Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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04 juillet 2020

La véritable et dramatique histoire des crétins des Alpes

Les crétins des Alpes

Au XVIIIème siècle, les quelques voyageurs qui s'aventuraient dans les vallées alpestres rapportaient à la fois des souvenirs grandioses et des visions inquiétantes : celles des crétins et des goitreux des Alpes. De pauvres hères qui ont subi un terrible dysfonctionnement de la thyroïde en raison du manque d'iode dans ces terres reculées. Ces simplets difformes deviennent ainsi des êtres insolites et pittoresques, que l'on cherche presque à croiser au bord du chemin, comme l'ours au fond des forêts…

"Les imbéciles, qu'on appelle crétins, sont en grand nombre, explique ainsi Thomas Martyn dans son "Guide du voyageur en Suisse", publié en 1788, en évoquant le Valais. Ici, les goitres ou encore les cous enflés commencent également à être communs. Leur corps ressemble à celui d'un nain, la physionomie est difforme et sombre, et l'esprit est dépourvu de toutes ses facultés. Il ne reste dans quelques-uns qu'un mouvement lourd et pesant, avec une grimace qui ne signifie rien ou qui montre seulement que le crétin est un simple animal vivant." Certains iront même les placer en dessous de l'animal, c'est dire la considération qu'on avait pour ces malades !

Carte_France_cretinisme_Larousse_1923_web

Vers 1850, en France, on recense environ 20 000 crétins et 100 000 goitreux dans les régions montagneuses, notamment autour des massifs des Alpes (Hautes et Basses-Alpes) et des Pyrénées, soit vingt-quatre départements touchés, ce qui est loin d'être négligeable. "Le crétin est de petite taille et son infantilisme se poursuit longtemps, détaille un médecin de l'époque dans sa thèse. Le front est bas, le faciès souvent ridé, la mimique inexpressive. Quant à l'état mental, il va de l'idiotie jusqu'à l'arriération simple, suivant les cas." Car la Faculté de Médecine commence fort heureusement à s'intéresser au sujet : des études sont lancées, des experts décortiquent les causes et les symptômes. Tout y passe, on met en cause les miasmes d'altitude, la toxicité géologique, la qualité des eaux, la consanguinité des familles… Quelques médecins pionniers, notamment suisses, pointent du doigt le déficit d'iode dès le premier quart du XIXème siècle, mais ne seront guère écoutés, hélas.

"L'histoire du crétinisme et de son éradication est celle d'un retard, estime l'historien Antoine de Baecque. Celui d'une recherche médicale qui, par ses hésitations, ses disputes, ses certitudes aveugles et ses susceptibilités mal placées, a sacrifié à sa prudence et à ses dissensions, trois générations de crétins." Soit environ 50 000 hommes, femmes et enfants entre 1830 et 1900, tous victimes de handicaps qui auraient pu leur être évités.

Couple de crétins des Alpes

 

Pendant des années, ces malheureux sont cachés, dans les familles ou les asiles, les villages faisant souvent oeuvre de charité en leur trouvant de simples emplois agricoles. Certains aliénistes prônent un début de suivi, une forme de rééducation dans des centres adéquats, notamment en Suisse, mais qui sont cependant peu nombreux. On tente des expériences innovantes, comme cette fameuse chorale de la Salpêtrière, ou des crétines sont mélangées à d'autres patientes pour interpréter quelques oeuvres en public, et souvent avec brio. L'idée est d'occuper ces malheureuses avec un emploi du temps précis : dessin, musique, répétitions, promenades, le tout rythmé par des prières et des cantiques, l'Église prenant part à la "sainte croisade contre le mal". En marge de cette prise en charge, d'autres pratiques bien plus discutables sont menées comme des opérations d'ablation de goitre ou des études scientifiques variées faisant du crétin un cobaye, un sujet d'expériences d'autant plus faciles à réaliser que les familles s'en détournent. Cependant, il faut attendre le début du XXème siècle pour que l'on songe enfin à s'attaquer aux racines du mal par une prophylaxie adaptée. Encore une fois, l'initiative viendra de la Suisse, où, dès 1922, on commence enfin à distribuer du sel de cuisine iodé à la population, ainsi que des pastilles spécialement préparées pour les enfants. En quelques années, la diminution du crétinisme et la forte réduction des goitres sont sidérantes : tous les pays limitrophes adoptent la solution sanitaire. Les crétins des Alpes disparaissaissent rapidement, ne devenant plus qu'une insulte, passée désormais à la postérité.

Source : D'après un article paru dans le magazine Le Point en septembre 2018.

L’iode, le crétin et les "Basses Alpes"…

Cretin-des-alpes-Tintin

"Crétin des Alpes !" L’insulte a le charme intemporel d’un juron du capitaine Haddock. Ce quolibet a longtemps visé les habitants des Basses Alpes (devenues Alpes-de-Haute-Provence). Dans les montagnes sévissait le crétinisme. C’est une pathologie qui résulte d’un déficit en hormones thyroïdiennes. Elle est engendrée par un manque d’iode. En effet, cet oligo-élément est vital pour l’organisme humain. Il s’agit d’un des micronutriments les plus abondants dans l’eau de mer. Mais il y en a très peu dans le sol des pays éloignés de la mer. Une carence qui peut causer de graves problèmes mentaux et physiques, dès les premiers stades du développement embryonnaire. Le crétinisme provoqué par cette quasi absence d’iode a longtemps terni la réputation des populations alpines. Ce mal d’un autre siècle a été très répandu jusqu’au XIXème siècle. Lors de la traversée des Alpes, Napoléon le constata et pris comme décision de dénombrer les crétins ; principalement parce qu’il y avait peu d’hommes de cette zone qui s’engageaient dans ses armées. 

Un goitreux

Un goitreux

Quelques explications

L'anchoi, ce petit poisson bleuté d’une vingtaine de centimètres vit dans les eaux côtières de l’Atlantique Nord-Est, de la mer du Nord et de la Méditerranée. En France, on travaille l’anchois depuis le Moyen-âge, notamment dans le Sud. Ce poisson gras est doté de nombreux bénéfices pour la santé. Riche en protéines d’une haute valeur biologique, il constitue une bonne source d’acides gras monoinsaturés et polyinsaturés, très favorables au système cardiovasculaire. Sa chair offre d’intéressantes concentrations en minéraux et oligo-éléments, notamment en iode, phosphore, potassium et fer. Elle a également d’excellentes teneurs en vitamines (A, provitamine A, D et du groupe B).

Atrophiés des haute montagnes

Les Alpes - Atrophiés des hautes montagnes

La légende régionale 

Au XIXème siècle, la médecine comprends mieux les causes de cette pathologie. Conscientes des besoins de la population, les autorités Bas-Alpines de l’époque cherchent à palier ce manque en iode. Bientôt, une solution s'imposa et fut même évidente : faire manger de l’anchois qui était abondant et très peu onéreux. Oui, mais comment ? La confrérie des boulangers inventa un pain couvert d’une préparation savoureuse issue du mélange de ce merveilleux poisson et de l’huile d’olive... La fougasse à l’anchois venait de naître… Et, grâce à cette recette, les habitants de la Haute-Provence, arrières petits-fils de ces "Crétins des Alpes", peuvent enfin vivre normalement et ne plus être montrés du doigt.

Source : Texte trouvé sur le site de la ville de Digne-les-bains et arrangé par moi-même.

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01 juillet 2020

Parlez-vous le sud ? Que veut dire "fada" ?

Yves Pujol chapeau noir

Il est "fada", il est fou. Ce mot vient du latin "fata" qui désigne une fée et qui a donné le verbe "fada" en occitan qui veut dire ensorceler. Le mot "enfadat" signifie féerique, merveilleux. Un fada, c'est quelqu'un qui est enchanté par les fées. 
Fada, c'est aussi devenu fanatique. A Marseille, il y a les fadas de l'OM, à Toulon, les fadas du RCT. ►
https://france3-regions.francetvinfo....

