contenu d'un gros seau rempli lui-même par le contenu de plusieurs toupines. Les mêmes gestes inlassablement répétés exigeaient des efforts physiques assez importants. Tous ces transferts ne pouvaient s'effectuer sans éclaboussures, surtout lorsque le mistral soufflait. On comprend pourquoi les passants devaient s'écarter pendant que l'homme effectuait les manipulations nécessaires à ce travail si délicat ! Ce dernier, malgré l'adresse dont il faisait preuve, ne pouvait s'empêcher de mettre ses vêtements dans un état terrible. Son pantalon en velours qui tombait en accordéon sur ses chaussures, son veston boutonné jusqu'au cou, son chapeau de feutre noir, le tout présentait un aspect peu ragoûtant et l'odeur qui s'en dégageait était infecte !

Torpilleur des rues 2

Et quand le gros tonneau que l'on appelait la boute (du provençal "bouta" : tonneau) s'ébranlait sur les pavés disjoints, des giclées du trop-plein s'échappaient par l'entonnoir pour venir s'écraser sur la chaussée. Si le cheval n'avait pas su éviter les trous profonds, le vidangeur furieux l'accablait d'injures. Ensuite les ménagères, les yeux gonflés de sommeil, venaient récupérer leur récipient. On assistait alors à des scènes de rues que nos grand-mères nous racontaient en riant. Ces dames s'approchaient délicatement de la toupine, en prenant garde où elles mettaient leurs pieds, tenant les pans de leur peignoir d'une main, et de l'autre une "escoubette", petit balai terminé par un hérisson de chiendent. Celles qui demeuraient à proximité d'une fontaine, y rinçaient leur toupine sans difficulté. Dans les rues les plus longues, il n'existait qu'un seul point d'eau à une extrémité, les ménagères qui en étaient le plus éloignées apportaient l'eau pour rincer leur toupine de l'intérieur de la maison. Après avoir nettoyé le récipient avec soin, elles le vidaient directement dans le ruisseau où le liquide stagnait pendant plusieurs jours. On imagine facilement alors ce que les rues pouvaient sentir mauvais et de plus les dangers de cette pratique. Cette eau croupie était un véritable foyer d'infections en tous genres !

Source : D'après un texte trouvé sur le site-marius-autran.com et arrangé par moi-même.

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28 octobre 2015

Coton, lin et chanvre

Coton

Le coton, la plus importante des matières employées pour nos tissus, est fourni par une plante des pays chauds appelée cotonnier. C'est une herbe d'un à deux mètres d'élévation, ou même un arbrisseau, dont les grandes fleurs jaunes ont la forme de celles de nos mauves. A ces fleurs succèdent de nombreux fruits ou coques de la grosseur d'un oeuf, que remplit une bourre soyeuse, tantôt d'un blanc éclatant, tantôt d'une faible nuance jaune, suivant l'espèce de cotonnier. Au milieu de cette bourre se trouvent les graines.

Coton-capsule

Capsule de coton ouverte

A la maturité, les coques s'entr'ouvrent, bâillent, et leur bourre s'épanche en un moelleux flocon que l'on recueille à la main coque par coque. La bourre, bien desséchée au soleil sur des claies, est battue avec des fléaux, ou mieux soumise à l'action de certaines machines. On la débarrasse de la sorte, des graines et des débris du fruit. Sans autre préparation, le coton nous arrive en grands ballots pour être converti en tissus dans nos usines. Les pays qui en fournissent le plus sont l'Inde, l'Égypte, le Brésil, et surtout les États-Unis de l'Amérique du Nord. En une seule année, les manufactures de l'Europe mettent en oeuvre près de huit cent millions de kilogrammes de coton. Ce poids énorme n'est pas de trop, car le monde entier s'habille avec la précieuse bourre, devenue indienne, percale, calicot. Aussi l'activité humaine n'a-t-elle pas de plus vaste champ que le commerce du coton manufacturé. Que de mains à l'oeuvre, que d'opérations délicates, que de longs voyages pour un simple pan d'indienne du prix de quelques centimes ! Une poignée de coton est récoltée, je suppose, à deux ou trois mille lieues d'ici. Ce coton traverse l'océan, il fait le quart du tour du globe et vient en France ou en Angleterre pour y être manufacturé. Alors on le file, on le tisse, ou l'embellit de dessins coloriés, et, devenu indienne, il repart à travers les mers pour aller peut-être, à l'autre bout du monde, servir de coiffure à quelque Africaine crépue. Quelle multiplicité d'intérêts en jeu !

Coton-fleur

Fleur de coton

Il a fallu semer la plante ; puis pendant une bonne moitié de l'année, en soigner la culture. Dans la poignée de bourre, il y a donc à prélever la part, la grosse part de ceux qui ont cultivé et récolté. Arrivent alors le commerçant qui achète et le marin qui transporte. A l'un et à l'autre, il faut une part de la poignée de bourre. Puis viennent le filateur, le tisseur, le teinturier, que le coton doit tous dédommager de leur travail. C'est loin encore d'être fini. Voici maintenant d'autres commerçants qui achètent les tissus, d'autres marins qui les transportent dans toutes les parties du monde, et enfin des marchands qui vendent au détail. Comment fera la poignée de bourre pour payer tous ces intéressés, sans devenir elle-même d'un prix exorbitant ? Pour accomplir cette merveille interviennent ici les deux puissances de l'industrie : l'auxiliaire de la machine et le travail en grand. Vous savez comme on file la laine au rouet. La laine cardée est d'abord divisée en longues mèches. Une de ces mèches est approchée d'un crochet qui tourne avec rapidité. Le crochet saisit la laine, et, dans sa rotation, tord les brins en un fil, qui peu à peu s'allonge aux dépens de la mèche, maintenue et réglée avec les doigts. Quand le fil a atteint une certaine longueur, on l'enroule sur le fuseau par un mouvement convenable du rouet, puis on se remet à tordre la laine.

Filature

Une filature en 1908

A la rigueur, le coton pourrait se filer de la même manière, mais, si habiles que fussent les fileuses, les tissus qu'on ferait avec ce fil obtenu au rouet seraient d'un prix énorme à cause du temps dépensé. Que fait-on alors ? On charge une machine de filer le coton. Dans d'immenses salles sont disposés, par centaines de mille, les délicats engins propres à filer, crochets, fuseaux et bobines. Et tout cela tourne à la fois avec une exquise précision et une rapidité qui défie le regard, et tout cela travaille et bruit à vous rendre sourd. La bourre de coton est saisie par des milliers et des milliers de crochets ; les fils, d'une longueur sans fin, vont et viennent d'une bobine à l'autre, et s'enroulent sur les fuseaux. En quelques heures, une montagne de coton est convertie en fil dont la longueur ferait plusieurs fois le tour de la terre. Qu'a-t-on dépensé pour un travail qui aurait épuisé les forces d'une armée de fileuses ? Quelques pelletées de charbon pour chauffer l'eau dont la vapeur fait mouvoir la machine qui met le tout en branle.

Caraco

Caraco d'indienne imprimé

Le tissage, l'impression des dessins coloriés, enfin les diverses opérations que la bourre subit pour devenir tissu, se font par des moyens tout aussi expéditifs, tout aussi économiques. Et c'est ainsi que le planteur, le négociant, le marin, le filateur, le tisserand, le teinturier, le marchand, peuvent chacun avoir leur part dans la poignée de bourre de coton, devenue pan d'indienne et vendue quatre sous. L'écorce intérieure du chanvre et du lin est composée de longs filaments, très fins, souples et tenaces, que l'on emploie, comme le coton, à la fabrication des tissus. Le lin nous donne les tissus de luxe, batiste, tulle, gaze, dentelle, malines ; le chanvre nous fournit les tissus plus forts, jusqu'à la grossière toile à sacs. Le lin est une plante fluette, à petites fleurs d'un bleu tendre, qui se sème et se récolte tous les ans. Sa culture est très développée dans le nord de la France, en Belgique, en Hollande. C'est la première plante que l'homme ait utilisée pour faire des tissus.

Lin

Champ de lin

Le chanvre est cultivé dans toute l'Europe depuis bien des siècles. C'est une plante annuelle, d'une odeur forte, nauséabonde, à petites fleurs vertes, sans éclat, et dont la tige, de la grosseur d'une plume, s'élève à deux mètres environ.  Lorsque le chanvre et le lin sont parvenus à la maturité, on en fait la récolte, et par le battage on en sépare les graines. On procède alors à une opération appelée rouissage, qui a pour but de rendre les filaments de l'écorce ou les fibres, comme on les appelle, facilement séparables du bois. Ces fibres, en effet, sont collées à la tige et agglutinées entre elles par une matière gommeuse très résistante, qui les empêche de s'isoler tant qu'elle n'est pas détruite par la pourriture. On pratique quelquefois le rouissage en étendant les plantes sur le pré pendant une quarantaine de jours et en les retournant de temps à autre, jusqu'à ce que la filasse se détache de la partie ligneuse ou chènevotte. Mais le moyen le plus expéditif consiste à tenir plongés dans l'eau le lin et le chanvre liés en bottes. Il s'établit bientôt une pourriture qui dégage des puanteurs intolérables ; l'écorce se corrompt, et les libres, douées d'une résistance exceptionnelle, sont mises en liberté. On fait alors sécher les bottes ; puis on les écrase entre les mâchoires d'un instrument appelé broye, pour casser les tiges en menus morceaux et les séparer de la filasse. Enfin, pour purger la filasse de tout débris ligneux, on la passe entre les pointes en fer d'une sorte de grand peigne nommé séran. En cet état, la fibre est filée soit à la main, soit à la mécanique. Le fil obtenu est soumis au tissage. Sur un métier, on dispose bien en ordre, côte à côte, de nombreux fils composant ce qu'on nomme la chaîne. A tour de rôle, entraînée par une pédale sur laquelle presse le pied de l'ouvrière, la moitié de ces fils descend, tandis que l'autre remonte. En même temps, l'ouvrière fait passer de gauche à droite, puis de droite à gauche, entre les deux moitiés de la chaîne un fil transversal, nommé trame, contenu dans une navette. De cet entre-croisement résulte le tissu.

Chanvre

Fibre de chanvre

Auteur : Jean-Henri Fabre - (1823-1915) Naturaliste, entomologiste, écrivain.

Jean-henri Fabre

Le naturaliste Jean-Henri Fabre

 

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23 septembre 2015

La cérémonie des relevailles

Relevailles 2

Les relevailles - Museon Arlaten

En Provence, la cérémonie des relevailles était plus qu'indispensable ; on considérait qu'elle avait une telle importance que même si l'enfant mourait en couches, la mère dépossédée de son enfant devait respecter le temps d'isolement et ne réintégrer le monde social qu'après avoir été à l'église se faire relever. Si son enfant était bien portant et qu'elle négligeait l'usage des relevailles, les pires malheurs ne tarderaient pas à s'abattre sur le nouveau-né qui serait assurément la proie des mauvais esprits. Lorsqu'une femme mourait en couches, son époux devait organiser les relevailles de la défunte. Le premier jour où l'on sortait l'enfant, on procédait au simulacre des relevailles de sa mère ! La famille négligeait-elle cet usage, la défunte était condamnée à errer sur terre pendant des années avant de gagner le Paradis. Il arriva un jour qu'un homme perdit sa femme en couches. Son veuvage terminé, il épousa une jeune fille en secondes noces. Or, toutes les nuits, un tapage épouvantable se faisait entendre dans la chambre des nouveaux mariés. Une commère finit par leur faire comprendre qu'il s'agissait de la morte qui venait faire du tapage pour qu'on procédât à ses relevailles. Ce qu'on fit. L'accoucheuse et la marraine se rendirent à l'église, entourant l'absente et s'adressant à elle de temps à autre. La cérémonie terminée, tout rentra dans l'ordre.

