Passion Provence

Bèn-vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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06 décembre 2016

Des communautés d'habitants aux communautés municipales

 

Communaut-

C'est à la fin de l'Antiquité, quand le pouvoir central disparaît que se constituent les féodalités. Ainsi vont se structuer et se développer les communautés d'habitants, c'est-dire, un ensemble formé par des hommes et des terres réunis autour d'un seigneur et d'une paroisse.

Progressivement, ces communautés s'affranchissent de la tutelle du seigneur et obtiennent des libertés, des franchises et des octrois. Ces communautés, afin de régler les problèmes d'organisation, se dotent de conseils avec à leur tête, des syndics et des consuls. Chaque communauté instaure son propre règlement qui fixe le mode de recrutement du conseil municipal et ses attributions, l'électorat et les mesures de police. Les communautés ont une personnalité juridique qui leur est propre : sceau, milice, représentants, élus municipaux.
En 1481, après quatre siècles d'indépendance, le comté de Provence intègre le royaume de France. Désormais, le pouvoir royal développe une tutelle administrative exercée par des viguiers qui contrôlent les délibérations des conseils municipaux. Les vigueries sont au nombre de onze : Aix, Aups, Barjols, Brignoles, Castellanne, Draguignan, Hyères, Lorgues, Moustiers, Saint-Maximin, Toulon. Cependant, au XVIe siècle, les guerres de Religion vont perturber cette administration. Il faut armer, loger et approvisionner les troupes, ce qui entraîne des dépenses considérables. Elles sont obligées d'emprunter pour acheter les denrées alimentaires nécessaires à leur survie car les terres sont ravagées et les habitants massacrés par des bandes de pillards. Au XVIIe siècle, cette précarité financière s'accentue avec les guerres menées par Louis XIV. Les communautés ne cessent de s'endetter. Par ailleurs, l'autorité royale se fait plus pesante avec le prélèvement d'impôts nouveaux et la nomination d'un intendant de la province, la création dans toutes les villes d'un office de maire, ce qui grève souvent le budjet municipal pour des décennies.

Var

Au XVIIIe siècle, c'est l'intendant, représentant du Roi, qui gère et contrôle les communautés. Les cahiers de doléance réclament une administration communale gérée par des syndics libres choisis par les habitants et non plus par le seigneur. C'est la Révolution, qui mettra un terme à cette administation dont les français ne veulent plus. Désormais, toutes les communautés d'habitants ont à leur tête, un maire et des conseillers municipaux. La loi du 14 décembre 1789 va transformer les communautés d'habitants de l'Ancien régime, en communes. En 1790, cette nouvelle organisation administrative s'accompagne de la création des départements. Le Var qui s'étend jusqu'au fleuve "Var" et qui forme une frontière avec celui-ci, regroupe les communes situées à l'est de la Provence. Les communes sont réparties en cantons, eux-mêmes répartis en neuf districts qui correspondent à peu près aux anciennes vigueries : Barjols, Brignoles, Draguignan, Fréjus, Hyères, Saint-Maximin, Toulon, Grasse, Saint-Paul du Var. L'année 1795 voit la disparition des districts et les cantons acquirent plus d'importance. En 1800, les cantons sont regroupés en quatre arrondissements : Brignoles, Draguignan, Grasse et Toulon.
Le chef-lieu du département est d'abord Toulon en 1790, mais en 1793, la ville trahit la République au profit des anglais. C'est ainsi que l'on va tansférer le chef-lieu à Grasse puis à Brignoles en 1795, ensuite à Draguignan en 1797.
En 1860, le comté de Nice est rattaché à la France et constitue le nouveau département des Alpes-Maritimes auquel est intégré l'arrondissement de Grasse. Désormais, le fleuve "Var" ne coulera plus dans le département qui porte son nom.
Draguignan demeure le chef-lieu de préfecture du Var jusqu'en 1974, année au cours de laquelle la préfecture est transférée, non sans heurts, protestations et manifestations diverses, à Toulon.

carte-83

Aujourd'hui, le Var compte 153 communes, regroupées en 43 cantons, répartis en trois arrondissements : Toulon, Draguignan, Brignoles. Six communes ont disparu depuis 1800 :
Candumy supprimée en 1839 et rattachée à Flassans-sur-Issole, Meinargueitte supprimée en 1838 et rattachée à Mazaugues, Bézaudin supprimée en 1840 et rattachée en Varages, La Bastidonne supprimée en 1840 et rattachée à Barjols, Favas supprimée en 1844 et rattachée à Bargemon, Brovès, de nos jours, Brovès en Seillans, rattachée à Seillans en 1970. D'autre part, quinze communes ont été crées : Saint-Paul-les-Fayence, c'est-à-dire de nos jours, Saint-Paul-en-Forêt détachée de Fayence en 1823, Saint-Cyr-sur-Mer détachée de La Cadière en 1825, Tanneron détachée de Callian en 1835, La Crau détachée de Hyères en 1853, Les Mayons détachés du Luc en 1863, Les Adrets, actuellement, les Adrets de l'Estérel, détachés de Montauroux en 1867, Carqueiranne détachée de Hyères en 1894, Le Pradet détaché de la Garde en 1894, La Londe, de nos jours, La Londe les Maures, détachée de Hyères en 1901, La Lavandou détaché de Bormes en 1913, Cavalaire détachée de Gassin en 1929, La Croix-Valmer détachée de Gassin en 1934, Le Rayol-Canadel détaché de La Môle en 1949, Saint-Mandrier détaché de La Seyne en 1950 et Saint-Antonin détaché d'Entrecasteaux en 1954.
  
Source : D'après le Guide des Archives du Var - Archives départementales du Var.

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30 novembre 2016

Pirates et corsaires

 

Pirates

 La piraterie était une vieille tradition sur tout le littoral méditerranéen. Il y avait même, à Gênes, un Office de la Piraterie ! Course, piraterie, service du Roi ou pur brigandage maritime, on tue, on pille joyausement, on accumule âprement des richesses en écumant la mer, en vendant des hommes et des femmmes ou des enfants. La conscience tranquille, qu'elle soit chrétienne, musulmane ou païenne. Les arabes enlèvent les européens, qui vendent les "infidèles", les forbans font trafic d'esclaves. La piraterie règne partout, provençaux, occitans ne sont pas en reste ; abrités dans les criques, leurs bateaux guettent celui qui va passer. Les romains avaient déjà dû construire des flottes entières pour purger les eaux méditerranéennes... Quand les sarrasins arrivent sur nos côtes, ils sont montés sur de fins chébecks, imbattables sur le plan de leur maniabilité et de leur vitesse. Les flûtes, avec leurs 40 mètres de long, les pinques à fond plat de 200 ou 300 tonneaux sont moins maniables, les polacres à voile latine étaient plus aptes à se défendre. Dès les VIIIe siècle, les marins d'Afrique du Nord et les arabes organisent des raids sur les côtes provençales, les villes côtières sont attaquées. C'est surtout de la ville de Bône, en Algérie, que partent les galères, les chébecks ou les felouques des "infidèles". Mais Alger, Tunis et Tripoli sont des vrais nids de pillards barbaresques, qui viennent apporter la désolation au pays des Rhûm (romains).

Barberousse

 Certains de ces pillards ne sont pas musulmans, tel Barberousse ou Dragut, mais fils de renégats chrétiens, ils ne se gênent pas pour arborer un pavillon français pour tromper leurs victimes ; pirates, corsaires, la frontière est souvent assez vague. Barberousse (Kaïr el Din), avec deux acolytes du même acabit, à la têtes de cinquante bateaux, tient les îles pendant dix ans. Quand il devient Soliman II, le roi de France, François 1er s'allie à lui. En 1257, Rainier Grimaldi s'installe près du port de Monicos (Monaco), y construit des galères, son frère s'empare de le forteresse du Rocher, fief de Spinola. Il se lance dans le métier de corsaire, s'attaque à ses anciens compatriotes génois qui l'avaient proscrit. Plus tard, Charles, son fils, qui réussit à se faire reconnaître par la Provence angevine "la droit de mer", se met souvent au service du roi de France. En 1346, ils prend d'assaut 25 navires anglais, et va même jusqu'à Calais aider Philippe VI de Valois. Spinola, chassé de Monaco, revient avec ses génois prendre position à Brégançon et organise la piraterie sur mer et le brigandage sur terre. Le comte de Provence Charles 1er d'Anjou, ayant déclaré que les prises en mer appartenaient aux armateurs les ayant capturées, ne se réservant que le droit d'acheter des prisonniers au prix fixe de 25 livres tournois chacun, les corsaires furent de plus en plus nombreux et sévirent aussi cruellement que les pirates. En 1706, l'escadre anglo-hollandaise composée de 66 vaisseaux, plus 34 transports, sous le commandement de l'Amiral Schowel mouilla entre Bénat et Bagaud. Les marins se répandirent sur les terres et pillèrent tout ce qu'ils purent. Les îles d'Hyères sont écumées, puis occupées et acquièrent la gloire douteuse d'être l'un des points de la mer du Couchant où l'on a le plus de chances d'être dévalisé, si l'on reste vivant... Saint Vincent de Paul, jeune prêtre fut capturé en mer et subit deux ans d'esclavage en Afrique.

Croisade des enfants

 La croisades des enfants par Gustave Doré

Parfois, les armateurs eux-mêmes se font pirates : en 1212, un berger illuminé entraîna quatre cents enfants allemands dans une croisade pour aller délivrer le tombeau du Christ. Un armateur "bon apôtre" accepte de leur faire passer la Méditerranée, charitablement, par esprit chrétien. En arrivant chez les infidèles, il vend sa cargaison... A qui se fier dans ces temps durs sans pitié et pour certains, sans piété. Capturés en mer ou enlevés sur les côtes, des milliers de chrétiens rament, demi-nus, sur les galères pirates et musulmanes. Les pirates font la loi, une loi sans pitié. L'insécurité pèse sur la navigation et les rivages méditerranéens et cela devient si insupportable que le pape Pie V prend l'initiative d'appeler la chrétienté à s'allier pour combattre ce fléau.

Esclaves

 L'ordre de Malte puis Venise, l'Espagne et Gênes constituent une importante flotte qui se trouve à Messine sous le commandement de Don Juan d'Autriche fils de l'empereur Charles Quint. Dans la baie de Lépante, en mer grecque, les flottes turques et algériennes sont en nombre supérieur, mais le 7 octobre 1571 la flotte chrétienne engage le combat et c'est une bataille sans merci que les malheureux rameurs enchaînés à leur banc de nage payent par centaines de leur vie. La flotte algérienne se dégage avant la défaite et laisse les turcs face aux forces de l'amiral espagnol ; leurs pertes sont effrayantes, l'amiral turc se suicide. Les prisonniers chrétiens sont libérés par milliers des fers barbaresques. Les force pirates fortement affaiblies par cette défaite réduisirent leur pression sur la navigation et sur les côtes européennes. Une période plus calme suivit, mais la lutte fut permanente, les corsaires poursuivaient et combattaient les barbaresques de toutes origines et cela dura encore plus de deux siècles et demi, jusqu'à ce que la France conquière Alger et colonise l'Afrique du Nord. On se débarrassait d'un ennemi, mais on mettait les pieds dans un futur qui fut bien épineux. Cette bataille inspira le Titien qui peignit l'allégorie de la bataille de Lépante à l'âge de quatre-vingt quatorze ans !

Source : Les Maures - Terre de Provence - Georgette Brun-Boglio - Les Presses du Midi.

Bataille de Lépante

 La bataille de Lépante par Ferrando Bertelli (1572)

 

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27 novembre 2016

Articles à lire sur mon autre blog

Afin d'augmenter l'audience de mon autre blog, je vous donne les titres de mes derniers articles. Les curieux iront j'en suis sûre y faire un tour.