 

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27 juin 2020

Les lavoirs ou parloirs des femmes

La-Bugado2

 La construction des lavoirs s'effectue essentiellement à partir du XIXème siècle. Auparavant, la lessive s'effectue au bord des rivières, à la fontaine du village ou à la mare communale, en tapant le linge sur une grosse "pierre à laver". Ces points d'eau servent de manière indifférenciée à des usages contradictoires : on y boit et on y fait sa bugado, si bien que l'eau peut être contaminée par le savon et les saletés, y compris les germes contenus dans le linge de maison. Or, au milieu du XIXème siècle, la France est touchée par les épidémies de choléra, de variole, de typhoïde... Il faut dire qu'il n'y a pas vraiment d'hygiène chez nos aïeux. Les autorités médicales insistent sur la nécessité de construire des lavoirs indépendants dans chaque village. En décembre 1851, le gouvernement vote un crédit de 600 000 francs pour la construction de lavoirs publics dans toutes les communes françaises. Ces lavoirs sont bâtis le plus souvent en bordure des villages et même parfois en rase campagne près des sources qui les alimentent. Cet éloignement du coeur des villes et des villages est souhaité par les riverains qui craignent le bruit infernal des battoirs et des commérages des lavandières.

Lavandieres2

 Le travail des lavandières

Elles font au préalable tremper le linge dans des cendres de bois, qui sont riches en carbonate de phosphate. Ces cendres ont été récupérées quelques temps auparavant directement dans la cheminée. Cette opération est destinée à blanchir et à "prélaver" les draps et les vêtements. L'étape suivante est la plus éprouvante et  la plus difficile. A l'aide d'un battoir en bois, elles frappent le linge pour en extraire la saleté, tout en le savonnant abondamment. Il est ensuite rincé, essoré, puis savonné et frappé à nouveau sur les margelles inclinées du bassin. C'est un travail éreintant car les lavandières travaillent continuellemnt penchées en avant, les mains engourdies dans l'eau glacée en hiver pour remuer les lourds draps mouillés. La position agenouillée est très pénible. C'est pourquoi, elles s'équipent de petites caisses de bois, qu'elles rembourrent de paille ou enore de coussins pour soulager leurs articulations. Deux fois par an, elles font les grandes lessives, une au printemps et une à l'automne. Là, la majeure partie du linge de la maison est nettoyé pour ensuite affronter l'hiver et l'été. C'est ainsi que les lavoirs sont des lieux de vie essentiels à la vie sociale, car, c'est là que s'échangent les nouvelles, bonnes ou mauvaises, les potins et les cancans. Les hommes surnomment ces endroits : "le parloir des femmes" ou encore "l'hôtel des bavardes".

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 L'hôtel des bavardes ou parloir des femmes

C'est le lieu où les femmes jugent les autres. Sont-elles de bonnes lavandières à leurs façons de savonner ou bien de battre le linge ? Le linge est-il très sale lorsqu'elles arrivent avec leur brouette ? Est-il troué ou encore mal raccomodé ? Telle jeune fille sera-t-elle bonne à marier ? Trouvera-t-elle un bon mari ? Sera-t-elle capable de bien tenir sa maison ? Les discussions sont animées et parfois, il arrive qu'elles dégénèrent. On se crêpe le chignon. A Signes, dans le Var, en 1934, le maire prend un arrêté qui invite "les usagères du lavoir à faire régner la paix entre elles. Elles ne doivent jamais se disputer avec leurs voisines et les coups de langues ne doivent jamais dégénérer en coups de battoir". Ce linge frotté au vu et au su de tout le monde trahit la position sociale des familles. Les serviettes, nappes ou bien draps finement brodés, du lin ou de la dentelle sont un indicateur précieux à côté des toiles grossières des moins fortunées. 

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 Lavoir à Roumoules (Alpes-de-Haute-Provence-Photo Nadine)

Les lavoirs vont changer d'aspect au cours du temps. Au départ, les plus rustiques sont formés de grosses pierres assemblées en bassin à proximité d'un point d'eau. Puis, les lavoirs se modernisent avec l'amélioration des conditions d'hygiène apportées par le gouvernement. Le lavoir comporte à présent deux bassins distincts pour séparer le lavage du rinçage (le rinçoir, de plus petite taille, est situé à côté de l'arrivée d'eau). Petit à petit, ces bassins sont fermés sur les côtés car d'autres utilisateurs peu scrupuleux s'en servent pour leur propre compte. Ils y font abreuver le cheval, le bétail, les poules et les canards y barbotent apportant leurs miasmes. Les lavoirs sont donc à présent protégés par des murs, ouverts sur un côté et couverts d'un toit.

Trans-lavoir3

 Lavoir communal de Trans en Provence dit Le Bassin neuf (Photo Nadine). Le mur du fond a été démoli pendant les inondations du 15 juin 2010 et n'a plus été reconstruit. Il n'a plus été mis en eau depuis.

Certains se voient même pourvus d'une cheminée que les lavandières utilisent pour se réchauffer en hiver, ils peuvent être aussi garnis de bancs de pierre afin qu'elles puissent s'assoir pour se reposer un peu de leur long et pénible labeur. Les margelles du lavoir sont taillées dans des pierres du pays : grès, basalte...

La machine à laver

Puis, un autre temps viendra. Les lavoirs seront désertés par les ménagères et les lavandières. Plus de wagonnettes (voir l'explication à la fin du texte) chargées de paniers de linge, plus de brouettes regorgeant de linge poussées par les ménagères allant au lavoir. En 1937, Bendix, une société d'aviation américaine, crée la première machine à laver automatique. En France, cet appareil révolutionnaire, qui enchaîne prélavage, chauffage-lavage, rinçage et essorage dans la même cuve, arrive après la Seconde Guerre mondiale. Les maîtresses de maison sont emballées et libérées par cette invention qui leur évite ces manipulations laborieuses et fatiguantes de linge. La machine à laver entre dans les foyers et les buanderies de France.

Et les lavoirs qui ont vu tant de générations de femmes se succéder ne servent plus ou rarement. Lorsque vous passez près de l'un d'eux, soyez curieux et prêtez l'oreille car il vous racontera peut-être les derniers potins de vos aïeules... Certains coulent toujours avec bonheur et le glouglou de l'eau murmure sa douce chanson, d'autres sont vides désormais et se lamentent...

Source : D'après le livre : Le petit bâti, sud de la France - Hubert Delobette - Le papillon rouge éditeur. 

Lavandière du Rabinon

 Les wagonnettes ou chariots

Dans mon village à Trans en Provence, ces chariots (ci-dessus) étaient désignés sous l'appelation de "wagonettes". Ils étaient composés d'un plateau en bois sur quatre roues et d'une poignée en bois montée sur ferraille pour le diriger. Au Muy, on l'appelait "roulotte". C'étaient les frères Gibert qui étaient charrons qui la fabriquaient et la commercialisaient sous la marque "La robruste". Dans d'autres villages, c'était un "chariot". Si vous l'avez déjà rencontré et que vous lui connaissez une appellation différente, indiquez-le moi dans un commentaire. Merci à vous.

La bugado

Je vous mets le lien d'un article paru le 4 avril 2015 qui s'appelle : Les lavandières du Rabinon et qui est un témoignage d'un de mes cousins du Muy, historien local, trop tôt disparu : Pierre Taxil.

Les lavandières du Rabinon - Passion Provence

Pierre Taxil, un de mes cousins muyois trop tôt disparu, était un amoureux de son village, un provençal dans l'âme. Grand collectionneur de cartes postales anciennes et de photos du Muy, il avait fait plusieurs expositions (voir l'affiche de la dernière faite par sa femme en son hommage).

http://www.passionprovence.org

20 juin 2020

Histoire du savon de Marseille

 

Gaulois et savon 

Les origines

Les origines du savon remontent aux égyptiens. Ils décrivaient des recettes de savon sur leurs fameux papyrus. En Europe, les Gaulois étaient apparemment les premiers à fabriquer intentionnellement du savon partant du suif de chèvre et de la potasse de cendres de hêtre. Mais le concept du savon était déjà présent 2 000 ans av J.C. sur des tablettes d’argile écrites en Sumérien qui mentionnaient l’utilisation d’une sorte de "pâte de savon" pour préparer la laine avant teinture en Mésopotamie. Les premiers savons remontent certainement aux égyptiens et l’invention du savon dur est attribuée aux gaulois. Cependant c’est dans le bassin méditerranéen que va très rapidement se développer la fabrication du savon. En effet, la Syrie voit naître le fameux savon d’Alep composé d’huile d’olive et d’huile de baies de laurier, de sel, de soude et d’eau. Lors des croisades, le savon d’Alep, l’ancêtre du savon de Marseille, arrive sur les côtes marseillaises : le savon de Marseille est né.