Relevailles geneprovence

 Pietro Longhi (1702-1785), Le baptême, 1755 (Blog Geneprovence)

La cérémonie des relevailles se déroulait en l'absence de toute personne masculine, hormis le curé bien sûr. L'accoucheuse et la marraine de l'enfant étaient toujours présentes en cette occasion. D'autres femmes pouvaient se joindre à elles et c'était souvent le cas. Parentes et amies de l'accouchée, toutes étaient là pour participer à cet heureux événement. La sage-femme et la marraine se rendaient au matin chez l'accouchée pour l'accompagner à l'église. Le petit cortège qu'elles formaient avait son rituel : l'accoucheuse portait l'enfant en faisant reposer la tête de celui-ci sur son bras droit. La mère marchait du côté de la tête de son enfant. La marraine, elle, se plaçait du côté des pieds du nouveau-né. Suivaient ensuite les autres femmes, par ordre de parenté. Sur le chemin, la jeune mère qui sortait pour la première fois dehors depuis plusieurs jours regardait avec attention autour d'elle... car le sexe de son prochain enfant dépendrait de celui de la personne qu'elle rencontrerait en premier !

Source : Almanach de la Provence.

Un article complet ici : http://www.geneprovence.com/bapteme-et-relevailles-dans-la-provence-de-nos-ancetres/

 

15 septembre 2015

Les façades vernissées de la Provence Verte

 

Cartes-provence-verte

La Provence Verte est composée de 37 villages situés dans le Centre Var. Ce sont : Barjols, Bras, Brignoles, Brue-Auriac, Camps-la-Source, Carcès, Châteauvert, Correns, Cotignac, Entrecasteaux, Esparron-de-Pallières, Forcalqueiret, Garéoult, La Celle, La Roquebrussane, Le Val, Mazaugues, Méounes-les-Montrieux, Monfort-sur-Argens, Nans-les-Pins, Néoules, Ollières, Plan-d'Aups-Sainte-Baume, Pontevès, Pourcieux, Pourrières, Rocbaron, Rougiers, Saint-Antonin-du Var, Saint Martin-de-Pallières, Saint-Maximim-la-Sainte-Baume, Sainte-Anastasie-sur-Issole, Seillons-Source-d'Argens, Tavernes, Tourves, Varages et Vins-sur-Caramy.
    Lors d'une balade en famille à Carcès, j'ai découvert les belles façades recouvertes de tuiles vernissées de certaines maisons devant lesquelles nous sommes passés. Cela constitue je pense quelque chose de particulier à ce coin du Var, car vers Draguignan, on n'en voit pas.

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Façade vernissée (Photo Nadine)

    Je vous livre ce que j'ai pu apprendre sur ces tuiles :

    Certaines façades de maisons ou de grands bâtiments, dans le centre des vieilles villes ou dans la campagne ont la particularité d’être entièrement couvertes de véritables écailles. Appelées ainsi pour l’aspect qu’elles ont, collées les unes aux autres, ces tuiles écailles plates colorent encore quelques pans de murs. Brutes ou souvent vernissées, elles sont apposées sur les façades situées du côté exposé à l'est pour protéger des infiltrations mais aussi du froid et du mistral qui est glacial et qui vous transperce. La fonction esthétique n’est cependant pas à rejeter puisque l’on voit fréquemment une multiplication des couleurs de ces tuiles, alors utilisées pour faire des formes géométriques décoratives. Elles rejoindraient de ce fait la tradition des tuiles vernissées de Bourgogne. Pour ce qui est de la Provence Verte, peu d’informations existent sur l’époque d’origine de ces tuiles et sur leur lieu de fabrication. Difficile donc de dire si elles étaient fabriquées à Salernes, grand centre de céramique, réputé surtout pour ses tomettes, ou dans des tuileries plus locales. Elles datent vraisemblablement du XVIIIe siècle et sont entretenues par les propriétaires des maisons sur lesquelles on peut les voir. Elle constituent un véritable patrimoine.

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Autre façade, autres couleurs (Photo Nadine)

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Détail de ces tuiles en écailles (Photo Nadine)

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03 septembre 2015

Le château d'Entrecasteaux

La découverte d'Entrecasteaux est un rare plaisir. Il faut longer des carrières d'argile rouge qui se transforment peu à peu en un vallon ombragé, descente rythmée par le clapotis de la rivière, pour finalement déboucher sur un village provençal typique, agrémenté de vestiges du XIe siècle. Le bourg est surplombé par un imposant château datant des XVIe et XVIIe siècle et de son jardin à la française du XVIIIe siècle dessiné par Le Nôtre, qui tranche singulièrement avec la végétation environnante. Chapelles, mais aussi ponts, fontaines et lavoirs témoignent également d'un riche passé.

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Vue sur le village et le château (Photo Nadine)

      Dès la reconquête de la Provence sur les Sarrasins, les premiers seigneurs réoccupant les lieux eurent pour souci évident d'établir des points forts sur leurs nouvelles terres. Ainsi nacquirent les premiers donjons et les premières tours de guet que l'on trouve en Provence, comme ailleurs sur le littoral espagnol ou italien.
      Au XIe siècle, les premiers membres de l'illustre famille de Castellane (Boniface 1er cité en 1089) s'installent dans la région. C'est sans doute eux qui élevèrent la première demeure seigneuriale, qui avait plus une allure de fortin que de château, tout en agrandissant leur territoire. Les derniers achats connus sont ceux traités avec Raymond Malssane en 1275, Thomasse de Gantelmin en 1350, Marthe Tarnèse en 1400. La commanderie de Salgues sera depuis le XIe siècle co-seigneur sur le territoire de Saint-Antonin, proche d'Entrecasteaux.
      Les Castellane prirent les noms et titres d'Adhémar de Monteil, comtes de Grignan. En effet, Gaspard de Castellane avait épousé le 6 janvier 1498 Blanche Adhémar de Monteil et, dès lors, cette famille habita à demeure à Entrecasteaux qui devint un château. Plusieurs fois remanié, celui-ci, partiellement incendié en 1600 fut remis en état par le fastueux François de Castellane Adhémar de Monteil d'Ornano, comte de Grignan, marquis d'Entrecasteaux.
      Bien que le château fut une petit chose pour ce représentant en Provence du Roi Louis XIV (il en était gouverneur de fait), il dépensait des sommes importantes pour lui donner l'aspect général que nous lui connaissons.

Marquise de Sévigné

 Au désespoir de sa belle-mère, la marquise de Sévigné, affolée toute sa vie par le train de vie ruineux de son gendre. François, accablé de dettes, devra d'ailleurs vendre son château et son marquisat à la famille Bruny. Si les Grignan ne venaient au château que pour y prendre l'air, les Bruny comme les Castellane précédemment, y vivront plus habituellement et ce, jusqu'à la Révolution. A cette époque, il appartenait alors à Jean Paul Bruno, conseiller au Parlement et président à mortier, condamné à mort à Orange le 20 juin 1794 et exécuté trois heures après.
      Le château devint bien national et aurait dû être abattu comme témoin gênant d'un passé révolu. C'était le voeu de "La Société des Anti-politiques et Républicains" d'Entrecasteaux, une de ces sociétés qui fleurirent un temps dans tous nos villages et qui sans pouvoir réel tentaient d'influencer les élus de la République. Ce fut semble-t-il le curé Dauphin, que les révolutionnaires avaient obligé à se marier, qui réussit à convaincre le conseil de la communauté de n'en rien faire.
      Ce qui permit, le 21 pairial an III de la République, à la citoyenne Dorothée Thérèse Marguerite Félicité Bruny, assitée du citoyen Jean Jacques Bernard Montmege son mari, et aux deux soeur Marie Félicité Pulchérie et Elisabeth Angélique Bruny de présenter une requête aux citoyens administrateurs du district de Barjols. Dorothée était la fille de Jean-Paul Bruny, guillotiné, et Marie et Elisabeth étaient ses petites-filles. "Elles exposent que par la loi du 21 thermidor dernier, à son article 18, il est ordonné que les biens, meubles et immeubles qui avaient été frappés de la confiscation, seraient rendus libres et remis aux héritiers des condamnés depuis l'époque du 10 mars 1793. En exécution de cette loi, les exposantes demandent que les biens, meubles, immeubles, effets et capitaux situés dans la commune d'Entrecasteaux leurs soient livrés libres et en toute propriété". Et de ce fait, le 25 messidor an III, le Directoire du département ordonna au receveur des droits d'enregistrement "le lever tous séquestres et scellés sur les biens du dit Bruny comme aussi de rembourser aux héritiers le prix des meubles et immeubles qui auront pû être vendus". Le château revint donc aux héritiers des Bruny dès l'an III (1794) puis il passa aux de Lubac, de Vachères par mariage avec l'héritière Marie Félicité Pulchérie de Bruny, fille de Jean-Baptiste, marquis d'Entrecasteaux, né en 1761 qui assassina sa femme en 1784. Depuis, le château resta aux de Lubac, alliés par mariage aux d'Omaison, jusqu'à ce que Pierre de Lubac et Yvonne de Lubac veuve de M. d'Omaison, le vendent en 1949 à la commune d'Entrecasteaux dont le maire était alors Monsieur Albert Giraud.
      A ce moment là, le château est encore plein de meubles et de tableaux avec une très belle bibliothèque et toutes ses archives. Il n'en restera rien en 1974 lorsque le peintre d'origine écossaise Ian Mac Garvie Munn le rachète et le sauve de la ruine.

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Le château vu des jardins (Photo Nadine)

Note de Nadine : Imaginez que ce château fut vidé, pillé de tout ce qu'il contenait dès qu'il passa dans les biens de la commune. Tout le monde s'est servi. On ne parlait pas encore alors de préservation du patrimoine. Imaginez que les gens ont passé les meubles, les tableaux, les tentures, les lustres, les livres, les papiers... par les fenêtres. La bibliothèque contenait quelques 3000 livres.
      Ils ont tout pris, emporté chez eux, vendu. Il ne restait rien dans le château, pas même les portes ou les fenêtres. Seules les cheminées ont résisté à ce pillage, à ce saccage aveugle. Je trouve cela extrêmement dommage et lamentable car le château avait résisté à la Révolution et c'est à notre époque qu'il a été dévasté.
      A la suite de Ian Mac Gavie Munn qui mourut brutalement, ce fut son fils qui prit le château en mains. Mais il ne sut pas gérer ce si lourd patrimoine et il dut le revendre. Aujourd'hui, si vous vous rendez à Entrecasteaux, ne manquez pas de faire la visite du château (dans le cadre des Journées du Patrimoine par exemple, le 19 et 20 septembre 2015). C'est l'actuel propriétaire, Alain Gayral qui vous servira de guide. Vous serez sans doute emballés comme moi par la passion et l'énergie qui se dégagent de ce personnage. Il s'occupe pratiquement tout seul de la réfection et de l'entretien de cette bâtisse immense. Il saura vous captiver en vous racontant l'histoire du château, de l'Amiral Antoine de Bruny d'Entrecasteaux qui partit en 1791 à la recherche de La Pérouse dans le Pacifique sud et qui y périt du scorbut en 1793 et de bien d'autres choses encore...

A découvrir : les contreforts, les voûtes, les salles d'armes, les salles de garde du XIe siècle et les oubliettes, les ferronneries du XVIIe siècle. Les jardins dessinés par Le Nôtre et la glacière en rotonde du XVIIIe siècle (inspirés par Versailles). Entièrement remeublé d'objets d'époque par Alain Gayral : meubles, tapisseries, tableaux, cartels. Sans oublier les cuisines du XVIe siècle, les cabinets de curiosités, le salon de musique baroque, la bibliothèque. La chambre de la marquise avec son baldaquin, le salon Louis XIV, la salon Empire, la suite orientale, Vous pouvez voir également des costumes d'époque et de théatre. Aujourd'hui, le château d'Entrecasteaux est le plus important du Var. Le prochain projet du propriétaire et son rêve (mais pourquoi pas ?)... rénover le pont-levis.

