Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

Côte d'azur varoise

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla).

Mon nouveau blog :

Cimetières de Trans en Provence et généalogies transiannes (canalblog.com)

Ce blog est en construction. J'étudie les familles de Trans par rapport à leurs tombes et je mets un lien qui renvoie à ma base de données de généalogie (quand j'ai étudié les familles en question). Si vous désirez le visiter quant même, il vous suffit de cliquer sur le lien. Merci à vous.

 

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03 août 2021

Le naufrage du paquebot le Liban à Marseille en 1903

Liban au port

Le naufrage du paquebot baptisé le Liban le 7 juin 1903, à la suite de sa collision avec le paquebot dénommé l’Insulaire près de l’île Maire, à seulement quelques encâblures de Marseille, fut certainement l’une des plus grandes catastrophes maritimes que la cité phocéenne a connu.

Le Liban était un paquebot mixte, c'est-à-dire qu'il transportait aussi bien des passagers que des marchandises. C'était un paquebot à vapeur, construit en 1882 à Glasgow en Ecosse par les chantiers Napier & Sons pour le compte de la compagnie Fraissinet. La Fraissinet était une Compagnie Marseillaise de Navigation à Vapeur, aux mains de l’un des plus puissants armateurs du sud de la France, qui régnait alors sur les transports maritimes vers la Corse, l’Italie et tous les pays du pourtour de la Méditerranée. Et ironie du sort, les deux paquebots en cause dans la collision du 7 juin 1903 appartenaient tous les deux à la compagnie Fraissinet !

Il était long de 91 mètres pour 11 mètres de large et 6 mètres de tirant d’eau, jaugeant 2308 tonnes, il pouvait atteindre une vitesse de croisière de 12 noeuds grâce à une machine à vapeur de 3 cylindres à triple expansion de 386 cv, alimentée par une chaudière et connectée à une seule hélice.

Liban en mer

Le Liban était allé jusqu’en Chine et à Madagascar également avant d’être affecté aux transports de passagers entre Marseille et la Corse. En 1903, au moment du naufrage, il était commandé par le capitaine Antoine Lacotte. Le 7 juin 1903, le Liban, qui assurait aussi le service postal entre le continent et la Corse, était parti de Marseille à 11h30 pour Bastia. Le temps était très beau et les passagers se pressaient vers le restaurant pour y prendre leur déjeuner comme à l'accoutumée. La traversée s’annonçait sans aucun problème. C'est en longeant la côte en direction de Cassis, que le Liban qui était en train de doubler l’île Maire rencontra l’Insulaire, un autre paquebot lui aussi de la compagnie Fraissinet qui naviguait en sens inverse puisqu'il arrivait de Nice et de Toulon.

Carte naufrage Liban

En ce qui concerne les croisements de navires, les règles de navigation sont très claires : les deux navires qui suivent des caps inverses doivent s’écarter, chacun par son tribord. Dans le cas présent, la manoeuvre était rendue délicate pour l’Insulaire car il longeait au plus près la rive de l’île Maire sur son tribord et il ne pouvait donc pas modifier davantage sa route vers la droite car il risquait de s’échouer. 

Le capitaine Lacotte voyant que l'Insulaire gardait le même cap, qui rapprochait de très près les deux navires, crut que le Liban manoeuvrait pour s'éloigner. Et c’est ainsi qu’il commit l’erreur fatale de décider de croiser l’autre paquebot par bâbord, contrairement aux règles de navigation en vigueur. Ce faisant, le Liban se rapprocha dangereusement de l’île Maire, présentant son flanc droit à l’Insulaire qui, pour sa part, n’avait toujours pas changé de cap et lui fonçait droit dessus, en plein travers. 

Liban et Insulaire - Supplement du Petit-Journal-1903

La collision était fatale et se produisit dans un fracas épouvantable. L’Insulaire aborda par tribord le Liban à 12h30, provoquant une énorme brèche qui laissa un flot important pénétrer dans la coque de celui-ci, et qui le fit sombrer en moins de dix minutes.

Le capitaine du Liban qui connaissait les fonds marins de cet endroit a quand même essayé d’amener son paquebot sur un plateau moins profond entre les îlots des Farillons et l’île Maire, dans le but désespéré de l’échouer pour éviter le naufrage. Mais malheureusement, il n'y arriva pas, le paquebot étant trop gravement touché. Il se remplissait d’eau inexorablement et quand les sauveteurs arrivèrent à sa portée, le Liban avait déjà sombré.

Plusieurs navires qui croisaient dans les parages avaient été les témoins directs de la catastrophe, dont notamment le Balkan et le Plaider, de la Compagnie Fraissinet, le navire autrichien Rakocsy et le bâteau de pilotage Bléchamp. Ces navires organisèrent immédiatement les secours. Le patron du Bléchamp se dirigea sur le Liban au moment où, envahi par les eaux, le capitaine Lacotte tentait une ultime manoeuvre en poussant à fond ses machines pour aller s’échouer à terre.

Sur le Liban, pendant que la proue s’enfonçait et que la poupe s’élevait à la verticale, les passagers tentèrent de sa masser sur l’arrière, encore hors de l’eau. Mais la partie arrière était couverte d’une tente qui constitua un piège car les malheureux ne purent se dégager de cette toile quand le paquebot sombra.

Le Liban avait à son bord 43 personnes qui constituaient les membres d'équipage, 148 passagers qui possédaient un billet et une grande quantité de passagers sans ticket, dont le nombre était inconnu car beaucoup de passagers en classe économique avaient pour habitude d’embarquer et de payer leur traversée directement auprès des commissaires de bord. Au moment de la catastrophe, la régularisation des passagers sans titre de transport n’était pas encore terminée et on ne put donc jamais établir avec certitude un bilan précis des victimes du naufrage. On estime cependant que le drame a coûté la vie à cent à deux cents personnes, hommes, femmes et enfants. Une centaine de personnes rescapées de la catastrophe furent ramenées à Marseille.

Victime

Le deuxième navire mis en cause, le paquebot l’Insulaire, dont l’avant était sérieusement touché mais présentait des voies d’eau de moindre importance, continua sa route à toute vapeur vers le port de Marseille, sans se préoccuper de son homologue en train de sombrer. Si ce comportement a été beaucoup critiqué par la suite, les explications fournies par son commandant, le capitaine Arnaud, étaient très logiques : voyant que plusieurs navires se trouvaient à proximité des lieux de la collision et se rendaient au secours des victimes, il avait préféré amener le plus rapidement possible son navire en lieu sûr afin d’éviter un deuxième naufrage, qui aurait rendu la catastrophe encore plus meurtrière. En agissant de la sorte, il avait sauvé son paquebot, ses membres d'équipage et ses passagers.

Carte épave Liban

Aujourd’hui, le Liban se trouve sur la face sud de l’île Maire. La proue contre les Farillons du large, aux coordonnées : latitude 43° 12’ 47 N et longitude 5° 20’ 23 E.

La proue encastrée dans les rochers se trouve à 32 mètres de fond. La poupe au plus profond repose à 36 mètres. Le site peu éloigné de la côte, n’est pas abrité des vents d’est et de sud. La profondeur reste à la portée de la plupart des plongeurs et en général l’eau y est claire. Le paquebot Liban est relativement bien conservé et abrite une vie abondante. C'est est l’une des épaves les plus plongées de la région marseillaise.

Source : Le naufrage du Liban par Emile Thomas - Le Figaro du 8 juin 1903

Je vous recommande de lire le texte ci-dessous pour en savoir plus. Il a été écrit par un journaliste du Figaro le 8 juin 1903. Le naufrage du Liban par Emile Thomas - Une Catastrophe en mer

 
Compagnie maritime fraissinet

La Compagnie Fraissinet a été fondée en janvier 1836 à Marseille par Marc Fraissinet qui va s'allier au courtier d'assurance Chancel. En 1841, Fraissinet rachète la compagnie. En 1853, l'entreprise est rebaptisée Compagnie marseillaise de navigation à vapeur . En 1860, la société possède dix navires.

http://www.corsicamea.fr

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26 juillet 2021

Régusse... et leurs ailes tournent

 

Régusse-Les moulins

Régusse et ses moulins ruinés sur la gauche (Carte postale ancienne)

Le 3 août 1996, un grand nombre de personnes font le déplacement jusqu'à Régusse, village du Haut Var, pour assister à l'événement : l'inauguration des moulins situés au sud du village qui ont été restaurés. Sont présents Monsieur Hubert Falco, sénateur, alors président du Conseil général, Monsieur Farhner, architecte des Bâtiments de France, Monsieur René Roux, maire de Régusse et de tous les officiels. Sur les ailes, les voiles tendues s'offrent au vent. A l'intérieur, les meules se mettent à tourner, et c'est un métier disparu qui reprend vie. Celle des meuniers de Provence, tel maître Cornille, raconté par Alphonse Daudet. 

