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Passion Provence

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  • Bienvenue chez moi à Trans en Provence dans le Var. Je vous invite à la découverte de la Provence et du Var en particulier à travers son histoire, son patrimoine, ses traditions, ses coutumes, ses légendes, etc...
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18 septembre 2012

Bèn vengudo dins lou Var

 

Région Provence

 

Bienvenue dans le Var.

 

Mes autres blogs sont ci-dessous :

 

Trans en Provence au fil de la Nartuby : http://www.transenprovence.info

 

Nouveau blog : Trans en Provence d'hier et d'aujourd'hui : Trans en Provence d'hier et d'aujourd'hui (villagedetrans83.fr)

 

Nouveau blog : Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes

Cimetières de Trans en Provence et généalogies transianes (cimetierestrans.org)

 

La Gazette de Nadine : La Gazette de Nadine (canalblog.com)

 

Ma base de données de généalogie :

 

Des racines et des hommes - Geneanet

 

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"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

 

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3 juillet 2024

Les amours impossibles d'Aloïse et Bozon

 

Il était une fois sur la rive droite du ravin, à Moustiers (Alpes-de-Haute-Provence), au quartier des Baumettes, le sire de Pena, baron de Moustiers qui était le tuteur de la belle Aloïse. De l'autre côté du pont, c'était "le faubourg" et le père du jeune chevalier nommé Bozon en était le seigneur.

 

Amoureux

 

Or, un beau jour, la pure et chaste Aloïse, rencontra Bozon et éprouva un sentiment inconnu en le voyant, sentiment troublant qui fit soulever l'albâtre de son sein, pâlir son visage et troubler sa vue. Bien entendu, le coup de foudre fut réciproque et le jeune Bozon ne tarda pas à déclarer la passion qui remplissait son âme, et les vœux ardents qu'il adressait au ciel pour obtenir la main de la belle Aloïse. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais hélas, à ce coup de foudre succéda bientôt un coup de tonnerre. Les parents des deux amoureux, qui ne s'aimaient guère, poussés par on ne sait quels intérêts ou vieilles rancunes tenaces, se déclarèrent la guerre. Et comme le père de Bozon était trop vieux pour combattre, c'est Bozon lui-même qui fut désigné pour porter le glaive contre celui qui aurait pu être son beau-père. Bozon eut beau refuser l'honneur qui lui était fait de prendre le commandement d'une coalition de petits seigneurs locaux, petits mais cependant, tous de vaillants guerriers, pour l'assaut contre leur suzerain honni. Le baron de Moustiers son père et les autres chevaliers furent inflexibles. Contre son gré, Bozon dut alors se résoudre à prendre le glaive contre le camp de sa bien-aimée. Lorsqu'elle apprit la chose, la belle s'évanouit dans les bras de sa nourrice. C'est alors que les hostilités commencèrent. "Déjà sous le disque sanglant de la lune, à la lueur des torches enflammées, on voyait les chefs et les soldats s'avancer avec furie des deux côtés de Moustiers. La fougueuse impatience qui les dévorait ne leur avait pas permis d'attendre jusqu'au lendemain. Déjà le glaive du carnage était tiré, le sang ruisselait dans les rues et des cris perçants ou des imprécations féroces pouvaient parvenir jusqu'à la chapelle des rochers. Vainqueur ou repoussé tour à tour, chacun des deux partis s'animait mutuellement d'une nouvelle furie, et frémissait de la résistance qu'on osait lui opposer... A chaque victime qui succombe sous le fer meurtrier, des hurlements de joie, ou des plaintes des blessés font retentir la vallée, les remparts et les rochers de l'ermitage." Aloïse revenue à elle, dominée par sa passion et n'écoutant que son courage, descendit alors sur le lieu de la bataille, au milieu des combattants, près du pont de bois, cherchant Bozon.

 

Bataille

 

"La rage des assaillants était devenue si violente en ce moment, que l'infortunée Aloïse ne fut aperçue d'aucun des guerriers." Une flèche, décochée par on ne sait quel parti, lui transperça la poitrine. Elle tomba et fut aussitôt foulée aux pieds des chevaux et des soldats. Même le ciel s'en mêla : "En ce fatal moment, un orage épouvantable éclatait avec impétuosité. Un craquement horrible semblait fendre les rochers du haut en bas. Les éclairs en sillonnaient les crevasses et répandaient une clarté sinistre sur cette scène de douleur. Le bruit prolongé du tonnerre retentit en affreux mugissements ; il se mêle aux bruits des armes ; les échos les répètent, et des torrents d'eau noirâtre s'échappent des nombreuses cavités de la montagne." Grimpé sur un rocher pour mieux observer le champ de bataille, Bozon vit le pont de bois s'écrouler sous l'assaut des eaux et le corps d'Aloïse emporté par le courant. Le courageux chevalier, n'hésitant pas une seconde, voulut se jeter à l'eau, après s'être débarrassé de son casque, de son épée et de son bouclier. Mais un javelot tout aussi aigu que perfide l'atteignit, brisant net son élan. Pendant ce temps là, devant la violence de la tempête, les soldats s'étaient dispersés. Plusieurs d'entre eux s'étaient aperçu du même coup, qu'il avaient horreur d'égorger leurs concitoyens. D'autres, désertant le combat, se partageaient avidement le butin dont ils s'étaient emparés. Peu à peu, l'arène sanglante était devenue presque déserte. C'est alors que le vaillant Blacas arriva. Frère d'armes de Bozon, il le prit dans ses bras et recueillit les dernières volontés du mourant : "O Blacas, cher Blacas ! Promets-moi de réunir mon corps à celui de mon Aloïse". La fin de la bataille fut marquée par un phénomène singulier : l'air sembla retrouver sa sérénité première, la nature reprit sa touchante harmonie et, ô miracle, le flot impétueux s'interrompit, permettant à nouveau le passage de l'une à l'autre rive et remédiant ainsi à la destruction du pont. Blacas se rendit aussitôt en ambassade auprès du terrible baron de Pena, tuteur de la défunte Aloïse, pour lui faire part de sa requête du tout aussi défunt Bozon. L'intraitable baron refusa et, au contraire, donna l'ordre que chacun des deux corps soit déposé, l'un au sommet du baou (Nota de Nadine : un baou est une falaise, une colline ou un escarpement qui possède souvent un sommet plat (Cf. Wikipédia)) qui domine Moustiers, l'autre sur la cime du baou opposé, celui qui surplombe le faubourg, les séparant de cette façon pour l'éternité. Le plus curieux dans cette chronique désolante, c'est qu'on fit graver sur le marbre du tombeau d'Aloïse : "Rose naissante, tu n'as pas pu t'épanouir !" La fin de l'histoire n'en est pas moins étonnante : un matin, au moment où les premières lueurs de l'aurore ramènent dans les champs les laboureurs et les bergers, parut tout à coup à leurs yeux une chaîne immense qui réunissait les deux tombeaux, et à laquelle était attachée comme par enchantement la comète embrasée, symbole de la flamme éternelle qui anima le coeur d'Aloïse et de Bozon. "On assure que, sur ordre de Blacas, deux anneaux d'or placés à chaque extrémité de la chaîne, viennent s'attacher sous le marbre, à la main des deux amants, comme pour les unir à jamais".