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Statue de l'Amiral Antoine Bruny d'Entrecasteaux (Photo Nadine)

Pour en savoir plus sur le château, consultez le site officiel :
http://www.chateau-entrecasteaux.com/fr/
      et cliquez sur les photos-vignettes pour le découvrir.

Sources : "Histoire d'Entrecasteaux et de Saint Antonin" - Jacques Seillé - 1986 -
et d'après le guide "Bienvenue en Provence" - Edition 2006.
 

25 août 2015

Delphine de Signes et Elzéar de Sabran, les époux vierges

 

Tableau-Puimichel-Delphine et Elzéar

Nous sommes le 29 novembre 1299. C'est la fête ce jour-là au château de Puymichel dans le Val de Durance (Puimichel dans les Alpes-de-Haute-Provence). On marie les héritiers de deux grandes familles provençales : Delphine (ou Dauphine) de Signes et Elzéar (ou Elzias) de Sabran. Née à Puymichel en 1283, Delphine est la fille de Guillaume de Signes et de Delphine de Barras. Elzéar vit le jour au château de Roubians, près de Cabrières-d'Aigues en 1285. Il est le fils d'Ermangaud de Sabran et de Laudune d’Albe. Ils sont jeunes ces nouveaux époux : il a 13 ans et elle en a 15 ! Ils sont orphelins tous les deux et ont été élevés chacun dans un monastère. Ils voulaient se donner à Dieu. Elle rêvait de rester dans le monastère de son enfance à l'abbaye Sainte-Catherine près de la fontaine de Sorps (Fontaine l'Evêque) (voir le lien http://www.daniel-thiery.com/index.php/23-etudes-communes-du-var/5-bauduen). La famille de Sabran possédait un château à Baudinard, proche de l'abbaye. Lui, rêvait de croisades... Mais le roi a décidé pour eux. La chance est avec eux : ils ont les mêmes idées. Ils promettent à Dieu de rester à son entier service et de vivre l'un près de l'autre comme un frère près d'une soeur. Ils font voeu de chasteté en 1316 sous l'influence du franciscain François de Meyronnes. Dans cette volonté commune, ils se découvrent inséparables. Ils s'installent d'abord à Ansouis puis à Puymichel. Là, ils s'efforcent de faire connaître l'amour de Dieu à leur entourage. Bientôt, ils parviennent à prier avec les paysans. Leur bonheur est contagieux... Brillant, efficace et acharné, Elzéar devient rapidement un précieux bras droit pour le roi Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence. Lors de ses déplacements en Provence ou auprès de la papauté d'Avignon, le roi Robert lui confia la régence de son royaume et le chargea de l'éducation de Charles, son fils aîné. Le jeune couple dut quitter ses chères collines de Provence pour s'établir à Naples dans les faste de la cour. La présence de Delphine à la cour était très appréciée par la reine Sancia, la seconde épouse du roi Robert qui en fit sa dame de compagnie. Là n'était pas leur rêve commun de simplicité, mais ils se donnèrent beaucoup de mal pour rester attentifs à chacun et rayonnants de foi. En 1323, Elzéar fut chargé par le roi de négocier à Paris le second mariage de Charles de Calabre, l’héritier du comté de Provence et du royaume de Naples, avec Marie de Valois. Ce fut au cours de cette ambassade qu’il mourut le 27 septembre. Il fut inhumé dans l'église des franciscains de la ville d'Apt. Par deux fois sa canonisation fut demandée à Avignon. Il finit par être canonisé le 15 avril 1369, dans la Basilique Saint-Pierre de Rome, par le pape Urbain V qui était son filleul. Delphine le pleura longtemps et ne retrouva sa paix intérieure que lorsqu'elle décida de tout quitter. Comme François d'Assise, elle distribua ses biens aux plus démunis, se mit à s'habiller de robes simples et dormit par terre. Elle rejoignit le monastère des Frères mineurs de Saint-François, au fond de la vallée d'Apt. La petite masure près du Calavon où elle s'installa avec quelques autres femmes était tout près de la chapelle où reposait le corps d'Elzéar. Elle prit alors comme confesseur un jeune cordelier du nom d’André Durand qui allait tomber dans la séduction fascinante (ce sont ses propres termes) qu’elle exerçait sur son entourage. Grâce à lui nous savons qu’elle se vêtait de bure grossière et qu’elle allait quêter de porte en porte. La comtesse se flagellait régulièrement avec discipline et était sujette à des crises continuelles de larmes. Pour se mortifier, elle lavait les pieds de ses servantes et baisait ceux des lépreux, à l’exemple de son époux. Le groupe de filles et de veuves qui l’entourait finit par partager toutes ses journées. Le matin était consacré à la messe et aux oraisons, l'après-midi l'étant aux visites, aux travaux de couture ou au ménage. Et la comtesse força l’admiration de ses servantes en participant avec elles à ces taches. Son entourage commençait à parler de ses miracles et à répandre vers l’extérieur les reliques de la comtesse. Ses linges, ses cheveux, ses eaux d’ablution et ses fioles de larmes étaient considérés comme de véritables talismans. Elle mourut le 26 novembre 1360. Entre 1372 et 1376 Louis d’Anjou, décida de financer de ses propres deniers les frais de procès en canonisation de la femme de saint Elzéar. Ce fut un échec. A leur tour, les États de Provence, réunis à Apt, le 18 avril 1382, demandèrent à Clément VII la canonisation de la "femme du comte d’Ariano qui gît céans, nommée Delphine, de qui le mari saint Alziaire fut canonisé par le pape Urbain". Le pontife accueillit leur demande et classa le dossier. Elle est toutefois nommée dans le martyrologe franciscain, et honorée le 26 novembre. Les reliques d'Elzéar sont conservées avec celle de sa virginale épouse dans l'église d'Ansouis et dans la cathédrale Sainte-Anne d’Apt.

Sources : D'après "Chrétiens dans les Alpes du Sud et à Monaco - Les grandes heures des églises" et Wikipédia.

Reliquaires Ansouis

Les reliquaires des deux époux à Ansouis

Généalogie de la famille de Sabran

http://jean.gallian.free.fr/comm2/Images/genealog/sabran/pdf/tout.pdf

Généalogie de Delphine de Signes

http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr;p=delphine;n=de+signes

Les époux vierges

 

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10 août 2015

L'extraordinaire épopée du culte des reliques chétiennes

 Si elles sont tombées un peu en désuétude de nos jours, et si leur culte a très fortement diminué, les reliques de saints ont été l'objet d'une épopée extraordinaire à partir du Moyen-Age. Leur présence toujours actuelle dans de très nombreuses églises en Europe rappelle ces événements peu communs. Le culte des reliques chrétiennes trouve son origine dès le début du christianisme avec la mort des premiers martyrs et des premiers saints. Les reliques avaient une triple fonction : elles étaient un témoignage concret de l'exemple d'une vie droite et vertueuse à imiter ou à suivre, elles possédaient un pouvoir spirituel et énergétique à même de provoquer des miracles. En fait, on croyait que le pouvoir des saints qui faisaient des miracles se maintenait à travers leurs reliques et, avec le temps et la création du phénomène contesté des indulgences, elles procuraient des indulgences à celui qui les possédait. La demande créant l'offre, assez rapidement, des intermédiaires peu scrupuleux se mirent à inventer des reliques, aidés en cela par l'Eglise qui, pour des raisons politiques, canonisa nombre de personnalités qui ne le méritaient pas. Cela créa des situations absurdes : si l'on considère que toutes les reliques sont vraies, Marie-Madeleine aurait six corps et San Biagio, une centaine de bras. Ces excès provoquèrent évidemment une défiance vis-à-vis des reliques, et peu à peu, leur culte chuta dans l'oubli, même s'il est toujours pratiqué de nos jours : nombreux sont ceux qui croient encore aujourd'hui qu'une relique véritable d'un saint possède des pouvoirs énergétiques et spirituels. Il existe environ 50 000 reliques disséminées un peu partout en Europe, elles sont issues d'environ quelques 5 000 saints. Notons que la plupart des autres religions de la planète vénèrent ou ont vénéré des reliques. 

Kurfürst-Friedrich-III-von-Sachsen

Le plus grand collectionneur de reliques fut Frédéric III de Saxe (1463-1525) qui au total se procura 21 441 reliques, dont 42 corps de saints entièrement préservés. Avec cette collection unique au monde, il calcula qu'il avait totalisé 39 924 120 ans et 220 jours d'indulgence ! Pourtant, sous l'influence de Luther, il abandonna le culte des reliques en 1523. A partir du Moyen-Age, la chasse aux reliques s'accéléra et les inventions de reliques avec elles. On inventa carrément les saints eux-mêmes. Afin d'augmenter le nombre de reliques potentielles, on procéda aussi à la canonisation totalement abusive de certains personnages, afin que le marché continue à être alimenté en reliques de saints. Pour des raisons diplomatiques, liées à l'époque de la Réforme au XVIe siècle, la canonisation se fit aussi beaucoup sur des critères politiques plutôt que sur des critères religieux ou moraux. La plupart des souverains de l'époque furent ainsi sanctifiés afin de s'assurer de leur fidélité à l'Eglise catholique, qui subissait les assauts des protestants. Saint Stanislas de Pologne, saint Casimir de Lituanie, sainte Brigitte de Suède, saint Stéphane de Hongrie, sainte Marguerite d'Ecosse, sainte Elisabeth du Portugal, saint Venceslas de Bohême... la liste est longue. Ne renonçant à rien pour s'enrichir au détriment des croyants les plus naïfs, les marchands de reliques ont fait preuve d'une imagination sans faille lors de leur quête aux reliques et ont réussi à inventer quelques reliques tout simplement fascinantes comme les cornes de Moïse ou les plumes de l'Archange saint Michel, dont on a les traces de la vente au Mont-Saint-Michel en 1784. Les reliques les plus prisées étaient bien sûr celles du Christ. Malheureusement, pour les chasseurs de reliques, le Christ étant monté au Ciel lors de l'Ascension, son corps n'était plus par définition sur Terre. On fit alors preuve d'imagination en inventant la relique absolument extraordinaire, du souffle de Jésus (!) qui serait préservée dans la cathédrale de Wittemberg en Allemagne, dans une ampoule en verre. Celle du prépuce du Christ, récupéré après sa circoncision, sept jours après sa naissance, et celle de son ombilic (!) seraient conservées au Latran, à Rome et le pain de la Cène, lui, serait préservé à Gaming en Autriche. Certains textes médiévaux, perdus de nos jours parlaient même de la relique des rayons de l'étoile qui guida les Rois mages, et qui aurait été conservée elle aussi au Latran à Rome !

Source : Provence insolite et secrète - Jean-Pierre Cassely - Editions Point 2

Compléments de Nadine

Reliquaire sainte Marie Magdeleine

A propos de Marie-Madeleine :

Si vous vous rendez à Sainte-Maximin-la Sainte-Baume vous pourrez voir dans la basilique la crypte dans laquelle sont conservées les reliques de sainte-Marie-Madeleine. La basilique constitue le troisième tombeau de la chrétienté après le Saint Sépulcre à Jérusalem et la basilique Saint-Pierre-de-Rome. Je cite : "Au fond de la crypte, dans la paroi sud, est creusée une alvéole dans lequelle est placé le reliquaire de sainte Marie-Madeleine. Le reliquaire contient un crâne qui selon la tradition serait celui de Marie-Madeleine. Un tube de cristal scellé à ses deux extrémités est attaché au reliquaire ; il contient le "Noli me tangere" (Ne me touche pas) lambeau de chair ou de tissu osseux adhérant à l'os frontal de la sainte où Jésus aurait posé ses doigts le jour de la résurrection. Ces ossements font partie de ceux découverts au cours des fouilles réalisées par Charles II. Ils étaient contenus dans un reliquaire d'or et d'argent avec une couronne d'or et de pierreries. Ce reliquaire et tous les autres de la basilique ont disparu à la Révolution. Le reliquaire actuel a été sculpté en 1860 par Didron suivant un dessin de l'architecte Henri Révoil". Source : Wikipédia.