Source : Site de la savonnerie du Fer à cheval à Marseille.

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Coupe du savon

Le savon de Marseille est un type de savon particulièrement efficace par son pouvoir nettoyant, utilisé essentiellement pour l’hygiène du corps. Le premier savonnier est recensé dans la région de Marseille en 1370. La formule de ce savon a été réglementée au XVIIème siècle sous le roi Louis XIV. En 1688, Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV passe un édit limitant l'utilisation du nom "savon de Marseille" aux savons fabriqués à l'huile d'olive dans la région de Marseille. Historiquement, une teneur de 72 % en masse d’acides gras était garantie dans le savon de Marseille traditionnel, uniquement préparé à partir d'huile d'olive. Au XIXème siècle, Marseille avec près de 90 savonneries possède une industrie florissante qui connaît son apogée en 1913 avec près de 180 000 tonnes produites. Après 1950, l'arrivée des détergents de synthèse précipite son déclin.

 

 

Savon de Marseille

 

En France, le savon est utilisé depuis l'Antiquité. L'encyclopédiste romain du Ier siècle, Pline l'Ancien, rapporte dans son Histoire naturelle, que les Gaulois emploient un produit à base de suif et de cendres pour se teindre les cheveux en roux. Ce savon sert de gel et de décolorant à cheveux.

L'origine du savon de Marseille provient sans doute du savon d'Alep existant depuis des milliers d'années. Le mode de fabrication originaire de la ville d'Alep en Syrie, est à base d'huile d'olive et de laurier et s'est répandu à travers tout le bassin méditerranéen, à la suite des croisades, en passant par l'Italie et l'Espagne, pour atteindre enfin Marseille.
Il est à noter que la ville de Marseille possède des manufactures de savon à partir du XIIème siècle qui utilisent comme matière première l'huile d'olive qui est produite localement. La soude (à l’époque le mot "soude" désignait le carbonate de sodium) provenait des cendres de la combustion d'une plante ayant pour nom la salicorne.

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Salicorne (Photo internet)

C'est Crescas Davin qui est au XIVème siècle le premier savonnier officiel de la ville. En 1593, Georges Prunemoyr, dépassant le stade artisanal, fonde la première fabrique marseillaise.

Au début du XVIIème siècle, la production des savonneries marseillaises peut tout juste satisfaire la demande de la ville et du terroir. Le port de Marseille reçoit même des savons de Gênes et d'Alicante. Mais la guerre bloquant l'approvisionnement avec l'Espagne, les savonniers marseillais doivent augmenter leur production de façon à pouvoir alimenter le nord de la France et les acheteurs hollandais, allemands et anglais. En 1660, on compte dans la ville sept fabriques dont la production annuelle s'élève à près de 20 000 tonnes. Sous Louis XIV, la qualité de la production est telle que "le savon de Marseille" devient un nom commun. Il s'agit alors d'un savon de couleur verte qui se vend principalement en barre de 5 kg ou en pains de 20 kg.

Le 5 octobre 1688, un édit de Louis XIV, signé par le fils de Colbert, secrétaire de la Maison du Roi, réglemente la fabrication du savon. Selon l'article III de cet édit : "On ne pourra se servir dans la fabrique de savon, avec la barrille, soude ou cendre, d'aucune graisse, beurre ni autres matières ; mais seulement des huiles d'olives pures, et sans mélange de graisse, sous peine de confiscation des marchandises". Les manufactures de savon doivent cesser leur activité l’été car la chaleur nuit à la qualité du savon. Cette réglementation assure la qualité du savon qui fait la renommée des savonneries marseillaises. 

Cube de savon de Marseille

 Dans le même temps, des fabriques de savon se répendent dans la région provençale, à Salon-de-Provence, Arles ou encore Toulon. En 1786, il existe 48 savonneries à Marseille qui produisent 76 000 tonnes, emploient 600 ouvriers et quelques 1 500 forçats prêtés par l’arsenal des galères du Roi. Après la crise due à la Révolution française, l'industrie marseillaise continue à se développer jusqu'à compter 62 savonneries en 1813. La soude est alors obtenue à partir d'eau de mer grâce au procédé inventé par un chimiste, Nicolas Leblanc (procédé qui portera son nom).

C'est à partir de 1820 que de nouvelles matières grasses sont importées et transitent par le port de Marseille. Les huiles de palme, d'arachide, de coco et de sésame sont utilisées pour la fabrication du savon. Les savonneries marseillaises subissent la concurrence des savonneries anglaises ou parisiennes, ces dernières emploient du suif qui donne un savon moins cher, mais de moins bonne qualité. 

Au début du XXe siècle, la ville de Marseille possède 90 savonneries. François Merklen, un chimiste d'origne alsacienne établi à Marseille, fixe en 1906 la formule du savon de Marseille : 63 % d’huile de coprah ou de palme, 9 % de soude ou sel marin, 28 % d'eau. Cette industrie est florissante jusqu'à la Première Guerre mondiale où la difficulté des transports maritimes des graines porte gravement atteinte à l'activité des savonniers. En 1913, la production est de 180 000 tonnes pour tomber à 52 817 tonnes en 1918. 

Boîtes savon de Marseille

 Après la guerre, la savonnerie bénéficie des progrès de la mécanisation bien que la qualité du produit reste due à l'emploi des procédés anciens et la production remonte jusqu'à atteindre 120 000 tonnes en 1938. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Marseille assure toujours la moitié de la production française mais les années qui suivent deviennent extrêmement désastreuses. Le savon est supplanté par les détergents de synthèse et les savonneries marseillaises ferment les unes après les autres. Le glas de cette florissante industrie a sonné : il ne reste de nos jours que trois savonneries qui continuent à fabriquer le savon à l'ancienne (dont la célèbre savonnerie Marius Fabre établie à Salon-de-Provence). La Chine et la Turquie sont aujourd'hui les plus gros fabricants de savon de Marseille !

Sources : Wikipédia, Site de la savonnerie du Fer à cheval, Site de la savonnerie Marius Fabre. 

Astuces du savon

 Je vous informe que j'ai mis dans la colonne du blog, un album-photos consacré aux publicités anciennes relatives aux savons de Marseille. Cet album-photos est intitulé : "Affiches publicitaires savon". Vous pouvez y aller directement ou en suivant le lien. 

Affiches publicitaires savon

Affiches publicitaires savon : Toutes les photos Affiches publicitaires savon - Passion Provence : Quelques affiches publicitaires pour venter les...

http://www.passionprovence.or

 

Savon_extra_pur

 


15 juin 2020

Il y a 10 ans... les inondations des 15 et 16 juin 2010

 

Cette vidéo de WhitleyPike sur YouTube faite d'une compilation de ce qu'il a trouvé sur internet, résume je crois très bien ce que nous avons subi : l'impensable, l'horreur.

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Le déroulement des faits

Le lundi 14 juin à 16 h, les services de Météo-France placent en vigilance orange onze départements du sud-est de la France. L'organisme prévoit entre 150 et 200 mm de cumuls liés à la situation orageuse, en particulier sur le Var, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. 

