Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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14 juin 2019

A Sillans coule une rivière

 

Cascade_(sillans-la-cascade)

Photo trouvée sur Wikipédia - l'encyclopédie libre.

 Sillans-la-cascade est un charmant petit village protégé par ses remparts du XIe siècle. Il a gardé son aspect médiéval particulier, resserré sur lui-même il a un peu l'allure d'une grosse ferme dont la place centrale serait la cour intérieure. On peut y voir : l'église St Etienne (XVIIème siècle), son joli porche et ses pierres apparentes, les remparts avec leurs belles tours et des créneaux du XIème siècle. Le château est en rénovation depuis son acquisition par la commune.

Ce qui constitue la richesse de ce lieu, c'est la Bresque, une rivière couleur émeraude, cachée dans une végétation sauvage et luxuriante. Si vous désirez vous rendre à la cascade, il vous faut prendre un petit chemin de terre qui longe la rivière. L'espace est bien aménagé et sans rique. Ici, seul le courant se fait entendre. Sur les berges, des familles prennent le temps de pique-niquer pendant que d'autres s'initient à la photographie. Le reflet dans l'eau des grands arbres, des immenses feuillages et des coussins de mousse verte sont magnifiques. Tout est lumineux et ressemble à un tableau de peintre de l'école provençale. Après une petite demi-heure de marche, on atteint le point d'orgue de la balade. Plus que quelques marches pour découvrir, depuis un belvédère, la fameuse cascade de Sillans, la plus haute chute d'eau du Var. Ce sont les eaux de la Bresque grossies par celles de la belle source du château de Bresc et du vallon de l'Ourc qui se précipitent dans un petit lac tourbillonnant. Du haut de ses quarante-deux mètres, la Bresque plonge avec force dans une vasque aux tons magnifiques de jade mais dans laquelle hélas il est malheureusement interdit de se baigner. Le panorama, sublime, peut donner le vertige. Le public reste silencieux et profite du soleil. Tout autour, la falaise de couleur ocre et humide, brille de mille reflets dispersés par de jolis embruns. 

Source : D'après un article paru dans le Magazine Week-end Numéro 158 du 10/05/19. Agrémenté de commentaires du site de Provenceweb.fr

Complément

La Bresque est une petite rivière qui prend sa source entre Sillans-la Cascade et Fox-Amphoux et se jette dans l'Argens à l'est de Carcès. De 34,8 km de longueur, elle prend sa source officiellement dans le domaine du château de Bresc à Fox-Amphoux. Dans le seul département du Var, la Bresque traverse cinq communes et trois cantons : dans le sens amont vers aval : Fox-Amphoux, Sillans-la-Cascade, Salernes, Carcès, Entrecasteaux. Soit en termes de cantons, la Bresque prend source dans le canton de Tavernes, traverse le canton de Salernes, conflue dans le canton de Cotignac, le tout dans l'arrondissement de Brignoles.

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre.

La Bresque

  Photo prise sur le site de la Fédération de Pêche du Var.

 

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08 juin 2019

Le 25 mai 1720, la peste entre à Marseille à bord du Grand Saint-Antoine

 

Vidéo de l'émission "L'ombre d'un doute" - La peste de 1720, a-t-on sacrifié Marseille ?

Il y a tellement à raconter sur la peste de 1720 à Marseille et en Provence que j'ai voulu mettre le maximum de choses pour ne pas faire plusieurs articles à la suite. Egalement, pour ne pas que vous soyez perdus, j'ai mis en gras les titres, les dates et le nombre de victimes par jour. J'ai aussi fait des insertions pour que vous alliez lire la rubrique "Pages" qui est sous celle des "Catégories" (colonne du blog). J'espère que vous vous y retrouverez... 

Le port de Marseille

 Tableau représentant le port de Marseille

 En premier lieu, sachez que la Peste de 1720 fut la dernière grande épidémie de peste qui devait sévir en France. Elle se propagea en Provence, au Comtat Venaissin et en Languedoc. Elle décima 45.000 personnes à Marseille et dans ses environs, soit près de la moitié de la population de la ville, elle fit 70 000 victimes dans le reste de la Provence, et plus de 80 000 autres dans le Gévaudan et ailleurs. Sachez également que la plus grande tragédie du XVIIIe siècle aura eu pour cause la cupidité d'une poignée de marchands !

Les faits

Le 25 mai 1720, un bateau venant de Syrie nommé le Grand Saint-Antoine, commandé par le capitaine Jean-Baptiste Chataud accoste à Marseille. Ce bateau est chargé d'étoffes précieuses (900 balles de diverses toiles, cotonnades et soiries qui sont contaminées par le bacille de Yersin responsable de la peste).

Armes_des_Echevins_de_Marseille_pendant_la_Peste

Armes des quatre échevins de Marseille : Moustier, Estelle, Dieudé et Audimar.

La ville de Marseille est alors dirigée par quatre échevins élus par les représentants de la bourgeoisie marseillaise. Ce sont : Jean-Baptiste Estelle, Jean-Pierre Moustier, Jean-Baptiste Audimar et Balthazar Dieudé. Or, une part importante de la cargaison appartient au négociant Estelle, premier échevin de la ville, ainsi qu'à deux de ses collègues. Les échevins savent qu'il y a eu des victimes parmi les passagers et les matelots, ils ont eu connaissance du rapport du médecin de bord, mais ils refusent de reconnaître le danger de la situation. Pour les marchands impliqués dans ce négoce, il faut absolument décharger et livrer les marchandises avant le début de la foire annuelle de Beaucaire l'un des plus grands marchés de France et qui se tient dans la dernière semaine de juillet. Par la suite, Estelle sera accusé "d'avoir eu des intérêts dans la cargaison du Grand Saint-Antoine, et d'avoir favorisé, même avant le terme légal, le débarquement de marchandises pourtant suspectes." Les échevins se contentent de placer l'équipage en quarantaine douce dans un dispensaire : le lazaret. Par négligence, les marchandises de contrebande passent l'enceinte du lazaret grâce à la corruption qui y règne. Les malades qui sont touchés les premiers ont vraisemblablement tous été en contact avec les étoffes de contrebande et il s'avère que les puces porteuses se trouvent dans les plis des tissus et non sur les rats.

Flûte_à_l'ancre_vers_1680-1686

Une flûte, navire de charge typique du XVIIème et XVIIIème siècles semblable au Grand Saint-Antoine (Gravure Wikipédia)

Le Grand Saint-Antoine

Le Grand Saint-Antoine est une flûte, un voilier trois mâts carré, de fabrication hollandaise. Il est parti de Marseille le 22 juillet 1719 pour la Syrie. Or, à ce moment-là, la peste sévit dans ce pays. La cargaison d'une valeur de 100 000 écus (le salaire mensuel moyen d'un ouvrier était de 1 écu à cette époque) en étoffes précieuses (900 balles) portait en elle la bactérie de la peste (Yersinia pestis). Le 3 avril 1720, un passager turc embarqué à Tripoli meurt deux jours après être monté à bord. Sur le chemin du retour, meurent successivement sept matelots et le chirurgien de bord. Un huitième matelot tombe malade peu avant l'arrivée à Livourne, en Italie. La négligence des médecins italiens qui laissent repartir le navire et la hâte du capitaine Chataud de livrer la marchandise avant le début de la foire de Beaucaire seront deux données déterminantes de cette tragédie. Le capitaine amarre son bateau au Brusc, près de Toulon, et fait discrètement prévenir les armateurs du navire. Les propriétaires font jouer leurs relations et font intervenir les échevins de la ville pour éviter une quarantaine. Tout le monde considérait alors que la peste était "une histoire du passé" et l'affaire fut prise avec détachement : les échevins marseillais demandent simplement au capitaine Chataud de repartir à Livourne chercher une "patente nette, c'est-à-dire un sauf-conduit qui couvre leur responsabilité, lequel lui est délivré sans aucune difficulté, car les autorités de Livourne n'ont pas envie de s'encombrer du navire. Armé de cette autorisation, le Grand Saint-Antoine entre dans le port de Marseille le 25 mai 1720. Il mouille à l'île de Pomègues jusqu'au 4 juin ; il est alors autorisé à se rapprocher des Infirmeries d'Arenc pour y débarquer passagers et marchandises en vue d'une petite quarantaine, puis il est finalement placé en quarantaine à l'île de Jarre le 27 juin.

Le 9 juillet 1720, la peste est officiellement déclarée à Marseille. Le Régent Philippe d'Orléans ordonne le 28 du même mois de faire brûler le navire. Cet ordre n'est exécuté que tardivement le 25 septembre et le 26 septembre, le Grand Saint-Antoine coule dans l'anse de Jarron. Son épave calcinée a été retrouvée en 1978 par une association de plongée sous-marine : l'ARHA (Association de Recherche Historique et Archéologique). Les vestiges archéologiques remontés du navire sont aujourd'hui exposés au musée de l'Hôpital Caroline sur l'île de Ratonneau au large de Marseille. Le capitaine Jean-Baptiste Chataud fut tenu pour responsable et emprisonné au château d'If pendant près de trois ans.

 Plaque de Jean-Baptiste Chataud

Plaque apposée au-dessus de l'entrée de la cellule de Jean-Baptiste Chataud au château d'If (Photo de Nadine).

** J'ai fait un article sur Jean-Baptiste Chataud. Vous pouvez le lire dans la colonne gauche du blog dans le rubrique intitulée : Pages (Sous les Catégories).

** Pour en savoir plus, je vous mets ci-dessous le lien du site "Atlas du Patrimoine Archéologique Littoral Méditerranéen", où vous pourrez lire le déroulement des cinq campagnes de fouilles sous-marines pour retrouver les restes de l'épave du Grand Saint-Antoine.

Grand Saint Antoine - Épave de navire 

L’épave du Grand-Saint-Antoine a été découverte en 1978. Elle gît enfouie au nord de l’île de Jarre (archipel de Marseilleveyre, Marseille) entre 10 et 18 m de profondeur. Cette flûte de commerce, navire à trois mâts carrés, est à l’origine de la Grande Peste de Marseille en 1720. Après avoir été isolée, elle a été échouée et brûlée volontairement à l’été 1720.
http://www.atlaspalm.fr

Chronologie des évènements

Le 20 juin, rue Belle-Table, étroite et sombre, où les boutiques ne sont que "caves et écuries occupées par de pauvres gens", que les beaux quartiers ignorent, Marie Dauplan, meurt en quelques heures. Elle a un charbon sur les lèvres. Mais charbon signifie-t-il peste ? Marie Dauplan, première victime, une miséreuse de moins ; qui s'en inquiéterait ? Et, sur les registres de la paroisse Saint-Martin, le curé inscrit : "22 juin, nous avons enterré gratis Marie Dauplan, âgée d'environ cinquante huit ans, prise à la rue Belle-Table". Si c'est vraiment l'apparition de la peste, elle est bien discrète ! Aussi, huit jours passent, la vie et son insouciance reprennent leurs droits ; ce n'est vraiment qu'un décès de plus parmi des centaines.
Le 28 juin, Michel Cresp, tailleur à la place du Palais, est frappé à son tour ; aucun symptôme apparent ou familier. Cette mort déroute ; fièvre maligne dit-on. L'acte de décès à la paroisse des Accoules est ainsi rédigé : "29 juin, Michel Cresp, époux d'Anne Durand, âgé de quarante cinq ans est mort hier, à deux heures après-midi, muni des sacrements... enseveli dans notre église". Le lendemain, sa femme, réfugiée chez sa mère, tombe à son tour : "30 juin, Anne Durand, veuve de Michel Cresp, âgée de trente-huit ans, est morte hier sur les onze heures du soir, munie des sacrements, prise à la Trinité, à la maison de sa mère, ensevelie dans notre église".
Remarque : trois rues sont déjà contaminées, mais aucune précaution n'est prise ; on ne croit pas encore au fléau. Puis, trois jours seulement passent et la mort, apparaît à nouveau : la rue de l'Echelle entre dans l'histoire de la peste, une rue de pauvres...
Le 1er juillet, deux femmes, Eygazière et Tanouse ; l'une, un charbon sur le nez, signe connu, presque rassurant ; mais l'autre, des bubons ! Les voici pour la première fois. La contagion vient de frapper des coups légers en plusieurs points de la ville ; comment pourrait-on penser que ce sont là les signes annonciateurs du drame ? Il est vrai que, rue de l'Echelle, maison par maison, de nouveaux malades tombent ; mais, si l'angoisse grandit, si les bruits commencent à courir, ils ne quittent pas les vieux quartiers. Tout cela n'est-il pas affaire d'indigents, mal nourris et fragiles ? Lors de la Peste noire, un médecin parisien, de passage à Montpellier, jugeait ainsi : "Celui qui était peu nourri, d'aliments peu substentiels, tombait, frappé au moindre souffle de la maladie : le vulgaire, foule très misérable, meurt d'une mort bienvenue car pour lui vivre c'est mourir. Mais la parque cruelle respecta les princes, les chevaliers, les juges : de ceux-là, peu succombèrent parce qu'une vie douce leur est donnée dans ce monde". Morts négligeables donc ; Marseille les écarte. Pour elle, rien n'est commencé. En vérité, peut-être est-il déjà trop tard pour la ville toute entière ?
Subitement, le 9 juillet, nul ne peut plus ignorer que le fléau est là et, pour la première fois, il porte son vrai nom ; il est là comme à visage découvert ; non plus dans ses repaires habituels, mais à l'abri de la "grande église", près de la place de Lenche. Rue Jean-Galant, c'est un enfant, Issalenc, âgée de treize ou quatorze ans. Deux médecins, les Peyssonnel père et fils, viennent au chevet du moribond.
"C'est la peste" disent-ils aux échevins. Alors, écrit un témoin : "La terreur de ce funeste mal commença à troubler la fausse sécurité où l'on était dans la ville". Il n'est plus possible aux responsables d'hésiter : aussitôt des gardes sont placés à la porte de cette maison. "Le lendemain, 10 juillet, le malade meurt et sa soeur tombe malade ; on redouble la garde de la maison et s'agissant d'enlever l'un et l'autre, pour le faire tranquillement et sans donner aucune alarme au public, on attend la nuit, et sur les onze heures, Monsieur Moustier, un des échevins, s'y rend sans bruit, fait venir des portefaix des Infirmeries, les encourage à monter dans la maison et, ayant descendu le mort et la malade, les leur fait porter avec des brancards hors de la ville, dans les Infirmeries ; il y fait aussi conduire toutes les personnes de cette maison, les accompagne lui-même, avec des gardes, pour que personne n'en approche, et il revient ensuite faire murer à chaux et à sable la porte de cette maison". Aucun ne survit et pour tous, signe du danger perçu, enterrement dans la chaux vive.