A propos de San Biagio 

Saint Blaise

 Blaise de Sébaste, connu sous le nom de San Biagio (IIIe siècle - Sébaste 316), était un évêque catholique arménien. Il a vécu entre le IIIe et le IVe siècle à Sébaste en Arménie (Asie Mineure) il est vénéré comme un saint par l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe. Il était médecin et a été nommé évêque de sa ville. En raison de sa foi, il a été emprisonné par les Romains, pendant le procès a refusé de renoncer à la foi chrétienne ; en punition il a été mutilé avec des peignes de fer, qui sont utilisés pour carder la laine. Il est mort décapité. San Biagio martyr meurt trois ans après l'octroi de la liberté de culte dans l'Empire romain (313). Une raison à son martyre peut être trouvée dans le conflit qui a opposé deux empereurs : Constantin et Licinus (314), ce qui a conduit à des persécutions locales, avec la destruction des églises, des travaux forcés pour les chrétiens et des condamnations à mort pour les évêques. Le corps de Saint-Blaise a été enterré dans la cathédrale de Sébaste. En 732 certains de ses restes mortels, placés dans une urne de marbre, ont été pris pour être amenés à Rome. Une tempête a jeté le bateau sur la côte de Maratea, les fidèles ont amené l'urne contenant les reliques - la "poitrine sacrée" et d'autres parties du corps - dans la Basilique de Maratea, sur le mont San Biagio. La basilique a ensuite été placée sous la protection de la Curie Royale par le roi Philippe IV de Habsbourg, par une lettre datée du 23 Décembre 1629 et depuis lors, est populairement connue sous le nom de Chapelle Royale. Un grand nombre d'endroits se vantent de posséder un morceau du corps du saint. Cela est dû, en plus de l'ancienne coutume de disséquer les corps des saints et de distribuer les pièces pour répondre aux besoins des fidèles, à la pratique de la simonie, dont une forme consistait dans la vente de fausses reliques (reliques des saints ou des homonymes). Dans Casal di Principe (en Campanie), un sanctuaire qui lui est dédié. C'est là qu'est conservée la relique d'un os de la main du saint. Carosino, un petit village dans la province de Tarente, abrite une autre relique : un morceau de langue, conservé dans un flacon dans une croix en or massif. Dans la paroisse de San Biagio di Montefiore, dans la municipalité de Recanati, est conservé dans un reliquaire tout un os de l'avant-bras. Il y a ainsi beaucoup de lieux en Italie où se trouvent les reliques de San Biagio et la liste est longue. Source : D'après Wikipédia.

 A propos des reliques de Jésus :

Un certain nombre de reliques associées à Jésus ont fait l'objet de vénération tout au long de l'histoire du christianisme. Si certains croient en leur authenticité, d'autres en doutent profondément. Par exemple, au XVIe siècle, le théologien catholique Érasme écrit ironiquement à propos de la prolifération des reliques, notamment en évoquant le nombre de bâtiments qui auraient pu être construits à partir du bois de la croix utilisée dans la crucifixion du Christ. De même, alors que des experts argumentent pour savoir si le Christ a été crucifié avec trois ou quatre clous, plus de 30 "saints clous" continuent à être vénérés comme des reliques à travers l'Europe. Quelques reliques, comme les restes supposés de la Couronne d'épines, ne reçoivent qu'un faible nombre de pèlerins, tandis que d'autres, tels le Suaire de Turin (associé à une dévotion catholique approuvée à la Sainte Face de Jésus), reçoivent des millions de pèlerins, y compris les papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Source : Wikipédia.

 

02 août 2015

Grasse, ville d'histoire

 

Grasse-vue générale

Capitale de la Provence orientale, sous-préfecture des Alpes-Maritimes, Grasse demeure, à travers les mutations de la Côte d'Azur, un chef-lieu administratif et un pôle d'attraction économique. Le site de Grasse était peuplé dès le néolithique (5 000 ans avant J.C.) mais tout laisse à penser que la ville qui sort de l'ombre après l'an 1000 n'est que l'héritière très indirecte de cet habitat préhistorique. Grasse n'est pas, à la différence de ses voisines Antibes ou Vence, un comptoir grec ou une cité romaine. La première mention de Grasse dans les textes anciens date de l'an 1047 de notre ère. C'est alors un castrum dans le patrimoine des princes d'Antibes, situé auprès d'une source importante, la Foux, et à un noeud routier, le carrefour de ces voies de communication essentielles que sont l'axe Nice-Aix et la pénétrante vers les Alpes. Le castrum de Grasse permettait à la puissante famille féodale qui le possédait de surveiller ses vassaux et de contrôler les échanges économiques. Un siècle plus tard, devenue une place économique notable, la ville rejette la tutelle de ses seigneurs : de 1155 à 1227 Grasse est une république marchande libre et indépendante gérée par des consuls élus, à l'image des puissantes ville italiennes avec lesquelles elle conclut des traités d"alliance et de commerce : Pise et Gênes. En 1227 cependant, à la faveur de rivalités internes, le Comte de Provence Raymond-Bérenger V, conquiert la République de Grasse. C'est la fin de l'indépendance de la cité. Grasse, ville comtale, conservait son administration municipale et ses remparts. Dans le même temps, elle devenait chef-lieu de viguerie et ville épiscopale au détriment d'Antibes. Elle le demeurera jusqu'à la Révolution. Son sort était désormais lié à celui de la Provence et, à partir de 1482, de la France. A l'époque moderne, la ville eut son lot d'évènements tragiques, épidémies ou guerre. En 1536, elle est occupée par les troupes de Charles Quint, en 1707 et 1747 rançonnée par l'armée Austro-Sarde. Mais les souvenirs militaires les plus marquants se rattachent aux Guerres de Religion, au siège de Grasse mené en 1589 par les ligueurs, le parti catholique, contre la ville fidèle au roi de France, le protestant Henri IV. Ville commerçante et industrielle, affranchie depuis le Moyen-Age, Grasse avait peu à attendre de la Révolution à la différence des communes voisines souvent lourdement taxées et humiliées par la survivance du régime seigneurial et rien de l'époque militaire de l'Empire. Elle traversa l'une sans grand dommage et reçut fraîchement Napoléon débarquant de l'Ile d'Elbe. Grasse sut ainsi toujours dominer les crises qui la secouèrent. Au fond, la véritable histoire de Grasse est son histoire économique. Elle fut longtemps le marché où les habitants des villages des environs venaient écouler leurs productions agricoles, notamment lors des grandes foire annuelles de l'Ascension et de la Saint Michel.

Grasse-parfumeur

Le commerce des draps y occupait une place prépondérante ainsi que le travail du cuir, l'élevage étant très développé à Grasse et dans l'arrière-pays. Les tanneurs grassois acquirent une réputation inégalée et, par leurs cuirs aromatisés, préparèrent la parfumerie. Par l'intermédiaire du port de Marseille, Grasse recevait les peaux brutes des buffles du Levant qu'elle vendait au commerce national ou international, une fois apprêtées, par le même port mais également par les convois de muletiers qui sillonnaient les Alpes jusqu'à Lyon et par la foire de Beaucaire sur le Rhône, rendez-vous annuel des fabricants. Au XVIIIème siècle, la prospérité des affaires va de pair avec le rayonnement social. Les affaires, ce sont l'industrie ancienne de la tannerie où l'on assiste à la constitution de sociétés, celle naissante, de la parfumerie, artisanale encore, née de la ganterie des ateliers de distillation et de la richesse des cultures florales. C'est aussi le négoce des grains, de l'huile, et la savonnerie. Les affaires, c'est enfin le commerce de l'argent, la banque, les expéditions maritimes, spéculations auxquelles s'adonnent les négociants de la ville. La vie mondaine est à l'image de cette expansion. L'oligarchie grassoise, jadis austère et parcimonieuse, a pris au début du XVIIIème siècle, l'habitude d'élever d'élégantes demeures. Nobles et magistrats sont suivis dans cette voie par les négociants. Les salons de la Marquise de Cabris, soeur de Mirabeau, et du dernier évêque de Grasse, Monseigneur de Prunières, seront particulièrement brillants, et le premier assez scandaleux. Deux loges maçonniques, l'une plus aristocratique l'une plus commerçante, regroupent la jeunesse dorée de la ville. On se plaît à imaginer cette vie harmonieuse et facile à travers les peintures du plus illustre des enfants de Grasse, Fragonard, qui ne vécut guère pourtant dans sa ville natale. Ma prospérité de la ville s'est étendue jusqu'aux nombreux artisans et ménagers sinon jusqu'aux travailleurs. La sociabilité s'étend aussi aux classes inférieures regroupées en confréries de pénitents et corporations professionnelles. L'urbanisme aggloméré est, il est vrai très favorable à l'existence d'une vie collective intense.

Grasse-le cours

La fièvre révolutionnaire passée, à laquelle la ville doit de conserver aujourd'hui un rare ensemble de décorations (fontaine patriotique, décors à fresque, etc...), Grasse connut au cours du XIXème siècle une période d'étonnante stabilité favorable au développement de l'industrie de la parfumerie. Après 1850, des industriels de tout premier plan donnèrent à cet art pour la première fois, des structures commerciales et industrielles de type capitaliste. De cette époque, datent les orgueilleuses usines qui ceinturent le centre historique et l'acquisition d'un savoir-faire technologique qui demeure le premier des atouts de la ville. Huit siècles de mutations audacieuses où le regard de l'historien lit une fidélité exemplaire, ont fait de Grasse aujourd'hui, la plaque tournante mondiale de la parfumerie, et des Grassois d'origine, une communauté consciente de ses racines.

Source : Plaquette intitulée "Grasse, capitale mondiale des parfums" texte d'Hervé de Fontmichel.

Grasse-Louise de Mirabeau

A noter que la demeure de la Marquise de Cabris, la sœur de Mirabeau, abrite depuis 1997 le Musée provençal du costume et du bijou. Il présente une collection de robes, de jupons et de parures provençales datant des XVIIIème et XIXème siècles.

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Pour la petite histoire : mon arrière-arrière grand-père paternel, François Consolat était né à Grasse le 30 avril 1820. Il était entrepreneur de maçonnerie à Cannes où il avait épousé le 26 octobre 1846, Gabrielle Merle née à Grasse le 17 octobre 1828. Ils habitaient avenue du Prado à Cannes et ont eu 9 enfants. Leurs ancêtres ont pour nom : Consolat, Merle, Bernard, Cresp, Maillan, Baliste, Mauric, Sicard, Bondet, Ricord, Barnier, Maurel, Pellegrin, Laugier, Toussans, Sauvan, Monjardin, Raybaud, Camatte, Hugues, Pugnaire, Mantègue, Brunengue, Germain, Ribier, Jourdan, Raymond, Tombarel, Maccary, Roustan , Augier, Gilly, Lambert, Jourdan, Isnard, Achard, Floris, Amiel, Curel, de l'Isle, de La Tour, Estable, Ferran, Garrache, Guiol, etc... l'énumération serait trop longue. Pour ceux que la généalogie intéresse, se reporter à ma base de données : http://gw.geneanet.org/nbarret2?lang=fr Parce qu'eux aussi ont participé à l'évolution de la cité des parfums !