Mais en réalité, c'est bien plus tôt que commence l'histoire de ces moulins. Le premier, le plus proche du village, a été bâti au XIVème siècle par les Templiers. Le second est érigé un siècle plus tard, alors que la commune est la propriété de la seigneurie Dalbert. Viendront ensuite les Castellane puis les Grimaldi, dont la présence à Régusse reste gravée sur le blason de la commune. Jusqu'à la Révolution, les moulins, propriété des seigneurs, servent à moudre le blé de l'ensemble des cerfs établis sur une distance d'une lieue autour du village. Après la Révolution, ils deviennent privés. Témoins d'une activité passée, ils fonctionnent jusqu'à la moitié du XIXème siècle. On y moud alors, tous les ans, pas moins de cinquante tonnes de grains. Puis, concurrencés par la minoterie industrielle, ils perdent leur utilité. Peu à peu ces bâtiments tombent en désuétude et ils finissent en ruines. De ces beaux moulins, il ne reste que les deux tours. Délabrés et inutilisables, ils suscitent l'intérêt de la municipalité qui, au début des années 90, décide de lancer une campagne de restauration. Un bail emphytéotique de 99 ans est alors signé entre la municipalité et le propriétaire. Dans un premier temps, un débroussaillage des terres autour des moulins a lieu afin de les rendre accessibles. Puis, vient ensuite une phase d'études : un long travail de recherches est entrepris. Grâce au concours de l'architecte des Bâtiments de France, l'équipe en charge du projet récupère des plans d'origine de moulins type de Provence, datant de 1640. Un déplacement est même organisé à Fontvieille dans les Bouches-du-Rhône, pour visiter le moulin dit Moulin de Daudet. Ces investigations et observations servent de bases à la reconstruction des vestiges meuniers de Régusse. Pour le savoir-faire, la restauration du mécanisme, de la charpente et du toit, ce sont les "Charpentier du Haut-Var", au Muy, dont le gérant, Monsieur Aujogue est un ancien "Compagnon charpentier du tour de France" qui ont oeuvré à la reconstruction.

Le toit vu de l'intérieur

La charpente - Vue à l'envers (Photo du dossier)

Les moulins de Provence sont reconnaissables grâce à leurs mensurations. Leur diamètre est égal à leur hauteur : six mètres. Au dessus de la tour est simplement posé le toit, plus précisément nommé chapelle, qui a été reconstruit en cèdre rouge. A l'époque c'était du châtaignier, mais là, il était important d'utiliser du bois imputrescible pour cette pièce maîtresse du moulin. La chapelle pèse 5,2 tonnes. Pour la faire pivoter et orienter les ailes aux vents, la force de huit personnes est nécessaire. A l'intérieur de cette pièce maîtresse, est fixé l'arbre principal, un morceau de chêne long de sept mètres et pesant pas moins de 800 kg. Mis en rotation, il entraîne la grande roue et donne le mouvement à l'ensemble du mécanisme.

Le mécanisme du moulin

Vue du mécanisme avec axe et grande roue (Photo du dossier)

A Régusse, ce savoir-faire perdure grâce à quelques bénévoles, qui, régulièrement, font tourner le moulin. Lors de la fête qui leur est dédiée, le premier week-end du mois d'août, des Journées européennes du patrimoine (21 et 22 septembre 2019) et à bien d'autres occasions tout au long de l'année, ils parent les ailes de leurs voilages avant de les actionner. Le grain est alors transporté jusqu'à l'étage du moulin avant d'être broyé entre les meules. Sous les yeux émerveillés des petits comme des grands, le blé devient boulange. "Ici, nous avons entre 220 et 240 jours de vent par an", précise Alain Gasquet. "Cela laisse à penser que ces moulins tournaient très régulièrement. Le reste du temps, le meunier s'occupait de leur entretien". Sur les deux bâtiments restaurés, tous deux inscrits à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1978, un seul a bénéficié de la remise en état de son mécanisme. Le second a été converti en musée. On y trouve divers outils agricoles et quelques photos anciennes du village.

Je mets le lien ci-dessous pour que vous puissiez aller voir le site des amis des moulins de Régusse.

Les Amis des Moulins de Régusse (lesamisdesmoulinsderegusse.fr)

Source : D'après un article paru dans le magazine Le Var - Eté 2019 - Nul Var Ailleurs

Régusse-Les moulins

 Les moulins à vent de Régusse (Photo Nadine)

Moulins de Régusse

Les moulins dans le soleil couchant (Photo Nadine)

 

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17 juillet 2021

Le passé géologique du Var

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Animation montrant le phénomène de dislocation de la Pangée

Le Var tel que nous le connaissons aujourd'hui n'a pas plus de 10 000 ans. Cela est peu comparé à l'échelle de la géologie qui s'étale sur des milliards d’années. Il est issu d’un vieux continent disparu appelé la Thyrrénide. La mer n’est plus au nord comme elle l’était à cette époque, mais au sud du territoire. La Corse et la Sardaigne se sont décrochées respectivement du massif de l’Estérel et du massif des Maures. Les périodes de grandes glaciations ont disparu, le niveau de la mer est remonté de 120 mètres. Mais avant d’en arriver là, le Var aura parcouru plus de 550 millions d’années. Ce qui fait de lui un territoire des plus riches en terme de géologie, puisqu’il est constitué des trois grands types de roches terrestres : les roches métamorphiques, les roches volcaniques et enfin les roches sédimentaires. Tout commence donc au niveau du Pôle sud. Par manque d’oxygène, la vie sur la terre ferme est totalement impossible. La couche d’ozone est inexistante et, du coup, rien ne peut arrêter les bombardements constants d’ultraviolets. Les températures sont caniculaires malgré la proximité du cercle polaire. La Terre tourne plus vite. Le Var est au fond de l’océan Iapétus, encore appelé océan proto-Atlantique, et il a entamé une longue période de remontée. Celle-là même qui va occasionner le premier grand phénomène géologique, la tectonique avec les déplacements des plaques ou tectonique des plaques. Ce phénomène de la tectonique des plaques va entraîner la formation des roches métamorphiques ou encore siliceuses qui sont les plus anciennes. Elles se mettent en place entre 440 et 410 millions d’années. Elles sont présentes dans le massif des Maures et les îles varoises, essentiellement sur le littoral. A cette époque, les seules sources de vie sont marines. La croûte océanique va s’enfoncer jusqu’à 60 km dans le sol, pour ressortir 100 millions d’années plus tard. Là, entre la pression et la chaleur, ces roches sédimentaires vont se cristalliser pour devenir des roches métamorphiques. Pour autant, on retrouve différents degrés de métamorphisme.

Gneiss

Exemple de roche appelée gneiss

A l’est du Var, l’intensité a été la plus forte, donnant des roches foncées, appelées gneiss. Elles sont largement visibles à Saint-Tropez, à Bormes-les-Mimosas ou dans le massif de Tanneron. Elles renferment même du mica, offrant à la roche cette brillance tant spécifique. A l’ouest, l’intensité a été moindre et sur des zones bien définies comme au Cap Sicié à La Seyne-sur Mer, à Giens et sur l'île de Porquerolles à Hyères. Une chaîne montagneuse appelée chaîne Varisque ou chaîne Hercynienne se met en place et traverse l’Europe. Le continent, nommé la Pangée, est coupé en plusieurs morceaux. Le massif des Maures culmine à 3000 mètres d'altitude. La position du Var est maintenant au niveau de l’Equateur. Les plantes comme les fougères, les prêles, et les tous premiers conifères ont à présent colonisé la Terre. Quant à la faune, elle se limite aux insectes, aux amphibiens et aux premiers reptiles. Riches en plomb, en fer, en uranium et en fluorine, ces roches vont aussi contribuer à l’essor minier du Var, plusieurs millions d’années plus tard. Le deuxième phénomène ayant participé à la construction géologique du Var sont les éruptions volcaniques. Il y a 270 millions d’années, de gigantesques éruptions recouvrent une partie du sud-est du Var de leurs laves rhyolitiques. Le massif de l’Estérel est en train de naître. Le département a connu plusieurs périodes de phases volcaniques violentes dont les plus récentes datent de 5 millions d’années sur le secteur de Sainte-Anne-d’Évenos.

Estérelite*

Estérellite identifié par Gérard Olive découverte à l'ouest du Cap du Dramont (Photo Wikipédia)

Sur le littoral actuel, d’autres volcans sont très actifs comme à Carqueiranne, au Pradet mais aussi à Saint-Mandrier. Ces phénomènes sont si violents que personne n’aurait pu y vivre. Grâce à ses différents événements volcaniques, le Var recèle des roches effusives de différentes couleurs : rouges sur l’Estérel, noires en basalte à Sainte-Anne-d’Evenos, vertes sur le rocher de La Garde. A Agay, on parle d’Estérellite, aussi appelée "le porphyre bleu de l'Estérel".

