Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

Région Provence

 Bienvenue dans le Var. Mes autres blog sont ci-dessous :

Trans en Provence au fil de la Nartuby : http://www.transenprovence.info

La Gazette de Nadine : La Gazette de Nadine (canalblog.com)

Nouveau blog : Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes

Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes (cimetierestrans.org)

Ma base de données de généalogie :

Des racines et des hommes - Geneanet

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - Commentaires [51] - Permalien [#]
Tags : , ,


23 mai 2022

Le dolmen de Gaoutabry à La Londe-les-Maures

Dolmen

Dolmen-de-Gaoutabry-à-La-Londe-les-Maures

Situé au lieu-dit Gaoutabry, à 198 mètres d'altitude, dans le massif des Maures, ce dolmen occupe le mamelon d’une colline au milieu du maquis. Le toponyme Gaoutabry viendrait du provençal "caud" qui veut dire chaud, de "gaouto" versant arrondi d'une colline en référence à "gaouto" qui désigne la joue. Le site a été découvert en 1876 par le baron Gustave Charles Ferdinand de Bonstetten (1816-1892), archéologie suisse et fouillé ensuite à plusieurs reprises. Il s’agit d’une tombe collective composée de 34 pierres dressées qui correspondent au nombre de sujets inhumés car elle contenait des ossements humains calcinés appartenant au moins à 34 individus bien disposés dans ce que l'on appelle la chambre, accompagnés de nombreuses offrandes, telles que : lames, haches, poignards, et une parure de cinq perles. Cependant, du fait de l’acidité du sol et des pertes causées lors des premières fouilles, ce riche mobilier n’est cependant qu’un pâle reflet de celui que devait renfermer la tombe à l’origine. Cette dernière a été l’objet de deux périodes d’utilisation : fin du Néolithique (2800 ans av. JC) et Age du cuivre (2000 ans av. JC). 

Croquis du dolmen

L’orientation de son entrée dans l’axe du soleil couchant au solstice d’hiver est très symbolique. L’absence de dalle tabulaire en guise de toit, caractéristique d’un grand nombre de dolmens provençaux, peut être due à la nature des matériaux utilisés, sans doute du bois. La minceur des dalles exclut en tout cas l’hypothèse d’une couverture en pierre. Construit avec de grandes dalles de schistes, le dolmen de Gaoutabry présente une chambre avec une antichambre de forme rectangulaire allongée. Cette architecture, typique des dolmens des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, le rend original par rapport à ceux du Var, majoritairement à simple chambre carrée. Par contre, sa situation culminante et son mode funéraire (crémation) le rendent caractéristique des dolmens varois. Inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1988, il reste un monument fragile, qui a déjà fait l’objet de plusieurs restaurations. On peut supposer, avec la présence de ce monument, l’existence passée d’une organisation sociale communautaire forte, des croyances très puissantes, un culte des ancêtres vivace ainsi que la proximité d’un village de robustes agriculteurs ou éleveurs. Ce dolmen est par conséquent le témoignage de la grandeur de la communauté qui l’érigea. Veillons à notre tour à le conserver pour les générations à venir, notamment en évitant de circuler à l’intérieur et de s’appuyer contre ses parois.

Datation du dolmen

Cliquez pour agrandir

Vestiges du dolmen

Les fouilles ont mis à jour la présence d'ossements, des tessons de poterie, des pointes de flèches, deux lames de poignards...

Le saviez-vous ?

Les mégalithes sont constituées d’une ou plusieurs pierres de grandes dimensions érigées par l’homme. Il en existe différentes sortes d’époque préhistorique, tels que les menhirs et les dolmens. Ces derniers, sans doute les plus vieilles constructions humaines, sont des monuments funéraires. Certes moins monumentaux qu’en Bretagne, les dolmens provençaux n’en constituent pas moins une richesse patrimoniale régionale. Sur près de 160 mégalithes recensés en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le Var en possède de loin le plus grand nombre avec une soixantaine de dolmens et une vingtaine de menhirs.

Sources : Le site www.mpmtourisme.com et le magazine "Nous" supplément de Var-Matin du 19 octobre 2019, article signé Nelly Nussbaum

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

16 mai 2022

La montagne Sainte-Victoire

Sainte-Victoire

Sainte-Victoire-ensemble

Initialement nommée montagne de la Victoire, elle a été sanctifiée au Moyen Age par les chrétiens pour devenir la Sainte-Venture. Une chapelle a été construite près d'un de ses sommets au XIIIème siècle. Elle a pris son nom actuel de Sainte-Victoire au XVIIème siècle.

Elle domine d'est en ouest le bassin de l'Arc tandis qu'au nord, elle s'abaisse doucement en une série de plateaux calcaires vers la plaine de la Durance. Le Massif de la Sainte-Victoire s'étend ainsi sur 18 km entre les Bouches-du-Rhône et le Var. Un saisissant contraste oppose le rouge franc des argiles de la base, au blanc des calcaires de la haute muraille, notamment entre les villages du Tholonet et de Puyloubier. 

Sainte-Victoire-prieure

Plusieurs itinéraires permettent d'accéder à un prieuré (XVIIème) et à une croix monumentale de 19m de haut visible à des kilomètres à la ronde appelée "croix de Provence". De cet emplacement, le point de vue est superbe. On découvre un panorama sur les montagnes provençales et les plaines vallonnées du pays d'Aix. Une route fait le tour du massif et permet de visiter les petits villages dominés par la paroi abrupte de la montagne tels que Rousset, Beaurecueil, Vauvenargues, etc... Le village du Tholonet possède un château qui date du XVIIIème et les arches ruinées d'un aqueduc romain. Juste après, commence le parc départemental de Roques-Hautes, qui protège le versant ouest de la Sainte-Victoire. Saint-Antonin-sur-Bayon est dominé par une grande bastide du XVIIIème siècle. Sur un petit plateau, à proximité, se trouvent les restes de l'oppidum du Bayon. Le point culminant du massif est le pic des Mouches (1011 m) l'un des plus hauts sommets du département des Bouches-du-Rhône. Puis à l'est, ce sont Puyloubier (13) et Pourrières (83), entourés de vignobles. Au pied du versant nord de la Sainte-Victoire, s'étire le petit village de Vauvenargues. Son château, grande bâtisse carrée des XIVème et XVIIème siècles, s'isole sur une butte. Il fut acquis en 1958 par Picasso, qui a été inhumé dans le parc. Une partie du massif de la Sainte-Victoire est classée depuis 1983 soit 6 525 ha. Malgré un incendie qui a ravagé sa face sud en août 1989, la montagne Sainte-Victoire reste un lieu de promenade et d'escalade. Plusieurs peintres ont pris la montagne Sainte-Victoire pour sujet notamment Paul Cézanne qui l'a immortalisée dans une soixantaine d'oeuvres, mais aussi Vincent Van Gogh, Auguste Renoir, etc...

Sources : D'après le site de l'office de tourisme d'Aix-en-Provence et Wikipédia.

Sainte-Victoire-1

Sainte-Victoire-Cezanne

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

09 mai 2022

Les maisons étroites, toutes en hauteur

Pour faire suite à mon article précédent sur la maison provençale, je vous en propose un autre ciblé celui-ci sur les maisons étroites, bâties en hauteur.

