Passion Provence

Bèn vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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21 avril 2019

Les pirates barbaresques

 

Pirate barbaresque

Pirate barbaresque (Gravure Wikipédia)

Lorsqu'on parcourt les archives anciennes des villes de la côte provençale, on est surpris du rôle qu'à joué dans la vie d'autrefois la hantise des pirates barbaresques, et notamment au XVIe et XVIIe siècle. Il faut dire que la piraterie a existé de tous les temps dans la Méditerranée Occidentale et que tous les riverains (Catalans, Génois et même Provençaux) l'ont pratiquée. Mais, à partir du début du XVIe siècle, c'est l'Afrique du Nord qui est devenue son principal centre. On appelait alors cette région la "Barbarie" ce qui est une déformation du nom des Berbères, de là le nom de "Barbaresques" pour désigner les habitants. Au début du XVIe siècle, des corsaires célèbres, qu'on appelait en Occident les frères Barberousse s'étaient installées à Alger où ils avaient instauré la domination turque. Dès lors, la piraterie devint la véritable industrie de la région. Les centres principaux étaient Alger, Tunis et Tripoli. A Alger, il se constitua ainsi une véritable oligarchie de riches amateurs qui se livraient à la piraterie. Ils possédaient des flottilles importantes composées de galères légères et rapides, comprenant souvent vingt bancs de rameurs (soit deux cents rameurs). Cette piraterie visait tout d'abord la capture des cargaisons de navires marchands. En effet, il existait à l'époque un trafic commercial très important entre les ports de l'Europe occidentale et l'Afrique du Nord et le Levant.

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Débarquement et de prisonniers à Alger de Jan Goeree et Casper Luyken, 1706

Mais, le but principal des pirates était de se procurer les esclaves qui leur étaient indispensables pour la "chiourme" de leurs galères. C'est ainsi qu'à Alger, au XVIe et au XVIIe siècle, il y avait une population de 25 000 à 30 000 esclaves. Les pirates se procuraient ces esclaves d'abord lors de l'attaque des bateaux marchands mais aussi et surtout par des razzias à terre : c'est ce qui semait l'effroi parmi les populations côtières. Sur les côtes provençales, les inquiétudes commençaient avec le début du printemps. En effet, les galères barbaresques qui étaient rapides mais légères et basses sur l'eau, ne pouvaient pas affronter les gros temps de l'hiver. Elles naviguaient seulement, de la lune d'avril à la lune d'octobre. C'est ainsi qu'à partir d'avril, les expéditions partaient chasser l'esclave, comme dans les autres pays on part à la pêche à la morue ou à la sardine. Pour prévenir le danger, un système de guet était organisé, au moins depuis le XIVe siècle. Il consistait dans une série de postes de guet établis depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à la Turbie, et pouvant communiquer entre eux à vue. Lorsqu'un poste apercevait une galère suspecte, il la signalait dans la journée, ce signal était donné au moyen d'un feu de bois vert destiné à produire de la fumée, et la nuit, par un feu de bois sec qui produisait une flamme. Dès que le poste voisin apercevait ce signal, il allumait son feu et ainsi de poste en  poste. C'est de cette façon, qu'en une demi-heure, le signal se transmettait de la Turbie au Rhône. Lorsque l'alarme était donnée, chacun s'efforçait de se mettre à l'abri : les pêcheurs de l'endroit rentraient au port et les paysans épars dans la campagne regagnaient à la hâte leur ville ou leur village. 

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Le marché aux esclaves d'Alger (1684) (Gravure Wikipédia)

Car, c'était la grande terreur des population côtières : être un jour esclave en Barbarie... Ce danger a existé jusqu'au début du XIXe siècle et c'est seulement après la prise d'Alger en 1830 que la piraterie a pris fin. En entrant à Alger, les troupes françaises ont encore trouvé plusieurs centaines d'esclaves dont un Toulonnais qui était en captivité depuis 28 ans.

 Source : Maître Guillaume Barles - texte pour une de ses conférences.

Je mets ci-dessous trois articles déjà parus sur le sujet si vous désirez les lire ou les relire.

Pirates et corsaires en Méditerranée - Passion Provence

La piraterie était une vieille tradition sur tout le littoral méditerranéen. Il y avait même, à Gênes, un Office de la Piraterie ! Course, piraterie, service du Roi ou pur brigandage maritime, on tue, on pille joyausement, on accumule âprement des richesses en écumant la mer, en vendant des hommes et des femmmes ou des enfants.

Piraterie sarrazine et rachat d'esclaves - Passion Provence

La recrudescence de la piraterie sarrasine sur les côtes provençales dans le dernier quart du XIVe siècle et les premières années du XVe siècle est un phénomène qui a été bien étudié par les historiens de la Méditerranée médiévale.
Les tours à signaux dans le sud de la France - Passion Provence

A l'aide de signaux visuels ou sonores, l'homme a toujours tenté de vaincre les distances et de mettre en place une transmission rapide de l'information. Dans le sud de la France, il existe ainsi des tours de pierre qui ont assuré cette mission. Ces vigies appelées tours à signaux sont connues depuis l'époque romaine.
  