- Les battues sous l'ancien régime (bêtes féroces) ;

- Quelques notes sur Trans ;

- Délibérations du Conseil de la Communauté de Trans ;

- Insubordination envers le procureur fiscal ;

- Bêtes de labour en 1550 ;

- A travers les archives : quelques contrats d'apprentissage ;

- Le nom de la Nartuby ;

- A travers les archives : enfants naturels et inhumations ;

- Les bourgeois d'autrefois à Trans (article en 3 parties) ;

- Des histoires de brigands et bandits de grand chemins.

Et voilà le lien bien sûr. Merci à vous.

Trans en Provence au fil de la Nartuby

Rapport présenté par le Maire au Conseil de la Communauté du 20 juillet 1788 - Le Sieur Maire représente que les bêtes féroces qui ont répandu la terreur dans cette contrée et qui ont malheureusement dévoré quelques personnes dans les environs, ont donné lieu à des battues faites dans plusieurs terroirs.

http://www.transenprovence.info

 

Barre fleurs

 

 

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24 novembre 2016

Histoires d'eau

Cascade

"Afraus", "ragas", "ragagi" : gouffres d'eau. Excavation, anfractuosité qui rejette avec force le trop plein des sources voisines situées en contrebas. Exemple : Dans la commune du Revest (Nota de Nadine : aujourd'hui Revest-les-Eaux), à 7 km de Toulon, au pied du mont Caume, le Ragas (66 m de profondeur) rejette impétueusement après les fortes pluies, le surplus des sources inférieures de La Foux, du Figuiers, etc. C'est la source mère de la rivière du Las.

"Auron", "lauroun", "eissour" : source qui sort à fleur de terre. On trouve en Provence de nombreuses sources portant ce nom. (Nota de Nadine : A Trans-en-Provence, il existe un quartier du Lauron).

"Adoux" ou "doux" : petite source régulière qui ne tarit presque jamais. La source de Ladous à Bargemon donne naissance au ruisseau de la Douse.

"Fous" ou "afous" : source qui jaillit avec bruit (avec fougue). Les fous sont nombreuses dans les Alpes-de-Haute-Provence et l'arrondissement de Grasse. Dans le Var, on en compte près de cinquante. (Nota de Nadine : à Trans-en-Provence, il existe le quartier de La Foux).

"Sorgo" ou "soua", source d'un débit considérable telles que celles de Fontaine l'Evêque (Nota de Nadine : aujourd'hui engloutie sous les eaux du lac de Ste Croix) et Fontaine-de-Vaucluse".

"Avenado", "veno", "fistour" : minces filets d'eau qui sortent de la fente d'un rocher, ou qui par leur nombre alimentent une source.

"Font", "fouant", "fouent" : fontaines-sources qui, la plupart du temps, ne donnent pas naissance à des cours d'eau. La Font Dorée à La Farlède donne naissance au Regana.

Les "fonts" d'un faible débit portent le nom de "fountanieù" ou "fontanello", ou bien encore "fonteto" (Nota de Nadine : dans le Var, plusieurs villages ont des rues ou des quartiers de la Fontête ou des Fontêtes). Dans le sens opposé, on trouve "fontanasso", notamment à Carnoules, au Castellet, etc.

"Grifo', "grifoun" et "grifoulet" : source d'où jaillit un mince filet d'eau.

"Licheto" : source salée.

"Maire" : source d'un fleuve.

"Escouladiero" : écoulement des eaux d'une pente voisine.

"Mueio" et "lono" : source alimentant des mares d'eau.

"Caudan" ou "Chaudan" : source chaude en hiver et chaude en été. A noter, dans le même ordre d'idées, "font frede" et "fonf freye" , et aussi, dans une acceptation particulière d'aspect ou de nature, "font vivo", "font vieio".

Source : Les archives de Trans en Provence n°22 - mars 1932 - Jean Barles

 

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18 novembre 2016

Les glacières et les hommes de la glace

Glacière

On dit que leur origine remonte à la plus haute Antiquité, au temps de Babylone et des jardins suspendus. On sait que les Romains transportaient la neige compactée des montagnes pour rafraîchir leurs boissons. Après des siècles d'oubli, la consommation de glace reprit à la Renaissance. A Versailles, au temps du Roi Soleil, les ingénieurs architectes construisirent des cavités souterraines pour entreposer l'eau gelée durant l'hiver et en faire profiter Louis XIV et la Cour durant la période estivale. Mais tout cela restait marginal. Les vraies "glacières" firent de timides apparitions à partir du siècle des Lumières, en particulier en Provence. Elle devint leur terre d'élection en raison de la présence d'eau, de massifs montagneux à proximité des grandes villes, des contrastes de température avec des hivers froids et des étés chauds, ainsi que des goûts d'une bourgeoisie aisée, soucieuse d'hygiène et de bien-être. Ainsi, au cours des fouilles d'Aix-en-Provence dans le cadre de l'aménagement de la ZAC Sextius-Mirabeau a-t-on retrouvé, en 1996, deux glacières du XVIIIe siècle. C'est à partir de 1830 que leur construction, très savamment mise au point, se généralise et qu'elles firent réellement partie du paysage dans certains lieux qui se prêtaient tout spécialement à leur édification, comme le Mont Ventoux ou la Sainte-Baume. Les médecins et les hygiénistes vantaient les qualités du froid. La glace soignait les hémorragies, calmait les douleurs et les maux de ventre, réduisait les ecchymoses ; elle assurait une meilleure conservation des aliments, en particulier des poissons de la Méditerranée qui n'étaient ni salés, ni fumés. Le plaisir de boire et de manger frais se répandit dans les nouvelles classes aisées, créées par le début de la Révolution industrielle. Alors, à proximité des grandes villes, sur des hauteurs d'au moins 600 à 800 mètres, facilement alimentées en eau pure, les hommes construisaient ces fameuses "glacières" dont l'existence suivit dans la toponymie : hameau des Glacières, chemin de la Glacière... Les plus belles, les plus nombreuses furent édifiées dans les années 1850 dans le massif de la Sainte-Baume. On en compte encore aujourd'hui pas moins d'une vingtaine à l'état de ruines majestueuses ou transformées en maisons d'habitation. Leur découverte est toujours très impressionnante. Ce sont de véritables donjons, très largement enfouis dans les profondeurs de la terre. Elles mesurent pour certaines 25 mètres de haut et 20 mètres de diamètre, avec des murs de 2,50 mètres d'épaisseur. Elles épousent très savamment la pente du terrain afin d'avoir des portes d'accès à différents niveaux, aussi bien pour le remplissage que pour le retrait. Elles ont également deux ou trois ouvertures en meurtrières pour donner un peu d'éclairage et une légère ventilation. Elles portent une toiture conique de tuiles rondes avec, comme sur les parois, une isolation très étudiée de terre, de copeaux de bois et de paille. La glace pouvait s'y conserver au moins deux années de suite. Bien que souterraine, la partie inférieure est drainée par un petit canal permettant l'écoulement et l'évacuation des eaux de fonte, parfois vers un petit puits.

Glacière coupe

Dans les environs immédiats de la tour, un peu en hauteur, tout un réseau de canaux permettait d'amener l'eau dans des bassins. Ceux-ci gelaient durant les grands froids. La température idéale était de - 10°C, or cela n'arrivait le plus souvent que quelques jours de l'année. La moisson de glace  devait donc se faire très rapidement. Les responsables de la glacière sonnaient alors du cor pour ameuter les paysans des alentours, souvent condamnés à l'inaction en ces jours hivernaux. Ils venaient par dizaines pour briser la glace des bassins, la charger sur des brouettes et la compacter. Grâce à l'enfouissement de l'édifice, à son intégration dans la forêt qui la gardait toujours dans l'ombre, grâce aussi à sa parfaite isolation intérieure et à la masse de glace contenue, près de 5 000 mètres cubes à la fin de l'hiver, soit pas loin de 5 000 tonnes, la glacière conservait une température très basse même au coeur de l'été le plus chaud et la glace s'y conservait parfaitement. Au cours des nuits de la saison estivale, les hommes découpaient des blocs de glace. Ils les enveloppaient de paille et de toiles isolantes, les chargeaient sur des charrettes et gagnaient la ville le plus rapidement possible. Il fallait parcourir à toute vitesse les 50 à 60 kilomètres qui séparaient la glacière de sa destination. C'était un métier dangereux car les chargements étaient lourds, les chemins difficiles et il ne fallait jamais s'arrêter, surtout quand la grosse chaleur faisait fondre la précieuse marchandise. Le travail devenait d'autant plus dur que l'été s'avançait car les hommes descendaient alors au fond de la tour et ils devaient hisser à proximité de la surface de gros morceaux de glace, tout cela dans l'obscurité ou presque. La vie des glacières fut relativement brève, quelques décennies au mieux. En effet, à la fin du XIXe siècle, le chemin de fer permit de transporter rapidement de la glace des montagnes vers les grandes villes. Les glaciers naturels prirent la relève des glacières. Certains bateaux à vapeur, très rapide, participent même à ce commerce. Quelques années plus tard, l'ingénieur français Nicolle construisait la première usine capable de fabriquer de la glace. Il fut suivi de peu par Charles Tellier que l'on surnomma "le père du froid". Désormais, les pains de glace étaient confectionnés chaque jour dans la ville au rythme des commandes. En 1940, apparurent les réfrigérateurs familiaux. Plus personne ne conserva la glace produite en hiver. 

Glacière Pivaut

Malgré la brièveté de leur vie, les glacières sont des souvenirs remarquables de ce printemps de la Révolution industrielle. Il en existe des traces dans différents sites provençaux, mais les plus belles glacières les mieux conservées se trouvent dans le massif de la Sainte-Baume. Celle de Pivaut, sur la D95 à 6 km avant Mazaugues dans le Var en venant du Plan d'Aups, est facile d'accès. Elles est signalée sur le bord de la route. Elle a été parfaitement restaurée et dotée de notices explicatives. Les quatorze glacières du domaine de Fontfrège sont des ruines magnifiques dans un cadre superbe, mais elle sont situées dans une propriété privée et il faut demander l'autorisation de les visiter. Celles du Pic de Bertagne demande une bonne marche à pied. On raconte que la glacière de Pivaut fut construite pendant dix ans entre 1875 et 1885. Mais il suffit d'un seul été pour rembourser tous les travaux d'édification et faire même de confortables bénéfices. Il est vrai qu'elle produisit 4 800 tonnes de glace, vendue six centimes le kilo à Marseille. Aujourd'hui, le patrimoine des glacières est certainement l'un des plus originaux de l'art de l'eau.

Source : Les monuments de l'eau en Provence - Jean-Marie Homet - Edisud.

 

12 novembre 2016

Noms provençaux de quelques rues et quartiers de Draguignan

 

DRAGUIGNAN

Le provençal, qui se perd de plus en plus dans notre région, où les populations sont brassées régulièrement, a laissé cependant des traces durables dans les noms de nos quartiers et de nos rues, datant pour certains du Moyen-Âge. Quels Dracénois savent encore ce qu'est "un rigoulié", "uno androuno", "uno ferrajo" ? Et pourtant, nous retrouvons ces mots, à peine francisés dans ; la rue des Endronnes, le Rigoulier, les Ferrages... Voyons donc quelles sont les dernières rues "provençales" de notre ville.

La rue du Combat n'a jamais connu de bataille sanglante. C'était autrefois et tout simplement "la carriero dou combas", la rue au milieu de laquelle passait un ruisseau en creux servant sans doute de cloaque. Des aberrations de ce type ne manquent pas à Draguignan.

La rue des Endronnes, du provençal "androuno ou endrouno", qui siginifie ruelle étroite (ne permettant le passage que d'un homme : "Andros" en grec) cul de sac parfois même latrine, égoût. On devrait donc dire : "leis Endrouno" les Endronnes ou l'Endronne.