La maison en hauteur type

Draguignan-Rue de la vieille boucherie

Il s'agit en général d'une maison étroite qui a entre quatre à cinq mètres de largeur et qui est assez profonde, soit entre huit à quatorze mètres de profondeur. Les plus courtes ne disposent que d'une pièce par niveau, avec les escaliers sur le côté ; les plus profondes ont une cage d'escalier au centre, avec une pièce sur le devant, donnant sur la rue et une sur l'arrière, donnant sur une petite cour ou une ruelle. La cave est présente dans la totalité des maisons, dont elle constitue un premier niveau. Elle y occupe généralement la totalité de la superficie du bâtiment et déborde très souvent largement sous la rue. Elle est toujours voûtée en berceau. Dans les maisons plus larges ou s'étant agrandies, on observe la présence de plusieurs caves juxtaposées, avec sous les murs maîtres, une ouverture voûtée en plein cintre autorisant le passage de l'une à l'autre, ou, plus rarement, un ou deux piliers soutenant des arêtes de voûtes. Quelques bâtiments possèdent, sous ce premier niveau, une autre cave de taille plus modeste. Il est fréquent lorsque la maison est construite sur un sol en déclivité, que la cave soit enterrée sous une grande longueur pour déboucher à une autre extrémité, au niveau d'une ruelle. On trouve dans cette cave, de manière systématique, sous la partie avant, près de la rue, une "tine", grande cuve à vin d'une capacité de 6 000 à 12 000 litres, en général de forme cubique, avec des murs de forte épaisseur, maçonnés en pierres liées à la chaux, et dont les parois intérieures sont plaquées sur toute leur hauteur de carreaux vernissés de couleur rouge. Sur la façade avant, au niveau du fond de cuve, un robinet en cuivre permet de faire couler le contenu dans un petit bassin en maçonnerie, également plaqué de carreaux vernissés. Au-dessus de la "tine", on remarque une ouverture dans la voûte ; c'est par cet orifice que l'on remplissait la cuve de raisins écrasés, soit manuellement, soit avec l'aide du fouloir placé au-dessus de ce trou. Après quelques jours de fermentation, le jus, futur vin, était récupéré dans le petit bassin et transféré dans des tonneaux disposés soit à cheval sur des poutres de bois, soit sur des berceaux en pierre taillée. Le marc de raisin était évacué par le trou d'accès, et mis sous pressoir, afin d'obtenir le jus de presse, vin de petite qualité réservé à la consommation familiale. Cette opération terminée, le marc était distillé par le bouilleur de cru ambulant installé dans la rue, afin d'obtenir l'eau-de-vie.

Vieille cave

Le deuxième niveau est occupé par le rez-de-chaussée. C'est un espace réservé au domaine du travail. Dans les demeures peu profondes, cette pièce est très souvent l'écurie ou la bergerie ; on y remise les outils agricoles, notamment charrette et instruments de labour. Elle peut être aussi l'atelier de l'artisan, la boutique du commerçant, ou encore abriter le four du boulanger. Dans les maisons plus allongées, la pièce donnant sur la rue a la même destination que précédemment : on trouve sur la partie arrière une autre salle qui peut être également une écurie, mais plus souvent une réserve, principalement une "jarrerie", lieu où sont entreposées des jarres en terre cuite de grande dimension dans lesquelles est stockée l'huile d'olive. Cette pièce est très importante, elle va héberger la ressource financière principale du foyer. Cette huile doit être conservée dans les meilleures conditions, donc pas de fenêtre ici, ceci pour éviter la lumière du jour et maintenir une température constante. Pour éviter toute perte, le sol est carrelé, avec une légère déclivité vers un minuscule bassin situé au centre de la pièce dans l'espoir de récupérer le précieux liquide en cas d'accident, comme un renversement ou un bris de jarre.

Jarrerie

Dans les murs, de petites cavités cubiques permettent de déposer la lampe à huile ou à pétrole destinée à diffuser un éclairage en toute sécurité. C'est au premier étage que se trouve la cuisine. C'est une pièce toute en longueur, avec la cheminée adossée ou engagée dans un mur maître mitoyen. Le potager, très souvent, la prolonge jusqu'à l'évier qui est accolé au mur donnant sur la rue. On y trouve aussi un ou plusieurs placards encastrés, parfois une petite pièce aveugle faisant office de réserve. Dans les maisons plus importantes, ayant l'escalier central et une pièce de chaque côté, il n'est pas rare de trouver la cuisine sur l'arrière, si la maison donne sur une petite ruelle.

Draguinan-Rue juiverie

Ce choix est déterminé par le fait que dans les rues et ruelles, court une rigole alimentée par la surverse des fontaines, laquelle devient aussi un déversoir naturel pour les eaux grasses de la cuisine, se transformant, au fil de son parcours, en égout à ciel ouvert. A partir du deuxième étage, ce sont les espaces de repos, occupés exclusivement pour dormir. Dans la ou les chambres, en fonction de l'importance de l'habitat, il arrive que l'on trouve, mais rarement, une cheminée qui apporte un peu de chaleur. Pendant la période froide, si l'on voulait bénéficier d'un peu de bien-être au moment du coucher, il fallait soit réchauffer le lit avec une bassinoire remplie de braises, soit emporter avec soi une brique ou un gros galet qui avait séjourné près du feu, et que l'on avait soigneusement enveloppé dans un chiffon avant de le glisser dans les draps. On y trouve peu de mobilier : le lit, une commode, et, très souvent, des placards encastrés qui permettent le rangement du linge. Un cloisonnement à l'intérieur de la chambre permet de créer une petite pièce : la garde-robe, lieu d'aisance principalement réservé à la maîtresse de maison et aux enfants.

Foin-dans-le-grenie

C'est immédiatement sous le toit que se trouve le grenier, en général assez vaste pour contenir une grande quantité de foin. Celui-ci est hissé depuis la rue dans les trousses ou filets de corde, à l'aide d'une poulie fixée à une potence située au ras de la génoise et au-dessus d'une large ouverture. Une goulotte maçonnée partant du grenier et descendant à l'aplomb de la mangeoire permettait d'alimenter directement les animaux. Une partie du grenier pouvait être aménagée en séchoir. Un large espace, obtenu par un décalage de la toiture, laissant passer le soleil et assurant une bonne ventilation permettait de faire sécher sur des claies les figues et les tomates. On y conserve les grappes de raisin suspendues sur un fil ainsi que les fruits pour l'hiver.

