Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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18 août 2019

Les bains de mer en 1900 sur la Côte d'Azur

 

Cotedazur

Carte de la Côte d'Azur (Site Wikipédia - l'encyclopédie libre)

Les début des bains de mer sur la Côte d'Azur

Jusqu'au XVIIe siècle, la mer, peuplée de monstres marins, labourée de tempêtes et de pirates qui rôdent sur les côtes, fait peur. Il est déconseillé de s'en approcher. Seuls les pêcheurs osent la défier. Alors l'idée des bains de mer n'est même pas envisageable.

Ce sont les Anglais qui, les premiers, découvrent les vertus thérapeutiques des bains de mer, et en premier lieu sur le littoral hyérois. Au milieu du XVIIIe siècle, la station d'Hyères et ses environs sont très recherchées par les Britanniques pour leur villégiature hivernale. Plus tard, les récits de Tobias George Smollett (1721-1771), médecin écossais, malade en repos à Nice, publiés outre-Manche en 1765, et la venue régulière de la famille royale d'Angleterre vont développer le littoral azuréen. "Les gens furent très surpris lorsque je commençais à me baigner au début du mois de mai. Ils trouvaient curieux qu'un homme apparemment poitrinaire plongeât dans la mer, surtout par un temps aussi froid, et des médecins prévoyaient une mort immédiate. Mais lorsqu'il apparut que, grâce à mes bains, je me portais de mieux en mieux, des officiers suisses en firent autant, plusieurs habitants de Nice suivirent notre exemple", écrit Tobias Smollett.

A partir de là, en Angleterre, les bains aux effets curatifs sont mis au goût du jour par des médecins qui prônent les vertus thérapeutiques de l’eau salée et la tonicité de l’air marin. Mais cependant, cette thérapie n’est pas une partie de plaisir… Les bains aux effets curatifs sont mis au goût du jour par des médecins qui prônent les vertus thérapeutiques  de l’eau salée et la tonicité de l’air marin. Mais cette thérapie n’est pas une partie de plaisir… 

Bandol-

C'est ainsi que la vogue des grandes stations balnéaires telles que Bandol, Sanary, Cannes, Nice, Monaco se met en place au milieu du XIXe siècle. Des personnes fortunées, généralement des étrangers, traversent la promenade des Anglais dans leur peignoir, prennent leur bain de mer hivernal et retournent à l'hôtel. Les autochtones, eux, ne se baignent pas pendant l'hiver. Seuls quelques hommes se trempent pendant l'été. Beaucoup doutent des bienfaits de ce drôle de plaisir. "Quiconque voit sortir de l'eau la pauvre créature qui prend l'un de ses premiers bains, qui la voit pâle, hâve, effrayante, avec un mortel frisson sent la dureté d'un tel essai et tout ce qu'il y a de dangereux pour certaines constitutions. (…). J'entends que, pour certaines personnes, il peut entraîner des effets mortels, anévrisme, apoplexie…", écrit le Hyérois Jules Michelet (1798-1874), historien, dans son pamphlet sur Les Bains de mer en 1861.

Les-bains-de-mer-arrêté-de-1895

Le plaisir du bain de mer apparaît réellement au début du XXe siècle. Il fallait "se baigner", c'est-à-dire se tremper modérément dans l'eau de mer, pas plus de dix à quinze minutes par jour. A Nice, les plages de la Tour rouge ou du Lazaret, sur l'actuel boulevard Franck-Pilatte, font partie des premières à accueillir les baigneurs intrépides. Les cabines de plage apparaissent. Il convient de rester habillé : robe arrivant à mi-mollet pour les dames, avec charlotte tricotée en guise de chapeau, maillot et caleçon long pour les hommes. Il est d'usage d'éviter le contact direct avec le soleil, le bronzage, réservé aux paysans, étant encore assez vulgaire. On s'abrite sous des ombrelles, on garde son chapeau et on ne reste que peu de temps sur la plage : le tennis, les casinos, les villas et les stades hippiques offrent d'autres distractions que celle-ci.

Tentes et parasols

Entre 1920 et 1930, la saison estivale rejoint, en importance, la saison hivernale. Les plages sont alors équipées de restaurants ou de buvettes. On commence à pratiquer le bronzage légèrement vêtu, la natation, mais aussi le ski nautique, la voile légère ou le pédalo. Dès son lancement par Franck Jay Gould (1877-1956) philanthrope et homme d'affaire américain, Juan-les-Pins s'affirme comme une station uniquement estivale. D'autres stations suivent, comme Cannes par exemple, favorisée par la naissance de la Croisette. L'instauration des congés payés en 1936 lancera définitivement la pratique des vacances à la plage. Le torse nu est accepté pour les plus jeunes garçons et les jeux de plage apparaissent. Après la Seconde Guerre mondiale, les bains se libèrent et on apprend volontiers à nager, mais les corps se libèrent également et pour plus de confort, le corset tombe, à la ville comme à la plage.

Saint-Raphaël, Saint-Tropez et, comme le démontre un article du journal Le Littoral de 1938, Cannes, deviennent les stations balnéaires à la mode. " Il n'est pas contestable que la saison balnéaire est, cette année, plus brillante que l'an dernier. Jamais on avait vu pareille affluence sur nos plages, ni une telle floraison de tentes et parasols dont le bariolage anime gaiement le paysage. Les deux établissements de bains de la Croisette sont combles chaque jour. (…) La plupart des estivants, pour employer le jargon consacré, sont venus des régions voisines (…)."

Les couturiers en vogue à Paris (Jean Patou, Lucien Lelong ou Elsa Schiapparelli) s'emparent du maillot de bain qui, au fil du temps, devient de plus en plus mini. Dès 1955, les premiers bikinis font leur apparition grâce aux starlettes du Festival du film de Cannes. Désormais, le tourisme balnéaire est né.

Source : D'après un article de Nelly Nussbaum paru dans le journal Nice-Matin du 21.07.2014 et le blog "Plume d'histoire" de Marie Petitot 

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Les bain-de-jambes

La baignade de jadis

Les plages étroites mais magnifiques au pied des Maures ne furent longtemps, sur de longs espaces, que le domaine des mouettes et des gabians*. Leur sable en portait souvent que l'empreinte de leurs pattes. Parfois même, seul le vent y creusait de toutes petites vagues figées en dunes minuscules. Devant les hameaux de pêcheurs, les barques y laissaient la marque de l'étrave mêlée aux traces de pieds nus. Les enfants bruns des pescadous (pêcheurs) s'amusaient à courir et sauter dans la vague, y plonger et se laisser porter par l'eau. Ils savaient qu'ils seraient sûrement pêcheurs eux aussi et la grande bleue ne leur faisaient pas peur, mais dans les villages éloignés, aller passer une journée à la mer, c'était toute une affaire. Le matin du départ, on chargeait la jardinière ou le char à bancs. On y mettait les provisions pour la journée, la bonbonne d'eau, le picotin pour le cheval, des paniers, des parapluies pour s'abriter du soleil et les maillots de bain. On coiffait le cheval d'un chapeau de toile blanche, on grimpait dans la carriole et hue ! en route, on cahotait dans le chemin et on arrivait enfin devant la mer magnifique, bordée de grands pins et de tamaris aux fines fleurs roses. Vite, on allait se mouiller les pieds puis on allait revêtir les maillots, dissimulées derrière des buissons. Les mamans se décidaient parfois, les plus élégantes en longues culottes bouffantes resserrées sous les genoux, dos et bras couverts et le chignon couvert par une charlotte à volant. Celles qui ne possédaient pas de costume de bain, en pantalon et cache-corset serraient leurs bras sur leur poitrine. Si leur visage était tanné par le soleil, tout leur corps était très pâle et elles étaient vite gênées d'être ainsi dévêtues. Certaines se mettaient une vieille robe dont elles épinglaient le devant et le dos entre les jambes par une épingle anglaise et se baignaient ainsi. Trempant le bout des orteils, elles avançaient prudemment dans l'eau et reculaient à la moindre vague plus forte. On était timoré en ce temps-là, les bains n'avaient pas bonne réputation, on les disaient plutôt dangereux pour la santé. Les hommes dépassaient les premières lames et criaient : "venez, allez-y, elle est bonne !".

Trempette dans la mer

Les enfants échauffés par leurs gambades, détendus par l'eau tiède de midi, s'enhardissaient à faire quelques brasses rapides en soufflant et en s'excitant. Le timide bain fini, on retournait se cacher pour se rhabiller. Sur les tamaris, on faisait sécher les maillots. Puis, c'était l'heure de faire ripaille avant de dormir à l'ombre des pins. A l'époque des plage bondées et de la mer porteuse de naïades bronzées, on a du mal à croire à ces baigneuses n'osant montrer leur peau et mouiller leur corps. Plages d'aujourd'hui bariolées de centaines de parasols, fréquentées au point de saturation, vos pins ont disparus et il faut bien chercher pour trouver une petite surface libre pour y poser sa serviette et par dessus, son corps demi-nu que le soleil va brûler de ses rayons ardents.

Explications

 Le gabian est un oiseau marin côtier bien connu en Provence. C'est un mot provençal et aussi présent dans le français régional. C'est ce qu'on appelle ailleurs un goéland (du breton gwelan), appelé aussi (à tort, selon les scientifiques) une mouette. 

Source : D'après le livre "Les Maures, terre de Provence" de Georgette Brun-Boglio - Les Presses du Midi

 Costumes de bain 1899

Maillots de bains et bains de mer en 1900

Au début du XXème Siècle, les bains de mer étaient surtout recommandés pour leurs vertus tonifiantes pour la santé. Mais on ne s’offrait pas à l’élément liquide sans s’entourer d’un luxe de précautions. Depuis la "cabine de bains" tractée par un robuste cheval qui vous conduisait au contact de la mer (tout en vous dissimulant aux regards indiscrets) en passant par le "Maître Baigneur" au physique de vieux corsaire et dont la stature rassurante semblait pouvoir défier toutes les tempêtes et les raz-de-marée imaginables, il restait encore à revêtir le costume approprié. Dans les années 1900, les maillots de bain, comme leur nom l’indique, "emmaillotaient" parfaitement le corps des intrépides sportifs, de la base du cou jusqu’aux chevilles. Nul centimètre carré d’épiderme n’aurait pu offenser la pudeur du Sénateur René Bérenger (1830-1915), lequel présidait à l’époque la "Société de protestation contre la licence des rues". Au sein de cette société, le 4 Février 1906, l'abbé Antonin-Gilbert Sertillanges (1863-1948) dénonçait : "les obscénités immondes, les cartes postales immorales, les illustrations lubriques qui, sous le masque de l’art, courent librement les rues".

La naissance de Vénus-Sandro Botticelli

La naissance de Vénus de Sandro Botticelli tableau peint vers 1484-1485 - Musée des Offices à Florence

Le chef d’œuvre de Sandro Botticelli (1445-1510) : "La naissance de Vénus", aussi nue qu’au jour de sa naissance, n’était encore qu’une machine à fantasmes pour nos arrières-grands-parents. Le tissu mouillé venant souligner les imperfections du corps humain, il fallait aux baigneuses beaucoup de grâce, beaucoup de charme, ainsi enveloppées et enrubannées de la tête aux pieds, pour ne point sombrer dans le ridicule à défaut de sombrer dans les abysses.

Source : Site du Musée de la carte postale à Antibes - Exposition Maillots de bains et bains de mer 1900 en 2002

 

 

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12 août 2019

Exposition : Les Arcs de la résistance à la libération 1942-1944

Exposition libération les arcs

Je vous fais part d'une exposition intitulée : Les Arcs, de la résistance à la libération 1942-1944. Elle sera visible aux Arcs-sur-Argens, à la salle Hugony, place du 11 novembre, du 13 au 16 août 2019 et du 20 au 30 août 2019. Les horaires d'ouverture : de 10 h à 12 h et de 15 h à 19 h. L'entrée est gratuite. Cette exposition a été concoctée et mise en place par Jean-Michel Soldi que je connais depuis de très nombreuses années. Vous pourrez y voir des documents, des photographies et du matériel qu'il a patiemment récupéré au fil des ans. Il est comme moi : un passionné d'Histoire et lui en particulier d'Histoire de la Seconde guerre mondiale. Il y aura également une présentation de livre "The 517th's Gang" par l'auteur Loïc Jankowiak. Je vous conseille d'aller voir cette exposition qui ne pourra être bien entendu que très intéressante, je dirai même passionnante mais ça, vous l'avez déjà compris.

Je mets ci-dessous le lien d'un article que j'avais fait paraître le 8 novembre 2012 et qui avait pour sujet le cimetière américain de Draguignan. 

Le cimetière américain de Draguignan - Passion Provence

Le 15 août 1944, les Forces Alliées débarquent sur le littoral varois. Ce jour-là à Draguignan, on apporte au docteur Angelin German, les corps de deux parachutistes américains tombés au quartier des Selves. Le médecin fait partie de la Résistance. Après une concertation avec son comité, il les fait enterrer dans un champ d'oliviers près du cimetière des Augustins.

Histoire du maquillage au fil des siècles

 

Homo-Sapiens

Histoire de l'Evolution Humaine : Homo Sapiens 

Depuis toujours, les hommes et les femmes ont cherché à sublimer leur beauté grâce à l'utilisation de produits cosmétiques. L'usage de maquillage remonte à la nuit des temps et il est probable que les hommes préhistoriques pratiquaient déjà la peinture corporelle. Je vous propose de retracer l’histoire du maquillage au fil des siècles.

A l’Antiquité de -3000 à 476

L’utilisation de maquillage est une pratique plusieurs fois millénaire : si l’on en trouve les premières traces écrites dans la Bible, l’archéologie a permis de retrouver des accessoires et des cosmétiques remontant à 3000 ans avant JC.

Egyptienne aux yeux fardés

Egyptienne aux yeux soulignés de khôl (Musée du Louvre)

3000 ans avant notre ère, les Egyptiens mettaient leurs yeux en valeur grâce au khôl, qui était fabriqué à base de suie ou de plomb, du fard rouge pour les lèvres et les joues à base de rouge minéral comme le coquelicot et du henné pour colorer les ongles… Et déjà ils appliquaient du carbonate de plomb appelé aussi blanc de céruse sur le visage pour blanchir la peau. Le khôl avait aussi la fonction de protéger les yeux des rayons du soleil et des conjonctivites.

Caravanes

Gravure représentant une caravane sur la route de la soie

En fait, ce sont les caravanes acheminant les épices et la soie en Europe qui ont fait connaître les produits de maquillage en Grèce et dans tout l'Empire romain. Dans la Grèce antique, notamment à Athènes et à Sparte, cette pratique était à l’origine interdite aux femmes respectables et réservée aux courtisanes. Sous l'Empire romain, les patriciennes (personnes qui faisait partie de la noblesse, de la classe privilégiée) consacraient beaucoup de temps à leur toilette, leur coiffure et leur maquillage. Ovide (poète latin) a d’ailleurs écrit un traité à ce sujet dans lequel il donne aux coquettes de son temps de nombreux conseils et recettes de beauté (Ovide : Les Fards ou Soins du visage). Chez les Grecques comme chez les Romaines, un masque à base de poudre d’orge, de miel et d'oeuf était destiné à éclaircir le teint. Les sourcils étaient noircis avec du charbon. A noter : le blanc est la couleur des nobles (c'est-à-dire, ceux qui ne travaillent pas). Très réputée, de l’urine humaine et animale était importée d’Espagne et donc vendue à prix d’or, pour se faire des bains de bouche tous les matins afin d’avoir les dents blanches. Pour se rafraîchir l’haleine et se laver les dents, des feuilles de myrrhe mélangées à du vin et des pétales de roses étaient utilisées. Au Ier siècle, la mode voulait que l’on s’éclaircisse la peau avec de la céruse et de la craie, qu’on souligne le regard d’un trait de khôl et que l’on rehausse son teint et ses lèvres avec du rouge.

A noter : à cette époque et jusqu’au début du XIXème siècle, les cosmétiques utilisés (notamment le blanc de céruse) sont des produits toxiques qui contiennent du plomb et du mercure. 

Céruse

Pot contenant du blanc de céruse (photo internet)

Quelques explications

Blanc de céruse : La céruse, encore appelée blanc de Saturne, blanc de plomb ou blanc d'argent, est un pigment synthétique blanc opaque à base de plomb. La céruse est un produit de la chimie, mais elle existe aussi dans la nature sous forme de minéral dont le nom est l'hydrocérusite. Le blanc de plomb servait aussi à fabriquer des peintures et du fard blanc dès l'Antiquité. Sa toxicité est affirmée au XVIIIème siècle. Cependant, réputé être le meilleur pigment blanc, il reste en usage même après la mise dans le commerce d'alternatives, d'abord le blanc de zinc au XIXème siècle, puis le blanc de titane au XXème siècle. Son usage est interdit au début du XXème siècle. La diminution de l'emploi de la peinture à l'huile hors du domaine des beaux-arts lui a fait perdre son importance.

Egyptian_eye_makeup

Maquillage de l'Egypte antique

Khôl, kohol ou kohl : (mais aussi en égyptien ancien : mesdemet), est une poudre minérale autrefois composée de sulfure de plomb ou de sulfure d'antimoine. Elle fut aussi composée dans le passé d'un mélange de plomb sous forme de galène, de soufre et de gras animal, voire de bois brûlé ou de bitume, utilisée pour maquiller et/ou soigner les yeux. En effet, Les Égyptiens utilisaient la mesdemet en tant que collyre pour prévenir et soulager des infections oculaires, et peut-être aussi pour protéger les yeux des fortes réfractions de la lumière du désert. Les pharaons et leurs sujets semblent avoir été également conquis par l'effet esthétique que conférait la mesdemet à leur regard, et aussi bien les femmes que les hommes l'utilisaient pour se maquiller. Le khôl peut être noir ou gris, selon les mélanges qu'il contient. Si le khôl est maintenant théoriquement utilisé sans plomb toxique en tant que cosmétique pour souligner le tour de l'œil, des intoxications graves par le plomb sont encore constatées à la suite de l'usage de khôl contenant du sulfure de plomb. Le khôl semble d'ailleurs avoir autrefois surtout eu un objectif médicinal, sa toxicité ayant une fonction biocide. Il a même peut-être été le premier antibiotique composé de molécules chimiques synthétisées par l'homme, il y environ 4 000 ans. 

 Arbre à myrrhe

Arbre à myrrhe (Commiphora mirrha)

Résine de myrrhe

Résine de myrrhe

Myrrhe : La myrrhe est une gomme-résine aromatique produite par l'arbre à myrrhe. L'histoire de la myrrhe est aussi ancienne que celle de l'encens. Les Egyptiens la connaissent depuis quatre millénaires et en faisaient un des composants du kyphi (sorte d'encens sacré). Elle était également utilisée dans les embaumements. Pour les hébreux, la myrrhe est l'un des principaux composants d'une huile d'onction sainte. A ce titre, elle fait partie des cadeaux apportés à Jésus par les rois mages. Balthazar apporta de la myrrhe en offrande (signe d'une souffrance future) alors que Melchior offrit de l'or (symbole de royauté) et Gaspard de l'encens (symbole de divinité). Du vin mêlé de myrrhe a été proposé à Jésus (qui l'a refusé) avant sa crucifixion pour atténuer les douleurs immenses de ce suppliceLa myrrhe, astringente, est utilisée dans le traitement des ulcères de la bouche et des gencives.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre

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Au Moyen-Age de 476 à 1453 jusqu'en 1492

(A noter : en 1453, chute de l'empire Romain et en 1492 découverte de l’Amérique et début des Temps Modernes).

Les Croisés ont rapporté le maquillage en Europe du Nord à partir du XIIème siècle. Dès le XIIIème siècle, les nobles utilisent du fond de teint, de la teinture pour les cheveux et du parfum. Les femmes utilisent de la farine, du corail blanc et de la céruse pour se blanchir le teint. Le maquillage est condamné par l’église car il est symbole de luxure. La femme parfaite doit être mince et élancée, avoir la peau blanche et être blonde. Les prostituées devaient avoir les cheveux “carotte” pour être reconnues. Cette couleur s’obtenait avec du safran ou avec de la garance (plante dont les racines sont utilisées pour teindre les textiles en rouge vif). A noter : des cure-dents, en bois par exemple, et des pâtes à base de corail et d’herbes assainissantes servaient à se laver les dents et un linge servait à les frotter .

La Renaissance de 1453 à 1492 et jusqu'à 1610 

 A la Renaissance, l’idéal de beauté féminine consistait à avoir le teint diaphane, les lèvres, les joues, les ongles rouges et les cheveux dorés. Pour obtenir un blond vénitien, les femmes enduisaient leur chevelure d'un mélange de safran et de citron et exposaient leurs cheveux au soleil. Par ailleurs, elles se poudraient le visage à la céruse et à l'ocre rouge et se teintaient les lèvres avec de la teinture de cochenille.

Époque des Temps Modernes de 1453 à 1492 et jusqu'à 1789

 Francois-Boucher-Madame-de-Pompadour

Madame de Pompadour (1721-1764) par François Boucher

A partir du XVIIème siècle, l’usage du maquillage s’étend à toutes les classes sociales. Alors qu’au XVIIIème siècle, on abusait du rouge et on se fardait même pour dormir, le XIXème siècle est marqué par un certain retour au naturel.