Le mardi 15 juin, le Var est frappé par un épisode méditerranéen essentiellement dans l'est du département. La situation météorologique est classique, mais inhabituelle en cette saison. Une dépression froide descend le long de la façade ouest de la France en direction de la péninsule ibérique. Le flux d'air se redresse au sud sur le bassin méditerranéen. Devenu chaud et humide au-dessus de la mer, il alimente des orages stationnaires au pied des Alpes. C'est dans le secteur compris entre Saint-Tropez et la région de Draguignan que les pluies sont les plus intenses avec des cumuls de 200 à 300 mm, et des maxima à 397 mm aux Arcs-sur-Argens et 460 mm à Lorgues. Les volumes précipités sont extraordinaires : 400 mm en moins de deux jours, ce qui n'avait jamais été mesuré en cinquante ans d'observations en Provence. Dans leur rapport de retour d'expérience d'octobre 2010, les services de l’État estiment que "du point de vue hydrologique, il est vraisemblable que les eaux résultant des précipitations du fait de leur durée et de leur intensité ont ruisselé quasi intégralement", et que ces pluies ont une période de retour cinquantennale à centennale (ayant donc chaque année une chance sur cinquante à une chance sur cent seulement de se produire). Pourtant, il s'agit de volumes de pluies significativement inférieurs à certains événements observés ailleurs en France sur le pourtour méditerranéen (par exemple, 687 mm en 12 heures à Anduze dans le Gard en 2002).

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Draguignan, quartier du Fournas, zone Saint-Hermentaire (Photo Wikipédia)

Draguignan

Draguignan, route de Lorgues (Photo internet)

Cet énorme volume de pluie tombé en un temps très court provoque deux phénomènes rapides et violents assimilables à des crues soudaines : la crue de la Nartuby, qui inonde son lit majeur désormais urbanisé, ainsi que la crue des petits cours d'eau du Malmont, la colline qui domine Draguignan, qui connaissent d’importants écoulements torrentiels. Au pied du Malmont, les vallons où s'écoulent ces petits cours d'eau ont également été urbanisés. Les réseaux pluviaux qui s'y trouvent ont alors été incapables de supporter un tel débit, le débordement a très vite gagné les rues où s'est produit un ruissellement intense d'eau chargée de terre et de pierres, emportant des morceaux de voirie et des véhicules. Dans certains quartiers construits dans ces vallons, l'eau est ainsi montée jusqu'à quatre mètres de hauteur. En définitive, ces deux phénomènes ont entraîné, en fin d'après-midi, l'inondation catastrophique de la ville de Draguignan et des communes qui bordent la Nartuby (Trans-en-Provence, La Motte, Le Muy etc...). Ces phénomènes de crue soudaine ont été décrits par des témoins qui ont parlé d’une vague, d’un mur d’eau déferlant dans le lit mineur. C’est la marque des crues à cinétique rapide, mais pas celle d’un effacement d’embâcles, car les mêmes témoins ont dit que le niveau de l’eau n’a pas baissé après son passage.

C'est ainsi que les eaux déchaînées se sont ensuite déversées dans le fleuve l'Argens, en pleine nuit (d'où les pertes humaines et matérielles importantes dans la plaine inondable où il coule) avant d'atteindre la mer, dévastant ainsi partiellement la périphérie de Fréjus, dont les campings de la côte jusqu'à Saint-Aygulf.

D'autres communes également, ont été dévastées comme Figanières (traversée comme Draguignan par un petit cours d'eau issu du massif du Malmont, mais dans le bassin versant de l'Endre) ou encore Châteaucouble, où l'on déplore aussi des pertes humaines, notamment dans le hameau de Rebouillon, particulièrement touché par la crue de la Nartuby, puisqu'une maison (et ses habitants) construite au bord de la rivière a été emportée. 

 Le Bilan

Les crues ont fait vingt-sept morts et disparus à Draguignan, à Trans-en-Provence, à Châteaudouble, au hameau de Rebouillon, à Flayosc, à Roquebrune-sur-Argens, à Fréjus et au Luc. Des rumeurs ont eu cours sur un bilan plus lourd.

Le rapport de retour d'expérience de l'État d'octobre 2010 indique que "la cause directe de la tragédie humaine des 15 et 16 juin 2010 [...] a souvent été liée à la présence de nombreuses personnes hors de leur domicile, effectuant en fin d’après midi ou en soirée à pied ou en véhicule leurs trajets quotidiens au moment où la montée très soudaine et rapide des eaux les a surprises. Plusieurs des personnes décédées à leur domicile semblent avoir péri en s’efforçant de préserver leur véhicule". Néanmoins, "les moyens engagés ont permis de sauver 2 450 personnes, dont 1 100 sauvetages au sol et 1 350 sauvetages aériens, 300 personnes ayant évité une mort certaine.

Au-delà du drame humain, c'est tout le tissu économique du département qui a souffert : beaucoup de maisons ont eu de l'eau jusqu'au toit et sont donc inhabitables et les pertes agricoles sont évaluées à plus de 50 millions d'euros. En outre, l'activité industrielle et commerciale (plus de quatre mètres d'eau dans l'Intermarché de Draguignan par exemple) est également très touchée tout comme le secteur du tourisme. C'est pourquoi, l'État a débloqué en urgence trois millions d'euros, puis douze millions d'euros fin juillet. Vraisemblablement, ces inondations auraient occasionné plus d'un milliard d'euros de dégâts.

2010 Le bilan

 La Mémoire

Des sculptures et mémoriaux ont été érigés :

- à Draguignan, ville qui a payé le plus lourd tribut aux intempéries : 

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Sculpture de Renaud Vassas (Photo Wikipédia)

dans la zone artisanale de Saint-Hermentaire, la plus touchée de la ville, une sculpture de Renaud Vassas a été dressée sur le parking de l'Intermarché ; elle est haute de quatre mètres, la hauteur atteinte par l'eau dans cette partie de Draguignan, au plus fort de la crue. Cette œuvre a été réalisée à partir de chariots de supermarché. Son auteur l'a appelée Natur by en référence à la Nartuby. Elle rend notamment hommage à l'une des employés du supermarché, morte noyée dans sa voiture ;

au rond-point du stade Léo Lagrange, un mémorial en hommage aux victimes, réalisé par Dominique Barlet, a été inauguré le 15 juin 2011 par Max Piselli, maire de Draguignan, entouré d'Hubert Falco, maire de Toulon et sénateur du Var, Thierry Mariani, secrétaire d'État chargé des transports et Hocrace Lanfranchi, président du conseil général du Var, en présence de nombreux officiels, des familles des victimes, de nombreux secouristes et de près de 3 000 personnes recueillies. (Nota de Nadine : il est à signaler qu'à la suite de cette tragédie, 13 sapeurs pompiers et 14 particuliers ont été décorés pour acte de courage et de dévouement).

- à Trans-en-Provence, une plaque commémorative a été est apposée le 15 juin 2011 pour rendre hommage aux victimes de la tragédie.

Sources : D'après un article de Wikipédia intitulé : Inondations des années 2010 dans le Var, et la plaquette éditée par Le Département : Un territoire fréquemment inondé - ensemble autour de l'Argens et de ses affluents, Programme de Prévention des Inondations (PAPI).

Trans en Provence-La Nartuby

Trans en Provence-La Nartuby en furie

Deux photos de Trans en Provence. La Nartuby en furie (Photos internet)

Je mets quelques liens parmi les 13 articles que j'avais fait à l'époque, dans mon ancien blog. Si vous voulez tous les lire, voir les très nombreuses photos et les vidéos, suivez le lien de l'adresse de transenprovence.over-blog.com. Merci.