 

Moustiers-sainte-marie la chaîne

 

La chaîne porteuse de la comète qui traverse encore de nos jours le ciel de Moustiers (Photo internet)

 

Source : D'après une chronique de Louis-François de Villeneuve-Bargemon écrite en 1824 et reprise par Jacques Lecugy dans le numéro 33 de la revue Verdons - décembre 2010.

 

23 juin 2024

La cigale et la fourmi à la sauce provençale

La_cigale_et_la_fourmi

 

Zézette, une cagole de l'Estaque, qui n'a que des cacarinettes dans la tête, passe le plus clair de son temps à se radasser la mounine au soleil ou à frotter avec les càcous du quartier.
Ce soir-là, revenant du baletti ou elle avait passé la soirée avec Dédou, son béguin, elle rentre chez elle avec un petit creux qui lui agace l'estomac.
Sans doute que la soirée passée avec son frotadou lui a ouvert l'appétit, et ce n'est certainement pas le petit chichi qu'il lui a offert, qui a réussi à rassasier la poufiasse. Alors, à peine entrée dans sa cuisine, elle se dirige vers le réfrigérateur et se jette sur la poignée comme un gobi sur l'hameçon.
Là, elle se prend l'estoumagade de sa vie. Elle s'écrie :
- Putain la cagade ! Y reste pas un rataillon, il est vide ce counas !
En effet, le frigo est vide, aussi vide qu'une coquille de moule qui a croisé une favouille. Pas la moindre miette de tambouille.
Toute estransinée par ce putain de sort qui vient, comme un boucan, de s'abattre sur elle, Zézette résignée se dit :
- Tè vé, ce soir pour la gamelle, c'est macari, on va manger à dache.
C'est alors qu'une idée vient germer dans son teston.
- Et si j'allais voir Fanny ! Se dit-elle. En la broumégeant un peu je pourrais sans doute lui resquiller un fond de daube.
Fanny c'est sa voisine. Une pitchounette brave et travailleuse qui n'a pas peur de se lever le maffre tous les jours pour remplir son cabas. Aussi chez elle, il y a toujours un tian qui mijote avec une soupe au pistou ou quelques artichauts à la barigoule. Zézette lui rend visite.
- Bonsoir ma belle, coumé sian ! Dis-moi, comme je suis un peu à la dèche en ce moment, tu pourrais pas me dépanner d'un péton de nourriture ? Brave comme tu es, je suis sûre que tu vas pas me laisser dans la mouscaille !
En effet, Fanny est une brave petite toujours prête à rendre service. Mais si elle est brave la Fanny elle est aussi un peu rascous et surtout elle aime pas qu'on vienne lui esquicher les agassins quand elle est en train de se taper une grosse bugade. Ça c'est le genre de chose qui aurait plutôt tendance à lui donner les brègues. Alors elle regarde Zézette la mangiapan et lui lance :
- Oh collègue ! Tu crois pas que tu pousses le bouchon un peu loin ? Moi !, tous les jours je me lève un tafanàri comaco pour me nourrir ! Et toi pendant ce temps là, qu'est-ce que tu fais de tes journées ?
- Moi ! ? lui répond la cagole... J'aime bien aller m'allonger au soleil ! Ça me donne de belles couleurs et ça m'évite de mettre du trompe couillon.
- Ah ! Tu aimes bien faire la dame et te radasser la pachole au soleil, et bien maintenant tu peux te chasper. Non mais ! ? Qu'es'aco ? C'est pas la peine d'essayer de me roustir parce que c'est pas chez moi que tu auras quelque chose à rousiguer, alors tu me pompes pas l'air, tu t'esbignes et tu vas te faire une soupe de fèves.

 

 Texte de Richard Caldi

 

Source : Trouvé sur le site de l'écomusée de la Vallée du Gapeau que je vous recommande de visiter

 

https://ecomuseegapeau.org/

 

LIVRE-1-FABLE-1-LA-CIGALE-ET-LA-FOURMI

 

1 juin 2024

Les pigeonniers de Provence

 

Une Provence à tire-d'aile

 

Envol de pigeons

 

Trahis par l'envol effrayé de quelques pigeons, d'innombrables colombiers (de coulon, nom ancien du pigeon) se révèlent soudain au regard du voyageur. A celui qui daigne s'en approcher, ces citadelles narrent une époque où leurs hôtes volatiles participaient au quotidien de la communauté rurale. Moyens de communication formidables quand le téléphone n'existait pas, lorsque la poste allait un train de sénateur, messagers d'espoir en temps de guerre, les ramiers sont depuis la plus haute Antiquité, pourvoyeurs de chair délicate. Synonyme de fertilité, leurs fiente ou colombine, amendera les terres jusqu'à l'avènement de l'engrais chimique. Rien d'étonnant alors, si d'un bout à l'autre de la Provence, on trouve des pigeonniers.

 

Pigeonnier à Lourmarin

 

Pigeonnier à l'entrée de Lourmarin 84 - (Photo internet)

 

Ils sont tous différents car chacun les édifie selon ses moyens. Ceux dits "à pied" sont l'apanage des grands domaines et ils accueillent des milliers de volatiles du bas jusqu'en haut de la bâtisse. Ceux-là sont assujettis à des taxes jusqu'à la Révolution, dont seuls les seigneurs peuvent s'acquitter. Ici et là s'érigent des structures plus modestes, sur solives ou à cheval, dispensées de toute autorisation de construire. Ceux-là n'hébergent des pigeons que dans la partie supérieure de l'édifice : le rez-de-chaussée sert de remise ou de poulailler, et l'étage supérieur, de réserve pour le récoltes. Somptueusement coiffés d'un clocheton polychrome ou encastrés dans la falaise tels les singuliers pigeonniers rupestres de Quinson (04), de Lauris (84) et des Baux (13), moulins à vent ou tours de guet moyenâgeuses détournées, ils ont en commun le souci de leurs hôtes. Larges lucarnes aménagées dans le toit pour faciliter le ventilation, grilles d'envol plein sud, à l'abri du mistral et de dimensions réduites, histoire de barrer l'accès aux buses et aux faucons.