L'époque des temps modernes commence avec Charles VII, la nudité devient esthétique, notamment grâce à l’art. Les critères de beauté ont quelque peu changé, la femme doit avoir des rondeurs, mais pas trop quand même, pour être belle, mais toujours la peau claire et les cheveux blonds si possible. Les yeux et les cils sont maquillés avec de l’antimoine noir, hautement toxique (cousin de l’arsenic sous forme de cristaux), du vermillon est porté sur les lèvres, les ongles et les joues (pour les nobles évidemment). Il est à noter que pour avoir les cheveux blonds comme les italiennes, les femmes s’enduisent les cheveux de safran et de citron puis restent au soleil pendant des heures. Les femmes placent des boules de musc (le musc provient de glandes abdominales de cerfs) dans leur bouche pour se parfumer l’haleine. A l’époque de Louis XIV, toutes sortes d’artifices sont utilisés pour être beau et paraître propre. Par exemple, les mouches sur le visage, afin de camoufler les boutons et les cicatrices dûs à la variole (petite vérole) mais après la découverte du vaccin de cette maladie en 1796, la mouche est devenue l’ élément esthétique indispensable. (voir à ce propos mon article du 21.06.2019 Le langage des mouches et des éventails au XVIIIe siècle ).

Mouches sur le visage

Où sont placées les mouches sur le visage ?

  • “La Majestueuse” : se porte au milieu du front,
  • “La Passionnée” : au coin de l’œil,
  • “L’Effrontée” : au bout du nez,
  • “La Baiseuse” : à la commissure des lèvres,
  • “La Receleuse” : sert à dissimuler un bouton. 

Le parfum est largement répandu pour essayer de cacher l’odeur de crasse, des gens, des animaux et des excréments. On se farde le jour comme la nuit ! 

A noter : il y avait bien des cabinets d’aisance (chaise d’affaires pour le Roi) et des latrines au château de Versailles,  mais en raison d’un nombre trop limité, des systèmes de pots de chambre portatifs ont été inventés, seulement, parfois, les gens étaient obligés de se soulager où ils pouvaient. Le nom de ce pot est un bourdaloue. Vous imaginez ce que cela signifie en terme d’hygiène et d’odeur...

Bourdaloue

Un exemple de bourdaloue joliment décoré

 Explication du mot bourdaloue

L’origine du mot vient de la cour de Louis XIV où dans la chapelle royale l’abbé Louis Bourdaloue (1632-1704), appelé Roi des prédicateurs et prédicateur des rois avait l’habitude de faire des prêches interminables.
La longueur effarante de ses sermons en chaire, s’imposant souvent pendant plus de deux heures d’affilée, ne pouvait manquer de poser quelques problèmes intimes, et clairement mictionnels, aux dames de la haute société placées tout en avant dans la chapelle, mais incapables alors de se soulager de vessies douloureuses. Cachées sous la crinoline, avec l’avantage des culottes de l’époque fendues d’avant en arrière, cet objet astucieux pouvait  libérer ces pénitentes qui confiaient alors discrètement à leurs dames de compagnie le soin de vider l’instrument fort peu sacré derrière l’édifice religieux. Le mot est utilisé aussi en chapellerie (ruban du chapeau) et en pâtisserie (tarte aux poires avec de la crème d’amandes… ).

Source pour le mot bourdaloue : Site du Conservatoire du patrimoine hospitalier de Rennes - www.cphr.fr

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Hygiène

Image slideplayer.fr - Formation d’ambulancier en Transport Médico-Sanitaire

Au XVIIIème siècle, c'est le renouveau qui arrive. En effet, depuis le Moyen-Age, les déchets et les pots de chambre étaient jetés par les fenêtres. Se promener dans la rue à l’époque promettait donc potentiellement d'avoir quelques surprises… Cependant, il faut attendre le règne de Napoléon III pour implanter tout un réseau d’égouts sous les grandes avenues. Les premières latrines collectives sont créées, mais aussi les premiers trottoirs et le transport des eaux usées par un système de chasse d'eau dans les souterrains. Si à cette époque, on abusait du rouge et on se fardait même pour dormir, le XIXème siècle est marqué par un certain retour au naturel. Les habitudes bien ancrées sur le maquillage et l’hygiène sont totalement revues. En effet, dès 1906, on ne met plus de fard blanc à base de céruse sur le visage, au contraire, on préfère un maquillage qui s’adapte à la forme du visage et on utilise la paraffine et la vaseline. On prend soin de faire sa toilette et on ne met plus de parfum à outrance. 

1930s-Make Up

A partir de 1930, la mode est d’avoir un teint halé. D’ailleurs, de nos jours, nous cultivons toujours ce teint qui nous fait l'effet d'avoir bonne mine. Pendant des millénaires, fautes de moyens et de connaissances, des populations ont utilisé des produits toxiques et ont souffert de manque d’hygiène, que ce soit pour des critères de beauté ou pour diverses croyances. Il a fallu attendre le XXe siècle pour commencer à comprendre les besoins du corps humain. L'industrialisation et les progrès scientifiques ont bouleversé le monde des cosmétiques au XXème et au XXIème siècles, avec notamment l’apparition de parfums de synthèse, de tensioactifs et de conservateurs.

Sources : Site internet "Lillelettrée" - D'après un article sur l'hygiène et le maquillage de l'Antiquité à nos jours paru en 2015 et également le site Gralon.net, d'après un article paru en 2008 sur le même sujet.

 

06 août 2019

L'hygiène au fil du temps

 

Déesse Hygie

Tête d'Higie, attribuée à Scopas et provenant de Tégée - Musée national archéologique d'Athènes

Le mot hygiène dérive du nom de la déesse grecque Hygie ou Hygée (du grec ancien hugieinós "bon pour la santé"), qui était la déesse de la santé et de la propreté. Fille d'Asclépios, dieu de la médecine, et d'Epione, celle-ci symbolise la prévention alors que sa soeur Panacée (voir explication à la fin du texte) est la déesse guérisseuse liée au traitement médical et aux médicaments. Cette origine mythologique explique que les Grecs entretiennent intitialement avec leur corps des rapports vertueux, l'hygiène considérée à cette époque comme purificatrice étant ritualisée lors de cérémonies ou de libations. Dans la Grèce antique mais également dans la Rome antique, l'hygiène est un symbole de santé et se concrétise par la fréquentation des bains publics. Hippocrate, considéré comme le père de la médecine fut le premier à préconiser l'hygiène du corps à des fins curatives mais aussi préventives. Il écrivit trois livres sur le sujet consacrés à la diététique, la propreté et l'hygiène. Dans ces écrits, il recommande les exercices corporels, la pratique de bains thérapeutiques et avant toute chose la modération dans l'alimentation et la boisson. 

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Tacuinum Sanitatis

Au Moyen-Age en Europe, le manuel de diététique et traité d'hygiène de référence est le Tacuinum Sanitatis duquel les médecins extraient des conseils généraux d'hygiène, adaptés aux configurations astronomiques, aux conditions climatiques et à l'âge des patients. L'hygiène domestique médiévale concerne aussi les repas : un véritable guide du savoir-vivre apparaît au XVème siècle, Les Contenances de la table qui recommandent notamment de se laver les mains avant le repas ou de s'essuyer la bouche avant de boire. La nourriture est un chapitre essentiel de l'art médical et de nombreux traités médiévaux d'art culinaire ne sont que des adaptations du Régime du corps du médecin italien Aldebrandin de Sienne. Les étuves et bains publics populaires (hommes et femmes s'y baignant dans des baquets communs) ou raffinés sont en plein essor au XIIIème siècle, Mais l'église catholique d'Europe centrale et occidentale interdit leur pratique et cherche à fermer les établissements la permettant. Elle désapprouve également les bains à la rivière et recommande avant tout les ablutions, la seule eau pure étant l'eau de baptême destinée au salut de l'âme.

Réalité-des-bains-publics-étuves-du-moyen-age

Bains publics au Moyen-Age

Une des raisons invoquées pour bannir les étuves, bains publics et bains de rivière est qu'ils sont suspectés de propager la peste (traumatisme de la peste noire du milieu du XIVème siècle, les médecins craignant qu'elle ne fût transmise par l'eau s'infiltrant dans les pores de la peau et transportant toutes sortes de germes) et que les premiers sont assimilés à des lieux de débauche, parfois de façon justifiée, même si cette débauche n'empêche pas l'hygiène corporelle : leur fermeture se fera progressivement au cours des XVIème et XVIIème siècles. Ces prescriptions religieuses expliquent qu'aux XIVème et XVème siècles apparaissent dans les maisons aisées, au plus près du lit, les "estuves" ou bains privés, la "cuve baigneresse" (cuvier en bois cerclé, dont les parois sont doublées avec une toile pour éviter les échardes) ou la fontaine murale et, plus rarement dans les maisons plus modestes (car le bain chaud reste un luxe), les baquets et bassines qui sont plus réservés au lavage du linge. Le bain privé reste cependant essentiellement un privilège de riche et un signe d'hospitalité. 

Bains et étuves

Les étuves – Le livre de Valère Maxime, XVe siècle - Paris

Au début du XVIIème siècle, les bains fréquents qui étaient à la norme dans les cités médiévales disparurent progressivement avec l’arrivée de certaines croyances. La principale était la crainte de la maladie, car on croyait à cette époque que l’eau pénétrait par les pores de la peau et déposait, entre autre, le germe de la syphilis. L’eau était aussi censée faire perdre la vigueur sexuelle et on pensait être épargné de la maladie grâce à la crasse ! L’église, quand à elle, contribua à effacer les bienfaits des bains, en dénonçant l’immoralité de ces lieux qui mélangeaient les individus des deux sexes, et les attitudes lascives que prenaient les femmes lors de bains chauds. On ne peux pourtant pas omettre de dire que durant le XVIème siècle, le nudisme était de rigueur, et qu’il était fréquent de voir quelques attroupements près d’un fleuve ou d’une rivière. Le nudisme des femmes quand à lui, fut interdit au début du XVIIème siècle et le port de la chemise fut rendu obligatoire... On utilisait des parfums  (jasmin, cannelle, jonquille, musc) pour camoufler les mauvaises odeurs et ceux-ci étaient censés servir de désinfectant. Les pastilles d’anis servaient à parfumer l’haleine. Le développement des cosmétiques (notamment l'usage des fards rouges et blancs introduit par Catherine de Médicis ou le poudrage du corps et des cheveux par la pommade de Florence, la poudre de Chypre) souligne qu'à la cour, la vue s’impose face à l’odorat et au toucher. La toilette sèche se fait sur le corps par friction avec un linge propre ou un frottoir en peau, seul le visage et les mains se lavent à l'eau et au savon (ou l'herbe à fossé pour les moins nantis). Le corps est protégé sous la crasse, ainsi un habit blanc devenu noir est bien perçu. Seules les personnes aisées, qui peuvent changer souvent de vêtements, pratiquent une hygiène vestimentaire. La toilette des plus nobles est complétée par l'application de baumes et d'onguents aux vertus préventives, apportés notamment par les Grandes découvertes. Luigi Cornaro (1484-1566), noble vénitien qui vécu centenaire, écrit en 1558 De la sobriété dépend la longévité. Conseils pour vivre longtemps qui "sert de modèle aux ouvrages d'hygiène classiques où la santé est quasi idéalisée, permettant d'épurer le corps, de l'alléger, l'éloignant de toute maladie"

Habit-de-parfumeur

Habit de parfumeur - Nicolas de Larmessin (1632-1694)

A partir du XVIIème siècle, la "toilette sèche" perdure, mais l'usage de l'eau réapparaît petit à petit. Les premiers cabinets de bain se développent chez les gens riches et raffinés dont la blancheur de linge est soulignée au col et au poignet. Le bain froid est jugé hygiénique, non par son pouvoir nettoyant mais par son pouvoir tonifiant, tandis que le bain chaud ne reste qu'une pratique médicale. La bourgeoisie dénonce le caractère masquant des parfums et des cosmétiques de la noblesse, et de fait, l'usage de fards qui blanchissent la peau devient beaucoup moins présent. A partir du XVIIIème siècle, on voit apparaître la terreur des miasmes et les philosophes et les médecins se penchent sur les questions de l'hygiène individuelle et l'hygiène collective. Mais, l'hygiène concerne aussi la "propreté du dessous" puis, la propreté de la peau qui se fait entièrement par le lavage. La réapparition des établissements de bain et la multiplication d'espaces spécialisés (cabinets de bain, bidets, latrines collectives en usage non seulement dans les châteaux ou abbayes mais aussi dans les maisons modestes) est liée au développement de la notion d'intimité. C'est à partir de cette époque que les grandes ville se dotent d'égouts souterrains. 

Louis Pasteur

Louis Pasteur (1822-1895)

Au XIXème siècle, Louis Pasteur (1822-1895) développe une théorie des germes selon laquelle certaines maladies sont causées par des micro-organismes. Un nouveau courant de pensée, l'hygiènisme s'appuie sur les travaux de Pasteur et s'intéresse à tous les aspects de la vie quotidienne (propreté des villes, pollution, réseaux d'eau). Les scientifiques et les médecins formulent des recommandations comme le lavage des mains et la toilette quotidienne à l'eau et au savon  qui est produit en masse avec l'essor des industries chimiques de fabrication de soude. Ces instructions sanitaires s'invitent alors autant dans les classes d'école que dans la cour de récréation et dans les familles. Le thermalisme, réputé pour la santé se développe, répondant à la vocation d'une ville de santé conforme aux préceptes de l'hygiénisme urbain. La fin du siècle marque le développement des salles de bain et des toilettes dans les logements en lien avec le développement de l'eau courante dans les maisons.

Ignaz_Semmelweis

Ignace Phlippe Semmelweis (1818-1865)

C'est Ignace Phlippe Semmelweis (1818-1865), chirurgien et obstétricien hongrois qui met en évidence le risque nosocomial. Il devine en 1846 les vrais mécanismes de la contagion de fièvres puerpérales. Les femmes meurent moins en accouchant à leur domicile, à la maternité des sages-femmes de Vienne ou même dans la rue qu’à l’hôpital. Un comble ! Il arrive à la conclusion que les fièvres puerpérales sont véhiculées par les médecins eux-mêmes lorsqu’ils passent des salles de dissection et d’autopsie aux salles d’accouchement sans se laver les mains ni changer de blouses. Il mourut fou, à quarante-sept ans, de ne pas avoir réussi à convaincre les scientifiques de son époque. 

Source : D'après un article paru dans le site Wikipédia, l'encyclopédie libre. 

Complément

Panacée : En pharmacie, il était une croyance selon laquelle un remède efficace pouvait exister contre un grand nombre de maladies. On appelait ce remède la thériaque ou la panacée. Ce mot entra dans le langage courant au Moyen-Age. Aujourd'hui, on l'utilise de façon souvent ironique pour désigner un objet, une idée, un concept qui semble être le remède à tous les maux ou tout un ensemble de maux. Le mot est parfois redoublé, on ne parle plus simplement de "panacée", mais de "panacée universelle", ce qui est un pléonasme. Le ginseng appartient au genre panax, traduction latine de Panákeia. La centaurée était autrefois considérée comme une panacée, son nom évoquant le centaure Chiron, qui enseigna la médecine à Asclépios, l'Esculape romain.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre.

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Autre article à suivre le 12 août : Histoire du maquillage au fil des siècles.

  


31 juillet 2019

Roger Bricoux de Monaco, musicien sur le Titanic

 

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Portrait de Roger Bricoux 

Roger Bricoux avait 20 ans lorsqu'il s'embarqua sur le Titanic en tant que violoncelliste dans l'orchestre qui animait jour et nuit la vie mondaine à bord. Mais ce dernier ne revint jamais de cette croisière tragique dont il fut l'un des héros.

Roger Bricoux, jeune violoncelliste était heureux car il venait de décrocher un contrat de rêve sur le plus grand paquebot du monde : le Titanic. Il écrivit à son père qui était musicien à l'orchestre de Monte-Carlo : "Mon père, ma vie va changer, car je viens d'être engagé comme musicien sur le plus grand paquebot du monde, le Titanic. Je vais participer à sa première croisière, le 10 avril 1912". Tout le monde avait entendu parler du Titanic. Une publicité énorme avait été faite pour son voyage inaugural de Southampton à New-York. Les agences de la compagnie de la White Star Line vendaient les billets. Il y avait justement une agence à Monaco.

Affiche de la Cie White Star Line

Affiche publicitaire de la White Star Line pour le Titanic

Le père de Roger, Léon Bricoux, faisait partie de l'orchestre symphonique de Monaco depuis 1883 et il jouait du cor. La construction du Casino et de l'Opéra de Monte-Carlo en 1879 avait nécessité d'augmenter l'effectif de l'orchestre, lequel avait été fondé en 1856 avec une quinzaine de musiciens. Le chef d'orchestre en était Roméo Accursi, neveu du célèbre compositeur Gaetano Donizetti. Léon Bricoux s'était marié avec Marie-Rose. Leurs deux premiers enfants, Marius et Marcel, étaient morts en bas-âge. C'est pour cela qu'en 1891, lorsque Marie-Rose appris qu'elle était enceinte d'un troisième enfant, elle décida d'aller accoucher dans la maison de ses parents à Cosne-sur-Loire en Bourgogne. Voilà pourquoi Roger n'est pas né à Monaco. Il n'y passa pas moins son enfance et son adolescence. Ses parents étaient des gens très catholiques et ils envoyèrent Roger au collège Saint-Charles situé dans la Principauté et ensuite au collège de la Visitation. Il commença ses études musicales avec son père et les musiciens de l'orchestre de Monte-Carlo, puis les poursuivit à l'Académie musicale de Bologne en Italie. Il les acheva au conservatoire de Paris, puis revint à Monaco. Comme font tous les jeunes musiciens, il effectua des remplacements dans les orchestres de la région : à l'orchestre de Monaco avec son père mais aussi dans les grands hôtels de Nice et de la Côte qui employaient beaucoup de musiciens pendant la saison d'hiver. Les saisons d'été se passaient ailleurs. Roger se produisait ainsi à l'Hôtel Central de Leeds en Angleterre en 1910 mais encore au Grand Hôtel du Lion d'Or à Lille en 1911. Et c'est pourquoi, au début de l'année 1912, Roger s'est engagé sur le Titanic. Il rejoint donc les six autres musiciens : Théodore Brailey, pianiste ; John Hume, violoniste ; Percy Taylor, pianiste ; Frederick Clarke, contrebassiste, John Woodward, violoncelliste ; Georges Krins, violoniste. Ils sont tous Britanniques sauf le dernier qui est Belge et Roger Bricoux. Le chef d'orchestre est Wallace Hartley, il est Anglais. Roger est le plus jeune du groupe. Le contrat a été signé avec la Black Talent Agency, qui a le monopole des orchestres de paquebots.  

Orchestre du Titanic Gravure

Les héroïques musiciens du Titanic

 Le jour du départ est enfin arrivé et le 10 avril 1912, dans le port de Southampton, alors que les passagers embarquent à bord du Titanic, l'orchestre joue sur le pont supérieur. Il entonne l'hymne de la compagnie, la White Star March. Près de mille passagers s'engouffrent dans la coque du magnifique navire réputé insubmersible. Ils découvrent avec émerveillement le décor luxueux qui s'offre à leurs yeux. Les gens les plus riches de l'époque s'y sont donné rendez-vous, de même que des centaines d'émigrants d'Angleterre, d'Irlande et d'Europe désireux d'aller commencer une nouvelle vie aux Etats-Unis. C'est le moment du départ. A 12 heures 15, le paquebot qui a mis en marche ses moteurs colossaux s'écarte du quai. Premier incident : les remous causés par les hélices font rompre les cordages du City of New York, qui est amarré à côté du Titanic et qui commence à dériver. Les deux navires manquent de se percuter. Le commandant, Edward Smith, ordonne de procéder à une marche arrière d'urgence, ce qui a pour effet de repousser le City of New York. La collision a été évitée de justesse. Le Titanic quittera Southampton avec une heure de retard.