Source : Extrait de "L'autrefois des cuisines de Provence" - Yves Fattori - Edisud

Autrefois des cuisines

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

01 mai 2022

La maison provençale (l'oustau)

Bastide

Dans le Var, les maisons de campagne ne sont pas désignées comme des mas mais comme des bastides, des ménages, des "oustau". L'habitation d'un paysan, malgré l'évolution rapide des mœurs après la dernière guerre, s'est peu transformée, extérieurement tout au moins. Le progrès est entré dans la cuisine mais beaucoup de bastides sont restées telles qu'au siècle passé, d'autres sont à l'état de "casau" (masure abandonnée) que l'on trouve dans les vallons et dont ne subsiste souvent qu'une partie des murs recouverts de lierre. Sur le devant pousse un vieux figuier ou d'antiques mûriers, parfois deux ou trois cyprès un peu funèbres mais typiques du paysage provençal (le nombre de trois était signe d'hospitalité). L'habitat, selon les périodes, se déplace car l'insécurité poussait à se réfugier en hauteur derrière les murailles et les remparts de défense autour des châteaux qui étaient plus sécurisants que l'isolement dans la campagne. Au village, en raison du manque d'espace, les maisons sont serrées les unes contre les autres, sont hautes, sur deux ou trois niveaux et assez austères. Le rez-de-chaussée comporte une remise, on accède au premier étage par un escalier raide d'une seule volée, et comporte la cuisine et une seconde pièce souvent sans fenêtre "la chambre soume" (sombre). Au deuxième niveau, on trouve une grande chambre et un grenier ou fenière (fenil). Sur le palier caché par un rideau l'indispensable seau hygiénique. Quand la sécurité fut à peu près certaine au XVIIIème siècle, la population eut le désir d'espace, besoin d'air libre et les villageois construisirent alors dans la plaine ou les vallées, des "ménages" c'est-à-dire, des maisons groupées en hameaux et entourées d'un jardin, potager ou verger au milieu des terres appartenant aux habitants de la maison. Nombre de ces ménages sont, de nos jours, en ruines couverts de lierre et de ronces. Du temps où ils étaient habités, à l'ombre fraîche d'un figuier ou des mûriers taillés en ramade, on mangeait dehors au frais. Il y avait un puits duquel on tirait l'eau avec un seau pendu par une grosse chaîne à un réa grinçant. Cette eau irisait le pastis fabriqué à la maison avec de l'eau de vie et de l'anis blanc auquel on ajoutait un petit verre de Fernet Branca, quelques feuilles d'absinthe et un peu de sucre. La bastide est massive, les murs épais, en pisé ou terre argileuse mêlée de chaux et de cailloux. La porte est basse, les fenêtres inégalement percées, fermées l'été pour empêcher la chaleur d'entrer (toutes les ouvertures sont petites par économie et besoin de fraîcheur). Jamais il n'y en a sur la face nord, la façade principale est toujours tournée au midi, sur certaines on a peint un cadran solaire pour lire l'heure. Les toitures couvertes de tuiles canal demi-rondes ou trapézoïdales sont à faible pente pour minimiser la prise du mistral. On posait dessus de grosses pierres car il arrivait qu'elles s'envolent arrachées par les terribles bourrasques de vent. Le rez-de-chaussée est occupé par l'écurie, l'étable, la cave ; souvent sans fermeture, on y abrite les gros outils, les araires, herses, sulfateuses, échelles... A côté, la lourde porte de l'appartement n'est presque jamais fermée, un rideau de toile de jute en interdit l'entrée aux mouches. Un sombre corridor va jusqu'au pied de l'escalier desservant l'étage, le sol est carrelé en pieds carrés en argile plus ou moins teintée.

Veillée

Sur un côté, une grande cuisine servant de salle où l'on prend les repas, est au cœur de la maison. Dans l'âtre d'une immense cheminée brûlent tout le jour et toute l'année de grosses bûches ; le soir on couvre les braises avec des cendres et le matin on les retrouve encore chaudes quand on y jette une gavelle (fagot de sarments secs). Les flammes renaissent et lèchent joyeusement le chaudron de fonte pendu au "crémasclé" (la crémaillère). La soupe y cuit pendant des heures, elle a d'ailleurs toujours un petit goût de fumée. Un "potager" aux carreaux rouges vernis et usés, garni d'un gros tian d'argile cuite dans lequel on fait la vaisselle avec l'eau amenée du puits dans les seaux de fer galvanisés ou des cruches en poterie vernie. Devant l'âtre, on fait le samedi des ablutions assez sommaires. Les murs et les plafonds hauts patinés par la fumée sont passés au lait de chaux de loin en loin, les poutres en chêne équarries grossièrement sont blanchies en même temps. Des papiers gluants de miel sont pendus au plafond pour attirer les mouches qui s'y collent. Une longue table tient le milieux de la pièce, parfois elle est recouverte d'une plaque de zinc, cela économise la toile cirée et le nettoyage est plus facile. La bouteille de vin y siège en permanence. Le couvert est mis : des assiettes profondes et sans rebords, genre écuelles pour la soupe, des couverts de fer rétamés une fois par an, tout est simple. Le soir, la lampe à pétrole ou à huile anime la maison. Le domestique, quand il y en a un, s'assoie à cette table avec les maîtres, et part ensuite coucher à la fenière, où il monte bien souvent par une échelle, il dort enroulé dans une simple couverture. Beaucoup de cadets de familles paysannes se plaçaient ainsi, des garçons ne possédant rien ou ayant mené une vie déréglée, démunis de tout, venaient demander dans les fermes du travail et un abri, parfois c'étaient des trimardeurs à qui l'on ne demandait rien, que leur nom, ils y demeuraient parfois jusqu'à leur mort.

Veillée en Provence

L'hiver, devant l'âtre, à la lumière du feu on veillait, les femmes tricotaient chaussettes ou couvertures de coton blanc, les hommes bavardaient. On monte l'escalier raide pour aller aux chambres et à la magnanerie. Les plafonds sont faits de canisses enduites de plâtre épais. On s'éclaire à l'aide de petites lampes à huiles au corps de verre, au ventre rempli d'huile, surmontées d'une mèche brûlant avec une flamme vacillante, souvent c'était à la bougie qu'on s'éclairait dans les chambres où l'on n'allumait jamais le feu. On emportait une tomette, un fer en fonte ou simplement un gros caillou chauffé dans l'âtre, enveloppé d'un chiffon, et on le plaçait au fond du lit, et pieds chauds, on dormait très bien. Le lit ne comportait qu'une paillasse posée sur des planches. Dans les maisons proches du rivage, le varech remplaçait la paille. Dans la chambre du maître de maison, sur la table de toilette trônent une cuvette et un broc de faïence fleuri, qui ne servent que de décor, puisqu'on se débarbouille à la cuisine. Sur la commode rustique, un bouquet de fleurs d'oranger de la mariée protégé par un globe de verre. De chaque côté, un vieux daguerréotype fané dans un cadre de bois taillé à la main. Au chevet du lit, un crucifix, un brin de buis ou d'olivier béni, le cierge de la Chandeleur éléments qui constituent une protection contre les misères de la vie. Une garde-robe à deux portes en bois fruitier, deux chaises et c'est tout ! Mais si le plancher est carrelé de tomettes rouges, la provençale aura à cœur de l' entretenir bien ciré. Il y a toujours quelques cafournons (pièces sombres) pour servir de débarras. Sur le palier est placé un seau hygiénique dont on jette chaque jour le contenu dans la suie (fosse à purin) derrière ou à côté de la maison. cette fosse recueille tous les déchets et tous les excréments humains, animaux, mêlés à la paille des litières, tout cela donnait un bon engrais, le seul, qu'on dit biologique maintenant.