 Michel_Serre-Peste-Hôtel_de_ville

Tableau représentant des personnes mortes de la peste devant l'Hôtel de ville

Première maison interdite, premier brancard dans la nuit de juillet 1720. Ainsi en est-il pour un certain Boyal, venu du Levant, sorti depuis quelques jours du lazaret, atteint le 10 juillet, dans la même rue, marqué d'un bubon sous l'aisselle. Dans son cas aussi, enterrement aux Infirmeries, cercueil de chaux vive, isolement de tous ceux qui l'ont approché, porte scellée. [...] Cependant, les échevins ne veulent toujours pas y croire et pensent qu'il ne s'agit que de quelques cas isolés. Le 12 juillet, ils écrivent : "Comme il n'y a rien eu de nouveau hier, nous osons espérer qu'il y aura plus de peur que de mal". L'intendant, venu à Marseille est pleinement rassuré : "Je vis tout le monde fort tranquille sur les bruits qui avaient couru, MM. les échevins et les intendants de Santé ayant pris toutes les précautions nécessaires"... Il ne faut pas que Marseille soit déclarée ville pestiférée, il en va de son commerce (alors florissant)... Mais, le Mal, se jouant des précautions des uns et de l'incrédulité des autres, pullulait secrètement dans cette rue de l'Echelle, et dans les maisons voisines de celle de la nommée Tanouse. il se répandait, lentement, dans d'autres rues ; car Joli, fripier à la place des Prêcheurs, avait déjà perdu une fille et le reste de cette famille périt par la suite ; et, dans la rue de l'Oratoire, la nommée Bouche, tailleuse, fut aussi attaquée du mal ; elle se tira d'affaire mais tous ses parents moururent. Le plus grand nombre de ces malades était dans cette rue, M. Sicard le fils, médecin trouva quelques malades atteints de fièvre avec des symptômes de malignité, les uns avec des charbons, les autres avec des bubons. Le lendemain, il trouva des malades morts dans la même rue et dans les rues voisines. Il avertit les échevins. Ils répondirent qu'ils enverraient M. Bouzon, chirurgien, pour voir ce qu'il en était. Or, Bouzon qui ne parla aux malades que de loin déclara : "fièvre vermineuse". Le rapport du chirurgien tranquillisa donc et de toute façon les malades recevaient les sacrements à la manière ordinaire...
Cependant, le médecin continue de visiter les malades et n'ose plus les dénoncer pour ne pas s'exposer à la première réponse des échevins. Ainsi, la maladie se répand insensiblement jusqu'à ce qu'elle éclate par le décès de quatorze malades en un même jour et par la chute de plusieurs autres, ce fut le 23 juillet. Le 24, les échevins écrivent : "Il n'est rien arrivé depuis 16 jours !" A présent, il n'est pourtant plus possible de refuser l'évidence.
Le 2 août, à neuf heures du soir, une ceinture de flammes encercle la ville ; en quelques instants, la cité toute entière paraît s'embraser. Une immense lueur rouge envahit le ciel. Sur les conseils de Sicard, père et fils, docteurs en médecine, le long des remparts, au milieu des places publiques, sur le Cours, devant chaque maison ont été dressés des bûchers : bois d'olivier, fagots, sarments ; il faut arrêter la progression du mal. Ceux qui manquent de bois, brûlent des chaises et les portes des armoires. De plus, pendant trois jours consécutifs, à cinq heures du soir, chacun fait brûler, toutes fenêtres fermées, une once de soufre au milieu de chaque pièce de son appartement où sont étendus les vêtements portés depuis le début de l'épidémie. c'est la purification de l'air et des choses par le feu et le soufre. Mais en vain, la contagion ravage maison par maison la rue de l'Echelle. Elle fait son apparition en bordure de la ville : maux de tête, forte fièvre, charbon, bubons et le trépas. Il meurt alors cinquante personnes par jour.
La présence des gardes devant les maisons dont on mure les issues, la vision des civières qui emportent les cadavres la nuit aux Infirmeries sous la surveillance des échevins Estelle et Moustier bouleversent les esprits. Une assemblée extraordinaire des médecins et des chirurgiens de la ville et des galères se réunit et reconnaît enfin la maladie comme pestilentielle. Ils déclarent qu'il est temps d'agir pour enrayer le fléau. D'où suivent une série de mesures qui arrivent tardivement. La rue de l'Echelle est bouclée à ses deux extrémités ; aux familles recluses et condamnées par la maladie, des "commis étapiers" distribueront des vivres ; cent cinquante commissaires sont nommés dans les cinq paroisses : Saint-Laurent, La Major, Les Accoules, Saint-Martin et Saint-Ferréol. Ces commissaires sont chargés de veiller aux besoins des pauvres et des malades ; ordre est donné aux médecins et aux chirurgiens de n'exiger aucun honoraire ; les écoles et le Collège ferment. Les caveaux des églises ou les cimetières ne doivent plus recevoir les corps des pestiférés, mais les parents, jaloux de faire ensevelir leurs morts selon le rite ecclésiastique, sollicitent des attestations que l'on accorde par complaisance ou par intérêt : ainsi commence l'infection des églises.            

 Paul_Fürst,_Der_Doctor_Schnabel_von_Rom_(Holländer_version)

Docteur Schnabel de Rome, pendant la peste noire (gravure de Paul Fürst 1656) : tunique recouvrant tout le corps, gants, bésicles de protection portées sur un masque en forme de bec, chapeau et baguette.

Dès le 5 août, les cadavres sont emmenés aux Infirmeries en plein jour, sans l'assistance d'aucun prêtre, par des corbeaux ainsi nommés car portant un masque au long nez ou "enterremorts" accompagnés de gardes. La fuite de particuliers prudents ou craintifs devient alors l'exode d'une population saisie de terreur : la hantise de voir fermer les portes de la ville et de se retrouver pris au piège de la mort. Les chemins menant hors du terroir étant déjà barrés, les uns se rendent dans leurs bastides, les autres vont camper sous des tentes à la plaine de Saint-Michel, du côté des Minimes, ou le long de l'Huveaune et de son affluent le Jarret ; les plus affolés s'isolent au sommet des collines qui entourent Marseille, se dissimulent dans des grottes ou se réfugient sur des bateaux. 

L'arrêt du grand commerce et du travail des fabriques condamne au chômage et à la mendicité des milliers d'artisans et d'ouvriers... Il est interdit sous peine de mort de transporter d'une maison à une autre, les meubles et les hardes des malades et des morts. La contagion se poursuit : elle se répand dans les nouveaux quartiers, elle a franchi le Cours et la rue des Fabres. 
Le 9 août, les civières ne suffisent plus, les premiers tombereaux apparaissent. Il meurt cent personnes par jour. Désormais, les Infirmeries ne sont plus suffisantes. On commence à jeter les cadavres dans les rues. Le quartier des tanneries se soulève parce que toute la journée, cinquante corps sont restés exposés aux ardeurs du soleil de l'été, le long des remparts. Les boutiques ferment. Le problème de ravitaillement se pose : viande et poisson deviennent rares par la fuite ou la mort des bouchers et des pêcheurs. Pour le pain, les plus pauvres se pressent en foule aux portes des boulangers et trouvent la mort là où ils croient trouver de quoi prolonger leur vie. La disparition des domestiques n'en devient que plus cruelle aux bourgeois.
A la mi-août, deux médecins Chicoyneau et Verny et un chirurgien, Soulier, de l'Université de Montpellier, viennent sur l'ordre du Régent, visiter les malades et établir un diagnostic. Ils examinent des malades et pratiquent des autopsies. Le soir, compte-rendu aux autorités : c'est bien la peste. On convient de retarder de trois jours l'affichage d'un avis au public où la maladie n'est pas reconnue comme pestilentielle mais "fièvre maligne contagieuse dont on espère de pouvoir bientôt arrêter le progrès en séparant les personnes qui en peuvent être soupçonnées d'avec celles qui sont saines".
"L'aspect de la ville excite compassion, tout y a l'air désolé, tous les magasins, toutes les boutiques sont fermés, également les maisons, les églises, les couvents, les places publiques sont désertes et personne n'est plus par les rues que les pauvres gémissants ; le port est dans un dérangement total, les galères sont retirées du quai et tous les vaisseaux et bâtiments marchands sont hors de l'amarre et à l'écart. Cette superbe Marseille, peu de jours avant si florissante, cette source d'abondance et de félicité, n'est plus que le vraie image de la Jérusalem désolée..."

Il meurt alors trois cents personnes par jour.

L'épidémie entre dans toutes les maisons et avec elle la désolation au sein de toutes les familles impuissantes devant leurs propres malades... Rares sont les privilégiés qui bénéficient, après leur mort, des honneurs d'un service religieux digne et chrétien. Les cadavres sont jetés sur les tombereaux tels des chiens ou des pierres... Tous, riches et pauvres, se retrouvent égaux devant la mort et cela scandalise Monseigneur de Belsunce : "Nous avons vu les corps de quelques riches enveloppés d'un simple drap, mêlés et confondus avec ceux des plus pauvres et des plus miséreux, jetés comme eux dans de vils et infâmes tombereaux et traînés avec eux sans distinction à une sépulture profane hors de l'enceinte de nos murs". Sépulture profane, c'est-à-dire, fosse commune.

Le 18 août, on trouve quarante deux mort autour de la place Neuve... Les gens sont abandonnés, livrés à eux-mêmes, ils meurent seuls chez eux ou séquestrés par la famille dans une pièce de la maison sans aucun secours, les enfants sont jetés à la rue, les mères ne les connaissent plus, tout le monde a peur. Les femme enceintes ne sont pas mieux secourues. Elles accouchent au milieu de la rue et succombent frappées par la maladie. D'ailleurs qu'il soit simple passant, voisin, ami, tout homme porteur de mort doit être écarté, chassé. La vision des malades agonisant dans les rues ne trouble pas la conscience des passants et ne ralentit pas leur marche. Il n'y a plus aucune solidarité. Tous les moyens sont bons pour éviter la présence des mourants. Chacun veut les éloigner de sa maison et les empêcher de se réfugier devant sa porte.

Il meurt alors cinq cents personnes par jour.

Brusquement, c'est comme un embrasement, le vrai triomphe de la mort : en quarante-huit heures, des familles entières sont emportées. Aucun quartier, aucun îlot, aucune rue, aucune maison ne sont épargnés. La maladie ravage tout le quartier des Carmes, de la Trinité, de Saint-Jean, le Cours, la rue des Fabres, même les galères et les maisons religieuses pourtant soigneusement isolées, sont attaquées. Chassés par le fléau ou leur famille, des centaines de malades envahissent les rues et les places. Les hôpitaux ne sont plus que des mouroirs où se mêlent malades, morts et mourants. Ils sont partout, couchés à terre, sur des bancs de pierre, sur des paillasses, dans les salles. Certains ont emporté leur argent ou ce qu'il ont de plus précieux, livrés à des gens impitoyables, ils se font voler le peu qu'il ont. Un meilleur sort n'attend pas les nouveaux-nés recueillis après les ravages de l'épidémie parmi les femmes relevant de couches et les nourrices. Ils sont à l'hôpital de Saint-Jacques de Galice ou au couvent de Notre-Dame-de-Lorette. Toutes les chèvres que l'on a pu trouver en ville y on été rassemblées pour les nourrir, mais la mort fauche aussi ces petits êtres à la cadence journalières affolante de trente à quarante au début, de trois à quatre cents rapidement. C'est le massacre des innocents. La mort est partout. Les églises ferment leurs portes les unes après les autres. Sur leurs parvis, au milieu des places publiques, le long des rues, toutes les nuits, les vivants viennent jeter leurs cadavres par-dessus les malades, abandonnés de tous, anéantis par le désespoir et suppliant les corbeaux de les emporter eux aussi dans leurs chariots. On brûle paillasses, matelas, couvertures, habits, hardes ou haillons. Une odeur insupportable plane sur la ville.

Il meurt alors mille personnes par jour.         

A la fin du mois d'août, le quartier de Rive-Neuve, séparé de la ville par le port et les constructions de l'arsenal des galères, est à son tour attaqué. Malgré les mesures prises par le chevalier Roze qui en est le capitaine et le commissaire général, il a été impossible de couper toute communication avec la ville contaminée. Quelques personnes fuyant leurs propres malades viennent se réfugier chez des parents ou des amis et apportent la contagion dans une population jusque-là épargnée. la ville toute entière est en proie à la maladie et, du 30 Août au 1er Septembre, toutes les rues et toutes les places publiques se jonchent de morts, à l'exception de la paroisse de Saint-Ferréol, où le curé et les commissaires ont su s'attacher les soins des corbeaux. Sept à huit mille cadavres pourrissent sous les yeux des derniers survivants impuissants, dont bien peu ont le courage ou la force de chasser les chiens qui ne se nourrissent plus dès lors que de chair humaine : "... on était obligé de les tuer à coups de pierre ou à coups de fusil pour qu'ils arrêtent de s'acharner sur les cadavres, on n'entendait plus dans la ville que des aboiements horribles". Soucieux d'éloigner les cadavres à tout prix, les survivants munis de crocs et de cordes les tirent le plus loin possible de leurs maisons et les laissent étendus devant celles de leurs voisins. Le mistral qui souffle sans discontinuer depuis le début du mois de septembre abat tous les malades et multiplie le nombre des morts. Dans la ville, les derniers chariots passent. Seuls les corps les plus anciens sont enlevés, soit ceux qui séjournent dans les rues depuis une douzaine de jours. Ils tombent en morceaux dès qu'on les touche.
[...] Rapidement se pose le problème de faire disparaître les cadavres qui chaque jour s'entassent dans les rues. Pour les enlever, des chariots sont nécessaires, or, très vite ils viennent à manquer. Les échevins en envoient donc prendre d'autorité avec leurs attelages en ville ou dans les campagnes. Mais les tombereaux ne peuvent pas rouler de partout en particulier dans le quartier Saint-Jean, où la mortalité est justement la plus grande. On confectionne alors des civières sur lesquelles deux hommes portent les morts jusqu'aux chariots. Il faut de plus, des conducteurs. Malgré promesses ou menaces, personne ne se présente. Les échevins demandent au chevalier de Rancé, quelques forçats pour servir de corbeaux. Ils n'obtiennent que vingt-six invalides sortis du bagne avec promesse de liberté s'ils échappent à la peste ! Ils meurent en deux jours. Trente-trois autres les remplacent. Mais il faut renouveler ces renforts tous les huit jours car ils sont rapidement décimés : cent trois du 20 au 25 août, cent au 1er septembre, réduits à dix ou douze en une semaine.

Le 6 Septembre, plus de deux mille cadavres pourrissent dans les rues depuis plusieurs jours : "... Quatorze tombereaux chargés en pyramide ne suffisaient pas à vider les rues, chaque jour, des corps morts qu'on jetait des fenêtres", écrit une visitandine à ses soeurs d'Annecy. Marée sinistre, le flot des morts submerge la ville et les échevins sont obligés de supplier le chevalier de Rancé de leur venir à nouveau en aide. Ils obtiennent cent forçats et quarante soldats avec quatre officiers de sifflet. Mais, les forçats pillent les logis abandonnés, achèvent les moribonds, témoins à charge éventuels ou, ne voulant pas revenir deux fois dans les mêmes maisons, jettent dans les chariots les mourant, qui vont ainsi tomber vivants dans les fosses !... Pour ramener l'ordre, les échevins précédés et suivis de quatre soldats, baïonnette au canon accompagnent leurs tombereaux dans leur funèbre besogne. Tous les jours, dès l'aurore, Moustier, particulièrement vigilant, conduit lui-même à cheval, les détachements de corbeaux et de forçats. A la tête d'une brigade, il nettoie la place devant la collégiale de Saint-martin de ses monceaux de corps noirs et pourris. Le 1er septembre, avec cent forçats et onze tombereaux, il procéde à l'enlèvement de plus de douze cents cadavres. "Jamais magistrat n'a poussé si loin le zèle de sauver sa patrie". Ramasser, enlever les morts ne suffit pas ; il faut aussi les enterrer. Très vite, cimetières et églises ne peuvent plus les recevoir. Les échevins envisagent d'utiliser les places publiques et les rues, mais ils abandonnent l'idée de crainte de contaminer les fontaines et les citernes. Ils songent aussi à jeter les corps dans un vaisseau qu'on aurait coulé en pleine mer, mais devant les progrès de la contagion et par crainte de polluer les eaux, ils abandonnent aussi ce projet. Il faudrait sacrifier un bâtiment par semaine. Alors, une solution s'impose : les fosses communes, où vont s'ammonceler les cadavres recouverts de chaux vive. [...]