On peut voir deux contresens ou deux pléonasmes dans "La montée de la Calade" et "La montée du Rigoulier", la "calado" étant en provençal une rue abrupte, souvent pavée, et "lou rigoulié" (de "rigoula" : dégringoler) signifiant lui aussi une pente très raide !

On ne peut s'enpêcher, en lisant "chemin du pissadou des ânes", de regretter le galimatias dû au mélange des deux langues : mais serait-il vraiment décent de traduire : "Lou pissadou dei ai" "pissoir des ânes" !

Dans la rue Blancherie (en provençal : blancarié) se trouvaient autrefois des tanneries et des mégisseries.

La place du Fabriguier (provençal : fabreguié, fabriguié : micocoulier) est ombragée comme son nom l'indique par un énorme micocoulier.

La Porte-Aiguière (en provençal : pouarto-aiguiero), était la porte la ville près de laquelle se trouvait une fontaine depuis le XIIIe siècle. On devait franchir la porte pour aller chercher de l'eau.

La traverse des Houillères n'a jamais connu de marchand de charbon, puisqu'elle s'appelait autrefois "des Houlières ou Oulières", du provençal "ouliero", de l'oli : l'huile. C'était la rue des huileries et des moulins à huile.

La rue Courtil (du provençal : courtieu) bordait les remparts : "lou courtieu" était le terrain qui bordait à l'intérieur les "barri" ou remparts de la ville.

La Montée de la Roque rappelle que la dénomination provençale du fastueux "Ilôt de l'Horloge" n'est que ce simple mot la "roco" le rocher.

Au boulevard de la Rouguière, on devait autrefois jeter les bêtes mortes et les charognes... (du provençal : rouguiero, rouiguiero : voirie).

Le quartier Saint-Jaume ne porte pas un nom méconnu puisque Jaume est la forme méridionale de Jacques).

Le chemin des Aréniers n'a, lui, jamais été réputé pour ses insectes à huit pattes, mais plutôt pour la texture sablonneuse et légère de ses sols, du provençal "l'arenié": lieu sablonneux, au sol meuble (l'arène, étant en provençal, la sable).

La ou Les Collette(s) est une "couleto", "uno pichouno coualo", soit une petite colline. (Même toponyme à Vidauban, où le quartier de la Coualo voisin avec "La Collette").

Les Ferrages (les Ferrays cités en 1572) est le mot provençal "ferrajo, farrajo, farrai", désignant les terres riches et fertiles, arrosables, où l'on trouvait autrefois des jardins et des prés.

Le Maljournal (du provençal : mau journau) n'a rien à voir avec un quotidien de mauvaise qualité. Il s'agit plutôt ici d'une mauvaise terre (lou journau était, à Draguignan, une étendue de terrain d'une journée de labour).

La Riaille est tout simplement le féminin "riaio" de "lou riau, rieu", le ruisseau, le vallon.

Le Fournas est, en provençal, un grand four.

Le Peyrard (du provençal : peirard) est un lieu rocailleux.

Les Taillades : (en provençal : lei taiado) : une fôret nouvellement défichée.

Les Marranes, au-dessus de l'hôpital, (provençal : lei marrano) est un endroit où le sol est constitué de tuf sec et blanc.

Les Faisses, qu'on est obligé de prononcer à la provençale (provençal : lei faisso), sont des bandes de terres cultivables et souvent plantées d'oliviers, soutenues par des murailles de pierre appelées "restanco".

Le Petit Plan est tout simplement l'équivalent provençal de "la petite plaine". (Cf. "Plan de Canjuers").

Le Beaussaret (provençal beu-sarret) contient le diminutif de "serre" : sommet de forme allongée, alors que le Seiran est un augmentatif de ce même mot.

Le Baguier (provençal : baguié) est le laurier-sauce.

Quant aux Selves, (provençal : la, lei Seuvo), on y retrouve évidemment "silva" latin désignant la forêt.

La Pouiraque (provençal : pouso-raco, pouraco) signifie la noria, le puits à godet ou bien parfois plus simplement le trou d'eau.

Les Négadis, du provençal "négadis" qui peut se traduire par : noyer, noyé, désignent les terrains au bord de la Nartuby qui autrefois, s'inondaient fréquemment.

La Sambre : (provençal : sambro) est un creux de rocher se remplissant d'eau de pluie.

Lei Messugo est le nom provençal du ciste cotonneux (cistus albidus), commun dans la garrigue varoise.

La Clape (clapo) est un lieu caillouteux.

La Foux (provençal : fous) désigne une source abondante (Cf. la Foux d'Allos, Fox-Amphoux).

La Granegone (provençal : la granegouno) : petite cabane en pierres sèches, diminutif du mot "grango" : grange.

Qu'on le veuille ou non, Draguignan garde ainsi un peu de son âme provençale avant tout.

Source : Auteur de l'article : Jean-Luc Domenge dans Bulletin provençal "Lou terraire"

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06 novembre 2016

Le sauvetage des villages du Haut Var

 

Bargème

Bargème

Trigance

Trigance

Montmeyan

Montmeyan

Aujourd'hui destinations privilégiées des touristes, les villages du Haut-Var étaient, au lendemain de la seconde guerre mondiale, des lieux désertés, rendus exsangues par l'exode rural. Mais comment redonner vie à ces lieux désolés ? Dans les années 1960, Henri Monier, directeur de la mission habitat rural à Draguignan, fourmille d'idées pour sauver ces villages du Haut-Var. Au fait des réflexions nationales menée sur les villages ruraux, il propose un projet de valorisation du bâti rural qui intéressera l'ensemble de ces villages. Informé de ce projet ambitieux, le sénateur des Basses-Alpes, Emile Aubert présente le dossier auprès du ministre de l'agricuture à Paris. Ce dossier reçoit une écoute favorable, un programme de "tourisme en agriculture" est créé pour aider à la restauration des bâtiments en milieu rural. Ainsi, le premier gîte de France ouvrira ses porte à Ginasservis, très vite les communes de Montmeyan, Moissac, Baudinard, Bargème, La Roque-Esclapon... suivront l'exemple. Cette expérience est médiatisée dans les journaux télévisés. De Vinon au pied du Lachens, en passant par Montmeyan et Moissac, Henri Monier rencontre les maires des villages et réalise un recensement des bâtiments à restaurer et des projets possibles. Dès 1961, il fait intervenir le "mouvement chrétien pour la paix". Des chantiers d'été sont organisés pour déblayer les rues et les ruines des gravats. Pendant trois ou quatre ans se succèdent des jeunes venus de toute l'Europe pour contribuer à reconstruire ces villages. A cette même période, Bargème accueille le mouvement "Alpes du Lumière" pour des chantiers de restauration. Des artistes de l'Ecole des Beaux Arts d'Angers viennent par l'intermédiaire du père de l'un d'entre eux PDG d'une importante société. En 1962, une liquidation permet à Henri Monier d'acquérir un lot de ruines dans le village de Trigance. Il achète ces ruines et les revend sans bénéfice à des personnes susceptibles d'apporter du sens et une aide à l'esprit du projet. Il ne s'agit pas là d'une opération immobilière. Sacré défi, quand la tendance est à déserter les villages pour s'installer dans les villes. S'installent donc un maçon pour restaurer les maisons, un archiviste pour sauver la mémoire du lieu, une personne qui s'occupe des affaires sociales, un curé pour célébrer la messe. Le projet prend forme. La mémoire, le social et le culte pour construire les bases d'un nouveau départ. En 1962, les Hartmann qui viennent de St Gervais en Savoie achètent les ruines du château pour en faire un restaurant, une de leurs amies de l'école des Beaux-Arts de Paris vient sur Trigance et s'y installe. D'autres peintres s'installent également. Sous le regard curieux des trigançois, ces jeunes personnes se sont installées et ont redonné vie au village.

Source : Plaquette éditée par le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan.

Trigance-Vue générale

 Vue générale de Trigance

 

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31 octobre 2016

L'histoire de Trigance

 

Trigance noir et blanc

Jusqu'à l'âge du fer, les premiers habitants de la région de Trigance s'étaient établis sur les montagnes environnantes. Les populations qui ont suivi, tels les peuples celto-ligures, se sont regroupées sur les collines et les crêtes en habitat regroupé. Certains alignements et bases de murs permettent de reconstituer les habitats celto-ligures : cabanes, villages, enceintes, cheminement sont répartis sur cinq lieux : Rigaux, Les Auies, Chastillon, les granges de Breil et la Serrière du Peil.

La période romaine

La Paix romaine (Pax romana), en sécurisant les voies de communication, a favorisé le développement des cultures et a permis aux populations de s'installer dans les plaines. Le Cartulaire de Wismes fait état de huit villages autour de Trigance. A l'époque gallo-romaine, Trigance fait partie des territoires romains ayant pour capitale Arles. Après la chute de Rome, en 476 après Jésus-Christ, les provinces sont divisées en diocèses et Trigance dépendra du diocèse de Riez. Lieu de passage, la Basse-Provence est aussi un lieu de brassage. De 1000/1500 avant Jésus-Christ jusqu'à la présence romaine, ou l'ancien Empire a laissé sur place esclaves et serfs ainsi que des membres de la caste guerrière. La Pax romana n'a pas empêché la coexistence avec les anciennes tribus.

Trigance chateau

La période moderne

Au IXe siècle, le nom de "Trigance" est cité pour la première fois dans le polyptyque (un polyptyque est un ensemble de panneaux peints (voir sculptés), articulé ou non). de l'Evêque Wadalde, rédigé en 813-814 qui énumère les biens de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. Il est fait état de treize "Villae", dont celle de "Tregentia" et celle de "Rovaganis" (Rougon). La "Villae Tregentia" comptait huit exploitations agricoles dont quatre seulement étaient cultivées par des paysans, les terres incultes fournissant des pâturages pour les troupeaux. L'histoire de Trigance est le reflet de l'histoire de la Provence et suit ses soubresauts, de la succession des alliances et des guerres. La chute de l'empire romain favorise l'éclosion des barons de Castellane qui construisent des châteaux forts et progressivement tentent de constituer un gros territoire, jusqu'à ce qu'en 1262, le comte de Provence Charles 1er, y mette un terme en le fractionnant en trois. La Viguerie de Trigance est ainsi rattachée à Draguignan. Du début du XIVe siècle jusqu'au XVIIe siècle, Trigance est partagé entre co-seigneurs. Le village se verra alors placé sous l'autorité de diverses familles dont celle des de Raimondis jusqu'au milieu du XVe siècle, puis passera par mariage aux de Demandolx jusque vers 1704. Par un mariage encore, avec Anne-Marie de Demandolx, Cosme Maximilien de Valbelle deviendra seigneur de Trigance. La famille des de Valbelle conservera la seigneurie avec les autres fiefs jusqu'en 1789, à l'heure de la Révolution française. A la Révolution, c'est Joseph de Castellane- Majastre qui est en possession du fief par mariage avec Delphine de Valbelle. Les archives constituent la preuve de la propriété de la commune, des acquisitions de terres aux seigneurs, ainsi que les chartes passées témoignent des acquis sociaux et des liberté, il et donc primordial de les conserver et un grand soins leur est apporté.

Les invasions maures

Du VIIIe au Xe siècle, les invasions sarrasines ont bouleversé la vie des campagnes jusqu'à ce que le comte de Provence, Guillaume (dit le Libérateur) parvienne à les chasser de Provence. Victimes de pillage et de destruction, les populations sont déportées en esclavage ou enlevées. Du Xe au XIe siècle, les populations gagnées par l'insécurité se regroupent dans des lieux escarpés, construisent le château fort et abandonnent les plaines exposées aux attaques. Cette période a vu la pays être mis à feu et à sang. Un des effets secondaires de cette période fut la perte des archives anciennes laissant dans l'ombre la connaissance de cette période (VIIIe au XIe siècle).