 

Tavernes-pigeonnier-provencal

 

Pigeonnier à Tavernes 83 - (Photo internet)

 

Pigeonnier à Lanson

 

Pigeonnier à Lanson de Provence 13 - (Photo internet)

 

Généralement, une randière, mosaïque de carreaux vernissés vert olive, mordorés, rouges et bruns, ceint le pigeonnier ou du moins les ouvertures, empêchant l'ascension des rats, belettes et fouines. Sur la hauteur du bâtiment, courent des larmiers, souvent en tuiles, parfois en pierre ou en lauze. Disposées en génoise, voire en une ou plusieurs rangées successives, ces cordelières, outre qu'elles coupent la monotonie verticale de la façade par leurs courbes et surplombs, renforcent la solidité de l'édifice et servent de promenoirs au pigeons. Le pigeonnier conjugue ornements et accessoires et présente une typologie différente selon les régions. Aux abords du delta du Rhône, l'architecture flirte avec les chaudes tonalités de la pierre blanche, exempte de carreaux vernissés, percée d'ouvertures en pyramide. Près d'Aix-en-Provence comme sur les premières terres brûlées de Haute-Provence, la préférence est donnés aux colombarii cylindriques, inspirés de l'Antiquité.

 

3 soldats

Bories colombiers

 

Les bories de Gordes appelées les trois soldats, dont deux pigeonniers (Photos internet)

 

Tous valent le détour comme ces pigeonniers-bories de Gordes, surmontés de quilles en pierre (symboles phalliques de fertilité) au nombre de trois dont deux pigeonniers, ou bien celui construit au XVIème siècle dans l'ombre du château de Lourmarin, naguère riche de trois mille boulins.

 

Brue

Brue pigeonnier

 

Le colombier de Brue-Auriac (photo internet)

 

A Brue-Auriac (83), le plus grand colombier de France du XVIIIème siècle est l'un des plus étonnants. Il est répertorié comme étant un des plus beaux pigeonniers de Provence et d'Europe : 22,50 m de haut et 12,43 m de diamètre. Il pouvait contenir plus de 1500 pigeons. Sa toiture est soutenue et décorée de pilastres. Le pigeonnier a été construit aux environs de 1750 par Georges Roux de Corse, armateur Marseillais qui élevait des pigeons voyageurs. Il est bâti sur un plan circulaire, de manière à pouvoir installer une échelle tournante permettant d'accéder individuellement à chacun des nids appelés "boulins" : un arbre vertical élevé au centre de la tour soutenait une échelle verticale ou inclinée se déplaçant à une faible distance de la paroi.

 

Pigeonnier de Limans

 

Pigeonnier à Limans 04 - (Photo internet)

 

A ces construction circulaires, d'autres préféreront la tour carrée, plus facile à bâtir : lucarnes au niveau de la toiture en cascade ou "pied-de-mulet", bandeau aux rives des murs pour protéger des vents dominants, grilles d'envol flanquant la façade principale en Camargue ou dans les Alpilles, pierre de taille sur encorbellements, à l'instar du pigeonnier de Limans, dans la pays de Forcalquier (04).

 

Si ces pigeonniers sont volontairement isolés, d'autres s'adossent carrément aux bâtiments d'exploitation. Ainsi au château de Calissanne, entre La Fare-les-Oliviers et Saint-Chamas, un colombier néogothique du XIXème siècle aux allures fantasmagoriques trône dans l'angle d'un bâtiment, véritable rotule dans la liaison des volumes. Cent mètres en contrebas, un pigeonnier sur toit embrasse la campagne alentour. Le prieuré de Saint-Roch, à Tarascon, abrite, lui, une belle construction en pierre coiffée d'une dôme et d'un escalier de même facture.

 

Mirabeau

 

Chapelle-colombier de Sainte Madeleine à Mirabeau 84 - (Photo internet)

 

Près de Pertuis, la chapelle-colombier de Mirabeau, du haut de son roc, domine la Durance depuis le XIIIème siècle ; construction de style roman, avec façade et clocher dotés de pierres en relief en guise de plage d'envol. Combien de colombiers singuliers se voient ainsi en terre provençale ? Plusieurs milliers... Laissez traîner le regard du côté des propriétés agricoles, en plaine ou à flanc de coteau, vous en découvrirez de nouveaux, spectaculaires dans l'équilibre des volumes. Ces sentinelles du patrimoine offrent à chacun de survoler l'histoire rurale, de rappeler qu'ici en Provence, la liberté architecturale fut acquise aux roturiers bien avant la Révolution. En espérant que ces petits bâtis trop souvent voués à la ruine mais classés à l'inventaire des Monuments historiques cependant, demeureront encore longtemps des bastions du paysage méridional.

 

Source : D'après un article paru sur Pays de Provence - n°34 mars-avril 2003

 

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Je mets le lien d'un article paru le 21 janvier 2013 et qui avait pour titre : Les pigeonniers de Haute-Provence.

 

Les pigeonniers en Haute-Provence - Passion Provence

Pigeonnier à Châteaufort Alpes-de-Haute-Provence (Photo Wikipédia) Pigeonnier en Provence (Carte postale) Pigeonnier à Limans (Alpes-de-Haute-Provence (Photo Wikipédia) Autant de provinces, autant de coutumes différentes à l'égard du droit au pigeonnier. En Haute-provence, sous l'Ancien Régime, les pigeonniers étaient exclus des privilèges seigneuriaux.

http://www.passionprovence.org

Pigeonniers de Provence

 

25 mai 2024

Les bains publics, lieux de prostitution au Moyen-Age

Bains-publics-moyen-age-finissant-en-bordel-avec-repas-et-prostitution

 

Les bains publics, enluminure

 

Un couple nu se délasse dans un baquet rempli d'eau ; des femmes et des hommes dans le plus simple appareil se pressent devant un buffet, goûtant des mets savoureux... Le Moyen-Age, moins prude qu'on veut bien le dire, nous a légué nombre d'enluminures, gravures et autres miniatures de ce genre. Leurs décors sont les étuves, ces établissements de bains publics où chacun s'il en a les moyens, vient s'adonner aux plaisirs autorisés et même recommandés de la toilette. Mais certaines de ces œuvres montrent un élément quelque peu inattendu : un lit, dont le dais, relevé, laisse entrevoir un couple se livrant à d'autres agréments que ceux des ablutions. Implantées dans les villes à partir du XIIème siècle les étuves publiques répondent aux besoins d'une population en augmentation permanente. Mais dès le siècle suivant, elles acquièrent une réputation sulfureuse. Et, bien que la débauche y soit interdite, elles s'affirment comme l'un des principaux lieux de prostitution. Les premières étuves sont mixtes et ouvertes à tous. De plus, les clients peuvent se baigner en chemise ou dévêtus, car au Moyen-Age, la nudité n'est pas considérée comme sale.

 

Etuve

 

Et quand les étuves sont près de chez eux, les gens qui ont peu de moyens s'y rendent parfois sans vêtements, de peur de se les faire voler ! Mais dans ces étuves, on y boit et on y mange épicé, on festoie. Et évidemment, cela engendre des envies ! Sans oublier la présence des "frotteuses" (terme apparu vers 1350), ces servantes qui lavent le corps des clients avec des parfums, et dont certaines deviennent des filles de joie. De ce fait, les maisons de bain ont des chambres à l'étage et on y trouve des lits. C'est seulement à partir du XVème siècle que des villes imposent une séparation hommes-femmes ou distinguent les étuves "honestes" des prostibulaires (terme relatif à la prostitution et à l'adultère). Mais, dans les cités médiévales en plein essor, selon faisait déjà longtemps que le prostitution débordait l'intimité des étuves. Toute bonne ville a ses filles, comme Avignon par exemple. Filles et fillettes joyeuses, folles de leur corps et autres belles dames cherchent le client dans les tavernes, les moulins, les fossés, aux abords des ponts, des églises ou des lieux de pèlerinage et jusque dans les cimetières, espaces non clos à l'époque et où se tiennent foires et marchés. Il s'agit souvent d'étrangères qui s'exilent pour préserver leur réputation. Certaines se déplacent en charrettes ambulantes, pour éviter de tomber sous la coupe des municipalités. Un proxénète peut aussi mener trois ou quatre filles de ville en ville. Qui sont leurs clients ?