Grasse-parfum

 

28 juillet 2015

La légende des pénitents des Mées

 

Pénitents des Mées

Sur la commune des Mées dans les Alpes de Haute-Provence se trouve une formation géologique très particulière, nommée les Pénitents. C'est d'ailleurs ce qui fait sa notoriété. Ce nom provient de la forme d'une masse rocheuse très découpée, à côté du village, qui évoque un groupe de moines coiffés de capuches pointues. Celle-ci est le résultat de l'érosion sur le substrat rocheux, qui possède des irrégularités de cohésion, et conduit donc à des zones proéminentes et à d'autres sur-creusées. Ce substrat est appelé la "formation de Valensole", conglomérat formé par une accumulation de débris sub-alpins au cours de la fin du Miocène et du Pliocène, épais de plusieurs centaines de mètres. Bien que la façade des Pénitents évoque des formes rocheuses plus ou moins coniques, il s'agit d'un ensemble de crêtes et de minuscules canyons, s'interrompant simultanément sur un plan vertical. Cette formation s'étire sur environ un kilomètre, et la falaise la plus haute atteint 114 mètres. On les appelle les "Pénitents des Mées" en raison de leur silhouette (lire la légende ci-dessous). Un seul sentier permet de traverser cette barre rocheuse. Il rejoint le sentier des crêtes qui part du village et longe par le haut cet ensemble. Les autres canyons sont d'accès difficile et très dangereux à cause des chutes de pierres fréquentes. La pratique de l'escalade n'y est pas possible, la roche n'ayant pas la cohésion appropriée. On trouve, dans cette masse rocheuse sculptée deux grottes d'accès facile. Ce sont : la Grotte des Loups et la Grotte du Magicien, ainsi qu'une cavité à l'accès extrêmement difficile, dans laquelle se trouvent deux poutres entrecroisées appelée "La Croix", dont l'âge et l'origine sont inconnus. En outre, il a été observé dans ce labyrinthe rocheux des marques d'installations anciennes dans un endroit stratégique (entailles dans la roche pour installer des poutres), mais ces vestiges ne sont pas datables. Au XVIIIe siècle, une galerie de 200 m a été creusée au travers de la barre rocheuse afin de s'affranchir des eaux de pluie qui dévastaient le village lors des orages.  

Source : D'après Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Mauresques

"Cela se passait au temps où les Sarrasins avaient envahi la région provençale. Ils s'étaient installés dans les collines à Peirempi entre Buech et Jabron et faisaient régner la terreur dans les villages environnants. Quelques seigneurs du voisinage dont Bevons de Noyer et Rimbaud des Mées décidèrent d'attaquer le camp des Sarrasins. Ce qui fut fait par une nuit sans lune. La surprise et la détermination des seigneurs eurent raison des envahisseurs après une lutte courte mais très intense. Au matin, après avoir nettoyé la place, et chassé ou bien passé au fil de l'épée leurs ennemis, ils entrèrent dans le château. Quel ne fut pas leur étonnement lorsqu'ils trouvèrent dans une grande chambre, sept belles mauresques terrorisées, qui demandaient grâce... Il n'était point question de les tuer, les chevaliers ne tuent pas les dames. Ils se consultèrent et il fut décidé que ce serait Rimbaud des Mées qui se chargerait de les expédier par radeau sur la Durance jusqu'au pays d'Arles où là-bas les autorités décideraient de leur sort en temps et heure. Rimbaud avec ses gens et ses sept captives prirent donc le chemin des Mées. Cependant durant le périple, le sang bouillant et exalté du beau et fringant guerrier aviva en lui des sentiments bien humains. Les grands yeux noirs et tristes des belles mauresques firent le reste. Il prit prétexte que la Durance était un peu grosse et qu'il était dangereux de s'embarquer pour retarder le départ de quelques jours et il enferma les prisonnières dans sa vaste demeure entre Dabisse et Oraison. Ce qui s'est passé dans cette maison, personne ne le sut jamais au juste mais on pouvait facilement le deviner. Rimbaud, qui d'habitude partait toujours à la chasse ou bien était à parcourir ses terres ne quittait plus la demeure. Le long des chemins, à la fontaine, au four comme au lavoir, on ne parlait que du seigneur Rimbaud enfermé avec ses sarrasines. Ce scandale commençait à faire grand bruit dans le pays. Le prieur de l'abbaye de Paillerols décida d'aller parler à Rimbaud. Ce dernier ne voulut rien savoir ni entendre et renvoya le prieur sans aucun ménagement ni égard pour sa personne. On pensa alors que ce pauvre Rimbaud avait été envoûté par ces femmes orientales à la beauté incomparable et qu'elles lui avaient fait perdre la tête par quelque sortilège dont elles avaient le secret. Rimbaud commençait à avoir toute la gent féminine de la noblesse du voisinage contre lui. Ces nobles dames et damoiselles ne comprenaient pas ce qu'il pouvait bien trouver à ces femmes à la peau presque noire. C'était inconcevable ! Il décida une nuit de ramener ses mauresques en cachette de tous dans son château des Mées. Il fut ainsi tranquille pendant quelques jours, le temps que ses gens s'aperçoivent du changement, ce qui ne tarda pas à se produire bien entendu. La situation devint très grave. Les femmes ne passaient plus devant le château sans se signer de peur d'attirer sur elles le malheur. C'est sûr, le seigneur était victime d'un maléfice pour héberger ces femmes sous son toit. Le prieur de Paillerols revint à la charge un nouvelle fois accompagné de son collègue, le prieur de Saint- Michel. Rimbaud exaspéré et hors de lui leur répondit qu'ils feraient mieux d'aller chanter les vêpres et les matines plutôt que de s'occuper des affaires du château. Alors là, pour le coup le prieur de Paillerols faillit s'étouffer de colère et de rage contre Rimbaud. Le menacer de cette façon, c'était outrageant pour lui et il brandit l'arme de    l'excommunication. Rimbaud eût bien envie d'envoyer les deux religieux dans la Durance, mais il se ravisa à temps . Il comprit que là il s'attaquait à plus forte partie de lui et qu'il n'arriverait plus à contrôler ses vassaux s'il continuait dans cette voie. Malgré sa peine, car il s'était attaché à ses belles mauresques, il ne put que céder. Alors le prieur, dans le but d'humilier Rimbaud décida d'un stratagème : prendre à témoin toute la population du pays. Il décida donc que le dimanche à venir, les sarrasines seraient conduites à pied jusqu'à la Durance devant tout le pays rassemblé le long de ses rives. Le jour convenu arriva, tout le monde était en bordure du chemin et faisait une haie pour les laisser passer. Les moines de Paillerols et de Saint-Michel étaient un peu plus haut sur la colline. Les lourdes portes du château s'ouvrirent et les sept mauresques apparurent. Tout le monde était sous le choc, on entendit même comme de profonds murmures d'admiration. Les hommes étaient comme hypnotisés. Décidément, qu'elles étaient belles ! Admirables ! Les rumeurs étaient bien fondées ! Les coeurs des moines se mirent à battre sous les scapulaires, leurs yeux étincelèrent. Mais de l'autre côté de la Durance, le Grand Saint-Donat l'ermite de Lure surveillait ses ouailles et comprît ce qui allait se passer. Il fallait agir vite pour préserver les moines du péché. C'est alors qu'il les pétrifia tous sur place dans leur robe de bure. Même le prieur de Paillerols a conservé sur la poitrine sa croix de bois que l'on peut voir encore aujourd'hui accrochée au rocher..."

Source : D'après "Lei pénitents dei Mès" d'Eugène Plauchud - 1897.

 

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16 juillet 2015

Les Médiévales des Arcs-sur-Argens

Médiévales Les Arcs 2015

L'association "Les Médiévales des Arcs" organise ses fêtes du Castrum d'Arcus du vendredi 17 juillet au lundi 20 juillet 2015.
Replongez dans l'univers du Moyen-âge grâce aux différentes troupes et aux troubadours. Vous déambulerez au milieu d'un camp de vie et d'un marché médiéval. Vous vous retrouverez face aux chevaliers et gueux. Des menus d'époque vous permettront de ripailler. De plus, vous trouverez un parcours d'activités dédié aux enfants. Vous pourrez assister aux parades, aux saynètes, aux spectacles de feu et au tout nouveau son et lumière sur le thème du médiéval fantastique "Le Seigneur des Songes".

http://www.les-medievales.asso.fr/

 

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14 juillet 2015

Découverte de la grotte Cosquer

 

Henri Cosquer, scaphandrier professionnel, connaît bien les fonds marins de la côte des calanques entre Marseille et Cassis. En 1985, à l'occasion d'une plongée, il repère l'entrée d'une grotte sous-marine située à 37 mètres de profondeur, au pied de la falaise du cap Morgiou, dans les calanques de Marseille. Les jours suivants, il remonte l'étroit boyau de 116 mètres qui conduit à la salle émergée aux magnifiques concrétions calcaires. Ce n'est que six ans plus tard, le 9 juillet 1991, qu'en compagnie de trois autres plongeurs, il progresse plus avant dans la cavité et découvre une nouvelle salle ornée de mains en négatif, de tracés digitaux, puis de très nombreuses gravures rupestres d'animaux pour la plupart dessinées au fusain, appartenant à la période solutréenne. Cosquer ne révèle sa découverte que deux mois plus tard. Le décor de la grotte remonte à 19 000 et à 28 000 ans, en fonction des deux époques d'occupation de la grotte, qui se trouvait alors en plein air, à 80 ou 100 mètres d'altitude et à plus de 10 km du rivage, avant d'être engloutie, il y a quelques 10 000 ans, lorsque le réchauffement de la Terre entraîna la remontée du niveau marin et créa les calanques. Chevaux, bisons, cerfs (magaceros), aurochs, chamois, phoques et pingouins du paléolithique ont été dessinés par l'homme de Cro-Magnon, au coeur de la dernière période glaciaire, sous un climat très rigoureux, probablement proche des pays nordiques actuels. La grotte Cosquer constitue un site sans précédent dans la préhistoire occidentale. Son accès sous-marin est interdit et sa position la protège à tout jamais des afflux de touristes qui peuvent dégrader de tels sites qui restent menacés par la lente remontée du niveau marin.

Source : D'après un article paru dans "L'Almanch de la Provence" - Pierre Echinard - 2003.

Pour en savoir plus, je vous mets ce lien parmi d'autres : http://www.hominides.com/html/art/grotte-cosquer.php

Grotte Cosquer gravure

Cosquer

Cosquer menace

Cosquer menace 1

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03 juillet 2015

Le puisatier

Puisatier

Dans le silence de la campagne, le bruit d'une poulie qui grince, un seau en fer qui tape sur une margelle, de l'eau versée sur la pierre... Ces sons reposants, familiers des siècles passés, ont aujourd'hui disparu. Pourtant, la corvée de l'eau au puits n'est pas si ancienne en France. C'est une tâche quotidienne, comme laver son linge au lavoir par exemple, pratiquée jusqu'aux années 50 dans les villes et les années 60, voire 70 pour bien des villages. Car c'est après la Seconde Guerre mondiale que notre pays se dote peu à peu de réseaux de distribution d'eau potable et d'assainissements. Les châteaux d'eau et les canalisations en fonte vont transformer les puits en ornements désaffectés que l'on ferme d'une grille pour éviter les accidents. Ils sont bâtis dans les jardins, les cours de ferme, au coin des rues où chacun puise son eau. Mais il y a surtout une multitude de ces petits édifices construits à l'extérieur des villages. Ils constituent à présent un patrimoine oublié, méconnu, méprisé.

Trigance-Puits

Puits à Trigance (Photo Nadine)

C'est le sourcier qui va entrer en scène en premier pour trouver l'eau. Des signes extérieurs trahissent la présence de l'eau dans le sous-sol comme la persistance de flaques en certains endroits durant l'hiver et le printemps. Les zones humides possèdent une végétation très caractéristique : jonc, renoncule, menthe, saule... La présence de vers de terre également, de crapauds, de limaces constitue un indice précieux comme la persistance de buées matinales accompagnées de vols de moucherons. Si rien sur le terrain ne signale de trace de l'eau, le sourcier à l'aide d'une baguette de coudrier (noisetier) va déterminer où se trouve la nappe phréatique ou la source (voir à ce propos mon article sur le sourcier http://www.passionprovence.org/archives/2012/09/25/25186925.html).