L'inondation de Trans en Provence le 15 juin 2010 - Nadine de Trans en Provence

Sachez tout d'abord que je vais essayer de ne pas écrire de bêtises et de décrire ce que j'ai vu. Quand on nous parle d'une catastrophe survenue ici ou là dans le monde, on se dit que chez nous, cela ne peut pas arriver... et pourtant ! En Vendée, il...

http://transenprovence.over-blog.com
Nouvelles photos et vidéos du jour de la catastrophe - Nadine de Trans en Provence

Bonjour, Hélène, une transiane, m'a envoyé de nouvelles photos du soir de la catastrophe. Ce devait être entre 18 et 19 heures. Par la suite, l'eau est encore montée, a débordé sur la route et dans le village. Hélène a pris les quatre premières photo...

http://transenprovence.over-blog.com
A Trans en Provence, même les morts ne reposent pas en paix ! - Nadine de Trans en Provence

Je vous donne une précision pour commencer : à Trans, nous avons deux cimetières, le vieux et le nouveau. Je vous dis cela car des lectrices m'ont écrit pour savoir si leur tombe de famille avait été endommagée. Autre précision que je rajoute aujourd'hui...

http://transenprovence.over-blog.com
Le désastre : photos de Laetitia - Nadine de Trans en Provence

A partir de maintenant et pour aller plus vite je vais passer les photos en fonction des personnes qui me les ont envoyées. Laetitia habite à Trans en Provence. Voilà ce qu'elle m'a écrit le 26 juin : "Je suis tombée sur votre site car je cherchais des...

http://transenprovence.over-blog.com
La catastrophe à Draguignan : le témoignage de Georges - Nadine de Trans en Provence

Georges, de Draguignan, un ami généalogiste, m'a envoyé son témoignage le 28 juin. Voilà ce qu'il a écrit : Petite explication En priorité, une pluie incessante d'une grande intensité sur le Nord du département et le centre Var durant une vingtaine d'heures... A noter dans cet article, j'ai mis 4 vidéos sur Draguignan.

http://transenprovence.over-blog.com
Le témoignage de Marie sur Taradeau et Les Arcs sur Argens - Nadine de Trans en Provence

Marie une de mes amies qui habite entre les Arcs sur Argens et Vidauban, dans la campagne m'a écrit ceci : "Je travaillais à la mairie de Taradeau quand la pluie s'est mise à tomber de plus en plus fort. J'étais assaillie par les coups de fil de gens...

http://transenprovence.over-blog.com

Vous trouverez également de très nombreuses autres vidéos sur YouTube ou DailyMotion sur les inondations des 15 et 16 juin 2010. Il vous suffira d'y faire une recherche.

 

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14 juin 2020

Parlez-vous le sud ? Que veut dire "rapia"

 

Yves Pujol pull bleu

 Yves Pujol nous parle aujourd'hui du mot "rapia".

 "C'est encore moi qui paye ! T'es un vrai rapia toi !" Un "rapia" c'est un radin, un avare. Ça vient du provençal "rapihaire" ou "rapina" qui signifie voler, dérober. On dit aussi "raspi", "rastègue" ou "ra". 

 

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11 juin 2020

Le tremblement de terre du 11 juin 1909 en Provence

 

Seisme-Lambesc-1909-Le Petit Journal01

 Le séisme du 11 juin 1909 reste le plus important parmi les catastrophes naturelles ayant eu lieu en France. Ce tremblement de terre sans précédent de magnitude 6.2 sur l’échelle de Richter fut ressenti dans tout le sud de la France, de la frontière espagnole jusqu’en Italie. Mais l'épicentre était dans les Bouches-du-Rhône. Plusieurs secousses préliminaires s'étaient produites les jours précédents la catastrophe, notamment le 26 mai au Puy-Sainte-Réparade et le 28 mai à Saint-Cannat. Peu avant la secousse principale, le 11 juin, dans la journée, on remarqua le comportement anormal d'oiseaux volant bas, avec des cris de frayeur, de chiens hurlant à la mort, et de chevaux piaffant et tapant le sol avec leurs sabots. 

Puis, à 21h19, un grondement sourd suivi de craquements, et enfin deux violentes secousses ébranlent la Provence entière, et plus particulièrement la région de Lambesc : les communes les plus touchées sont, en plus de Lambesc, Rognes, Saint-Cannat, Vernègues et Salon de Provence. Le département des Bouches-du-Rhône est le plus touché. Plusieurs répliques seront répertoriées les semaines suivantes, semant la panique dans la population.

L’origine de ce tremblement de terre se trouve dans le rapprochement de la plaque africaine en direction de la plaque eurasienne vers le nord. La conséquence de ce rapprochement est à l’origine de l’érection des Alpes, mais aussi de la faille de la Tréverasse qui est à l’origine de ce séisme.
Le bilan est colossal pour la Provence : 46 morts, 250 blessés graves, 3 000 constructions endommagées ou détruites totalement, coût estimé : 2.2 milliards de francs ! Ce séisme restera en France métropolitaine comme l’évènement sismique le plus important du XXème siècle.

Source : D'après un article paru sur le site "Notre Provence" notreprovence.fr 

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Le samedi 12 juin 1909, tous les journaux du matin, à Paris, annoncèrent que la Provence avait tremblé, que Marseille et Aix étaient terrifiés ; des fuyards, apportant des campagnes environnantes les plus sinistres nouvelles. On disait qu’il y avait des gens tués, peut-être une douzaine. Mais, dans les histoires de tremblements de terre, les événements ne sont pas exagérés comme dans la plupart des autres récits. Le désastre est ordinairement plus grand qu’on ne l’avait cru d’abord. On sut bientôt que le nombre de mort dépassait la quarantaine, qu’il y avait beaucoup de blessés et des pertes matérielles considérables.

Carte du tremblement de terre 11

Dans son édition du 13 juin, Le Petit Parisien explique que le Midi de la France, déjà atteint par tant de désastres, vient d’être frappé par une nouvelle catastrophe. Les troubles sismiques qui, l’an dernier, rappelle-t-il, ont accumulé dans la Sicile et en Calabre tant de ruines et amoncelé tant de cadavres sur les bords du détroit, se sont reproduits cette fois le long de notre littoral méditerranéen et leurs effets destructeurs se sont fait sentir assez avant dans les terres.

Si de grandes villes comme Nîmes, Sète, Toulon, Marseille ou encore Montpellier, bien que fortement secouées, ont opposé au cataclysme la solidité de leurs édifices, le bloc compact de leurs maisons, les agglomérations rurales du nord-ouest de l’arrondissement d’Aix-en-Provence, ont offert une moindre résistance. Sous le frisson terrestre, qui n’a cependant duré que quelques secondes, de nombreuses maisons, trop légèrement construites, se sont effondrées, ensevelissant leurs habitants sous les décombres.

Le journal publie ensuite les télégrammes de ses correspondants particuliers relatés ci-dessous.

Autour d’Aix

Aix-en-Provence, le 12 juin. Après la panique qui s’était produite hier soir en ville, à la suite des secousses terrestres que je vous ai signalées, la population constatant que les dégâts étaient, à Aix, relativement peu importants, se ressaisit et attendit le jour avec assez de calme. Mais ce fut, au matin, une consternation générale quand on apprit que dans la région de nombreuses localités avaient été éprouvées et que l’on avait une véritable catastrophe à enregistrer et de nombreux morts à déplorer. En effet, toute la partie de l’arrondissement qui s’étend vers la Durance a été cruellement frappée par le cataclysme ; la secousse, qui suivait une direction nord-est-sud-ouest, a eu des effets terribles sur la ligne qui va d’Aix à Pujerolles, et elle a surtout atteint le bourg de Saint-Cannat, près d’Aix, qui compte 1 200 habitants, le chef-lieu de canton, Lambesc, qui abrite 2 400 personnes, et Rognes, commune de 1 600 âmes. Dans ces localités le désastre est complet : Saint-Cannat est détruit, Rognes l’est aux trois quarts ; les maisons de Lambesc qui restent debout sont lézardées du haut en bas ; les petits villages, disséminés dans la plaine, sont dans la désolation et l’on compte une soixantaine de morts, plus de deux cent cinquante blessés ; ce chiffre énorme déjà s’accroîtra sans doute, étant donné le nombre des ensevelis qui n’ont pas encore été retirés des décombres.