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15 avril 2019

Les martyrs de la tour Notre-Dame au Muy

 

Tour Charles Quint

Au XVIe siècle, durant une vingtaine d'années, le Roi de France, François 1er, lutta contre l'empereur Charles Quint, à la fois Empereur d'Allemagne, d'Autriche, Roi d'Espagne et possesseur de tout le Nouveau Monde, découvert depuis peu. "Un souverain dont on a dit que le soleil ne se couchait pas sur ses Etats". Cette puissance s'anéantit, les nationalités se reformèrent. Il est rare qu'un très grand empire subsiste. Mais, en 1536, Charles Quint, tout puissant, pénétra en Provence à la tête d'une armée. C'était le 24 juillet. François 1er ordonna à ses sujets provençaux de tout détruire sur le passage de l'envahisseur, afin d'affamer ses troupes. On lui obéit et partout le patriotisme des populations s'associa aux efforts du Roi de France. Le Muy obéissant aux ordres, détruisit ses provisions, ses récoltes, ses moulins, combla ses puits de manière à ne plus présenter aucun intérêt pour l'ennemi.

Charles Quint

L'empereur Charles Quint

Le Grand Empereur auquel les Provençaux décochèrent le sobriquet de "Pavan" (paon), ne put se maintenir chez nous et abandonna le pays dévasté sans parvenir à s'emparer de Marseille. Les femmes, elles-mêmes, luttèrent sur les murailles et les Marseillais honorèrent le courage de leurs aïeules par le "Boulevard des Dames". Mais, lorsque Charles Quint arriva devant les remparts du Muy, son armée n'était pas encore vaincue. De hardis jeunes gens, résolus à se sacrifier pour tuer l'Empereur, s'enfermèrent dans la tour Notre-Dame qui aujourd'hui encore domine ce village. Le 13 septembre, les Impériaux parurent. Dans un groupe de seigneurs, les Muyois, aux aguets, distinguèrent un personnage plus richement vêtu que les autres. Ils le prirent pour Charles Quint, visèrent vers lui et l'abatirent à coups de mousquet. Ce n'était que Garci Lasso de la Vega, Prince des poètes espagnols. Charles Quint ordonna l'assaut de la tour, mais la résistance des assiégés ayant retardé les mouvements de l'armée, l'Empereur, pour en finir, engagea les Muyois à se rendre, en les assurant de son pardon. Ils crurent en cette parole impériale, et, lorsqu'ils furent descendus de la tour, on les pendit.

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Portrait supposé du poète Garci Lasso de la Vega

Pendant de nombreuses années, non seulement rien n'a commémoré l'héroïsme et le malheur des patriotes du Muy, défendant leur pays envahi, mais encore, on avait laissé les descendants étrangers du poète ennemi Garci Lasso de la Vega, sceller une plaque commémorative contre la tour. On eût aimé lire à la place de ces noms, qui sont une offense pour nos sentiments, ceux des quelques Provençaux, assez braves pour n'avoir pas hésité à se sacrifier devant une armée. Les Provençaux savent depuis longtemps, que tout ce qui concerne la gloire de leur peuple, a été systématiquement étouffé et que ceux qui écrivent l'histoire officielle, enseignée à nos enfants dans les écoles, n'ont laissé aux Méridionaux que la célébrité du ridicule. Quelques auteurs prétendirent que cinquante Muyois s'enfermèrent dans la tour ; il y avait parmi eux trente paysans et vingt villageois. Cinq noms surnagèrent de l'oubli : Albaud, Châteauneuf, Escragnole, Boniface et Balb. Ce dernier patronyme était celui d'une vieille famille provençale qui posséda la seigneurie du Muy du XIIIe au XVe siècle. Au moment de l'invasion de Charles Quint, la seigneurie locale appartenait à Jean de Pointevès.

Source : D'après le livre "Les martyrs de la tour Notre-Dame" - Léon Arnaud - 1982.

Nota : Edifiée au XIIIème siècle, la tour Notre-dame et son castelet accolé (construit ultérieurement) était la pièce maîtresse du système de défense du village (tour des moulins au XVIe siècle). Aujourd'hui, elle est plus communément appelée " tour Charles Quint " en souvenir de la résistance des muyois qui s'opposèrent en 1536 à Charles Quint qui envahissait la Provence. Cette tour située à l'entrée Est de la ville existait probablement en 1252. En effet, lors de l'inventaire des biens du nouveau Comte de Provence, Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, dans la cité de "Modio" (Ancien nom du Muy), il est dit qu'il existe une tour. Cette tour, très imposante marque le village depuis cette époque.

 

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09 avril 2019

Le musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan

 

Jardin

 Je vous parle de temps en temps au fil des articles que je publie, d'un endroit que j'apprécie énormèment : il s'agit du musée des Arts et Traditions Populaires (dit musée des ATP) de Draguignan. Lorsque vous entrez dans ce musée et que vous en faites la visite, vous avez l'impression d'être "hors du temps". Dehors, vous êtes dans la ville et ici au musée, vous êtes ailleurs. Vous avez, en y entrant, remonté le temps. Vous êtes au temps de vos parents, de vos grands-parents, de vos aïeux. Ce qui vous est présenté dans ce musée, c'est leur vie autrefois. La vie de celles et ceux qui nous ont précédé et qui ont laissé une foule extraordinaire d'objets, de matériels, de machines, de mémoire derrière eux... Ce musée, c'est le musée des traditions provençales, des coutumes, de la vie d'autrefois. J'ai donné des vêtements, des objets, des livres, des gravures anciennes à ce musée pour qu'ils y soient conservés. Je n'emporterai rien avec moi, alors autant que cela serve et demeure pour la postérité. 