Puits intérieur

Après le sourcier, c'est le travail du puisatier. Dans chaque village, un ou plusieurs cultivateurs remplissent ce rôle. On leur a transmis de père en fils ce savoir-faire qui demande adresse et courage. Certains on fait de cette activité un métier à part entière. Ils sillonnent une bonne partie de l'année, les campagnes qu'ils creusent inlassablement. Le puisatier, aidé par le propriétaire du champs qui fait office de manoeuvre, à moins qu'il n'ait un ouvrier avec lui, dispose d'un équipement rudimentaire : une pioche, une pelle au manche court, un seau pour remonter la terre, de la corde, une chèvre en bois avec une simple poulie... A l'endroit du futur puits, il trace un cercle sur le sol, à l'aide d'un compas grossier (une tige en fer fichée en terre avec une corde fixée à son extrémité). Avec de la chaux, il renforce le trait de cette circonférence. Le forage est lancé et la campagne environnante va vibrer pendant quelques semaines des coups sourds des pioches et des pelles. Les terrassiers avancent plus ou moins vite en fonction de la nature du terrain. Un sol dur, des couches de pierre, du tuf ralentissent l'entreprise. Mais quelle que soit la vitesse du chantier, il faut obtenir une paroi verticale qui suit parfaitement le cercle tracé au départ. Le puisatier progresse en piochant en colimaçon pour aller plus vite et être efficace. Il peut avancer d'un mètre 50 par jour environ. Au fur et à mesure qu'il descend, il étaye l'excavation. Lorsque le trou devient profond et que l'échelle en bois n'est plus assez longue, il met en place un autre système. Il plante en terre un piquet en fer muni d'un anneau et il y attache une corde pour la descente et la remontée. A l'aplomb de la corde, des encoches sont creusées dans la paroi pour l'emplacement de ses pieds. En progressant dans le trou, le puisatier est de plus en plus seul, coupé du monde, de ses bruits, de sa lumière, hanté par la peur d'un éboulement. Ils sont légion, les puisatiers, à avoir creusé leur tombe en même temps que le puits d'un client. En effet, si le forage atteint en général 8 à 10 mètres de profondeur, il faut descendre souvent bien au-delà : 20, 30 et parfois 50 mètres. Dans le noir quasi absolu de son excavation, l'homme emporte la lampe à huile dite "lampe de puisatier". Elle est en fer blanc, d'une hauteur d'une quinzaine de centimètres, elle est la compagne qui rassure, éclaire. Alors qu'il risque la mort en cherchant l'eau source de vie, inutile de préciser, le bonheur du puisatier qui devine les premières traces d'humidité, l'odeur de l'eau, les filets sourdant sous les coups de pioche... Après avoir enfin trouvé l'eau, il faut garantir au puits sa solidité légendaire. L'artisan habille les parois nues de l'édifice en pierres. Il les empile en respectant la disposition classique du "plein sur joint", c'est-à-dire, en croisant les pierres, en les plaçant à cheval, pour éviter les lézardes, les fissures. Lente remontée, pénible, qui demande de la concentration et de l'adresse...

Trans-puits2

Puits à Trans en Provence (Photo Nadine)

Lorsque le bâti intérieur est terminé, place à la couronne de pierres au-dessus du sol et la margelle qui signent quasiment la fin de la construction. Certains puits sont alors couverts d'une voûte ou d'une petite toiture de tuiles qui assurent une protection naturelle contre les feuilles et les saletés qui pourraient pénétrer à l'intérieur. En été, ce système a l'avantage de réduire l'évaporation. Certains de ces puits sont de véritables ouvrages d'art. D'autres puits sont ouverts, surmontés d'une ferronnerie à laquelle sont accrochés chaîne, poulie et seau en métal. Ces puits vont alors soulager le cultivateur qui pourra disposer d'eau pour faire boire ses animaux. Il aura aussi l'eau nécessaire pour préparer sa bouillie bordelaise et bien d'autres produits de traitement qui protègent sa récolte. Il va pouvoir se servir de son puits pour cultiver son potager. A l'occasion d'un repas dominical en famille, le puits offre l'eau du repas mais rafraîchit aussi la bouteille de vin ou le melon glissé dans un seau ou une cruche... C'est une douce récompense terrestre après avoir touché l'enfer.

Source : D'après le livre : Le petit bâti - sud de la France. Hubert Delobette. Editions Le papillon rouge.

Puisatier santon

 

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14 mai 2015

La mort n'est rien

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En hommage à ma maman, partie rejoindre mon papa le 26 avril pour un voyage sans retour, je mets aujourd'hui ce poème. Je n'ai pas eu le temps jusqu'à présent de m'occuper de mon blog. Je verrai quand je reprendrai...

La mort n'est rien,
je suis seulement passé, dans la pièce à côté.
 Je suis moi. Vous êtes vous.
Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.
 Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné,
parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent,
ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
 Priez, souriez,
pensez à moi,
priez pour moi.
 Que mon nom soit prononcé à la maison
comme il l'a toujours été,
sans emphase d'aucune sorte,
sans une trace d'ombre.
 La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de vos pensées,
simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.
 
Canon Henry Scott-Holland (1847-1918), traduction d'un extrait de "The King of Terrors", sermon sur la mort 1910 Quelquefois attribué à Charles Péguy, d'après un texte de Saint Augustin.

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18 avril 2015

Voyage à travers les noms de lieux : ce que les Grecs nous ont laissé

 

Expo-Menton

Les côtes hospitalières, aux rades naturelles si abritées de la Provence, attirèrent dès la plus haute antiquité, les navigateurs et commerçants de la Méditerranée orientale. Ceux-ci, émissaires d'une civilisation plus évoluée, plus raffinée, apportaient à des peuples encore barbares des denrées nouvelles, des objets artistiques, de belles étoffes, des fruits inconnus. Ils s'installèrent et fondèrent des comptoirs, qui devinrent souvent des villes. Avant d'être colonisatrice, la France, qui était à peine la Gaule, commença par accueillir des colons. Ce furent d'abord les Phéniciens, qui n'ont guère laissé de traces dans les noms de nos ports. Il est vraisemblable que Cavalaire, la charmante station balnéaire de la côte des Maures, et Monaco sont d'anciennes colonies phéniciennes placées sous la protection du dieu Melkarth, (Moloch) l'Hercule tyrien. Le nom primitif de Cavalaire était Caccabaria, quant à celui de Monaco, Monoikos, qui paraît grec, il est à peu près sûr qu'il s'agit de la déformation dans la bouche des Grecs, d'un nom préexistant. Quand les Grecs sont arrivés, vers le VIème siècle avant notre ère, ils ont trouvé, sur les rivages de la Gaule, nombre de ports et de villes, dont ils ont souvent gardé les noms après s'être substitués aux premiers occupants ou s'être installés à côté d'eux. En dépit de la jolie légende - le banquet du roi ligure qui marie sa fille et celle-ci offrant la coupe nuptiale à un chef grec récemment débarqué - nous ignorons tout des origines de Marseille, dont le nom primitif Massalia, n'est pas grec, mais ligure peut-être, comme l'est sûrement celui de Toulon, Telo. Il reste une demi-douzaine de noms grecs authentiques : Nice, en grec Nikia, c'est-à-dire la ville placée sous la protection de Nikê, déesse de la victoire, Antibes, Antipolis, la ville (polis) d'en face... Nice, campée sur son promontoire. Agde qui représente le premier élément d'un composé, Agathê tukhê, la "bonne fortune".

Comptoirs

 Puis quelques localités moins connues : Ceyreste, que la Ciotat a remplacé comme port, par suite d'un ensablement progressif, est l'ancienne colonie phocéenne, satellite de Marseille, Kithêrista, où l'on a retrouvé d'importants vestiges antiques. Trets, au nord du pittoresque massif de la Sainte-Baume, représente une des rares colonies terriennes des Phocéens, Tritéia. Tarento, obscur lieu-dit près de la jolie plage des Lèques, est tout ce qui demeure d'un ancien port et d'un grand nom. Les îles de Lerins rappellent encore Lêron, Lêrina, noms anciens de ces deux bijoux que sont Sainte Marguerite et Saint Honorat. Mais combien d'autres ont disparu, qu'on retrouve en feuilletant les historiens de la Gaule ou l'Itinéraire d'Antonin ! Aphrodisias, consacré à la déesse de l'amour, a été latinisé par les Romains en Portus Veneris, le port de Vénus, aujourd'hui Port-Vendres. Olbia ruinée n'a même pas laissé un nom à l'endroit où les Salins neufs d'Hyères affleurent le mont des Oiseaux couvert de villas et de bocages. Les îles d'Hyères ont perdu depuis longtemps leur nom de Stoikhades : Protê (la première) est devenue Porquerolles (où on faisait l'élevage des porcs), Messé, (l'île du milieu) est désormais Port-Cros (le port creux) et Hupaia (l'inférieure), l'Ile du Levant. Arles, que les Grecs appelaient Thêliné, a gardé son vieux nom gaulois, Arelate, selon le toponyme de l'époque. Les Grecs n'ont pas pénétré hors de la région méditerranéenne ; les côtes océaniques n'ont reçu aucune colonisation hellénistique. Tout ce qui a été écrit sur de prétendues origines grecques de noms de localités dans l'ouest ou le nord de la France, est du domaine de la fantaisie. Le nom d'une ville bien connue Grenoble a été tiré du grec bien plus tard, sous l'Empire romain, dans des circonstances particulières. Grenoble portait alors le nom prosaïque de Cularo qui, en gaulois, voulait dire concombre. Bien qu'elle ne fût pas à cette époque le grand centre de tourisme alpestre qui attire aujourd'hui tant d'étrangers, la cité ne devait pas être très fière d'une telle appelation et elle manifesta sa reconnaissance à l'empereur Gratien en prenant le nom de son bienfaiteur affublé à la grecque suivant la mode du jour : Gratianopolis, la ville de Gratien, dont la contraction phonétique a donné Grenoble. Ce mélange de flatterie et de snobisme linguistique n'est-il pas un amusant épisode d'histoire locale ?

Auteur : Albert Dauzat (1877-1955) linguiste. Fondateur et directeur de l’importante revue de linguistique Le Français moderne et de la Revue internationale d'onomastique publiée à Paris de 1949 à 1977. Le prix Albert Dauzat est attribué par la Société française d’onomastique tous les deux ans pour récompenser un travail de toponymie ou d’anthroponymie relatif aux pays francophones.

 

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11 avril 2015

L'école d'antan

 

Ecole-de-garcons-vers-1910

Ecole de garçons de Trans vers 1910 (Collection Nadine)

Ecole-de-filles-vers-1915-1916

Ecole de fille de Trans vers 1915 (Collection Nadine)

L'école joue un rôle fondamental dans la société provençale. Elle représente pour les enfants d'ouvriers et d'agriculteurs, nombreux dans les villages de Provence un moyen d'accéder à un niveau supérieur de l'échelle sociale. Leur présence dans les villages se multiplie considérablement au cours du XIXè siècle. L'origine des écoles au tout début du IVè siècle est traditionnellement attribuée en France à Charlemagne. L'époque moderne voit se développer de petites écoles destinées à donner une instruction de base aux enfants : lecture, écriture, apprentissage des chiffres. Ces petites écoles sont présentes surtout dans les villes et dans certaines régions et sont généralement réservées aux garçons. Sous Napoléon Ier, par décret du 17 mars 1808, le monopole de l'enseignement d'Etat est institué. Au cours du XIXè siècle, les gouvernements successifs s'efforcent d'améliorer l'enseignement primaire. Avec la loi Guizot de 1833, les communes de plus de 500 habitants sont tenues d'avoir une école de garçons. Guizot encourage aussi la fondation d'écoles primaires supérieures destinées à améliorer la formation générale et professionnelle des élèves issus de familles modestes et qui ne pourraient accéder aux collèges et lycées. En 1850, la loi Faloux, cherche à développe l'enseignement primaire en fixant le principe d'une école de garçons dans toutes les communes et d'une école de filles pour les villes qui en ont les moyens. Les années 1880 sont marquées par des changements fondamentaux dans le système éducatif français, mouvement essentiellement porté par Jules Ferry et son principal conseiller Ferdinand Buisson. Ces lois Ferry de la fin du XIXè siècle qui rendent l'école laïque, gratuite et obligatoire, sont l'aboutissement d'un mouvement de démocratisation de celle-ci.