Belzunce

Face à cette épidémie sans précédent, Monseigneur de Belsunce alors évêque de Marseille, décide de rendre visite aux malades en leur administrant les derniers sacrements. On le voit aussi distribuer d'abondantes aumônes afin de soulager ses ouailles. A ses côtés, on trouve aussi des personnalités telles que : le Chevalier Roze, de son nom Nicolas Roze (né en 1675 et décédé en 1733 à Marseille) c'est l'un des nobles qui se sont particulièrement distingués, notamment en dégageant l'esplanade de la Tourette de ses cadavres. Pour accomplir cette tâche, le Chevalier Roze fait ouvrir deux anciens bastions dans le quartier de la Tourette et y jette les cadavres "qui présentent à peine forme humaine et dont les vers mettent les membres en mouvement", avec l'aide d'une compagnie d'environ cent cinquante soldats et forçats. Il organise aussi le ravitaillement de la ville et crée un hôpital. Il est atteint par la peste, mais il en réchappe par miracle compte tenu des chances de survie qui ne dépassent pas un pour mille.

Chevalier_Roze_à_la_Tourette_-_1720

Le chevalier Roze dégageant l'esplanade de la Tourette (Peinture de Michel Serre au Musée Atger à Montpellier)

Aux côtés de Monseigneur de Belsunce, on trouve aussi l'archiviste Capus, le sécrétaire Pichatty de Croissainte, le peintre Michel Serre, le docteur Peyssonnel (le père), le docteur Bertrand, le directeur de l'hôpital Bruno-Garnier, le lieutenant de l'amirauté Gérin-Ricard. Le bacille s'est également répandu dans l'intérieur des terres et il faudra encore deux années de lutte pour éradiquer la peste de la Provence et du Languedoc. On tente de s'en protéger, sans succès, en construisant le Mur de la peste dans les Monts de Vaucluse.

Carte mur de la peste

Tracé du Mur de la peste dans le Vaucluse

** A ce propos, voir la page que j'ai faite sur le Mur de la peste, dans la colonne de gauche du blog. Rubrique intitulée : Pages (sous les Catégories).

La peste sévit dans la ville jusqu'à la fin octobre 1720 et fait environ 40 000 victimes marseillaises, soit près d'un tiers de la population. Puis, lentement d'abord et ensuite avec une rapidité chaque jour accrue, la peste recule. Cependant, il y a des reprises et des peurs. C'est ainsi que Marseille connaît une rechute en août 1722, mais qui ne fait cette fois que 260 morts. Au sortir de ce triste épisode, sur les conseils de sœur Anne-Madeleine Rémuzat, religieuse du premier monastère de la Visitation, Monseigneur de Belsunce décide de consacrer son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus lors d'une messe célébrée le 1er novembre 1720.

La peste sévit dans la ville jusqu'à la fin octobre 1720 et fait environ 40 000 victimes marseillaises, soit près d'un tiers de la population. Puis, lentement d'abord et ensuite avec une rapidité chaque jour accrue, la peste recule. Cependant, il y a des reprises et des peurs. C'est ainsi que Marseille connaît une rechute en août 1722, mais qui ne fait cette fois que 260 morts. Au sortir de ce triste épisode, sur les conseils de sœur Anne-Madeleine Rémuzat, religieuse du premier monastère de la Visitation, Monseigneur de Belsunce décide de consacrer son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus lors d'une messe célébrée le 1er novembre 1720. (La suite du texte est après l'article : Le vinaigre des quatre voleurs).

Vinaigre des 4 voleurs

Le vinaigre des quatre voleurs : Lors de la Grande Peste de Marseille en 1720, les détrousseurs de cadavres se multiplièrent... Mais peu survécurent plus de quelques semaines, voire même de quelques jours. Seuls quatre voleurs résistèrent à ce fléau . Ils furent d'ailleurs embauchés par la ville pour évacuer les cadavres et transporter les malades. En échange du secret de leur résistance peu commune à cette terrible maladie, on "oublia" leurs larcins passés et c'est ainsi que "le vinaigre des quatre voleurs" est arrivé jusqu'à nous. En voici la recette :

Pour faire un bon vinaigre, efficace de surcroît, concassez 30 grammes de sommités fleuries des plantes suivantes : absinthe, citronnelle, lavande, menthe, romarin, rue, sauge et thym. Y ajouter 4 grammes de sommités fleuries d'ail et 4 grammes de cannelle, girofle, noix muscade et racine d'acore. Laissez macérer dans un bonbonne remplie de 4 litres de bon vignaigre. Filtrez et ajouter 8 grammes de camphe, dissout au préalable dans un peu d'alcool. Mélangez bien. Ce vinaigre vous rendra de grands services en cas d'épidémies, de malaises et de maux de tête.

Source : Almanach 2009 - Un an en Provence. Edisud.

Voici un complément trouvé sur Wikipédia :

 Le vinaigre des quatre voleurs fut inscrit au Codex (pharmacopée) en 1748 et vendu en pharmacie comme antiseptique. Cité dans les Mémoires secrets de Bachaumont, il est encore commercialisé aujourd’hui contre les risques de contagion, soins de la peau, capillaires et des muqueuses, fatigue, maux de tête, encombrement respiratoire, élimination des poux et lentes…

Suite du texte : En mai 1722, lors d’un retour de la peste, l’évêque obtient des échevins qu’ils fassent le vœu d’assister chaque année à la messe du Sacré-Cœur et qu’ils offrent un cierge de 4 livres aux armes de la ville au cours de cette cérémonie, tradition perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

Depuis cette terrible épidémie :

- une statue à l'effigie de Henri, François-Xavier de Belsunce de Castelmoron a été érigée initialement sur le Cours pour son attitude courageuse (actuel Cours Belsunce) puis plusieurs fois déplacée. Elle est actuellement sur le parvis de la Cathédrale de la Major,
- on retrouve dans le centre de la ville des rues au nom des échevins,
- la cérémonie d'engagement permanent a lieu dans l'église du Sacré-Cœur du Prado tous les ans,
- une plaque commémorative fut créée en mémoire aux échevins. Celle-ci est visible au Musée d'Histoire de Marseille et on y peut lire :

A L'ETERNELLE MEMOIRE
DES HOMMES COURAGEUX DONT LES NOMS SUIVENT :

LANGERON, COMMANDANT DE MARSEILLE ;
DE PILLE, GOUVERNEUR VIGUIER ;
DE BELSUNCE, EVEQUE ;
ESTELLE, PREMIER ECHEVIN  ;
MOUSTIER ;  
AUDIMAR ECHEVIN ;
DIEUDE ;
ROSE, COMMISSAIRE GENERAL ;
POUR LE QUARTIER DE RIVE NEUVE ;
MALAI, JESUITE, COMMISSAIRE ;
POUR LA RUE DE L'ESCALE ;
SERRE, PEINTRE CELEBRE, ELEVE DE PUGET ;
ROSE, L'AINE ET ROLLAND, INTENDANT DE SANTE ;
CHICOINEAU, VERNY, PEISSONNEL ;
MONTAGNIER, BERTRAND ;
MICHEL ET DEYDIER, MEDECINS.

ILS SE DEVOUERENT POUR LE SALUT DES MARSEILLAIS
DANS L'HORRIBLE PESTE DE 1720.
Sources : Pour faire cet article, j'ai utilisé différentes sources que je ne peux toutes citer mais notamment le livre  "Marseille ville morte - la peste de 1720" - Editions Jean-Michel Garçon et Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'ancre du Grand Saint-Antoine
L'ancre du Grand Saint-Antoine au Musée d'Histoire de Marseille - Longueur : 3.80m, Poids : près d'une tonne.

L'ancre du Grand-Saint-Antoine enfin à l'air libre

Après plusieurs siècles passés sous l'eau (et la vase), l'ancre du Grand-Saint-Antoine a été installée il y a quelques jours à l'entrée du Musée d'histoire de Marseille. Longue de 3,80 mètres et pesant près d'une tonne, c'est l'un des rares vestiges du Grand-Saint-Antoine, ce navire qui apporta la peste en 1720 provoquant la mort de plus de 100.000 personnes à Marseille et en Provence.

https://www.20minutes.fr
Grand-Saint-Antoine (navire) - Wikipédia

Une association de plongée sous-marine, l'A.R.H.A., a retrouvé l'épave calcinée du navire en 1978, enfouie entre 10 et 18 mètres de profondeur, au nord de l' Île Jarre ( archipel de Marseilleveyre, Marseille). Les vestiges archéologiques alors remontés sont aujourd'hui exposés au musée de l' hôpital Caroline sur l' île de Ratonneau.

http://wikipedia.org

02 juin 2019

Le langage des mouches et des éventails au XVIIIe siècle

 

Mouches sur le visage

Exemples des différents endroits où les mouches se collaient  

Toute personne bien née, se devant, au XVIIIe siècle d'avoir la peau claire, la mouche de taffetas ou de velours noir appelée aussi tache avantageuse dans le langage précieux, se collait principalement sur le visage afin d'en rehausser la blancheur et l'éclat. "C'est alors plus qu'une mode, une furie... Selon l'humeur du jour, les mouches sont en forme de lune, d'étoiles ou de fleurs et se promènent sur les visages". C'est un accessoire indispensable du temps, qui serait né d'un traitement préconisé contre les maux de dents. Une ordonnance médicale serait donc à l'origine de l'idée qui vint aux femmes d'appliquer sur leur visage ces découpures de taffetas noir qui simulaient au début les ramifications des veines des temps ? Peut-être. Et ce ne serait pas la seule fois, du reste, que des liens étroits uniraient la mode et ses caprices, aux prescriptions d'un médecin... 

Boîte à mouches 

Boîtes à fard et à mouches

Toujours est-il que cette mode fait ainsi fureur du règne de Louis XIII à la Révolution. Un langage galant destiné aux personnes averties naît alors à cette époque. Si l'usage des mouches est déjà connu au XVIIème siècle, c'est au XVIIIème siècle cependant qu'elles vont devenir les symboles de la parure et de la féminité. Ces différentes mouches portaient toutes des noms très suggestifs selon où elles étaient placées :

- Près de l'œil, elle se nomme assassine ou passionnée.
- Au coin de la bouche, c'est la baiseuse.
- Sous la lèvre, elle devient friponne ou coquette.
- Sur le nez, effrontée ou gaillarde.
- Sur le front, la majestueuse
- Sur la joue, c'est la galante.
- Sur une ride, dans le creux du sourire , elle est enjouée.
- Sur la poitrine, c'est la généreuse.
- Sur un bouton, la receleuse.
- Ou bien sur le menton, ne serait-ce point la discrète que l'on trouve ?

Eventail

Détail d'un éventail du XVIIIe siècle
(Source Wikipédia provenant du site http://www.eventails.net/)

Tout comme les mouches, l'usage de l'éventail devient un véritable langage de société.
Ainsi, cette codification compliquée facilitera ou freinera les ardeurs de ces messieurs de la Cour.
L’art de s'en servir a permis d'exprimer les états d'âme, du badinage aux déclarations d'amour dans un langage qui lui est propre. En voici les différentes significations :

Le tenir dans la main droite face au visage : Suivez-moi.
Le tenir dans la main gauche face au visage : Je désire un entretien.
Le poser contre l'oreille gauche : Je désire que vous me laissiez tranquille.
Le glisser sur le front : Vous avez changé.
Le faire tournoyer dans la main gauche : Nous sommes surveillés.
Le tenir dans la main droite : Vous êtes entreprenant
Le faire glisser dans la main : Je vous hais.
Le faire tournoyer dans la main droite : J'aime quelqu'un d'autre.
Le faire glisser sur la joue et le poser sur le menton : Je vous aime.
Le présenter fermé : M'aimez-vous ?
Le faire glisser devant les yeux : Je suis désolée.

Toucher l'extrémité du doigt : Je désire vous parler !
Le poser immobile sur la joue droite : Oui.
Le poser immobile sur la joue gauche : Non.
Ouvrir et fermer : Vous êtes cruel
Le laisser pendre : Nous resterons amis.
S'éventer lentement : Je suis mariée.
S'éventer rapidement : Je suis fiancée.
Le poser sur les lèvres : Embrassez-moi.
Ouvert et immobile : Attendez-moi.
Le porter ouvert dans la main gauche : Venez me parler.
Le placer derrière la tête : Ne m'oubliez pas.

Source : D'après "L'éventail à tous vents" - Louvre des Antiquaires, Paris 1989

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27 mai 2019

Les noms de rues se déclinent au féminin

 

plaque-de-rue-charles-de-gaulle-histoire-de-france

Lorsque l'on cherche son chemin, se sont souvent les Victor Hugo, Général de Gaulle et autres Louis Pasteur qui nous guident. En effet, ce sont les figures les plus présentes sur les plaques de rue. Loin devant Jeanne d'Arc, Marie Curie mais également Georges Sand qui sont les trois femmes les plus représentée en odonymie. L’odonymie est l'étude des odonymes, parfois mieux écrits hodonymes, un nom propre désignant une voie de communication. Un odonyme peut être le nom d'une rue, d'une route, d'une place, d'un chemin, d'une allée. Elle s'inscrit dans le domaine de la toponymie qui étudie plus largement les noms de lieux en géographie et plus généralement dans le domaine de l'onomastique, l'étude des noms propres. Cependant, les femmes ne peuvent rivaliser avec les hommes sur nos panneaux.

Dracénie

En Dracénie, après étude de la nomenclature des rues de chaque agglomération qui la compose, il semblerait que seules six voies et autres places mettent à l'honneur une personnalité féminine, si on n'inclut pas les saintes, les personnages fictifs ou encore les divinités grecques, sur un total de 5477 voies, soit à peine 0.11%. Les personnalités masculines obtiennent pour leur part 314 dénomination, environ 52 fois plus que les femmes, avec un total de 17.4% des voies. Enfin, si l'on ne tient compte que des cas où une personnalité est mise à l'honneur, il s'agit d'un homme pour 98.1% des cas. Ces statistiques montrent bien évidemment qu'au cours de l'Histoire, ce sont les hommes en majorité qui ont occupé des places à responsabilité. Par exemple, dans le département du Var, 23 voies sont au nom de Pierre Curie contre 4 seulement au nom de Marie Curie.

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Marie Curie (1867-1934)

A signaler que 13 communes ont fait le choix de nommer une ou deux rues au nom de Pierre et Marie Curie. Enfin, il est à noter que Draguignan est la seule commune du Var qui possède une rue au nom de Marie Curie, mais aucune au nom de Pierre Curie, ce qui est un comble car si l'on prend en compte uniquement les distinctions, Marie Curie a obtenu deux Prix Nobel contre un seul et en commun avec elle pour Pierre Curie. Note de Nadine : En ce qui concerne ma commune Trans en Provence, on trouve 225 voies dont 4 qui sont nommées au nom d'un homme et une seule au nom d'une femme. Il s'agit de l'avenue Marguerite de Provence, épouse de Louis IX (Saint Louis) (voir ci-dessous).

Qui sont ces femmes présentes sur les plaques dracéniennes ?