Titanic-and-City of Newyork

Le Titanic et le City of New York (Photo Wikipédia)

La vie à bord se met en place. L'orchestre joue en plusieurs lieux : le Café parisien, la salle de réception de première classe à l'heure du thé, la grande salle pour le dîner. Il se produit également au sommet du grand escalier en fin de matinée et trois fois par jour dans l'escalier principal de deuxième classe. Les musiciens jouent en effectif complet de huit musiciens ou en trio ou encore en quintette. Le dimanche matin 14 avril, jour du drame, l'orchestre accompagnera également l'office religieux en présence du commandant. Les passagers s'assayent même sur les marches pour écouter l'orchestre. D'ailleurs, une des rescapées du naufrage, Helen Churchill Candee dira : "L'orchestre était populaire et tout le monde refusait de le quitter. Tout le monde demandait qu'il joue son air préféré". Vers 23 h 40, alors que le Titanic a déjà parcouru 1451 miles (2687 kilomètres) et que le commandant a maintenu sa route malgré la présence de blocs de glace, signalée par radio par quatre bateaux successifs, dont le Baltic et le Californian, les veilleurs, Frederik Fleet et Reginald Lee, installés dans le nid-de-pie du mât avant, aperçoivent un iceberg droit devant dans le brouillard et le signalent à la passerelle. Le 1er officier, William Murdoch, alors officier de quart, essaie de faire virer le navire vers bâbord, il fait stopper les machines et demande une marche arrière toute. Quelques trente sept secondes plus tard, le navire vire de bord, mais heurte l'iceberg par tribord et le choc fait déchirer des tôles et sauter des rivets ouvrant ainsi une voie d'eau dans la coque sous la ligne de flottaison. Tout le monde entend un grand facas mais s'en savoir ce qui arrive. Les portes étanches sont alors immédiatement fermées par Murdoch afin d'éviter une voie d'eau plus importante. Mais l'eau commence à envahir les cinq premiers compartiments du bateau. Or, le Titanic ne peut flotter qu'avec au maximum quatre de ses compartiments remplis d'eau. A 23 h 50, l'avant du paquebot s'est déjà enfoncé de quatre mètres. A 00 h 05, le commandant fait enlever les tauds (abris de grosse toile) des embarcations et rappeler l'équipage. A 00 h 15, le premier appel de détresse est envoyé en signal CQD (alphabet morse) par TSF sur la longueur d'onde des 600 mètres. A 00 h 25, l'ordre est donné de faire monter les femmes et les enfants en premier dans les canots de sauvetage. A 00 h 45, le premier canot est affalé avec 28 passagers contre 65 possibles et le signal CQD est transformé en SOS. Les officiers s'occupent de faire monter les femmes et les enfants en priorité dans les canots et les première et deuxième classes, étant plus près des canots, y ont plus facilement accès. Mais la capacité des canots n'est que de 1 178 personnes au total et il y a environ 2 200 personnes à bord à secourir ! Les canots quittent le Titanic à intervalle régulier, et sont pour la plupart à moitié vides. A bâbord, le second officier Charles Lightoller et le capitaine Edward Smith ne font monter que des femmes et des enfants, alors qu'à tribord le premier officier William Murdoch complète souvent les places vides avec des hommes. Seuls deux des vingt canots partiront à pleine charge ! A h 05, le canot pliable D est le dernier mis à la mer avec succès contenant 24 personnes à son bord contre 47 possibles. A intervalles réguliers, jusqu'à h 40, des fusées de détresse sont envoyées. Il en est de même pour les SOS qui sont envoyés jusqu'à h 17, heure à laquelle l'eau atteint la cabine radio. Les deux canots restants après h 05, les canots pliables A et B, situés sur le toit du quartier, sont descendus sur le pont des embarcations mais les officiers ne disposant pas de suffisamment de temps, ils partent à la dérive quand l'eau envahit l'avant du pont et des nageurs s'y installent. Environ quarante personnes se trouvant sur ces dernières chaloupes seront récupérés par d'autres canots.

 Salle de réception 1ère classe-Titanic

Salon des passagers de 1ère classe

 Revenons en arrière pour parler de l'orchestre : à partir du moment où les passagers ont commencé à évacuer le navire, l'orchestre s'est réuni dans le salon des passagers de première classe. Les huit musiciens ont réçu l'ordre de jouer pour éviter la panique. Un peu plus tard, alors que dans un grand désordre, les passagers se dirigent vers le pont supérieur, l'orchestre se déplace vers le grand escalier. Les passagers sont à présent sur le pont transis de peur et de froid. L'orchestre les rejoint. Il se tient à tribord, près de la deuxième cheminée. L'un des officiers rescapés, Charles Lichtoller, commentera dans ses Mémoires : "La présence de l'orchestre nous a beaucoup aidés à maintenir le calme pendant le chargement des canots." A 2 h 00, sur le pont de plus en plus incliné, au milieu des cris des passagers, les musiciens jouent toujours, arrivant de plus en plus mal à tenir leur équilibre. Ils sont vaillants à la tâche car ils se sentent investis d'une mission supérieure, persuadés qu'ils doivent assumer leur rôle jusqu'à dernier moment. Vers 2 h 15, sentant que la fin est proche, ils attaquent "Plus près de toi, mon Dieu". Puis, l'orchestre se tait juste avant la chute de la cheminée. A 2 h 17, le paquebot s'enfonce. Une vague énorme balaye le pont, les gens, les musiciens. Ils sont engloutis avec les derniers passagers et les membres de l'équipage. La grande verrière se brise en entraînant la destruction du grand escalier et donnant accès à l'eau à toutes les pièces de l'avant. A h 18, les lumières du Titanic clignotent une dernière fois puis s'éteignent. Un instant plus tard, le paquebot se brise en deux. Alors que la partie avant coule, la partie arrière flotte pendant quelques instants et se remplit d'eau lentement jusqu'à ce qu'elle sombre à h 20. Le plus grand paquebot du monde, que l'on disait insubmersible a sombré à jamais dans l'océan Atlantique. La température de l'eau est alors de −2 °C. Aux alentours de 3 h, le canot n°14 commandé par le cinquième officier Harold Lowe, arrive sur les lieux du naufrage après avoir vidé ses passagers dans d'autres canots. Arrivant trop tard, il ne tire de l'eau que quatre hommes, dont l'un meurt à bord du canot. Plus tard, à h 30, les passagers des canots aperçoivent les feux du Carpathia. A h 30, le Californian prévenu par le Frankfurt arrive sur les lieux du désastre. Le dernier canot est récupéré à h 30, le deuxième officier Charles Lightoller est le dernier à monter à bord. Le Carpathia met ensuite le cap sur New York à 10 h 50.

RMS_Carpathia

Navire Le Carpathia 

On dénombrera mille cinq cents morts et sept cents rescapés. Très rapidement, la presse va se passionner pour l'histoire des musiciens du Titanic et leur attitude héroïque. Ils ont joué jusqu'au dernier instant. Les unes des journaux leur seront consacrées de part et d'autre de l'Atlantique. Les partitions de "Plus près de toi mon Dieu" seront vendues par dizaines de milliers d'exemplaires en leur hommage. Des concerts sont donnés pour venir en aide aux familles des musiciens : le 9 mai 1912 à Brooklyn à New York, le 24 mai au Royal Albert Hall de Londres. Des cérémonies ont lieu partout dans le monde. Le 2 mai, l'une d'elles va se tenir en l'église Sainte-Dévote à Monaco en hommage à Roger Bricoux. Le magazine Monaco-Revue rend compte de la manifestation : "Jamais l'église Sainte-Dévote ne connut pareille affluence. Tous les musiciens de l'orchestre étaient là... On rendit hommage à notre concitoyen, qui a joué jusqu'au dernier moment, à qui ni le froid ni la mort n'ont fait trembler l'âme". Un baryton chanta, les musiciens de l'orchestre monégasque jouèrent une fois de plus "Plus près de toi mon Dieu". "Un irrésistible émotion est montée du coeur à tous les yeux, chargée de la douleur de seize cents âmes", raconte Monaco Revue. Cette tragédie connut une suite à peine croyable. Les Américains n'ayant pas envoyé aux autorités françaises le certificat de décès de Roger Bricoux, celui-ci fut déclaré déserteur de l'Armée française pendant la Première Guerre mondiale. Il a fallu attendre plus de quatre-vingts ans, à savoir un jugement du 11 août 2000 du tribunal de Nevers pour que sa mort soit rendue officielle. Plus de quatre-vingts ans pour certifier que l'océan avait englouti ce héros de la musique et de la mer.

Monument hommage aux musiciens Southampton

Monument en hommage aux musiciens à Southampton lieu de départ du Titanic

Le corps de Roger Bricoux n'a jamais été retrouvé. Son père, Léon Bricoux reçut le 1er mai 1912, une lettre de la White Star Company lui annonçant la disparition du corps de son fils... mais précisant que les frais lui incomberaient s'il était retrouvé ! Le journaliste anglais Steve Turner, qui a écrit sur l'histoire de l'orchestre du Titanic et qui a reproduit ce courrier dans son ouvrage pose les questions que l'on se pose sur la mort des musiciens : "Sont-ils morts instantanément au moment de l'engloutissement du paquebot ? Sont-ils morts de froid dans l'eau ? Ont-ils été broyés par la machinerie du paquebot ? Ou ont-ils été repêchés mais jamais identifiés ?" Nul n'a les réponses à ces questions.

Plaque_commemorating_Roger_Bricoux,_Cosne-Cours-sur-Loire

Plaque commémorative en hommage à Roger Bricoux - Cimetière de Cosne-sur-Loire

Comme il est dit dans le récit, il est incroyable qu'il ait fallu attendre l'an 2000 pour que la mort de Roger Bricoux soit officiellement reconnue. Le 2 novembre de cette année 2000, une plaque commémorative a été apposé dans le cimetière de Cosne-sur-Loire, à l'initiative de l'Association Française du Titanic. Sur cette plaque, Roger Bricoux est présenté comme titulaire du "Premier prix du conservatoire de Monaco et musicien du Titanic". Il est précisé que : " Par jugement rendu le 11 août 2000, la Chambre de la Famille du Tribunal de Grande Instance de Nevers a dit que l'intéressé, membre de l'équipage du Titanic, est décédé en mer, dans la nuit du 14 au 15 avril 1912". La sortie du film de James Cameron, en 1997, avec Leonardo Di Caprio et Kate Winslet, avait certainement précipité les choses.                                                                                                   

Sources : D'après un article écrit par André Peyrègne dans Le magazine "Nous", supplément du journal Var-Matin N°47 et Wikipédia, l'encyclopédie libre.                                                                          

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Je mets une vidéo trouvée parmi beaucoup d'autres sur Youtube. 

TITANIC : La Légende du Siècle - (1998 Documentaire TF1). Il s'agit d'un reportage diffusé le mardi 17 mars 1998 à 23h05 sur TF1 proposé par Charles Villeneuve et Pascal Praud.

 

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25 juillet 2019

Le gipier, artisan aux mains expertes

 

Carrières de gypse

Carrières de gypse (Photo internet)

A l'époque où personne ne connaissait encore le ciment, lou gip que travaillait lou gipier n'était autre que le gypse, qui se transformait en plâtre dans les mains expertes de ce professionnel. Dans toute la Provence, l'utilisation de ce matériau était des plus répandu du fait de la présence du minerai de gypse dans les sols, et plus particulièrement ceux de la Haute-Provence et des Alpes-de-Haute-Provence. De nombreuses carrières généralement à ciel ouvert ont été ainsi aménagées sur les effleurements de cette roche tendre, facile à extraire. Il semble que l'usage professionnel du gypse soit né à l'époque gallo-romaine et ait perduré jusqu'au XIXème siècle et de façon plus artisanale jusqu'à nos jours. Ainsi le gipier eut une importance équivalente à celle du maçon qui travaillait la pierre et la chaux. En effet, si l'on se réfère aux archives notariales, on voit que parmi les travailleurs de la terre et de la pierre, les gipiers étaient les plus importants. Leur rôle ne se limitait pas aux enduits et aux belles décorations. Le premier travail de cet artisan était d'assurer l'extraction de la roche, sa déshydratation par cuisson (entre 110° et 140°) et son broyage en une mouture plus ou moins fine. Mélangé avec de l'eau et souvent chargé de sable, de chaux, de terre, de sciure ou de gravats pilés, ce plâtre lui servait alors pour le gros oeuvre et les finitions en extérieur. Pour les murs intérieurs, il laissait s'épanouir toute son habileté et son talent pour créer à la main de délicats ornements. Il utilisait alors un mélange plus souple où il avait ajouté du sel, du lait, du sang ou même de la sève de figuier. Il semble bien que comme les maçons et les tailleurs de pierre, le gipier proposait son travail en voyageant de ville en ville et en se présentant dans les villages. Quand il se voyait confier un chantier, il en devenait le responsable, parfois même de toute la construction d'un bâtiment. Il était alors à la fois architecte et maître d'oeuvre. La profession très respectée conférait à cet homme une certaine honorabilité.

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Gypseries au château de Suze-la-Rousse (Drôme)

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Gypseries à la mairie de Peyrolles en Provence (Bouches-du-Rhône)

A Aix-en-Provence, par exemple, au sein de la confrérie de Notre-Dame-de-Beauvezet, qui regroupait les métiers de la pierre au sens large du terme, se retrouvaient ainsi en bonne place, les maîtres gipiers dont plusieurs firent la renommée de la ville. Avant la Première République, un jeune qui terminait son apprentissage auprès d'un de ces artisans confirmés recevait une truelle, un fil à plomb, une règle et un marteau auxquels était souvent ajoutés une auge pour gâcher le plâtre. Au fils des siècles, est donc née une authentique culture du plâtre en Provence. Les superbes décors gypsés des nobles maisons, dont ceux des escaliers des vieilles demeures aixoises des XVIème et XVIIème siècles en restent les magnifiques témoins.

 Source : D'après un texte paru dans l'Almanach des provençaux 2011.

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Un exemple de maison à gypseries : la maison du patrimoine à Ollioules

La maison qui porte le numéro 20 de la rue Gambetta, appelée "Maison des Têtes" par tradition et aujourd'hui "Maison du Patrimoine", est un exemple exceptionnel de décoration intérieure du début du XVIIème siècle. En effet, il s'agit d'un hôtel particulier doté d’une façade néo-Louis XVI des années 1870. Elle est située en plein centre ancien et elle a la particularité d’être un bâtiment traversant entre la rue Gambetta et la rue Berthelot. L’intérieur est orné de gypseries (terme provençal désignant des sculptures en plâtre) datant de 1620, de peintures murales des années 1870 et comporte un escalier monumental à balustres. Elle est entièrement inscrite à l'ISMH (Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques) et les décors sculptés (couloir, escalier, cour intérieure et paliers) ont été classé Monument Historique.

Le décor de gypserie a été réalisé au début du XVIIème siècle dans le style maniériste caractéristique de cette période. Le terme de "gypserie" vient du mot provençal "gipparie", de "gip" (le plâtre) ; l'artiste qui les réalise est appelé "gippier", mot lui aussi d'origine provençale. La gypserie, propre à la Provence et au Midi de la France, est constituée d'un mélange de plâtre et de chaux. Le sculpteur travaille le plâtre frais, directement sur place ; les figures, les ornements végétaux et les animaux, les moulures, tout est sculpté à la main et non en utilisant des moules. Une fois le plâtre sec, on ne peut plus le travailler, mais seulement affiner certains détails. Si l'on s'est trompé ou si le motif n'est pas satisfaisant, il faut le casser et recommencer. Cela donne une bonne idée de la maîtrise qu'il fallait pour réaliser de tels décors.
Les éléments de ce décor mêlent des motifs traditionnels de la Renaissance (vases, figures mythologiques, éléments inspirés de l'Antiquité), des motifs chrétiens (agneau pascal et colombe du St Esprit dans les médaillons du couloir d'entrée) et des personnages du début du XVIIème siècle symbolisant le maître et la maîtresse de maison.

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Gypseries de la maison du patrimoine à Ollioules (Photo internet)

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Gypseries de la maison du patrimoine à Ollioules (Photo internet)

On ignore qui a fait construire et décorer cette maison. La tradition orale parle des Vintimille d'Ollioules, ce qui n'est pas impossible mais que l'on ne peut affirmer faute de preuves. Ce que l'on peut dire en revanche, c'est qu'il s'agit de la maison d'un noble ou de celle d'un riche bourgeois vivant noblement. La maison est un petit hôtel particulier qui rappelle en réduction ceux d'Aix en Provence.
A la fin du XIXème siècle, dans les années 1870, le propriétaire d'alors fait réaliser la façade actuelle sur la rue Gambetta, ainsi que les peintures murales. Au XVIIème siècle, les murs étaient sans doute blanchis à la chaux pour donner de la clarté et une impression d'espace.
La Maison du Patrimoine qui a été transférée à Toulon Provence Méditerranée en 2007 et fait actuellement l'objet de travaux de réhabilitation. Ces travaux sont destinés à en faire
un lieu de ressource du patrimoine architectural historique du territoire. Une scénographie ludique animera les pièces du bâtiment. La livraison de l’équipement culturel est prévue pour décembre 2019.

Sources : D'après un texte du Site de la Maison du Patrimoine à Ollioules ainsi que le site de Métropole Toulon Provence Méditerranée

 

 

19 juillet 2019

Les géants de Camargue

 

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Dans le beau pays de Camargue inondé de soleil tout est matière à histoire. Rien ne peut échapper au talent du poète ou du conteur. Les roseaux, le ciel, les étangs, le sel, les taureaux, les chevaux et la mer en sont les  principaux personnages. Une vieille légende raconte que, depuis des temps immémoriaux, la vaste région couverte à présent par la plaine de la Crau, était le royaume des fils de Caïn. Ceux-ci étaient des géants effrayants par leur stature et leur caractère. Ils étaient si fiers de leur taille qu'ils en étaient bouffis d'orgueil. Parce qu'ils étaient puissants, ils pensaient que leur place n'était pas sur terre mais dans le ciel, d'où ils pourraient gouverner le monde entier. Afin d'y parvenir, ils étaient prêts à déplacer les montagnes. "Arrachons la Sainte-Victoire et les Alpilles à leurs racines rocheuses et mettons-les sur le mont Ventoux" proposa l'un d'eux. "Bien ! s'exclama le second. Et lorsque nous serons dessus, nous nous ferons la courte échelle pour atteindre les plus hauts sommets du ciel". Et le troisième déclara : "De là plus personne ne nous résistera et nous serons alors les maîtres du l'univers en entier". Leurs voix étaient si fortes qu'elles firent trembler le ciel. Leurs gestes étaient si larges qu'ils déplacèrent des masses d'air. Du coup, les nuages en furent transformés. Trois d'entre eux prirent la forme de gigantesques oiseaux de proie qui plongèrent l'un après l'autre en direction de la plaine. Le premier souffla tout l'air contenu dans sa poitrine. Et c'est ainsi que naquit le mistral, ce vent violent auquel rien ne résiste, ni les herbes folles, ni les vieux oliviers chenus, ni les toits des maisons. Le deuxième cracha sa colère en un jet de feu. Et c'est ainsi que naquit la foudre. Le troisième tourbillonna sur lui-même inlassablement en agitant ses ailes puissantes. Et c'est ainsi que naquit l'ouragan. En sifflant, tonnant et tempêtant, tous les trois agitèrent les eaux du Rhône et de la Durance. Ils les gonflèrent de leurs larmes de rage et les bousculèrent de leurs souffles furieux et puissants, à tel point qu'ils arrivèrent à en détourner le cours, laissant à la place des flots, d'immenses plages de galets ronds et blancs. Puis, il se retirèrent, ravalant leurs sanglots, aspirant l'air dans leurs poumons, emportant avec eux des tonnes de cailloux qui montèrent au ciel en même temps qu'eux et formèrent tout là-haut un très lourd nuage de pierraille. Ce nuage devint petit à petit si gros et si pesant qu'ils ne put demeurer suspendu entre le sol et l'azur du ciel. Tout à coup, dans un craquement gigantesque, il se brisa comme un oeuf immense dont la coquille se fendille avant d'éclater. Et sous les yeux effrayés des géants, il lâcha une pluie de pierres qui ensevelit les orgueilleuses créatures sous un tapis de gros graviers. Depuis ce jour, plus personne n'entendit parler des fils de Caïn. Il ne reste d'eux que la plaine de la Crau, immense et blanche sépulture sous le soleil brûlant de Camargue.

Source : D'après un texte de Pierre-Jean Brassac dans Veillées Méditerranéennes, Editions CPE 2013.

Plaine de la Crau

Complément

La Crau ou plaine de la Crau est un paléo-delta de la Durance, proche de la Camargue, dans de département des Bouches-du-Rhône. La plaine de la Crau forme un triangle d'une surface estimée à 550 km2 . La Crau était historiquement une pelouse pastorale aride, formant une végétation unique, nommée coussoul (ou coussous), aujourd'hui fragmentée et réduite, constituant la Crau sèche, dernier habitat de type steppique d'Europe occidentale. Il subsiste aujourd'hui 95 km2 de steppe intacte. La partie nord de la Crau, qui fut irriguée à partir du XVIe siècle par le canal d'Adam de Craponne et mise en culture, forme la Crau humide, qui donne un foin réputé, premier fourrage à avoir obtenu une AOC, le foin de Crau. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, de nombreuses cultures intensives (vergers et maraîchage) ont été implantées, réduisant encore la surface de coussoul. La valeur écologique et patrimoniale du coussoul a été prise en compte à partir des années 1970 et plusieurs outils de protection ont été mis en place. L'habitat est aujourd'hui intégré au réseau Natura 2000 et la la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau a été créée en 2001. Mais cette protection partielle n'empêche pas la poursuite de l'aménagement de la Crau par divers projets incompatibles avec sa biodiversité et son paysage, tous deux uniques.

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre.

 

13 juillet 2019

La curieuse destinée de la comtesse enterrée trois fois

 

Amoureux

La lettre d'amour 1771 - Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

L'histoire ci-après se situe dans l'ambiance galante du XVIIIe siècle. Après l'austérité du siècle de Louis XIV, ce siècle là est un siècle amoureux où sont édités des romans comme Manon Lescaut et où le peintre grassois Jean-Honoré Fragonard peint des tableaux charmants. La ville de Toulon est à cette époque en plein renouveau. Le souvenir funeste de la peste de 1720 qui avait causé 13 000 morts, est loin dans les mémoires. L'arsenal connaît un essor considérable qui est la conséquence des besoins en armement maritime dans une Europe politique instable. Le bagne a été créé en 1748 (voir le lien ci-dessous sur mon article intitulé : Le bagne de Toulon) attirant sur la ville renommée et curiosité. 