Situé au cœur de la ville de Draguignan, le musée des Arts et Traditions Populaires (ATP) abrite la mémoire des activités des XIX ème et XX ème siècles. Pour compenser la perte de la préfecture (1974), celle-ci ayant été tranférée à Toulon, l'état a octroyé des budgets de développement de projets industriels ou touristiques. Le musée allait ainsi voir le jour dans les années 1980, à l'initiative principale d'Yves Fattori, désormais président de l'association de sauvegarde des Arts et Traditions Populaires.

Moisson

Le musée des ATP invite à découvrir les activités de la Dracénie et de la Provence Varoise à travers des collections sur l'agriculture (travaux agricoles, culture des céréales, viticulture, oléiculture, élevage des moutons), sur l'artisanat (reconstitution de deux moulins, d'un atelier de bouchonnerie), sur la céramique (fabrication des tomettes), sur l'habitat provençal (cuisine, fêtes traditionnelles, art religieux populaire) et sur la musique varoise. Sa galerie des machines située à l'extérieur du musée revient sur les débuts de la mécanisation de l'agriculture en Provence.

Bouchonnerie 2

Avant de devenir propriété de la ville, l’ensemble des bâtiments qu’occupe le musée, appartenait à la Congrégation religieuse de l’enfance de Jésus et de Marie dite de la Miséricorde du Bon-Pasteur.
 Cette dernière avait acheté en 1818 des maisons ordinaires du XVIIème et XVIIIème siècles et l’hôtel bourgeois du sieur de la Motte pour y installer un noviciat, un pensionnat de jeunes filles et diverses œuvres.
Les collections ethnographiques du musée, devenu communautaire en 2007, se sont enrichies au fil du temps avec les dons des personnes qui ont vécu et travaillé sur le territoire ; 16 000 pièces réunies par le musée dont 3 500 présentées dans des vitrines, sur 1 000 m2.

Fete

Une médiathèque (où je me suis rendue très souvent) abrite plus de 2 000 ouvrages spécialisés dans l'ehtnologie régionale et nationale, les techniques, l'artisanat, l'agriculture, l'outillage, etc... Le musée conserve également la totalité de l'ancien fonds bibliographique de la Société d'Agriculture du var, plusieurs centaines de références apportant un éclairage précis sur l'évolution de l'activité agricole et pastorale dans le département. Son pôle images conserve plus de 30 000 images constituant une véritable mémoire photographique du Var. Le musée organise des conférences, des rencontres, des ateliers pédagogiques et des sorties sur le terrain. Une boutique propose aux visiteurs des produits régionaux, des livres sur la Provence, de la poterie de Salernes et de Villecroze, des foulards au motifs provençaux...

Source : Un reportage de Janick Roy agrémenté de quelques rajouts et de photos de Nadine. 

Poteries1

  Cuisine-ATP

03 avril 2019

Vincent Van Gogh et la Provence

 

Vincent Van Gogh


Cliquez sur la peinture "l'Autoportrait à l'oreille bandée"
pour écouter la chanson "Vincent" de Michel Sardou - 1988

Vincent Willem van Gogh, né le 30 mars 1853 à Groot-Zundert (Pays-Bas) et mort le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise, peintre et dessinateur néerlandais. Son œuvre pleine de naturalisme, inspirée par l'impressionnisme et le pointillisme, annonce le fauvisme et l'expressionnisme.
Vincent Van Gogh grandit au sein d'une famille de l'ancienne bourgeoisie. Il tente d'abord de faire carrière comme marchand d'art chez Goupil & Cie. Mais, refusant de voir l'art comme une marchandise, il est licencié. Il aspire alors à devenir pasteur, mais il échoue aux examens de théologie. À l'approche de 1880, il se tourne vers la peinture. Pendant ces années, il quitte les Pays-Bas pour la Belgique, puis s'établit en France. Autodidacte, il prend néanmoins des cours de peinture. Homme passionné, il ne cesse d'enrichir sa culture picturale : il analyse le travail des peintres de l'époque, il visite les musées et les galeries d'art, il échange des idées avec ses amis peintres, il étudie les estampes japonaises, les gravures anglaises, etc... Sa peinture reflète ses recherches et l'étendue de ses connaissances artistiques. Toutefois, sa vie est parsemée de crises qui révèlent son instabilité mentale. L'une d'elles provoque son suicide, à l'âge de 37 ans.
Son abondante correspondance permet de mieux le comprendre. Elle est constituée de plus de huit cents lettres écrites à sa famille et à ses amis, dont six cent cinquante-deux envoyées à son frère Théodorus dit Théo, avec qui il entretient une relation soutenue aussi bien sur le plan personnel que professionnel.

Theo_van_Gogh_(1888)

Théo Van Gogh (1857-1891)

Son oeuvre est composée de plus de deux mille toiles et dessins datant principalement des années 1880. Elle fait écho au milieu artistique européen de la fin du XIXe siècle. Il est cependant influencé par ses amis peintres, notamment Anthon van Rappard, néerlandais comme lui, Emile Bernard, et Paul Gauguin. Il échange aussi des points de vue avec son frère Théo qui est un marchand d'art connu. Il admire Jean-François Millet et Rembrandt Harmenszoon van Rijn, habituellement désigné sous son seul prénom de Rembrandt. 