Carte-geologique-de-la-Provence-Michel-CRIVELLARO

Carte géologique de la Provence - Michel Crivellaro

La mer remonte et noie une partie du Var : l’ouest, le nord-ouest et le nord. A l’inverse d’aujourd’hui, la mer est au nord du département. Pendant plus de 100 millions d’années, la Provence va rester sous l’eau. Progressivement, les roches sédimentaires vont se former par couches. C’est la Provence calcaire qui se met en place à partir de 210 millions d’années. Ces roches, présentes sur 70 % du département, sont en grande partie fossilifères, ce sont les archives du vivant. Au Thoronet, le plus grand Ichthyiosaure d’Europe a été retrouvé.

Ichthyiosaure

Ichthyiosaure (Gravure site https://dinosauress.fr/)

Ce reptile marin date d’entre 208 et 205 millions d’années et mesurait plus de 18 mètres de long. Ce type de découverte a permis de comprendre que les eaux varoises étaient chaudes et profondes. Dans les grès du Haut-Var, des pinces de crabes, des dents de raies et des dents de requins ont également été découverts. Puis, il y a 100 millions d’années, l’Afrique remonte sur l’Europe provoquant un plissement des couches. Une partie de l’Europe devient continentale. Dans le Haut-Var, les fleurs apparaissent tout comme les insectes pollinisateurs, les papillons et même les abeilles. Les dinosaures traversent le Var par les continents du sud et du nord. L’Europe était en fait un archipel d’îles, un peu comme le Japon d’aujourd’hui.

 Dans le nord actuel du département serpentent des rivières alimentant des estuaires ou des étangs en connexion avec une mer toute proche, tandis que le sud du département se trouve lui, encore sous l'eau. Après de nouvelles convulsions tectoniques, il y a 5.9 millions d'années, la Méditerranée est coupée de l'Atlantique et le niveau de la mer baisse de 2 000 mètres en-dessous du niveau actuel à cause d'une très importante évaporation. Le Var se transforme alors en un immense plateau rocheux surplombant une cuvette désertique semblables aux cuvettes salées des déserts tunisiens. Le Faron à Toulon devient un pic culminant à plus de 2 500 mètres. Les fleuves et les rivières creusent leur lit pour rattraper le niveau de la mer créant d'immenses canyons de plusieurs centaines de mètres de profondeur à l'image du canyon du Verdon.

Désertification

Il y a 5 millions d'années, le Var connaît une période de désertification

Durant 600 000 ans, la sécheresse du climat fait disparaître une très grande partie de la végétation avant que Gibraltar ne s’ouvre et permette à la Méditerranée de se remplir à nouveau grâce à une gigantesque cataracte. Au même moment, des volcans entrent en activité laissant des coulées de basalte entre autres à Sainte-Anne d'Evenos. Depuis ce temps, seul le paysage a évolué pour devenir celui que l'on connaît de nos jours.

Source : D'après un article paru dans le Magazine Le Var - Hiver 2016

 

 

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10 juillet 2021

La prière aux étoiles : le film inachevé de Marcel Pagnol

 

La prière aux étoiles-roman

 

Prière aux étoiles

"Paris, durant l'entre-deux-guerres, Florence est une jeune actrice de cinéma libre et désinvolte. Elle se laisse entretenir sans l'aimer par Dominique, le fils d'un riche industriel lyonnais. Mais quand Florence apprend que Dominique a financé tous les films où elle a obtenu un rôle, elle refuse catégoriquement de l'épouser. Chaque soir, Florence adresse une prière aux étoiles, caressant l'espoir de faire la rencontre amoureuse qui changera le cours de sa vie. Et un beau jour, son chemin croise celui de Pierre, un compositeur de musique désenchanté. Ensemble, les amants fuient la capitale pour vivre leurs amours, cachés à l'hôtel des Calanques, dans le Midi."

"Silence, on tourne !" C'est à Cassis, sur le port, que Marcel Pagnol est en train de réaliser les premières prises de vue de son nouveau film. On y retrouve des têtes d’affiches bien connues : Josette Day, qui incarne le personnage de Florence, et Pierre Blanchard, qui joue le personnage de Pierre. C'est en fait une trilogie : Florence, Dominique et Pierre, comme pour Marius, Fanny et César. Chacun des trois volets de la nouvelle oeuvre de Marcel Pagnol portera le nom de ses héros.

Le tournage du premier film est organisé en deux étapes : tout d'abord le tournage des séquences qui se déroulent dans le Midi, puis direction Paris pour la suite. C'est une première pour Marcel Pagnol qui n'a jamais filmé à Paris. Mais il lui faut pour le moment affronter un problème dont il était loin de se douter : les congés payés. Ils ont attiré une affluence de vacanciers qui voudraient bien profiter de leurs vacances à Cassis. Mais voilà, il ne se passe pas un jour sans que quelqu'un n'apparaisse inopinément dans le champ de la caméra. S'en est trop pour Pagnol qui demande à son équipe de remballer le matériel et de se rabattre à Marseille, dans l'impasse Jean Mermoz, où le cinéaste possède des studios.

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Josette Day et Pierre Blanchard dans "La prière aux étoiles"

Mais, en cet été de 1941, Marcel Pagnol a d'autres soucis qui le préoccupent également. La France vit les heures sombres de l'Occupation et bien qu'étant en zone libre, le bruit des bottes allemandes se fait entendre. Suite à la législation antijuive de Vichy, son assistant et son chef opérateur sont interdits de travail. Alors que la Résistance s’organise partout, d'autres membres de son équipe s'engagent dans la lutte clandestine. Pagnol doit faire avec et tourner en équipe réduite. Mais il faut compter aussi sur les rationnements en électricité, en bois, en fer, en peinture qui servent à fabriquer les décors ou encore le manque de tissus pour confectionner les costumes. De plus, c'est le parcours du combattant pour trouver des pellicules de bonne qualité, car elles sont devenues une denrée rare et se vendent à prix d'or. Quelques scènes sont finalement tant bien que mal enregistrées. 

Mais, un matin, Marcel Pagnol voit arriver à la porte de ses studios Alfred Greven, patron de la société de production cinématographique Continental qui a été créée juste après la débâcle de 1940. C'est Joseph Goebbels, le propagandiste en chef du IIIème Reich, qui est à l'initiative du projet. Grâce à la Continental, il entend renforcer la mainmise allemande sur le cinéma français pour qu'il devienne un outil à la gloire d'Adolf Hitler. Tout de suite le visiteur allemand comprend que quelque chose se trame dans les studios et c'est sur un ton menaçant qu'il affirme que la compagnie qu'il représente serait ravie de distribuer ce nouveau film qu'ils sont en train de tourner. Pagnol est furieux et n'en fait rien paraître, mais pour lui il n'est pas question de livrer son nouveau projet à l'ennemi. Il réfléchit très vite et affirme que les bobines qui contiennent les scènes déjà filmées ne sont pas exploitables car elles sont de mauvaise qualité. Elles vont être détruites et le projet sera définitivement abandonné. Cependant, l'Allemand ne lâche rien et veut assister à la destruction des pellicules. Pagnol ne peut plus reculer. Cette trilogie qui devait être son oeuvre maîtresse ne connait décidément que des problèmes.

Hache

Le lendemain, il va convoquer un huissier et toute son équipe de tournage, il va ensuite installer un billot de bois dans la cour des studios et revient quelques minutes plus tard avec une hache. Et là, sous le regard médusé de son équipe, il détruit les bobines de "La prière aux étoiles."

Et s'il restait des copies de "La prière aux étoiles" ? Et si Marcel Pagnol avait simplement voulu tromper l'ennemi dans une mise en scène particulièrement réussie ? En fait, Marcel Pagnol n'a pas menti. Les pellicules sur lesquelles il s'est acharné à coups de hache étaient bien inexploitables. Mais, il n'a jamais voulu abandonner le tournage de son film. Et c'est désormais de façon clandestine qu'il filmera. Voilà sa manière à lui de faire de la Résistance.

Pellicules Lumière

Boîtes de pellicules Lumière

Cependant, c'était sans compter sur la ténacité de la société Continental qui va revenir à l'attaque en offrant à Pagnol un poste de directeur. Et il doit se creuser à nouveau les méninges : comment peut-il exprimer son refus de collaborer sans froisser les susceptibilités des uns et des autres ? Il prétexte une cécité. Mais l'excuse le contraint également à vendre ses studios et ses laboratoires à la société Gaumont. Cette-fois ci, la mort dans l'âme, Marcel Pagnol doit se faire une raison. Jamais son public ne pourra s'émouvoir en écoutant sa "Prière aux étoiles" : “Étoiles, dites-lui que je l'attends. S'il est savant, je lirai tous les livres, s'il est marin, je saurai l'attendre. Et s'il est roi, je serai reine. Étoiles, faites que je l'aime, donnez-lui seulement la patience de supporter mon grand amour. Car l'unique et noble richesse ce n'est pas l'amour qu'on inspire, c'est celui qu'on a dans le coeur. Portez-lui ce message ce soir, et faites qu'il vienne demain."