Le bagne de Toulon - Passion Provence

Origine du bagne Aujourd'hui, il ne reste plus rien des bâtiments du bagne de Toulon et de son hôpital, construits autrefois sur le quai du Grand Rang qui sépare vieille darse et darse neuve. Touché par les bombardements de 1943-1944, il a été entièrement rasé à la fin de la guerre.

http://www.passionprovence.org

Des édifices monumentaux sont construits comme la porte de l'arsenal ou encore la tour de l'horloge. Des voies nouvelles sont ouvertes, on nomme les rues, on numérote les maisons, la ville est éclairée la nuit, on bâtit des fontaines dans le but de favoriser l'hygiène publique qui laisse beaucoup à désirer. On crée aussi de beaux et vastes espaces qui dominent la rade et qui sont représentés dans les tableaux de Joseph Vernet. Les promeneurs élégants et les amoureux s'y donnent rendez-vous. Laurent de Pézenas de Bernardy et Rose de Vallavieille font partie de l'aristocratie toulonnaise. Le premier, originaire du Dauphiné, a fait une belle carrière militaire. En effet, fils d'un officier de la marine royale, embarqué à l'âge de dix-sept ans à Toulon aux côtés de Charles-Pierre Claret de Fleurieu, il s'est battu contre les anglais dans la rade des Sablettes en 1759. Devenu capitaine de vaisseau de la flotte royale, onze ans plus tard, il a participé au bombardement de Bizerte et de Sousse en Tunisie aux côtés du comte varois Rafélis de Brovès. A Toulon, il faisait déja figure de héros en s'illustrant dans diverses batailles. Quant à Rose de Vallavieille, née à Toulon en 1754, elle est la fille du procureur du Roi de la ville.

Le port de Toulon par Horace Vernet

"Vue du port de Toulon" par Joseph Vernet

C'est aux beaux jours de l'été 1774, qu'à Toulon on enterra dans les larmes, les prières et les chants religieux, la comtesse Rose de Pézenas de Bernardy. La défunte avait tout juste vingt ans. On pleurait aussi l'enfant qu'elle portait. Le corps fut transporté au cimetière Saint-Lazare et le caveau recouvert de fleurs. La même nuit, la comtesse s'éveillait dans sa tombe...

Lorsque le 26 avril 1774, Laurent de Pézenas de Bernardy avait épousé à Toulon, Rose Louise Marguerite de Vallavieille, tout le monde s'accorda pour dire que c'était bien là un mariage d'amour. La ravissante mariée allait avoir vingt ans, l'époux trente deux.
Le jeune ménage s'était installé dans une confortable maison de la rue Salvator (de nos jours rue des Bonnetières), non loin du port et à deux pas du procureur de Vallavielle. Peu de temps après les épousailles, Madame de Pézenas fut enceinte. Son mari satisfaisait à tous les caprices provoqués par son état. C'est ainsi qu'il lui avait offert de superbes abricots qu'il avait commandés. Ce jour-là, ils déjeunent tous deux en tête à tête et Laurent de Pézenas porte l'un de ces fruits aux lèvres de son épouse. Rose mord dans la chair, savoure le jus du fruit, et tout d'un coup, avale le noyau. Elle pâlit, crispe les mains sur sa gorge, s'étouffe, ne peut plus respirer. Le comte prend peur, se précipite vers elle, elle se débat dans ses bras, ses lèvres sont bleues. Laurent la secoue, lui tape dans le dos, essaie de lui retirer le noyau qui l'étouffe, rien n'y fait. Et le corps de la comtesse s'abandonne peu à peu mollement contre lui... elle est morte ! Lorsque le médecin arrive, il ne peut que constater le décès. En un instant, la vie a basculé passant du bonheur au drame. Laurent est effondré, sa douleur est immense. Il est anéanti, devient fou de douleur. Sa femme est morte avec l'enfant qu'elle portait ! Sa famille se charge des obsèques. Laurent de Pézanas demande que sa femme soit enterrée vêtue de ses plus beaux atours et parée de tous ses bijoux. C'est ainsi qu'on lui met au cou une somptueuse rivière de diamants, que le fossoyeur ne manquera pas de regarder, au moment de la mise en bière... Le tout Toulon était présent aux obsèques de la comtesse dans la cathédrale Sainte-Marie, là ou quatre mois auparavant, on avait célèbré son mariage.

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Cathédrale Sainte-Marie à Toulon (Photo internet)

Vers minuit, une silhouette se glissa dans le cimetière, et se dirigea vers le tombeau des Pézenas. L'ouverture du caveau fut dégagée, et à l'aide d'une petite échelle, le fossoyeur pénétra dans le tombeau. Il ouvrit le cercueil et commença son horrible besogne. Il assit la jeune femme afin de pouvoir dégager le fermoir du collier de diamants. Mais, tantôt la morte allait de l'avant à l'arrière et inversement et du coup, il n'arrivait pas à saisir le fermoir. Le croque-mort était étonné de constater que le corps n'avait pas la rigidité des cadavres qu'il avait l'habitude d'enterrer. Cependant, impatienté, il finit par donner un coup de poing dans le dos du cadavre, en lui disant "Tiens-toi droite". Soudain, la morte a comme un hoquet, elle expluse le noyau d'abricot qui obstruait sa trachée, ouvre les yeux, se met à respirer très fort. Le voleur est terrorisé, épouvanté. "Je suis la comtesse de Pézenas, dit la jeune femme. Où suis-je ?"." Conduisez-moi auprès de mon mari je vous prie". Le fossoyeur toujours terrorisé lui explique tout de même qu'elle est au cimetière et qu'il va l'aider à rentrer chez elle. Rose, enceinte et à bout de force, soutenue par le fossoyeur arrive enfin chez elle vers une heure du matin. Le fossoyeur frappe à la porte. Les domestiques sont choqués qu'un étranger se permette de faire un tel tapage devant une maison en deuil, puis enfin, ils reconnaissent leur maitresse et là ils ont la plus grande frayeur de leur vie. Et comment décrire la joie du mari, le premier moment de stupeur passé ?

Par la suite des temps, ils eurent de nombreux enfants. Le premier, celui que la comtesse portait au moment de "sa mort", fut Joseph-François-Xavier. Il naquit le 12 février 1775. Le jour de son baptême, il y avait foule dans la cathédrale, parce que l'histoire avait fait le tour de la ville. Et voilà qu'on le portait sur les fonds baptismaux à présent. Chacun disait : "Voici Monsieur de Pézenas qui fut enterré avant de naître". On parlait aussi beaucoup de la mort apparente de la comtesse, il était question de syncope respiratoire, de léthagie. A cette époque on enterrait rapidement les défunts, les XVIIIe et XIXe siècles abondent de ces récits. A la fin de notre XXe siècle, certains spécialistes en la matière ne prétendent-ils pas que 4% des personnes enterrées sont encore vivantes ? Cela fait froid dans le dos !

Laurent de Pézenas de Bernardy mourut le 6 septembre 1793, fusillé. Rose de Pézenas, de nouveau enceinte, resta veuve à quarante ans. En 1794, elle se réfugia à Pernes (de nos jours Pernes-les-Fontaines), dans le Vaucluse, le village natal de son mari, où on l'arrêta le 14 avril comme ennemie de la Révolution. Le 22, elle fut transférée à Toulon et incarcérée à la prison Sainte-Ursule. Elle avait avec elle ses deux filles de douze et dix ans et deux garçons de six et quatre ans. Elle n'échappera à la mort que grâce à sa grossesse. Rose sera libérée pour accoucher de son dernier fils, Charles-Joseph. L'incroyable histoire de Rose de Vallavieille a été racontée à la fin du XIXe siècle, dans un ouvrage publié à Paris en 1896, par un historien médecin de la marine toulonnaise, Laurent Béranger-Féraud, lequel avait interrogé les descendants des deux familles ainsi que les enfants des témoins. La comtesse Rose de Pézenas finit sa vie à La Seyne-sur-Mer, dans le quartier de l'Evescat, au-dessus de Tamaris, vers les Sablettes. On sait peu de choses sur la fin de sa vie, si ce n'est qu'elle fit oeuvre de charité à l'égard des pauvres de la ville. En mourut en 1829 à l'âge de soixante-quinze ans. Elle avait traversé la Révolution, le Premier et la Second Empire, avait connu une république et le retour de la royauté. On l'enterra dans l'ancien cimetière de la ville. Mais ce ne fut pas sa dernière sépulture. En 1838, un nouveau cimetière fut construit à La Seyne et ses restes y furent transférés. C'est ainsi que la comtesse Rose de Pézenas fut enterrée trois fois.

Tombe

Tombe de la comtesse Rose de Pézenas au cimetière de La Seyne (Photo internet)

On peut voir aujourd'hui sa tombe à l'abandon, près du mur du cimetière. Une simple grille rouillée et une épitaphe qui s'efface avec le temps sont là pour marquer sa présence. Il est gravé entre autre dans la pierre : "Modèle des épouses et des mères, elle fut toujours à l'appui des malheureux". Mais aucune allusion n'est faite à son destin hors du commun. 
Parfois sur sa tombe une ou deux fleurs sont déposées par quelques mains charitables devant tant de misère posthume. Mais qui se souvient encore de l'extraordinaire histoire de la comtesse de Pézenas ? Peu à peu, le temps efface les souvenirs comme les inscriptions sur les monuments funéraires. Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, plus personne ou presque ne raconte l'incroyable histoire de Rose de Vallavieille.

Sources : D'après "La Provence insolite" - Christiane Maréchal - Editions Campanile et le Magazine "Nous" - Supplément du journal Var-matin n°56 - Texte d'André Peyrègne.

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L'Inhumation précipitée - Antoine Wiertz 1854

Complément : La taphophobie

La peur d'être enterré vivant porte un nom : la taphophobie. Elle s'est largement répandue à partir de la Renaissance. Cette peur s'est accrue au XIXe siècle par la prolifération de récits d'épouvante rédigés par des écrivains adeptes du romantisme tels Edgar Allan Poe et par la relation de cas réels rapportés dans les jounaux ou encore des tableaux comme L'inhumation précipitée d'Antoine Wiertz. De nombreux médecins d'alors admettent leurs difficultés à diagnostiquer, avec certitude, un décès dans des cas de catalespsie, léthargie, coma, etc...

Source : Magazine "Nous" - Supplément du journal Var-matin n°56

Complément : Le croque-mort

Le croque-mort ou croquemort est le surnom populairement donné aux employés des pompes funèbres chargés de la mise en bière des défunts et de leur transport au cimetière. Le mot apparaît vers la fin du XVIIIe siècle, juste avant la Révolution. Dans notre imaginaire collectif, le croquemort est un personnage sinistre et lugubre, voire porteur de malheur. Cette image ne correspond plus avec la réalité d'un croque-mort, assistant funéraire. L'origine du nom vient des épidémies de peste au Moyen-Age pendant lesquelles les nombreux morts étaient rassemblés avec des crochets (crocs), ou à une ancienne pratique consistant à mordre l'orteil d'un défunt pour s'assurer de son décès par son manque de réaction, ce terme n'apparaît dans les textes écrits qu'en 1788. Il semble que l'expression signifie que les employés des pompes-funèbres "croquent" (mangent) les morts en leur subtilisant bijoux et valeurs (dont les alliances et les dents en or), avant de les faire disparaître d'abord dans un cercueil puis sous terre. Cette interprétation est à rapprocher du mot sarcophage, cuve destinée à recevoir un cadavre, dont l'étymologie grecque Σαρκοφάγος (sarcos désignant la chair et phagein l'action de manger, dévorer) se traduit littéralement par "mangeur de chairs".

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre

Complément : La mise en bière

La mise en bière, fait de placer un mort dans un cercueil et de l'y enfermer, a une origine étymologique complètement différente de celle de la boisson. Le mot bière dans cette expression est issu du francisque "bëra", civière (XIème siècle). Le Dictionnaire historique de la langue française apporte les précisions suivantes : L'évolution sémantique de ce mot reflète l'histoire sociale du mode d'ensevelissement des cadavres au moyen âge ; du Ve au VIIIe siècle, la coutume était en Europe occidentale et centrale d'enterrer les morts à même le sol, quelquefois sur une planche, très rarement dans un réceptacle. Originellement, bière désigne la civière sur laquelle on portait les malades, les blessés et spécialement les morts, et que l'on abandonnait fréquemment comme couche avec ces derniers. Quand l'usage du cercueil, d'abord réservé aux grands se répandit, bière commença par métonymie à désigner un cercueil en bois (fin XIIe siècle). Avant le XVIe, il abandonna à civière son sens étymologique de brancard tout en le conservant dans certains dialectes de l'Est. Le sens de funérailles est isolé en moyen français, mais également connu de rhéto-roman ; celui du tombeau (XVIe siècle) disparait au début du XVIIe siècle.

Source : Yahoo ! Questions Réponses

Complément : Les pompes funèbres

Le terme "pompes funèbres" date du XVIe siècle : il se compose du mot latin "pompa" qui signifie procession, cortège, ce mot a ensuite été synonyme de luxe, de grand cérémonial, c'est pour cela qu'il s'est retrouvé dans l'expression "en grande pompe" et "pompes funèbres". Ainsi, cette expression a d'abord été employée pour désigner le faste des grandes cérémonies funéraires (notamment au XVIIe), les longs cortèges...
Ce n'est qu'à la fin du XIXe et au XXe siècle que l'enterrement est devenu une charge de la mairie et non plus de la famille, le terme pompes funèbres a donc été employé pour désigner ces entreprises qui ont remplacé le menuisier, les porteurs, les pleureuses, les employés de mairie, le fleuriste... pour proposer une offre "tout en un".

Source : Yahoo ! Questions Réponses

 

07 juillet 2019

Comme un paquebot posé sur la colline... La villa Noailles à Hyères

 

Villa Noailles

La villa Noailles à Hyères (Photo du site de l'Office de tourisme de Hyères) 


Emission "Des racines et des ailes" 

Construite entre 1923 et 1925 sur les hauteurs de Hyères, située à 4 km de la mer, la villa Noailles, est l'une des premières constructions françaises de style moderne. Réalisée au temps des années folles par l'architecte français Robert Mallet-Stevens (1886-1945), pour le compte de Charles vicomte de Noailles et de son épouse Marie-Laure, ce bijou avant-gardiste est représentatif du mouvement rationaliste, avec un intérieur à la fois très lumineux, fontionnel et minimaliste. Au début des années 20, pour réaliser la villa de ses rêves, le vicomte de Noailles va faire appel aux artistes et aux artisans les plus renommés de l'époque. Parmi eux : Louis Barillet pour les vitraux, Eileen Gray et Francis Jourdain pour le mobilier. Gabriel Guévrékian pour le jardin cubiste, Piet Mondrian ou Constantin Brancusi pour les oeuvres d'art. Dans sa correspondance avec l'architecte, Charles de Noailles précise : "Je ne compte plus sacrifier un pouce de fenêtre pour obtenir une façade Louis XVI que pour obtenir une façade moderne et intéressante" (1923).  "Je ne pourrais jamais supporter quoi que ce soit dans cette maison ayant un but seulement architectural et je cherche une maison infiniment pratique et simple, où chaque chose serait combinée du seul point de vue de l'utilité" (1924).  "Je veux le soleil le matin dans les chambres à coucher et le soleil de l'après-midi dans le salon, parce que c’est pour avoir le soleil que j'irai dans cette maison" (1925). Habitée dès janvier 1925, la maison sera agrandie jusqu'en 1933 avec la collaboration de l'architecte local Léon David, pour atteindre 2 000 m2 (contre 500 en 1925) et 60 pièces avec piscine, squash et gymnase privés. Surmontée, comme l'atelier, d'une verrière formant une composition néo plastique de poutres et de panneaux aux plans décalés, c'est également le premier exemple d'une piscine privée couverte en France. Environ la moitié des espaces affectés au service et au logement des domestiques semblent avoir été conçus principalement par Léon David, qui succédera comme maître d'oeuvre à Mallet-Stevens. C'est pour la piscine, que Robert Mallet-Stevens crée, en 1923-1925, le "Fauteuil Transat", en tube de tôle laquée et toile, qui constitue l'un des tout premiers meubles modernes à structure métallique. En 1925, Georges Bourgeois dit Djo-Bourgeois aménage la salle à manger, puis en 1926 quatre chambres au mobilier intégré et, dans les salles voûtées, un bar coloré ; tandis que Pierre Legrain est chargé d'une chambre. Pour la chambre de la vicomtesse, il livre un lit, tandis qu'Eileen Gray présente un tapis et une desserte, Francis Jourdain une chaise et Léon Domin un fauteuil. Au total, ce "paquebot immobile" disposera de 1800 m2 de superficie, avec pas moins de quinze chambres de 15 m2 équipées chacune d'une salle de bain, d'un dressing, du chauffage central et du téléphone. Sur la colline du vieux château dominant la ville d'Hyères, la villa comporte également un grand jardin méditerranéen planté par le vicomte de Noailles, complété en 1925 par un jardin cubiste de Gabriel Guévrekian.

Cubist_Garden_Villa_de_Noailles_Hyeres

Ce jardin cubiste, appelé aussi le jardin triangulaire était orné d'une sculpture en bronze de Charles Lipchitz, aujourd'hui conservée au Musée d'Isaräl à Jérusalem. Au sein de leur immense domaine, les époux Noailles, véritables mécènes, accueillent des artistes de renom dont ils soutiennent le travail, tels Alberto Giacometti, Jean Cocteau, Luis Bunuel, Salvador Dali, ou encore Man Ray qui tourna en ce lieu son premier film. Vendue à la municipalité en 1973, la villa, inscrite en 1975 et 1987 aux monuments historiques après une longue période d'abandon et de détérioration, a été restaurée publiquement en plusieurs étapes par les architectes Cécile Briolle, Claude Marro et Jacques Repiquet, pour devenir un centre d'art et d'architecture en 1996 (expositions temporaires d'art contemporain : arts plastiques, architecture, design, photo ou mode). Elle est ouverte au public depuis 1989. Aujourd'hui dirigée par Jean-Pierre Blanc, la Villa Noailles perpétue sa tradition d'avant-garde car elle est le seul centre d'art en France qui construit sa programmation autour de l'architecture (exposition en février), la mode et la photographie (Festival international de mode et de photographie), et le design (Design-Parade à Hyères et Toulon). Son originalité, la qualité de sa programmation et son rayonnement local, national et international lui ont valu le label "Centre d'art d'intérêt national".

Ci-dessous une autre vidéo intitulée : Les ombres de la villa Noailles. Cliquez sur la vignette ou Bing video pour la visionner.

Sources : D'après un article paru dans Version Femina, supplément de Var-Matin n° 891 et également Wikipédia l'encyclopédie libre.

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Villa Noailles de nuit

  

01 juillet 2019

Le 31 octobre 1875, le Magenta explose avec son trésor dans la rade de Toulon

 

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Navire le Magenta à Brest (Gravure Wikipédia)

Très découpée, la côte varoise a été la scène de nombreux naufrages depuis l'Antiquité. Celui du Magenta, navire cuirassé de la Marine Nationale est resté dans les annales. En effet, dans la nuit du 31 octobre 1875, le navire mouillé en rade de Toulon, explose à la suite d'un incendie, sans faire de victime. Avec ses 100 mètres de long, sa coque en bois recouverte de 12 centimètres d'acier et sa propulsion mécanique mixte, le Magenta, construit à Brest entre 1859 et 1861, est le plus grand bâtiment de cette conception réalisé en France. Dans ses soutes, ont été chargés 46 caisses remplies de 2 080 stèles puniques ainsi que la statue de l'impératrice Sabine, petite-nièce de l'empereur romain Trajan. Un trésor que les scaphandriers, puis les plongeurs sous-marins auront bien du mal à retrouver au vu des nombreux dégâts subis par le cuirassé. Faisons un retour en arrière sur cette tragédie qui n'a toujours pas révélé tous ses trésors.

Dans le but d'enrichir les collections du Musée du Louvre, la France, par le biais de son ministère de l'Instruction publique et de l'Académie des inscriptions et belles lettres, donne mandat à l'archéologue Jean-Baptiste Pricot de Sainte Marie (1843-1899)*, alors interprète du consulat général de France à Tunis, pour la réalisation de campagnes de fouilles à Carthage, cité phare des Phéniciens en Tunisie. Ces fouilles seront entreprises au nord du Tophet - nécropole légendaire - sur plusieurs murs datant des romains. C'est à cet endroit que les Carthaginois honoraient les dieux protecteurs de la ville c'est-à-dire, Baal Hamon, seigneur de l'autel des parfums, et Tanit péné Baal. Ils leur sacrifiaient les premiers nés des grandes familles. C'est à partir du IIe siècle que le culte s'est tourné vers les animaux : moutons ou béliers. Autant de représentations ornant les 2 600 stèles qui seront extraites du site. Toutes taillées dans du calcaire, elles sont décorées ou couvertes d'inscriptions sur une seule face. Mais les trouvailles ne s'arrêtent pas là. L'archéologue découvre aussi une pure merveille : une statue en marbre haute de 2.10 mètres de l'impératrice Sabine, épouse de l'empereur romain Hadrien. Brisée en 6 morceaux, elle est pratiquement entière. Rapidement identifiée, "la statue fut érigée vers 127-128 après J-C. en prévision des fêtes célébrant les dix dernières années de règne de l'Empereur. L'analyse du marbre a permis de déterminer sa provenance depuis les carrières du Cap Vathy sur l'île de Thassos en Grèce", précisent les spécialistes. Il faudra attendre presque un an pour que la dernière partie des antiquités soit embarquée sur le Magenta pour rentrer à Toulon. Soit au total 2 080 stèles puniques et la statue.

Explosion Magenta

Toulon, le 31 octobre 1875 : une explosion spectaculaire.