Cabane au fond du jardin

Au fond du jardin, une cabane de planches dans laquelle une petite estrade sert de "cagadou" dans la journée, une jarre d'argile reçoit les déjections et souvent ce n'est seulement que de la sciure de bois qui couvre le sol. La vie se déroulait bien simplement dans ces bastides perdues.

SourceD'après le livre "Les Maures, terre de Provence" de Georgette Brun-Boglio - Les Presses du Midi à Toulon

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,


24 avril 2022

La naissance des villages varois

La Provence est, de nos jours, l'une des régions les plus fortement urbanisées de France. Cela ne signifie pas seulement un réseau dense de villes mais s'applique également au monde rural où l'habitat groupé est le modèle dominant. Le paysan, petit propriétaire ou journalier, n'habite pas souvent sur sa terre mais dans le village. Cette réalité s'est poursuivie jusqu'à la dernière guerre. 

Oppida, castra et villages médiévaux

Vieux-Cannet

Les ancêtres de nos villages, les oppida se développent vers le VIème siècle avant J-C. Dans le Var, leurs traces sont très nombreuses. Cependant, la trame des villages tels que nous les connaissons ne s'est véritablement constituée qu'aux périodes médiévales et modernes. Parmi la dizaine de villages qui nous servent d'illustration, seuls le vieux Cannet-des-Maures réutilise un site d'enceinte protohistorique et Cuers celui d'un établissement romain. Ce n'est qu'à la période incertaine du haut Moyen-Age qu'on assiste, vers la fin du Xème et le début du XIème siècle, à une renaissance sous la forme de castra. Ainsi, le vieux Cannet-des-Maures datant peut-être du VIIIème siècle est attesté dès le IXème siècle et Cuers est mentionné comme "castro quod vocatur Cocrius" en 1032 dans le cartulaire de l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Au XIIème siècle, la carte des implantations des villages telle qu'elle subsiste est pour une bonne part constituée. Les sites perchés, rebords de plateaux à flanc de colline dominant la vallée d'un ruisseau sont privilégiés.

Le Luc

Cuers

Ainsi, Le Luc, Ramatuelle, Cuers, Collobrières, le vieux Cannet, ainsi que Haute-Ville et Château-Royal, sites primitifs abandonnés de Puget-Ville et Carnoules. Le regroupement se fait autour de l'église ou du château qui occupent le point culminant : église à Collobrières, château au Luc et à Ramatuelle, château et église au vieux Cannet et à Cuers. Si Le Luc, Ramatuelle et Cuers sont clos de murs, Collobrières et le vieux Cannet sont ouverts. Ramatuelle, proche de la côte, commandant une voie de passage nord-sud, ne débordera ses murs que très tardivement. Le vieux Cannet pouvait abriter ses habitants en petit nombre à l'intérieur du château même, alors que Cuers et Le Luc, cités déjà importantes, devaient avoir une enceinte propre. La morphologie de ces villages médiévaux est encore bien visible au vieux Cannet ou encore à Ramatuelle qui ont peu évolué, ou dans les coeurs des autres villages. La structure est fortement influencée par le terrain : plans radioconcentriques aux rues suivant les courbes de niveaux et recoupées de ruelles en forte pente parfois rachetée par des pas-d'âne, aux tracés heurtés, en chicanes ou en impasses. Les rues sont étroites, l'espace rare est occupé au maximum, les passages couverts permettent de construire sur la rue.

 L'habitat du XVème au XVIIIème siècle

 Ces premiers noyaux connaissent ensuite une extension plus ou moins rapide avec des périodes d'expansion ou de récession suivant les vicissitudes du moment. Le milieu du XVème siècle et le début du XVIème voient les premières extensions notables de nos villages et m'amorce d'une tendance qui ira en se poursuivant au fil des siècles : le glissement le long de la pente vers la plaine. Les inconvénients dus aux sites perchés sont l'une des raisons de leur abandon progressif. Une nouvelle enceinte plus vaste est édifiée au Luc et à Cuers. Elle est parfois précédée par des fondations religieuses qui entraînent la constitution de faubourgs excentrés englobés plus tardivement dans l'agglomération. Ainsi au Luc, le faubourg des Carmes et à Cuers, celui des Bernardines. Le déplacement du centre est marqué à Cuers par la reconstruction de l'église dans la plaine après les guerres de Religion.

Collobrières

Collobrières ne commence à se développer qu'aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ramatuelle reste limité à son périmètre médiéval jusqu'au début du XIXème siècle. Entre 1470 et 1520, se situe la période des actes d'habitation passés à l'initiative des seigneurs laïques ou ecclésiastiques en vue de la remise en valeur de leurs terres après le dépeuplement des deux siècles précédents. Les réfugiés des villes sont incités à retourner aux champs par la création de nouveaux villages. Tel est la cas de Saint-Tropez repeuplé, par un acte d'habitation de 1470, sur un site différent de celui des fondations précédentes plusieurs fois ravagées et plus avantageux : site défensif protégé par la colline de la citadelle et site portuaire relativement abrité, à plusieurs anses. Entouré d'une enceinte très tôt débordée, ses nouveaux quartiers sont circonscrits au début du XVIIème siècle par une nouvelle enceinte. Carnoules en 1475 remplace Château-Royal et Vidauban le castrum de Vidalbano en 1511. Bien qu'édifiés en léger surplomb, la morphologie de ces villages est très différente de celle des castra. Le tracé des rues est rues est approximativement orthogonal (perpendiculaire) et régulier et celles-ci sont plus larges. Mis à part à Saint-Tropez, à cause de son éminent rôle stratégique, on n'éprouve plus le besoin d'être protégé par des murs.

Les Mayons

Autres création plus tardives et moins délibérées, Puget-Ville et Les Mayons. Puget-Ville se constitue au XVIIème siècle à partir de trois noyaux agglomérés situés sur une terrasse de faible dénivelé et remplace l'ancien chef-lieu de Haute-Ville. Les Mayons se forment au XVIIème siècle à partir de hameaux ruraux. L'habitat du XVIème au XVIIIème siècle nous est mieux connu car il est en grande majorité conservé dans sa structure. Il correspond à une population composée de paysans modestes et de petits artisans. Sur des espace exigus, il faut abriter à la fois la famille, les récoltes et le bétail (rare). Au rez-de-chaussée, la remise-écurie, pour le mulet nécessaire aux déplacements et au transport des récoltes entre la terre et le lieu de traitement ou de stockage, sert aussi de poulailler ou de loge à cochons ; au premier étage, le logis ; au deuxième étage, le fenil-grenier qui se distingue en façade par une seule fenêtre plus large et un mât de charge. Le souci d'agrandir cet espace vital à également conduit au creusement de caves, lieux de transformation et de stockage des produits (vin et huile d'olive). Quelques demeures de notables, plus vastes et plus ornées sont réparties dans le village. 