Jacqueline Bouvier

Après la guerre, Marcel Pagnol reviendra derrière la caméra pour diriger Jacqueline Bouvier, sa future femme, dans son film "Manon des Sources", sorti en 1952. Puis il raccrochera définitivement sa casquette de réalisateur et prendra celle de l'écrivain. A la fin des années 1950, Marcel Pagnol se lance dans la rédaction des "Souvenirs d’enfance" une série de quatre romans autobiographiques. Dans "La Gloire de mon père", "Le Château de ma mère", "Le Temps des secrets" et "Le Temps des amours" l'enfant d'Aubagne, né sous le massif du Garlaban, raconte sa jeunesse provençale. Aujourd’hui encore, en tournant les pages, on entend l'accent chantant de ses inoubliables personnages.

Source : D'après un texte d'Europe N°1 - Raconté par Stéphane Bern, édité par Alexis Patri

"La Gloire de mon père" est paru en 1957

"Le Château de ma mère" est paru en 1957

"Le Temps des secrets" est paru en 1960

"Le Temps des amours" est paru 1977 à titre posthume (inachevé)

BD Prière aux étoiles

La B.D. de "La prière aux étoiles" dont la première partie est parue le 28 Avril 2021

 

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03 juillet 2021

Les remarquables seconds rôles des films de Marcel Pagnol

Acteurs Pagnol

 Le charisme de Marcel Pagnol lui a permis de s'entourer d'une équipe de techniciens et de comédiens qui l'appréciaient beaucoup et lui ont offert leur savoir-faire et leur talent dans ses films. Ces comédiens n'ont pas tous atteint une grande notoriété. Tous n'ont pas uniquement tourné avec lui, mais presque tous ont été cantonnés dans des rôles secondaires et quelques-uns dans plus d'une centaine de films. Leur célébrité teintée de l'accent provençal est souvent liée à leur collaboration avec Pagnol. Je vais évoquer certains de ces seconds rôles en commençant par :

Fernand Charpin

Fernand Charpin dit Charpin, né à Marseille le 30 mai 1887 et décédé le 7 novembre 1944 à Paris. Il a débuté sur scène en interprétant le répertoire classique. Pagnol lui fait jouer Panisse en 1931 dans la pièce Marius. Le succès est immédiat si bien que lors du tournage au cinéma il reste Panisse. Il joue également dans d'autres films de Pagnol dont Le Schpountz (1937), où il est l'oncle qui tient l'épicerie, La femme du boulanger où il incarne le marquis de Venelles, le boutiquier de Salon dans La Fille du puisatier, etc... Il joue aussi dans Chotard et compagnie, reprise de la pièce par Renoir en 1932, La Belle Équipe (Duvivier, 1936), Pépé le Moko (Duvivier, 1936).

Rellys

Rellys, de son vrai nom Henri Marius Bourelly né 12 décembre 1905 à Marseille et décédé le 20 juillet 1991 dans cette même ville où il est enterré au cimetière Saint-Pierre. Acteur de théâtre à titre amateur, il se produit en 1925 à l'Alcazar de Marseille où il gagne un concours de chant. Il est embarqué dans des tournées de music-hall et il joue dans l'opérette Au pays du soleil avec Alibert (1933) et à partir de 1935, il entame une longue collaboration avec Marcel Pagnol. Dans Manon des sources (1952) il est Ugolin qui clame son amour pour la jeune fille et en arrive même à se coudre un de ses rubans sur la poitrine. Il se retire de la scène en 1977 et du cinéma en 1978. Il a souvent interprêté des rôles secondaires, mais les spectateurs reconnaissent sans peine son timbre de voix, son accent et son air attendrissant.

Henri Poupon

Henri Sylvestre Vincent Poupon dit Henri Poupon né le 14 juillet 1884 à Marseille et mort le 16 février 1953 à Toulon. Il faisait partie des acteurs fétiches de Marcel Pagnol, pour qui il a été, entre autres, le terrible père d'Angèle (Orane Demazis), l'interprète mégalomane de Napoléon dans Le Schpountz, le Papet de Manon des sources. Il est arrivé à Paris dans les années 1920, comme beaucoup de Marseillais. Auparavant, en 1912, il écrit quelques chansons, dont des grivoises (Pieux souvenirsAh ! Que l'amour) enregistrées par Fortugé, ou des romances (Je sais que vous êtes jolie) interprétées entre autres par Georges Elval. A son arrivée dans la capitale, il écrit des sketches comiques, pour la plupart grivois, qu'il enregistre lui-même chez Pathé vers 1923. A la fin des années 1920, il rencontre celui qui deviendra son ami : Raimu (Jules Muraire). Ils enregistrent ensemble quelques scènes comiques chez Columbia (Les Deux sourds…) en 1932. Puis il est remarqué par Pagnol qui l'engage dans sa troupe d'acteurs-fétiches avec Orane Demazis, Fernandel, Raimu, Charles Blavette, Charblay, Robert Vattier, Marcel Maupi, Fernand Charpin, Odette Roger et bien d'autres. A partir de ce moment, il devient un grand second rôle à l'écran, bien que cela ne l'empêche pas de garder son légendaire flegme méridional. Il passe la plupart du temps, lors des tournages, entre deux prises ou bien chez Pagnol à jouer aux boules avec cette même équipe. Il meurt en 1953 après avoir tourné son dernier film, et l'un des meilleurs : Manon des sourcesIl était marié à la chanteuse et compositrice Blanche Poupon née Allard (1890-1981).

Milly Maths&a

Milly Mathis de son vrai nom Emilienne Pauline Tomasini, née le 8 septembre 1901 à Marseille et morte le 30 mars 1965 à Salon de Provence. Artiste complète, elle savait chanter, jouer la comédie avec naturel et aplomb et on la vit, très jeune, dans des revues et des opérettes. Elle reste à jamais la tante Claudine dans Marius, puis Fanny, et la tante Nathalie dans La Fille du puisatier, femmes de caractère tenant tête à Raimu.

Alida Rouffe

Alida Rouffe née Joséphine Marie Rouffe le 20 mars 1874 à Bordeaux et décédée le 21 novembre 1949 à Marseille. Elle est la fille du mime Louis Rouffe (1849-1885). Elle fit l'essentiel de sa carrière théâtrale dans le Sud de la France entre le music-hall, la comédie et l'opéra. Elle se produisit notamment à l'Alcazar de Marseille mais également sur des scènes lyriques comme l'Opéra de Nîmes où elle interpréta le rôle de Dame Marthe dans Faust de Gounod. Il va s'en dire que son rôle le plus célèbre est celui d'Honorine Cabanis, la mère de Fanny, qu'elle créa dans la trilogie marseillaise de Marcel Pagnol.

Acteurs Pagnol Bis 

Maupi

Marcel Maupi, de son vrai nom Marcel Louis Alexandre Barberin est né le 6 novembre 1881 à Marseille et décédé le 4 janvier 1949 à Antibes. Il joue avec Raimu dans les music-halls de la région toulonnaise. Le grand comédien impose son compagnon dans la distribution des films où il est présent. Petit mais plein de malice et de verve, il a une place bien à lui dans la filmographie de Pagnol (il est le barman qui "a la voix, l'oeil et la bonté bourrue de Raimu" dans Le Schpountz).

Delmont

Edouard Delmont ou Delmont tout court, de son vrai nom Edouard Marius Autran est né à Marseille le 5 décembre 1883 et il est décédé le 22 novembre 1955 à Cannes. Il est d'abord forgeron métallurgiste comme son père avant d'être recruté comme machiniste par le théâtre de l'Alcazar à Marseille en 1914, Bientôt promu régisseur sous la direction de Franck Esposito, il devient lui-même comédien vers 1918, sous le pseudonyme de DelmontIl est l'un des interprètes de second plan dans de nombreux films de Marcel Pagnol : le pêcheur qui raconte le départ d'Aurélie, La femme du boulanger dans le film qui porte le même titre, le pépé qui offre le soc de charrue à Panturle dans Regain, maître Cornille dans l'adaptation d'Alphonse Daudet, Le Secret de maître Cornille, etc...

Blavettel

Charles Ernest Jean Blavette dit Charles Blavette est né le 24 juin 1902 à Marseille et décédé le 21 novembre 1967 à Suresnes. Il excerce le métier de ferblantier mais il est passionné par le cinéma. C'est à Marseille qu'il rencontre Henri Poupon qui lui suggère de contacter Marcel Pagnol pour faire de la figuration dans son film Jofroi, tourné à La Treille. Pagnol est tout de suite séduit par son jeu d'acteur si bien qu'il lui propose le rôle important d'Antonin le paysan. Sa carrière est lancée. En 1935, après un deuxième film avec Pagnol, il obtient le premier rôle pour Toni de Jean Renoir. Il a à son actif une cinquantaine de films avec d'autres réalisateurs tels que Cayatte et Clouzot.