Le 31 octobre 1875, le Magenta est au mouillage dans la rade est de Toulon, face au bassin Vauban. Sa cargaison n'a pas encore été débarquée. Et voilà que dans la nuit, le feu prend à l'arrière du navire. Malgré tous les efforts fournis par l'équipage, l'incendie n'a pas été maîtrisé. Il progresse dangereusement jusqu'à son stock de poudre : 20 tonnes ont été embarquées. Puis, vers 3 heures du matin la frégate explose. Sur les quais, des centaines de Toulonnais assistent impuissants au tragique spectacle. La déflagration est tellement puissante qu'elle souffle tous les becs de gaz de la ville. A l'Arsenal, 20 000 vitres brisées devront être remplacées. Le Magenta coule par 12 mètres de fond, laissant encore apparaître ses superstructures. La Marine Nationale récupère avec l'aide de scaphandriers une partie de la cargaison soit près de 1 500 stèles. Ces stèles étaient placées à l'avant du bateau et elles ont ainsi été en partie préservées. Si certaines ont été noircies par la combustion, beaucoup sont intactes. Par contre, la tête de la statue, une partie de son bassin et un pan de vêtement restent introuvables. Les recherches s'arrêtent. Le navire est dynamité pour libérer le passage. 

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La statue de l'impératrice Sabine provenant de la fouille de Pricot de Sainte Marie, détruite lors du naufrage. Et, à droite, le visage retrouvé en 1995 et non remis en place car noirci par l'incendie. Cette statue se trouve au musée du Louvre (Photo wikipédia)

Toulon, le 27 avril 1995 : des plongées pour trouver d'autres vestiges.

"J'ai orienté mes recherches sur le coffre d'amarrage du Magenta. J'avais lu de nombreuses correspondances officielles indiquant que l'épave se situait à l'aplomb de ce dernier. Nous avions des craintes que les aménagements pour la construction du bassin Vauban empiétant de plus de 1 500 mètres sur la mer aient recouvert l'épave. Il n'en est rien", raconte Max Guérout, directeur des opérations du Groupe de recherche en archéologie navale (Gran). Créé en 1982 et présidé par le commandant Philippe Talliez, le Gran, installé à Toulon, regroupe une équipe d'archéologues, d'historiens, de spécialistes de la plongée et de l'intervention sous la mer, et d'experts de disciplines diverses. Contacté en 1993 par l'archéologue Jean-Pierre Laporte pour récupérer le reste de la cargaison du Magenta, le Gran localise l'épave en avril 1994. Trois campagnes archéologiques sont organisées entre 1995 et 1998 par Max Guérout. Le département du Var soutient le Gran et participe en financement de ces opérations. Le 10 mai 1995, après 13 jours de plongée, l'incroyable, l'inespéré se produit. "C'étaient des plongées difficiles de par la nature du bateau qui était blindé. Trouver quelque chose sous ce blindage ou parmi lui, rendait les recherches compliquées" explique Guy Martin, plongeur et photographe pour le Gran. "Après des repérages, nous avons fouillé une petite zone de quatre mètres sur quatre définie par Max Guérout. Dans cette vase, nous utilisions des suceuses, des aspirateurs. Nous étions rapidement envahis par les poussières rejetées, nous étions dans le noir absolu. Donc, nos fouilles progressaient à tâtons. Là, sous une plaque en acier, j'ai touché une pierre dans une cavité d'un mètre de profondeur. Je l'ai mise de côté et continué mes fouilles. J'ai regardé l'heure sur mon profondimètre. J'ai récupéré la pierre mise de côté. C'est en remontant à la surface, l'eau s'éclaicissant et la poussière s'évacuant sur ma trouvaille que la pierre s'est transformée en figure. Je suis sorti de l'eau en brandissant en l'air la tête de Sabine. On était tous fous de joie", raconte l'inventeur de la découverte. Au total sur les 3 campagnes, 7 éléments de la statue romaine et 85 stèles ou fragments puniques datant du IIe siècle avant J-C. seront remontés de leur sarcophage blindé. Exposée au Musée du Louvre depuis 1997, la tête de Sabine est présentée, telle qu'elle a été trouvée, noircie par l'incendie, à côté de la statue en partie revonstituée.

Source : D'après un article paru dans le magazine "Le Var" N°5 Eté 2018 édité par le Conseil départemental du Var.

Tête de Sabine dans le Magenta

La tête de Sabine trouvée par le plongeur Guy Martin

Complément :      

* Jean-Baptiste Evariste Charles Pricot de Sainte-Marie, né le 1er octobre 1843 à Paris et mort le 10 février 1899 à Madrid est diplomate, archéologue et épigraphe. Il est le fils de Jean-Baptiste Evrariste Marie Pricot de Sainte-Marie officier et géographe. Par ses explorations, il est l'un des pionniers de l'archéologie dans la régence de Tunis. Son nom reste attaché au site archéologique de Carthage ainsi qu'au cuirassé de la Marine Nationale : le Magenta, qui coula au large de Toulon le 31 octobre 1875 avec une partie de ses antiquités et qui a fait l'objet de fouilles archéologiques sous-marines entre 1995 et 1998.

Source : Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Livre Le Magenta

Si vous voulez tout savoir sur le Magenta, allez sur le lien ci-dessous.

Magenta (1861) - Wikipédia

La Magenta était une frégate cuirassée lancée en 1861 à Brest pour la Marine française. Affectée comme navire amiral de la flotte française de Méditerranée dès 1865, elle passe par le Mexique en 1867 avant d'être mise à quai pour le changement de son artillerie.

Et si vous voulez voir les objets remontés du Magenta, j'ai trouvé ce lien (dessous) pour vous, les curieux qui lisent mon blog :

Les fouilles du Magenta

Pour les journées du patrimoine 2015 le musée a proposé une exposition (qui dure encore en ce 5 octobre) d'un certain nombre d'objets issus des fouilles effectuées à partir de 1995 et conduites par le Groupe de Recherches en Archéologie Navale (GRAN) de Toulon sur les restes de l'épave du Magenta coulé en 1875 après un incendie et une explosion extraordinaire.
http://www.museedumas.fr

26 juin 2019

La tragique erreur de saint Arnoux

 

Tourrettes-Loup

Tourrettes-sur-Loup (Carte postale ancienne colorisée)

Dans les environs du village de Tourrettes-les-Vence (de nos jours Tourrettes-sur-Loup), dans l'arrondissement de Grasse, il y a une grotte qu'on appelle la grotte de saint-Arnoux et qui possède une curieuse légende. Je vais vous la conter. Celui qui devint plus tard saint Arnoux n'était d'abord qu'un homme ordinaire et ne s'était jusque là fait remarquer par aucun acte saillant dans son existence. Il était marié et habitait à quelques lieux de l'endroit où résidaient son père et sa mère, bons vieillards qui avaient pour lui une grande affection et qu'il chérissait de son côté. Un jour, ses affaires nécessitant un voyage, il quitta sa femme en la prévenant qu'il ne reviendrait que plusieurs semaines après, mais à peine a-t-il fait quelques lieues qu'il s'aperçoit qu'il a oublié un objet important, de sorte qu'il fut obligé de rebrousser chemin. Il arrive chez lui au milieu de la nuit et, se proposant de surprendre agréablement sa femme, il pénétra, sans bruit, jusque dans sa chambre à coucher. Mais, ô horreur ! au moment de se glisser dans le lit, il s'aperçoit qu'il y a déjà deux têtes sur l'oreiller... Un homme et une femme dormaient là, côté à côte. Aveuglé par la colère, il tire son couteau et le plonge dans le coeur des deux dormeurs qu'il croyait être sa femme et son complice ; mais à peine les deux victimes eurent-elles rendu leur dernier soupir, qu'il constata avec terreur qu'il venait de tuer son propre père et sa propre mère. Voici ce qui était arrivé : peu de temps après son départ, ses parents, qui avaient projeté de venir passer quelques jours avec lui, avaient frappé à sa porte. La jeune femme pleine de déférence et d'affection pour ses beaux-parents, les avaient accueillis de son mieux, leur avait servi un excellent souper et leur avait cédé sa chambre, allant elle-même coucher au grenier, afin qu'ils fussent plus à l'aise dans la maison. Arnoux, fou de douleur, sorti de la chambre et de la maison sans savoir où il allait. Il marcha droit devant lui, chemina longtemps avec le désir de se donner la mort ; mais, retenu par la crainte d'ajouter un autre crime à son double forfait, il n'osa se précipiter dans les gouffres qu'il rencontrait sur son chemin. Il arriva ainsi à une grotte qui porte aujourd'hui son nom, et qui est située dans un des endroits les plus sauvages de la vallée du Loup. C'est là qu'il passa le restant de ses jours, en faisant pénitence, ne vivant que de racines et couchant sur la pierre nue. Il fit pénitence pendant si longtemps, ajoute la légende, que son crâne laissa son empreinte sur la pierre qui lui servait d'oreiller. Son repentir était si grand, et la pureté de sa vie si admirable, qu'ils mérita d'être sanctifié à sa mort ; et la source de la grotte où il avait vécu reçut le don de guérir les maladies les plus rebelles.

Chapelle Saint Arnoux-Gorges du Loup

Source : D'après un récit de Laurent Jean Baptiste Bérenger-Féraud - Les légendes de la Provence 1888 édité dans l'Almanach des Provençaux et du Comté de Nice, 2015 - CPE Editions. 

                                                                                                 

20 juin 2019

Histoire de l'Arsenal des Galères de Marseille

 

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Héritières des trières (ou trirèmes) athéniennes, romaines ou byzantines, les galères sillonneront la Méditerranée jusque vers la fin du XVIIIe siècle. Destinés à l'escorte et aux combats, ces vaisseaux longs et effilés ont assuré à Marseille, port de guerre et base logistique, la prépondérance dans le trafic maritime au temps des croisades.

L'origine de l'arsenal des galères remonte à 1296. Voulant reconquérir la Sicile, Charles II d'Anjou, comte de Provence et roi de Naples, acquiert une partie des chantiers communaux de construction navale du Plan Fourmiguier (actuel Quai des Belges jusqu'à l'ancien bassin de carénage). A son tour, Charles VIII fait mettre en chantier plusieurs galères dans l'enclos royal marseillais et ordonne la construction du premier arsenal. C'était alors un bâtiment lèger où la galère était remisée, avec un étage servant à ranger les gréements. L'ensemble était appelé tercenal* et Marseille en comptera six en 1494 où autant de galères seront armées. La flotte française est alors constituée de vaisseaux appartenant au roi ou loués à des capitaines privés au gré des besoins des expéditions maritimes. Il faudra attendre 1627 pour que le cardinal de Richelieu décide que les navires de la marine royale seront construits ou achetés par le roi et entretenus à ses frais. La flotte marseillaise passe alors de 13 à 21 galères avec un effectif de 10.000 hommes d'équipage.

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L’Arsenal des Galères occupait les quais des Belges et de Rive-Neuve

Ayant soumis la ville rebelle en 1660, Louis XIV met Marseille sous étroite surveillance administrative, politique et militaire. De son côté, Jean-Baptiste Colbert, ministre et Contrôleur Général des Finances, entend moderniser la ville et développer ses activités économiques et commerciales, lui assurer la maîtrise de la Méditerranée pour la plus grande gloire du Roi Soleil. Il attribue à l'un de ses hommes de confiance, Nicolas Arnoul, le poste d'Intendant Général des Galères avec pour mission de construire un vaste arsenal moderne et de reconstituer une importante flotte. Dépendant directement du Secrétariat d'Etat à la Marine, il échappe à la hiérarchie militaire et dispose ainsi des pleins pouvoirs. Dès 1665, les travaux commencent sous la direction de l'architecte Gaspard Puget. Conduits en trois tranches, ils vont durer trente ans.

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Tout d'abord Arnoul occupe tout le Plan Fourmiguier, refoulant le chantier communal vers l'extrémité de la Rive Neuve. A partir de ce terrain annexé de force, il détermine, à coups d'expropriations successives, le périmètre du futur Arsenal des Galères délimité par la Canebière et les rues Paradis, Sainte et Fort Notre-Dame. Cet arsenal sera une véritable "ville dans la ville", construit selon des règles architecturales strictes. L'entrée principale, la monumentale Porte Réale, se situait au milieu de l'actuel quai des Belges avec, en arrière-plan (place de la Bourse), le Pavillon et l'Horloge. Dans ce vaste ensemble se trouvaient regroupées toutes les activités nécessaires au fonctionnement du corps des galères : magasins, mais aussi parc d'artillerie, salle d'arme et hôtel de l'intendant. Un canal intérieur, la Darse, sera creusé en 1702 sur l'emplacement du cours d'Estienne d'Orves et de la place aux Huiles. Quant à l'hôpital construit en 1650 à la place de terceneaux* démantelés, il est modernisé et servi par les frères de Saint Vincent de Paul. Achevé en 1707, l'arsenal de Marseille est alors le plus important de France et comptera jusqu'à 40 galères en service. L'effectif militaire qui comprend 5.000 matelots et soldats, 1.000 sous-officiers et 400 officiers, y côtoie 2.500 ouvriers ou compagnons, 12.000 esclaves, forçats, condamnés de droit commun constituent la chiourme. Fers aux pieds, c'est essentiellement la force de leurs bras qui propulse la galère, les gardiens maintenant le rythme de la nage à coups de fouet de corde généreusement distribués.

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Peinture “Arsenal des Galères de la ville de Marseille” par Jean-Baptiste de La Rose, 1666, Musée de la Marine de la Chambre de commerce de Marseille

Toute cette population n'échappera pas à la Grande Peste de 1720. Dès les premières semaines, on proposa aux galériens de ramasser les cadavres et de les incinérer en échange de leur liberté, ce dont bien peu profiteront. En 1748, Louis XV supprime la peine des galères et réorganise sa marine : le corps des galères fusionne avec celui des vaisseaux de haut bord. L'arsenal de Marseille cesse ses activités et les galériens sont reconvertis en ouvriers ou travailleurs de force dans les établissements de la Royale. Ministre de la Guerre et de la Marine, Etienne-François de Choiseul rétablit en 1762 les fonctions de l'arsenal, partagé entre l'artillerie terrestre et la marine royale avec quatre galères chargées de la surveillance des côtes. Cette résurrection sera de courte durée. En 1781, le maréchal de Castries ordonne l'abandon de l'arsenal et la dernière galère en état de voguer est envoyée à Toulon avec 500 forçats. L'Arsenal des Galères touchait au terme de son histoire et, après plusieurs siècles de vie commune, galères et galériens disparaissaient du paysage marseillais.

* Tercenal, terceneaux : Sortes de hangars où l’on remise les mâts, cordages, voiles, poulies, rames, ainsi que  l'artillerie. 

Source : D'après un article de Jean-Pierre Griette paru dans le magazine de la ville de Marseille "Marseille infos" N°20-Juillet 2001

Pour en savoir plus, je vous donne le lien de l'Arsenal des galères sur Wikipédia.

Arsenal des galères - Wikipédia

L' arsenal des galères est un ancien arsenal militaire situé à Marseille, en France. Il fut construit par Colbert dans la deuxième moitié du siècle pour accueillir et armer les galères du roi Louis XIV, mais ne fut pleinement opérationnel que moins de cent ans, les galères perdant rapidement leur rôle dans les marines de guerres au profit des vaisseaux.

http://wikipedia.org

 Et celui du site internet Made in Marseille - L'info en ligne de la région marseillaise.

L'Arsenal des Galères, plongée dans l'histoire du Vieux-Port de Marseille | Made in Marseille

Parmi les monuments emblématiques du Vieux-Port Marseille ayant disparus, on trouve, à côté du Pont Transbordeur ou de l'ascenseur de Notre Dame de la Garde, l'Arsenal des Galères, un ancien bâtiment militaire qui a été, pendant plusieurs décennies, le quartier général d'une partie de la flotte militaire française.

https://madeinmarseille.net

 

14 juin 2019

A Sillans coule une rivière

 

Cascade_(sillans-la-cascade)

Photo trouvée sur Wikipédia - l'encyclopédie libre.

 Sillans-la-cascade est un charmant petit village protégé par ses remparts du XIe siècle. Il a gardé son aspect médiéval particulier, resserré sur lui-même il a un peu l'allure d'une grosse ferme dont la place centrale serait la cour intérieure. On peut y voir : l'église St Etienne (XVIIème siècle), son joli porche et ses pierres apparentes, les remparts avec leurs belles tours et des créneaux du XIème siècle. Le château est en rénovation depuis son acquisition par la commune.

Ce qui constitue la richesse de ce lieu, c'est la Bresque, une rivière couleur émeraude, cachée dans une végétation sauvage et luxuriante. Si vous désirez vous rendre à la cascade, il vous faut prendre un petit chemin de terre qui longe la rivière. L'espace est bien aménagé et sans rique. Ici, seul le courant se fait entendre. Sur les berges, des familles prennent le temps de pique-niquer pendant que d'autres s'initient à la photographie. Le reflet dans l'eau des grands arbres, des immenses feuillages et des coussins de mousse verte sont magnifiques. Tout est lumineux et ressemble à un tableau de peintre de l'école provençale. Après une petite demi-heure de marche, on atteint le point d'orgue de la balade. Plus que quelques marches pour découvrir, depuis un belvédère, la fameuse cascade de Sillans, la plus haute chute d'eau du Var. Ce sont les eaux de la Bresque grossies par celles de la belle source du château de Bresc et du vallon de l'Ourc qui se précipitent dans un petit lac tourbillonnant. Du haut de ses quarante-deux mètres, la Bresque plonge avec force dans une vasque aux tons magnifiques de jade mais dans laquelle hélas il est malheureusement interdit de se baigner. Le panorama, sublime, peut donner le vertige. Le public reste silencieux et profite du soleil. Tout autour, la falaise de couleur ocre et humide, brille de mille reflets dispersés par de jolis embruns. 

Source : D'après un article paru dans le Magazine Week-end Numéro 158 du 10/05/19. Agrémenté de commentaires du site de Provenceweb.fr

Complément

La Bresque est une petite rivière qui prend sa source entre Sillans-la Cascade et Fox-Amphoux et se jette dans l'Argens à l'est de Carcès. De 34,8 km de longueur, elle prend sa source officiellement dans le domaine du château de Bresc à Fox-Amphoux. Dans le seul département du Var, la Bresque traverse cinq communes et trois cantons : dans le sens amont vers aval : Fox-Amphoux, Sillans-la-Cascade, Salernes, Carcès, Entrecasteaux. Soit en termes de cantons, la Bresque prend source dans le canton de Tavernes, traverse le canton de Salernes, conflue dans le canton de Cotignac, le tout dans l'arrondissement de Brignoles.

Source : Wikipédia - l'encyclopédie libre.

La Bresque

  Photo prise sur le site de la Fédération de Pêche du Var.

 

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08 juin 2019

Le 25 mai 1720, la peste entre à Marseille à bord du Grand Saint-Antoine

 

Vidéo de l'émission "L'ombre d'un doute" - La peste de 1720, a-t-on sacrifié Marseille ?

Il y a tellement à raconter sur la peste de 1720 à Marseille et en Provence que j'ai voulu mettre le maximum de choses pour ne pas faire plusieurs articles à la suite. Egalement, pour ne pas que vous soyez perdus, j'ai mis en gras les titres, les dates et le nombre de victimes par jour. J'ai aussi fait des insertions pour que vous alliez lire la rubrique "Pages" qui est sous celle des "Catégories" (colonne du blog). J'espère que vous vous y retrouverez... 

Le port de Marseille

 Tableau représentant le port de Marseille

 En premier lieu, sachez que la Peste de 1720 fut la dernière grande épidémie de peste qui devait sévir en France. Elle se propagea en Provence, au Comtat Venaissin et en Languedoc. Elle décima 45.000 personnes à Marseille et dans ses environs, soit près de la moitié de la population de la ville, elle fit 70 000 victimes dans le reste de la Provence, et plus de 80 000 autres dans le Gévaudan et ailleurs. Sachez également que la plus grande tragédie du XVIIIe siècle aura eu pour cause la cupidité d'une poignée de marchands !

Les faits

Le 25 mai 1720, un bateau venant de Syrie nommé le Grand Saint-Antoine, commandé par le capitaine Jean-Baptiste Chataud accoste à Marseille. Ce bateau est chargé d'étoffes précieuses (900 balles de diverses toiles, cotonnades et soiries qui sont contaminées par le bacille de Yersin responsable de la peste).

Armes_des_Echevins_de_Marseille_pendant_la_Peste

Armes des quatre échevins de Marseille : Moustier, Estelle, Dieudé et Audimar.

La ville de Marseille est alors dirigée par quatre échevins élus par les représentants de la bourgeoisie marseillaise. Ce sont : Jean-Baptiste Estelle, Jean-Pierre Moustier, Jean-Baptiste Audimar et Balthazar Dieudé. Or, une part importante de la cargaison appartient au négociant Estelle, premier échevin de la ville, ainsi qu'à deux de ses collègues. Les échevins savent qu'il y a eu des victimes parmi les passagers et les matelots, ils ont eu connaissance du rapport du médecin de bord, mais ils refusent de reconnaître le danger de la situation. Pour les marchands impliqués dans ce négoce, il faut absolument décharger et livrer les marchandises avant le début de la foire annuelle de Beaucaire l'un des plus grands marchés de France et qui se tient dans la dernière semaine de juillet. Par la suite, Estelle sera accusé "d'avoir eu des intérêts dans la cargaison du Grand Saint-Antoine, et d'avoir favorisé, même avant le terme légal, le débarquement de marchandises pourtant suspectes." Les échevins se contentent de placer l'équipage en quarantaine douce dans un dispensaire : le lazaret. Par négligence, les marchandises de contrebande passent l'enceinte du lazaret grâce à la corruption qui y règne. Les malades qui sont touchés les premiers ont vraisemblablement tous été en contact avec les étoffes de contrebande et il s'avère que les puces porteuses se trouvent dans les plis des tissus et non sur les rats.