 

 

Explication du terme proxénète :  terme du XVIème siècle, emprunté par l'intermédiaire du latin proxeneta, du grec proxenêtês "celui qui s'entremet pour un marché, courtier. Mais encore personne qui tire des revenus de la prostitution d'autrui. On dit aussi souteneur et dans le langage populaire maquereau ou maquerelle.

 

Source : Dictionnaire de l'Académie française

 

"Tout proche est le terme de ton chemin, et le joyeux bordel aussi, qu'on repère aux odeurs qu'il exhale, entre donc et salue de ma part les maquerelles et les putains, toutes vont t'accueillir au sein de leurs caresses." 

 

Source : Le Parnomita, Hermaphroditus, XIVème siècle

 

Couple au lit

 

Suite du texte : Qui sont leurs clients ? Des mauvais garçons, des artisans, des paysans, des soldats, des étudiants, des bourgeois et même des curés ! Au XVème siècle, une fille vaut le prix d'un œuf ! Difficile pour le très pieux saint Louis (Louis IX) d'accepter que la débauche se banalise dans son royaume. Le péché de luxure est le plus combattu par l'Eglise. Le roi promulgue dès 1254 une ordonnance visant à expulser les prostituées des villes de France. Un arrêt cependant bien difficile à faire respecter, d'où la relative tolérance du souverain qui deux ans plus tard, réduit le périmètre d'exclusion aux beaux quartiers et aux lieux saints. Il s'est rendu à l'évidence, sous l'influence de l'Eglise dont les positions sur la fornication ont évolué. Ces pratiques coupables sont donc tolérées, voire organisées, les lieux de résidence et horaires de "travail" réglementés. Avec une différence notable entre le nord et le sud du royaume. Au nord, la prostitution est cantonnée dans certains quartiers au noms fleuris tels : rues de la Fesse à Douai, rue Trace-putain et Tire-boudin à Paris. Rejetée en périphérie, elle gagne aussi les faubourgs ou les bords de fleuves, d'où le mot bordeau. A Besançon, les fillettes racolent sur les rives du Doubs avant de ramener le client au bordel pour la passe. En revanche, dans le sud du royaume, ce ne sont pas des rues mais de véritables établissements qui sont consacrés à la prostitution. Celle-ci est davantage contrôlée et les bordels publics qui apparaissent au XVème siècle ont pignon sur rue. Château-Gaillard à Tarascon, Bon-Hôtel à Aix (en Provence).

 

Bain medieval

 

Souvent situées au cœur des villes, ces maisons attirent une clientèle populaire, surtout des célibataires. Concurrencés par les tavernes, les bordels privés, dont les étuves et la prostitution de rue, ces établissements publics sont administrés par les pouvoirs urbains qui en tirent profit. Les municipalités font office de proxénètes. Le tenancier du bordel peut être une ancienne prostituée ou bien encore un sergent ! Ainsi, à Perpignan, une ordonnance consulaire de 1330 incite les filles à demeurer dans un lieu-dit surveillé par le "père des orphelins" qui est lieutenant de police. Quant aux ecclésiastiques, ils sont aussi très impliqués car l'Eglise est propriétaire de nombreux immeubles qu'elle loue. A Avignon, dès 1337, le maréchal du pape surveille les prostituées et touche chaque semaine deux sous par courtisane. Les tenanciers de bordels sont d'ailleurs souvent nommées "abbés" ou "abbesse" et certains établissements comme celui de Toulouse "abbaye". Ces "maisons communes" sont conçues comme des garants de l'ordre social et moral, il s'agit de satisfaire les ardeurs masculines et de protéger les honnêtes femmes. Le bordel public est créé par les autorités urbaines dans le but de canaliser la sexualité hors mariage en un lieu clos.

 

Bordel

 

Les prostituées sont des pécheresses, mais elles peuvent être sauvées car elles ont le droit d'aller à l'église et même d'être enterrées dans le cimetière, si elles se sont confessées avant de mourir et rien ne leur interdit par ailleurs d'assister aux fêtes publiques. Dès la fin du XVème siècle, toutefois, la peur de la maladie  et de la mort entraîne un changement des mentalités qui frappe les prostituées. La syphilis fait des ravages au sein d'une population déjà éprouvée par les épidémies de peste et par les guerres. Les filles joyeuses font place aux garces, putains et femmes impudiques. La prostituée devient l'enrôleuse macabre, porteuse de tous les vices. Jugés dangereux par les autorités, bordels et étuves ferment dès 1550, et l'ordonnance de 1560 promulguée l'année suivante, met fin à l'existence officielle de la prostitution. Dans les faits, elle continue en toute illégalité à essaimer dans les tavernes, rues et maisons. Les châtiments publics infligés aux femmes de mauvaise vie deviennent alors un moyen de pression morale pour satisfaire le puritanisme associé à la Réforme et à la Contre-Réforme (XVIème siècle).

 

Avignon au Moyen Age

 

Le pont d'Avignon

 

Avignon, nouvelle Babylone ?

 

Selon un adage du Moyen-Age, on ne peut traverser le pont d'Avignon, sans rencontrer deux moines, deux ânes et deux putains. Au XIVème siècle, l'image sulfureuse de la ville s'explique par l'explosion de la population urbaine liée à l'installation du pape en 1309 (voir mon article sur les papes en Avignon paru le 20 mars 2022). Avec l'arrivée de la cour pontificale, des cardinaux, des princes étrangers, des marchands, l'ambiance est particulièrement survoltée. Au milieu du siècle, la prostitution avignonnaise a son quartier principal : le Bourg Neuf dans les environs du couvent des franciscains. Il est traversé par la Bonne-Rue, où l'on trouve les "bonnes maisons". Pour autant, la prostitution s'intègre dans le tissu social et les bordels sont aussi dispersés dans la ville (près des Carmes, de l'archevêché...) qui compte à cette époque, une dizaine d'étuves. Les filles racolent également dans les cimetières paroissiaux. Dans le cimetière Saint Pierre, il se commet des adultères même la nuit. Sur la plainte du chapitre de saint-Pierre, le pape Innocent VI ordonne sa clôture en 1359. Quant au cimetière du Pont-Frac, au vu des désordres, l'évêque d'Avignon y fonde une chapelle en 1347. Un moyen d'inciter aux bonnes mœurs.