Aux XIXème et XXème siècles, l'évolution

carte-postale-ancienne-83-saint-tropez-quartier-de-pecheurs-au-vieux-port-preparatifs-des-filets-pour-la-peche

Le groupement fait alors place à l'étirement le long des voies de circulation, sur les sorties de village. C'est aussi la grande période des lotissements. L'extension de Saint-Tropez, du XVIIème au XIXème siècle, se fait sous cette forme ; Vidauban entièrement détruit par un incendie au XVIIIème siècle est le résultat d'une politique de lotissement ; la ville de Cuers achète pour le détruire en 1788 le couvent de Sainte-Ursule et ses dépendances en vue de construire un grand quartier ordonné selon un réseau "savant" de rues en patte d'oie ; Puget-Ville, de 1811 à 1848 voit la création d'un quartier qui porte sur le cadastre de 1848 le nom de Quartier Neuf et dont la construction se poursuit après cette date ; Collobrières, de 1825 à 1865, élabore un nouveau quartier.

Carnoules

Dans ces nouveaux quartiers, les annexes agricoles sont séparées des demeures et rejetées sur les marges (Collobrières, Ramatuelle, Saint-Tropez, Vidauban), regroupées dans certains îlots comme à Carnoules ou dans certaines rues (Puget-Ville, Saint-Tropez, Vidauban). De même on observe une ségrégation sociale plus marquée, les demeures bourgeoises se situent sur les rues principales et les places, cette localisation obéissant plus à un souci d'ostentation que de confort. Le statut social est aussi plus affirmé par les proportions, l'emploi de matériaux différents (la pierre de taille peu employée dans le Var où c'est le blocage enduit qui domine, le décor (corniches remplaçant les génoises, cordons entre les étages, encadrements de baies, décors moulés, etc...), portes-fenêtres à garde-corps en fonte décorée, etc... A cette époque, le Cannet-des-Maures nous donne l'exemple d'un changement de site tardif et de constitution d'un nouveau "village" sous la forme d'un lotissement. Le vieux Cannet-des-Maures était de plus en plus déserté. En 1880, on prend appui sur un hameau qui s'était développé autour de la gare du chemin de fer P.L.M. et que l'on dote des équipements nécessaires (mairie, église, école) pour permettre la transfert  du chef-lieu en 1903. Le Cannet n'a pas la structure d'un village traditionnel. C'est une simple juxtaposition de maisons souvent construites en retrait, au milieu de jardins, et reliées par des voies de desserte larges et rectilignes. 

Port-Grimaud

Et maintenant ?

Qu'en est-il aujourd'hui de l'évolution des villages varois ? L'extension le long des routes et par le biais de lotissements se poursuit. Ces derniers prennent des formes diverses A proximité des villages, on a conservé le modèle urbain de la rue : tracé orthogonal de voies où cependant les maisons entourées de jardins ne forment plus des alignements continus. C'est l'habitat pavillonnaire. Au cours des deux dernières décennies, les lotissements ont pris un nouveau visage. Ils sont le résultat d'un simple partage d'un terrain par un promoteur entre plusieurs propriétaires. On peut aussi noter deux avatars modernes des changements de site : les lotissements édifiés à l'écart de l'ancien village ais à qui l'on donne la structure d'une agglomération traditionnelle renforcée par l'utilisation d'une architecture "néo-provençale" et les "marines" (Port-Grimaud, les Marines de Cogolin...), villages nouveaux aménagés en étroite symbiose avec un port et entièrement soumis aux nouveaux impératifs économiques nés du tourisme.

Source : Magazine "Vieilles maisons françaises" - N° 107 - Avril-Mai 1985 - Article de Geneviève Négrel, chercheur de l'inventaire général Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

23 avril 2022

Mon blog "Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes"

Bonjour à toutes et tous,

je vous annonce que j'ai ouvert un blog depuis plus d'un an et que je l'ai alimenté au-fur-et-à-mesure de l'avancée de mes travaux. Il est déjà visité par bon nombre d'entre vous mais je ne l'avais pas annoncé officiellement. C'est chose faite.

De quoi s'agit-il ? 

De mon blog sur l'étude des tombes du vieux cimetière de Trans en Provence.
Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes.
Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes

Pourquoi ce blog ? Il y a deux raisons à sa création. Vous le savez ou bien vous l'apprenez, j'ai déjà un blog qui parle de mon village : Trans en Provence (lien plus bas). Mais celui sur lequel vous êtes est particulier, car il est entièrement consacré aux cimetières de la commune.

http://www.cimetierestrans.org
Mon dernier article sur ce blog : la synthèse
"Voilà, j'ai voulu terminer l'étude des tombes du vieux cimetière par les tombeaux qui se trouvent dans la chapelle. J'ai analysé 306 tombes y compris celles disparues lors de l'inondation du 15 juin 2010, 306 articles donc qui renvoient à autant de généalogies, plus 6 articles consacrés à l'histoire du vieux cimetière, à la généalogie, à l'inondation du vieux cimetière en 2010, etc... En tout 312 articles. J'ai également établi la généalogie des soldats morts pour la France et qui se trouvent sur le monument aux morts. J'ai aussi fait celle des victimes transianes de l'inondation de 1827 et pas que ça... Ma base de données généalogiques contient à ce jour plus de 39 000 personnes."
Toutes les familles de Trans enterrées au vieux cimetière ont été étudiées. Cela m'a pris plus d'un an à monter ce blog. Les généalogies ont été composées au fil du temps au cours de mes recherches généalogiques. Cela fait 35 ans que je recherche, étudie, farfouille et classe. Si cela vous intéresse, allez voir le blog et ma base de données de généalogie. Vous y trouverez peut-être votre famille.
Bonne lecture et bonnes trouvailles.

Ecusson et multi vues

 

Posté par Nadine de Trans à 11:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Exposition "Sur la trace des Monastères varois" aux Archives départementales du Var à Draguignan

Monastères varois

Les Archives départementales du Var vous invitent à découvrir quatorze de ces monastères édifiés entre le XIe et le XVe siècles qui font la richesse du patrimoine varois tant par leur architecture que par leur rôle dans l'histoire.

Après la lente christianisation de la France à la fin de l'Antiquité, symbolisée par le baptême de Clovis et de son armée vers 496-498, l'époque du Moyen-Âge voit monter en puissance l'Église catholique. L'Église encadre la vie spirituelle des fidèles par les sacrements, du baptême à l'extrême-onction et se charge de l'éducation, des oeuvres de charité ou de la transmission des valeurs. Elle est omniprésente. Parmi ceux qui se consacrent à Dieu dans le célibat, on distingue le clergé séculier (évêques, prêtres, diacres) directement au contact des fidèles et le clergé régulier (moines et moniales), qui vit en communauté dans un monastère.

L'actuel département du Var constitue à cette époque une partie de la Provence orientale, conquise par les Francs après Clovis puis érigée en comté sous l'autorité de plusieurs familles successives. Ce n'est qu'en 1481, peu après la mort du célèbre roi René d'Anjou, que la Provence intègre le royaume de France. La région est marquée par la présence de nombreux monastères. Voués à la prière et au travail manuel ou intellectuel, les ordres religieux contemplatifs souvent dérivés des bénédictins (clunisiens, cisterciens, chartreux), s'installent de préférence en dehors des villes,  valorisant l'espace agricole alors très développé en Provence. À partir des Croisades sont créés des ordres religieux militaires, chargés de protéger les pèlerins de Terre sainte. Parmi eux, figurent les fameux Templiers qui ont marqué le Var de leur présence. Apparus plus tard, au XIIIe siècle, les ordres mendiants dédiés à la prédication (franciscains, dominicains, augustins) placent plus souvent leurs couvents au sein des villes. Ainsi, le Var regorge des vestiges plus ou moins importants de ces monastères. Ce sont les églises, les chapelles, les monuments religieux qui sont présents partout : au cœur des villes, aux abords des villages, dans les hameaux, au sommet des collines, accrochés à un piton rocheux, et même cachés au fond d’une forêt. Le Var dispose d’un patrimoine religieux magnifique. Si l’Abbaye de La Celle et celle du Thoronet sont les monuments les plus connus, d’autres églises, plus petites, se révèlent également être de véritables joyaux architecturaux.