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Hélène Boucher, aviatrice (1908-1934)

Parmi les rares figures féminines qui ornent les plaques de rues et places de l'agglomération dracénoise, on trouve : Hélène Boucher (1908-1934) : aviatrice, pionnière dans son domaine, elle a établi de nombreux records de vitesse avant de tomber aux commandes de son avion le 30 novembre 1934 lors d'un vol d'entraînement, Marie Curie (1867-1934) elle a reçu le Prix Nobel de physique le 10 décembre 1903 aux côtés de son mari Pierre Curie, prix partagé avec un autre physicien français Henri Becquerel. Elle a également reçu le Prix Nobel de chimie le 10 décembre 1911 à Stockholm.

Simone_Veil_(1984)

Simone Veil (1927-2017)

Simone Veil (1927-2017) qui, en 1974, en tant que ministre de la santé, a fait adopter une loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse. La Reine Jeanne, ce qui fait référence aussi bien à la reine Jeanne 1ère de Naples (1326-1382) qu'à Jeanne de Laval (1433-1498), lesquelles ont toutes deux été comtesses de Provence. Marguerite de Provence (1221-1295) qui fut l'épouse de saint Louis et donc reine de France, Hélène Vidal (1918-1998), figure locale que cette résistante qui, le 16 août 1944, peu après le Débarquement de Provence, a informé les forces américaines dont le QG était basé au hameau du Mitan, à La Motte, que la ville venait d'être libérée par les F.F.I. et qu'il était inutile que le bombardement massif préparé par l'US Army intervienne. Elle a "sauvé" Draguignan d'un bombardement qui aurait pu être désastreux pour la ville et pour ses habitants. Hélène Vidal est enterrée au cimetière de Draguignan.

Sources : D'après un article paru dans le journal Var-Matin du 25 mars 2019 - Auteur : Pierre Panchout et Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 


26 mai 2019

L'Association pour la préservation du patrimoine du Muy

Bonjour à toutes et à tous,

juste une petite information que je vous livre : je viens de créer une nouvelle rubrique dans mes liens (colonne de gauche) qui porte de nom de : Histoire. Pour le moment, elle ne comporte que deux adresses mais j'en ajouterai au fur et à mesure de mes découvertes sur le net. L'une de ces adresses est celle de l'Association Pour La Préservation Du Patrimoine Le Muy dont vous avez le lien dessous (adresse sur Facebook).

Association Pour La Preservation Du Patrimoine Le Muy

Association Pour La Préservation Du Patrimoine Le Muy. L'Association pour la Préservation du Patrimoine Le Muy vous invite à partager vos souvenirs, photos...

https://www.facebook.com

Cette association vous invite - les habitants et les fans du Muy à partager vos photos, vos souvenirs, à parler de vos endroits préférés, ou des découvertes que vous avez faites du patrimoine de la ville du Muy. Comme je défends le patrimoine quel qu'il soit, je tenais à vous parler de cette association. Merci à vous.

 

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21 mai 2019

L'architecture traditionnelle dans le Var

 

Chateau de la Mole

Château de la Môle (Var) (Photo site de la mairie de la Môle).

La maison de maître est appelée bastide ou château (castèu) selon son importance. On peut encore admirer certains châteaux, les tours d'angle et leur façade noble dominant la parc tandis que les bâtiments d'exploitation se trouvent à l'arrière. En règle générale, les bastides eurent pour origine le besoin, pour les citadins enrichis, de se constituer un placement intéressant, d'augmenter leur patrimoine et très souvent, de montrer ainsi la preuve de leur réussite. Les rangs de génoises, parfois fonction du nombre des étages du bâtiment, semblent aussi marquer, par leur importance, le rang social du propriétaire. Les ouvertures sont toujours plus hautes que larges.

Genoise4R-Aix

Génoise à quatre rangs de la chapelle des pénitents blancs à Aix-en-Provence (Photo Wikipédia).

Les portes d'entrées n'ont généralement qu'un battant et sont souvent faites de deux épaisseurs de planches, clouées horizontalement à l'extérieur et verticalement à l'intérieur. Les clous forgés sont visibles de l'extérieur. Les puits avaient une importance primordiale : point d'eau, point de vie. On les trouve très rarement annexés à l'habitation mais plutôt isolés, encore à proximité. Les formes sont diverses, soit ouverts avec un ou deux pilastres, soit couverts et même fermés par une petite porte de bois. Il est fréquent de constater que le rez-de-chaussée de l'habitation ne coïncide pas avec le sol extérieur. Un escalier de quelques marches conduit à un perron sur lequel ouvre le plus souvent la salle commune. Ce perron s'appuie la plupart du temps sur l'extraction de la voûte conduisant à la cave.

Cabanon 2

Cabanon en Provence (carte postale).

Le cabanon est, lui, un petit bâtiment d'exploitation situé assez loin de l'habitation principale. Le paysan y entreposait des outils, du matériel qu'il évitait ainsi de transporter. De temps en temps, de joyeuses fêtes champêtres et sans contrainte réunissaient familles et amis, "au cabanon". Alors que la maison garde un caractère privé, fermé, avec des traditions fortes, le cabanon est un lieu accueillant, ouvert à tous, où chacun apporte son écot pour une "ribote", une "boumbanço".

Pigeonnier

Pigeonnier à Châteaufort, Alpes-de-Haute-Provence (Photo Wikipédia).

Les pigeonniers se présentent sous différentes formes : 1/ soit isolés du bâtiment d'exploitation, tour ronde ou carrée avec une ceinture de carreaux vernissés, 2/ soit intégrés au bâtiment, situés sous le toit et signalés seulement par les ouvertures, la plage d'envol et un entourage de céramiques protégeant les nids contres les rats et belettes, 3/ soit attenants au bâtiment, sous forme de tour caractéristique avec un toit à simple versant, servant de point d'appui au mur d'enceinte et donnant à l'ensemble une apparence de fortin.

Bergerie en Provence

Bergerie en Provence (carte postale).

Les bergeries en Provence, sont bien le signe de la tradition pastorale. Selon l'importance du troupeau, elles sont, soit incorporées au bâtiment principal pour quelques centaines de bêtes, soit isolées pour plus d'un millier de têtes. Dans de nombreuses bergeries, l'architecture intérieure est en voûte permettant ainsi d'obtenir un température constante, hiver comme été. Le sol en terre battue reçoit le fumier. Les crèches, parfois adossées aux murs, sont ici disposées en position centrale, permettant aux moutons d'accéder aux deux côtés. Ces crèches peuvent être rehaussées sur des briques en raison de l'épaisseur croissante du fumier. Quand la bergerie est vide de ses occupants, c'est un signe de la saison de cette migration saisonnière qu'est la transhumance.

Source : Calendrier du Crédit Agricole Provence Côte d'Azur avec des photos qui agrémentent les différents mois de l'année.

La-Môle

Notes sur la première photo qui représente le château de la Môle : Le château est situé à 1 km de La Môle. Ce domaine est d’origine très ancienne puisqu’il est déjà cité en 1008 dans les archives. En 1770, la famille Boyer de Fonscolombe l’acheta à la famille de Suffren. C’est une demeure typiquement provençale avec une façade à cinq fenêtres flanquées de deux grosses tours rondes. Antoine de Saint-Exupéry aimait, dans son enfance, y passer des vacances auprès de ses grands-parents (description dans "Le Petit Prince"). Il a été d'être vendu par la famille de Fonscolombe. Dans le parc, subsiste la chapelle du château. Celui-ci est un domaine privé, il n’y a pas de possibilité de visite.

Source : Site de la Mairie de la Môle.

 

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15 mai 2019

Le cimetière des Alyscamps et son rituel funéraire

 

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L'allée des Alyscamps par Vincent Van Gogh (novembre 1888)

Vincent Van Gogh l'a immortalisé sur une de ses peintures : c'est le cimetière des Alyscamps, à Arles, avec son étrange et majestueuse allée de tombeaux de pierre. On pourrait l'appeler les Champs-Elysées, mais cela porterait à confusion avec l'avenue du même nom de notre capitale. Les Alyscamps eurent très tôt le don d'attirer beaucoup de monde, dès les temps romains déjà. Il ne s'agissait pas encore de touristes comme de nos jours, mais de visiteurs dans un sens plus définitif du terme, puisque ceux-ci y établissaient leur sépulture. Pourquoi choisissait-on d'élire sa dernière demeure aux Alycamps ? Tout simplement, parce qu'en ces temps très éloignés, la mort suscitait, tout comme maintenant d'ailleurs, de grands questionnements. La mort faisait peur. Surtout auprès des puissants qui, en fin de vie, se demandaient, si leurs agissements accomplis pendant toute leur existence n'allaient pas leur attirer les foudres des cieux. Or, les Alyscamps avaient la réputation d'assurer à ses hôtes éternels une quiétude que l'on ne trouvait pas dans d'autres lieux de sépultures. Ainsi des tribuns descendaient-ils, post-mortem, depuis la capitale des Gaules (soit Lugdunum, Lyon de nos jours), en empruntant le cours du Rhône. Le principe était simple. Pour son dernier voyage, le mort était placé dans un tonneau dans lequel on avait pris soin d'ajouter des offrandes. Le tonneau était scellé et expédié sur les flots plus ou moins tumultueux du fleuve. Quand celui-ci parvenait enfin au niveau des quais d'Arles, des bateliers étaient chargés de le récupérer. Ils emmenaient ainsi tous les tonneaux qui descendaient le Rhône jusqu'aux Alycamps. Si les offrandes étaient destinées principalement aux dieux, elles servaient également à payer les frais funéraires, parfois conséquents, mais aussi, le salaire des bateliers. L'absence de celles-ci pouvait entraîner le refus des marins de repêcher le tonneau qui continuait alors de dériver pour aller se perdre dans l'univers étrange et confus de la Camargue, avec pour conséquence redoutable, de laisser errer l'âme et l'esprit du défunt jusqu'à la nuit des temps ! De telles perspectives démotivaient généralement toute envie de radinerie de la part du commanditaire ou de sa famille, mais n'empêchaient pas sur le trajet que le tonneau avec le défunt soit l'objet de détrousseurs de tonneaux. Heureusement, les dieux veillaient, comme en témoigne un fait étrange qui se déroula à Beaucaire et à Tarascon, là où il était possible de traverser le Rhône. Un homme décédé depuis peu, voguait tranquillement pour sa dernière destination. Alors que son tonneau passait non loin de la rive droite, il fut arrêté par des jeunes gens qui avaient probablement bu et qui avaient décidé de s'emparer du tonneau ! Ayant perdu tout sens de la réalité, ils ne trouvèrent pas mieux que d'ouvrir celui-ci afin de s'en prendre à l'offrande qui se trouvait à l'intérieur. C'était un petit coffret qu'ils volèrent au défunt et leur forfait accompli, ils remirent le tonneau à l'eau.

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Quelle ne fut pas leur surprise de constater que l'embarcation mortuaire refusait d'être entraînée par le courant pourtant assez important à cet endroit. Ils prirent peur et s'enfuirent en courant sans demander leur reste, dans les rues de la basse ville, en emportant leur butin. Le lendemain et les jours qui suivirent, le tonneau était toujours au même endroit et il tournoyait sur place sans intention évidente de repartir. Les gens d'armes intrigués finirent par aller le récupérer. Ils constatèrent en soulevant le couvercle que le mort voyageait seul, sans pécule pour l'accompagner dans l'eau de-là, chose qui n'était pas conforme aux pratiques habituelles. Ils en déduisirent que le défunt avait été victime de voleurs. L'enquête fut rapide car l'un des jeunes gens n'avait pas pu s'empêcher de raconter leur mésaventure afin de dissiper la grande peur qui lui hantait l'esprit. Lui et ses compagnons furent arrêtés et ils reconnurent aussitôt qu'ils avaient mal agi. Ils restituèrent le coffret qu'ils n'avaient pas oser toucher, à la famille du défunt. Ce dernier, retrouva donc son bagage et tous les deux furent de nouveau enfermés dans le tonneau. Remis à l'eau, il fut emporté par le courant qui l'emmena sans autre aventure vers Arles.

Source : Hervé Berteaux pour un article paru dans l'Almanach des Provençaux et du Comté de Nice, année 2016.

Alyscamps_arles

Complément à cet article

Les Alyscamps (Champs Elysées, en provençal, cité des morts vertueux dans la mythologie grecque) sont une nécropole, située à Arles et qui remonte à l'époque romaine. Jusqu'au Moyen-Âge, les Alyscamps ont été une nécropole païenne puis chrétienne qui était située à l'entrée sud-est de la cité d'Arles sur la voie Aurelia, c'est-à-dire en dehors de la cité comme la plupart des nécropoles romaines. Ils comprenaient de très nombreux sarcophages.

Alyscamps_Arles_dos

Dès la fin du IVe siècle, les Alyscamps et le cimetière de Trinquetaille doivent leur célébrité au martyre de Genest, saint arlésien, décapité en l'an 303. Au fil des siècles ce lieu devient si renommé que de nombreuses personnes souhaitent y être enterrées, comme les évêques d'Arles. Des cadavres sont descendus par le Rhône dans des barriques pour y être inhumés ; une offrande est jointe à chacun pour rémunérer les Arlésiens qui mettaient en sépulture les défunts. Aux XIe, XIIe et XIIIe siecles, ce cimetière connu de toute la chrétienté, s'enrichit de nombreuses églises. Au XIIe siècle une collégiale est ainsi établie aux Alyscamps, mais vers l’an 1035, cette canonica étant tombée entre des mains laïques, l’archevêque Raimbaud donne aux moines Saint-Victor de Marseille l’antique église Saint-Genès ainsi que toutes ses dépendances, moyennant le cens d’une livre d’encens à fournir le jour de Saint-Trophime. Les Alyscamps deviennent alors le point de départ du pèlerinage de Compostelle pour les pèlerins provençaux.

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Toutefois, en 1152, le transfert des reliques de Saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne (devenue par la suite Saint-Trophime) au centre-ville, lui enlève une partie de son prestige. À partir de la Renaissance, les prélats, seigneurs et rois dérobent les sarcophages les mieux sculptés pour enrichir leurs collections. Un bateau ainsi chargé coule dans le Rhône vers la fin du XVIe siècle à hauteur de Pont-Saint-Esprit (Gard). Au cours du XVIe siècle, ce quartier fait l'objet d'une première transformation avec le creusement du canal de Craponne (Adam de Craponne) qui alimente en eau la Crau, entre la Durance et le Rhône. L'église Saint-Honorat des Alyscamps est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1842. En 1848, les Alyscamps ont été profondément modifiés lors de la construction de la voie ferrée Paris-Lyon-Méditerranée et des ateliers afférents. La chapelle des Porcelets et le cimetière sont classés par la liste de 1862.

Source : D'après Wikipédia - L'encyclopédie libre.

 

09 mai 2019

Une rue du Muy porte son nom : Maurice Lachâtre, vous connaissez ?