Début 1888, Vincent Van Gogh quitte Paris pour Arles, en quête de cette lumière du Midi que lui avait vantée Henri de Toulouse-Lautrec, convaincu qu'elle ressemblait à celle des estampes japonaises qu'il admirait tant. "Je crois que tout l'avenir de l'art nouveau se trouve dans le Midi" écrit-il alors à son frère. Outre le ciel d'azur tranchant et l'air d'une clarté absolue, les yeux du peintre s'enivrent des fruitiers en fleurs, des lauriers-roses, de la terre violette, de l'argent des oliviers, du vert profond des cyprès. Ce sont ces couleurs qui le marquent, plus que les beautés architecturales qu'ont laissé les Romains dans toute la ville, ou les traces d'une riche époque gothique. Aussi intense que la lumière, une fiévreuse inspiration le pousse à exécuter des centaines de dessins et de toiles durant les quinze mois de son séjour arlésien, dont les plus célèbres de ses oeuvres. La tentation est grande alors de se mettre sur ses pas pour retrouver les lieux qui ont fait la renommée de l'artiste autant que celle de la ville. Même si certains lieux précis ont disparu, des panneaux signalent les endroits où Van Gogh a posé son chevalet. Sur la place du Forum d'Arles, on retrouvera le Café le soir, flaque de lueur jaune attirant immanquablement le regard, et non loin les Arènes. Au bord du Rhône on reconnaîtra l'Escalier du pont de Trinquetaille et, le soir venu, la Nuit étoilée. Place Lamartine était la Maison jaune où logeait Vincent Van Gogh, malheureusement bombardée en 1944. Mais la chambre qu'il occupait a été reconstituée dans un bâtiment souvenir au rond-point des Arènes. Le Vieux Moulin, ensuite, rue Mireille, le Jardin public, boulevard des Lices, le magnifique Jardin de la maison de santé où Vincent Van Gogh fut interné après s'être coupé le lobe de l'oreille*, devenue bibliothèque. Et pour terminer ce périple hommage, aux abords de la cité, les fameux Alyscamps, avenue de tombeaux romains, que Gauguin vint représenter aussi aux côtés de son ami, motif toujours existant comme le Pont de Langlois aux lavandières.

 van-gogh-saint-remy

* Explication : Le 23 décembre 1888 dans leur atelier d'Arles, Vincent Van Gogh a tenté de blesser Paul Gauguin avant de se couper le lobe de l'oreille avec une lame de rasoir. Rapidement rétabli, Van Gogh peint son autoportrait, l’oreille blessée étant pansée par un bandage qui lui entourait le visage. Pour Gauguin, cette nouvelle crise de folie marque la fin de la collaboration des deux peintres dans leur "atelier du Midi" installé à Arles.

Sources : Wikipédia l'encyclopédie libre et le Site Avignon et Provence.com

 Les tournesols

Nota : Actuellement, une exposition aux Carrières de Lumière aux Baux de Provence présente "Van Gogh, La nuit étoilée" visible du 1er mars 2019 au 5 janvier 2020. Une déambulation dans les plus grands chefs-d’oeuvre de Vincent Van Gogh !

Les Carrières de Lumières mettent à l'honneur les oeuvres de Vincent van Gogh (1853-1890) qui peignit pendant les dix dernières années de sa vie plus de 2000 tableaux, aujourd’hui dispersés à travers le monde. Sur les 7000 m² des Carrières, cette nouvelle création visuelle et sonore retrace la vie intense de l’artiste fasciné par les teintes chaudes et colorées de la Provence. Les nuages, soleils et portraits des plus grands chefs-d’oeuvre de Van Gogh s’animent sur des murs de plus 15 mètres de haut et révèlent le style si singulier de l’artiste. L’exposition évoque le monde intérieur à la fois démesuré, chaotique et poétique de Van Gogh à travers ses toiles les plus emblématiques, de la Nuit étoilée (1889) aux Tournesols (1888) en passant par sa célèbre Chambre à coucher peinte à Arles en 1889.  À travers un parcours thématique, découvrez l’immense production de Van Gogh qui évolue au fil des ans. Le soleil de Provence, qui a révolutionné sa manière de peindre, illumine l’espace gigantesque des Carrières. Les coups de brosse expressifs et les couleurs audacieuses se révèlent sur les murs des Carrières, soulignant un dialogue permanent entre l’ombre et la lumière.

Parcourez les différentes étapes de sa vie et voyagez au coeur de ses oeuvres de jeunesse jusqu’à ses paysages ensoleillés et ses nocturnes du Sud qui ont révélé l’artiste que nous connaissons aujourd’hui. Cliquez sur le lien ci-dessous pour accéder à la vidéo.

La nuit étoilée

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Tombes de Vincent et Théo Van Gogh à Auvers-sur-Oise (Photo Wikipédia)

 

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28 mars 2019

Les mégalithes du Var (2)

 


Menhirs des Terriers

Les menhirs des Terriers (Photo Wikipédia)