 

Source : Hors-série Sciences et Avenir : Vivre en ville au Moyen-Age - Les nouvelles découvertes - paru en octobre/novembre 2016. D'après l'article "Les filles joyeuses des bains publics" de Laureen Bouyssou.

 

 

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11 mai 2024

Les saints de glace

Saints de glace

 

Les Saints de glace sont issus d’une vieille croyance populaire datant du Moyen-Age. Ils sont fêtés chaque année les 11, 12 et 13 mai. Les régions les plus septentrionales, notamment l'Alsace, où les gelées sont généralement plus tardives ont ajouté également les 19, 20 et 25 mai. Les agriculteurs des régions du Nord de la Méditerranée imploraient jadis Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Servais de protéger les plantations de la baisse des températures et du gel qui survenaient habituellement à cette époque. Il pouvait en effet arriver que les récoltes subissent un gel destructeur, survenant de manière plus ou moins brutale, dans les zones montagneuses jusqu’à la fin mai. Au-delà de cette période, à partir du 26 mai, on considère généralement que les jardiniers peuvent commencer à semer et planter sans craindre un coup de froid qui sera fatal. De là découle toute une série de proverbes et de dictons régionaux tels que "Saints Pancrace, Servais et Boniface apportent souvent la glace", "Quand il pleut à la Saint Servais, pour le blé, signe mauvais", "Quand la Saint Urbain est passée, le vigneron est rassuré" mais encore "Saint Servais, Saint Pancrace et Saint Mamert font à trois un petit hiver".

 

dicton-saints-de-glace

 

Qu'en est-il de la légende ? Elle prend sa source au début du deuxième millénaire alors que la "vague de froid printanier" apparaissait réellement au cours du mois de mai dans certaines régions du monde. Les populations du Nord de la Méditerranée avaient observé une chute des températures nocturnes et des matinales une fois tous les deux ans à cette époque. Les astrophysiciens expliquent l’origine de cette croyance par le fait que vers mi-mars l’orbite de la Terre traverse une zone de l’espace chargée de poussières qui sont constituées de résidus de planètes qui représente un obstacle aux rayons du soleil. Les effets du soleil sur la Terre seraient alors diminués, ce qui conduirait à une baisse significative des températures. De nos jours, il semblerait que celle-ci ait été avancée d’au moins un mois, plutôt dans le courant du mois de mars. Il n’est pourtant pas impossible qu’une vague de froid se produise au mois de mai. En effet, des courants froids venus des hautes latitudes envahissent parfois la France. Ils engendrent une baisse marquée des températures. Sous un ciel dégagé et sans vent, des gelées tardives peuvent alors se développer. La légende des Saints de Glace a donc bien un fond de vérité, même si les observations basées sur les dernières années tendent à montrer que le mois de mai s’avère être de moins en moins une période à risque pour les plantations.

 

Source : D'après un article de La Chaîne Météo

 

 

5 mai 2024

Le poids public, l'octroi

 

Le poids public a été construit dans quasiment chaque ville et village de France. Son histoire est liée à un impôt de notre pays : l'octroi. Il consistait à taxer divers produits qui entraient dans les bourgs ou les agglomérations, en fonction de leurs poids. Il fallait donc peser, vin, bière, charbon, chaux, bestiaux de boucherie, poissons, minerais, huile, bois... A cet effet, durant le XIXème siècle, chaque municipalité fait bâtir à l'entrée de sa commune un petit édifice de plan carré ou hexagonal, en général en pierre de taille. Ce poids public, appelé aussi dans le jargon populaire, pont à bascule, dispose devant lui d'une plateforme de pesage. Ce tablier en fer accueille tous les véhicules à peser : charrettes, et plus tard, camions, voitures, wagonnets... Dessous, dans une fosse, un système complexe de leviers permet de perser le chargement. Le poids est directement affiché sur un cadran à l'intérieur de la construction. C'est un officier assermenté, le peseur, qui s'occupe de l'opération et délivre des bons de pesage. Il fait passer le véhicule en charge puis à vide, la différence donnant la quantité de marchandise livrée... Avec la suppression de l'octroi en 1943, les poids publics perdront petit à petit de leur importance. Ils seront cependant encore largement utilisés, en libre-service, par de nombreux corps de métiers : les vignerons pour peser leurs vendanges, les bûcherons, leurs stères de bois, les maçons, leur sable, etc... D'autres ponts à bascule seront même construits près des marchés ou des champs de foire pour estimer les animaux vendus, les cargaisons de fruits et de légumes... Toutes ces installations typiques deviendront obsolètes avec l'augmentation du tonnage transporté par les camions et l'installation de nouveaux engins de pesage dans les entreprises.

 

Source : Le petit bâti - Sud de la France - Hubert Delobette.

 

Poids public Aups

Poids public Aups bis

Poids public Aups ter

 

Les deux photos représentent le poids public à Aups dans le Haut-Var

 

A Trans-en-Provence, il y avait deux ponts à bascule : l'un à la coopérative vinicole et l'autre derrière l'église. Ils n'existent plus ni l'un ni l'autre. Je me souviens de celui qui était derrière l'église puisque je n'habite pas loin de l'endroit où il se trouvait. Lorsque celui-là a été démoli, je n'ai pas pris de photo. Il faut dire qu'à l'époque je ne faisait pas encore de blog et je ne pensais pas qu'un jour j'aurai pu vous montrer la bascule.

 

Poids public-Draguignan

 

Je copie ici le commentaire de Giselle, une de mes lectrices qui nous dit : "Dernier vestige aussi devant notre coopérative vinicole, bientôt transformée en appartements... et le poids public a certainement déjà dû d'ailleurs disparaître... On est parfois tellement habitué à voir les choses qu'on ne les voit plus en fait... et on cherche en vain à retrouver ces "souvenirs", leur emplacement exact, etc... Merci Nadine pour ce billet fort intéressant.

 

Je copie également le commentaire d'Anne-Marie, qui nous parle de l'octroi de Draguignan : "Je me souviens à Draguignan, de celui qui se trouvait à l'emplacement de l'actuel Office du Tourisme, exactement la même construction que celle des photos de l'article. Il n'était plus en service depuis longtemps dans les années 60 mais je me rappelle que pour emprunter ce trottoir (pour aller retrouver notre bande de copains à La Civette qui était notre QG et y faire chauffer le juke-box), nous devions marcher sur les planches de la bascule.
J'ai vu sur des photos anciennes de Draguignan qu'il y en avait également un autre au carrefour de l'avenue du 4 Septembre qui marquait à l'époque le début de l'avenue que nous appelions la route de Lorgues, et que tous les dracénois véritables appellent toujours ainsi. Il a dû être démoli très tôt car même dans les années 50, je ne l'ai pas connu. En revanche je ne me souviens pas de celui qu'évoque Giselle, je n'allais pas beaucoup dans le quartier de la coopérative, si tant est qu'elle parle de celle de Draguignan. Edifice qui va bientôt disparaître et que je regretterai moi aussi. Merci Nadine de raviver des souvenirs d'enfance qui nous sont chers".