Les épidémies de peste

La peste, alliée à la pauvreté, a fortement modelée l'identité du pays, la maladie ayant réduit la population et mis à mal la prospérité. Tout au long du Moyen-Âge et jusqu'aux périodes récentes, la Provence fut soumise aux ravages de la peste réduisant la population de façon drastique. En 1348, plus de la moitié de la population fut anéantie. La médecine se révélant impuissante, les villageois s'en remirent à des pratiques religieuses pour combatte la maladie, comme les processions dédiées à Saint Roch, patron des malades. Une chapelle fut érigée en 1640, la population de Trigance fut relativement épargnée.

Trigance-Blason

 Le blason

Depuis Louis XIV, les armoiries des de Demandolx (armoirie "parlantes" Manosque manus-Demandolx) sont celles aussi du village. "D'or à trois faces de sable au chef du gueule chargé d'une main dextre appaumée d'argent" main ouverte en signe de paix.

La misère endémique

Mais la vie à Trigance est difficile. Un état de pauvreté et de délabrement du terroir en est responsable. L'appauvrissement des sols, les déboisements excessifs ainsi que le surpâturage ont rendu la culture difficile et laborieuse. La détérioration et le mauvais entretien des biens communs et des infrastructures tels que ponts et chemins, fours et moulins, renforcent la pauvreté. La misère pousse les habitants à s'expatrier et la pauvreté a pour effet le vol et le brigandage, fléaux qui provoquent l'insécurité des biens et des personnes.

Source : D'après une plaquette sur Trigance éditée par le Musée des ATP.

Trigance

 

25 octobre 2016

Les affiches touristiques de la Côte d'Azur

Affiches

Le littoral provençal était jadis peu sûr et isolé. Au XIXe siècle, la prise d'Alger (1830) et la colonisation du Maghreb mettent un terme aux raids des pirates barbaresques sur les bords de la Méditerranée, tandis que l'ouverture des lignes du chemin de fer sous la Monarchie de Juillet relie les rives de la Provence orientale à Paris. De riches étrangers prennent l'habitude de venir passer la mauvaise saison sur la "French Riviera", pour laquelle le publiciste Stephen Liégeard (1830-1925) invente le nom de "Côte d'Azur" en 1887 pour qualifier le littoral de Hyères à Gênes (Cf. son ouvrage "La Côte d'Azur" publié à Paris aux éditions Quantin en 1888).

liegeard

Le publiciste Stephen Liégeard

Grâce à d'habiles campagnes de promotion, cette vocation se développe dès la fin du XIXe siècle. La Compagie du Chemin de fer PLM (Paris-Lyon-Marseille), suivie par les communes et certains particuliers, entreprend de faire connaître la région grâce à l'édition d'affiches dites "de voyages". Ces dernières ont été inventées par le Roumain Frédéric Hugo d'Alési (1849-1906) qui vécu à Marseille avant de "monter" à Paris où il se lança dans l'impression lithographique à partir de 1886. Il met au point une technique dont il se réserve l'exclusivité et qui imite l'aquarelle. Très colorées, ces affiches révèlent tous les aspects de la Provence touristique : paysages enchanteurs, monuments prestigieux, coutumes pittoresques. Dès les années 1890, le PLM tire à 5.000 exemplaires des affiches placardées dans les gares. Aux côtés des artistes non originaires de la région, les créateurs provençaux comme Léo Lelée (1872-1947) ou encore David Dellepiane (1866-1932) rivalisent d'imagination pour satisfaire ces commandes. A l'instar du PLM, d'autres organismes, comme la Compagnie Nationale de Navigation, créée en 1879 par Marc Fraissinet, publieront de magnifiques affiches éditées par Moullot fils aîné à Marseille.

Antibes

Cannes

Cote-d-Azur

La Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée

La Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, communément désignée sous le nom de Paris-Lyon-Méditerranée ou bien sous son sigle PLM, est l'une des plus importantes compagnies ferroviaires privées françaises. Elle é été créée le 19 juillet 1857 et sa nationalisation a eu lieu le 1er janvier 1938, lors de la création de la Société Nationale des Chemins de Fer Français (SNCF).

Desservant le Sud-Est de la France, et notamment la Côte d'Azur, la Provence, les Cévennes, et les Alpes, le PLM était la compagnie par excellence des départs en villégiature. La gare parisienne de cette compagnie était la Gare de Lyon. L'époquée du PLM a duré quatre-vingt ans et elle a façonné la France moderne en réduisant les distances, rapprochant les hommes et les marchandises, et en modelant les villes et la campagne. 

PLM-wagon

 

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19 octobre 2016

La Verdière et son château

La Verdière-Village

La Verdière a été occupée dès l’Antiquité étant donné les enjeux stratégiques et économiques que son site présentait. Le château, construit sur un ancien castrum, et la colline Notre Dame de la Salette, ancien oppidum pré-romain, sont les premières traces de cette occupation antique. La culture de la vigne, de l’olivier, du lavandin et l’élevage ovin et caprin constituèrent au cours des siècles des pratiques agricoles répandues qui ont profondément façonné le paysage. Bastides, cabanons, restanques et parcelles cultivées sont encore visibles aux environs du village et sont les témoignages persistants de cette agriculture méditerranéenne, voisinant avec de verdoyantes forêts de chênes et de pinèdes. Dès le Haut-Moyen Age, la colline qui abrite aujourd’hui le village fut un site fortifié, qui, attesté dès l'an 980 dans les archives, appartenait à la puissante famille de Castellane. Ainsi, l’histoire du village est totalement indissociable de l’histoire du château, puisque le village doit sa fondation et son existence au château. La population de La Verdière au Moyen-Age, composée pour la plus grande partie d’agriculteurs et d’artisans, travaillait en partie pour le compte de ces seigneurs qui lui assuraient en contrepartie une protection matérielle et physique des plus précieuses pendant ces temps troublés. La Verdière a dès lors été le type même du village perché dont l’administration était féodale. Irriguées par la source de Montbrien et massées autour du château, les habitations de La verdière se sont organisées en noyaux concentriques du Xe au XVIIe siècle. C’est ainsi que les rues du village, dont le tracé à la fois étroit et sinueux garde l’empreinte de l’époque médiévale, ont conservé de nombreuses maisons particulières qui suggèrent les activités commerciales et communautaires qui s’y déroulaient. De nombreux linteaux sculptés, de belles façades et plusieurs passages couverts participent à faire du village l’un des plus authentiques villages perchés du Var.

La Verdière-Château

Vue du village, de l'église et du château (Photo Nadine)

Famille issue de la noblesse d’épée, les Castellane feront du site fortifié de La Verdière un château-verrou contrôlant la route qui reliait la cité d’Aix à la Haute Provence. De ce château, subsiste un réseau complexe de salles voutées qui occupent les parties basses de l’actuel édifice. Une alliance fera entrer le château, le village et ses terres un temps dans le giron de la célèbre famille de Vintimille pour le faire revenir dans celui des Castellane. Au cours du XVIIe siècle, le château et ses domaines seront transmis par mariage à la famille provençale de Forbin par l'union d'Aymare de Castellane avec Vincent-Anne de Forbin. Tantôt militaires prestigieux, parlementaires éminents, intellectuels distingués et ecclésiastiques admirés, les Forbin jouèrent un rôle de premier plan en Provence et furent des mécènes prodigues. Le château fortifié de La Verdière, centre politique, économique et militaire du village, se métamorphosa ainsi dès le milieu du XVIIIe siècle en un palais d’apparat orné de gypseries d'une finesse et d'une richesse inouïes qui sont aujourd’hui considérées comme les plus belles de Provence. Les réceptions, les parties de chasse et les collections de peintures et de meubles précieux marqueront la vie de ce château au cours du XVIIIe siècle. Pendant la Révolution, en l’absence des propriétaires, ce château réputé sera sauvagement pillé et mutilé par une minorité de villageois, les collections d’oeuvres d’art détruites, volées ou brûlées par ignorance totale. Ne s’étant pas exilés hors de France pendant la tourmente révolutionnaire, les Forbin, contrairement à bien d’autres familles aristocratiques, purent toutefois reprendre possession en toute légitimité de leurs propriétés foncières et notamment des nombreuses bastides et du château de la Verdière qui sera patiemment restauré tout au long du XIXe siècle. Le dernier Marquis de Forbin d’Oppède, Palamède de Forbin (1816-1900), s’éteindra sans postérité. Après plusieurs aléas dans sa transmission et notamment plusieurs années d’abandon, le château (classé Monument Historique en totalité depuis 1986) aujourd’hui sauvé de la ruine, déploie des intérieurs provençaux qui ont retrouvé l’empreinte d’un art de vivre noble et raffiné.

L’église paroissiale du village, Notre-Dame de l’Assomption (classée Monument Historique) fut le centre de la vie religieuse du village et l’ancienne chapelle du château. Malgré le récent démantèlement de son campanile en façade, de nombreux éléments lapidaires sculptés, des voûtes cintrées et un portail de style roman sont remarquables. Elle abrite encore un mobilier sacré des plus précieux : de nombreux autels baroques en bois doré ornés de peintures religieuses des XVIIe et XVIIIe siècles sont visibles dans les chapelles latérales. Curiosité rare : une tribune surélevée, à droite de l’autel, permettait aux seigneurs de la Verdière d’assister aux offices depuis leur château, sans avoir à descendre dans l’église. Le territoire de la commune est également jalonné de nombreux édifices religieux. On trouve ainsi une statue représentant Notre Dame de la Salette (XIXe siècle), offerte par la famille de Forbin et ornant la colline éponyme au même titre que l’Hôtel-Dieu (aujourd’hui écoles communales) qui fut une structure de bienfaisance intégralement financée par ces derniers dès le XVIII° siècle. Dans le terroir de la Verdière, la chapelle Saint Roch, Saint Patron du village, présente une architecture comparable à la célèbre chapelle Saint-Sixte d’Eygalières (13) tandis que la chapelle Notre-Dame de Santé, lieu de pèlerinage attesté dès le XVème siècle, abriterait selon des traditions orales une pierre rapportée de Jérusalem en 1655 par un religieux.

Source : D'après un texte trouvé sur le site de la mairie de La verdière. Auteur : Alexandre Mahue, conférencier.

Pour en savoir plus sur le château :


Château de La Verdière en Provence

Le Chateau de La Verdière en Provence, classé monument historique vous accueille.

http://www.chateau-delaverdiere.fr

 

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18 octobre 2016

Un blog sur les ronds-points

Un lecteur m'a écrit. Il fait un blog sur les ronds-points et il cherche des correspondant(e)s pour faire des photos de ronds-points. Si cela vous intéresse, je vous donne le message que j'ai reçu.

"Vous avez tous des ronds-points prés de chez vous.

Je voudrais trouver un ou une correspondant(e) dans chaque département de l'hexagone ainsi qu'a l'étranger.

Ce ou cette correspondant(e) a de la famille ou des amis qu'il pourrait solliciter afin de prendre des photos de ronds-points ou de giratoires.

Il ou elle me les enverrait sur mon mail : jlk.dustade@orange.fr

Ceci afin de mailler le territoire.

Indiquez le nom de la ville ou du lieu-dit ainsi que ce que ça représente.

Indiquez aussi votre prénom et un lien de site ou de blog à faire connaître (si vous en avez un)".

Voilà ce n'est pas bien difficile pour aider Jean-Louis. Allez voir son blog, tous les ronds-points sont classés par départements. Merci pour lui.