Paul Dullac

Paul Dullac, de son vrai nom Paul Aurel Gouteredonde est né le 9 mars 1882 à Bègles et mort le 17 août 1941 à Vichy. Après avoir débuté au fameux Alcazar de Marseille, Marcel Pagnol le remarque. Il lui propose le rôle de Félix Escartefigue dans Marius et César. Il fut également de la distribution du premier film de Sacha Guitry intitulé Bonne chance ! en 1935 et joua également le rôle de Javel dans La Marseillaise de Jean Renoir. Il est Casimir, le patron du café du cercle républicain, dans La Femme du boulanger, chez qui le boulanger annonce qu'il fait la grève du pain.

Robert Vattier

Robert Vattier est né le 2 octobre 1906 à Rennes et décédé le 9 décembre 1982 à Nanterre. Il est le seul à ne pas avoir l'accent du sud. Il incarne Monsieur Brun dans la célèbre partie de cartes de Marius (1931) de Marcel Pagnol. Après la guerre, essentiellement acteur de théâtre, il est toutefois régulièrement à l'écran pour des seconds rôles (magistrats, bourgeois) ou des rôles plus importants comme dans Ugolin de Pagnol ou encore le père abbé dans le film L'Élixir du révérend père Gaucher de Pagnol d'après un romzn d'Alphonse Daudet. Il joue de nouveau un rôle d'ecclésiastique en tant que le curé du village dans La femme du boulanger (1938). Personnage précieux, moralisateur et en butte à l’anticléricalisme de l’instituteur, il intervient dans plusieurs scènes et notamment celle avec Raimu qui cherche sa femme dans l'église et lui rétorque " Si elle est ici [dans l'église] aujourd'hui, c'est qu'elle se cache aussi bien qu'à Banon" est particulièrement savoureuse.

Sources : D'après "Des provençaux dans l'histoire" - Collection Mémoire en images - Henri Joannet et Wikipédia - l'encyclopédie libre.

 

 

 

 Pour continuer avec Marcel Pagnol, je vous annonce que le prochain article sera : "La prère aux étoiles", le film inachevé de Marcel Pagnol.

 

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25 juin 2021

Le boutis, oeuvre d'art et de patience

Boutis

Chaque boutis a une histoire et chaque boutis est une oeuvre unique, une oeuvre d'art. Des plus anciens à ceux encore confectionnés de nos jours, chaque ouvrage raconte la vie de son auteur. Par le choix des tissus, le choix du patron, les symboles qui y sont reproduits et le temps passé à sa réalisation, le boutis est le reflet de la personne qui le façonne. C'est une technique très ancienne, dont les origines remonteraient à la dynastie Han (-200 avant J.-C. à 200 après J.-C.), mais c'est au XVIème siècle que le boutis connaît réellement un essor. Ces pièces brodées en relief, le plus souvent blanches, et en coton, sont alors produites de façon industrielle par des brodeurs professionnels, notamment à Marseille. A partir de là, la pratique va s'étendre dans les foyers provençaux pour devenir au fil des siècles, une tradition familiale qui se transmettra de génération en génération. Jusqu’au XIXème siècle, cette tradition constitue même un rite de passage à l’âge adulte pour bon nombre de jeunes filles qui, dès leur communion solennelle, vers 12 ans, devront confectionner des pièces de boutis pour leurs trousseaux. 

Boîte à couture

En cadeau elles recevaient une boîte à couture qu’elles utilisaient tout au long de leur vie pour leurs différents travaux d'aiguille et elles se mettaient au travail. Trois pièces composaient le travail en boutis : un cotillon, un pétasson (petassoun en provençal) et une courtepointe. Le cotillon, ou jupon, était porté par la jeune femme lors de son mariage. Le pétasson, carré de 50 centimètres de côté, servait à langer son enfant. Quant à la courtepointe, elle ornait le lit des époux tout au long de leur vie jusqu'à la mort de sa créatrice dont elle devenait le linceul. Il fallait beaucoup de patience, du coeur à l’ouvrage mais aussi de bons yeux afin de broder ces pièces, riches en symboles. Il faut dire que les jeunes filles, la plupart d'entre elles ne sachant ni lire, ni écrire, y transcrivaient en motifs leur appartenance religieuse, leur état d’esprit et leurs espérances.

Boutis-petasson

Une marguerite n’a pas la même signification qu’un lys ou qu’une narcisse. Le nid avec des oiseaux représente le mariage d’amour, contrairement à la corbeille de fruits. La miche de pain, elle, est brodée par celle qui espère ne jamais manquer de nourriture dans son foyer. Beaucoup d’autres symboles sont fréquents sur les pièces anciennes. Par exemple, le brin d’olivier si cher à la Provence, ou encore la coquille évoquant Saint-Jacques de Compostelle ou bien des étoiles signes de l’hospitalité des Provençaux. Si la symbolique a changé et les pièces confectionnées ont évolué, le travail, lui, reste le même. Avec énormément de patience, et de passion, les boutisseuses d’aujourd’hui reproduisent des heures durant les mêmes gestes que leurs aïeules. Au point que le temps passé sur un boutis est bien souvent incalculable. C’est un travail assidu, de longue haleine, que l’on ne peut réaliser qu’avec passion. Cette passion, qui était auparavant transmise de mère en fille, ce savoir-faire ancestral, se partage désormais dans diverses associations qui sont dédiées à l’art, à la culture et aux traditions provençales. Au sein de ces structures les dames échangent beaucoup entre elles et s'entraident. Si l’une éprouve une difficulté, une autre va l’aider. Elle se donnent des conseils, montrent aux autres comment réaliser telle ou telle chose, tel ou tel point, de telle ou telle façon. Chaque nouvelle venue doit, en premier lieu, réaliser son pique-aiguille. C’est une façon d'apprendre directement la technique, par la confection d’un petit ouvrage, soit à partir d’un patron existant, soit en créant un motif de son choix, selon l'inspiration du moment. Car chaque boutis a pour commencement le dessin d’un patron. Qu’il soit original ou pas, ce dernier est reproduit sur le tissu, le plus souvent du coton, et plus précisément de la batiste, un coton très fin. Le motif souhaité dessiné sur papier, est calqué sur le tissu préalablement découpé. Vient ensuite l’étape du bâti. Il s’agit d’assembler les deux tissus entre lesquels seront, plus tard, enfilés des mèches de coton qui vont permettre de donner le relief au boutis. Ainsi, les deux carrés de tissus sont liés l’un à l’autre. Les boutisseuses peuvent alors piquer au point de piqûre, ou point avant, ces deux étoffes, suivant le dessin préalablement réalisé. Avec cette étape, des parties sont cloisonnées puis mises en bosses grâce à la technique du "bourrage". Sur l’envers du tissu, des mèches de coton sont insérées grâce à une aiguille à bout rond. Il faut parfois des dizaines de mèches, glissées une à une entre les tissus, pour parvenir à l’obtention de l’épaisseur voulue. C’est par une jolie finition sur la bordure entre les deux tissus, que les boutisseuses vont terminer leur réalisation. Chacune de ces étapes nécessite de longues heures de travail. 

Boutis-Pêcheur

Coussin

La patience et la précision du geste sont donc deux qualités à posséder pour se lancer dans la pratique du boutis. Un véritable boutis n'a pas de valeur financière car tout dépend de la dimension des pièces confectionnées. C'est ainsi qu'un chausson de bébé demande en moyenne 48 heures de travail contrairement à un couvre-lit qui va demander des jours voire des mois de travail assidu. Les belles confections d’aujourd’hui sont davantage décoratives qu'usuelles mais elles n’en demeurent pas moins aussi résistantes. Un véritable boutis est blanc. Ainsi, il peut être bouilli, ou lavé en machine à 60 °C. C’est afin de protéger ce savoir-faire, et lutter contre un emploi abusif du terme "boutis", que plus de trente associations françaises - dont sept varoises -, il faut le souligner, emmenées par l’association France boutis, se sont mobilisées. Rassemblées et entourées d'historiens et de collectionneurs, plusieurs personnes issues de ces structures ont travaillé durant trois ans à la constitution d’un dossier permettant de faire reconnaître cette technique ancestrale. Depuis 2019, le boutis est répertorié à l’Inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel en France.

Source : D'après un article du Magazine le Var - Conseil départemental du Var - N°10 Hiver 2020-2021

Complément

L'association France boutis Accueil - France Boutis a été créée en 2007. Elle compte aujourd'hui plus de 500 adhérent(es). Elle a pour but de promouvoir, partager, transmettre l'Art du Boutis ou Broderie de Marseille. Cette association organise des stages ou des ateliers d'initiation et de perfectionnement au boutis et met en place des expositions d'envergure internationale partout sur le territoire. A également été mis en place le Salon National du Boutis qui se tient tous les deux ans à Caissargues dans le Gard au cours duquel se retrouvent une quarantaine d'exposants.