Les menhirs des Terriers aux Arcs-sur-Argens, un regroupement exceptionnel

Si l'on connaît de mieux en mieux le fonctionnement de ces monuments funéraires que sont les dolmens grâce aux fouilles entreprises sur des sites récemment découverts (par exemple, le dolmen de l'Ubac, à Goult dans le Vaucluse, révélé en 1994 par la crue du Calavon), le rôle des pierres dites plantées ou levées reste en revanche mal compris. L'inventeur du site des Terriers, Franck Dugas, se souvient encore : "En 1991, je réalisais en collaboration avec le Centre Archéologique du Var, des repérages pour établir la carte des sites archéologiques de la commune. C'est au cours d'une visite de prospection que j'ai vu une pierre anormalement plantée dans cette forêt complètement embroussaillée. Après avoir contacté le Centre archéologique, un de ses membres, Philippe Hameau, a rapidement pu constater que c'était un menhir". Le site s'est avéré être de la plus haute importance : les prospections complémentaires puis les sondages archéologiques ont révélé une autre pierre dressée et sept autres pierres travaillées par bouchardage*, dont 4 étaient totalement enfouies. Par ailleurs, un petit récipient de terre cuite a été retrouvé brisé au pied de l'un d'eux, permettant la datation néolithique du site sans pouvoir malheureusement la préciser au sein de la période. Les monolithes sont en gneiss ; leur longueur oscille entre 1.75 m à 3.60 m. Ils ont été réimplantés au plus près de leur point de découverte. Il s'agit donc du seul groupement de menhirs connu en Provence. Aujourd'hui mis en valeur par la commune des Arcs-sur-Argens, il est le point d'orgue d'une boucle de randonnée familiale et sportive de 11 km, réalisable en 4h40.

* Bouchardage : Le bouchardage désigne la technique qui consiste, à l'aide de la boucharde, d'un outil équivalent ou de machines, à frapper à petits coups la surface qu'on veut modifier, pour en détacher peu à peu de la poussière ou de menus éclats. La boucharde est un marteau à une ou deux têtes interchangeables en acier, composées chacune d’un damier de pointes pyramidales dites en "pointe-de-diamant". Pour s'en servir, l'ouvrier frappe du plat de ses têtes les parements dégrossis à la pioche de manière à en détacher les aspérités. 

Dolmen de Gaoutarby

Le dolmen de Gaoutabry (Photo Wikipédia)

Dolmen de Gaoutarby

Le dolmen de Gaoutabry - Couloir, antichambre et chambre (Photo Wikipédia)

Le dolmen de Gaoutabry à la Londe-les-Maures, le plus grand

Edifié au centre d'un tumulus, la chambre funéraire mesure 6.50 m de long sur 1.50 m de large, occupant près de 10 m2 : c'est le plus grand dolmen du Var. Le dolmen de Gaoutabry est une tombe collective : elle contenait des ossements humains calcinés appartenant à 34 individus au moins, accompagnés d'offrandes (poteries, outils en silex, perles). Construit avec de grandes dalles de schiste, il présente une chambre avec antichambre, de forme rectangulaire allongée. L'orientation symbolique de son entrée dans l'axe du soleil couchant au solstice d'hiver n'est pas un hasard. Implanté à environ 4 km au nord du village, à 198 m d'altitude sur un replat en crête d'une colline, il a été découvert en 1876 et fouillé à plusieurs reprises. Les spécialistes pensent que du fait de l'acidité du sol et des pertes causées lors des premières fouilles, ce riche mobilier n'est qu'un pâle reflet de celui que devait renfermer la tombe à l'origine. Inscrit à l'inventaire des Monuments historiques depuis 1988, il reste un édifice fragile, qui a déjà fait l'objet de plusieurs restaurations. Le monument est vide du matériel découvert lors des fouilles, exposé au musée Archéologique de Saint-Raphaël.

Source : Magazine "Le Var" édité par le Conseil départemental du Var - N°6 Hiver 2018-2019. 

Le dolmen de la Pierre de la Fée à Draguignan
Etant donné que j'avais déjà fait un article à son sujet, je vous mets le lien pour aller le lire ou le relire.
La Pierre de la Fée à Draguignan, le dolmen et la légende - Passion Provence

Le dolmen de la Pierre de la fée à Draguignan est situé sur la route de Montferrat. Il est constitué par trois dalles verticales de 2,20 à 2,40 mètres de haut, soutenant une table de plus de 5 mètres de longueur pour un poids avoisinant les 20 tonnes.

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22 mars 2019

Les mégalithes du Var (1)

 

Menhirs des Terriers

 Les menhirs des Terriers (Photo site fracademic.com)

Les mégalithes constituent la plus ancienne architecture de pierre connue en Europe occidantale. Le Var est le département de la région Sud qui compte le plus de sites mégalithiques. Monuments funéraires ou cultuels construits au Néolithique, ils sont, pour la plupart, encore bien conservés et valorisés à travers 27 itinéraires de découverte.

Pour le préhistorien français, "dolmen" désigne un monument abritant une sépulture collective, "menhir" une pierre levée à des fins cultuelles. Le phénomène mégalithique s'inscrit au coeur de la période néolithique (- 6000/-2300), qui voit la maîtrise progressive de l'agriculture, de l'élevage, de la poterie ainsi que l'apparition de communautés villageoises. Ces groupements de maisons, le plus souvent de bois et de terre, étaient parfois protégés par de grands fossés palissadés. Si les premières tombes mégalithiques ont été établies sur la façade atlantique à le fin du Ve millénaire, c'est vers 3500 avant notre ère que le mégalithisme s'épanouit dans le Var, comme dans toutes la France méditerranéenne, où l'inhumation collective se pratique également dans des cavités naturelles ou des cavités creusées de main d'homme (hypogées). Si de multiples types architecturaux ont été décrits dès le XIXe siècle, on retiendra que la tombe mégalithique possède trois caractères principaux : une chambre funéraire utilisant de grandes dalles rocheuses, un tertre de pierre ou de terre (très souvent érodé et disparu au fil du temps) recouvrant et protégeant la chambre, et une entrée permettant d'y pratiquer des inhumations successives. Le fait d'ériger de grandes pierres reste, quant à lui, un phénomène encore mal étudié, sans doute dû à l'aspect peu élaboré de la plupart de ces monolithes. Seuls les exemplaires gravés ou sculptés des Causses rouergats et cévenols (statues-menhirs) ont véritablement capté l'attention jusqu'à présent. 