Soucieux de les valoriser, le Conseil départemental du Var a créé un itinéraire autour du patrimoine religieux varois intitulé "Sur les traces des monastères varois". Un circuit à travers le Var dans le cadre du projet GRITACCESS, inscrit dans le cadre du programme européen Italie-France 2014-2020 (MARITTIMO), et financé à hauteur de 85 % par le fonds européen Feder.
Prolongement de cette initiative et dans le cadre de la première Semaine départementale de l’histoire et de l'archéologie organisée par le Département en mars, l’exposition "Sur les traces des monastères varois" permet de découvrir, aux Archives départementales du Var, jusqu’au vendredi 5 août 2022, quatorze de ces sites. À travers une magnifique muséographie, les visiteurs y découvrent de splendides photographies de ces édifices cisterciens, templiers, chartreux ou encore dominicains.

Visible du 7 mars au 5 août 2022

Entrée gratuite sans réservation

Exposition sur les monastères varois

 

Posté par Nadine de Trans à 11:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17 avril 2022

Les filles de joie des bains publics

Bains-publics-moyen-age-finissant-en-bordel-avec-repas-et-prostitution

Les bains publics, enluminure 

Un couple nu se délasse dans un baquet rempli d'eau ; des femmes et des hommes dans le plus simple appareil se pressent devant un buffet, goûtant des mets savoureux... Le Moyen-Age, moins prude qu'on veut bien le dire, nous a légué nombre d'enluminures, gravures et autres miniatures de ce genre. Leurs décors sont les étuves, ces établissements de bains publics où chacun s'il en a les moyens, vient s'adonner aux plaisirs autorisés et même recommandés de la toilette. Mais certaines de ces œuvres montrent un élément quelque peu inattendu : un lit, dont le dais, relevé, laisse entrevoir un couple se livrant à d'autres agréments que ceux des ablutions. Implantées dans les villes à partir du XIIème siècle les étuves publiques répondent aux besoins d'une population en augmentation permanente. Mais dès le siècle suivant, elles acquièrent une réputation sulfureuse. Et, bien que la débauche y soit interdite, elles s'affirment comme l'un des principaux lieux de prostitution. Les premières étuves sont mixtes et ouvertes à tous. De plus, les clients peuvent se baigner en chemise ou dévêtus, car au Moyen-Age, la nudité n'est pas considérée comme sale.

Etuve

Et quand les étuves sont près de chez eux, les gens qui ont peu de moyens s'y rendent parfois sans vêtements, de peur de se les faire voler ! Mais dans ces étuves, on y boit et on y mange épicé, on festoie. Et évidemment, cela engendre des envies ! Sans oublier la présence des "frotteuses" (terme apparu vers 1350), ces servantes qui lavent le corps des clients avec des parfums , et dont certaines deviennent des filles de joie. De ce fait, les maisons de bain ont des chambres à l'étage et on y trouve des lits. C'est seulement à partir du XVème siècle que des villes imposent une séparation hommes-femmes ou distinguent les étuves "honestes" des prostibulaires. Mais, dans les cités médiévales en plein essor, selon faisait déjà longtemps que le prostitution débordait l'intimité des étuves. Toute bonne ville a ses filles, comme Avignon par exemple. Filles et fillettes joyeuses, folles de leur corps et autres belles dames cherchent le client dans les tavernes, les moulins, les fossés, aux abords des ponts, des églises ou des lieux de pèlerinage et jusque dans les cimetières, espaces non clos à l'époque et où se tiennent foires et marchés. Il s'agit souvent d'étrangères qui s'exilent pour préserver leur réputation. Certaines se déplacent en charrettes ambulantes, pour éviter de tomber sous la coupe des municipalités. Un proxénète peut aussi mener trois ou quatre filles de ville en ville. Qui sont leurs clients ?

Couple au lit

Des mauvais garçons, des artisans, des paysans, des soldats, des étudiants, des bourgeois et même des curés ! Au XVème siècle, une fille vaut le prix d'un œuf ! Difficile pour le très pieux saint Louis (Louis IX) d'accepter que la débauche se banalise dans son royaume. Le péché de luxure est le plus combattu par l'Eglise. Le roi promulgue dès 1254 une ordonnance visant à expulser les prostituées des villes de France. Un arrêt cependant bien difficile à faire respecter, d'où la relative tolérance du souverain qui deux ans plus tard, réduit le périmètre d'exclusion aux beaux quartiers et aux lieux saints. Il s'est rendu à l'évidence, sous l'influence de l'Eglise dont les positions sur la fornication ont évolué. Ces pratiques coupables sont donc tolérées, voire organisées, les lieux de résidence et horaires de "travail" réglementés. Avec une différence notable entre le nord et le sud du royaume. Au nord, la prostitution est cantonnée dans certains quartiers au noms fleuris tels : rues de la Fesse à Douai, rue Trace-putain et Tire-boudin à Paris. Rejetée en périphérie, elle gagne aussi les faubourgs ou les bords de fleuves, d'où le mot bordeau. A Besançon, les fillettes racolent sur les rives du Doubs avant de ramener le client au bordel pour la passe. En revanche, dans le sud du royaume, ce ne sont pas des rues mais de véritables établissements qui sont consacrés à la prostitution. Celle-ci est davantage contrôlée et les bordels publics qui apparaissent au XVème siècle ont pignon sur rue. Château-Gaillard à Tarascon, Bon-Hôtel à Aix (en Provence).

Bain medieval

Souvent situées au cœur des villes, ces maisons attirent une clientèle populaire, surtout des célibataires. Concurrencés par les tavernes, les bordels privés, dont les étuves et la prostitution de rue, ces établissements publics sont administrés par les pouvoirs urbains qui en tirent profit. Les municipalités font office de proxénètes. Le tenancier du bordel peut être une ancienne prostituée ou bien encore un sergent ! Ainsi, à Perpignan, une ordonnance consulaire de 1330 incite les filles à demeurer dans un lieu-dit surveillé par le "père des orphelins" qui est lieutenant de police. Quant aux ecclésiastiques, ils sont aussi très impliqués car l'Eglise est propriétaire de nombreux immeubles qu'elle loue. A Avignon, dès 1337, le maréchal du pape surveille les prostituées et touche chaque semaine deux sous par courtisane. Les tenanciers de bordels sont d'ailleurs souvent nommées "abbés" ou "abbesse" et certains établissements comme celui de Toulouse "abbaye". Ces "maisons communes" sont conçues comme des garants de l'ordre social et moral, il s'agit de satisfaire les ardeurs masculines et de protéger les honnêtes femmes. Le bordel public est créé par les autorités urbaines dans le but de canaliser la sexualité hors mariage en un lieu clos.