 

Poids public-Draguignan

 

Une carte postale qui représente le Champs de Mars à Draguignan avec l'octroi à gauche. Ci-dessous, une autre carte du même endroit. Vous verrez que tout a bien changé de nos jours. Et une dernière qu'Anne-Marie vient de me transmettre qui montre l'octroi qui se trouvait tout en bas des allées d'Azémar, face à la route de Lorgues.

 

Poids public-Dragugnan-Champs de Mars

Octroi-Avenue de Lorgues

 

Source pour cette photo :

 

Livre "Mémoire en images" Draguignan - Charles Clairici et Louise Armero.

 

 

28 avril 2024

La légende de la fondation de Marseille

 

Caret Marseille

 

Massilia-lacydon

 

La calanque du Lacydon, futur Vieux Port dans la configuration trouvée par les Grecs il y a plus de 2600 ans


Six cents ans avant Jésus-Christ, les Ségobriges, tribu salienne qui occupait le littoral à l'Est du Rhône, vivaient pauvrement de pêche et de chasse. Ils ignoraient l'écriture, l'usage de la monnaie et l'art de construire des villes, mais commerçaient depuis fort longtemps avec les navigateurs grecs. Ceux-ci venaient en Occident pour en rapporter des métaux précieux, notamment l'étain, qui était alors aussi indispensable que le pétrole de nos jours. Mais ils venaient aussi chercher le sel, car les côtes orientales de la Méditerranée, trop profondes, n'en facilitaient pas la production. Le nom même de Saliens, qui n'a pas une consonnance ligure, évoque sans doute "les hommes du sel".
    Pour couvrir leurs expéditions, les Grecs établirent des comptoirs : Enserune sur la côte du Languedoc, Saint-Blaise au-dessus de l'étang de Berre, enfin Massalia qui signifie peut-être : Mas des Saliens.
    Selon l'historien romain Justin (Marcus Junianus Justinus) "ce fut en l'an 600 avant Jésus-Christ que le premier vaisseau phocéen jeta l'ancre sur la côte gauloise, à l'Est du Rhône, où devait être fondée Marseille". La légende prétend que ces Phocéens, conduits par Protis sous la protection d'Artémis, la grande déesse d'Ephèse aux dix-huit mamelles, débarquèrent sur les rives du Lacydon (le futur Vieux-Port) le jour même où Nann, roi des Ségobriges allait marier sa fille prénommée Gyptis.

 

Gyptis et Protis

 

Toile d'Anne-Marie Avon Capana réalisée en 1999, pour les 2600 ans de la naissance de la cité phocéenne. Tableau où elle met en scène la légende de Gyptis et Protis.

 

 

Gyptis, princesse des Ségobriges accueillant les Phocéens. Illustration de l'Histoire populaire de la France de Victor Duruy, ministre de l'Instruction publique sous le Second Empire.

 

La coutume voulait alors que la fiancée désignât elle-même l'heureux élu en lui tendant une coupe de vin à l'issue d'un banquet rituel. Les navigateurs phocéens furent amicalement invités à ce banquet ; à la fin de celui-ci, Gyptis eut un coup de foudre et tendit la coupe à Protis. Comme la fille était jolie et le père puissant, le jeune capitaine accepta le mariage. En cadeau de noces, Nann fit don aux nouveaux époux d'une bande de littoral sur laquelle Protis fonda cette ville qui au fil des siècles allait devenir Marseille. La colonie comprenait alors, au Nord et à l'Est d'une crique hospitalière, le Lacydon, des marécages (devenus La Joliette et la Canebière), une butte inaccessible de la mer (actuel Saint-Laurent) et quelques terres pauvres délimitées par les collines proches. Les marins grecs y acclimatèrent avec un plein succès la vigne et l'olivier. Le premier soin de Protis fut de placer en évidence les statues des dieux qui lui avaient accordé une si heureuse destinée. Il éleva le temple d'Artémis sur la butte des Moulins, face aux barbares de l'intérieur (la Butte des Carmes s'appelait encore au Moyen Age Rocca barbara), tandis que celui d'Apollon Dauphin, protecteur des marins, faisait face à la mer. Ce fut la grande prêtresse Aristachè qui, selon la tradition, se chargea du débarquement de la précieuse statue d'Artémis.

 

Artémis d'Ephése

 

Fille de Zeus et de Léto, sœur aînée et jumelle d'Apollon, née dans l'île de Délos, la déesse Artémis d'Ephèse est la déesse de la fertilité, elle nourrit l'ensemble de l'humanité grâce à ses seins très nombreux et engorgés du lait divin..

 

Source : D'après un article du Guide de la Provence mystérieuse - Jean-Paul Clébert - 1986.

 

21 avril 2024

L'hygiène au fil du temps

 

 

Tête d'Higie, attribuée à Scopas et provenant de Tégée - Musée national archéologique d'Athènes

 

Le mot hygiène dérive du nom de la déesse grecque Hygie ou Hygée (du grec ancien hugieinós "bon pour la santé"), qui était la déesse de la santé et de la propreté. Fille d'Asclépios, dieu de la médecine, et d'Epione, celle-ci symbolise la prévention alors que sa sœur Panacée (voir les explications à la fin du texte) est la déesse guérisseuse liée au traitement médical et aux médicaments. Cette origine mythologique explique que les Grecs entretiennent initialement avec leur corps des rapports vertueux, l'hygiène considérée à cette époque comme purificatrice étant ritualisée lors de cérémonies ou de libations. Dans la Grèce antique mais également dans la Rome antique, l'hygiène est un symbole de santé et se concrétise par la fréquentation des bains publics. Hippocrate, considéré comme le père de la médecine fut le premier à préconiser l'hygiène du corps à des fins curatives mais aussi préventives. Il écrivit trois livres sur le sujet consacrés à la diététique, la propreté et l'hygiène. Dans ces écrits, il recommande les exercices corporels, la pratique de bains thérapeutiques et avant toute chose la modération dans l'alimentation et la boisson.

 

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Le Tacuinum Sanitatis (Manuel de diététique et traité d'hygiène)

 

Au Moyen-Age en Europe, le manuel de diététique et traité d'hygiène de référence est le Tacuinum Sanitatis duquel les médecins extraient des conseils généraux d'hygiène, adaptés aux configurations astronomiques, aux conditions climatiques et à l'âge des patients. L'hygiène domestique médiévale concerne aussi les repas : un véritable guide du savoir-vivre apparaît au XVème siècle, Les Contenances de la table qui recommandent notamment de se laver les mains avant le repas ou de s'essuyer la bouche avant de boire. La nourriture est un chapitre essentiel de l'art médical et de nombreux traités médiévaux d'art culinaire ne sont que des adaptations du Régime du corps du médecin italien Aldebrandin de Sienne. Les étuves et bains publics populaires (hommes et femmes s'y baignant dans des baquets communs) ou raffinés sont en plein essor au XIIIème siècle, Mais l'église catholique d'Europe centrale et occidentale interdit leur pratique et cherche à fermer les établissements la permettant. Elle désapprouve également les bains à la rivière et recommande avant tout les ablutions, la seule eau pure étant l'eau de baptême destinée au salut de l'âme.