Couvre-lit boutis

 

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15 juin 2021

Le rêve mexicain des Barcelonnettes

 

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Les trois frères Arnaud restent comme les pionniers de l'immigration des "Barcelonnettes" au Mexique. Jacques Arnaud, originaire de Jausiers, dans les Basses-Alpes (actuelles Alpes-de-Haute-Provence), a environ trente ans lorsqu'il ferme sa filature de soie en 1820 dans laquelle il a médiocrement réussi. En septembre 1821, il décide de partir, non pas de façon saisonnière vers la région des Flandres, ou encore la Hollande, Lyon, le Midi, le Piémont... comme c'était l'habitude depuis longtemps dans la vallée de Barcelonnette, mais pour la Nouvelle-Orléans, où il devient un petit fournisseur de l'armée américaine. Plus tard, profitant qu'Iturbide, proclamé empereur en 1822, sous le nom d'Augustin 1er, ouvrait les portes du Mexique aux étrangers, il part pour Mexico, s'associe à un certain Maillefert et monte un magasin de tissus, le "Cajon de Ropa de las Siete Puertas" dans la rue de Bajos de Portaceli. Leurs débuts ayant été promptement couronnés de succès, il fait venir ses frères, Dominique et Marc-Antoine. Dans les années qui suivirent, d'autres jeunes gens de la vallée vinrent aussi les rejoindre. En 1837, Eugène Caire de Briançon (Hautes-Alpes), Derbez et Alphonse Jauffred de Jausiers, venus aussi comme employés de la maison Arnaud, créèrent à leur tour, au Portal de las Flores, un nouvel établissement. Enfin, cinq ans plus tard, Edouard Gassier fonde à Mexico la troisième maison barcelonnette, qui devint la première des trois en importance. 

Dès 1845, Caire et Jauffred, revenaient au pays avec assez d'argent gagné pour encourager les hésitants. Mexico compta bientôt cinq maisons barcelonnettes, Puebla , Zacatecas, Guadalajara et Toluca eurent aussi les leurs. En 1870, la ville de Mexico possède seize grands "cajones de ropa" vendant en gros et au détail toutes sortes de tissus de provenance étrangère ou indigène et des articles de Paris. On compte cinq maisons faisant le courtage et la commission, et si l'on veut avoir le nombre total des industriels barcelonnettes établis et l'énumération complète des industries représentées, il faut y ajouter une importante chapellerie, deux maisons de confections et articles divers, une papeterie, un fabricant d'huile, un fabricant de bouchons, trois boulangers, un cafetier et un menuisier... Bientôt, il y a en tout cent trente-deux établissements barcelonnettes au Mexique, parmi lesquels quatre-vingt-six magasins de nouveautés, dont le chiffre d'affaires représente annuellement plusieurs centaines de millions de francs et s'accroît chaque jour suivant une progression constante. A partir de 1875-1876, le commerce des tissus en gros et détail, reste presque exclusivement aux mains des Barcelonnettes et leurs établissements, dès lors, n'ont cessé de prospérer. Joseph Antoine Couttolenc, né à Chazelas, près de Barcelonnette, en 1796, lui, fit fortune dans l'exploitation d'une mine de cuivre. Un de ses fils devint un fameux général mexicain.

Il est à noter que cette aventure hors du commun, qui a concerné des milliers de personnes, qui ont immigré au Mexique jusqu'en 1950 et dont on estime aujourd'hui à environ 50 000 le nombre des descendants pour la seule ville de Mexico, a principalement concerné l'industrie textile (filatures de soie) et les grands magasins.

Sources : D'après "Les Voyages autour du monde par terre et par mer" : Les Barcelonnettes au Mexique - Emile Chabrand - 1897 et L'Almanach de la Provence - Pierre Echinard

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 J'ai pris toutes les photos lors d'une excursion à Barcelonnette en 2007

Les plus chanceux des “Soyeux du Mexique”, qui ont fait fortune dans le textile et les banques à Mexico et en province, rentrent en Ubaye pour y faire construire une belle villa, un “petit château” et aussi un immense tombeau. Ces villas, que l’on peut admirer le long des allées et avenues de la capitale ubayenne, sont le témoignage du profond attachement des Barcelonnettes à leur terre natale. Au nombre d’une quarantaine, ces villas sont implantées à la périphérie du centre, formant une ceinture monumentale et décorative unique. On ne peut évoquer l'édification des villas de Barcelonnette et de Jausiers sans mentionner celle des tombes monumentales construites dans ces mêmes années, parfois en même temps que la villa. Tous les cimetières de la Vallée, sans exception, témoignent de la richesse du patrimoine funéraire Ubayen réunissant le savoir-faire des tailleurs et marbriers italiens et la diversité des pierres et marbres sculptés.

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 Quelques tombes monumentales du cimetière de Barcelonette

 

08 juin 2021

Antoine Raspal, peintre de l’élégance provençale

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Le peintre et sa famille, musée Réattu à Arles

Antoine Raspal est né à Arles en 1738, il grandit dans un univers bourgeois ou l’art règne en maître. Son père, marchand de profession, peintre amateur et sa mère, fille du sculpteur arlésien Pons Dedieu, à la tête d’une friperie, l’envoient se former à l’École de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture à Paris. Primé en 1764 par une médaille pour son "Académie d’homme", il fera deux séjours à Paris, dont on ne retrouve que peu de traces, avant que son coeur provençal ne le ramène à Arles pour toujours.

Véritable touche à tout, il excelle dans l’art du détail et de la représentation des textiles. Il puise son inspiration dans l’atelier des demoiselles Raspal, dirigé par ses soeurs : Thérèse et Catherine dont il laisse le plus précis des témoignages dans son chef d’oeuvre "L’ Atelier de couture". Héritier d’une lignée de sculpteurs et d’orfèvres, c’est avec l’adresse et la gestuelle précise qu’il copie les modèles de mode créés avec panache et dextérité par ses soeurs dans leur atelier. Intégré au paysage local, il est reconnu et semble avoir le monopole sur les commandes de peintures et de dessins des particuliers et des instituions arlésiennes.

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"Atelier de couture à Arles", vers 1785, musée Réattu, Arles

"L'Atelier de couture", la plus célèbre de ses oeuvres tant elle a été reprise dans les livres sur le costume provençal, est son oeuvre majeure. Ce tableau présente un atelier de couturières en costume qui sont à l’ouvrage et ont en arrière-plan des robes accrochées au mur, visiblement terminées. Christian Lacroix le célèbre couturier, aime raconter que cette oeuvre l’a suivi tout au long de sa carrière et a été une source d’inspiration pour ses créations. Les couleurs chatoyantes, les motifs nombreux, sont d’une grande richesse pour l’amateur de textiles.

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"Intérieur de cuisine" - vers 1776-1780

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"Le pont de l'observance"  

Antoine Raspal maîtrise à la perfection la représentation de l’élégance provençale de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Il restitue dans ses tableaux avec une précision d’orfèvre les jupons imprimés, les droulets colorés, les taffetas de soie brochée, les casaquins ornés de fleurs des Indes, les dentelles, les croix Maintenon et maltaises. Ses deux tableaux : "L'intérieur de cuisine" et "Le pont de l'observance" nous apportent des visions intimes de la vie et des vêtements portés au quotidien. Dans son tableau "La grande promenade aux Alyscamps", toute la société qui l'entoure se déploie dans l'antique nécropole des Alyscamps. La fête, la vie, la mode et la musique sont réunies autour d'Antoine Raspal au premier plan et de ses soeurs qui se donnent le bras. L'aspect non fini de cette toile laisse imaginer cette dernière terminée, comme une explosion de couleurs et de détails.

Antoine Raspal-Promenade aux Alyscamps

La promenade aux Alyscamps1778, huile sur toile. Collection Hôtel d’Agar, Cavaillon

Antoine Raspal meurt dans sa ville natale en 1811, après avoir occupé les fonctions de juge de paix durant la Révolution et formé son neveu Jacques Réattu à l’art de la peinture.

 Source : Le magazine de proantic - Magazine d'art et expositions

Portrait de Madame de Privat

Portrait de Madame de Privat et ses enfants, 1780-1781, Museon Arlaten, musée départemental d’ethnographie, Arles

Arlésienne aux oeillets

Arlésienne aux oeilletsMusée Grobet-Labadié, Marseille

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Arlésienne aux yeux bleus

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Arlésienne

Arlésienne

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Arlésienne - Musée Fragonard à Grasse

Traits pour traits - Christian Lacroix, nous parle de l'importance de l'oeuvre d'Antoine Raspal "Un atelier de couturières à Arles" conservée au musée Réattu, dans son parcours artistique.

 

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01 juin 2021

Quand les cloches sonnent

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Clocher et campanile à Trans en Provence (Photo Nadine)

Au fil du temps 

On commence à parler des cloches au IIème ou IIIème millénaire av. Jésus-Christ avec les petites cloches chinoises. Au 1er millénaire av. Jésus-Christ, en Egypte, les chiens portent des clochettes  d'airain. Au Vème siècle de notre ère : Saint-Patrick attire les fidèles avec des cloches à main. C'est au VIème siècle que l’emploi des cloches se généralise dans les monastères et les églises. Au VIIIème siècle : les moines irlandais et bretons se déplaçaient en tenant une clochette pour faire fuir les démons. Au IXème siècle, seuls les prêtres avaient le droit de sonner les cloches. Chaque église devait avoir deux cloches (six pour les cathédrales). Au XIème siècle, le roi de France Robert II le Pieux fit baptiser cinq cloches à Orléans et le pape Urbain II institua la sonnerie de l’angélus à la tombée de la nuit. Au XVème siècle : Louis XI ordonna de faire sonner les cloches trois fois par jour (angélus de 7h, 12h et 19h). En 1790, à la Révolution, une seule cloche était autorisée dans les clochers. Beaucoup de cloches furent fondues pour fabriquer des monnaies.