Flûte_à_l'ancre_vers_1680-1686

Une flûte, navire de charge typique du XVIIème et XVIIIème siècles semblable au Grand Saint-Antoine (Gravure Wikipédia)

Le Grand Saint-Antoine

Le Grand Saint-Antoine est une flûte, un voilier trois mâts carré, de fabrication hollandaise. Il est parti de Marseille le 22 juillet 1719 pour la Syrie. Or, à ce moment-là, la peste sévit dans ce pays. La cargaison d'une valeur de 100 000 écus (le salaire mensuel moyen d'un ouvrier était de 1 écu à cette époque) en étoffes précieuses (900 balles) portait en elle la bactérie de la peste (Yersinia pestis). Le 3 avril 1720, un passager turc embarqué à Tripoli meurt deux jours après être monté à bord. Sur le chemin du retour, meurent successivement sept matelots et le chirurgien de bord. Un huitième matelot tombe malade peu avant l'arrivée à Livourne, en Italie. La négligence des médecins italiens qui laissent repartir le navire et la hâte du capitaine Chataud de livrer la marchandise avant le début de la foire de Beaucaire seront deux données déterminantes de cette tragédie. Le capitaine amarre son bateau au Brusc, près de Toulon, et fait discrètement prévenir les armateurs du navire. Les propriétaires font jouer leurs relations et font intervenir les échevins de la ville pour éviter une quarantaine. Tout le monde considérait alors que la peste était "une histoire du passé" et l'affaire fut prise avec détachement : les échevins marseillais demandent simplement au capitaine Chataud de repartir à Livourne chercher une "patente nette, c'est-à-dire un sauf-conduit qui couvre leur responsabilité, lequel lui est délivré sans aucune difficulté, car les autorités de Livourne n'ont pas envie de s'encombrer du navire. Armé de cette autorisation, le Grand Saint-Antoine entre dans le port de Marseille le 25 mai 1720. Il mouille à l'île de Pomègues jusqu'au 4 juin ; il est alors autorisé à se rapprocher des Infirmeries d'Arenc pour y débarquer passagers et marchandises en vue d'une petite quarantaine, puis il est finalement placé en quarantaine à l'île de Jarre le 27 juin.

Le 9 juillet 1720, la peste est officiellement déclarée à Marseille. Le Régent Philippe d'Orléans ordonne le 28 du même mois de faire brûler le navire. Cet ordre n'est exécuté que tardivement le 25 septembre et le 26 septembre, le Grand Saint-Antoine coule dans l'anse de Jarron. Son épave calcinée a été retrouvée en 1978 par une association de plongée sous-marine : l'ARHA (Association de Recherche Historique et Archéologique). Les vestiges archéologiques remontés du navire sont aujourd'hui exposés au musée de l'Hôpital Caroline sur l'île de Ratonneau au large de Marseille. Le capitaine Jean-Baptiste Chataud fut tenu pour responsable et emprisonné au château d'If pendant près de trois ans.

 Plaque de Jean-Baptiste Chataud

Plaque apposée au-dessus de l'entrée de la cellule de Jean-Baptiste Chataud au château d'If (Photo de Nadine).

** J'ai fait un article sur Jean-Baptiste Chataud. Vous pouvez le lire dans la colonne gauche du blog dans le rubrique intitulée : Pages (Sous les Catégories).

** Pour en savoir plus, je vous mets ci-dessous le lien du site "Atlas du Patrimoine Archéologique Littoral Méditerranéen", où vous pourrez lire le déroulement des cinq campagnes de fouilles sous-marines pour retrouver les restes de l'épave du Grand Saint-Antoine.

Grand Saint Antoine - Épave de navire 

L’épave du Grand-Saint-Antoine a été découverte en 1978. Elle gît enfouie au nord de l’île de Jarre (archipel de Marseilleveyre, Marseille) entre 10 et 18 m de profondeur. Cette flûte de commerce, navire à trois mâts carrés, est à l’origine de la Grande Peste de Marseille en 1720. Après avoir été isolée, elle a été échouée et brûlée volontairement à l’été 1720.
http://www.atlaspalm.fr

Chronologie des évènements

Le 20 juin, rue Belle-Table, étroite et sombre, où les boutiques ne sont que "caves et écuries occupées par de pauvres gens", que les beaux quartiers ignorent, Marie Dauplan, meurt en quelques heures. Elle a un charbon sur les lèvres. Mais charbon signifie-t-il peste ? Marie Dauplan, première victime, une miséreuse de moins ; qui s'en inquiéterait ? Et, sur les registres de la paroisse Saint-Martin, le curé inscrit : "22 juin, nous avons enterré gratis Marie Dauplan, âgée d'environ cinquante huit ans, prise à la rue Belle-Table". Si c'est vraiment l'apparition de la peste, elle est bien discrète ! Aussi, huit jours passent, la vie et son insouciance reprennent leurs droits ; ce n'est vraiment qu'un décès de plus parmi des centaines.
Le 28 juin, Michel Cresp, tailleur à la place du Palais, est frappé à son tour ; aucun symptôme apparent ou familier. Cette mort déroute ; fièvre maligne dit-on. L'acte de décès à la paroisse des Accoules est ainsi rédigé : "29 juin, Michel Cresp, époux d'Anne Durand, âgé de quarante cinq ans est mort hier, à deux heures après-midi, muni des sacrements... enseveli dans notre église". Le lendemain, sa femme, réfugiée chez sa mère, tombe à son tour : "30 juin, Anne Durand, veuve de Michel Cresp, âgée de trente-huit ans, est morte hier sur les onze heures du soir, munie des sacrements, prise à la Trinité, à la maison de sa mère, ensevelie dans notre église".
Remarque : trois rues sont déjà contaminées, mais aucune précaution n'est prise ; on ne croit pas encore au fléau. Puis, trois jours seulement passent et la mort, apparaît à nouveau : la rue de l'Echelle entre dans l'histoire de la peste, une rue de pauvres...
Le 1er juillet, deux femmes, Eygazière et Tanouse ; l'une, un charbon sur le nez, signe connu, presque rassurant ; mais l'autre, des bubons ! Les voici pour la première fois. La contagion vient de frapper des coups légers en plusieurs points de la ville ; comment pourrait-on penser que ce sont là les signes annonciateurs du drame ? Il est vrai que, rue de l'Echelle, maison par maison, de nouveaux malades tombent ; mais, si l'angoisse grandit, si les bruits commencent à courir, ils ne quittent pas les vieux quartiers. Tout cela n'est-il pas affaire d'indigents, mal nourris et fragiles ? Lors de la Peste noire, un médecin parisien, de passage à Montpellier, jugeait ainsi : "Celui qui était peu nourri, d'aliments peu substentiels, tombait, frappé au moindre souffle de la maladie : le vulgaire, foule très misérable, meurt d'une mort bienvenue car pour lui vivre c'est mourir. Mais la parque cruelle respecta les princes, les chevaliers, les juges : de ceux-là, peu succombèrent parce qu'une vie douce leur est donnée dans ce monde". Morts négligeables donc ; Marseille les écarte. Pour elle, rien n'est commencé. En vérité, peut-être est-il déjà trop tard pour la ville toute entière ?
Subitement, le 9 juillet, nul ne peut plus ignorer que le fléau est là et, pour la première fois, il porte son vrai nom ; il est là comme à visage découvert ; non plus dans ses repaires habituels, mais à l'abri de la "grande église", près de la place de Lenche. Rue Jean-Galant, c'est un enfant, Issalenc, âgée de treize ou quatorze ans. Deux médecins, les Peyssonnel père et fils, viennent au chevet du moribond.
"C'est la peste" disent-ils aux échevins. Alors, écrit un témoin : "La terreur de ce funeste mal commença à troubler la fausse sécurité où l'on était dans la ville". Il n'est plus possible aux responsables d'hésiter : aussitôt des gardes sont placés à la porte de cette maison. "Le lendemain, 10 juillet, le malade meurt et sa soeur tombe malade ; on redouble la garde de la maison et s'agissant d'enlever l'un et l'autre, pour le faire tranquillement et sans donner aucune alarme au public, on attend la nuit, et sur les onze heures, Monsieur Moustier, un des échevins, s'y rend sans bruit, fait venir des portefaix des Infirmeries, les encourage à monter dans la maison et, ayant descendu le mort et la malade, les leur fait porter avec des brancards hors de la ville, dans les Infirmeries ; il y fait aussi conduire toutes les personnes de cette maison, les accompagne lui-même, avec des gardes, pour que personne n'en approche, et il revient ensuite faire murer à chaux et à sable la porte de cette maison". Aucun ne survit et pour tous, signe du danger perçu, enterrement dans la chaux vive.

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Tableau représentant des personnes mortes de la peste devant l'Hôtel de ville

Première maison interdite, premier brancard dans la nuit de juillet 1720. Ainsi en est-il pour un certain Boyal, venu du Levant, sorti depuis quelques jours du lazaret, atteint le 10 juillet, dans la même rue, marqué d'un bubon sous l'aisselle. Dans son cas aussi, enterrement aux Infirmeries, cercueil de chaux vive, isolement de tous ceux qui l'ont approché, porte scellée. [...] Cependant, les échevins ne veulent toujours pas y croire et pensent qu'il ne s'agit que de quelques cas isolés. Le 12 juillet, ils écrivent : "Comme il n'y a rien eu de nouveau hier, nous osons espérer qu'il y aura plus de peur que de mal". L'intendant, venu à Marseille est pleinement rassuré : "Je vis tout le monde fort tranquille sur les bruits qui avaient couru, MM. les échevins et les intendants de Santé ayant pris toutes les précautions nécessaires"... Il ne faut pas que Marseille soit déclarée ville pestiférée, il en va de son commerce (alors florissant)... Mais, le Mal, se jouant des précautions des uns et de l'incrédulité des autres, pullulait secrètement dans cette rue de l'Echelle, et dans les maisons voisines de celle de la nommée Tanouse. il se répandait, lentement, dans d'autres rues ; car Joli, fripier à la place des Prêcheurs, avait déjà perdu une fille et le reste de cette famille périt par la suite ; et, dans la rue de l'Oratoire, la nommée Bouche, tailleuse, fut aussi attaquée du mal ; elle se tira d'affaire mais tous ses parents moururent. Le plus grand nombre de ces malades était dans cette rue, M. Sicard le fils, médecin trouva quelques malades atteints de fièvre avec des symptômes de malignité, les uns avec des charbons, les autres avec des bubons. Le lendemain, il trouva des malades morts dans la même rue et dans les rues voisines. Il avertit les échevins. Ils répondirent qu'ils enverraient M. Bouzon, chirurgien, pour voir ce qu'il en était. Or, Bouzon qui ne parla aux malades que de loin déclara : "fièvre vermineuse". Le rapport du chirurgien tranquillisa donc et de toute façon les malades recevaient les sacrements à la manière ordinaire...
Cependant, le médecin continue de visiter les malades et n'ose plus les dénoncer pour ne pas s'exposer à la première réponse des échevins. Ainsi, la maladie se répand insensiblement jusqu'à ce qu'elle éclate par le décès de quatorze malades en un même jour et par la chute de plusieurs autres, ce fut le 23 juillet. Le 24, les échevins écrivent : "Il n'est rien arrivé depuis 16 jours !" A présent, il n'est pourtant plus possible de refuser l'évidence.
Le 2 août, à neuf heures du soir, une ceinture de flammes encercle la ville ; en quelques instants, la cité toute entière paraît s'embraser. Une immense lueur rouge envahit le ciel. Sur les conseils de Sicard, père et fils, docteurs en médecine, le long des remparts, au milieu des places publiques, sur le Cours, devant chaque maison ont été dressés des bûchers : bois d'olivier, fagots, sarments ; il faut arrêter la progression du mal. Ceux qui manquent de bois, brûlent des chaises et les portes des armoires. De plus, pendant trois jours consécutifs, à cinq heures du soir, chacun fait brûler, toutes fenêtres fermées, une once de soufre au milieu de chaque pièce de son appartement où sont étendus les vêtements portés depuis le début de l'épidémie. c'est la purification de l'air et des choses par le feu et le soufre. Mais en vain, la contagion ravage maison par maison la rue de l'Echelle. Elle fait son apparition en bordure de la ville : maux de tête, forte fièvre, charbon, bubons et le trépas. Il meurt alors cinquante personnes par jour.
La présence des gardes devant les maisons dont on mure les issues, la vision des civières qui emportent les cadavres la nuit aux Infirmeries sous la surveillance des échevins Estelle et Moustier bouleversent les esprits. Une assemblée extraordinaire des médecins et des chirurgiens de la ville et des galères se réunit et reconnaît enfin la maladie comme pestilentielle. Ils déclarent qu'il est temps d'agir pour enrayer le fléau. D'où suivent une série de mesures qui arrivent tardivement. La rue de l'Echelle est bouclée à ses deux extrémités ; aux familles recluses et condamnées par la maladie, des "commis étapiers" distribueront des vivres ; cent cinquante commissaires sont nommés dans les cinq paroisses : Saint-Laurent, La Major, Les Accoules, Saint-Martin et Saint-Ferréol. Ces commissaires sont chargés de veiller aux besoins des pauvres et des malades ; ordre est donné aux médecins et aux chirurgiens de n'exiger aucun honoraire ; les écoles et le Collège ferment. Les caveaux des églises ou les cimetières ne doivent plus recevoir les corps des pestiférés, mais les parents, jaloux de faire ensevelir leurs morts selon le rite ecclésiastique, sollicitent des attestations que l'on accorde par complaisance ou par intérêt : ainsi commence l'infection des églises.            

 Paul_Fürst,_Der_Doctor_Schnabel_von_Rom_(Holländer_version)

Docteur Schnabel de Rome, pendant la peste noire (gravure de Paul Fürst 1656) : tunique recouvrant tout le corps, gants, bésicles de protection portées sur un masque en forme de bec, chapeau et baguette.

Dès le 5 août, les cadavres sont emmenés aux Infirmeries en plein jour, sans l'assistance d'aucun prêtre, par des corbeaux ainsi nommés car portant un masque au long nez ou "enterremorts" accompagnés de gardes. La fuite de particuliers prudents ou craintifs devient alors l'exode d'une population saisie de terreur : la hantise de voir fermer les portes de la ville et de se retrouver pris au piège de la mort. Les chemins menant hors du terroir étant déjà barrés, les uns se rendent dans leurs bastides, les autres vont camper sous des tentes à la plaine de Saint-Michel, du côté des Minimes, ou le long de l'Huveaune et de son affluent le Jarret ; les plus affolés s'isolent au sommet des collines qui entourent Marseille, se dissimulent dans des grottes ou se réfugient sur des bateaux. 

L'arrêt du grand commerce et du travail des fabriques condamne au chômage et à la mendicité des milliers d'artisans et d'ouvriers... Il est interdit sous peine de mort de transporter d'une maison à une autre, les meubles et les hardes des malades et des morts. La contagion se poursuit : elle se répand dans les nouveaux quartiers, elle a franchi le Cours et la rue des Fabres. 
Le 9 août, les civières ne suffisent plus, les premiers tombereaux apparaissent. Il meurt cent personnes par jour. Désormais, les Infirmeries ne sont plus suffisantes. On commence à jeter les cadavres dans les rues. Le quartier des tanneries se soulève parce que toute la journée, cinquante corps sont restés exposés aux ardeurs du soleil de l'été, le long des remparts. Les boutiques ferment. Le problème de ravitaillement se pose : viande et poisson deviennent rares par la fuite ou la mort des bouchers et des pêcheurs. Pour le pain, les plus pauvres se pressent en foule aux portes des boulangers et trouvent la mort là où ils croient trouver de quoi prolonger leur vie. La disparition des domestiques n'en devient que plus cruelle aux bourgeois.
A la mi-août, deux médecins Chicoyneau et Verny et un chirurgien, Soulier, de l'Université de Montpellier, viennent sur l'ordre du Régent, visiter les malades et établir un diagnostic. Ils examinent des malades et pratiquent des autopsies. Le soir, compte-rendu aux autorités : c'est bien la peste. On convient de retarder de trois jours l'affichage d'un avis au public où la maladie n'est pas reconnue comme pestilentielle mais "fièvre maligne contagieuse dont on espère de pouvoir bientôt arrêter le progrès en séparant les personnes qui en peuvent être soupçonnées d'avec celles qui sont saines".
"L'aspect de la ville excite compassion, tout y a l'air désolé, tous les magasins, toutes les boutiques sont fermés, également les maisons, les églises, les couvents, les places publiques sont désertes et personne n'est plus par les rues que les pauvres gémissants ; le port est dans un dérangement total, les galères sont retirées du quai et tous les vaisseaux et bâtiments marchands sont hors de l'amarre et à l'écart. Cette superbe Marseille, peu de jours avant si florissante, cette source d'abondance et de félicité, n'est plus que le vraie image de la Jérusalem désolée..."

Il meurt alors trois cents personnes par jour.

L'épidémie entre dans toutes les maisons et avec elle la désolation au sein de toutes les familles impuissantes devant leurs propres malades... Rares sont les privilégiés qui bénéficient, après leur mort, des honneurs d'un service religieux digne et chrétien. Les cadavres sont jetés sur les tombereaux tels des chiens ou des pierres... Tous, riches et pauvres, se retrouvent égaux devant la mort et cela scandalise Monseigneur de Belsunce : "Nous avons vu les corps de quelques riches enveloppés d'un simple drap, mêlés et confondus avec ceux des plus pauvres et des plus miséreux, jetés comme eux dans de vils et infâmes tombereaux et traînés avec eux sans distinction à une sépulture profane hors de l'enceinte de nos murs". Sépulture profane, c'est-à-dire, fosse commune.

Le 18 août, on trouve quarante deux mort autour de la place Neuve... Les gens sont abandonnés, livrés à eux-mêmes, ils meurent seuls chez eux ou séquestrés par la famille dans une pièce de la maison sans aucun secours, les enfants sont jetés à la rue, les mères ne les connaissent plus, tout le monde a peur. Les femme enceintes ne sont pas mieux secourues. Elles accouchent au milieu de la rue et succombent frappées par la maladie. D'ailleurs qu'il soit simple passant, voisin, ami, tout homme porteur de mort doit être écarté, chassé. La vision des malades agonisant dans les rues ne trouble pas la conscience des passants et ne ralentit pas leur marche. Il n'y a plus aucune solidarité. Tous les moyens sont bons pour éviter la présence des mourants. Chacun veut les éloigner de sa maison et les empêcher de se réfugier devant sa porte.

Il meurt alors cinq cents personnes par jour.

Brusquement, c'est comme un embrasement, le vrai triomphe de la mort : en quarante-huit heures, des familles entières sont emportées. Aucun quartier, aucun îlot, aucune rue, aucune maison ne sont épargnés. La maladie ravage tout le quartier des Carmes, de la Trinité, de Saint-Jean, le Cours, la rue des Fabres, même les galères et les maisons religieuses pourtant soigneusement isolées, sont attaquées. Chassés par le fléau ou leur famille, des centaines de malades envahissent les rues et les places. Les hôpitaux ne sont plus que des mouroirs où se mêlent malades, morts et mourants. Ils sont partout, couchés à terre, sur des bancs de pierre, sur des paillasses, dans les salles. Certains ont emporté leur argent ou ce qu'il ont de plus précieux, livrés à des gens impitoyables, ils se font voler le peu qu'il ont. Un meilleur sort n'attend pas les nouveaux-nés recueillis après les ravages de l'épidémie parmi les femmes relevant de couches et les nourrices. Ils sont à l'hôpital de Saint-Jacques de Galice ou au couvent de Notre-Dame-de-Lorette. Toutes les chèvres que l'on a pu trouver en ville y on été rassemblées pour les nourrir, mais la mort fauche aussi ces petits êtres à la cadence journalières affolante de trente à quarante au début, de trois à quatre cents rapidement. C'est le massacre des innocents. La mort est partout. Les églises ferment leurs portes les unes après les autres. Sur leurs parvis, au milieu des places publiques, le long des rues, toutes les nuits, les vivants viennent jeter leurs cadavres par-dessus les malades, abandonnés de tous, anéantis par le désespoir et suppliant les corbeaux de les emporter eux aussi dans leurs chariots. On brûle paillasses, matelas, couvertures, habits, hardes ou haillons. Une odeur insupportable plane sur la ville.

Il meurt alors mille personnes par jour.         

A la fin du mois d'août, le quartier de Rive-Neuve, séparé de la ville par le port et les constructions de l'arsenal des galères, est à son tour attaqué. Malgré les mesures prises par le chevalier Roze qui en est le capitaine et le commissaire général, il a été impossible de couper toute communication avec la ville contaminée. Quelques personnes fuyant leurs propres malades viennent se réfugier chez des parents ou des amis et apportent la contagion dans une population jusque-là épargnée. la ville toute entière est en proie à la maladie et, du 30 Août au 1er Septembre, toutes les rues et toutes les places publiques se jonchent de morts, à l'exception de la paroisse de Saint-Ferréol, où le curé et les commissaires ont su s'attacher les soins des corbeaux. Sept à huit mille cadavres pourrissent sous les yeux des derniers survivants impuissants, dont bien peu ont le courage ou la force de chasser les chiens qui ne se nourrissent plus dès lors que de chair humaine : "... on était obligé de les tuer à coups de pierre ou à coups de fusil pour qu'ils arrêtent de s'acharner sur les cadavres, on n'entendait plus dans la ville que des aboiements horribles". Soucieux d'éloigner les cadavres à tout prix, les survivants munis de crocs et de cordes les tirent le plus loin possible de leurs maisons et les laissent étendus devant celles de leurs voisins. Le mistral qui souffle sans discontinuer depuis le début du mois de septembre abat tous les malades et multiplie le nombre des morts. Dans la ville, les derniers chariots passent. Seuls les corps les plus anciens sont enlevés, soit ceux qui séjournent dans les rues depuis une douzaine de jours. Ils tombent en morceaux dès qu'on les touche.
[...] Rapidement se pose le problème de faire disparaître les cadavres qui chaque jour s'entassent dans les rues. Pour les enlever, des chariots sont nécessaires, or, très vite ils viennent à manquer. Les échevins en envoient donc prendre d'autorité avec leurs attelages en ville ou dans les campagnes. Mais les tombereaux ne peuvent pas rouler de partout en particulier dans le quartier Saint-Jean, où la mortalité est justement la plus grande. On confectionne alors des civières sur lesquelles deux hommes portent les morts jusqu'aux chariots. Il faut de plus, des conducteurs. Malgré promesses ou menaces, personne ne se présente. Les échevins demandent au chevalier de Rancé, quelques forçats pour servir de corbeaux. Ils n'obtiennent que vingt-six invalides sortis du bagne avec promesse de liberté s'ils échappent à la peste ! Ils meurent en deux jours. Trente-trois autres les remplacent. Mais il faut renouveler ces renforts tous les huit jours car ils sont rapidement décimés : cent trois du 20 au 25 août, cent au 1er septembre, réduits à dix ou douze en une semaine.