 

Réalité-des-bains-publics-étuves-du-moyen-age

 

Bains publics au Moyen-Age

 

Une des raisons invoquées pour bannir les étuves, bains publics et bains de rivière est qu'ils sont suspectés de propager la peste (traumatisme de la peste noire du milieu du XIVème siècle, les médecins craignant qu'elle ne fût transmise par l'eau s'infiltrant dans les pores de la peau et transportant toutes sortes de germes) et que les premiers sont assimilés à des lieux de débauche, parfois de façon justifiée, même si cette débauche n'empêche pas l'hygiène corporelle : leur fermeture se fera progressivement au cours des XVIème et XVIIème siècles. Ces prescriptions religieuses expliquent qu'aux XIVème et XVème siècles apparaissent dans les maisons aisées, au plus près du lit, les "estuves" ou bains privés, la "cuve baigneresse" (cuvier en bois cerclé, dont les parois sont doublées avec une toile pour éviter les échardes) ou la fontaine murale et, plus rarement dans les maisons plus modestes (car le bain chaud reste un luxe), les baquets et bassines qui sont plus réservés au lavage du linge. Le bain privé reste cependant essentiellement un privilège de riche et un signe d'hospitalité.

 

Bains et étuves

 

Les étuves – Le livre de Valère Maxime, XVème siècle - Paris

 

Au début du XVIIème siècle, les bains fréquents qui étaient à la norme dans les cités médiévales disparurent progressivement avec l’arrivée de certaines croyances. La principale était la crainte de la maladie, car on croyait à cette époque que l’eau pénétrait par les pores de la peau et déposait, entre autre, le germe de la syphilis. L’eau était aussi censée faire perdre la vigueur sexuelle et on pensait être épargné de la maladie grâce à la crasse ! L’église, quand à elle, contribua à effacer les bienfaits des bains, en dénonçant l’immoralité de ces lieux qui mélangeaient les individus des deux sexes, et les attitudes lascives que prenaient les femmes lors de bains chauds. On ne peux pourtant pas omettre de dire que durant le XVIème siècle, le nudisme était de rigueur, et qu’il était fréquent de voir quelques attroupements près d’un fleuve ou d’une rivière. Le nudisme des femmes quand à lui, fut interdit au début du XVIIème siècle et le port de la chemise fut rendu obligatoire... On utilisait des parfums  (jasmin, cannelle, jonquille, musc) pour camoufler les mauvaises odeurs et ceux-ci étaient censés servir de désinfectant. Les pastilles d’anis servaient à parfumer l’haleine. Le développement des cosmétiques (notamment l'usage des fards rouges et blancs introduit par Catherine de Médicis ou le poudrage du corps et des cheveux par la pommade de Florence, la poudre de Chypre) souligne qu'à la cour, la vue s’impose face à l’odorat et au toucher. La toilette sèche se fait sur le corps par friction avec un linge propre ou un frottoir en peau, seul le visage et les mains se lavent à l'eau et au savon (ou l'herbe à fossé pour les moins nantis). Le corps est protégé sous la crasse, ainsi un habit blanc devenu noir est bien perçu. Seules les personnes aisées, qui peuvent changer souvent de vêtements, pratiquent une hygiène vestimentaire. La toilette des plus nobles est complétée par l'application de baumes et d'onguents aux vertus préventives, apportés notamment par les Grandes découvertes. Luigi Cornaro (1484-1566), noble vénitien qui vécu centenaire, écrit en 1558 De la sobriété dépend la longévité. Conseils pour vivre longtemps qui "sert de modèle aux ouvrages d'hygiène classiques où la santé est quasi idéalisée, permettant d'épurer le corps, de l'alléger, l'éloignant de toute maladie".

 

Habit-de-parfumeur

 

Habit de parfumeur - Nicolas de Larmessin (1632-1694)

 

A partir du XVIIème siècle, la "toilette sèche" perdure, mais l'usage de l'eau réapparaît petit à petit. Les premiers cabinets de bain se développent chez les gens riches et raffinés dont la blancheur de linge est soulignée au col et au poignet. Le bain froid est jugé hygiénique, non par son pouvoir nettoyant mais par son pouvoir tonifiant, tandis que le bain chaud ne reste qu'une pratique médicale. La bourgeoisie dénonce le caractère masquant des parfums et des cosmétiques de la noblesse, et de fait, l'usage de fards qui blanchissent la peau devient beaucoup moins présent. A partir du XVIIIème siècle, on voit apparaître la terreur des miasmes et les philosophes et les médecins se penchent sur les questions de l'hygiène individuelle et l'hygiène collective. Mais, l'hygiène concerne aussi la "propreté du dessous" puis, la propreté de la peau qui se fait entièrement par le lavage. La réapparition des établissements de bain et la multiplication d'espaces spécialisés (cabinets de bain, bidets, latrines collectives en usage non seulement dans les châteaux ou abbayes mais aussi dans les maisons modestes) est liée au développement de la notion d'intimité. C'est à partir de cette époque que les grandes ville se dotent d'égouts souterrains.

 

Louis Pasteur

 

Louis Pasteur (1822-1895)

 

Au XIXème siècle, Louis Pasteur (1822-1895) développe une théorie des germes selon laquelle certaines maladies sont causées par des micro-organismes. Un nouveau courant de pensée, l'hygiénisme s'appuie sur les travaux de Pasteur et s'intéresse à tous les aspects de la vie quotidienne (propreté des villes, pollution, réseaux d'eau). Les scientifiques et les médecins formulent des recommandations comme le lavage des mains et la toilette quotidienne à l'eau et au savon  qui est produit en masse avec l'essor des industries chimiques de fabrication de soude. Ces instructions sanitaires s'invitent alors autant dans les classes d'école que dans la cour de récréation et dans les familles. Le thermalisme, réputé pour la santé se développe, répondant à la vocation d'une ville de santé conforme aux préceptes de l'hygiénisme urbain. La fin du siècle marque le développement des salles de bain et des toilettes dans les logements en lien avec le développement de l'eau courante dans les maisons.

 

 

Ignace Philippe Semmelweis (1818-1865)

 

C'est Ignace Philippe Semmelweis (1818-1865), chirurgien et obstétricien hongrois qui met en évidence le risque nosocomial. Il devine en 1846 les vrais mécanismes de la contagion de fièvres puerpérales. Les femmes meurent moins en accouchant à leur domicile, à la maternité des sages-femmes de Vienne ou même dans la rue qu’à l’hôpital. Un comble ! Il arrive à la conclusion que les fièvres puerpérales sont véhiculées par les médecins eux-mêmes lorsqu’ils passent des salles de dissection et d’autopsie aux salles d’accouchement sans se laver les mains ni changer de blouses. Il mourut fou, à quarante-sept ans, de ne pas avoir réussi à convaincre les scientifiques de son époque.