 

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Maurice Lachâtre (1814-1900)

Connaissez-vous Maurice Lachâtre ? Les Muyois qui connaissent bien leur cité vous diront que c'est un nom de rue. Rares sont ceux qui pourront vous narrer dans les détails sa biographie. Né le 14 octobre 1814 à Issoudun (Indre) et décédé le 9 mars 1900 à Paris. Il appartient à la noblesse car son vrai nom est Maurice de la Châtre et, de fait, destiné à jouir des privilèges de sa naissance. Il s'installe à Paris, en pleine Monarchie de Juillet, devient éditeur et directeur du journal "Le Vengeur", à tendance républicaine. Dans sa profession d'éditeur, il n'hésite pas à publier des auteurs contemporains, tels qu'Eugène Sue qui, avec "Les Mystères de Paris", lui vaudront une condamnation sous le Segond Empire. Ses écrits et ses idées à tendance démocratique feront de lui un dissident du régime monarchique. Il devra alors s'enfuir de la capitale et se réfugier en Provence, où nous le retrouvons au Muy en 1835. Dégoûté de l'esprit de la noblesse, il se désolidarise complètement de celle-ci, supprime la particule de son nom et devient Maurice Lachâtre. C'est sous ce patronyme qu'il sera connu dans notre cité. Homme cultivé et généreux, il ne tarde pas à mettre son savoir au service de la population muyoise, et devient ainsi instituteur de notre village. C'est dans un local de la rue Grande qu'il exerce sa profession, lui assurant ainsi ses moyens d'existence. Adopté par la majorité de la population, où prédominait une politique républicaine, Maurice Lachâtre jouissait d'une grande estime dans la commune. Plus d'une famille lui témoignera son amitié. En particulier, celle des Ourgias, dont l'appartement était voisin du sien, composé des frères qui s'employaient à la dure profession de radeleur, métier qui consistait à convoyer par flottaison sur l'Argens, des billots de bois venant du coeur des Maures jusqu'au "débousquadou" (débarcadère) du Muy. Ces hommes étaient de rudes colosses et frondeurs, n'hésitant pas à défendre leur bon droit par la manière forte, détail qui aura son importance par la suite. Un petit matin, la police impériale ayant réussi à localiser Lachâtre au Muy, essaya de l'arrêter pour le fusiller ; ne pouvant se défendre seul devant le nombre de policiers, l'instituteur appela à l'aide. Entendu par ses amis Ourgias, ces derniers se hâtèrent de lui porter secours.

Radeleur

Le radelage ou flottage du bois (Photo Centre culturel du pays d'Orthe)

Tels des Hercules, ils rossèrent à coups de crochets de flottaison les agents de Napoléon III. En témoignage de sa reconnaissance, Maurice Lachâtre établit de ses mains un parchemin et en fit don à ses valeureux sauveteurs. Sauvé, il n'en demeura pas moins un opposant au régime impérial et, avec la complicité des Muyois, il restera dans la clandestinité pendant encore quelques temps. Il n'obtint sa grâce qu'à la chute de l'Empire vers 1870 et de cette façon, il put reprendre au grand jour ses activités littéraires. Homme dévoué à une cause qui n'a jamais failli dans ses idées et ses actions, soutenu par tous, telle était cette personnalité qui a vraiment mérité l'estime et le coeur de nos aïeux. Ces derniers ont voulu l'honorer après sa mort en donnant son nom à une rue du Muy.

Auteur : Jean Chavanas - ancien président du Syndicat d'Initiative - aujourd'hui décédé, dans le Guide touristique "Le Muy de Provence" édité par le Syndicat d'Initiative en 1990.

 Maurice-Lachatre

Pour en savoir plus sur Maurice Lachâtre, voir lien ci-dessous.

Maurice Lachâtre - Wikipédia

Maurice Lachâtre s'installe professionnellement à Paris en 1839. Il mène tout d'abord deux activités : une activité de banquier - il fonde une banque des échanges - et une activité d'éditeur. Il y commence sa carrière en publiant les Crimes célèbres d' Alexandre Dumas.

http://wikipedia.org

03 mai 2019

Les Salles-sur-Verdon, le village sacrifié

 

Les Salles

Si vous allez vous promener sur le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), vous le verrez forcément. Il est incontournable : c'est le lac de Sainte-Croix. Si les eaux turquoises font rêver les amoureux de beaux paysages, elles ont aussi englouti la vie d'un village : celui des Salles-sur-Verdon (Var). Et avec lui, la terre natale et l'histoire de plusieurs familles.

Les salles

Il y avait le boulanger, chez qui l'on venait faire cuire son plat, l'épicerie, qui distribuait l'essence, l'Auberge du Coin Perdu, où l'on régalait le visiteur d'agneau et d'autres produits de la vallée, les lavoirs où, des grands-mères aux petites-filles, on tapait le linge avec un battoir et où les langues allaient bon train. Et puis, la fête au village qui était sacrée. La fontaine où chacun venait remplir son broc. "L'été, un ballet de camions amenait la lavande du plateau de Valensole. Le village comptait quatre ou cinq alambics qui fonctionnaient jour et nuit pour produire l'essence de lavande. Je sens encore l'odeur des camions passant dans les rues", se souvient Danièle. Son père, Rosé Marc Signoret - qui fut ensuite maire du nouveau village des Salles -, est parmi les derniers à partir le 2 mars 1974, à quitter sa maison après avoir résisté le plus possible. Mais les gendarmes lui intiment l'ordre de prendre ses affaires alors que l'eau touche le bas de sa maison. Il verra dans les minutes qui suivent les dents d'une pelleteuse mordre au sang une vie bâtie depuis des générations. "Toutes les maisons ont été détruites avant la montée des eaux. C'était dur de voir ce village où l'on a passé tant de moments heureux ressembler à un champ de bataille après la guerre", raconte Danièle. 

Les Salles nouveau village

Un nouveau village est reconstruit plus haut sur le plateau de Bocouenne. les tombes de l'ancien cimetière y sont transférées, tout comme la cloche de l'église, certaines pierres de la fontaine, des lavoirs... Les familles sauvent portes ou linteaux de portes, maigres vestiges de toute une vie, qu'ils vont intégrer aux maisons reconstruites. Le reste est aujourd'hui sous 32 mètres d'eau. Sur 165 habitants de l'ancien village (recensement de 1968), seuls 125 s'installeront à l'année dans le nouveau village. Tous n'ont pas pu reconstruire. "Il y a eu jusqu'à 80% de coefficient de vétusté appliqué sur le barème, au prétexte que les maisons étaient anciennes. Et les indemnités des terres agricoles ont été en moyenne 4 fois moindre que pour les autoroutes. "Pour les paysans dont c'était l'unique richesse, cela a été terrible, même si personne ne remet en question l'intérêt général", souligne Jean-Jacques Grézoux, président de l'association Mémoire des Salles-sur-Verdon. Une maquette de l'ancien village et sa vallée est visible à l'office de tourisme des Salles.

Nota : Le village des Salles-sur-Verdon est le seul à avoir été sacrifié à l'intérêt général. Mais Bauduen (Var) et Sainte-Croix-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) auraient pu connaître le même sort. Le projet initial d'EDF devait faire du lac de Sainte-Croix, la plus grande retenue artificielle de France, allant jusqu'au pied de Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence). La résurgence de Fontaine l'Evêque a eu raison du projet. Sa source n'ayant jamais été identifiée, les ingénieurs, inquiets d'un possible effet de siphon, ont réduit le projet de la côte 500 à la côte 482. Avec 22 km2, 90 mètres de profondeur, et plus de 750 millions de m3 d'eau destinés à l'irrigation et à la consommation d'eau potable, le lac de sainte-Croix n'est donc que le 4ème lac artificiel de France !

Source : D'après un article paru dans le Var Mag' - Le magazine du Conseil général - N°207 novembre 2014.

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A lire ou à relire mon article paru le 28 mars 2015 "Le lac de Sainte-Croix". Je vous mets le lien dessous.

Le lac de Sainte-Croix - Passion Provence

Le projet consistant à noyer la vallée du village des Salles pour réaliser un lac ne date pas d'hier. En 1908, c'est à dos d'âne que Georges Clemenceau, alors Président du Conseil, entreprit une randonnée sur tout le cours du Verdon entre Fontaine L'Evêque et le lac d'Allos : on envisageait déjà à l'époque l'aménagement du Verdon, et la construction de barrages à certains endroits stratégiques de son cours.

A aller voir car il comporte de nombreuses photos : Un site, une histoire, Les salles-sur-Verdon.com (lien ci-dessous).

Les Salles-sur-Verdon (83630 VAR) : l'histoire complète du village

Les Salles-sur-Verdon : le destin tragique du village du Haut-Var englouti sous le lac de Sainte-Croix. Ces quelques pages racontent l'histoire
du village martyr, victime du barrage EDF qui donna naissance au lac de Sainte-Croix.
http://lssv.free.fr

Extraits du livre de Nicole Ciravégna : Le village englouti - Ed. Campanile 2006. 

Les Salles-l'église

 "L'église, ça va être un gros morceau", dit le contremaître, "il faudra la faire sauter à l'explosif".... Toute la population des Salles est rassemblée devant l'église à la porte béante. Des hommes vont et viennent à l'intérieur. On entend leurs pas résonner sur les dalles. On aperçoit leurs tuniques rouges qui luisent dans la pénombre. L'église a l'air d'émerger d'une coulée d'avalanche qui s'est épaissie au pied du plateau.... Les gens sont plantés dans les gravats. Ils ne bougent pas. Aussi immobiles que la maison qui fait face à l'église.... Les hommes en tuniques rouges sont sortis de l'église en courant. Il y a un grand silence, puis toutes les charges grondent en même temps. Alors il se passe quelque chose d'extraordinaire : la lourde église se soulève, les flancs gonflés, et au même instant le clocher jaillit vers le ciel. Il monte à dix, à vingt, à trente mètres. Il va trouer les nuages !... Mais sa base éclate, se déchiquette comme l'arrière d'une fusée qui vient d'exploser. En pluie de rochers, il retombe sur l'église éventrée.... Les gens sortent de l'ombre de la maison du maire, en deux files qui s'avancent vers les décombres.... Tous pleurent, tous. 

 

27 avril 2019

Archives départementales du Var à Draguignan : tous les documents ont une valeur

 

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Avant, après. En lambeaux, restauré. Voilà résumé le travail réalisé chaque jour aux Archives départementales du Var à Draguignan. Et pour sensibiliser le public sur l'importance de la conservation des documents, une exposition sur le sujet est visible dans la salle consacrée aux expositions, au pôle culturel Chabran. "Blessures d'archives, rêve d'éternité", c'est ainsi qu'elle est dénommée. Cette exposition retrace le parcours d'un document digne d'intérêt historique, depuis sa réception jusqu'à sa restauration. Et présente surtout les dangers auxquels sont confrontés ces morceaux de papiers, de parchemins et même de pellicules. La directrice des Archives, Agnès Goudail, explique : "Nous avons voulu centrer l'exposition sur la mission essentielle de notre structure". A savoir, la collecte, la conservation et le traitement des documents recueillis". Tout au long des panneaux explicatifs, on découvre les menaces qui planent autour des étagères de rangement, dans les caves ou bibliothèques. "L'ennemi, c'est l'environnement, les variations de températures, d'humidité. Mais aussi certaines encres, les rongeurs, les insectes, les moisissures... Sans oublier la manipulation humaine, qui peut produire le meilleur comme le pire sur un document". Dans les vitrines, on peut donc voir, de vieux grimoires pulvérulents (qui se décomposent au moindre contact), des affiches trouées, ou des bobines de pellicules couvertes de champignons. "Rien n'est perdu, on peut toujours intervenir", souligne la directrice des Archives. Pour preuve, la version "restaurée" des documents est ensuite mise en avant. Tout n'est pas parfait, mais l'essentiel est sauvé. Mission accomplie ! "Il faut pouvoir permettre aux documents de traverser le temps. C'est tout l'objet de cette exposition : sensibiliser le public sur cette tâche, sur notre profession, notre déontologie". Un métier en évolution constante, notamment à l'ère du numérique, et qui sera entre autre passé, à Draguignan, par l'épreuve de l'eau. "Le 15 juin 2010, lors des inondations, 4.50 kilomètres d'archives ont été touchés. Pas chez nous, mais à la mairie, à la communauté d'agglomération dracénoise..." Un véritable cas d'école pour les restaurateurs.

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Nota : Le document le plus ancien détenu aux Archives départementales n'est pas bien grand, certes, mais qu'est-ce qu'il est précieux ! Il s'agit d'un acte de donation d'une terre au monastère de Montrieux, près de Méounes. Ce document date de 1141, et a traversé le temps d'un manière spectaculaire. "La construction de Notre-Dame de Paris n'avait pas encore débuté !" Et malgré son très grand âge, le petit morceau de parchemin est d'une grande lisibilité. Impressionnant !

Nota : Joël Levillain, photographe des Archives départementales était l'un des commissaires de l'exposition. En poste aux sein du service depuis 1987, soit 33 ans passés au Archives, Joël a reçu un hommage appuyé a l'occasion du vernissage de l'exposition, jeudi soir.

 Source : D'après un article de Romain Alcaraz paru dans le journal Var-Matin du samedi 20 avril 2019.

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Hommage à Joël Levillain, le photographe des Archives départementales du Var


Joêl Levillain

L'ensemble des agents des Archives départementales du Var ont la profonde tristesse de vous faire part du décès de Joël Levillain, photographe aux Archives depuis 1987. Passionné de photographies, d'histoire et d'archives, Joël, grâce à son talent, son imagination, son sens artistique et son savoir-faire a été d'une aide précieuse et même indispensable pour mener à bien nombre de projets de valorisation. Il était aussi le plus ancien agent des Archives encore en poste et était donc la mémoire de ce service qu'il chérissait tant.
Pendant trois décennies, il s'est aussi attaché à microfilmer et numériser des millions de documents. Ce travail de longue haleine a permis la mise en ligne de l'ensemble de archives pour le grand bonheur de internautes.
A tous ces égards, son travail et ses réalisations lui survivront. Il était un artiste.

Il était aussi un ami et collègue de travail attachant, son travail et ses compétences étaient reconnus de tous. Il a notamment été à l'origine de plusieurs expositions personnelles retraçant son parcours de photographe. Il a aussi animé plusieurs conférences sur l'histoire de la photographie, domaine dans lequel il excellait.

Ses photos et son sourire resteront à jamais ancrés dans nos coeurs.

Texte paru sur la page facebook des Archives départementales le 18 avril 2019. 

Affiche Joël Levillain

 Nota de Nadine : Joël, je tenais à vous rendre hommage car vous le méritez bien. Aux Archives départementales, je vous ai toujours connu. Depuis 30 ans que je fais ma généalogie, bien que je ne mette plus les pieds aux Archives depuis plusieurs années, je vous ai toujours cotoyé. Vous étiez quelqu'un de très gentil, de très humain. A l'occasion d'une Journée du Patrimoine, il y a deux ou trois ans, vous nous aviez fait visiter votre "antre" et vous nous aviez expliqué votre passion pour la photographie. Et si aujourd'hui, je continue à faire la généalogie depuis chez moi, c'est grâce à vous, à votre travail. C'est vous qui avez mis la généalogie à disposition des internautes car vous avez avec patience microfilmé et numérisé des millions de documents. Toutes les archives du Var se trouvent en ligne grâce à vous et pour ça, je voulais vous remercier. 

A présent, reposez en paix Joël.

 

26 avril 2019

Exposition : Blessures d'archives, Rêve d'éternité


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Les archives, témoins privilégiés de notre passé, peuvent subir de nombreuses dégradations dues aux insectes, à la moisissure, aux inondations, à la lumière, aux manipulations... Comment les préserver ? Comment réparer les dégâts occasionnés ? C'est ce que cette exposition se propose de dévoiler. 

A ne pas manquer.

Exposition visible du 18 avril au 28 juin 2019. aux Archives départementales du Var à Draguignan. Pôle Culturel Chabran.