Le 6 Septembre, plus de deux mille cadavres pourrissent dans les rues depuis plusieurs jours : "... Quatorze tombereaux chargés en pyramide ne suffisaient pas à vider les rues, chaque jour, des corps morts qu'on jetait des fenêtres", écrit une visitandine à ses soeurs d'Annecy. Marée sinistre, le flot des morts submerge la ville et les échevins sont obligés de supplier le chevalier de Rancé de leur venir à nouveau en aide. Ils obtiennent cent forçats et quarante soldats avec quatre officiers de sifflet. Mais, les forçats pillent les logis abandonnés, achèvent les moribonds, témoins à charge éventuels ou, ne voulant pas revenir deux fois dans les mêmes maisons, jettent dans les chariots les mourant, qui vont ainsi tomber vivants dans les fosses !... Pour ramener l'ordre, les échevins précédés et suivis de quatre soldats, baïonnette au canon accompagnent leurs tombereaux dans leur funèbre besogne. Tous les jours, dès l'aurore, Moustier, particulièrement vigilant, conduit lui-même à cheval, les détachements de corbeaux et de forçats. A la tête d'une brigade, il nettoie la place devant la collégiale de Saint-martin de ses monceaux de corps noirs et pourris. Le 1er septembre, avec cent forçats et onze tombereaux, il procéde à l'enlèvement de plus de douze cents cadavres. "Jamais magistrat n'a poussé si loin le zèle de sauver sa patrie". Ramasser, enlever les morts ne suffit pas ; il faut aussi les enterrer. Très vite, cimetières et églises ne peuvent plus les recevoir. Les échevins envisagent d'utiliser les places publiques et les rues, mais ils abandonnent l'idée de crainte de contaminer les fontaines et les citernes. Ils songent aussi à jeter les corps dans un vaisseau qu'on aurait coulé en pleine mer, mais devant les progrès de la contagion et par crainte de polluer les eaux, ils abandonnent aussi ce projet. Il faudrait sacrifier un bâtiment par semaine. Alors, une solution s'impose : les fosses communes, où vont s'ammonceler les cadavres recouverts de chaux vive. [...]

Belzunce

Face à cette épidémie sans précédent, Monseigneur de Belsunce alors évêque de Marseille, décide de rendre visite aux malades en leur administrant les derniers sacrements. On le voit aussi distribuer d'abondantes aumônes afin de soulager ses ouailles. A ses côtés, on trouve aussi des personnalités telles que : le Chevalier Roze, de son nom Nicolas Roze (né en 1675 et décédé en 1733 à Marseille) c'est l'un des nobles qui se sont particulièrement distingués, notamment en dégageant l'esplanade de la Tourette de ses cadavres. Pour accomplir cette tâche, le Chevalier Roze fait ouvrir deux anciens bastions dans le quartier de la Tourette et y jette les cadavres "qui présentent à peine forme humaine et dont les vers mettent les membres en mouvement", avec l'aide d'une compagnie d'environ cent cinquante soldats et forçats. Il organise aussi le ravitaillement de la ville et crée un hôpital. Il est atteint par la peste, mais il en réchappe par miracle compte tenu des chances de survie qui ne dépassent pas un pour mille.

Chevalier_Roze_à_la_Tourette_-_1720

Le chevalier Roze dégageant l'esplanade de la Tourette (Peinture de Michel Serre au Musée Atger à Montpellier)

Aux côtés de Monseigneur de Belsunce, on trouve aussi l'archiviste Capus, le sécrétaire Pichatty de Croissainte, le peintre Michel Serre, le docteur Peyssonnel (le père), le docteur Bertrand, le directeur de l'hôpital Bruno-Garnier, le lieutenant de l'amirauté Gérin-Ricard. Le bacille s'est également répandu dans l'intérieur des terres et il faudra encore deux années de lutte pour éradiquer la peste de la Provence et du Languedoc. On tente de s'en protéger, sans succès, en construisant le Mur de la peste dans les Monts de Vaucluse.

Carte mur de la peste

Tracé du Mur de la peste dans le Vaucluse

** A ce propos, voir la page que j'ai faite sur le Mur de la peste, dans la colonne de gauche du blog. Rubrique intitulée : Pages (sous les Catégories).

La peste sévit dans la ville jusqu'à la fin octobre 1720 et fait environ 40 000 victimes marseillaises, soit près d'un tiers de la population. Puis, lentement d'abord et ensuite avec une rapidité chaque jour accrue, la peste recule. Cependant, il y a des reprises et des peurs. C'est ainsi que Marseille connaît une rechute en août 1722, mais qui ne fait cette fois que 260 morts. Au sortir de ce triste épisode, sur les conseils de sœur Anne-Madeleine Rémuzat, religieuse du premier monastère de la Visitation, Monseigneur de Belsunce décide de consacrer son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus lors d'une messe célébrée le 1er novembre 1720.

La peste sévit dans la ville jusqu'à la fin octobre 1720 et fait environ 40 000 victimes marseillaises, soit près d'un tiers de la population. Puis, lentement d'abord et ensuite avec une rapidité chaque jour accrue, la peste recule. Cependant, il y a des reprises et des peurs. C'est ainsi que Marseille connaît une rechute en août 1722, mais qui ne fait cette fois que 260 morts. Au sortir de ce triste épisode, sur les conseils de sœur Anne-Madeleine Rémuzat, religieuse du premier monastère de la Visitation, Monseigneur de Belsunce décide de consacrer son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus lors d'une messe célébrée le 1er novembre 1720. (La suite du texte est après l'article : Le vinaigre des quatre voleurs).

Vinaigre des 4 voleurs

Le vinaigre des quatre voleurs : Lors de la Grande Peste de Marseille en 1720, les détrousseurs de cadavres se multiplièrent... Mais peu survécurent plus de quelques semaines, voire même de quelques jours. Seuls quatre voleurs résistèrent à ce fléau . Ils furent d'ailleurs embauchés par la ville pour évacuer les cadavres et transporter les malades. En échange du secret de leur résistance peu commune à cette terrible maladie, on "oublia" leurs larcins passés et c'est ainsi que "le vinaigre des quatre voleurs" est arrivé jusqu'à nous. En voici la recette :

Pour faire un bon vinaigre, efficace de surcroît, concassez 30 grammes de sommités fleuries des plantes suivantes : absinthe, citronnelle, lavande, menthe, romarin, rue, sauge et thym. Y ajouter 4 grammes de sommités fleuries d'ail et 4 grammes de cannelle, girofle, noix muscade et racine d'acore. Laissez macérer dans un bonbonne remplie de 4 litres de bon vignaigre. Filtrez et ajouter 8 grammes de camphe, dissout au préalable dans un peu d'alcool. Mélangez bien. Ce vinaigre vous rendra de grands services en cas d'épidémies, de malaises et de maux de tête.

Source : Almanach 2009 - Un an en Provence. Edisud.

Voici un complément trouvé sur Wikipédia :

 Le vinaigre des quatre voleurs fut inscrit au Codex (pharmacopée) en 1748 et vendu en pharmacie comme antiseptique. Cité dans les Mémoires secrets de Bachaumont, il est encore commercialisé aujourd’hui contre les risques de contagion, soins de la peau, capillaires et des muqueuses, fatigue, maux de tête, encombrement respiratoire, élimination des poux et lentes…

Suite du texte : En mai 1722, lors d’un retour de la peste, l’évêque obtient des échevins qu’ils fassent le vœu d’assister chaque année à la messe du Sacré-Cœur et qu’ils offrent un cierge de 4 livres aux armes de la ville au cours de cette cérémonie, tradition perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

Depuis cette terrible épidémie :

- une statue à l'effigie de Henri, François-Xavier de Belsunce de Castelmoron a été érigée initialement sur le Cours pour son attitude courageuse (actuel Cours Belsunce) puis plusieurs fois déplacée. Elle est actuellement sur le parvis de la Cathédrale de la Major,
- on retrouve dans le centre de la ville des rues au nom des échevins,
- la cérémonie d'engagement permanent a lieu dans l'église du Sacré-Cœur du Prado tous les ans,
- une plaque commémorative fut créée en mémoire aux échevins. Celle-ci est visible au Musée d'Histoire de Marseille et on y peut lire :

A L'ETERNELLE MEMOIRE
DES HOMMES COURAGEUX DONT LES NOMS SUIVENT :

LANGERON, COMMANDANT DE MARSEILLE ;
DE PILLE, GOUVERNEUR VIGUIER ;
DE BELSUNCE, EVEQUE ;
ESTELLE, PREMIER ECHEVIN  ;
MOUSTIER ;  
AUDIMAR ECHEVIN ;
DIEUDE ;
ROSE, COMMISSAIRE GENERAL ;
POUR LE QUARTIER DE RIVE NEUVE ;
MALAI, JESUITE, COMMISSAIRE ;
POUR LA RUE DE L'ESCALE ;
SERRE, PEINTRE CELEBRE, ELEVE DE PUGET ;
ROSE, L'AINE ET ROLLAND, INTENDANT DE SANTE ;
CHICOINEAU, VERNY, PEISSONNEL ;
MONTAGNIER, BERTRAND ;
MICHEL ET DEYDIER, MEDECINS.

ILS SE DEVOUERENT POUR LE SALUT DES MARSEILLAIS
DANS L'HORRIBLE PESTE DE 1720.
Sources : Pour faire cet article, j'ai utilisé différentes sources que je ne peux toutes citer mais notamment le livre  "Marseille ville morte - la peste de 1720" - Editions Jean-Michel Garçon et Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'ancre du Grand Saint-Antoine
L'ancre du Grand Saint-Antoine au Musée d'Histoire de Marseille - Longueur : 3.80m, Poids : près d'une tonne.

L'ancre du Grand-Saint-Antoine enfin à l'air libre

Après plusieurs siècles passés sous l'eau (et la vase), l'ancre du Grand-Saint-Antoine a été installée il y a quelques jours à l'entrée du Musée d'histoire de Marseille. Longue de 3,80 mètres et pesant près d'une tonne, c'est l'un des rares vestiges du Grand-Saint-Antoine, ce navire qui apporta la peste en 1720 provoquant la mort de plus de 100.000 personnes à Marseille et en Provence.

https://www.20minutes.fr
Grand-Saint-Antoine (navire) - Wikipédia

Une association de plongée sous-marine, l'A.R.H.A., a retrouvé l'épave calcinée du navire en 1978, enfouie entre 10 et 18 mètres de profondeur, au nord de l' Île Jarre ( archipel de Marseilleveyre, Marseille). Les vestiges archéologiques alors remontés sont aujourd'hui exposés au musée de l' hôpital Caroline sur l' île de Ratonneau.

http://wikipedia.org

02 juin 2019

Le langage des mouches et des éventails au XVIIIe siècle

 

Mouches sur le visage

Exemples des différents endroits où les mouches se collaient  

Toute personne bien née, se devant, au XVIIIe siècle d'avoir la peau claire, la mouche de taffetas ou de velours noir appelée aussi tache avantageuse dans le langage précieux, se collait principalement sur le visage afin d'en rehausser la blancheur et l'éclat. "C'est alors plus qu'une mode, une furie... Selon l'humeur du jour, les mouches sont en forme de lune, d'étoiles ou de fleurs et se promènent sur les visages". C'est un accessoire indispensable du temps, qui serait né d'un traitement préconisé contre les maux de dents. Une ordonnance médicale serait donc à l'origine de l'idée qui vint aux femmes d'appliquer sur leur visage ces découpures de taffetas noir qui simulaient au début les ramifications des veines des temps ? Peut-être. Et ce ne serait pas la seule fois, du reste, que des liens étroits uniraient la mode et ses caprices, aux prescriptions d'un médecin... 

Boîte à mouches 

Boîtes à fard et à mouches

Toujours est-il que cette mode fait ainsi fureur du règne de Louis XIII à la Révolution. Un langage galant destiné aux personnes averties naît alors à cette époque. Si l'usage des mouches est déjà connu au XVIIème siècle, c'est au XVIIIème siècle cependant qu'elles vont devenir les symboles de la parure et de la féminité. Ces différentes mouches portaient toutes des noms très suggestifs selon où elles étaient placées :

- Près de l'œil, elle se nomme assassine ou passionnée.
- Au coin de la bouche, c'est la baiseuse.
- Sous la lèvre, elle devient friponne ou coquette.
- Sur le nez, effrontée ou gaillarde.
- Sur le front, la majestueuse
- Sur la joue, c'est la galante.
- Sur une ride, dans le creux du sourire , elle est enjouée.
- Sur la poitrine, c'est la généreuse.
- Sur un bouton, la receleuse.
- Ou bien sur le menton, ne serait-ce point la discrète que l'on trouve ?

Eventail

Détail d'un éventail du XVIIIe siècle
(Source Wikipédia provenant du site http://www.eventails.net/)

Tout comme les mouches, l'usage de l'éventail devient un véritable langage de société.
Ainsi, cette codification compliquée facilitera ou freinera les ardeurs de ces messieurs de la Cour.
L’art de s'en servir a permis d'exprimer les états d'âme, du badinage aux déclarations d'amour dans un langage qui lui est propre. En voici les différentes significations :

Le tenir dans la main droite face au visage : Suivez-moi.
Le tenir dans la main gauche face au visage : Je désire un entretien.
Le poser contre l'oreille gauche : Je désire que vous me laissiez tranquille.
Le glisser sur le front : Vous avez changé.
Le faire tournoyer dans la main gauche : Nous sommes surveillés.
Le tenir dans la main droite : Vous êtes entreprenant
Le faire glisser dans la main : Je vous hais.
Le faire tournoyer dans la main droite : J'aime quelqu'un d'autre.
Le faire glisser sur la joue et le poser sur le menton : Je vous aime.
Le présenter fermé : M'aimez-vous ?
Le faire glisser devant les yeux : Je suis désolée.

Toucher l'extrémité du doigt : Je désire vous parler !
Le poser immobile sur la joue droite : Oui.
Le poser immobile sur la joue gauche : Non.
Ouvrir et fermer : Vous êtes cruel
Le laisser pendre : Nous resterons amis.
S'éventer lentement : Je suis mariée.
S'éventer rapidement : Je suis fiancée.
Le poser sur les lèvres : Embrassez-moi.
Ouvert et immobile : Attendez-moi.
Le porter ouvert dans la main gauche : Venez me parler.
Le placer derrière la tête : Ne m'oubliez pas.

Source : D'après "L'éventail à tous vents" - Louvre des Antiquaires, Paris 1989

Eventail1

 

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27 mai 2019

Les noms de rues se déclinent au féminin

 

plaque-de-rue-charles-de-gaulle-histoire-de-france

Lorsque l'on cherche son chemin, se sont souvent les Victor Hugo, Général de Gaulle et autres Louis Pasteur qui nous guident. En effet, ce sont les figures les plus présentes sur les plaques de rue. Loin devant Jeanne d'Arc, Marie Curie mais également Georges Sand qui sont les trois femmes les plus représentée en odonymie. L’odonymie est l'étude des odonymes, parfois mieux écrits hodonymes, un nom propre désignant une voie de communication. Un odonyme peut être le nom d'une rue, d'une route, d'une place, d'un chemin, d'une allée. Elle s'inscrit dans le domaine de la toponymie qui étudie plus largement les noms de lieux en géographie et plus généralement dans le domaine de l'onomastique, l'étude des noms propres. Cependant, les femmes ne peuvent rivaliser avec les hommes sur nos panneaux.

Dracénie

En Dracénie, après étude de la nomenclature des rues de chaque agglomération qui la compose, il semblerait que seules six voies et autres places mettent à l'honneur une personnalité féminine, si on n'inclut pas les saintes, les personnages fictifs ou encore les divinités grecques, sur un total de 5477 voies, soit à peine 0.11%. Les personnalités masculines obtiennent pour leur part 314 dénomination, environ 52 fois plus que les femmes, avec un total de 17.4% des voies. Enfin, si l'on ne tient compte que des cas où une personnalité est mise à l'honneur, il s'agit d'un homme pour 98.1% des cas. Ces statistiques montrent bien évidemment qu'au cours de l'Histoire, ce sont les hommes en majorité qui ont occupé des places à responsabilité. Par exemple, dans le département du Var, 23 voies sont au nom de Pierre Curie contre 4 seulement au nom de Marie Curie.

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Marie Curie (1867-1934)

A signaler que 13 communes ont fait le choix de nommer une ou deux rues au nom de Pierre et Marie Curie. Enfin, il est à noter que Draguignan est la seule commune du Var qui possède une rue au nom de Marie Curie, mais aucune au nom de Pierre Curie, ce qui est un comble car si l'on prend en compte uniquement les distinctions, Marie Curie a obtenu deux Prix Nobel contre un seul et en commun avec elle pour Pierre Curie. Note de Nadine : En ce qui concerne ma commune Trans en Provence, on trouve 225 voies dont 4 qui sont nommées au nom d'un homme et une seule au nom d'une femme. Il s'agit de l'avenue Marguerite de Provence, épouse de Louis IX (Saint Louis) (voir ci-dessous).

Qui sont ces femmes présentes sur les plaques dracéniennes ?

Hélène_Boucher_Aviatrice

Hélène Boucher, aviatrice (1908-1934)

Parmi les rares figures féminines qui ornent les plaques de rues et places de l'agglomération dracénoise, on trouve : Hélène Boucher (1908-1934) : aviatrice, pionnière dans son domaine, elle a établi de nombreux records de vitesse avant de tomber aux commandes de son avion le 30 novembre 1934 lors d'un vol d'entraînement, Marie Curie (1867-1934) elle a reçu le Prix Nobel de physique le 10 décembre 1903 aux côtés de son mari Pierre Curie, prix partagé avec un autre physicien français Henri Becquerel. Elle a également reçu le Prix Nobel de chimie le 10 décembre 1911 à Stockholm.

Simone_Veil_(1984)

Simone Veil (1927-2017)

Simone Veil (1927-2017) qui, en 1974, en tant que ministre de la santé, a fait adopter une loi dépénalisant le recours par une femme à l'interruption volontaire de grossesse. La Reine Jeanne, ce qui fait référence aussi bien à la reine Jeanne 1ère de Naples (1326-1382) qu'à Jeanne de Laval (1433-1498), lesquelles ont toutes deux été comtesses de Provence. Marguerite de Provence (1221-1295) qui fut l'épouse de saint Louis et donc reine de France, Hélène Vidal (1918-1998), figure locale que cette résistante qui, le 16 août 1944, peu après le Débarquement de Provence, a informé les forces américaines dont le QG était basé au hameau du Mitan, à La Motte, que la ville venait d'être libérée par les F.F.I. et qu'il était inutile que le bombardement massif préparé par l'US Army intervienne. Elle a "sauvé" Draguignan d'un bombardement qui aurait pu être désastreux pour la ville et pour ses habitants. Hélène Vidal est enterrée au cimetière de Draguignan.

Sources : D'après un article paru dans le journal Var-Matin du 25 mars 2019 - Auteur : Pierre Panchout et Wikipédia, l'encyclopédie libre.

 

26 mai 2019

L'Association pour la préservation du patrimoine du Muy

Bonjour à toutes et à tous,

juste une petite information que je vous livre : je viens de créer une nouvelle rubrique dans mes liens (colonne de gauche) qui porte de nom de : Histoire. Pour le moment, elle ne comporte que deux adresses mais j'en ajouterai au fur et à mesure de mes découvertes sur le net. L'une de ces adresses est celle de l'Association Pour La Préservation Du Patrimoine Le Muy dont vous avez le lien dessous (adresse sur Facebook).

Association Pour La Preservation Du Patrimoine Le Muy

Association Pour La Préservation Du Patrimoine Le Muy. L'Association pour la Préservation du Patrimoine Le Muy vous invite à partager vos souvenirs, photos...

https://www.facebook.com

Cette association vous invite - les habitants et les fans du Muy à partager vos photos, vos souvenirs, à parler de vos endroits préférés, ou des découvertes que vous avez faites du patrimoine de la ville du Muy. Comme je défends le patrimoine quel qu'il soit, je tenais à vous parler de cette association. Merci à vous.

 

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21 mai 2019

L'architecture traditionnelle dans le Var

 

Chateau de la Mole

Château de la Môle (Var) (Photo site de la mairie de la Môle).