Dolmen de Marenq-Ampus

Dolmen de Marenq à Ampus (Photo Wikipédia)

Dans le Var, 65 dolmens et 24 menhirs sont été recensés à ce jour. 16 d'entre-eux sont protégés au titre de la législation sur les Monuments hiostoriques. En raison de leur taille imposante (3.15 m et 2.82 m), soit les plus grands du départements, les menhirs "jumeaux" de la ferme Lambert à Collobrières sont les plus remarquables. Le site des Terriers, aux Arcs-sur-Argens, constitue un cas pour le moment unique de 9 petits menhirs groupés. La plupart des dolmens varois sont des dolmens simples, à petite chambre sépulcrale carrée constituée de dalles parfois associées à des murets en pierres sèches. On y accédait par un couloir orienté à l'ouest, l'accès à la chambre étant bien matérialisé pr une dalle de seuil et deux piliers. Là, les morts étaient posés, puis recouverts de terre ou de pierres. A chaque nouvel apport, les ossements étaient soit poussés sur les côtés, soit recouverts de blocs de pierre. Dans certains monuments, jusqu'à quatre niveaux d'inhumations ont été retrouvés. Certaines chambres funéraires étaient coiffées d'une dalle, comme celles de la Pierre de la Fée à Draguignan, la Gastée à Cabasse, les Adrets à Brignoles, ou peut-être recouvertes de bois, comme celle de Gaoutabry à La Londes-les-Maures. Ce dernier dolmen, situé dans le massif des Maures, est l'illustration d'un type architectural différent et peu représenté, dit "à chambre allongée". 

Dolmen de la Gastée à Cabasse

Dolmen de la Gastée à Cabasse (Photo Wikipédia)

En Provence, les matériaux utilisées pour l'édification des mégalithes sont toujours d'origine locale. Il s'agit essentiellement de calcaire, parfois de schiste ou de grès, des roches faciles à tailler. Même si ces matériaux sont prélevés sur place, il demeure qu'avec la mise en jeu de pierres pesant de 300 kg à une tonne, "la construction d'un mégalithe était une opération d'envergure, qui témoigne à coup sûr de l'organisation et de la cohésion sociale des communautés néolithiques. La mobilisation d'un grand nombre d'individus implique tout à la fois une autorité de coordination, d'entente entre groupes ou villages voisins, de spécialistes pour la préparation et la gestion de l'apprivisonnement des matériaux et pour l'intendance pendant la durée des opérations", expliquent Hélène Barge et Eric Mahieu dans leur ouvrage les Mégalithes du Var.

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, une cinquantaine de dolmens et une vingtaine de menhirs ont été découverts et fouillés dans le Var. Pour autant, il faudra attendre les fouilles entreprises à partir de 1950 pour les étudier plus précisément. Afin de les protéger et de les valoriser, une charte a été signée à la fin des années 90 entre le Département et l'Etat. Ainsi, quinze dolmens ont pu être restaurés.

Source : Magazine "Le Var" édité par le Conseil départemental du Var - N°6 Hiver 2018-2019. 

Mons dolmen de la colle

 Dolmen de la Colle à Mons (photo Wikipédia)

A suivre : Complément d'article sur Les menhirs des Terriers aux Arcs-sur-Argens, Le dolmen de Gaoutabry à la Londe-les-Maures, Le dolmen de la Pierre de la Fée à Draguignan. Avec un reportage sur les mégalithes du Var en vidéo.

 

16 mars 2019

Le cloître de la cathédrale Saint-Léonce à Fréjus

 

 

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Maquette du groupe épiscopal (Photo Nadine)

Erigé en pierres taillées dans les grès polychromes de l'Estérel ou prélevées sur les monuments antiques de la cité, le cloître fait partie d'un groupe épiscopal construit à partir du Ve siècle. La cathédrale Saint-Léonce et l'église Saint-Etienne, le baptistère et le cloître forment un ensemble dont l'existence est liée à la présence à Fréjus, d'une importante communauté chrétienne. Dès le Xe siècle, une assemblée de chanoines entoure l'évêque de Fréjus. Ce sont des ecclésiastiques au service de la cathédrale et de l'évêché. Ils vivent en collège, comme des moines. Ils fréquentent quotidiennement la cathédrale Saint-Léonce qui, au Moyen-Âge, était beaucoup moins grande qu'aujourd'hui. L'étroitesse de ce lieu de culte, alors qu'il faut y accueillir de plus en plus de chrétiens, pousse le clergé à faire bâtir, accolée à la cathédrale, une seconde église. Baptisée Saint-Etienne, elle est construite au XIe siècle.