Bordel

Les prostituées sont des pécheresses, mais elles peuvent être sauvées car elles ont le droit d'aller à l'église et même d'être enterrées dans le cimetière, si elles se sont confessées avant de mourir et rien ne leur interdit par ailleurs d'assister aux fêtes publiques. Dès la fin du XVème siècle, toutefois, la peur de la maladie  et de la mort entraîne un changement des mentalités qui frappe les prostituées. La syphilis fait des ravages au sein d'une population déjà éprouvée par les épidémies de peste et par les guerres. Les filles joyeuses font place aux garces, putains et femmes impudiques. La prostituée devient l'enrôleuse macabre, porteuse de tous les vices. Jugés dangereux par les autorités, bordels et étuves ferment dès 1550, et l'ordonnance de 1560 promulguée l'année suivante, met fin à l'existence officielle de la prostitution. Dans les faits, elle continue en toute illégalité à essaimer dans les tavernes, rues et maisons. Les châtiments publics infligés aux femmes de mauvaise vie deviennent alors un moyen de pression morale pour satisfaire le puritanisme associé à la Réforme et à la Contre-Réforme (XVIème siècle).

Avignon au Moyen Age

Avignon, nouvelle Babylone ?

Selon un adage du Moyen-Age, on ne peut traverser le pont d'Avignon, sans rencontrer deux moines, deux ânes et deux putains. Au XIVème siècle, l'image sulfureuse de la ville s'explique par l'explosion de la population urbaine liée à l'installation du pape en 1309 (voir mon article sur les papes en Avignon paru le 20 mars 2022). Avec l'arrivée de la cour pontificale, des cardinaux, des princes étrangers, des marchands, l'ambiance est particulièrement survoltée. Au milieu du siècle, la prostitution avignonnaise a son quartier principal : le Bourg Neuf dans les environs du couvent des franciscains. Il est traversé par la Bonne-Rue, où l'on trouve les "bonnes maisons". Pour autant, la prostitution s'intègre dans le tissu social et les bordels sont aussi dispersés dans la ville (près des Carmes, de l'archevêché...) qui compte à cette époque, une dizaine d'étuves. Les filles racolent également dans les cimetières paroissiaux. Dans le cimetière Saint Pierre, il se commet des adultères même la nuit. Sur la plainte du chapitre de saint-Pierre, le pape Innocent VI ordonne sa clôture en 1359. Quant au cimetière du Pont-Frac, au vu des désordres, l'évêque d'Avignon y fonde une chapelle en 1347. Un moyen d'inciter aux bonnes mœurs. 

Source : Hors-série Sciences et Avenir : Vivre en ville au Moyen-Age - Les nouvelles découvertes - paru en octobre/novembre 2016. D'après l'article "Les filles joyeuses des bains publics" de Laureen Bouyssou.

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

10 avril 2022

La lanterne d'Auguste à Fréjus

Frejus_lanterne_auguste

Aujourd’hui entièrement comblé, le port antique de Fréjus, dont les vestiges sont classés Monument Historique depuis 1886, est un bassin artificiel creusé dans les marécages qui bordaient l’éperon rocheux sur lequel a été établie la ville. Il se trouve donc à l’intérieur des terres à environ 1200 m de la mer. A l’époque antique, le rivage se situait à 900 mètres approximativement du port. On peut suivre le canal qui reliait le port à la mer sur 460 m, grâce à un mur crénelé qui en bordait le côté Ouest. Le bassin a la forme d’un polygone irrégulier de 17 hectares environ. Il était entouré de quais et limité au sud par un parapet de 560 m de longueur. 

Lanterne

L’entrée du port était signalée par une construction connue sous le nom de "Lanterne d’Auguste". Il s’agit en fait d’un amer, point de repère fixe et identifiable sans ambiguïté utilisé pour la navigation maritime. Cet édifice hexagonal de 10 m de hauteur, couronné d’une pyramide à six pans, repose sur un édifice plus ancien composé de deux exèdres (une exèdre est dans un bâtiment une salle de conversation équipée de sièges ou de bancs. Elle suit le plus souvent un plan semi-circulaire). Les phares antiques sont les premières signalisations maritimes à feux apparues avec le développement de la marine. Ils sont attestés chez les grecs aussi bien que chez les romains. La navigation à l’estime des anciens est peu précise. Atteignant la côte dans un secteur plus ou moins large par rapport à sa destination finale, le pilote doit achever ensuite sa route par une navigation de cabotage, il utilise les amers naturels et la signalisation maritime pour se faire. L’appellation de "lanterne" n’est pas appropriée pour cet édifice qui ne peux pas être un phare. Le nom "phare" vient du mot grec "pharos", qui est le nom de l’île où se trouvait le phare d’Alexandrie, resté un symbole de par son architecture extraordinaire. Il était considéré dans l'Antiquité comme la septième des Sept Merveilles du monde et a servi de guide aux marins pendant près de dix-sept siècles.

 Les phares ont pour rôle de garantir le salut des marins, le plus souvent couronnés par une statue d’une divinité, dédiée à un dieu sauveur. Les marins n’hésitent pas à confier leur navigation aux divinités des ports, à les prier en pleine mer et à les remercier en arrivant à bon port. Le phare étant une tour au sommet de laquelle brûle un feu, cela implique un accès par un escalier pour atteindre ce sommet, ce qui n’est pas le cas à Fréjus car l’édifice est plein. Les ruines d’un phare romain ont été découvertes sur le petit îlot du Lion de Mer dans la baie de Saint-Raphaël. Ce phare indiquait certainement l’entrée du chenal du port romain de Fréjus. La technique de construction employée, est celle couramment utilisée sur Fréjus, c’est-à-dire en petit appareil de grès brun du Massif de l’Estérel, relié par du mortier à la chaux grasse.

Lanterne d'Auguste

L’appellation "Lanterne d'Auguste" vient certainement du fait que l’Empereur Romain Auguste (-63, 14) premier Empereur Romain, ait construit le port avec son général Agrippa, après la victoire d’Actium en 31 av. JC. Sur ce site se trouve également une construction en tuf, qui n’a pas dévoilé tous ses mystères, un temple pour certain ou une structure qui permettait de tirer une chaîne qui fermait l’entrée du port, comme nous le précise Marcus Vitruvius Pollio, connu sous le nom de Vitruve, architecte romain qui vécut au Ier siècle av. J.-C. dans son "Traité d’Architecture". On trouve également la présence d'un grand mur qui vient s’accoler à la lanterne, mur crénelé de protection du chenal.