Blog-rond-point

Ce blog ne contiendra que des photos de rond-point, giratoire et échangeur rond. Je vous demande de participer et de m'envoyer vos photos de rond-point près de chez vous ou en voyage et je les éditerai sur mon blog. Adresse mail : jlk.dustade@orange.fr

http://trobenet.canalblog.com

 

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13 octobre 2016

Articles à lire sur mon autre blog

Pont Vieux

J'ai publié deux articles sur mon autre blog qui vous intéresseront. Les bourgeois d'autrefois à Trans (en 3 parties) et A travers les archives : enfants naturels et inhumations.

Voici les deux liens :

A travers les archives : enfants naturels et inhumations - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Les enfants naturels n'entraient pas honteusement dans la vie. Il faut arriver au XIXe siècle pour qu'ils deviennent, on ne sait pourquoi, un objet de mépris. A Trans, au XVIIe et XVIIIe siècles, ces enfants étaient presque toujours tenus sur les fonts baptismaux par des personnages de marque.

 

Les bourgeois d'autrefois à Trans (1) - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Dans les documents de la première moitié du XVIIe siècle, on voit apparaître pour la première fois à Trans, des gens à qui on donne le qualificatif de "bourgeois". Jusque là ce terme ne c'était jamais appliqué à des Transians ; on le connaissait et on l'employait, mais pour désigner des bourgeois étrangers au village, par exemple des bourgeois dracénois avec lesquels la communauté ou des particuliers se trouvaient en rapport.

Bonne lecture...

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Autrefois, les épidémies

 

Peste de 1348

Aux siècles passés, la maladie est synonyme d'épidémie et l'on pense aussitôt aux deux fléaux que sont la peste et le choléra. Pourtant, une vulgaire grippe, une indigestion, une carence en nourriture, des accidents corporels, des mauvais traitements, entraînent également la maladie, parfois la mort, par manque de connaissance, de moyens et de soins. Les femme meurent très souvent en couches, les enfants nés avant terme ou dans les conditions précaires sont alors condamnés à coup sûr. Les maladies infantiles sévissent avec force et la sélection naturelle s'opère ; les couples ont une famille très nombreuse, 10 à 12 enfants, afin d'assurer leur succession, car combien arriveront à l'âge adulte ? Cependant, ce qui effraie le plus la population, ce sont ces cycles épidémiques qui font disparaître, en quelques jours, plusieurs membres d'une même famille ; ce mal se répand très vite dans tous les villages devant le désespoir général. La lèpre, épidémie redoutable, est apparue avec les légions romaines au début de l'ère chrétienne. Elle retrouve sa vigueur au moment des Croisades aux XIIe et XIIIe siècles. Les lépreux sont isolés dans des maladreries. De 1346 à 1720, la Provence subit la pandémie de peste noire. Pendant cette période, la peste se manifeste une année sur six en moyenne. Venu le l'Inde, le choléra apparaît en Europe vers 1830. La variole, aussi appelée petite vérole, est présente jusqu'à la fin du XIXe siècle. Elle sévit en permanence touchant un village puis un autre.

Instruction-populaire-choléra

Parmi les grandes épidémies, la grippe saisonnière qui prend une forme meurtrière pendant l'automne et l'hiver 1918-1919. La diphtérie, atteint, elle, les nourrissons en particulier. Le typhus épidémique, transmis par le pou, appelé populairement fièvre des camps, est responsable de nombreuses pertes humaines. Le manque d'hygiène, l'accumulation d'immondices, favorisent la prolifération des rats. Ces rongeurs sont atteints de la peste, mais il faut un intermédiaire pour qu'elle se transmette : la puce en est l'unique vecteur. L'épidémie se propage par les piqûres de puces, mais également par l'homme dans le cas de peste pulmonaire qui contamine les personnes en contact avec lui. La peste s'annonce par une légère douleur à l'aîne et débute par des frissons, des maux de tête, un enrouement. Puis surviennent, les vertiges, la prostration, le délire, la soif ardente. Le souffle devient court, lent, irrégulier. Au bout de deux jours apparaissent, là où la puce a piqué, les bubons ou ganglions lymphatiques qui se gangrène. Le corps refroidit, hoquets, vomissements, marbrures de la peau... annoncent l'issue fatale. La propagation de la peste est lié à la prolifération des puces, le fléau se ralentit pendant l'hiver et atteint son maximum en été. Les grandes invasions et les fréquents passages de troupes sont des causes de propagation de la maladie. Mais le plus souvent, les habitants, dans l'ignorance de l'origine du mal, vont attaquer toute personne suspecte. Ainsi les pauvres deviennent responsables de la peste, on les regroupe, on fait des listes, on cherche des parents à ces malheureux, afin de les prendre en charge. Enfin, on les enferme dans des sortes de camps où les germes de la peste vont proliférer. Les vagabonds doivent passer leur chemin sous peine d'être pendus. La surveillance s'exerce surtout dans certains lieux, comme les tavernes et les cabarets qui peuvent devenir des foyers d'infection. Les personnes inconnues et sans bulletin de santé ne peuvent être hébergées. Les foires et réunions publiques sont purement et simplement supprimées, car impossibilité de contrôle vu le nombre de personnes venant de différents endroits. Comment soigne-t-on ces maladies, quand on sait que le bacille de la peste ne sera découvert qu'en 1894 par Alexandre Yersin à Hong-Kong et le mode de transmission par la puce, en 1898. Le bacille du choléra sera découvert en 1854 par Filippo Pacini et redécouvert par Robert Koch en 1882.

Marchand_d'Orvietan

Jusque là, on emploie des remèdes de bonne femme. Contre la peste, un remède : l'orviètan, à base de vipères séchées est sensé soigner la gale, la teigne, la peste, la goutte, la vérole. De nombreuses plantes sont utilisées : les raves de Paris, les giroflées ou oeillets de jardins, la verveine femelle, les soucis, les lentilles d'eau et l'oranger. Pour lutter contre le choléra, au XIXe siècle, on retrouve des remèdes similaires, pourtant à cette époque, on voit apparaître les premiers médicaments encore fabriqués aujourd'hui : l'élixir Bonjean en 1854 pour faciliter la digestion et surtout combattre le choléra. Que devient le corps médical lors de ces épidémies ? Du XVIe au XIXe siècle, il est peu efficace, car le nombre de médecins est très faible et la pratique presque nulle. Cependant, la population ne s'en plaint pas. On n'appelle pas le médecin dès le moindre mal. Il existe dans les villages importants des chirurgiens qui contrairement à notre époque sont également barbiers, aux ordres souvent du médecin. Ils sont chargés d'ouvrir les abcès superficiels, de panser les plaies et surtout de faire les saignées. Il existe également le Magistrat de Santé : diverses personnalités politiques et médicales se réunissent afin de recenser les besoins. Des Capitaines de Santé coordonnent la liaison entre cet organisme et les villages ou hameaux touchés par une épidémie. Il s'agit de mettre en place un cordon sanitaire, surtout efficace au XVIIIe siècle, lors de la grande peste de Marseille. Toute personne voulant entrer en Provence doit présenter un billet de santé mais également être mise au parfum dans un lazaret. C'est un établissement spécial où l'on enferme les personnes en quarantaine dans un local clos et où l'on jette sur des braises un mélange de genièvre, encens, myrrhe, soufre, poix, résine et salpêtre : un quart d'heure par séance. Tous est parfumé pour entrer en Provence, même le courrier ! Toute personne ne satisfaisant pas à ces deux règles est passée par les armes ! Le contrôle de la nourriture est nécessaire, quand on sait que les bouchers n'hésitent pas à vendre de la viande avariée. L'hygiène est inexistante, et lors des épidémies, on doit interdire les sépultures dans les églises qui deviennent de véritables nids à microbes. Les morts sont ensevelis à 60 cm à peine dans le sol de l'église constamment ouvert pour une nouvelle sépulture ; ces lieux sont dans un état de puanteur extrême. En période d'épidémies les morts sont ensevelis en dehors des habitations. On a chassé les vivants, on éloigne également les tombes. Mais est-ce suffisant comme prévention ? Seule solution connue : éloigner les malades et les loger à l'extérieur des villages et hameaux, d'où l'expression "mettre en cabane"... qui est en fait un terme médical. Tout ce qui appartient au malade est brûlé avec de nombreux parfums. Après la mort, les corps sont enterrés dans de grandes fosses ou tout simplement jetés à la rivière.

Peste-robe du médecin

Il faut parfois se rendre auprès du malade, alors pas d'autre solution que l'habit de contagion, sorte de grande robe de cuir avec chapeau et gants, masque à bec pour respirer l'air sain filtré à travers des plantes aromatiques. A la main une baguette qui sert à l'estimation du pouls du malade... ! Dernière ressource fasse à la maladie : la religion. Selon la croyance, les épidémies sont le reflet de la colère de Dieu. On va donc prier les saints protecteurs : Sébastien et Roch ainsi que Fabien. Au XVIe siècle, de nombreuses processions ont lieu : les boutiques doivent être fermées, les rues nettoyées sur le passage du cortège. Tout les habitants doivent y participer sous peine d'amende. Il faut attendre le XXe siècle (dernière alerte de la peste à Marseille et Paris en 1920) pour qu'une importante dératisation permette d'enrayer rapidement cette terrible maladie. Le développement de l'hygiène en dehors des périodes à risque et la découverte des vaccins vont arrêter l'évolution de ces maladies épidémiques. 

Auteur : G.Bisillai-Donnet dans Bulletin de généalogie. Texte arrangé par Nadine.

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07 octobre 2016

La pomme d'amour

 

TOMATE

Les Conquistadors espagnols et portugais revenaient du Nouveau Monde les cales chargées d'or et de pierreries mais aussi de quantités d'épices, de fruits et de plantes jusque-là inconnus en Europe : parmi toutes ces caisses de bois plantées de fragiles boutures qui survécurent aux rigueurs et aux dangers du voyage, quelques sacs de graines de tomate. La tomate s'est parfaitement acclimatée tout autour de la Méditerranée, mais il fallut attendre le XVIIIe siècle pour qu'elle fasse son apparition en Provence, et encore ne fut-elle considérée pendant bien longtemps comme une plante d'ornement. Ce n'est qu'au XIXe siècle qu'elle fit vraiment partie de la cuisine provençale. La Provence est aujourd'hui l'un de ses principaux lieux de production. C'est un fruit d'été, qui peut être cultivé toute l'année sous serre. Mais les tomates de plein champ sont bien plus savoureuses et l'époque de cette production se situe de mai à septembre. La plupart des tomates vendues dans le commerce sont curieusement d'un rouge uniforme et parfaitement calibrées, comme si on les avait faites au moule, cela pour rassurer sans doute un consommateur peu averti. Heureusement, l'été, sur nos marchés paysans, on trouve toutes sortes de variétés de tomates, de toutes tailles, de toutes couleurs, chacune ayant ses qualités et se prêtant mieux que les autres à telle ou telle utilisation. Les Provençaux font leur salade de tomates avec des fruits peu mûrs, très fermes, juste quand ils commencent à rougir, qu'ils sont encore roses pâle avec des traces de vert. Ils y ajoutent un filet d'huile d'olive, quelques feuilles de basilic et quelques grains de sel pour tout assaisonnement. Surtout pas de vinaigre ni de moutarde, l'acidité naturelle et le parfum délicat de la tomate suffisent largement. Le même assaisonnement conviendra parfaitement pour une salade de "tomates russes" choisies mûres, mais fermes. Ce sont de très grosses tomates de forme irrégulière, à tranches marquées comme celle d'une courge, parfois tachetées de jaune. Leur aspect déroute souvent quand on ne les connaît pas encore, mais elle sont véritablement exquises et leur chair sucrée, juteuse et très parfumée, en fait un fruit vraiment exceptionnel. Les olivettes, tomates petites, longues et fermes sont parfaites pour les sauces et les coulis ; et les tomates rondes, vidées de leur jus et de leurs graines, acceptent avec bonheur d'être farcies d'un reste de daube hachée avec du riz, et gentiment confites à four doux. Mais, puisque la tomate est un fruit, voilà ci-après comment confectionner une délicieuse confiture avec des tomates mûres. Il faut des tomates de plein été, très rouges et gorgées de soleil. Choisissez-les un peu grosses et bien fermes, car il va falloir leur ôter la peau. Pour cela, plongez-les une ou deux minutes dans une bassine d'eau en ébullition. Sortez-les en vous aidant d'une écumoire. Dès qu'elles seront un peu refroidies, vous constaterez que la peau s'enlève très facilement. Outre que celle-ci est parfaitement indigeste, il se trouve qu'elle a une fâcheuses propriété de durcir en cuisant dans le sucre et qu'elle devient très désagréable sous la langue une fois confite. Donc, lorsque vos tomates sont pelées, ôtez également la partie dure près de la queue puis coupez les chairs en morceaux et pesez-les. Ajoutez 750 grammes de sucre par kilogramme de fruits. Fendez trois bâtons de vanille, grattez l'intérieur avec un petit couteau et mettez tout cela dans la bassine avec les fruits et le sucre. Couvrez d'un grand linge propre et laissez reposer toute la nuit. Le lendemain, portez à ébullition, à feu doux et en remuant de temps en temps. Laissez cuire une dizaine de minutes, puis, éteignez le feu et laissez refroidir. Ajoutez alors un verre de bon vieux rhum de la Martinique et recommencez la cuisson comme précédemment. La confiture est prête lorsqu'une goutte de jus se fige au contact d'une assiette. Vous pouvez mettre en pots immédiatement sans laisser refroidir. Cette confiture est aussi bonne étalée sur une tartine de pain de campagne beurrée pour le petit-déjeuner ou le goûter, que servie en dessert pour accompagner une faisselle de brebis ou une petite brousse de chèvre.