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Le cloître avec son jardin central et sa citerne (Photo Nadine)

Deux siècles plus tard, le cloître vient compléter l'ensemble des bâtiments canoniaux. Au coeur de la vie médiévale, il ne faut pas imaginer ce cloître comme un lieu clos, de retraite, où le silence est roi. Au contraire, c'est un espace de rencontres, de discussions, passage imposé à tous les fidèles qui souhaitent se rendre au culte. De la maison du prêvot, le plus âgé des chanoines, à l'église paroissiale, hommes, femmes et enfants traversent le cloître. Les chanoines le veulent majestueux, symbole de leur prestige et de leur richesse. Issus de familles nobles, ces religieux entrent dans la communauté avec une dot dont ils gardent l'usufruit. Cela participe à l'abondance du chapitre qui organise une fois par semaine des aumônes pour les nécessiteux. Remarquable dès l'origine, le cloître de la cathédrale Saint-Léonce de Fréjus se pare de nouveaux atours au fil des siècles : une galerie haute, puis un plafond en bois et enfin des peintures décoratives. En 1316, Jacques Duèse, ancien évêque de Fréjus, devient le deuxième pape d'Avignon sous le nom de Jean XXII. Les liens entre Avignon et Fréjus, sont alors privilégiés. De grands travaux sont lancés. Il s'agit, pour les chanoines, de montrer la richesse de leur chapitre à la papauté.

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Ces trois photos pour vous montrer les planchettes peintes (Photos Nadine)

L'étage du cloître, déjà existant, est complété par de belles galeries d'apparats. Sa voûte en pierre est supprimée et remplacée par un plafond en bois de mélèze, choisi pour sa résistance. De chaque côté de la galerie, les boiseries sont placées en encorbellement sur trois rangées. Entre les solives de plancher, pièces de charpentes reposant sur les poutres, des rangées de planchettes sont disposées. Elles sont peintes avant d'être assemblées pour former un plafond unique. Préalablement à leur découpe, puis leur pose, les planches de bois sont recouvertes d'une couche de peinture bleue ou rouge. Sur ce fond uniforme, les peintres réalisent d'abord trois sortes d'encadrement : rectangulaire, rond ou en médaillon formé par un polygone étoilé. A l'intérieur de ces cadres, ces artistes laissent vagabonder leur imagination. On ne sait rien de ces anonymes qui peignirent ces plafonds. Seules les 300 oeuvres conservées aujourd'hui, sur le 1 200 à l'origine, témoignent de leur talent. Il s'exprime grâce à des couleurs vives, aux tons plutôt chauds. Obtenues à partir de pigment naturels mélangés à de l'eau et de l'oeuf, elles permettent la création de scénettes soignées qui vraissemblablement se répondaient, formant un ensemble cohérent. Certaines ayant été déplacées, d'autres effacées, il est inutile aujourd'hui de chercher un sens dans la succession des peintures. Par contre, les types de représentations sont encore bien identifiables, classés en trois catégories : scènes de vie quotidienne, monstres et sujets religieux. 

Pour les observer, il faut lever les yeux et s'attarder dans les galeries du cloître, notamment à l'est, là où les représentations ont bien été conservées. L'observation du plafond donne à voir le quotidien des femmes et des hommes du Moyen-Age. On aperçoit un homme à la pêche, une femme admirant sa chevelure ou encore des scènes de vie joyeuses, avec des personnages qui dansent et jouent de la musique. Les religieux sont représentés célèbrant l'office, dans de beaux apparats, mais aussi de manière plus simple, se baladant dans le cloître. Beaucoup de portraits, et notamment de chanoines, ornent les allées. Des anges et des démons complètent les représentations à connotation religieuse. "On ne connaît pas le sens iconographique de ces peintures mais on sait qu'elles étaient destinées à faire peur", explique Margareth Pavoni, guide conférencière. "Le XIVe siècle est une époque encore sombre. Vices, passions et peurs sont concentrés ici". Parmi les représentations effrayantes, de nombreuses créatures interpellent. Il y a, par exemple, cette femme sortant du nez d'un poisson à l'arrière-train d'un lion. Animaux à tête humaine et inversement, monstres et hybrides habillent plus de la moitié des planchettes conservées. Ils côtoient aussi des représentations d'animaux domestiques ou sauvages. Entre réel et imaginaire, les plafonds peints du cloître de la cathédrale de Fréjus, plus de 600 ans après leur création, invitent toujours à la contemplation.

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Le clocher (Photo Nadine)

Nota : Après la Révolution, le cloître est vendu. Plusieurs particuliers se portent acquéreurs et construisent des maisons en lieu et place des galeries. Le rez-de-chaussée servait de poulailler et de remise agricole. En 1862, le groupe épiscopal dans son ensemble est classé à l'inventaire des Monuments historiques. Cela comprend le cloître malgré son état très dégradé à l'époque. Dès 1920, Jules Formigé, architecte des Monuments historiques, entreprend la restauration du cloître et de l'ensemble cathédral. Elle durera jusqu'en 1932.

Source : Magazine "Le Var" - édité par le Conseil départemental du Var - N°6 Hiver 2018-2019. 

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Plan de la cathédrale (Photo Nadine)

 

10 mars 2019

Le château de la Verdière, le plus vaste château privé de Provence

 

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 Cela commence comme un conte de fée. Il était une fois, en Provence, un immense château, dont le seul et dernier occupant était un très vieux marquis sans descendance. Il avait pour nom Palamède de Forbin d'Oppède (1816-1900), dernier descendant d'une illustre famille de la noblesse provençale. Dans ce lieu hors du temps où des générations d'ancêtres avaient construit, vécu, pensé et aimé, il condamnait une par une les pièces de son château, contraint et forcé par la pluie qui à la moindre averse s'infiltrait à travers les plafonds craquelés et les fenêtres brisées. Dans les intérieurs, les tissus usés, les papiers-peints fanés, les décors de gypseries délités, les meubles entassés et les portraits éteints s'endormaient dans un triste sommeil pour ne plus jamais se réveiller. Le grand escalier, transformé en torrent par des années d'intempéries, semblait encore conduire vers le parc où même les allées empierrées et les délicates broderies de buis se mêlaient à la broussaille. Mille ans d'Histoire s'étiolaient ainsi lentement mais sûrement, sans que quiconque ne puisse agir. Puis, plusieurs années après la mort du marquis, alors que personne n'osait reprendre ce lieu dévasté où les travaux s'annonçaient titanesques, des passionnés s'attelèrent à la restauration minutieuse de ce fleuron du XVIIIs siècle. Entrez donc, et prêtez l'oreille au froufrou soyeux des robes et au clapotis mélodieux des bassins. Un château se réveille, laissez-vous guider par ses parfums oubliés...