Sonneur de cloches

Les sonneurs de cloches ou "campaniers" jouaient un rôle important dans les paroisses. Ils se faisaient un honneur d’annoncer les moments importants qui rythmaient la journée tout au long de l’année : angélus quotidiens (prières que l'on récite au son des cloches), offices religieux, sonneries de fêtes, baptêmes, mariages, enterrements. Dans ce dernier cas, ils sonnaient le glas (son régulier au tempo très lent), ils sonnaient aussi pour dissiper l’orage, et parfois encore, mais de façon exceptionnelle, pour donner l’alarme, ils "toquaient le saint" d'où le mot "tocsin" pour prévenir d'un danger immédiat comme un incendie, une inondation ou encore d’évènements graves (déclarations de guerre, armistices). De nos jours, le tocsin est remplacé par une sirène.

Orage et cloches 

Dans toutes les paroisses françaises, de temps immémorial, au moins une cloche était prévue pour éloigner l’orage. Le son des cloches avait la réputation de disperser les nuages. Mais on devait se contenter de faire tinter la cloche, c'est-à-dire de la faire sonner lentement, par coups espacés. "On ne doit jamais sonner les cloches en volée pendant les temps d’orage, sous quelque prétexte que ce soit. On devra se borner à tinter pour annoncer les services religieux" (1). 

Les cloches avaient un rôle initiatique dans la société traditionnelle. Dans certaines paroisses, les jeunes garçons secondaient les campaniers" : ils se plaisaient à se suspendre à la corde actionnant la cloche et à se laisser soulever, parfois jusqu’à deux ou trois mètres de haut. Afin de se faire payer certaines sonneries comme l’angélus, les messes, "les campaniers" quêtaient à différents moments de l’année. Avant la Révolution, ils pouvaient aussi être rétribués par la Fabrique, groupe de clercs ou de laïcs administrant les biens paroissiaux.

Actuellement en France, les maires règlent l'usage des cloches par arrêté. Ils ne peuvent en interdire l'emploi pour l'annonce des offices cultuels et se contentent de le limiter en accord avec le desservant afin d'assurer la tranquillité des habitants. Par conte, les ministres des cultes ne peuvent s'opposer à l'usage civil des cloches. Les cloches ont aussi pour fonction de signaler le passage du temps. Le plus souvent, les heures pleines, mais aussi leurs subdivisions sont sonnées parfois en deux séries de coups : le pic et le repic (ou rappel).

La fabrication

Les cloches sont fabriquées par des fondeurs. Au Moyen-Age, c'est presque toujours dans les monastères ou auprès des églises, que l'on fond les cloches. La fabrication d’une cloche nécessite un grand savoir-faire. A chaque cloche correspond une note précise. Cette note dépend du diamètre de la cloche et du rapport entre son diamètre et son épaisseur. Pour faire une cloche il faut construire un moule qui correspond à l’empreinte en creux de la future cloche et que l’on va remplir avec du métal en fusion. Pour résister à cette température, un matériau de moulage composé d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvre est utilisé.

La fabrication du moule est fait en quatre étapes :

Le noyau

A l’aide du gabarit intérieur il faut commencer par construire une maçonnerie de briques réfractaires qui va servir d’armature pour soutenir le reste du moule. Cette maçonnerie est recouverte de ce mélange d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvre et va donner la forme intérieure de la cloche. Cette première partie du moule – appelée le noyau – sera recouverte d’une couche isolante pour la séparer de la partie suivante, la fausse cloche.

La fausse cloche

On change alors de gabarit pour construire la seconde partie du moule, que l’on appelle la fausse cloche parce qu’elle a la même forme que la future cloche en bronze. Elle est faite en argile et est recouverte de cire pour la lisser parfaitement et former les filets. Puis on vient y poser les décors qui ont été préparés en cire.

La chape

A l’aide de pinceaux très fins, la fausse cloche est enduite de plusieurs couches du mélange argile, crottin de cheval et poils de chèvre, ces couches de plus en plus épaisses vont venir former une carapace autour de la fausse cloche, appelée la chape. Pendant toute la fabrication du moule, on entretient un feu de charbon de bois à l’intérieur du moule qui va faire sécher les différentes couches d’argile. Quand la chape est suffisamment épaisse on force le feu de charbon de bois. Les lettres et les décors en cire vont fondre et laisser alors leur empreinte en creux et à l’envers dans la partie extérieure du moule, la chape. La couche de cire entre la fausse cloche et la chape a également fondu. On peut donc soulever la chape, casser la fausse cloche et reposer la chape sur le noyau. On obtient alors un vide entre les deux où l’on viendra verser le métal. Les décors qui se trouvaient en creux et à l’envers dans la chape vont se retrouver à l’endroit et en relief sur la cloche en bronze.

La couronne

 On part d’un modèle en cire qu’on enduit d’argile. Cet élément est ensuite chauffé dans une étuve à 200°C, afin que la cire fonde et laisse son empreinte en creux. C’est la technique dite de "la cire perdue" qui est utilisée aussi pour les décors. Le moule de la couronne est ensuite ajusté sur le moule de la cloche et tout sera coulé en une seule fois.

La coulée de la cloche

Le bronze utilisé est un alliage de 78 % de cuivre et 22 % d’étain : l'airain. Il est fondu à 1 200°C dans le four réverbère à double voûte, d’une contenance de 13 tonnes. Ce four est utilisé pour couler les cloches de plus de 500 kg que l’on va enterrer dans une fosse. Un canal en briques construit sur le dessus de la fosse permet au métal de se déverser par gravité du four dans les moules.
Pour les plus petites cloches (moins de 500 kg), le métal est fondu dans un four à creuset. Une poche de coulée est maniée à la main ou à l’aide d’un palan pour récupérer le bronze du four et le déverser dans le moule.

Le décochage

Après la coulée, le moule va refroidir environ une semaine voire plus selon la taille, puis il sera cassé pour obtenir la cloche brute de fonderie. Ensuite l’équipe de fondeurs sable la cloche, la polit, la cisèle et enfin l’accorde. Dans la tradition chrétienne, on accorde les cloches sur les cinq premières harmoniques : 1. Le bourdon qui est l’octave basse 2. Le fondamental à l’octave au-dessus 3. La tierce mineure du fondamental 4. La quinte 5. La nominale qui caractérise la cloche. Pour mesurer la note et les notes partielles, on utilise un analyseur de spectre électronique et c’est l’accordeur par son savoir-faire qui va choisir à quel endroit et sur quelle profondeur il faudra enlever du métal par meulage intérieur.

C'est à la suite de la restauration religieuse qui a suivi la signature du Concordat en 1801 que l'art campanaire connaît une renaissance. Les églises sont reconstruites, restaurées, ce qui entraîne un besoin de cloches. Avec le début de l'industrialisation en France, d'artisanale, la fabrication des cloches devient alors industrielle, puis ensuite viendra leur électrification.

Le baptême

 Tout de suite après l’installation de la cloche ou même souvent avant de la mettre en place, il revenait à l’évêque diocésain le droit de la bénir. 

Baptême de cloche

Le Méridional du 24 mai 1966-Cérémonie de baptême d'une cloche à Castellane (Alpes-de-Haute-Provence)

Cette bénédiction, appelée baptême de la cloche est instauré au VIIIème siècle par l'Eglise. La cloche est vêtue d'un habit de baptême, une robe blanche en dentelle avec des rubans. La cérémonie suit un rituel bien précis : elle commence par des chants ou des psaumes, puis le lavage de la cloche avec de l'eau bénite pour la purifier, l'onction avec de l'huile sainte, tandis que des parfums sont brûlés sous la cloche, puis la bénédiction proprement dite de la cloche, et pour finir le chant de l'Evangile de Marthe et de Marie. L'évêque actionne le battant de la cloche qui sonne alors. Viennent ensuite les tours du parrain et de la marraine et du maire du lieu. Les parrains et marraines sont choisis par les conseils municipaux et paroissiaux parmi les notables et pieuses personnes.

Décors de cloche

Inscriptions et dessins sur la cloche (Photo internet)

Protection du patrimoine campanaire

En 1988, le Ministère de la Culture a décidé d’intensifier sa politique d’inventaire et de protection des cloches et carillons, au titre des Monuments Historiques. Par mesure de protection des cloches anciennes, des aides ont été apportées pour effectuer des modifications, telles que des travaux d’électrification.

Les cloches peuvent comporter des images, des décors floraux, des inscriptions. Ces inscriptions peuvent comporter une prière, la date de fabrication de la cloche, son nom, ceux des parrain et marraine ceux des curés et ainsi que du fondeur.