21 avril 2019

Les pirates barbaresques de nos côtes provençales

 

Pirate barbaresque

Pirate barbaresque (Gravure Wikipédia)

Lorsqu'on parcourt les archives anciennes des villes de la côte provençale, on est surpris du rôle qu'à joué dans la vie d'autrefois la hantise des pirates barbaresques, et notamment au XVIe et XVIIe siècle. Il faut dire que la piraterie a existé de tous les temps dans la Méditerranée Occidentale et que tous les riverains (Catalans, Génois et même Provençaux) l'ont pratiquée. Mais, à partir du début du XVIe siècle, c'est l'Afrique du Nord qui est devenue son principal centre. On appelait alors cette région la "Barbarie" ce qui est une déformation du nom des Berbères, de là le nom de "Barbaresques" pour désigner les habitants. Au début du XVIe siècle, des corsaires célèbres, qu'on appelait en Occident les frères Barberousse s'étaient installées à Alger où ils avaient instauré la domination turque. Dès lors, la piraterie devint la véritable industrie de la région. Les centres principaux étaient Alger, Tunis et Tripoli. A Alger, il se constitua ainsi une véritable oligarchie de riches amateurs qui se livraient à la piraterie. Ils possédaient des flottilles importantes composées de galères légères et rapides, comprenant souvent vingt bancs de rameurs (soit deux cents rameurs). Cette piraterie visait tout d'abord la capture des cargaisons de navires marchands. En effet, il existait à l'époque un trafic commercial très important entre les ports de l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord et le Levant.

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Débarquement et de prisonniers à Alger de Jan Goeree et Casper Luyken, 1706

Mais, le but principal des pirates était de se procurer les esclaves qui leur étaient indispensables pour la "chiourme" de leurs galères. C'est ainsi qu'à Alger, au XVIe et au XVIIe siècle, il y avait une population de 25 000 à 30 000 esclaves. Les pirates se procuraient ces esclaves d'abord lors de l'attaque des bateaux marchands mais aussi et surtout par des razzias à terre : c'est ce qui semait l'effroi parmi les populations côtières. Sur les côtes provençales, les inquiétudes commençaient avec le début du printemps. En effet, les galères barbaresques qui étaient rapides mais légères et basses sur l'eau, ne pouvaient pas affronter les gros temps de l'hiver. Elles naviguaient seulement, de la lune d'avril à la lune d'octobre. C'est ainsi qu'à partir d'avril, les expéditions partaient chasser l'esclave, comme dans les autres pays on part à la pêche à la morue ou à la sardine. Pour prévenir le danger, un système de guet était organisé, au moins depuis le XIVe siècle. Il consistait dans une série de postes de guet établis depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à la Turbie, et pouvant communiquer entre eux à vue. Lorsqu'un poste apercevait une galère suspecte, il la signalait dans la journée, ce signal était donné au moyen d'un feu de bois vert destiné à produire de la fumée, et la nuit, par un feu de bois sec qui produisait une flamme. Dès que le poste voisin apercevait ce signal, il allumait son feu et ainsi de poste en  poste. C'est de cette façon, qu'en une demi-heure, le signal se transmettait de la Turbie au Rhône. Lorsque l'alarme était donnée, chacun s'efforçait de se mettre à l'abri : les pêcheurs de l'endroit rentraient au port et les paysans épars dans la campagne regagnaient à la hâte leur ville ou leur village. 

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Le marché aux esclaves d'Alger (1684) (Gravure Wikipédia)

Car, c'était la grande terreur des population côtières : être un jour esclave en Barbarie... Ce danger a existé jusqu'au début du XIXe siècle et c'est seulement après la prise d'Alger en 1830 que la piraterie a pris fin. En entrant à Alger, les troupes françaises ont encore trouvé plusieurs centaines d'esclaves dont un Toulonnais qui était en captivité depuis 28 ans.

 Source : Maître Guillaume Barles - texte pour une de ses conférences.

Je mets ci-dessous trois articles déjà parus sur le sujet si vous désirez les lire ou les relire.

Pirates et corsaires en Méditerranée - Passion Provence

La piraterie était une vieille tradition sur tout le littoral méditerranéen. Il y avait même, à Gênes, un Office de la Piraterie ! Course, piraterie, service du Roi ou pur brigandage maritime, on tue, on pille joyausement, on accumule âprement des richesses en écumant la mer, en vendant des hommes et des femmmes ou des enfants.

Piraterie sarrazine et rachat d'esclaves - Passion Provence

La recrudescence de la piraterie sarrasine sur les côtes provençales dans le dernier quart du XIVe siècle et les premières années du XVe siècle est un phénomène qui a été bien étudié par les historiens de la Méditerranée médiévale.
Les tours à signaux dans le sud de la France - Passion Provence

A l'aide de signaux visuels ou sonores, l'homme a toujours tenté de vaincre les distances et de mettre en place une transmission rapide de l'information. Dans le sud de la France, il existe ainsi des tours de pierre qui ont assuré cette mission. Ces vigies appelées tours à signaux sont connues depuis l'époque romaine.
 

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15 avril 2019

Les martyrs de la tour Notre-Dame au Muy

 

Tour Charles Quint

Au XVIe siècle, durant une vingtaine d'années, le Roi de France, François 1er, lutta contre l'empereur Charles Quint, à la fois Empereur d'Allemagne, d'Autriche, Roi d'Espagne et possesseur de tout le Nouveau Monde, découvert depuis peu. "Un souverain dont on a dit que le soleil ne se couchait pas sur ses Etats". Cette puissance s'anéantit, les nationalités se reformèrent. Il est rare qu'un très grand empire subsiste. Mais, en 1536, Charles Quint, tout puissant, pénétra en Provence à la tête d'une armée. C'était le 24 juillet. François 1er ordonna à ses sujets provençaux de tout détruire sur le passage de l'envahisseur, afin d'affamer ses troupes. On lui obéit et partout le patriotisme des populations s'associa aux efforts du Roi de France. Le Muy obéissant aux ordres, détruisit ses provisions, ses récoltes, ses moulins, combla ses puits de manière à ne plus présenter aucun intérêt pour l'ennemi.

Charles Quint

L'empereur Charles Quint

Le Grand Empereur auquel les Provençaux décochèrent le sobriquet de "Pavan" (paon), ne put se maintenir chez nous et abandonna le pays dévasté sans parvenir à s'emparer de Marseille. Les femmes, elles-mêmes, luttèrent sur les murailles et les Marseillais honorèrent le courage de leurs aïeules par le "Boulevard des Dames". Mais, lorsque Charles Quint arriva devant les remparts du Muy, son armée n'était pas encore vaincue. De hardis jeunes gens, résolus à se sacrifier pour tuer l'Empereur, s'enfermèrent dans la tour Notre-Dame qui aujourd'hui encore domine ce village. Le 13 septembre, les Impériaux parurent. Dans un groupe de seigneurs, les Muyois, aux aguets, distinguèrent un personnage plus richement vêtu que les autres. Ils le prirent pour Charles Quint, visèrent vers lui et l'abatirent à coups de mousquet. Ce n'était que Garci Lasso de la Vega, Prince des poètes espagnols. Charles Quint ordonna l'assaut de la tour, mais la résistance des assiégés ayant retardé les mouvements de l'armée, l'Empereur, pour en finir, engagea les Muyois à se rendre, en les assurant de son pardon. Ils crurent en cette parole impériale, et, lorsqu'ils furent descendus de la tour, on les pendit.

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Portrait supposé du poète Garci Lasso de la Vega

Pendant de nombreuses années, non seulement rien n'a commémoré l'héroïsme et le malheur des patriotes du Muy, défendant leur pays envahi, mais encore, on avait laissé les descendants étrangers du poète ennemi Garci Lasso de la Vega, sceller une plaque commémorative contre la tour. On eût aimé lire à la place de ces noms, qui sont une offense pour nos sentiments, ceux des quelques Provençaux, assez braves pour n'avoir pas hésité à se sacrifier devant une armée. Les Provençaux savent depuis longtemps, que tout ce qui concerne la gloire de leur peuple, a été systématiquement étouffé et que ceux qui écrivent l'histoire officielle, enseignée à nos enfants dans les écoles, n'ont laissé aux Méridionaux que la célébrité du ridicule. Quelques auteurs prétendirent que cinquante Muyois s'enfermèrent dans la tour ; il y avait parmi eux trente paysans et vingt villageois. Cinq noms surnagèrent de l'oubli : Albaud, Châteauneuf, Escragnole, Boniface et Balb. Ce dernier patronyme était celui d'une vieille famille provençale qui posséda la seigneurie du Muy du XIIIe au XVe siècle. Au moment de l'invasion de Charles Quint, la seigneurie locale appartenait à Jean de Pointevès.

Source : D'après le livre "Les martyrs de la tour Notre-Dame" - Léon Arnaud - 1982.

Nota : Edifiée au XIIIème siècle, la tour Notre-dame et son castelet accolé (construit ultérieurement) était la pièce maîtresse du système de défense du village (tour des moulins au XVIe siècle). Aujourd'hui, elle est plus communément appelée " tour Charles Quint " en souvenir de la résistance des muyois qui s'opposèrent en 1536 à Charles Quint qui envahissait la Provence. Cette tour située à l'entrée Est de la ville existait probablement en 1252. En effet, lors de l'inventaire des biens du nouveau Comte de Provence, Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, dans la cité de "Modio" (ancien nom du Muy), il est dit qu'il existe une tour. Cette tour, très imposante marque le village depuis cette époque.

 

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09 avril 2019

Le musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan

 

Jardin

 Je vous parle de temps en temps au fil des articles que je publie, d'un endroit que j'apprécie énormèment : il s'agit du musée des Arts et Traditions Populaires (dit musée des ATP) de Draguignan. Lorsque vous entrez dans ce musée et que vous en faites la visite, vous avez l'impression d'être "hors du temps". Dehors, vous êtes dans la ville et ici au musée, vous êtes ailleurs. Vous avez, en y entrant, remonté le temps. Vous êtes au temps de vos parents, de vos grands-parents, de vos aïeux. Ce qui vous est présenté dans ce musée, c'est leur vie autrefois. La vie de celles et ceux qui nous ont précédé et qui ont laissé une foule extraordinaire d'objets, de matériels, de machines, de mémoire derrière eux... Ce musée, c'est le musée des traditions provençales, des coutumes, de la vie d'autrefois. J'ai donné des vêtements, des objets, des livres, des gravures anciennes à ce musée pour qu'ils y soient conservés. Je n'emporterai rien avec moi, alors autant que cela serve et demeure pour la postérité. 

Situé au cœur de la ville de Draguignan, le musée des Arts et Traditions Populaires (ATP) abrite la mémoire des activités des XIX ème et XX ème siècles. Pour compenser la perte de la préfecture (1974), celle-ci ayant été tranférée à Toulon, l'état a octroyé des budgets de développement de projets industriels ou touristiques. Le musée allait ainsi voir le jour dans les années 1980, à l'initiative principale d'Yves Fattori, désormais président de l'association de sauvegarde des Arts et Traditions Populaires.

Moisson

Le musée des ATP invite à découvrir les activités de la Dracénie et de la Provence Varoise à travers des collections sur l'agriculture (travaux agricoles, culture des céréales, viticulture, oléiculture, élevage des moutons), sur l'artisanat (reconstitution de deux moulins, d'un atelier de bouchonnerie), sur la céramique (fabrication des tomettes), sur l'habitat provençal (cuisine, fêtes traditionnelles, art religieux populaire) et sur la musique varoise. Sa galerie des machines située à l'extérieur du musée revient sur les débuts de la mécanisation de l'agriculture en Provence.

Bouchonnerie 2

Avant de devenir propriété de la ville, l’ensemble des bâtiments qu’occupe le musée, appartenait à la Congrégation religieuse de l’enfance de Jésus et de Marie dite de la Miséricorde du Bon-Pasteur.
 Cette dernière avait acheté en 1818 des maisons ordinaires du XVIIème et XVIIIème siècles et l’hôtel bourgeois du sieur de la Motte pour y installer un noviciat, un pensionnat de jeunes filles et diverses œuvres.
Les collections ethnographiques du musée, devenu communautaire en 2007, se sont enrichies au fil du temps avec les dons des personnes qui ont vécu et travaillé sur le territoire ; 16 000 pièces réunies par le musée dont 3 500 présentées dans des vitrines, sur 1 000 m2.

Fete

Une médiathèque (où je me suis rendue très souvent) abrite plus de 2 000 ouvrages spécialisés dans l'ehtnologie régionale et nationale, les techniques, l'artisanat, l'agriculture, l'outillage, etc... Le musée conserve également la totalité de l'ancien fonds bibliographique de la Société d'Agriculture du var, plusieurs centaines de références apportant un éclairage précis sur l'évolution de l'activité agricole et pastorale dans le département. Son pôle images conserve plus de 30 000 images constituant une véritable mémoire photographique du Var. Le musée organise des conférences, des rencontres, des ateliers pédagogiques et des sorties sur le terrain. Une boutique propose aux visiteurs des produits régionaux, des livres sur la Provence, de la poterie de Salernes et de Villecroze, des foulards au motifs provençaux...

Source : Un reportage de Janick Roy agrémenté de quelques rajouts et de photos de Nadine. 

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03 avril 2019

Vincent Van Gogh et la Provence

 

Vincent Van Gogh


Cliquez sur la peinture "l'Autoportrait à l'oreille bandée"
pour écouter la chanson "Vincent" de Michel Sardou - 1988

Vincent Willem van Gogh, né le 30 mars 1853 à Groot-Zundert (Pays-Bas) et mort le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise, peintre et dessinateur néerlandais. Son œuvre pleine de naturalisme, inspirée par l'impressionnisme et le pointillisme, annonce le fauvisme et l'expressionnisme.
Vincent Van Gogh grandit au sein d'une famille de l'ancienne bourgeoisie. Il tente d'abord de faire carrière comme marchand d'art chez Goupil & Cie. Mais, refusant de voir l'art comme une marchandise, il est licencié. Il aspire alors à devenir pasteur, mais il échoue aux examens de théologie. À l'approche de 1880, il se tourne vers la peinture. Pendant ces années, il quitte les Pays-Bas pour la Belgique, puis s'établit en France. Autodidacte, il prend néanmoins des cours de peinture. Homme passionné, il ne cesse d'enrichir sa culture picturale : il analyse le travail des peintres de l'époque, il visite les musées et les galeries d'art, il échange des idées avec ses amis peintres, il étudie les estampes japonaises, les gravures anglaises, etc... Sa peinture reflète ses recherches et l'étendue de ses connaissances artistiques. Toutefois, sa vie est parsemée de crises qui révèlent son instabilité mentale. L'une d'elles provoque son suicide, à l'âge de 37 ans.
Son abondante correspondance permet de mieux le comprendre. Elle est constituée de plus de huit cents lettres écrites à sa famille et à ses amis, dont six cent cinquante-deux envoyées à son frère Théodorus dit Théo, avec qui il entretient une relation soutenue aussi bien sur le plan personnel que professionnel.

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Théo Van Gogh (1857-1891)

Son oeuvre est composée de plus de deux mille toiles et dessins datant principalement des années 1880. Elle fait écho au milieu artistique européen de la fin du XIXe siècle. Il est cependant influencé par ses amis peintres, notamment Anthon van Rappard, néerlandais comme lui, Emile Bernard, et Paul Gauguin. Il échange aussi des points de vue avec son frère Théo qui est un marchand d'art connu. Il admire Jean-François Millet et Rembrandt Harmenszoon van Rijn, habituellement désigné sous son seul prénom de Rembrandt. 