Article 4

La loi instaure un enseignement obligatoire de 6 ans à 13 ans, les enfants pouvant toutefois quitter l'école avant cet âge s'ils ont obtenu le certificat d'études primaires. La laïcité, proclamée dès 1881 avec la suppression de l'éducation religieuse dans l'enseignement public, est renforcée par la loi Goblet de 1886, qui interdit aux religieux d'enseigner dans le public. Filles et garçons restent séparés. L'école devient alors un ascenseur social pour tous les enfants des villages de Provence qui accèdent à l'éducation. Au début du XXè siècle, les enfants vont à l'école de fin septembre jusqu'à mi-juillet et les jours de repos sont le jeudi et le dimanche. L'institution offerte par les écoles des villages est alors de moins bonne qualité qu'à la ville, d'où le désir de certaines familles aisées des campagnes de mettre leurs enfants en pensionnat dans de plus grandes communes. Dans les villages, l'enseignement est plus proche de la nature, on y étudie sur des bancs de bois et non des bureaux, on y joue à des jeux simples et il n'y a souvent pas de service de cantine pour le déjeuner. Il faut l'emporter avec soi pour les enfants qui habitent loin du village dans les fermes isolées ou dans les hameaux. Il faut aller à pied parfois sur plusieurs kilomètres pour aller à l'école. En hiver, l'instituteur ou l'institutrice fait partir les enfants éloignés plus tôt afin qu'ils soient rentrés avant la tombée de la nuit. Quand les travaux des champs l'exigent, les enfants délaissent l'école pendant quelques jours pour aider leur famille.  

  Source : D'après le livre "La Provence d'antan" Editions HC.

Image du Blog lusile17.centerblog.net

 

04 avril 2015

Les lavandières du Rabinon

ExpoEcoles

Pierre Taxil, un de mes cousins muyois trop tôt disparu, était un amoureux de son village, un provençal dans l'âme. Grand collectionneur de cartes postales anciennes et de photos du Muy, il avait fait plusieurs expositions (voir l'affiche de la dernière faite par sa femme en son hommage). Fernand, son père lui avait communiqué l'amour de ses racines, l'amour de son village, quand Le Muy était un paisible village où les gens vivaient en famille. Il aimait écouter les anciens lui parler du bon vieux temps, lui raconter des anecdotes savoureuses que Pierre se plaisait à relater à son tour et surtout il aimait parler provençal avec eux. Il se plaisait à faire visiter son village aux touristes et partager ses connaissances avec les curieux. Bref, Pierre était un amoureux et un passionné du village qui l'avait vu naître et grandir ! Laissons-le donc nous raconter les lavandières du Rabinon.

Rabinon3

Dans le temps, les femmes allaient laver le linge au Rabinon (0). Il fallait voir le cortège de "roulottes" à quatre roues, prenant la direction de la route de Sainte-Maxime dès sept heures du matin, chacune avec sa corbeille de linge, sa lessiveuse, un peu de cendres du feu de bois pour faire "bouillir", les unes lavant pour leur foyer, les autres pour des particuliers. Les femmes lavaient, rinçaient dans une eau si pure qu'on pouvait la boire sans crainte. Les enfants venaient le jeudi, lorsqu'ils n'avaient pas classe, jouaient, sautaient, trempaient leurs pieds dans les flaques profondes ou, carrément, se baignaient en été. Les cris, les chants, accompagnés par les oiseaux, emplissaient les bois alentours. Une féerie de draps blancs, de serviettes, de torchons s'étalait sur les rochers et sur les arbustes. Grâce au soleil, le linge était sec le soir et le cortège reprenait la route du Muy, après une journée harassante mais combien réconfortante. Du côté de Roquebrune, on lavait au Riou ou à la Maurette, seul le moyen de locomotion était différent, c'était la brouette..."

Rabinon1

Nous sommes en octobre, à sept heures du matin, au Muy, dans la rue Marceau. Fine (abréviation de Joséphine) sort la roulotte (1) de sa cave, le père François rentre chez lui après avoir acheté le pain et le journal.
"Bonjour Fine ! Tu te prépares pour aller laver le linge au Rabinon ?
- Eh oui, avec ces quelques orages, le Rabinon raille (2) bien. Té, donne moi un coup de main pour charger la gourbo (3) car j'ai beaucoup de draps aujourd'hui.
- La gourbo, la lessiveuse, le bois, la caisse, le battoir et les paquetons des célibataires, te voilà bien chargée. Pousser ce chargement sur deux kilomètres avec la montée du pont d'Argens, tu as du mérite, tu ne le voles pas ton argent ! Pourquoi tu ne vas pas au lavoir municipal ?
- Moi ! au lavoir ! Ma mère, ma grand-mère allaient au Rabinon. Etendre les draps sur du fil de fer tandis que là-bas ils soleillent, sèchent sur les arbustes et s'imprègnent de l'odeur de la garrigue. Et puis, laver avec l'eau du canal ? Tu n'y penses pas ! Tandis que laver les draps dans l'aigo mauresco (4)... et même je vais te dire, c'est mon bénéfice !
- Comment ton bénéfice ?
- Et bien pour une gourbo de linge, en plus de mon salaire, je demande une pièce de savon de Marseille et avec l'eau bonne (5) des collines, le savon prend mieux et j'en consomme que la moitié : c'est mon "papa rousset"(6).
- Oh, tu as fait des frais, tu as une belle caisse toute neuve !
- Moi ! faire des frais ! La caisse, c'est Auguste qui travaille à la scierie Laudon qui me l'a donnée, tu vois pas la réclame de Nestlé (7) imprimée dessus ! Tu sais, se mettre à genoux sur les pierres c'est dur ; alors j'ai retiré un côté, mis un coussin à l'intérieur, ça fait bien l'affaire pour mes pauvres genoux. Le battoir c'est lui aussi qui me l'a fait.
- Vous êtes combien à aller au Rabinon ?
- Oh, cinq ou six ; au temps de ma mère, elles étaient une quinzaine, même que les trous d'eau avaient des noms : les premiers, près du chemin c'étaient ceux dits des "professionnelles" qui lavaient pour l'hôtel Sermet et les familles bourgeoises ; ensuite, je me rappelle qu'il y avait le trou du cade (8), de la chèvre, de la bassine, du haut et d'autres ; chaque trou avait sa titulaire ! Maintenant on se met où on veut et à midi, pendant que la bugado (9) soleille, dans le feu, on fait cuire les saucisses de chez Foucou (la boucherie Edouard Foucou et fils était sur les allées Victor Hugo) avec la pain de chez Cattu (Catturegli que les Muyois raccourcissaient en Cattu), un peu de caillette, quelques noix et des figues sèches, on se régale. Et puis on se raconte les dernières nouvelles du Muy, les contes d'avant.
- Là les cancans ça doit y aller ! Tout Le Muy doit y passer.
- Bon, assez blagué ! Albertine doit m'attendre, et merci pour le coup de main. A bientôt !"

Rabinon2(0) le Rabinon prend sa source sur le versant sud du Rocher de Roquebrune et le contourne vers l'ouest avant de plonger dans l'Argens
(1) plateau de bois monté sur quatre roues en fer que l'on pousse et dirige à l'aide d'une poignée. Construite à partir de 1938 par M. Gibert, charron au Muy, sa production cessa vers 1950
(2) coule
(3) corbeille en osier
(4) eau des Maures
(5) eau pure peu chargée en calcaire
(6) supplément. Lorsqu'un commerçant faisait la bonne mesure ou donnait un supplément à la quantité, il disait "je te fais papa rousset"
(7) la scierie Laudon, la plus importante du Muy, fournissait des caisses d'emballage pour l'usine Nestlé de Marseille
(8) genévrier
(9) ensemble de linge lavé

                              Source : Texte raconté par Pierre Taxil dans le livre : "Le Rocher de Roquebrune"
Ed. Campanile.

Lavandiere-copie-1

 

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28 mars 2015

Le lac de Sainte-Croix

Le projet consistant à noyer la vallée du village des Salles pour réaliser un lac ne date pas d'hier. En 1908, c’est à dos    d’âne que Georges Clemenceau, alors Président du Conseil, entreprit une randonnée sur tout le cours du Verdon entre Fontaine L’Evêque et le lac d’Allos : on envisageait déjà à l'époque l’aménagement du Verdon, et la construction de barrages à certains endroits stratégiques de son cours. Le projet fut mis de côté à cause des aléas de l'Histoire, sans cependant être totalement abandonné. Entre les deux guerres, c'est la Société Schneider qui fut chargée de la construction du barrage, lequel ne resta qu'à l'état de projet. C'est à partir de 1962 que les évènements se précisèrent.  Le projet retenu consistait à réaliser un grand lac jusqu'à la cote 500. Celui-ci devait noyer, outre le village des Salles-sur-Verdon situé au fond de la vallée, mais également celui de Bauduen, tous deux dans le département du Var, alors que le village de Sainte-Croix-du-Verdon, situé en face, dans les Alpes-de-Haute-Provence, était voué à devenir inhabitable.  

Fontaine-L-Eveque

 La résurgence de Fontaine L'Evêque.  Cet endroit n'existe plus aujourd'hui.  

 Du fait de la présence de la résurgence vauclusienne de Fontaine L'Evêque, un risque existait de voir ce lac se vidanger par un effet de siphon. De plus, la détermination des expropriés des trois villages les plus concernés par le projet ne faiblissait pas. A la fin de l'année 1968, la cote retenue pour le futur lac fut abaissée à 482. Les villages de Sainte-Croix-du-Verdon et Bauduen étaient sauvés, Les-Salles-sur-Verdon était le seul village condamné par la mise en eau du futur lac.  

 http://www.lessallessurverdon.com/  

La première mise en eau du barrage eu lieu en août 1973, et la mise en eau définitive le 15 novembre 1973. Cette retenue est la quatrième de France métropolitaine par sa superficie (environ 2 200 ha). La profondeur du lac est de 93 mètres, il contient 760 millions de m3 d'eau. Le lac est un centre de tourisme estival, il est très fréquenté pour les loisirs aquatiques. La navigation des bateaux à moteur à essence est interdite. Seuls les moteurs électriques et les voiles sont autorisés. On y rencontre beaucoup de pédalos et de barques diverses de juin à septembre. Ce lac artificiel est également utilisé pour les écopages des Canadairs lors des incendies dans la région.  Le village des Salles-sur-Verdon a été condamné par la construction du barrage EDF qui a donné naissance au lac de Sainte-Croix. Les habitants ont dû quitter leur cadre de vie, changer d'existence, de métier… Le village a été détruit maison après maison, pierre par pierre… Tous les arbres et végétaux de la vallée ont été éliminés… L'église a été dynamitée, le cimetière a été déménagé… Un village moderne a été reconstruit, mais rien n'a plus été comme avant.  

Source : D'après Wikipédia - l'encyclopédie libre.

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Le village de Bauduen.

L'eau du lac de Sainte-Croix a remplacé la vallée qui s'étendait à ses pieds (Photo Nadine).

 

21 mars 2015

Mon nouveau blog sur Trans-en-Provence

Bonsoir à toutes et tous,

Je vous informe que mon blog sur Trans-en-Provence a changé. Je vous donne la nouvelle adresse : http://www.transenprovence.info/ 

Mettez-la dans vos favoris ou inscrivez-vous à la newsletter. Merci à vous.

Les albums-photos que vous aimez sont au rendez-vous naturellement avec de nouvelles cartes postales ou photos.

Ecusson et multi vues

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L'origine du nom de la Provence

 

Medaille-Fondation-de-Marseille

Médaille commémorative de la Fondation de Marseille. Gyptis offre la coupe à Protis, l'élu de son coeur.