La maison de maître est appelée bastide ou château (castèu) selon son importance. On peut encore admirer certains châteaux, les tours d'angle et leur façade noble dominant la parc tandis que les bâtiments d'exploitation se trouvent à l'arrière. En règle générale, les bastides eurent pour origine le besoin, pour les citadins enrichis, de se constituer un placement intéressant, d'augmenter leur patrimoine et très souvent, de montrer ainsi la preuve de leur réussite. Les rangs de génoises, parfois fonction du nombre des étages du bâtiment, semblent aussi marquer, par leur importance, le rang social du propriétaire. Les ouvertures sont toujours plus hautes que larges.

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Génoise à quatre rangs de la chapelle des pénitents blancs à Aix-en-Provence (Photo Wikipédia).

Les portes d'entrées n'ont généralement qu'un battant et sont souvent faites de deux épaisseurs de planches, clouées horizontalement à l'extérieur et verticalement à l'intérieur. Les clous forgés sont visibles de l'extérieur. Les puits avaient une importance primordiale : point d'eau, point de vie. On les trouve très rarement annexés à l'habitation mais plutôt isolés, encore à proximité. Les formes sont diverses, soit ouverts avec un ou deux pilastres, soit couverts et même fermés par une petite porte de bois. Il est fréquent de constater que le rez-de-chaussée de l'habitation ne coïncide pas avec le sol extérieur. Un escalier de quelques marches conduit à un perron sur lequel ouvre le plus souvent la salle commune. Ce perron s'appuie la plupart du temps sur l'extraction de la voûte conduisant à la cave.

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Cabanon en Provence (carte postale).

Le cabanon est, lui, un petit bâtiment d'exploitation situé assez loin de l'habitation principale. Le paysan y entreposait des outils, du matériel qu'il évitait ainsi de transporter. De temps en temps, de joyeuses fêtes champêtres et sans contrainte réunissaient familles et amis, "au cabanon". Alors que la maison garde un caractère privé, fermé, avec des traditions fortes, le cabanon est un lieu accueillant, ouvert à tous, où chacun apporte son écot pour une "ribote", une "boumbanço".

Pigeonnier

Pigeonnier à Châteaufort, Alpes-de-Haute-Provence (Photo Wikipédia).

Les pigeonniers se présentent sous différentes formes : 1/ soit isolés du bâtiment d'exploitation, tour ronde ou carrée avec une ceinture de carreaux vernissés, 2/ soit intégrés au bâtiment, situés sous le toit et signalés seulement par les ouvertures, la plage d'envol et un entourage de céramiques protégeant les nids contres les rats et belettes, 3/ soit attenants au bâtiment, sous forme de tour caractéristique avec un toit à simple versant, servant de point d'appui au mur d'enceinte et donnant à l'ensemble une apparence de fortin.

Bergerie en Provence

Bergerie en Provence (carte postale).

Les bergeries en Provence, sont bien le signe de la tradition pastorale. Selon l'importance du troupeau, elles sont, soit incorporées au bâtiment principal pour quelques centaines de bêtes, soit isolées pour plus d'un millier de têtes. Dans de nombreuses bergeries, l'architecture intérieure est en voûte permettant ainsi d'obtenir un température constante, hiver comme été. Le sol en terre battue reçoit le fumier. Les crèches, parfois adossées aux murs, sont ici disposées en position centrale, permettant aux moutons d'accéder aux deux côtés. Ces crèches peuvent être rehaussées sur des briques en raison de l'épaisseur croissante du fumier. Quand la bergerie est vide de ses occupants, c'est un signe de la saison de cette migration saisonnière qu'est la transhumance.

Source : Calendrier du Crédit Agricole Provence Côte d'Azur avec des photos qui agrémentent les différents mois de l'année.

La-Môle

Notes sur la première photo qui représente le château de la Môle : Le château est situé à 1 km de La Môle. Ce domaine est d’origine très ancienne puisqu’il est déjà cité en 1008 dans les archives. En 1770, la famille Boyer de Fonscolombe l’acheta à la famille de Suffren. C’est une demeure typiquement provençale avec une façade à cinq fenêtres flanquées de deux grosses tours rondes. Antoine de Saint-Exupéry aimait, dans son enfance, y passer des vacances auprès de ses grands-parents (description dans "Le Petit Prince"). Il a été d'être vendu par la famille de Fonscolombe. Dans le parc, subsiste la chapelle du château. Celui-ci est un domaine privé, il n’y a pas de possibilité de visite.

Source : Site de la Mairie de la Môle.

 

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15 mai 2019

Le cimetière des Alyscamps et son rituel funéraire

 

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L'allée des Alyscamps par Vincent Van Gogh (novembre 1888)

Vincent Van Gogh l'a immortalisé sur une de ses peintures : c'est le cimetière des Alyscamps, à Arles, avec son étrange et majestueuse allée de tombeaux de pierre. On pourrait l'appeler les Champs-Elysées, mais cela porterait à confusion avec l'avenue du même nom de notre capitale. Les Alyscamps eurent très tôt le don d'attirer beaucoup de monde, dès les temps romains déjà. Il ne s'agissait pas encore de touristes comme de nos jours, mais de visiteurs dans un sens plus définitif du terme, puisque ceux-ci y établissaient leur sépulture. Pourquoi choisissait-on d'élire sa dernière demeure aux Alycamps ? Tout simplement, parce qu'en ces temps très éloignés, la mort suscitait, tout comme maintenant d'ailleurs, de grands questionnements. La mort faisait peur. Surtout auprès des puissants qui, en fin de vie, se demandaient, si leurs agissements accomplis pendant toute leur existence n'allaient pas leur attirer les foudres des cieux. Or, les Alyscamps avaient la réputation d'assurer à ses hôtes éternels une quiétude que l'on ne trouvait pas dans d'autres lieux de sépultures. Ainsi des tribuns descendaient-ils, post-mortem, depuis la capitale des Gaules (soit Lugdunum, Lyon de nos jours), en empruntant le cours du Rhône. Le principe était simple. Pour son dernier voyage, le mort était placé dans un tonneau dans lequel on avait pris soin d'ajouter des offrandes. Le tonneau était scellé et expédié sur les flots plus ou moins tumultueux du fleuve. Quand celui-ci parvenait enfin au niveau des quais d'Arles, des bateliers étaient chargés de le récupérer. Ils emmenaient ainsi tous les tonneaux qui descendaient le Rhône jusqu'aux Alycamps. Si les offrandes étaient destinées principalement aux dieux, elles servaient également à payer les frais funéraires, parfois conséquents, mais aussi, le salaire des bateliers. L'absence de celles-ci pouvait entraîner le refus des marins de repêcher le tonneau qui continuait alors de dériver pour aller se perdre dans l'univers étrange et confus de la Camargue, avec pour conséquence redoutable, de laisser errer l'âme et l'esprit du défunt jusqu'à la nuit des temps ! De telles perspectives démotivaient généralement toute envie de radinerie de la part du commanditaire ou de sa famille, mais n'empêchaient pas sur le trajet que le tonneau avec le défunt soit l'objet de détrousseurs de tonneaux. Heureusement, les dieux veillaient, comme en témoigne un fait étrange qui se déroula à Beaucaire et à Tarascon, là où il était possible de traverser le Rhône. Un homme décédé depuis peu, voguait tranquillement pour sa dernière destination. Alors que son tonneau passait non loin de la rive droite, il fut arrêté par des jeunes gens qui avaient probablement bu et qui avaient décidé de s'emparer du tonneau ! Ayant perdu tout sens de la réalité, ils ne trouvèrent pas mieux que d'ouvrir celui-ci afin de s'en prendre à l'offrande qui se trouvait à l'intérieur. C'était un petit coffret qu'ils volèrent au défunt et leur forfait accompli, ils remirent le tonneau à l'eau.

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Quelle ne fut pas leur surprise de constater que l'embarcation mortuaire refusait d'être entraînée par le courant pourtant assez important à cet endroit. Ils prirent peur et s'enfuirent en courant sans demander leur reste, dans les rues de la basse ville, en emportant leur butin. Le lendemain et les jours qui suivirent, le tonneau était toujours au même endroit et il tournoyait sur place sans intention évidente de repartir. Les gens d'armes intrigués finirent par aller le récupérer. Ils constatèrent en soulevant le couvercle que le mort voyageait seul, sans pécule pour l'accompagner dans l'eau de-là, chose qui n'était pas conforme aux pratiques habituelles. Ils en déduisirent que le défunt avait été victime de voleurs. L'enquête fut rapide car l'un des jeunes gens n'avait pas pu s'empêcher de raconter leur mésaventure afin de dissiper la grande peur qui lui hantait l'esprit. Lui et ses compagnons furent arrêtés et ils reconnurent aussitôt qu'ils avaient mal agi. Ils restituèrent le coffret qu'ils n'avaient pas oser toucher, à la famille du défunt. Ce dernier, retrouva donc son bagage et tous les deux furent de nouveau enfermés dans le tonneau. Remis à l'eau, il fut emporté par le courant qui l'emmena sans autre aventure vers Arles.

Source : Hervé Berteaux pour un article paru dans l'Almanach des Provençaux et du Comté de Nice, année 2016.

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Complément à cet article

Les Alyscamps (Champs Elysées, en provençal, cité des morts vertueux dans la mythologie grecque) sont une nécropole, située à Arles et qui remonte à l'époque romaine. Jusqu'au Moyen-Âge, les Alyscamps ont été une nécropole païenne puis chrétienne qui était située à l'entrée sud-est de la cité d'Arles sur la voie Aurelia, c'est-à-dire en dehors de la cité comme la plupart des nécropoles romaines. Ils comprenaient de très nombreux sarcophages.

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Dès la fin du IVe siècle, les Alyscamps et le cimetière de Trinquetaille doivent leur célébrité au martyre de Genest, saint arlésien, décapité en l'an 303. Au fil des siècles ce lieu devient si renommé que de nombreuses personnes souhaitent y être enterrées, comme les évêques d'Arles. Des cadavres sont descendus par le Rhône dans des barriques pour y être inhumés ; une offrande est jointe à chacun pour rémunérer les Arlésiens qui mettaient en sépulture les défunts. Aux XIe, XIIe et XIIIe siecles, ce cimetière connu de toute la chrétienté, s'enrichit de nombreuses églises. Au XIIe siècle une collégiale est ainsi établie aux Alyscamps, mais vers l’an 1035, cette canonica étant tombée entre des mains laïques, l’archevêque Raimbaud donne aux moines Saint-Victor de Marseille l’antique église Saint-Genès ainsi que toutes ses dépendances, moyennant le cens d’une livre d’encens à fournir le jour de Saint-Trophime. Les Alyscamps deviennent alors le point de départ du pèlerinage de Compostelle pour les pèlerins provençaux.

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Toutefois, en 1152, le transfert des reliques de Saint Trophime à la cathédrale Saint-Étienne (devenue par la suite Saint-Trophime) au centre-ville, lui enlève une partie de son prestige. À partir de la Renaissance, les prélats, seigneurs et rois dérobent les sarcophages les mieux sculptés pour enrichir leurs collections. Un bateau ainsi chargé coule dans le Rhône vers la fin du XVIe siècle à hauteur de Pont-Saint-Esprit (Gard). Au cours du XVIe siècle, ce quartier fait l'objet d'une première transformation avec le creusement du canal de Craponne (Adam de Craponne) qui alimente en eau la Crau, entre la Durance et le Rhône. L'église Saint-Honorat des Alyscamps est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1842. En 1848, les Alyscamps ont été profondément modifiés lors de la construction de la voie ferrée Paris-Lyon-Méditerranée et des ateliers afférents. La chapelle des Porcelets et le cimetière sont classés par la liste de 1862.

Source : D'après Wikipédia - L'encyclopédie libre.

 

09 mai 2019

Une rue du Muy porte son nom : Maurice Lachâtre, vous connaissez ?

 

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Maurice Lachâtre (1814-1900)

Connaissez-vous Maurice Lachâtre ? Les Muyois qui connaissent bien leur cité vous diront que c'est un nom de rue. Rares sont ceux qui pourront vous narrer dans les détails sa biographie. Né le 14 octobre 1814 à Issoudun (Indre) et décédé le 9 mars 1900 à Paris. Il appartient à la noblesse car son vrai nom est Maurice de la Châtre et, de fait, destiné à jouir des privilèges de sa naissance. Il s'installe à Paris, en pleine Monarchie de Juillet, devient éditeur et directeur du journal "Le Vengeur", à tendance républicaine. Dans sa profession d'éditeur, il n'hésite pas à publier des auteurs contemporains, tels qu'Eugène Sue qui, avec "Les Mystères de Paris", lui vaudront une condamnation sous le Segond Empire. Ses écrits et ses idées à tendance démocratique feront de lui un dissident du régime monarchique. Il devra alors s'enfuir de la capitale et se réfugier en Provence, où nous le retrouvons au Muy en 1835. Dégoûté de l'esprit de la noblesse, il se désolidarise complètement de celle-ci, supprime la particule de son nom et devient Maurice Lachâtre. C'est sous ce patronyme qu'il sera connu dans notre cité. Homme cultivé et généreux, il ne tarde pas à mettre son savoir au service de la population muyoise, et devient ainsi instituteur de notre village. C'est dans un local de la rue Grande qu'il exerce sa profession, lui assurant ainsi ses moyens d'existence. Adopté par la majorité de la population, où prédominait une politique républicaine, Maurice Lachâtre jouissait d'une grande estime dans la commune. Plus d'une famille lui témoignera son amitié. En particulier, celle des Ourgias, dont l'appartement était voisin du sien, composé des frères qui s'employaient à la dure profession de radeleur, métier qui consistait à convoyer par flottaison sur l'Argens, des billots de bois venant du coeur des Maures jusqu'au "débousquadou" (débarcadère) du Muy. Ces hommes étaient de rudes colosses et frondeurs, n'hésitant pas à défendre leur bon droit par la manière forte, détail qui aura son importance par la suite. Un petit matin, la police impériale ayant réussi à localiser Lachâtre au Muy, essaya de l'arrêter pour le fusiller ; ne pouvant se défendre seul devant le nombre de policiers, l'instituteur appela à l'aide. Entendu par ses amis Ourgias, ces derniers se hâtèrent de lui porter secours.

Radeleur

Le radelage ou flottage du bois (Photo Centre culturel du pays d'Orthe)

Tels des Hercules, ils rossèrent à coups de crochets de flottaison les agents de Napoléon III. En témoignage de sa reconnaissance, Maurice Lachâtre établit de ses mains un parchemin et en fit don à ses valeureux sauveteurs. Sauvé, il n'en demeura pas moins un opposant au régime impérial et, avec la complicité des Muyois, il restera dans la clandestinité pendant encore quelques temps. Il n'obtint sa grâce qu'à la chute de l'Empire vers 1870 et de cette façon, il put reprendre au grand jour ses activités littéraires. Homme dévoué à une cause qui n'a jamais failli dans ses idées et ses actions, soutenu par tous, telle était cette personnalité qui a vraiment mérité l'estime et le coeur de nos aïeux. Ces derniers ont voulu l'honorer après sa mort en donnant son nom à une rue du Muy.

Auteur : Jean Chavanas - ancien président du Syndicat d'Initiative - aujourd'hui décédé, dans le Guide touristique "Le Muy de Provence" édité par le Syndicat d'Initiative en 1990.

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Pour en savoir plus sur Maurice Lachâtre, voir lien ci-dessous.

Maurice Lachâtre - Wikipédia

Maurice Lachâtre s'installe professionnellement à Paris en 1839. Il mène tout d'abord deux activités : une activité de banquier - il fonde une banque des échanges - et une activité d'éditeur. Il y commence sa carrière en publiant les Crimes célèbres d' Alexandre Dumas.

http://wikipedia.org

03 mai 2019

Les Salles-sur-Verdon, le village sacrifié

 

Les Salles

Si vous allez vous promener sur le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), vous le verrez forcément. Il est incontournable : c'est le lac de Sainte-Croix. Si les eaux turquoises font rêver les amoureux de beaux paysages, elles ont aussi englouti la vie d'un village : celui des Salles-sur-Verdon (Var). Et avec lui, la terre natale et l'histoire de plusieurs familles.

Les salles

Il y avait le boulanger, chez qui l'on venait faire cuire son plat, l'épicerie, qui distribuait l'essence, l'Auberge du Coin Perdu, où l'on régalait le visiteur d'agneau et d'autres produits de la vallée, les lavoirs où, des grands-mères aux petites-filles, on tapait le linge avec un battoir et où les langues allaient bon train. Et puis, la fête au village qui était sacrée. La fontaine où chacun venait remplir son broc. "L'été, un ballet de camions amenait la lavande du plateau de Valensole. Le village comptait quatre ou cinq alambics qui fonctionnaient jour et nuit pour produire l'essence de lavande. Je sens encore l'odeur des camions passant dans les rues", se souvient Danièle. Son père, Rosé Marc Signoret - qui fut ensuite maire du nouveau village des Salles -, est parmi les derniers à partir le 2 mars 1974, à quitter sa maison après avoir résisté le plus possible. Mais les gendarmes lui intiment l'ordre de prendre ses affaires alors que l'eau touche le bas de sa maison. Il verra dans les minutes qui suivent les dents d'une pelleteuse mordre au sang une vie bâtie depuis des générations. "Toutes les maisons ont été détruites avant la montée des eaux. C'était dur de voir ce village où l'on a passé tant de moments heureux ressembler à un champ de bataille après la guerre", raconte Danièle. 

Les Salles nouveau village

Un nouveau village est reconstruit plus haut sur le plateau de Bocouenne. les tombes de l'ancien cimetière y sont transférées, tout comme la cloche de l'église, certaines pierres de la fontaine, des lavoirs... Les familles sauvent portes ou linteaux de portes, maigres vestiges de toute une vie, qu'ils vont intégrer aux maisons reconstruites. Le reste est aujourd'hui sous 32 mètres d'eau. Sur 165 habitants de l'ancien village (recensement de 1968), seuls 125 s'installeront à l'année dans le nouveau village. Tous n'ont pas pu reconstruire. "Il y a eu jusqu'à 80% de coefficient de vétusté appliqué sur le barème, au prétexte que les maisons étaient anciennes. Et les indemnités des terres agricoles ont été en moyenne 4 fois moindre que pour les autoroutes. "Pour les paysans dont c'était l'unique richesse, cela a été terrible, même si personne ne remet en question l'intérêt général", souligne Jean-Jacques Grézoux, président de l'association Mémoire des Salles-sur-Verdon. Une maquette de l'ancien village et sa vallée est visible à l'office de tourisme des Salles.

Nota : Le village des Salles-sur-Verdon est le seul à avoir été sacrifié à l'intérêt général. Mais Bauduen (Var) et Sainte-Croix-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) auraient pu connaître le même sort. Le projet initial d'EDF devait faire du lac de Sainte-Croix, la plus grande retenue artificielle de France, allant jusqu'au pied de Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence). La résurgence de Fontaine l'Evêque a eu raison du projet. Sa source n'ayant jamais été identifiée, les ingénieurs, inquiets d'un possible effet de siphon, ont réduit le projet de la côte 500 à la côte 482. Avec 22 km2, 90 mètres de profondeur, et plus de 750 millions de m3 d'eau destinés à l'irrigation et à la consommation d'eau potable, le lac de sainte-Croix n'est donc que le 4ème lac artificiel de France !

Source : D'après un article paru dans le Var Mag' - Le magazine du Conseil général - N°207 novembre 2014.

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A lire ou à relire mon article paru le 28 mars 2015 "Le lac de Sainte-Croix". Je vous mets le lien dessous.

Le lac de Sainte-Croix - Passion Provence

Le projet consistant à noyer la vallée du village des Salles pour réaliser un lac ne date pas d'hier. En 1908, c'est à dos d'âne que Georges Clemenceau, alors Président du Conseil, entreprit une randonnée sur tout le cours du Verdon entre Fontaine L'Evêque et le lac d'Allos : on envisageait déjà à l'époque l'aménagement du Verdon, et la construction de barrages à certains endroits stratégiques de son cours.

A aller voir car il comporte de nombreuses photos : Un site, une histoire, Les salles-sur-Verdon.com (lien ci-dessous).

Les Salles-sur-Verdon (83630 VAR) : l'histoire complète du village

Les Salles-sur-Verdon : le destin tragique du village du Haut-Var englouti sous le lac de Sainte-Croix. Ces quelques pages racontent l'histoire
du village martyr, victime du barrage EDF qui donna naissance au lac de Sainte-Croix.
http://lssv.free.fr

Extraits du livre de Nicole Ciravégna : Le village englouti - Ed. Campanile 2006. 

Les Salles-l'église

 "L'église, ça va être un gros morceau", dit le contremaître, "il faudra la faire sauter à l'explosif".... Toute la population des Salles est rassemblée devant l'église à la porte béante. Des hommes vont et viennent à l'intérieur. On entend leurs pas résonner sur les dalles. On aperçoit leurs tuniques rouges qui luisent dans la pénombre. L'église a l'air d'émerger d'une coulée d'avalanche qui s'est épaissie au pied du plateau.... Les gens sont plantés dans les gravats. Ils ne bougent pas. Aussi immobiles que la maison qui fait face à l'église.... Les hommes en tuniques rouges sont sortis de l'église en courant. Il y a un grand silence, puis toutes les charges grondent en même temps. Alors il se passe quelque chose d'extraordinaire : la lourde église se soulève, les flancs gonflés, et au même instant le clocher jaillit vers le ciel. Il monte à dix, à vingt, à trente mètres. Il va trouer les nuages !... Mais sa base éclate, se déchiquette comme l'arrière d'une fusée qui vient d'exploser. En pluie de rochers, il retombe sur l'église éventrée.... Les gens sortent de l'ombre de la maison du maire, en deux files qui s'avancent vers les décombres.... Tous pleurent, tous.