Début 1888, Vincent Van Gogh quitte Paris pour Arles, en quête de cette lumière du Midi que lui avait vantée Henri de Toulouse-Lautrec, convaincu qu'elle ressemblait à celle des estampes japonaises qu'il admirait tant. "Je crois que tout l'avenir de l'art nouveau se trouve dans le Midi" écrit-il alors à son frère. Outre le ciel d'azur tranchant et l'air d'une clarté absolue, les yeux du peintre s'enivrent des fruitiers en fleurs, des lauriers-roses, de la terre violette, de l'argent des oliviers, du vert profond des cyprès. Ce sont ces couleurs qui le marquent, plus que les beautés architecturales qu'ont laissé les Romains dans toute la ville, ou les traces d'une riche époque gothique. Aussi intense que la lumière, une fiévreuse inspiration le pousse à exécuter des centaines de dessins et de toiles durant les quinze mois de son séjour arlésien, dont les plus célèbres de ses oeuvres. La tentation est grande alors de se mettre sur ses pas pour retrouver les lieux qui ont fait la renommée de l'artiste autant que celle de la ville. Même si certains lieux précis ont disparu, des panneaux signalent les endroits où Van Gogh a posé son chevalet. Sur la place du Forum d'Arles, on retrouvera le Café le soir, flaque de lueur jaune attirant immanquablement le regard, et non loin les Arènes. Au bord du Rhône on reconnaîtra l'Escalier du pont de Trinquetaille et, le soir venu, la Nuit étoilée. Place Lamartine était la Maison jaune où logeait Vincent Van Gogh, malheureusement bombardée en 1944. Mais la chambre qu'il occupait a été reconstituée dans un bâtiment souvenir au rond-point des Arènes. Le Vieux Moulin, ensuite, rue Mireille, le Jardin public, boulevard des Lices, le magnifique Jardin de la maison de santé où Vincent Van Gogh fut interné après s'être coupé le lobe de l'oreille*, devenue bibliothèque. Et pour terminer ce périple hommage, aux abords de la cité, les fameux Alyscamps, avenue de tombeaux romains, que Gauguin vint représenter aussi aux côtés de son ami, motif toujours existant comme le Pont de Langlois aux lavandières.

 van-gogh-saint-remy

* Explication : Le 23 décembre 1888 dans leur atelier d'Arles, Vincent Van Gogh a tenté de blesser Paul Gauguin avant de se couper le lobe de l'oreille avec une lame de rasoir. Rapidement rétabli, Van Gogh peint son autoportrait, l’oreille blessée étant pansée par un bandage qui lui entourait le visage. Pour Gauguin, cette nouvelle crise de folie marque la fin de la collaboration des deux peintres dans leur "atelier du Midi" installé à Arles.

Sources : Wikipédia l'encyclopédie libre et le Site Avignon et Provence.com

 Les tournesols

Nota : Actuellement, une exposition aux Carrières de Lumière aux Baux de Provence présente "Van Gogh, La nuit étoilée" visible du 1er mars 2019 au 5 janvier 2020. Une déambulation dans les plus grands chefs-d’oeuvre de Vincent Van Gogh !

Les Carrières de Lumières mettent à l'honneur les oeuvres de Vincent van Gogh (1853-1890) qui peignit pendant les dix dernières années de sa vie plus de 2000 tableaux, aujourd’hui dispersés à travers le monde. Sur les 7000 m² des Carrières, cette nouvelle création visuelle et sonore retrace la vie intense de l’artiste fasciné par les teintes chaudes et colorées de la Provence. Les nuages, soleils et portraits des plus grands chefs-d’oeuvre de Van Gogh s’animent sur des murs de plus 15 mètres de haut et révèlent le style si singulier de l’artiste. L’exposition évoque le monde intérieur à la fois démesuré, chaotique et poétique de Van Gogh à travers ses toiles les plus emblématiques, de la Nuit étoilée (1889) aux Tournesols (1888) en passant par sa célèbre Chambre à coucher peinte à Arles en 1889.  À travers un parcours thématique, découvrez l’immense production de Van Gogh qui évolue au fil des ans. Le soleil de Provence, qui a révolutionné sa manière de peindre, illumine l’espace gigantesque des Carrières. Les coups de brosse expressifs et les couleurs audacieuses se révèlent sur les murs des Carrières, soulignant un dialogue permanent entre l’ombre et la lumière.

Parcourez les différentes étapes de sa vie et voyagez au coeur de ses oeuvres de jeunesse jusqu’à ses paysages ensoleillés et ses nocturnes du Sud qui ont révélé l’artiste que nous connaissons aujourd’hui. Cliquez sur le lien ci-dessous pour accéder à la vidéo.

La nuit étoilée

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Tombes de Vincent et Théo Van Gogh à Auvers-sur-Oise (Photo Wikipédia)

 

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28 mars 2019

Les mégalithes du Var (2)

 


Menhirs des Terriers

Les menhirs des Terriers (Photo Wikipédia)

Les menhirs des Terriers aux Arcs-sur-Argens, un regroupement exceptionnel

Si l'on connaît de mieux en mieux le fonctionnement de ces monuments funéraires que sont les dolmens grâce aux fouilles entreprises sur des sites récemment découverts (par exemple, le dolmen de l'Ubac, à Goult dans le Vaucluse, révélé en 1994 par la crue du Calavon), le rôle des pierres dites plantées ou levées reste en revanche mal compris. L'inventeur du site des Terriers, Franck Dugas, se souvient encore : "En 1991, je réalisais en collaboration avec le Centre Archéologique du Var, des repérages pour établir la carte des sites archéologiques de la commune. C'est au cours d'une visite de prospection que j'ai vu une pierre anormalement plantée dans cette forêt complètement embroussaillée. Après avoir contacté le Centre archéologique, un de ses membres, Philippe Hameau, a rapidement pu constater que c'était un menhir". Le site s'est avéré être de la plus haute importance : les prospections complémentaires puis les sondages archéologiques ont révélé une autre pierre dressée et sept autres pierres travaillées par bouchardage*, dont 4 étaient totalement enfouies. Par ailleurs, un petit récipient de terre cuite a été retrouvé brisé au pied de l'un d'eux, permettant la datation néolithique du site sans pouvoir malheureusement la préciser au sein de la période. Les monolithes sont en gneiss ; leur longueur oscille entre 1.75 m à 3.60 m. Ils ont été réimplantés au plus près de leur point de découverte. Il s'agit donc du seul groupement de menhirs connu en Provence. Aujourd'hui mis en valeur par la commune des Arcs-sur-Argens, il est le point d'orgue d'une boucle de randonnée familiale et sportive de 11 km, réalisable en 4h40.

* Bouchardage : Le bouchardage désigne la technique qui consiste, à l'aide de la boucharde, d'un outil équivalent ou de machines, à frapper à petits coups la surface qu'on veut modifier, pour en détacher peu à peu de la poussière ou de menus éclats. La boucharde est un marteau à une ou deux têtes interchangeables en acier, composées chacune d’un damier de pointes pyramidales dites en "pointe-de-diamant". Pour s'en servir, l'ouvrier frappe du plat de ses têtes les parements dégrossis à la pioche de manière à en détacher les aspérités. 

Dolmen de Gaoutarby

Le dolmen de Gaoutabry (Photo Wikipédia)

Dolmen de Gaoutarby

Le dolmen de Gaoutabry - Couloir, antichambre et chambre (Photo Wikipédia)

Le dolmen de Gaoutabry à la Londe-les-Maures, le plus grand

Edifié au centre d'un tumulus, la chambre funéraire mesure 6.50 m de long sur 1.50 m de large, occupant près de 10 m2 : c'est le plus grand dolmen du Var. Le dolmen de Gaoutabry est une tombe collective : elle contenait des ossements humains calcinés appartenant à 34 individus au moins, accompagnés d'offrandes (poteries, outils en silex, perles). Construit avec de grandes dalles de schiste, il présente une chambre avec antichambre, de forme rectangulaire allongée. L'orientation symbolique de son entrée dans l'axe du soleil couchant au solstice d'hiver n'est pas un hasard. Implanté à environ 4 km au nord du village, à 198 m d'altitude sur un replat en crête d'une colline, il a été découvert en 1876 et fouillé à plusieurs reprises. Les spécialistes pensent que du fait de l'acidité du sol et des pertes causées lors des premières fouilles, ce riche mobilier n'est qu'un pâle reflet de celui que devait renfermer la tombe à l'origine. Inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1988, il reste un édifice fragile, qui a déjà fait l'objet de plusieurs restaurations. Le monument est vide du matériel découvert lors des fouilles, exposé au musée Archéologique de Saint-Raphaël.

Source : Magazine "Le Var" édité par le Conseil départemental du Var - N°6 Hiver 2018-2019. 

Le dolmen de la Pierre de la Fée à Draguignan
Etant donné que j'avais déjà fait un article à son sujet, je vous mets le lien pour aller le lire ou le relire.
La Pierre de la Fée à Draguignan, le dolmen et la légende - Passion Provence

Le dolmen de la Pierre de la fée à Draguignan est situé sur la route de Montferrat. Il est constitué par trois dalles verticales de 2,20 à 2,40 mètres de haut, soutenant une table de plus de 5 mètres de longueur pour un poids avoisinant les 20 tonnes.

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22 mars 2019

Les mégalithes du Var (1)

 

Menhirs des Terriers

 Les menhirs des Terriers (Photo site fracademic.com)

Les mégalithes constituent la plus ancienne architecture de pierre connue en Europe occidantale. Le Var est le département de la région Sud qui compte le plus de sites mégalithiques. Monuments funéraires ou cultuels construits au Néolithique, ils sont, pour la plupart, encore bien conservés et valorisés à travers 27 itinéraires de découverte.

Pour le préhistorien français, "dolmen" désigne un monument abritant une sépulture collective, "menhir" une pierre levée à des fins cultuelles. Le phénomène mégalithique s'inscrit au coeur de la période néolithique (- 6000/-2300), qui voit la maîtrise progressive de l'agriculture, de l'élevage, de la poterie ainsi que l'apparition de communautés villageoises. Ces groupements de maisons, le plus souvent de bois et de terre, étaient parfois protégés par de grands fossés palissadés. Si les premières tombes mégalithiques ont été établies sur la façade atlantique à le fin du Ve millénaire, c'est vers 3500 avant notre ère que le mégalithisme s'épanouit dans le Var, comme dans toutes la France méditerranéenne, où l'inhumation collective se pratique également dans des cavités naturelles ou des cavités creusées de main d'homme (hypogées). Si de multiples types architecturaux ont été décrits dès le XIXe siècle, on retiendra que la tombe mégalithique possède trois caractères principaux : une chambre funéraire utilisant de grandes dalles rocheuses, un tertre de pierre ou de terre (très souvent érodé et disparu au fil du temps) recouvrant et protégeant la chambre, et une entrée permettant d'y pratiquer des inhumations successives. Le fait d'ériger de grandes pierres reste, quant à lui, un phénomène encore mal étudié, sans doute dû à l'aspect peu élaboré de la plupart de ces monolithes. Seuls les exemplaires gravés ou sculptés des Causses rouergats et cévenols (statues-menhirs) ont véritablement capté l'attention jusqu'à présent. 

Dolmen de Marenq-Ampus

Dolmen de Marenq à Ampus (Photo Wikipédia)

Dans le Var, 65 dolmens et 24 menhirs sont été recensés à ce jour. 16 d'entre-eux sont protégés au titre de la législation sur les Monuments hiostoriques. En raison de leur taille imposante (3.15 m et 2.82 m), soit les plus grands du départements, les menhirs "jumeaux" de la ferme Lambert à Collobrières sont les plus remarquables. Le site des Terriers, aux Arcs-sur-Argens, constitue un cas pour le moment unique de 9 petits menhirs groupés. La plupart des dolmens varois sont des dolmens simples, à petite chambre sépulcrale carrée constituée de dalles parfois associées à des murets en pierres sèches. On y accédait par un couloir orienté à l'ouest, l'accès à la chambre étant bien matérialisé pr une dalle de seuil et deux piliers. Là, les morts étaient posés, puis recouverts de terre ou de pierres. A chaque nouvel apport, les ossements étaient soit poussés sur les côtés, soit recouverts de blocs de pierre. Dans certains monuments, jusqu'à quatre niveaux d'inhumations ont été retrouvés. Certaines chambres funéraires étaient coiffées d'une dalle, comme celles de la Pierre de la Fée à Draguignan, la Gastée à Cabasse, les Adrets à Brignoles, ou peut-être recouvertes de bois, comme celle de Gaoutabry à La Londes-les-Maures. Ce dernier dolmen, situé dans le massif des Maures, est l'illustration d'un type architectural différent et peu représenté, dit "à chambre allongée". 

Dolmen de la Gastée à Cabasse

Dolmen de la Gastée à Cabasse (Photo Wikipédia)

En Provence, les matériaux utilisées pour l'édification des mégalithes sont toujours d'origine locale. Il s'agit essentiellement de calcaire, parfois de schiste ou de grès, des roches faciles à tailler. Même si ces matériaux sont prélevés sur place, il demeure qu'avec la mise en jeu de pierres pesant de 300 kg à une tonne, "la construction d'un mégalithe était une opération d'envergure, qui témoigne à coup sûr de l'organisation et de la cohésion sociale des communautés néolithiques. La mobilisation d'un grand nombre d'individus implique tout à la fois une autorité de coordination, d'entente entre groupes ou villages voisins, de spécialistes pour la préparation et la gestion de l'apprivisonnement des matériaux et pour l'intendance pendant la durée des opérations", expliquent Hélène Barge et Eric Mahieu dans leur ouvrage les Mégalithes du Var.

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, une cinquantaine de dolmens et une vingtaine de menhirs ont été découverts et fouillés dans le Var. Pour autant, il faudra attendre les fouilles entreprises à partir de 1950 pour les étudier plus précisément. Afin de les protéger et de les valoriser, une charte a été signée à la fin des années 90 entre le Département et l'Etat. Ainsi, quinze dolmens ont pu être restaurés.

Source : Magazine "Le Var" édité par le Conseil départemental du Var - N°6 Hiver 2018-2019. 

Mons dolmen de la colle

 Dolmen de la Colle à Mons (photo Wikipédia)

A suivre : Complément d'article sur Les menhirs des Terriers aux Arcs-sur-Argens, Le dolmen de Gaoutabry à la Londe-les-Maures, Le dolmen de la Pierre de la Fée à Draguignan. Avec un reportage sur les mégalithes du Var en vidéo.

 

16 mars 2019

Le cloître de la cathédrale Saint-Léonce à Fréjus

 

 

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Maquette du groupe épiscopal (Photo Nadine)

Erigé en pierres taillées dans les grès polychromes de l'Estérel ou prélevées sur les monuments antiques de la cité, le cloître fait partie d'un groupe épiscopal construit à partir du Ve siècle. La cathédrale Saint-Léonce et l'église Saint-Etienne, le baptistère et le cloître forment un ensemble dont l'existence est liée à la présence à Fréjus, d'une importante communauté chrétienne. Dès le Xe siècle, une assemblée de chanoines entoure l'évêque de Fréjus. Ce sont des ecclésiastiques au service de la cathédrale et de l'évêché. Ils vivent en collège, comme des moines. Ils fréquentent quotidiennement la cathédrale Saint-Léonce qui, au Moyen-Âge, était beaucoup moins grande qu'aujourd'hui. L'étroitesse de ce lieu de culte, alors qu'il faut y accueillir de plus en plus de chrétiens, pousse le clergé à faire bâtir, accolée à la cathédrale, une seconde église. Baptisée Saint-Etienne, elle est construite au XIe siècle.