St-Cannat-Eglise

St-Cannat-Ruines

A Saint-Cannat

Je viens de visiter les bourgs que je citais plus haut : à Saint-Cannat, par où j’ai commencé mon voyage, le spectacle est désolant, ce n’est plus qu’un amas de ruines. Un propriétaire, M. Chieusse, m’explique qu’il a eu juste le temps de fuir avec sa famille. A peine dans la rue il assistait à l’effondrement de sa maison. Avec une quinzaine de voisins il s’est enfui dans la campagne où, auprès d’un grand feu, ils ont passé la nuit dans un campement sommaire. Au jour, quand l’effroi fut passé, les habitants qui avaient réussi à échapper au désastre se mirent, sous la direction du maire, M. Martin, aux travaux de sauvetage. Rien ne restait debout, sauf deux ou trois maisons, sillonnées de lézardes profondes. Toute une rue, la rue Richard, et le quartier de l’Église s’étaient écroulés ; de toutes parts c’étaient de véritables montagnes de décombres. Si la secousse s’était produite à dix heures, alors que tous les habitants auraient été couchés, il y aurait eu des centaines de victimes. Heureusement, dès la première alerte, le maire avait donné l’ordre d’évacuer les maisons. Les sauveteurs virent bientôt arriver trois compagnies du 55e de ligne, venues d’Aix, qui leur prêtèrent main-forte ; à midi on avait retiré des ruines dix cadavres, parmi lesquels celui du correspondant du Petit Marseillais, qui avait été surpris pendant son sommeil et avait été tué pendant qu’il s’enfuyait. Les blessés sont au nombre d’une vingtaine ; une douzaine de personnes sont, croit-on, encore ensevelies ; une femme âgée de quatre-vingt-cinq ans est restée sous les décombres de neuf heures du soir à quatre heures du matin ; on a pu la retirer vivante.

Rognes-2Tremblement de terre 11 

Rognes-1Tremblement de terre 11 

Rognes-Tremblement de terre 11 

Rognes3-Tremblement de terre 11 

Rognes-4Tremblement de terre 11

 A Rognes

A Rognes, les ravages sont tels qu’on se demande comment le nombre des morts n’est pas plus considérable ; le clocher a été renversé, les trois quarts des maisons se sont écroulées, et d’énormes quartiers de roches obstruent les rues ; les soldats arrivés d’Aix ont peine à se reconnaître dans ce chaos ; on les voit à chaque instant transporter des morts et des blessés sur des civières, sur des chaises, comme ils peuvent. Ils ont déjà retiré huit cadavres, mais il y a certainement des victimes ensevelies encore ; j’ai entendu tout à l’heure les cris désespérés d’une jeune fille prise sous les décombres, et vers laquelle les sauveteurs se sont aussitôt précipités. On croit qu’il y a au moins une douzaine de cadavres encore. La population campe sous des tentes qui ont été apportées d’Aix par les troupes. On voit partout des blessés que soignent les médecins militaires et ceux du pays. Trois mille kilos de pain sont arrivés du chef-lieu pour nourrir les sinistrés. 

Lambesc-Bastide en ruine

Lambesc-Maison en ruines

Lambesc-Tremblement de terre-e

Quinze morts à Lambesc

A Lambesc, où je me suis rendu en dernier lieu, la catastrophe, au point de vue matériel, est moins grande, mais le chiffre des victimes est supérieur ; et, encore, n’a-t-on pas exactement pu l’établir. Le phénomène s’est répercuté au loin dans la campagne et de nombreuses fermes isolées se sont effondrées, ensevelissant sans doute quelques-uns de leurs habitants. A l’heure où je vous télégraphie le nombre des victimes s’élève à quinze. Encore faut-il ajouter à ce chiffre un grand nombre de blessés dont quelques-uns ne survivront pas. A l’hôpital où l’on a transporté les victimes, le fronton du monument est tombé, provoquant une vive panique parmi les pensionnaires de cet établissement. L’église et le clocher sont en partie détruits. On ne compte plus les maisons lézardées, et il y en a une cinquantaine qui se sont effondrées complètement. Mais c’est d’ici que l’on peut se rendre vraiment compte de l’étendue de la catastrophe. De toutes parts des nouvelles désolantes affluent ; elles sont incomplètes certainement, car les communications téléphoniques et télégraphiques sont coupées. Mais de tous les villages environnants, des habitants arrivent, affolés pour demander des secours.

Au Puy-Sainte-Réparade on ne compta que trois morts mais les dégâts sont très importants et il y a plusieurs blessés. A Venelles, il en est de même ; l’église s’est effondrée et une vieille femme est morte de frayeur. A Vauvenargues, quantité de maisons sont détruites et l’église s’affaisse.

Vernègues-Tremblement de terre 11

De Vernègues on signale quatre morts ; dans cette localité qui compte deux cents habitants, il ne reste plus une seule maison debout. Au domaine du Caire, près de Lambesc, où se trouve une maison de retraite pour les institutrices, trois ouvriers ont été tués. A Pélissanne, il y a eu quatre victimes ; à Eguilles, l’église est détruite ainsi qu’un certain nombre de maisons. Plus loin, Le Petit Parisien mentionne qu’à Marseille, Avignon, etc., la secousse n’a pas causé de gros dégâts, mais l’émotion de la population a été intense, la panique s’étant répandue dans les campagnes. Heureusement en effet, précise le quotidien, le tremblement de terre, s’il a été ressenti dans tout le Midi, n’a pas eu partout les effets déplorables que nous signale notre correspondant d’Aix. Cependant, dans les villes comme dans les campagnes quelques accidents se sont produits et les habitants ont été pris d’une panique parfois terrible. Voici d’ailleurs les renseignements que nous avons-reçus à ce sujet :

Toulon-Le port 

A Toulon

Toulon, 12 juin. D’après les rapports officiels, les dégâts matériels ne sont pas très importants, tant dans la ville que dans les environs ; ils se réduisent à quelques becs de gaz détériorés et quelques vieilles maisons lézardées. Cependant la secousse a été ici très violente. A l’arsenal elle aurait pu avoir de graves conséquences. Plusieurs navires échoués dans les bassins, notamment le Chasseloup-Laubat, la Gironde, le Saint-Louis et le Charlemagne ont été violemment secoués et ont failli être couchés sur le quai. A Solliès-Pont, à Cuers, on signale des mas tombés en ruines, mais, personne ne les habitait. La secousse, qui fut particulièrement violente sur les points extrêmes de la ville, au nord et au sud, a troublé un grand nombre d’habitants et la frayeur qui s’est emparée d’eux persiste, d’autant plus qu’on fait circuler le bruit de graves prédictions. De même que le tremblement de terre de cette nuit a été prédit, on annonce que le phénomène se renouvellera le 15 juin et dans la nuit du 20 au 21 ou la nuit suivante. Ces bruits rencontrent facilement créance et bien des gens qui avaient fui dans la campagne dès la nuit dernière ne veulent plus quitter leur campement. Contrairement à ce qu’on avait cru, il y a des blessés à Toulon : deux vieillards ont été soignés dans une pharmacie, sans compter des centaines de femmes à qui on a dû. prodiguer des soins dans la rue. Un enfant de quelques années, que ses parents ont gardé avec eux pendant la nuit, couché sur un banc, serait dans un état grave. Enfin, M. Joly, professeur de dessin à l’école de la marine, a été projeté sur le sol pendant son cours, et l’on peut dire sans exagération que la secousse aura eu de graves conséquences par sa répercussion sur l’état de santé d’un grand nombre de personnes qui ont dû s’aliter. On signale aussi nombre d’incidents comiques : ainsi un ouvrier, surpris par la secousse dans un cabinet d’aisances, se mit à courir à travers la ville en retenant à peine sa culotte. La même secousse a été ressentie dans tout le département du Var mais plus particulièrement à La Seyne, Draguignan, Hyères, Saint-Mandrier.

Marseille-Vieux Port

A Marseille

Marseille, 12 juin. Une première enquête, faite ce matin de bonne heure, a permis de constater que le tremblement de terre n’a occasionné aucun dégât sérieux en ville, ni provoqué aucun accident ; seules, quelques cloisons ont été lézardées dans les vieux quartiers de Marseille. A Grasse, les habitants se sont répandus dans les rues et n’ont regagné leurs pénates qu’au jour. Il y a quelques dégâts matériels, mais aucun accident. Le tremblement de terre s’est fait aussi sentir à Saint-Raphaël ; la population effrayée s’est enfuie hors des habitations. On ne signale aucun accident de personne.