 

Source : D'après un article paru dans le site Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

Complément sur Panacée

 

 

Qui était Panacée ? Dans la mythologie grecque, Panacée est la déesse de la guérison. Elle est la fille d'Asclépios, dieu de la médecine et d'Epione, et la petite-fille d'Apollon (dieu du soleil, des arts et de la médecine). Elle est reconnue comme l'incarnation divine du rétablissement et du soin. Elle symbolise un idéal de bien-être absolu. Son rôle ne se limite pas à la guérison physique. Elle représente aussi les propriétés curatives des plantes médicinales traditionnelles. Sa présente évoque un lien étroit entre nature et santé humaine. Dans divers courants ésotériques, elle est perçue comme une divinité généreuse qui offre des solutions pour toutes sortes d'afflictions corporelles et spirituelles. Elle incarne l'espoir en une guérison universelle grâce à ses dons multiples. Elle est experte en concoction de potions magiques qui sont capables d'éradiquer maladies et douleurs physiques. Elle est aussi experte en herboristerie qui aide à calmer l'esprit, réduire le stresse mental et promouvoir la sérénité.

 

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En pharmacie, il était une croyance selon laquelle un remède efficace pouvait exister contre un grand nombre de maladies. On appelait ce remède la thériaque ou la panacée. Ce mot entra dans le langage courant au Moyen-Age. Aujourd'hui, on l'utilise de façon souvent ironique pour désigner un objet, une idée, un concept qui semble être le remède à tous les maux ou tout un ensemble de maux. Le mot est parfois redoublé, on ne parle plus simplement de "panacée", mais de "panacée universelle", ce qui est un pléonasme. Le ginseng appartient au genre panax, traduction latine de Panákeia. La centaurée était autrefois considérée comme une panacée, son nom évoquant le centaure Chiron, qui enseigna la médecine à Asclépios, l'Esculape romain.

 

Source : D'après Wikipédia, l'encyclopédie libre et le site "La porte du bonheur.com".

 

 

14 avril 2024

La légende de la chèvre d'or

 

La chèvre d'or est un animal mythique qui a pour particularité de posséder un pelage, des cornes et des sabots en or. Elle serait la gardienne de trésors légendaires et fabuleux laissés sur place par les Sarrasins du Fraxinet (région de la Garde-Freinet). On trouve mention de sa présence dans différentes parties de la Provence. 

Dans la Provence orientale, la légende la rattache à la fée Estérelle. Alphonse Daudet, dans son conte "Les étoiles", les évoque l’une et l’autre : "Et ta bonne amie, berger, est-ce qu’elle monte te voir quelques fois ? ça doit être bien sûr la chèvre d’or ou cette fée Estérelle qui ne court qu’à la pointe des montagnes".

 

La chèvre d'or - Paul Arène

 

Illustration de La chèvre d'or de Paul Arène (Wikipédia)

 

Paul Arène, dans sa préface à "La Chèvre d’or", fut co-auteur des "Lettres de mon moulin" et des "Contes du lundi", situe lui aussi la "Cabro d’or" en Provence orientale. Mais la légende la situe le plus souvent dans les Alpilles. Dans "Mireio", Frédéric Mistral lui fait hanter la région du Val d’Enfer proche de la vallée des Baux, son repaire préféré où veillant le jour et sortant la nuit, elle garde le trésor d’Abd-el-Rhamân, ce général ommeyyade (Les Ommeyades sont une dynastie arabe qui gouverne le monde musulman de 661 à 750) qui a dirigé des soldats musulmans contre les armées de Charles Martel lors de la Bataille de Poitiers en l'an 732.

 

"Je veux la chèvre d'Or, la chèvre
              Que nul mortel ne paît ni trait
              qui, sous le roc de Baus Manière
              lèche la mousse des rochers
              ou je me perdrais dans les carrières
              ou tu me verrais ramener la chèvre au poil roux !
              hélas ! Combien d'âmes sèches et affamées de gain
              mordant au piège du noir antenois et à la Chèvre d'Or
              font humer leur encens !"

 

Extrait de Mireio de Frédéric Mistral publié en 1859 une œuvre en vers et occitan provençal

 

les-Antiques-le-mausolee-min

 

Les Antiques à Saint-Rémy-de-Provence - Le mausolée

 

On la retrouve aussi à Saint-Rémy-de-Provence où elle campe au sommet du mausolée des Antiques. Là aussi elle est gardienne du trésor d’Abd-el-Rhamân. Il lui arrive de passer le Rhône et d’aller camper sur la rive droite du fleuve. Elle s’installe alors sur un oppidum, le "Camp de César", situé sur la commune de Laudun (Gard). Là, elle veille sur le trésor qu’y laissa Hannibal "roi des Sarrasins d’Afrique". Ce même trésor lui fait aussi hanter le Ventoux. Son antre se situe au-dessus de Malaucène, au lieu-dit "Les Aréniers", près de la source du Groseau. De gigantesques lingots d’or sont cachés derrière la "Porte Saint-Jean" qui ne s’ouvre que la nuit de Noël. Les audacieux peuvent s’en saisir au cours de la messe de minuit puisque la porte s’ouvre entre le début de l’Épître et la fin de l’Évangile.

 

Source : D'après un article de Wikipédia - l'encyclopédie libre

 

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Sur le versant méridional du plateau des Encourdoules qui domine Valauris (Alpes-Martimes), une faille de roc donne péniblement accès à la grotte de la Chèvre d'Or, "lou traou de la cabro", ou seraient entassées en des profondeurs mystérieuses des masses d'or et de pierres précieuses. On ne pourrait arriver jusqu'à ces trésors sans l'aide d'une chèvre aux cornes d'or, postée sur le seuil et invisible durant le jour. Elle apparaît le soir, éveillant, par ses bonds capricieux, la curiosité du passant. Malheur à celui qui la suivrait dans la grotte, il ne reverrait jamais la douce lueur du jour. égaré dans le labyrinthe des couloirs ténébreux, il perdrait bientôt le trace de la chèvre aux cornes d'or et mourrait misérablement de faim, de soif et d'épouvante, près des plus mirifiques richesses. C'est ce qui est arrivé, conte-t-on, à tous ceux qui ont voulu suivre la chèvre dans sa sombre retraite.

 

Source : Le Folklore de la Provence - Claude Seignole - 1963

 

Chèvre d'or

 

Je vous mets un lien vers ce site : "J'aime le Vaucluse", dans lequel j'ai trouvé un article sur la chèvre d'or qui complète mon article.

 

La chévre d'or

La légende de la Chèvre d'or est présente dans bien d'autres lieux aussi bien en Provence, comme l'a constaté Paul Arène, que dans des contrées plus éloignées. La chèvre d'or est un animal fabuleux qui possède un pelage, des cornes et sabots d'or.

https://www.j-aime-le-vaucluse.com
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