 Source : "Couleurs de Provence" Michel Biehn - Flammarion.

Tomates

 

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01 octobre 2016

La place de la Halle à Draguignan (2ème partie)

 

Draguignan

 Au Moyen-Âge, la ville de Draguignan était enserrée dans ses remparts. Au début du XIVe siècle, la ville se mit à déborder de ses murs devenus trop étroits et l'on édifia à l'endroit dont je vous parle, un "bourg neuf". La place qui fut formée, minuscule à l'origine, à l'ombre du rempart, devint une annexe de celle du Marché. Elle fut appelée "place du Marché Neuf" jusqu'au XVIIe siècle, puis "place de la Halle" après l'intermède révolutionnaire. Elle fut l'objet de préoccupations stratégiques. En 1374, on y creusa un fossé défensif en continuation de la lice*. En 1379, on y éleva une tour carrée qui vint flanquer la muraille, dépourvue d'ouvrage avancé à ce niveau. Cependant, au XVIe siècle, lors des Guerres de Religion, après la prise du pouvoir par le parti catholique, le quartier était encore considéré comme un point faible de la cité. Outre la démolition du cloître des Dominicains, on fit "bastir" (obturer) les portes et fenêtres du Marché-Neuf. En 1613, la place fut dotée d'une fontaine, complétée vingt ans plus tard d'un bassin de forme octogonale et plantée d'ormeaux.

En période de Carnaval, la "placette" était réservée au bals des bassaquets, qui étaient de modestes journaliers. Au XVIIe siècle, on y jouait aux quilles avec une frénésie et des nuisances telles qu'un arrêté de 1643 dut l'interdire pour les dimanche et fêtes. L'ambiance n'était pas plus calme au XVIIIe siècle, les rixes y étaient fréquentes. Telle la bataille rangée qui opposa les paysans, les artisans et les marguilliers** de Sainte Marguerite venus y danser le jour de sa fête. En 1834, on y édifia une halle aux poissons, la "Vieille Poissonnerie", qui fut démolie en 1931. La place de la Halle a été rebaptisée de nos jours du nom d'un héros de la Résistance mort le 15 août 1944, jour de la libération de la Provence : place Roger Fréani.

 Source : D'après le livre : Draguignan - Pierre Jean Gayrard - Ed. Equinoxe - Texte arrangé et augmenté de mes propres recherches

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* Lice : Une lice est une palissade qui entoure une fortification. À l'origine, les lices étaient des palissades construites en bois qui entouraient les maisons-fortes et les châteaux. Ce nom a ensuite servi à désigner tout champ ou terrain clos destiné à des tournois ou autres exercices en plein-air. Ces différents usages ont donné naissance à l'expression, "entrer en lice", qui signifie "entrer en compétition".

 ** Marguilier : Le marguillier (du latin matricularis, qui tient un registre) avait, dans chaque paroisse, la charge du registre des personnes qui recevaient les aumônes de l'Église. Il servait d'aide au sacristain, nommait et révoquait les chantres, les bedeaux... Ce n'était pas une profession mais une charge. Un marguillier était un laïc, membre du conseil de fabrique, chargé de l'administration des biens de la paroisse(terres, locations de terres, écoles, rentes et impôts), de veiller à l'entretien des locaux, de tenir le registre de la paroisse et de préparer les affaires qui doivent être portées au conseil. Les membres de ce conseil sont au nombre de trois : un président, un trésorier, et un secrétaire. Chaque année, le conseil de fabrique procédait à l'élection de deux d'entre eux. Le plus ancien était sortant et ne pouvait se représenter.

Source : D'après le livre : Draguignan - Pierre Jean Gayrard - Ed. Equinoxe - Texte arrangé et augmenté de mes propres recherches

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La place de la Halle à Draguignan et sa fontaine (1ère partie)

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  La place de la Halle au débouché de la Grand Rue avec la fontaine du Marché-Neuf (Carte postale ancienne - 1900)

La maison à droite est l'ancienne Halle aux grains. En 1657, le conseil de ville décida de transporter le commerce des grains depuis l'ancienne place du Marché, avec sa table de pierre à mesurer, jusqu'au Marché-Neuf et d'y construire une Halle aux grains. Elle fut construite à l'emplacement de deux maisons achetées en 1661. Mais après transformation, le local changea d'utilisation : on y trouve au début du XVIIIe siècle, un tonnelier et un sculpteur, puis à nouveau les fermiers du grain jugés moins bruyants. A la fin du XVIIIe siècle, les dracénois passionnés de musique voulurent en faire une Académie musicale. On y donna des concerts, des bals, on y joua la comédie. En 1866, elle devint une école municipale de garçons, et en 1872 le Tribunal de Commerce. Elle est de nos jours occupée par le Service municipal des Associations dracénoises. L'encadrement en pierre de taille de la porte et des fenêtres date de 1749 et provient de l'ancienne mairie, située sur la place du Marché et démolie en 1807.

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La Grand Rue de nos jours avec la jolie fontaine du Marché-Neuf restaurée. Les angelots chevauchant les cygnes ont été supprimés ou ont disparu ? (sur une carte postale de 1926 ils y étaient encore) et un dragon symbole de la ville de Draguignan a été rajouté en son sommet (Photo Nadine).

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Le haut de la fontaine vu de plus près (Photo Nadine)

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  L'ancien Tribunal de Commerce et la fontaine (Photo Nadine)

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Voilà, vous avez vu la fontaine sous tous les angles (Photo Nadine)

 

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L'agriculture dans le Var

 

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 Jusqu'à la période de la mécanisation, le Var n'échappa pas à la règle, il fut essentiellement agricole, avec toutefois l'inconvénient de ne disposer que de peu de terres fertiles. Pour survivre les paysans devaient créer des espaces cultivables, c'est ainsi que depuis l'Antiquité et jusque vers les années 1950, des générations de Provençaux se sont acharnés à grignoter les collines en dressant des murailles de pierres sèches pour y aménager des terrasses ou restanques. Ce modelage des collines disparaît aujourd'hui, sous le couvert d'une forêt de résineux qui reprend ses droits ou encore, par le prélèvement volontaire de pierres effaçant ce travail titanesque de la conquête de l'homme sur la nature. Sur ces espaces très souvent étroits, caillouteux, arides, le paysan pratiquait la polyculture. On y trouvait tout près des murs un ou deux rangs de vignes plantées serré, laissant un espace central labourable sur lequel poussaient les céréales, des oliviers et des arbres fruitiers y étant intercalés. Jusqu'au début du XXe siècle, pour travailler le sol, le paysan utilisait principalement des outils à bras, le seul instrument de labour tracté par l'animal étant l'araire. Cet instrument en bois avec une pointe de fer, très facile à confectionner, très léger, pouvant être porté sur l'épaule, labourait le sol sans le retourner, sautant le rocher souvent présent, a longtemps été préféré à la charrue qui n'offrait pas ces avantages pour nos sols pauvres en terre arable. Les animaux de trait étaient très présent dans nos villes et nos villages. En 1846, on comptait dans notre département 21 100 mulets, 12 998 ânes 11 165 chevaux et 6684 boeufs. Ils étaient les auxiliaires précieux de l'homme pour ses divers travaux. Le mulet plus léger, aux pieds plus sûrs, était largement préféré au cheval réservé principalement aux labours profonds ou au charroi ; les ânes étaient appréciés pour les petits transports et les menus travaux, les boeufs achetés dans d'autres régions complétaient cette puissance de travail. Ces milliers d'animaux, auxquels il faut ajouter l'élevage ovin, nécessitaient une nourriture abondante, notamment du foin qui était récolté dans les nombreux prés irrigables qui ceinturaient les villages, donnant à ceux-ci un aspect bien différent de celui d'aujourdhui.

Source : Publication "Les musées de Draguignan" présentation du Musée des Arts et Traditions Populaires.

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29 septembre 2016

Des histoires de brigands

Je viens de mettre en ligne dans mon autre blog consacré à Trans en Provence, un article intitulé : Des histoires de brigands. Si vous voulez le lire cliquez sur le lien ci-dessous. Merci à vous.

 

Trans en Provence au fil de la Nartuby

Gravure représentant une bande de chauffeurs Cela se passait en prairial de l'an IX, c'est-à-dire au printemps de l'année 1801, sous le Consulat. A cette époque, il y eut dans toute la France une flambée de banditisme...

http://www.transenprovence.info

 

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26 septembre 2016

L'histoire de la sardine qui a bouché le port de Marseille

 

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 En 1779, Paul François Jean Nicolas, vicomte de Barras, officier commandant le régiment français d'infanterie de marine de Pondichéry, capturé par les Britanniques l'année d'avant, fut libéré, en vertu d'un accord d'échanges de prisonniers et rapatrié sur une frégate de la marine du roi Louis XVI. Le bateau sur lequel il embarqua avait pour nom le Sartine, avec un "t", qui était le nom du secrétaire d'Etat à la Marine, Antoine de Sartine (1729-1801). Pour assurer sa sauvegarde et son retour tranquille vers la France, il naviguait sous pavillon blanc, ce qui devait le protéger de toute attaque des navires de la marine britannique. Le 19 mai 1780, le vaisseau de ligne britannique HMS Romney intercepta le Sartine et, à cause d'un malentendu, ouvrit le feu sur lui, tuant son capitaine et deux hommes d'équipage. La situation clarifiée après que le Romney eût envoyé un canot à bord du Sartine pour en vérifier le statut, ce dernier poursuivit sa route vers Marseille. A l'entrée du port, une erreur de navigation l'envoya sur des rochers et il finit par couler dans le chenal, ce qui en empêcha pendant un certain temps l'accès et la sortie à tout autre navire. D'après les mémoires de Barras, c'est Georges René Pléville Le Pelley, commandant du port et de la marine de Marseille, qui dégagea le port en treuillant à quai la frégate. Les Marseillais s'emparèrent avec délectation de cette histoire, tranformant le "t" en "d" et la frégate Sartine en petit poisson sans tête que l'on trouve dans des boîtes, baignant dans l'huile.