Un peu partout

De presque toutes les villes du Midi, rapporte le quotidien, nous avons reçu des télégrammes nous signalant l’émoi que la secousse sismique, même légère, a causé dans la population.

A Montpellier, les habitants ont quitté en hâte leurs demeures et se sont répandus sur les promenades et les places publiques, où la plupart d’entre eux ont passé la nuit en proie aux plus vives appréhensions. A Sète, les oscillations ont été particulièrement fortes quai de Bose, Grande-Rue, et cité Doumet. Dans ces quartiers, les meubles ont été violemment secoués. Une femme assise sur une chaise a été projetée à terre. A Béziers, les oscillations ont été assez fortes pour déplacer certains meubles, mais n’ont causé aucun accident.

A Nîmes, la secousse a été forte dans les étages élevés, où meubles et objets divers ont été renversés ou déplacés. Dans plusieurs cafés, les consommateurs ont ressenti une forte commotion, tandis que verres et. bouteilles roulaient à terre et se brisaient. A Toulouse, certaines personnes ont éprouvé dans leur logis une sensation de tangage et de chute. D’autres, qui se trouvaient sur les balcons de leur demeure, ont cru que ceux-ci oscillaient. A Perpiqnan, l’amplitude des oscillations a été de 30 à 50 centimètres. Les dégâts se bornent à quelques verres brisés.

A Privas, l’oscillation a été très faible, mais dans les environs, notamment à Villeneuve-de-Coux, elle a été sensible et les habitants épouvantés, sont sortis précipitamment de leurs maisons. A Castres, de nombreuses pendules se sont arrêtées. Ce matin, à 9h45, quelques personnes ont cru ressentir une secousse pareille à celle d’hier soir. A Carpentras, les consommateurs ont quitté les cafés et les habitations particulières même ont été provisoirement évacuées et les rues envahies par de nombreuses personnes à moitié vêtues. Cette secousse qui a jeté la panique dans la population a duré dix secondes environ. A Agde, dans plusieurs maisons les meubles ont été renversés. La population alarmée s’est répandue dans les rues où elle est restée une grande partie de la nuit par crainte de nouvelles secousses. Enfin, le tremblement a été également ressenti, mais sans donner lieu à aucun incident, à Digne, Valence, Gap, Grenoble, Alais, Le Puy, Carcassonne, etc...

Source : La France pittoresque (D’après "Le Petit Parisien" du 13 juin 1909 et "La terre qui tremble" (par Stanislas Meunier) paru en 1910).

 J'ai placé un album-photo dans la colonne du blog. Il s'intitule : Séisme du 11 juin 1909.

Vous pouvez y voir toute une série de cartes postales en diaporama. Vous pouvez y accéder dirtectement ou cliquer sur le lien dessous.

Séisme du 11.6.1909

Séisme du 11.6.1909 : Toutes les photos Séisme du 11.6.1909 - Passion Provence : Cartes postales présentant le tremblement de terre meurtrier du 11...

http://www.passionprovence.org
La Provence insolite : Le tremblement de terre de 1909

La Provence insolite : Le tremblement de terre de 1909 en replay sur France Bleu Provence. Retrouvez les émissions en réécoute gratuite et les podcasts !

https://www.francebleu.fr

 

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08 juin 2020

Le Casino de la Jetée-Promenade à Nice

 

Crystal palace

 Le Crystal Palace à Londres construit pour la première exposition universelle de 1851 

Jetée promenade noir et blanc

Le projet naît lors d'un voyage à Londres du marquis d’Espouy de Saint-Paul, qui découvre alors le Crystal Palace à Hyde Park (voir explications en fin de texte) et souhaite reproduire ce bâtiment à Nice. Le marquis imagine un palais flottant en verre sur le modèle des jetées qui sont en vogue à cette époque en Grande-Bretagne. Cette idée est soumise à l'aval du conseil municipal et adoptée le 20 novembre 1875. C'est ainsi que plusieurs demandes de concession sont alors envoyées en préfecture pour une construction de 6500 m2 sur le domaine maritime. Le maire, fermement décidé à avoir son casino, va former une société appelée la Société Anonyme du Casino Municipal afin d'obtenir des fonds. Pendant ce temps, les travaux de fondation de la jetée arrivent à leur terme. La dernière portion consistait à raccorder la jetée-promenade à la promenade des Anglais par une estacade (jetée à claire-voie longue et basse). Mais le maire refuse toutes les demandes de raccordements qui lui sont adressées durant l'année 1881. Le directoire de la jetée-promenade fait donc appel au préfet qui signera un arrêté de raccordement le 17 mars 1882.

Casino-promenade-Nice

Casino-Nice

La presse de l'époque décrira alors la construction comme un immense vaisseau aux coupoles hardies et aux lignes capricieuses avec son dôme culminant à 20 mètres de hauteur. Sans oublier de parler de son kiosque à musique, de sa salle de concert, de son théâtre, de son cercle nautique et de ses bains de mer. Une ouverture partielle sera lancée au mois d'octobre 1882. L'exploitation est donc faite alors que seuls le dôme, les deux premières salles, la promenade et les terrasses latérales sont achevés. L’ouverture générale s’effectue le 1er avril 1883 bien que la salle de théâtre ne soit pas encore totalement achevée. Or, comble de malchance, un violent incendie interrompt l'exploitation trois jours seulement après son ouverture. L'inauguration officielle devait avoir lieu le 8 avril 1883. On ne connaîtra jamais exactement les causes de cet incendie. Les pompiers tenteront de sauver le bâtiment en vain. Il brûlera entièrement à part la passerelle d'accès et les terrasses. Malgré l'incendie, la société, annonce une réouverture rapide. Mais, les finances manquent et la banqueroute est prononcée : la Jetée-Promenade est mise aux enchères à l'aube de l'année 1884. Il n'y a aucun repreneur. La société est donc dissoute en 1885. Après trois adjudications infructueuses, une nouvelle société, la Société Anonyme de la Nouvelle Jetée-Promenade de Nice, est constituée le 20 décembre 1888 et la reconstruction du bâtiment en ruine reprend dès l'année 1889. Les travaux s'achèveront deux ans après.

Le salon

La salle des petits chevaux

La veranda-Salle du restaurant

Entre 1891 et 1914, le palais de la Jetée enchantera les hivernants de la "Belle Époque" à qui la société exploitante offre un lieu de promenade, de convivialité, un cercle de jeux, de lecture, et des spectacles musicaux de qualité à côté de la programmation du Casino municipal. La photographie et la carte postale avec les éditeurs Jean Giletta, Léon et Lévy ou encore Neurdein diffusent l'image de la Baie des Anges et de sa Jetée dans toute l'Europe, alimentant le mythe de la Côte d'Azur. Quand éclate la Première Guerre mondiale, le bâtiment est réquisitionné et reconverti en centre de convalescence pour les blessés, à l'instar de la plupart des hôtels niçois. A la fin de la guerre, il est affecté à l'American YMCA et utilisé en 1918-1919 comme centre d'accueil pour les permissionnaires des troupes américaines en attente de rapatriement outre Atlantique. Entre 1922 et 1927, le sénateur Pierre Gautier, maire de Nice, désireux de relancer l'économie entend redonner son faste au casino, A la nuit tombée, le palais, dont l'exploitation reprend jusqu'en 1942, s'illumine dans le ciel de Nice, se reflétant dans la mer et contribuant à l'image touristique de la ville. En 1928, un nouveau casino est édifié face à la Jetée-Promenade, il prendra le nom de Palais de la Méditerranée, et sera financé par l'Américain Frank Jay Gould. La silhouette aux bulbes orientalistes de la Jetée-Promenade sera appréciée des nombreux visiteurs de la ville et, parmi eux notamment, le peintre Raoul Dufy, qui l’a de nombreuses fois représentée dans ses tableaux.