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Le cloître avec son jardin central et sa citerne (Photo Nadine)

Deux siècles plus tard, le cloître vient compléter l'ensemble des bâtiments canoniaux. Au coeur de la vie médiévale, il ne faut pas imaginer ce cloître comme un lieu clos, de retraite, où le silence est roi. Au contraire, c'est un espace de rencontres, de discussions, passage imposé à tous les fidèles qui souhaitent se rendre au culte. De la maison du prêvot, le plus âgé des chanoines, à l'église paroissiale, hommes, femmes et enfants traversent le cloître. Les chanoines le veulent majestueux, symbole de leur prestige et de leur richesse. Issus de familles nobles, ces religieux entrent dans la communauté avec une dot dont ils gardent l'usufruit. Cela participe à l'abondance du chapitre qui organise une fois par semaine des aumônes pour les nécessiteux. Remarquable dès l'origine, le cloître de la cathédrale Saint-Léonce de Fréjus se pare de nouveaux atours au fil des siècles : une galerie haute, puis un plafond en bois et enfin des peintures décoratives. En 1316, Jacques Duèse, ancien évêque de Fréjus, devient le deuxième pape d'Avignon sous le nom de Jean XXII. Les liens entre Avignon et Fréjus, sont alors privilégiés. De grands travaux sont lancés. Il s'agit, pour les chanoines, de montrer la richesse de leur chapitre à la papauté.

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Ces trois photos pour vous montrer les planchettes peintes (Photos Nadine)

L'étage du cloître, déjà existant, est complété par de belles galeries d'apparats. Sa voûte en pierre est supprimée et remplacée par un plafond en bois de mélèze, choisi pour sa résistance. De chaque côté de la galerie, les boiseries sont placées en encorbellement sur trois rangées. Entre les solives de plancher, pièces de charpentes reposant sur les poutres, des rangées de planchettes sont disposées. Elles sont peintes avant d'être assemblées pour former un plafond unique. Préalablement à leur découpe, puis leur pose, les planches de bois sont recouvertes d'une couche de peinture bleue ou rouge. Sur ce fond uniforme, les peintres réalisent d'abord trois sortes d'encadrement : rectangulaire, rond ou en médaillon formé par un polygone étoilé. A l'intérieur de ces cadres, ces artistes laissent vagabonder leur imagination. On ne sait rien de ces anonymes qui peignirent ces plafonds. Seules les 300 oeuvres conservées aujourd'hui, sur le 1 200 à l'origine, témoignent de leur talent. Il s'exprime grâce à des couleurs vives, aux tons plutôt chauds. Obtenues à partir de pigment naturels mélangés à de l'eau et de l'oeuf, elles permettent la création de scénettes soignées qui vraissemblablement se répondaient, formant un ensemble cohérent. Certaines ayant été déplacées, d'autres effacées, il est inutile aujourd'hui de chercher un sens dans la succession des peintures. Par contre, les types de représentations sont encore bien identifiables, classés en trois catégories : scènes de vie quotidienne, monstres et sujets religieux. 

Pour les observer, il faut lever les yeux et s'attarder dans les galeries du cloître, notamment à l'est, là où les représentations ont bien été conservées. L'observation du plafond donne à voir le quotidien des femmes et des hommes du Moyen-Age. On aperçoit un homme à la pêche, une femme admirant sa chevelure ou encore des scènes de vie joyeuses, avec des personnages qui dansent et jouent de la musique. Les religieux sont représentés célèbrant l'office, dans de beaux apparats, mais aussi de manière plus simple, se baladant dans le cloître. Beaucoup de portraits, et notamment de chanoines, ornent les allées. Des anges et des démons complètent les représentations à connotation religieuse. "On ne connaît pas le sens iconographique de ces peintures mais on sait qu'elles étaient destinées à faire peur", explique Margareth Pavoni, guide conférencière. "Le XIVe siècle est une époque encore sombre. Vices, passions et peurs sont concentrés ici". Parmi les représentations effrayantes, de nombreuses créatures interpellent. Il y a, par exemple, cette femme sortant du nez d'un poisson à l'arrière-train d'un lion. Animaux à tête humaine et inversement, monstres et hybrides habillent plus de la moitié des planchettes conservées. Ils côtoient aussi des représentations d'animaux domestiques ou sauvages. Entre réel et imaginaire, les plafonds peints du cloître de la cathédrale de Fréjus, plus de 600 ans après leur création, invitent toujours à la contemplation.

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Le clocher (Photo Nadine)

Nota : Après la Révolution, le cloître est vendu. Plusieurs particuliers se portent acquéreurs et construisent des maisons en lieu et place des galeries. Le rez-de-chaussée servait de poulailler et de remise agricole. En 1862, le groupe épiscopal dans son ensemble est classé à l'inventaire des Monuments historiques. Cela comprend le cloître malgré son état très dégradé à l'époque. Dès 1920, Jules Formigé, architecte des Monuments historiques, entreprend la restauration du cloître et de l'ensemble cathédral. Elle durera jusqu'en 1932.

Source : Magazine "Le Var" - édité par le Conseil départemental du Var - N°6 Hiver 2018-2019. 

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Plan de la cathédrale (Photo Nadine)

 

10 mars 2019

Le château de la Verdière, le plus vaste château privé de Provence

 

Château de la Verdière 1

 Cela commence comme un conte de fée. Il était une fois, en Provence, un immense château, dont le seul et dernier occupant était un très vieux marquis sans descendance. Il avait pour nom Palamède de Forbin d'Oppède (1816-1900), dernier descendant d'une illustre famille de la noblesse provençale. Dans ce lieu hors du temps où des générations d'ancêtres avaient construit, vécu, pensé et aimé, il condamnait une par une les pièces de son château, contraint et forcé par la pluie qui à la moindre averse s'infiltrait à travers les plafonds craquelés et les fenêtres brisées. Dans les intérieurs, les tissus usés, les papiers-peints fanés, les décors de gypseries délités, les meubles entassés et les portraits éteints s'endormaient dans un triste sommeil pour ne plus jamais se réveiller. Le grand escalier, transformé en torrent par des années d'intempéries, semblait encore conduire vers le parc où même les allées empierrées et les délicates broderies de buis se mêlaient à la broussaille. Mille ans d'Histoire s'étiolaient ainsi lentement mais sûrement, sans que quiconque ne puisse agir. Puis, plusieurs années après la mort du marquis, alors que personne n'osait reprendre ce lieu dévasté où les travaux s'annonçaient titanesques, des passionnés s'attelèrent à la restauration minutieuse de ce fleuron du XVIIIs siècle. Entrez donc, et prêtez l'oreille au froufrou soyeux des robes et au clapotis mélodieux des bassins. Un château se réveille, laissez-vous guider par ses parfums oubliés...

Un brin d'Histoire

Attesté dès 980 dans les actes de propriété de la puissante famille de Castellane, le château de la Verdière fut probablement construit à l'emplacement d'un ancien castrum antique, ce qui lui a valu au Moyen-Âge d'être une forteresse stratégique contrôlant la route qui reliait deux cités provençales de premier plan : Arles et Castellane. Après plusieurs siècles entre les mains de la prestigieuse famille de Vintimille, le château et ses domaines retournent dans le giron des Castellane et passe par mariage à la célèbre famille de Forbin, à qui l'on doit en grande partie le rattachement de la Provence au Royaume de France. Cette alliance permettra ainsi aux Forbin d'Oppède de se fixer à la Verdière et de transformer le château fortifié en une demeure de plaisance dès le XVIIe siècle. C'est toutefois au XVIIIe siècle que Louis-Roch de Forbin, ancien militaire de carrière, se retire dans le château de ses ancêtres et opère des remaniements tels que le château se métamorphose en une somptueuse demeure d'apparat ornée de fastueuses gypseries qui sont considérées comme les plus belles de Provence. Profondément mutilés et pillés pendant la tourmente révolutionnaire, le château et son domaine sont cependant remis en état par les Forbin dont le rayonnement survivra à ce tragique épisode. Le XXe siècle n'empêchera pourtant pas leur extinction, et plongera le château dans une période d'abandon aussi dommageable qu'irréversible, le château ruiné prenant l'eau et l'humidité de toutes parts. Acheté, il y a plus de dix ans par ses actuels propriétaires : les Champavère, le château de la Verdière a retrouvé, après des campagnes de travaux et de restauration des plus poussées, ses fastes et ses splendeurs d'antan.

Château de la Verdière 2

Château de la Verdière 3

Découvrir le château

Le château de la Verdière s'étend sur une superficie de 5 000 m2 et compte 120 pièces. Il a été classé monument historique en 1986. Aujourd'hui, visiter le plus vaste château privé de Provence, c'est découvrir des enfilades de salons meublés qui ont conservé leurs magnifiques décors de gypseries et qui gardent encore l'empreinte d'un art de vivre noble et raffiné. Ses principaux attraits sont :

- Une salle de bal de 25 mètres de long qui abrite de nos jours une exceptionnelle série de tapisseries du XVIIe siècle consacrées à Diane chasseresse.

- Un escalier d'honneur à l'italienne ayant conservé ses peintures en trompe l'oeil, desservant une impressionnante terrasse d'où l'on jouit d'une vue admirable sur toute la région.

- Deux salons d'apparat entièrement meublés, dotés pour l'un d'un mobilier français et italien des XVIIe et XVIIIe siècles, pour l'autre d'un rare papier peint panoramique de la Manufacure Zuber où les cinq continents se confondent.

- La salle à manger et son vaisselier monumental.

- La chambre dite de l'évêque avec son mobilier provençal et son lit à la turque du XVIIIe siècle.

- Le cabinet d'hygiène d'époque Louis XV et sa garde-robe.

- La suite d'été meublée, entièrement ornée de chinoiseries inspirées des célèbres gravures de François Boucher.

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  Source : Dépliant touristique présentant le Château de la Verdière.

Si vous voulez lire ou relire un premier article sur le Château de la Verdière publié le 19.10.2016, le lien est dessous.

La Verdière et son château - Passion Provence

La Verdière a été occupée dès l'Antiquité étant donné les enjeux stratégiques et économiques que son site présentait. Le château, construit sur un ancien castrum, et la colline Notre Dame de la Salette, ancien oppidum pré-romain, sont les premières traces de cette occupation antique.

 

06 mars 2019

Le fil, du cocon au tissu

Décoconage

Le décoconnage se faisait en famille ou avec les voisins

La récolte des cocons

Le "décoconnage" désigne la récolte des cocons avant que le chrysalide ne devienne papillon. Les cocons sont débarrassés de leur bourre ou blaze (fils courts tissés par le ver pour attacher le cocon à son support) à l'aide d'une débaveuse. Les cocons destinés à la filature sont placés dans un étouffoir où ils sont étuvés pendant 10 heures à 70°C. 

Le filage de la soie grège

Les cocons sont ensuite placés dans une bassine d'eau chauffée à environ 90°C, où ils sont battus à l'aide de brosses de chiendent ou de bruyère. L'eau chaude dissout en partie le grès qui soude les fils de soie, et le battage permet d'accrocher l'extrémité du fil qui compose le cocon. Plusieurs cocons sont dévidés simultanément (4 à 8 suivant la finesse souhaitée) et les fils chauds se soudent ensemble pour former un fil plus important, propre à être tissé. Quand le fil d'un cocon casse ou que le cocon est entièrement dévidé, on noue à son extrémité le fil d'un autre cocon, de façon à assurer la continuité du dévidage. Le fil ainsi formé reçoit une légère torsion qui facilite l'agrégation des fils puis est enroulé sur un dévidoir pour former une flotte (écheveau) de soie grège. Les flottes subissent ensuite le moulinage retordage, étape qui assemble plusieurs fils en leur donnant une torsion, une grosseur, un aspect et un toucher spécifique en fonction de leur utilisation future (trame, organsin, crêpe, ovalée, grenadine, cordonnet).

Note : Un cocon donne en moyenne 1 kilomètre de fil ou "soie tirée", 2 km au maximum. Il faut 6 kilos de cocons pour obtenir 1 kilo de soie.

L'usage des cocons percés

Les cocons percés, la bourre récupérée sur les débaveuses, ainsi que les résidus de filage constituent la "schappe" et sont filés mécaniquement. La schappe doit subir le décreusage avant d'être étirée sous forme de nappe puis peignée de façon à ne conserver que les fibres les plus longues. Celles-ci seront assemblées sous forme de mèche, "cardasse" ou "soie fleuret", destinés à la confection de la bonneterie. Ces fils ne peuvent rivaliser en qualité et régularité avec les soies tirées. Les fibres courtes éliminées lors du peignage sont utilisées pour la confection de la "bourrette".

Filature Garnier

Intérieur de la filature de soie Edouard Garnier.

Mon arrière-grand-mère : Thérèse Bertrand épouse Vincent y a travaillé, ses filles Marie-Louise Vincent (ma grand-mère) épouse Rambaud et Irène Vincent épouse Boulon y ont travaillé aussi. Sans oublier mon grand-père : Louis Rambaud.

Les étapes qui suivent constituent l'ennoblissement de la soie avant sa commercialisation.

Le décreusage

Cette étape consiste à débarrasser le fil de son grès par dissolution en trempant les flottes dans un bain d'eau savonneuse à 90°C. Les flottes sont ensuite rincées à l'eau chaude puis froide. Le grès est responsable de la couleur écrue et de l'aspect opaque et rêche de la soie grège. Par décreusage on obtient une soie souple, lisse et blanc brillant, dite soie "cuite", "mi-cuite ou "souple" selon le dégré de traitement.

Le greffage chimique

Lors du décreusage, la soie perd environ 30% de son poids. Pour compenser cette perte, la soie étant vendue au poids, il est courant de "charger" la soie avec des sels d'étain notamment. Ce greffage chimique, pratiqué à partir du XIXe siècle, pose des problèmes en terme de conservation dans les musées. En effet, l'oxydation des sels provoque à la longue des coupures dans le tissu, rendant sa destruction irrémédiable. Ainsi, paradoxalement, les soies plus anciennes sont beaucoup plus faciles à conserver.

La teinture

Jusqu'au XXe siècle s'effectuait en flotte : teinture "en fil". les progrès techiniques ont rendu ensuite la teinture des pièces de soie tissée possible : teinture "en pièce". Les soies de qualité sont encore aujourd'hui teintes en flottes. Les flottes maintenues sur des bâtons de bois étaient plongées dans des cuves en cuivre qui étaient chauffées sur des foyers La rotation des flottes permettait d'obtenir une teinture régulière. De nos jours, les flottes sont teintes dans des cuves fermées assurant un brassage automatique. La température des bains de teinture ne pouvant pas dépasser 35°C, le "Grand Teint" n'existe pas pour la soie. Il est possible de teindre la soie tissée par impression : des colorants sont appliqués sur la soie à l'aide de planches gravées d'un certain motif, ou à l'aide de rouleaux mécaniques gravés.

L'apprêt

Suite à la teinture ou au tissage des fils colorés, la soie est apprêtée par l'application d'un apprêt chimique suivie d'une opération mécanique : lustrage, glaçage, gauffrage, moirage... Le but est de donner au tissu l'aspect et le touché recherché, sans altérer les qualités intrinsèques de la soie.

Source : Plaquette éditée par le Musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan.

Ver à soie

Si vous voulez lire l'article paru dans mon autre blog et intitulé : L'histoire de la soie, la filature de soie de Trans, le lien est dessous.

L'histoire de la soie, la filature de soie de Trans - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Le cocon du ver à soie se compose de deux enveloppes : l'une extérieure qui consiste en une sorte de gaze très lâche, l'autre intérieure qui est formée d'un tissu très serré. Cette dernière est le cocon proprement dit et fournit seul un fil de grande valeur ; l'autre, à cause de son irrégularité, ne peut être dévidée et ne donne qu'une soie propre à être cardée.
http://www.transenprovence.info

 

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