Source : D'après "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Provence sans jamais avoir osé le demander. Les miscellanées du docteur Giraud". Editions Ouest France.

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Si vous passez par Draguignan, faites un détour par les Archives départementales, vous pourrez y découvrir cette exposition

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20 septembre 2016

L'exil des Morisques en Provence et à Fréjus au XVIIe siècle

 

Morisques

L'histoire médiévale de la péninsule ibérique est profondément marquée par l'invasion et l'établissement de populations  musulmanes. Cet épisode débuta en l'an 711 lorsque Rariq Ibn Ziyan, lieutenant de l'Ifriquya à Kairoun, débarqua aux environs de Gibraltar à la tête de quelques milliers de soldats. Trois ans plus tard, la conquête de ce territoire était achevée et allait s'en suivre huit siècles de présence musulmane dans al-Andluz. La reconquista, c'est-à-dire, la reconquête par les chrétiens des territoires occupés par les musulmans, allait commencer. Cet épisode de l'histoire de l'Espagne vit sa conclusion au début de 1492 avec l'entrée victorieuse des rois catholiques, Isabelle 1re de Castille et Ferdinand II d'Aragon dans Grenade. Après quoi "le musulman en quelque point de l'Espagne qu'il résidât était vaincu", c'est ainsi que progressivement les cristianos viejos ou vieux chrétiens développèrent la notion limpieza de sangre, pureté de sang, aux dépens des conversos. Ces musulmans convertis sont appelés Morisques, ou dans les textes provençaux : Morisquoux, Granadins, Granatins. Considérés comme hérétiques, ils étaient soupçonnés d'oudir des complots, contre Dieu, la foi, l'Eglise, la couronne d'Espagne et le roi, avec leurs complices barbaresques ou turcs. En 1609, Philippe III, roi d'Espagne, décida de régler leur sort par une expulsion générale. Ils furent chassés d'Espagne par vagues, région par région, de 1609 à 1614. Nombreux sont ceux qui immigrèrent en Barbarie (Maghreb actuel). D'autres abordèrent la terre provençale dès le mois de mars 1610 à partir des ports espagnols ou, le plus souvent de la ville d'Agde après avoir traversé les Pyrénées. Les premiers Morisques à poser le pied sur la terre provençale sont attestés à Marseille dès le 27 mars, à La Ciotat le 28, et à Fréjus le 8 mai. Bernard Vincent rappelle que cette expulsion est "un phénomène massif qui a été ponctué par l'exil de 270 000 à 300 000 personnes". L'historien Pierre Santini évalue le nombre de ceux qui débarquèrent en Provence à plus d'une cinquantaine de milliers. Il faut souligner les conditions particulièrement difficiles de ces voyages sur des navires de 15 à 20 mètres de long, normalement aménagés pour transporter des marchandises, chargés de plusieurs centaines de passagers dont des enfants et des nouveaux nés, dans une promiscuité propice à la propagation des maladies. Vulnérables, ces exilés furent parfois soumis à la malhonnêteté, sinon la crapulerie, des marins qui les transportaient et des administrations portuaires des villes où ils accostaient. La venue de Morisques en Provence, au début du XVIIe siècle, conduisit les administrations royales et provençales à la mise en place de dispositions parfois contradictoires. Dès le 22 février 1610, un arrêt du conseil du roi de France autorisa officiellement les Morisques à entrer dans le royaume et à s'y établir en faisant profession de foi catholique, mais le 15 avril suivant, une ordonnance royale leur interdit le royaume. D'autres mesures suivirent qui aboutirent à l'ordonnance du 3 décembre 1610, faisant défense de les laisser enter "car ils tesmoignent en leur vie et moeurs n'estre point chestiens". Ainsi, à la fin de l'année 1610, le parlement de Provence, demanda à François de Beaumont, consul d'Aix, procureur du pays, de se rendre dans les localités du littoral afin d'oganiser leur embarquement et leur départ du royaume. Du 5 décembre 1610 au 14 mars 1611, celui-ci effectua deux tournées sur la côte provençale jusqu'à Cannes afin de regrouper les Morisques et leur famille qui s'étaient déjà installés dans l'arrière pays afin de les faire repartir en des terres islamisées. En effet, au printemps 1610, certains avaient renoncé à l'établir en Barbarie, car ils avaient été particulièrement éprouvés par leur voyage d'Espagne en Provence. Dès le 16 avril 1610, Robie, consul de Fréjus rapporte au conseil qu'ayant fait un voyage à Marseille, il avait "treuvé y avoyr esté arrivé grande quantité de granatins veneues du païs de Granade". Il proposa d'attendre "les propres mandements et volonté de sa Majesté" et du président du parlement de Provence, pour en faire venir 400 à Fréjus. Il faut souligner que d'autres communautés étaient, elles aussi, en demande de main d'oeuvre comme à Hyères, ou en recherche de familles pour repeupler un terroir comme à Moissac (Moissac-Belevue) où le seigneur Thomas de Lenches, signa un acte d'habitation avec un groupe de Morisques afin qu'ils s'établissent dans ce village. Mais, finalement les Morisques renoncèrent à ce projet et remboursèrent le seigneur. A Fréjus, les archives notariales nous renseignent sur des Morisques, qui très tôt, ont cherché à s'installer. En juin 1611, quelques mois après les tournées de François de Beaumont, prévues pour expulser les Morisques, Marie Mariplo, belle-fille de Rodarigou Allanssou, cordonnier et de Catherine Guiment, fut engagée par Marc-Antoine Villy, marchand, fin de "le servir pour servante en sa maison et autres aferes durant le temps et espasse et jusques ad ce que ladite servante Marie soict dage competant de se marier". On abserve les traces, parfois ténues, des groupes de Morisques qui se sont implantés durablement en Provence. En 1618,une enquête révèle la présence de plus de 300 Morisques à Marseille. Par une lettre patente du 15 juillet 1619, Louis XIII, averti de leur présence dans le royaume, leur donne un mois pour partir. Pourtant, de nombreux Granatrins sont attestés après 1620, à Marseille, à Toulon et ses terroirs voisins, mais aussi à Barjols, Saint-Tropez, Fréjus et La Napoule. Mais à n'en pas douter, les Morisques, dont les archives nous ont révélé le présence, sont l'arbre qui cache la forêt de tous les anonymes, gens de peu dont nous n'avons pas conservé les traces faute de documentation. De nombreux Morisques se sont établis en Provence même si leur nombre est difficile à évaluer précisément. Des mariages mixtes sont apparus progressivement. Les prénoms et patronymes ont été provençalisés et francisés. Il nous reste à découvrir dans les arbres généalogiques des familles de Fréjus et de toute la Provence, les mentions Morisque ou Granatin, qui attestent que nos ancêtres provençaux ont pu être des musulmans convertis venus d'Espagne au début du XVIIe siècle.

Source : Article paru dans le Recueil des conférences du Forum de Généalogie des 22èmes Journées régionales du Cercle Généalogique Midi Provence organisé par le Cercle Généalogique 83 - St Raphaël Septembre 2014. Auteur de l'article : Bernard Romagnan, chercheur associé au Laboratoire d'archéologie médiévale et moderne en Méditerranée.

 

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05 décembre 2015

Le torpilleur des rues

 

Torpilleur des rues

Lorsque La Seyne (La Seyne-sur-Mer, près de Toulon) devint une cité urbaine, et qu'il fallut procéder chaque jour à l'évacuation des ordures et des vidanges des seaux d'aisance, on vit s'aligner sur les trottoirs devant chaque porte, les poubelles qui voisinaient avec les toupines. C'étaient des véhicules différents qui étaient chargés d'enlever le contenu de ces immondices. Ils ne circulaient pas tous aux mêmes heures et les toupines devaient être sorties juste avant le passage du torpilleur, c'est-à-dire, au petit matin, dès que l'aube pointait. Le ramassage des ordures ménagères s'effectuait au moyen d'un tombereau tiré par un cheval et l'employé affecté à ce travail ingrat, armé d'une énorme pelle plate et d'un balai de bruyère, avait pour tache de vider les poubelles et enlever les petits tas d'ordures accumulés par les balayeurs de rue avant son passage. Le torpilleur, véhicule hippomobile au XIXe siècle, devint un engin motorisé au milieu du XXe siècle. Mais pourquoi l'appelait-on ainsi ? Probablement parce qu'on le fuyait comme un navire aurait fui face à la menace d'une torpille. La puanteur que répandait ce véhicule constituait une telle agression pour les narines qu'on le considérait comme un danger redoutable, surtout quand un piéton devait le croiser. Ce dernier était obligé d'appliquer un mouchoir sur son nez pour tenter de masquer l'odeur. On disait à ce moment là : "Attention, ça torpille !" On comprend aisément pourquoi ! Il arrivait parfois que pour éviter de rencontrer le terrible engin de collecte, des travailleurs ratent volontairement le départ du bateau ou du tramway qui les conduisait à leur atelier ou à leur bureau. Les toupines émaillées, couvertes d'un disque en bois ou en métal, portant un bouton sphérique sur le dessus, permettant de soulever le couvercle, attendaient sagement le passage de l'employé municipal qu'on entendait arriver de loin car il poussait des jurons caractéristiques. Son cheval n'allait jamais à la cadence qu'il aurait voulu qu'il aille. Parfois, des récipients avaient été renversés par des plaisantins, ce qui ajoutait à la colère du vidangeur et provoquait sa mauvaise humeur. Ou alors, des retardataires le hélaient, leur toupine à la main. Il leur répliquait sur un ton agressif     :  

- Vous attendrez demain pour vider votre toupine !  

- Mais j'en ai qu'une moi de toupine. Comment voulez-vous que je fasse    ?  

- Allez la vider vous-même chez Gamel alors !  

Pour la petite histoire, il faut savoir que les Gamel étaient des éleveurs de cochons établis au quartier de Saint-Jean. Propriétaires de vastes terrains agricoles situés entre la route d'Ollioules et l'hôpital, ils recevaient la vidange que l'on y épandait chaque jour. Les émanations qui se mêlaient à celles des porcheries n'avaient pas fait de ce quartier un endroit où l'on aimait flâner. D'où l'expression "Sènté Gamèou" qui signifie "ça sent Gamel" énoncée à chaque fois qu'une odeur nauséabonde s'élevait quelque part. C'était devenu systématique. Ce fameux torpilleur était un tonneau monté sur deux roues et avait une contenance de cinq cents litres environ. Il était coiffé d'un entonnoir volumineux, par lequel l'employé versait le contenu d'un gros seau rempli lui-même par le contenu de plusieurs toupines. Les mêmes gestes inlassablement répétés exigeaient des efforts physiques assez importants. Tous ces transferts ne pouvaient s'effectuer sans éclaboussures, surtout lorsque le mistral soufflait. On comprend pourquoi les passants devaient s'écarter pendant que l'homme effectuait les manipulations nécessaires à ce travail si délicat ! Ce dernier, malgré l'adresse dont il faisait preuve, ne pouvait s'empêcher de mettre ses vêtements dans un état terrible. Son pantalon en velours qui tombait en accordéon sur ses chaussures, son veston boutonné jusqu'au cou, son chapeau de feutre noir, le tout présentait un aspect peu ragoûtant et l'odeur qui s'en dégageait était infecte !