Sources : D'après les sites frejus.fr et portfrejus.fr y compris les photos

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

03 avril 2022

Toc, toc, qui va là ? Les heurtoirs de portes

Heurtoirs de porte-Méherbes 84

Heurtoir à Méherbes - Vaucluse (Photo internet)

Supplanté par la sonnette, puis plus tard par l'interphone, le heurtoir a bien souvent retenti par le passé pour annoncer d'un coup discret ou appuyé un visiteur porteur de bonne ou de mauvaise nouvelle. Les premiers marteaux de porte façonnés datent du début du Moyen-Age. Le XIème siècle usera le plus souvent de simples maillets, d'abord en bronze puis en fer, que l'on suspendait aux huis à l'aide de deux tourillons ou d'un boulon glissé dans un oeil. Marteaux et anneaux garniront ainsi les entrées des demeures privées comme celles des églises et des couvents où les voyageurs venaient demander asile. Dès le XVème siècle, alors que ça et là s'élèvent, hôtels particuliers, églises et chapelles et que s'érigent de fastueuses rampes d'escalier et de balcons, l'art des heurtoirs se décline sous de nombreuses formes : fantaisies moulurées de clercs tonsurés, chevaliers caparaçonnés de heaumes, bêtes chimériques et têtes diaboliques grimaçantes. Aux côtés de ces extravagances, influencées alors par l'univers du fantastique, le décor floral saura toutefois s'imposer.

Aix-Hôtel Maurel-Pontevès

La porte de l'hôtel Maurel de Pontevès à Aix-en-Provence impressionne par ses atlantes et ses heurtoirs à tête de lion (Photo Nadine)

Lion

Heurtoir avec une tête de lion (Photo internet)

Heurtoirs et contre-heurtoirs : coquilles d'applique, rosaces de fond dentelées ou tréflées, souvent en fer repoussé, servant de butoir, feront raisonner de concert pommes de pins, coeurs entrelacés, fleurs de lys et palmes exotiques. Ces compositions rivalisent d'originalité, qui sur les grandes maisons de la noblesse vont s'enrichir de l'emblème des familles régnantes... Jusqu'au début du XVIème siècle, les techniques d'ornementation n'auront de cesse de déployer des trésors d'inventivité. Dans les années qui suivront, époque de Henri II, on leur préférera la sobriété, si bien que le heurtoir finira par se figer dans des formes bien plus conventionnelles. C'est au cours du XIXème siècle que la tradition des heurtoirs va péricliter. Ils sont en effet supplantés par les premières sonnettes commandées à distance, ils perdront ainsi toute raison d'être laissant la place à un art purement décoratif qui ne sait plus exciter l'imagination ni la maestria des forgerons.

Main

Heurtoir en forme de main (Photo internet)

Amoureux

Heurtoir de porte original : deux amoureux (Photo internet)

Angelot

Heurtoir en forme d'angelot (Photo internet)

Néanmoins, aujourd'hui encore, au seuil des plus grandes propriétés provençales, dans l'ombre d'une porte cochère, se révèlent de petits bijoux oubliés, des coeurs de bronze renversés rehaussés de fleurs de lys en relief, des rosaces ogivales finement ciselées, des dragons recourbés, gueules dirigées vers la coquille de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ou encore des heurtoirs en forme d'anneaux ronds mauresques, martelés de points et de lignes, creusés au burin, qui font un pied de nez aux séries banalisées en bronze, en cuivre et même en fonte de l'ère industrielle. Autant de petites merveilles qui restaurent toute l'influence de la tradition ferronnière espagnole et le talent minutieux des artisans compagnons qui sillonnèrent autrefois les routes de France et de Navarre en quête de chefs-d'oeuvre à confectionner.

Source : D'après un article paru dans le magazine "Pays de Provence-Côte-d'Azur, terroirs, patrimoine, art de vivre" - Mars/Avril 2003- Auteur : Nathalie Dallain

Ampus

 Heurtoir de porte à Ampus (Photo Nadine)

 

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

27 mars 2022

Les rites de la mort en Provence

La mort a ses coutumes dont certaines sont encore pratiquées de nos jours. Dès que le dernier soupir emportait l'âme d'un agonisant, on arrêtait le travail (les tâches indispensables comme les soins à donner au bétail étaient prises en charge par des voisins), puis on fermait les fenêtres, on voilait les miroirs avec des nappes blanches, on éteignait le feu dans la pièce et on arrêtait les pendules. Puis le mort était vêtu de ses plus beaux habits, souvent le costume de son mariage qu'il n'avait remis qu'à l'occasion de baptêmes. Puis, on allumait un cierge à son chevet.

Les proches et les voisins s'occupaient des démarches et faisaient savoir le décès dans le village prévenant le curé pour sonner le glas et déclaraient le décès à la mairie. Un membre de la famille s'installait dans la chambre et recevait tous ceux du village qui venaient rendre visite et présenter leurs condoléances ; en entrant, ils signaient le mort avec le brin d'olivier ou de laurier plongé dans un verre d'eau bénite.

La veillée funèbre groupait parents, voisins, on buvait du café et on discutait pour se tenir éveillé. Il arrivait que la conversation tourne vers des sujets tout à fait étrangers à l'évènement ou au passé de celui qui n'était plus et quelquefois on racontait des épisodes drôles.

Corbillard

Le fourgon funèbre était tout drapé de noir bordé de galons et de pompons argentés ; tiré par un cheval il nous amenait doucement à l'église où pénétraient seulement les femmes, les hommes restant à l'extérieur ou au café le plus proche. Après la cérémonie, on reprenait le cortège et en suivant le mort jusqu'à sa dernière demeure, tout comme aujourd'hui, beaucoup d'hommes bavardaient, les femmes, elles, ressentaient plus profondément la tristesse de cet accompagnement et elles étaient souvent plus silencieuses. De retour à la maison, toute la famille et ceux qui s'étaient déplacés de loin se retrouvaient autour de la table où le repas était animé en évoquant les moments heureux ou gais de la vie du disparu, parfois on riait. On se quittait en se promettant de se voir plus souvent tout en sachant bien qui c'était les décès qui, le plus souvent, réunissaient la famille. De nos jours, on ne veille plus les morts, on ne voile plus les miroirs. Dans les villages pauvres, le cercueil était chargé sur un char à banc et quelquefois même, porté à bras. Après la mort la désinfection était sommaire. L'eau de Javel n'était pas connue au début du siècle ; on laissait le linge étalé sur l'herbe la nuit et le "serein" le blanchissait. Quand on avait perdu un être cher d'une maladie contagieuse, le linge qui avait servi était enterré dans un trou creusé profond où il restait trois jours, après lesquels on estimait que les microbes étaient détruits. Suite à ce séjour en terre, on le lessivait plusieurs fois, mais comme on gardait certains vêtements et les chaussures, la contagion courait et des familles entières étaient emportées par la tuberculose !

Source : Les Maures, terre de Provence - Georgette Brun-Boglio - Editions Les Presses du Midi.

************************************

 Si vous désirez lire ou relire un article paru le 4 mars 2018 : "Les âges de la vie", je mets le lien afin que vous puissiez y aller :

Les âges de la vie - Passion Provence

De nombreuses coutumes marquent les différentes étapes de la vie, le premier et le dernier jour. Vivaces à l'époque qui nous concerne, certaines perdurent jusqu'à nos jours. A la naissance, la mère était assistée par une femme expérimentée du voisinage "la buono fremo" (la bonne femme) et la superstition voulait que le nouveau né ne sorte pas avant le baptême qui devait avoir lieu dans les trois jours suivant la naissance.

http://www.passionprovence.org

Posté par Nadine de Trans à 00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,