Raoul Dufy-Casino Jetée Promenade

 

Raoul Dufy-Casino Jetée Promenade

Oeuvres du peintre Raoul Dufy - Le casino de la Jetée-Promenade

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord. L'armée allemande envahit alors la zone libre et l'armée italienne prend le contrôle des Alpes-Maritimes. Nice est occupée et la Jetée-Promenade doit fermer ses portes le 20 décembre 1942. Après la capitulation de l'Italie fasciste le 8 septembre 1943, les troupes italiennes se retirent de la zone sud et sont remplacées par la Wehrmacht qui prend possession de Nice. La ville va alors se soumettre aux exigences du nouvel occupant et ainsi contribuer à la mobilisation des métaux non ferreux. Le casino de la Jetée est donc dépouillé en 1943-1944 de tous ses cuivres, ses bronzes, ses statues, son argenterie, ses câblages électriques et autres métaux susceptibles de servir à l'effort de guerre allemand. Puis, pour protéger la ville de l'éventualité d'un débarquement des troupes alliées depuis l'Afrique du Nord, les Allemands barricadent le bord de mer et utilisent le bâtiment de la Jetée comme camp retranché. Finalement, la Wehrmacht abandonne ce lieu et en janvier 1944, le général Von Kollermann donne l'ordre de démanteler la superstructure du bâtiment (plusieurs milliers de tonnes d'acier). Finalement, à la Libération, il ne restera plus que des débris immergés et les structures métalliques. Le 20 novembre 1946, la société d'exploitation du Casino se voit retirer l'autorisation d'occuper le domaine maritime par arrêté préfectoral. Elle saisit alors le Conseil d'Etat qui le 13 juillet 1951 confirmera  l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes : la jetée-promenade ne ressortira plus jamais des eaux dans lesquelles elle a sombré.

La jetée promenade démantelée Photo Jean Giletta

Le Casino Jetée-Promenade démantelé (Photo internet)

Le Crystal Palace était un vaste palais d'exposition en fonte et en verre édifié à Hyde Park pour abriter la Great Exhibition de 1851, la première des expositions universelles. Il fut par la suite démonté et reconstruit, sous une forme agrandie, au sud de Londres, dans le quartier qui porte encore son nom. Il brûla en 1936. Le Crystal Palace fut un haut lieu touristique, qui attirait une population issue de tous les milieux sociaux.

Source : D'après un article paru dans Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Nice-Palais de la Jetée-Promenade

 

05 juin 2020

Parlez-vous le sud ? Que veut dire "bougnette" ?

Yves Pujol

Nous retrouvons notre ami Yves Pujol qui nous donne la signification du mot "bougnette".

"Je me suis fait une bougnette !" Une "bougnette" c'est une petite tache que l'on fait quand on mange. Ça vient du mot provençal "bougnéto" qui signifie beignet ou tache d'huile. 

"Parlez-vous le sud ?" Esquicher, gangasser ou cambaler, on vous raconte avec humour l'origine de ces expressions

Si vous ne comprenez rien quand on vous demande d'aller chercher Molinari. Si gangasser, cambaler et une tête d'aï ne vous dise rien qui vaille. Cet article est fait pour vous ! Dans "Parlez-vous le sud ?", nous vous expliquons les expressions du midi de la France.
https://france3-regions.francetvinfo.fr

 

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03 juin 2020

Jean Giono, le voyageur immobile

Jean-Giono enfant

 Jean Giono enfant photographié avec un cerceau

Jean Giono est né à Manosque le 30 mars 1895. Son père est un cordonnier anarchiste d'origine italienne qui passe beaucoup de temps à lire la Bible ; sa mère dirige un atelier de repassage américain. Giono a évoqué son enfance dans Jean le Bleu. En 1911, la mauvaise santé de son père et les faibles ressources de sa famille l'obligent à arrêter les études. Il doit s'instruire en autodidacte pour assouvir sa soif de savoir. En 1915, il est incorporé à Briançon, puis est envoyé au front à Verdun et au Mont Kemmel, en Flandre-Occidentale. Cette expérience de la guerre, au coeur d'une des batailles les plus terribles du conflit, va le traumatiser. Son meilleur ami et nombre de ses camarades sont tués à ses côtés. Lui ne sera que "légèrement" gazé. Il reste choqué par l'horreur de la guerre, les massacres, la barbarie, l'atrocité de ce qu'il a vécu dans cet enfer, et il deviendra un pacifiste convaincu.

Plus tard, la lecture des écrivains classiques l'amène à l'écriture ; son premier ouvrage Colline rencontre un certain succès. L'écriture prend de plus en plus d'importance dans sa vie, si bien qu'en 1929, il décide d'arrêter toute activité professionnelle pour se consacrer exclusivement à son oeuvre. Il reçoit en 1929, un  prix pour Colline, ainsi qu'un autre  l'année suivante pour son roman Regain

Regain-Jean Giono

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1932. Les événements du début des années 1930 le poussent à s'engager politiquement. Il adhère à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (mouvance communiste), mais, par méfiance, il s'en dégage très rapidement. En 1935, il publie Que ma joie demeure qui connaît un grand succès, surtout auprès de la jeunesse.

Giono-Contadour

Jean Giono (à l'extrême droite) et des amis au Contadour

Giono et quelques amis, bloqués accidentellement dans le hameau du Contadour lors d'une randonnée sur la montagne de Lure, décident, subjugués par la beauté des lieux, de s'y retrouver régulièrement : ainsi naissent les Rencontres du Contadour. C'est l'époque de la publication de l'essai Les Vraies Richesses, dédié aux habitants du Contadour.

Les prémices de la guerre se manifestent bientôt. Jean Giono rédige alors ses suppliques Refus d'obéissance, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Précision et Recherche de la pureté. La déclaration de guerre interrompt la neuvième réunion. Les "disciples" attendent la réaction de Giono. Elle est difficile pour cet homme libre qui ne voulait pas être directeur de conscience et qui écrit "Marchez seul, que votre clarté vous suffit". Il va au centre de mobilisation de Digne. Cependant, à cause de son pacifisme (il n'assimilait pas les Allemands aux nazis), il est arrêté le 14 septembre 1939. Il est relâché après un non-lieu et libéré de ses obligations militaires.

Giono

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, bien qu'il n'ait jamais pris position en faveur du régime de Vichy et encore moins en faveur de l'Allemagne nazie, il est accusé d'avoir collaboré et de nouveau emprisonné, en septembre 1944, principalement pour avoir fait paraitre Deux Cavaliers de l'orage dans La Gerbe, journal collaborationniste, et un reportage photo (publié sans son accord) dans Signal, sorte de Paris Mach nazi. Il n'est libéré qu'en janvier 1945, sans avoir été inculpé. Néanmoins, le Comité national des écrivains, organisme issu de la Résistance, l'inscrit sur sa liste noire, ce qui interdisait de fait toute publication de son oeuvre en France. Cette mise à l'index ne prend fin qu'en 1947, avec la parution de Un roi sans divertissement, première en date des Chroniques. Pourtant, tout au long de la guerre, il a protégé des fugitifs.

Dans les années qui suivent, Giono publie notamment Mort d'un personnage en 1948, Les Ames fortes en 1950, Le Hussard sur le toit en 1951, Le Moulin de Pologne en 1953.

Le hussard sur le toit

Avec le succès de ces livres, surtout celui du Hussard sur le toit, adapté par la suite en long métrage, Jean Giono retrouve pleinement la place qui est la sienne, celle de l'un des plus grands écrivains français du XXème siècle. En 1953, le Prix littéraire du Prince-Pierre-de-Monaco lui est décerné pour l'ensemble de son oeuvre. Il est élu l'année suivante au sein de l'Académie Goncourt. De plus en plus intéressé par le cinéma (son film Crésus sort en 1960), il préside le jury du Festival de Cannes en 1961. Son dernier roman, L'Iris de Suse, paraît l'année de sa mort, emporté par une crise cardiaque le 8 octobre 1970. Jean Giono est enterré dans le cimetière de Manosque.

Source : D'après Wikipédia - l'encyclopédie libre.

Cresus

Pour en savoir plus sur Jean Giono, suivez le lien que j'ai mis ci-dessous.

Jean Giono

Jean Giono, le Voyageur immobile

Site sur Jean Giono : biographie, bibliographie, filmographie, extraits de textes, liens.

http://pages.infinit.net 

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