Torpilleur des rues 2

Et quand le gros tonneau que l'on appelait la boute (du provençal "bouta" : tonneau) s'ébranlait sur les pavés disjoints, des giclées du trop-plein s'échappaient par l'entonnoir pour venir s'écraser sur la chaussée. Si le cheval n'avait pas su éviter les trous profonds, le vidangeur furieux l'accablait d'injures. Ensuite les ménagères, les yeux gonflés de sommeil, venaient récupérer leur récipient. On assistait alors à des scènes de rues que nos grand-mères nous racontaient en riant. Ces dames s'approchaient délicatement de la toupine, en prenant garde où elles mettaient leurs pieds, tenant les pans de leur peignoir d'une main, et de l'autre une "escoubette", petit balai terminé par un hérisson de chiendent. Celles qui demeuraient à proximité d'une fontaine, y rinçaient leur toupine sans difficulté. Dans les rues les plus longues, il n'existait qu'un seul point d'eau à une extrémité, les ménagères qui en étaient le plus éloignées apportaient l'eau pour rincer leur toupine de l'intérieur de la maison. Après avoir nettoyé le récipient avec soin, elles le vidaient directement dans le ruisseau où le liquide stagnait pendant plusieurs jours. On imagine facilement alors ce que les rues pouvaient sentir mauvais et de plus les dangers de cette pratique. Cette eau croupie était un véritable foyer d'infections en tous genres !

Source : D'après un texte trouvé sur le site-marius-autran.com et arrangé par moi-même.

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28 octobre 2015

Coton, lin et chanvre

Coton

Le coton, la plus importante des matières employées pour nos tissus, est fourni par une plante des pays chauds appelée cotonnier. C'est une herbe d'un à deux mètres d'élévation, ou même un arbrisseau, dont les grandes fleurs jaunes ont la forme de celles de nos mauves. A ces fleurs succèdent de nombreux fruits ou coques de la grosseur d'un oeuf, que remplit une bourre soyeuse, tantôt d'un blanc éclatant, tantôt d'une faible nuance jaune, suivant l'espèce de cotonnier. Au milieu de cette bourre se trouvent les graines.

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Capsule de coton ouverte

A la maturité, les coques s'entr'ouvrent, bâillent, et leur bourre s'épanche en un moelleux flocon que l'on recueille à la main coque par coque. La bourre, bien desséchée au soleil sur des claies, est battue avec des fléaux, ou mieux soumise à l'action de certaines machines. On la débarrasse de la sorte, des graines et des débris du fruit. Sans autre préparation, le coton nous arrive en grands ballots pour être converti en tissus dans nos usines. Les pays qui en fournissent le plus sont l'Inde, l'Égypte, le Brésil, et surtout les États-Unis de l'Amérique du Nord. En une seule année, les manufactures de l'Europe mettent en oeuvre près de huit cent millions de kilogrammes de coton. Ce poids énorme n'est pas de trop, car le monde entier s'habille avec la précieuse bourre, devenue indienne, percale, calicot. Aussi l'activité humaine n'a-t-elle pas de plus vaste champ que le commerce du coton manufacturé. Que de mains à l'oeuvre, que d'opérations délicates, que de longs voyages pour un simple pan d'indienne du prix de quelques centimes ! Une poignée de coton est récoltée, je suppose, à deux ou trois mille lieues d'ici. Ce coton traverse l'océan, il fait le quart du tour du globe et vient en France ou en Angleterre pour y être manufacturé. Alors on le file, on le tisse, ou l'embellit de dessins coloriés, et, devenu indienne, il repart à travers les mers pour aller peut-être, à l'autre bout du monde, servir de coiffure à quelque Africaine crépue. Quelle multiplicité d'intérêts en jeu !

Coton-fleur

Fleur de coton

Il a fallu semer la plante ; puis pendant une bonne moitié de l'année, en soigner la culture. Dans la poignée de bourre, il y a donc à prélever la part, la grosse part de ceux qui ont cultivé et récolté. Arrivent alors le commerçant qui achète et le marin qui transporte. A l'un et à l'autre, il faut une part de la poignée de bourre. Puis viennent le filateur, le tisseur, le teinturier, que le coton doit tous dédommager de leur travail. C'est loin encore d'être fini. Voici maintenant d'autres commerçants qui achètent les tissus, d'autres marins qui les transportent dans toutes les parties du monde, et enfin des marchands qui vendent au détail. Comment fera la poignée de bourre pour payer tous ces intéressés, sans devenir elle-même d'un prix exorbitant ? Pour accomplir cette merveille interviennent ici les deux puissances de l'industrie : l'auxiliaire de la machine et le travail en grand. Vous savez comme on file la laine au rouet. La laine cardée est d'abord divisée en longues mèches. Une de ces mèches est approchée d'un crochet qui tourne avec rapidité. Le crochet saisit la laine, et, dans sa rotation, tord les brins en un fil, qui peu à peu s'allonge aux dépens de la mèche, maintenue et réglée avec les doigts. Quand le fil a atteint une certaine longueur, on l'enroule sur le fuseau par un mouvement convenable du rouet, puis on se remet à tordre la laine.

Filature

Une filature en 1908

A la rigueur, le coton pourrait se filer de la même manière, mais, si habiles que fussent les fileuses, les tissus qu'on ferait avec ce fil obtenu au rouet seraient d'un prix énorme à cause du temps dépensé. Que fait-on alors ? On charge une machine de filer le coton. Dans d'immenses salles sont disposés, par centaines de mille, les délicats engins propres à filer, crochets, fuseaux et bobines. Et tout cela tourne à la fois avec une exquise précision et une rapidité qui défie le regard, et tout cela travaille et bruit à vous rendre sourd. La bourre de coton est saisie par des milliers et des milliers de crochets ; les fils, d'une longueur sans fin, vont et viennent d'une bobine à l'autre, et s'enroulent sur les fuseaux. En quelques heures, une montagne de coton est convertie en fil dont la longueur ferait plusieurs fois le tour de la terre. Qu'a-t-on dépensé pour un travail qui aurait épuisé les forces d'une armée de fileuses ? Quelques pelletées de charbon pour chauffer l'eau dont la vapeur fait mouvoir la machine qui met le tout en branle.

Caraco

Caraco d'indienne imprimé

Le tissage, l'impression des dessins coloriés, enfin les diverses opérations que la bourre subit pour devenir tissu, se font par des moyens tout aussi expéditifs, tout aussi économiques. Et c'est ainsi que le planteur, le négociant, le marin, le filateur, le tisserand, le teinturier, le marchand, peuvent chacun avoir leur part dans la poignée de bourre de coton, devenue pan d'indienne et vendue quatre sous. L'écorce intérieure du chanvre et du lin est composée de longs filaments, très fins, souples et tenaces, que l'on emploie, comme le coton, à la fabrication des tissus. Le lin nous donne les tissus de luxe, batiste, tulle, gaze, dentelle, malines ; le chanvre nous fournit les tissus plus forts, jusqu'à la grossière toile à sacs. Le lin est une plante fluette, à petites fleurs d'un bleu tendre, qui se sème et se récolte tous les ans. Sa culture est très développée dans le nord de la France, en Belgique, en Hollande. C'est la première plante que l'homme ait utilisée pour faire des tissus.

Lin

Champ de lin

Le chanvre est cultivé dans toute l'Europe depuis bien des siècles. C'est une plante annuelle, d'une odeur forte, nauséabonde, à petites fleurs vertes, sans éclat, et dont la tige, de la grosseur d'une plume, s'élève à deux mètres environ.  Lorsque le chanvre et le lin sont parvenus à la maturité, on en fait la récolte, et par le battage on en sépare les graines. On procède alors à une opération appelée rouissage, qui a pour but de rendre les filaments de l'écorce ou les fibres, comme on les appelle, facilement séparables du bois. Ces fibres, en effet, sont collées à la tige et agglutinées entre elles par une matière gommeuse très résistante, qui les empêche de s'isoler tant qu'elle n'est pas détruite par la pourriture. On pratique quelquefois le rouissage en étendant les plantes sur le pré pendant une quarantaine de jours et en les retournant de temps à autre, jusqu'à ce que la filasse se détache de la partie ligneuse ou chènevotte. Mais le moyen le plus expéditif consiste à tenir plongés dans l'eau le lin et le chanvre liés en bottes. Il s'établit bientôt une pourriture qui dégage des puanteurs intolérables ; l'écorce se corrompt, et les libres, douées d'une résistance exceptionnelle, sont mises en liberté. On fait alors sécher les bottes ; puis on les écrase entre les mâchoires d'un instrument appelé broye, pour casser les tiges en menus morceaux et les séparer de la filasse. Enfin, pour purger la filasse de tout débris ligneux, on la passe entre les pointes en fer d'une sorte de grand peigne nommé séran. En cet état, la fibre est filée soit à la main, soit à la mécanique. Le fil obtenu est soumis au tissage. Sur un métier, on dispose bien en ordre, côte à côte, de nombreux fils composant ce qu'on nomme la chaîne. A tour de rôle, entraînée par une pédale sur laquelle presse le pied de l'ouvrière, la moitié de ces fils descend, tandis que l'autre remonte. En même temps, l'ouvrière fait passer de gauche à droite, puis de droite à gauche, entre les deux moitiés de la chaîne un fil transversal, nommé trame, contenu dans une navette. De cet entre-croisement résulte le tissu.

Chanvre

Fibre de chanvre

Auteur : Jean-Henri Fabre - (1823-1915) Naturaliste, entomologiste, écrivain.

Jean-henri Fabre

Le naturaliste Jean-Henri Fabre

 

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23 septembre 2015

La cérémonie des relevailles

Relevailles 2

Les relevailles - Museon Arlaten

En Provence, la cérémonie des relevailles était plus qu'indispensable ; on considérait qu'elle avait une telle importance que même si l'enfant mourait en couches, la mère dépossédée de son enfant devait respecter le temps d'isolement et ne réintégrer le monde social qu'après avoir été à l'église se faire relever. Si son enfant était bien portant et qu'elle négligeait l'usage des relevailles, les pires malheurs ne tarderaient pas à s'abattre sur le nouveau-né qui serait assurément la proie des mauvais esprits. Lorsqu'une femme mourait en couches, son époux devait organiser les relevailles de la défunte. Le premier jour où l'on sortait l'enfant, on procédait au simulacre des relevailles de sa mère ! La famille négligeait-elle cet usage, la défunte était condamnée à errer sur terre pendant des années avant de gagner le Paradis. Il arriva un jour qu'un homme perdit sa femme en couches. Son veuvage terminé, il épousa une jeune fille en secondes noces. Or, toutes les nuits, un tapage épouvantable se faisait entendre dans la chambre des nouveaux mariés. Une commère finit par leur faire comprendre qu'il s'agissait de la morte qui venait faire du tapage pour qu'on procédât à ses relevailles. Ce qu'on fit. L'accoucheuse et la marraine se rendirent à l'église, entourant l'absente et s'adressant à elle de temps à autre. La cérémonie terminée, tout rentra dans l'ordre.

Relevailles geneprovence

 Pietro Longhi (1702-1785), Le baptême, 1755 (Blog Geneprovence)

La cérémonie des relevailles se déroulait en l'absence de toute personne masculine, hormis le curé bien sûr. L'accoucheuse et la marraine de l'enfant étaient toujours présentes en cette occasion. D'autres femmes pouvaient se joindre à elles et c'était souvent le cas. Parentes et amies de l'accouchée, toutes étaient là pour participer à cet heureux événement. La sage-femme et la marraine se rendaient au matin chez l'accouchée pour l'accompagner à l'église. Le petit cortège qu'elles formaient avait son rituel : l'accoucheuse portait l'enfant en faisant reposer la tête de celui-ci sur son bras droit. La mère marchait du côté de la tête de son enfant. La marraine, elle, se plaçait du côté des pieds du nouveau-né. Suivaient ensuite les autres femmes, par ordre de parenté. Sur le chemin, la jeune mère qui sortait pour la première fois dehors depuis plusieurs jours regardait avec attention autour d'elle... car le sexe de son prochain enfant dépendrait de celui de la personne qu'elle rencontrerait en premier !

Source : Almanach de la Provence.

Un article complet ici : http://www.geneprovence.com/bapteme-et-relevailles-dans-la-provence-de-nos-ancetres/