On sait que l’histoire de la Provence commence avec le récit de la fondation de Marseille par les Grecs de Phocée aux environs de l’an 600 avant J.C. A cette époque lointaine, la région qui s’appellera plus tard la Provence n’a pas encore de nom. Les populations qui l’habitent sont des Ligures et c’est ainsi que les Grecs les désignent. A différentes reprises, des Celtes, venus probablement par la Vallée du Rhône ou par le Languedoc, s’infiltrent en pays ligure ; ils sont une minorité, mais il est probable qu’à l’origine tout au moins, ils constituent une sorte d’aristocratie militaire qui domine les autochtones. Par la suite, une fusion s’opèrera entre eux constituant la civilisation Celto-Ligure qui va subsister jusqu'à l'invasion romaine. Les Salyens (ou Salluviens) sont installés en Basse Provence, les Cavares dans le Comtat-Venaissin, les Voconces dans la Drôme, les Oxybiens dans le Var et les Déciates dans les Alpes-Maritimes. Ils sont entourés au Nord et à l'Ouest par des tribus Celtes : les Allobroges en Dauphiné et les Arvernes dans le Massif Central.

Marseille-monnaie

Illustration trouvée sur le site Celtes et Monnaies

Les Grecs de Massalia (Marseille) fondent de nombreux comptoirs le long de la côte méditerranéenne ; c'est ainsi qu'apparaissent Nikieia (Nice), Antiopolis (Antibes), Olbia (Hyères), Agathé (Agde)... Le commerce s'étend très loin : en Egypte, vers la Bretagne et la Baltique. Massalia se constitue un véritable Empire et son influence s'étend sur toute la côte, y compris vers l'Espagne actuelle. Elle se trouve bientôt confrontée aux Etrusques et aux Carthaginois. Elle s'allie alors avec la République de Rome et après une lutte à rebondissements les deux alliés sortent victorieux du conflit. Devant la recrudescence d'incursions des tribus Celtes (Salyens), Massalia demande à Rome d'intervenir en Gaule. Rome y est d'autant plus intéressée qu'elle vient de conquérir l'Espagne. Le consul Sextius Calvinus s'empare et détruit Entremont, la capitale des Salyens, il édifie en remplacement une nouvelle ville qui prend le nom d'Aquae Sextiae (Aix-en-Provence). Massalia a donc une alliance étroite avec Rome, mais en 49 avant J.C., elle choisit le parti de Pompée dans le conflit qui oppose celui-ci à César. L'armée de César fait le siège de la ville et s'en empare. Elle est durement sanctionnée, une bonne partie de ses domaines sont attribués à une ville qui a aidé César : Arelate (Arles). C'en est fini de la grandeur de Massalia. Elle devient désormais une cité fédérée qui reconnait la suprématie de Rome. Elle a un Conseil des 600 et une oligarchie des Anciens. Marseille devint une ville intellectuelle, vectrice de la diffusion de la civilisation de la culture grecque dans le monde romain.

Narbonnaise

Dès lors, ainsi qu’ils le faisaient dans les pays conquis hors d’Italie, les Romains créérent une "province" (provincia) qui englobait une vaste région allant du lac de Genève aux Pyrénées et couvrant tout ce qui constitue actuellement le Dauphiné, la Provence et le Languedoc. Par la suite, la ville de Narbonne fut choisie comme chef-lieu de cette grande circonscription qu’on appela pour cette raison la "Province narbonaise" (Provincia narbonensis). Mais souvent on disait : la "Province" tout court et il faut voir là l’origine très lointaine de notre pays de Provence, en notant toutefois que le terme s’appliquait alors à une contrée beaucoup plus vaste. Dans la suite des temps, les circonstances conduisent à un morcellement de cette vaste province : il devient nécessaire que les gouverneurs de provinces aient mieux en main des provinces plus réduites. La Provincia d’origine fut divisée en plusieurs provinces parmi lesquelles la Narbonnaise Première (Languedoc), la Viennoise (comprenant la vallée du Rhône) la Narbonnaise Seconde (Provence centrale de Gap à Fréjus) et les Alpes Maritimes. Tel était le découpage administratif à la fin de l’Empire romain (Vème siècle). C’est à cette époque qu’on voit apparaître le terme de "Provincia" pour désigner ce qui sera la Provence par la suite. Les premiers documents dans lesquels le terme apparaît, semble-t-il, avec cette signification, sont des lettres adressées par les Papes aux Evêques des Gaules.  En 419, le pape Boniface précise que le jugement de l’Evêque de Valence, accusé de diverses fautes, doit avoir lieu "intra Provinciae". Dans les deux cas, le contexte paraît indiquer qu’il s’agit de la Provence. La localisation du terme a été probablement facilitée par le fait que la Provence demeurait la seule et la dernière possession de Rome au-delà des Alpes. Dès lors, lorsque, dans les rares écrits qu’a laissée cette époque troublée, on parlera de la Provincia, il s’agira de la Provence : c’est ainsi que Grégoire de Tours, écrivant vers 591, cite la Provence Arlésienne (Provincia Arelatensis) et la Provence Marseillaise (Provincia Massiliensis). Plus tard, en 855, notre pays acquerra pour la première fois sa personnalité politique lorsque, dans le démembrement de l’empire de Charlemagne, l’empereur Lothaire donnera à son fils Charles, le royaume de Provence (Regnum Provincie). 

Source : Lou Terraire – Revue éditée par le Centre culturel provençal de Draguignan.   


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14 mars 2015

La légende de la fondation de Marseille

Caret Marseille

Massilia-lacydon

 La calanque du Lacydon, futur Vieux Port dans la configuration trouvée par les Grecs
    il y a plus de 2600 ans

    Six cents ans avant Jésus-Christ, les Ségobriges, tribu salyenne qui occupait le littoral à l'Est du Rhône, vivaient pauvrement de pêche et de chasse. Ils ignoraient l'écriture, l'usage de la monnaie et l'art de construire des villes, mais commerçaient depuis fort longtemps avec les navigateurs grecs. Ceux-ci venaient en Occident pour en rapporter des métaux précieux, notamment l'étain, qui était alors aussi indispensable que le pétrole de nos jours. Mais ils venaient aussi chercher le sel, car les côtes orientales de la Méditerranée, trop profondes, n'en facilitaient pas la production. Le nom même de Salyens, qui n'a pas une consonnance ligure, évoque sans doute "les hommes du sel".
    Pour couvrir leurs expéditions, les Grecs établirent des comptoirs : Enserune sur la côte du Languedoc, Saint-Blaise au-dessus de l'étang de Berre, enfin Massalia qui siginfie peut-être : Mas des Salyens.
    Selon Justin "ce fut en l'an 600 avant Jésus-Christ que le premier vaisseau phocéen jeta l'ancre sur la côte gauloise, à l'Est du Rhône, où devait être fondée Marseille". La légende prétend que ces Phocéens, conduits par Protis sous la protection d'Artémis, la grande déesse d'Ephèse aux dix-huit mamelles, débarquèrent sur les rives du Lacydon (le futur Vieux-Port) le jour même où Nann, roi des Ségobriges allait marier sa fille prénommée Gyptis.

Gyptis et Protis

Toile d'Anne-Marie Avon Capana réalisée en 1999, pour les 2600 ans de la naissance de la cité phocéenne. Tableau où elle met en scène la légende de Gyptis et Protis.

La coutume voulait alors que la fiancée désignât elle-même l'heureux élu en lui tendant une coupe de vin à l'issue d'un banquet rituel. Les navigateurs phocéens furent amicalement invités à ce banquet ; au dessert, frappée d'un coup de foudre, ce fut à Protis que Gyptis, la fille de Nann, tendit la coupe. Comme la fille était jolie et le père puissant, le jeune capitaine accepta le mariage. En cadeau de noces, Nann fit don aux nouveaux époux d'une bande de littoral sur laquelle Protis fonda cette ville qui au fil des siècles allait devenir Marseille. La colonie comprenait alors, au Nord et à l'Est d'une crique hospitalière, le Lacydon, des marécages (devenus La Joliette et la Canebière), une butte inaccessible de la mer (actuel Saint-Laurent)  et quelques terres pauvres délimitées par les collines proches. Les marins grecs y acclimatèrent avec un plein succès la vigne et l'olivier. Le premier soin de Protis fut de placer en évidence les statues des dieux qui lui avaient accordé une si heureuse destinée. Il éleva le temple d'Artémis sur la butte des Moulins, face aux barbares de l'intérieur (la Butte des Carmes s'appelait encore au Moyen Age Rocca barbara), tandis que celui d'Apollon Dauphin, protecteur des marins, faisait face à la mer. Ce fut la grande prêtresse Aristaché qui, selon la tradition, se chargea du débarquement de la précieuse statue d'Artémis.

Artémis d'Ephése

Fille de Zeus et de Léto, soeur aînée et jumelle d'Apollon, née dans l'île de Délos, la déesse Artémis d'Ephèse est la déesse de la fertilité, elle nourit l'ensemble de l'humanité grâce à ses seins très nombreux et engorgés du lait divin..

Source : Guide de la Provence mystérieuse - Jean-Paul Clébert - 1986.

 

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07 mars 2015

Les travailleurs du corail

 

Poissonniere1

Un grand panier de sardines sous un bras, le poing sur la hanche, la balance romaine accrochée à la ceinture, la poissonnière du quartier Saint-Jean est l’un des personnages les plus caractéristiques du peuple marseillais et l’un des premiers a avoir été immortalisé par les santonniers. Un tablier de grosse toile de chanvre protège son beau cotillon d’indienne, un grand châle est croisé devant, les pointes passées dans la ceinture, les barbes de sa coiffe toujours dénouées flottent au vent et ses oreilles, sa gorge et ses mains s’ornent de bijoux d’or filigranés, enchâssant de ravissants camées de corail. Elle est napolitaine ou sa mère l’était ou sa grand-mère avant elle. Et son frère, son père ou son grand-père était pêcheur ou corailleur. Depuis des siècles, le corail fascine, par sa couleur couvrant toutes les nuances de l’orange, du rose pâle au rouge sang, par sa forme en arbre miniature, par sa provenance puisqu’il faut aller le chercher dans les profondeurs de la mer. A la fois animal, végétal et minéral, le corail a acquis un très grand pouvoir magique. Il protége de la foudre, éloigne la haine, la jalousie, défait les sortilèges, anéantit les peurs et les cauchemars. Tous les peuples de la Méditerranée ont de tous temps mêlé le corail à leurs trésors et à leurs parures. Mais les corailleurs napolitains et siciliens furent certainement les plus célèbres. Et le corail fit la fortune et la prospérité de petites villes de Sicile où, à partir du XVIe siècle, s’était établie une brillante tradition de travail du corail. De splendides objets d’art furent produits pour les plus nobles familles et les plus prestigieuses cours d’Europe.

Corail-rouge

Le XVIIe siècle connut l’apogée de l’art du corail en Europe, tant ce matériau précieux, aux formes naturelles, se prêtait à l’expression fantasque de l’âge baroque. Le XVIIIe siècle lui préféra l’éclat des perles et des diamants et l’art du corail déclina peu à peu. Au XIXe siècle, les élégantes et jolies demoiselles des villes boudaient le corail, de peur de passer pour des "filles ou femmes d’artisans de province". C’étaient bien les artisanes, les revendeuses de légumes, les bouquetières et les riches poissonnières du quartier Saint-Jean qui continuaient de se parer fièrement de ces bijoux rouges. Les corailleurs marseillais se recrutaient sur le quai Saint-Jean, parmi la population d’émigrés napolitains. Les plus importants gisements de corail en Méditerranée se situaient autour de la Sardaigne et de la Corse. Comme Naples et Barcelone, Marseille avait développé le commerce et le travail du corail brut. Dans une quantité d’échoppes éparpillées autour du port, on sculptait les petits arbres orange pour les transformer en perles à enfiler, en croix, en camées ou en amphores. Puis d’autres artisans les montaient dans de légers filigranes d’or, et ces bijoux simples et charmants étaient vendus dans toute la Provence.  

   Source : Couleurs de Provence – Michel Biehn - Flammarion

Corail 1

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