(1) - J.B. DENEUVILLE - Le nouveau trésor des familles, p 136 (1868)

Sources : Petite histoire de nos cloches - Numéro 9 d'Archi'clas -Mars 2008 - Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence et le site sur l'histoire de Cunac - Art campanaire, les cloches de Cunac 

 

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25 mai 2021

Rose et l'apprentissage de la langue des signes en 1825 dans les Basses-Alpes

Cela se passe en 1825, à Saint-Martin-lès-Seyne, un village de 147 habitants situé dans les Basses-Alpes.

Académie française

Thérèse Mélanie Hermitte, une jeune femme de 26 ans s'est vue attribuer un prix de vertu décerné par l'Académie française ainsi qu'une somme de 3000 francs. Mais qu'a-t-elle bien pu faire pour obtenir une telle récompense ? 

Vertueuse, cette demoiselle l'est assurément. Thérèse est la fille cadette d'une famille respectable, elle est bien éduquée et de moeurs irréprochables. Elle s'adonne aux travaux domestiques sans relâche malgré une santé fragile. Thérèse est la jeune fille modèle comme on l'entend à l'époque. Ce n'est cependant pas son caractère doux et modeste qui lui vaut son prix mais une entreprise charitable : l'instruction réussie en dix-huit mois de Rose Silve, une jeune sourde muette du village proche de Selonnet. Cette enfant est née dans une famille indigente et elle est accueillie en 1823, à l'âge de 11 ans par la famille Hermitte. Thérèse se prend vite d'affection pour Rose et remarque qu'elle a une intelligence vive. Elle lui apprend à écrire et à s'exprimer en utilisant un alphabet composé de lettres en cuivre et en créant un langage des signes tout à fait personnel. L'invention de son procédé est d'autant plus remarquable que Thérèse ignore parfaitement la science du langage. Sa méthode est empirique et repose uniquement sur sa complicité avec la jeune sourde muette. Rose commence par lui désigner des objets dont elle écrit les noms avec les lettres en cuivre. Thérèse lui apprend l'alphabet en donnant à chaque lettre un signe de main particulier. Pour le E par exemple, ses mains en indiquent la forme et elle les incline plus ou moins selon que c'est un E muet ou fermé. Une gestuelle est mise en place pour l'indication des temps, ainsi pour exprimer le passé, elles emploient un mouvement de la main de la droite vers la gauche et des signes représentent le genre, le nombre, voire des mots entiers. Employée à quelques courses en ville, Rose est capable d'écrire le nom des objets désirés et parvient à prononcer quelques sons, en particulier : "je ne veux pas". Leurs échanges se font par ces gestes et des lettres tracées dans l'air qui intriguent leur entourage, si bien que le curé de la paroisse, le maire et le médecin se déplacent pour constater de visu la réussite de cet apprentissage. Des témoins soulignent également la piété avec laquelle Rose est élevée, ce qu'atteste la prière qu'elle écrit pour prouver son degré d'instruction. Mais c'est un autre de ses textes qui est touchant : "j'aime ma maîtresse de tout mon coeur & je veux aller là-bas pour manger des cerises. Je languis de voir mon petit frère".

Rose

Source : D'après un texte paru dans Histoires d'archives - Les archives départementales racontent - Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence à Digne.

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Complément

Dans l’Antiquité, l’intelligence était étroitement liée à la parole. Aristote pensait que quelqu’un qui ne parle pas, ne peut pas penser. Les sourds, isolés, n’ont pu enrichir leurs langues signées et ont dû se contenter d’une gestuelle simpliste. De ce fait, ne disposant pas d’une langue élaborée et ne bénéficiant pas d’éducation, ils passaient parfois pour simples d’esprit.                                                                                                                                                    A partir du XVIème siècle, des peintres sourds tels que Navarette ou Pinturicchio ont été reconnus. Par ailleurs, en Espagne, des enfants sourds issus de la noblesse ont été instruits par des précepteurs.

Pedro Ponce de Leon

Pedro Ponce de Leon

L’un d’entre eux, Pedro Ponce de Leon s’intéressa aux codes gestuels existants tel que l’alphabet manuel et les utilisa pour enseigner auprès de ces enfants. D’autres précepteurs mirent plutôt l’accent sur l’apprentissage de la parole.     

Charles-Michel_de_L'Épée

Charles Michel de l'Epée fondateur de la première école publique pour les sourds

L'Abbé de l'Epée fut, en 1760, le premier entendant connu à s’intéresser aux modes de communication des  sourds-muets. En observant un couple de jumelles sourdes communiquer entre elles par gestes, il découvre l’existence d’une langue des signes. Il décide de s’appuyer sur cette langue pour instruire les enfants sourds. Il l’adapte en y ajoutant des notions grammaticales propres au français, comme par exemple, la conjugaison. Par ailleurs, il regroupe les enfants sourds pour les instruire et ouvre une véritable école pour sourds qui deviendra l’Institut national des jeunes sourds, aujourd’hui Institut Saint-Jacques, à Paris. L’Abbé de l’Epée est aujourd’hui une figure historique de l’histoire de la langue des signes et des sourds. Il est connu par les sourds dans le monde entier.

Dans la même période, le courant "oraliste" s’amplifie. Les "oralistes" pensent que les sourds doivent apprendre à parler pour s’intégrer dans la société. Le congrès de Milan en 1880 où l’immense majorité des participants est entendante et oraliste a décrété que la méthode orale pure doit être préférée. Trois raisons sont invoquées : la langue des signes n’est pas une vraie langue, elle ne permet pas de parler de Dieu, les signes empêchent les sourds de bien respirer ce qui favorise la tuberculose.

Cette préférence a eu des conséquences dramatiques pour les sourds : pendant 100 ans la langue des signes a été proscrite, méprisée et marginalisée aux seules associations de sourds. Dans les instituts de sourds, les élèves signent en cachette. La langue des signes s’est alors appauvrie.

Durant les années 1980, se produit ce que les sourds appellent le Réveil Sourd.

La langue des signes commence à reconquérir ses lettres de noblesse avec William Stokoe, linguiste, qui étudie la langue des signes comme une véritable langue. Des chercheurs en linguistique et en sociologie tels que Christian Cuxac et Bernard Mottez poursuivent ce travail et mettent en avant la culture sourde qui y est rattachée.

Par ailleurs, un travail culturel est mené par Jean Gremion (écrivain, journaliste et metteur en scène) et Alfredo Corrado (un artiste sourd américain). Ils créent en 1976, l'International Visual Theatre (IVT). Dès lors, ils travaillent à la requalification de la langue des signes. En parallèle, une réflexion est menée sur l’enseignement auprès des élèves sourds. La philosophie bilingue (LSF/Français) commence à germer dans les esprits. En 1980 est crée l’association "2 Langues pour une Education". Elle met en place des "stages d’été pour les parents". Ces stages rassemblent des parents d’enfants sourds, des sourds, des interprètes. Ils oeuvrent ensemble à la création des premières classes bilingues dans un contexte législatif et sociologique difficile. 

                                                      Dans les années 90, les sourds et la LSF commencent à avoir une renommée dans le grand public, l’histoire de la langue des signes s’enrichit d’une nouvelle page. En 1992, un numéro de la "La marche du siècle" est consacré aux sourds. Les français découvrent alors cette communauté et cette langue à travers les témoignages de Victor Abbou et Joël Chalude. 

Emmanuelle Laborit

Puis Emmanuelle Laborit comédienne sourde, reçoit en 1993, le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans "Les enfants du silence". Cette même année, le documentaire "Le pays des sourds" de Nicolas Philibert montre cet univers inconnu des malentendants. Pendant ces années, de nombreuses associations de sourds ouvrent leurs portes aux entendants en leurs proposant des cours de langue de signes. Ces formations, les films, le théâtre et l’engagement de plusieurs associations dans la sensibilisation pour la culture sourde, permet une meilleure reconnaissance des droits des sourds. Dans le même temps, le métier d’interprète en langue des signes/français se professionnalise et est validé par un diplôme. 

Progressivement les mentalités évoluent. Yves Delaporte, ethnologue, se penche lui aussi sur la communauté sourde et la langue des signes. Il publiera en 2007 un "Dictionnaire étymologique et historique de la langue des signes française." Les combats menés depuis 25 ans pour la reconnaissance de la langue des signes commencent à porter leurs fruits : la Loi n°2005-102 du 11 février 2005 reconnaît la langue des signes comme "langue à part entière". En 2008, la langue des signes devient une option pour le Bac, comme n’importe quelle autre langue. En 2010, le CAPES de langue des signes est créé. En 2012, c’est l’année du 300ème anniversaire de la naissance de l’Abbé de l’Epée. De multiples hommages lui ont été rendus par les sourds. Cette même année, Emmanuelle Laborit (directrice de l’IVT depuis 2003) est devenue officier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Source : Site signesetformations.com - Histoire de la langue des signes.

 

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