Un brin d'Histoire

Attesté dès 980 dans les actes de propriété de la puissante famille de Castellane, le château de la Verdière fut probablement construit à l'emplacement d'un ancien castrum antique, ce qui lui a valu au Moyen-Âge d'être une forteresse stratégique contrôlant la route qui reliait deux cités provençales de premier plan : Arles et Castellane. Après plusieurs siècles entre les mains de la prestigieuse famille de Vintimille, le château et ses domaines retournent dans le giron des Castellane et passe par mariage à la célèbre famille de Forbin, à qui l'on doit en grande partie le rattachement de la Provence au Royaume de France. Cette alliance permettra ainsi aux Forbin d'Oppède de se fixer à la Verdière et de transformer le château fortifié en une demeure de plaisance dès le XVIIe siècle. C'est toutefois au XVIIIe siècle que Louis-Roch de Forbin, ancien militaire de carrière, se retire dans le château de ses ancêtres et opère des remaniements tels que le château se métamorphose en une somptueuse demeure d'apparat ornée de fastueuses gypseries qui sont considérées comme les plus belles de Provence. Profondément mutilés et pillés pendant la tourmente révolutionnaire, le château et son domaine sont cependant remis en état par les Forbin dont le rayonnement survivra à ce tragique épisode. Le XXe siècle n'empêchera pourtant pas leur extinction, et plongera le château dans une période d'abandon aussi dommageable qu'irréversible, le château ruiné prenant l'eau et l'humidité de toutes parts. Acheté, il y a plus de dix ans par ses actuels propriétaires : les Champavère, le château de la Verdière a retrouvé, après des campagnes de travaux et de restauration des plus poussées, ses fastes et ses splendeurs d'antan.

Château de la Verdière 2

Château de la Verdière 3

Découvrir le château

Le château de la Verdière s'étend sur une superficie de 5 000 m2 et compte 120 pièces. Il a été classé monument historique en 1986. Aujourd'hui, visiter le plus vaste château privé de Provence, c'est découvrir des enfilades de salons meublés qui ont conservé leurs magnifiques décors de gypseries et qui gardent encore l'empreinte d'un art de vivre noble et raffiné. Ses principaux attraits sont :

- Une salle de bal de 25 mètres de long qui abrite de nos jours une exceptionnelle série de tapisseries du XVIIe siècle consacrées à Diane chasseresse.

- Un escalier d'honneur à l'italienne ayant conservé ses peintures en trompe l'oeil, desservant une impressionnante terrasse d'où l'on jouit d'une vue admirable sur toute la région.

- Deux salons d'apparat entièrement meublés, dotés pour l'un d'un mobilier français et italien des XVIIe et XVIIIe siècles, pour l'autre d'un rare papier peint panoramique de la Manufacure Zuber où les cinq continents se confondent.

- La salle à manger et son vaisselier monumental.

- La chambre dite de l'évêque avec son mobilier provençal et son lit à la turque du XVIIIe siècle.

- Le cabinet d'hygiène d'époque Louis XV et sa garde-robe.

- La suite d'été meublée, entièrement ornée de chinoiseries inspirées des célèbres gravures de François Boucher.

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  Source : Dépliant touristique présentant le Château de la Verdière.

Si vous voulez lire ou relire un premier article sur le Château de la Verdière publié le 19.10.2016, le lien est dessous.

La Verdière et son château - Passion Provence

La Verdière a été occupée dès l'Antiquité étant donné les enjeux stratégiques et économiques que son site présentait. Le château, construit sur un ancien castrum, et la colline Notre Dame de la Salette, ancien oppidum pré-romain, sont les premières traces de cette occupation antique.

 

06 mars 2019

Le fil, du cocon au tissu

Décoconage

Le décoconnage se faisait en famille ou avec les voisins

La récolte des cocons

Le "décoconnage" désigne la récolte des cocons avant que le chrysalide ne devienne papillon. Les cocons sont débarrassés de leur bourre ou blaze (fils courts tissés par le ver pour attacher le cocon à son support) à l'aide d'une débaveuse. Les cocons destinés à la filature sont placés dans un étouffoir où ils sont étuvés pendant 10 heures à 70°C. 

Le filage de la soie grège

Les cocons sont ensuite placés dans une bassine d'eau chauffée à environ 90°C, où ils sont battus à l'aide de brosses de chiendent ou de bruyère. L'eau chaude dissout en partie le grès qui soude les fils de soie, et le battage permet d'accrocher l'extrémité du fil qui compose le cocon. Plusieurs cocons sont dévidés simultanément (4 à 8 suivant la finesse souhaitée) et les fils chauds se soudent ensemble pour former un fil plus important, propre à être tissé. Quand le fil d'un cocon casse ou que le cocon est entièrement dévidé, on noue à son extrémité le fil d'un autre cocon, de façon à assurer la continuité du dévidage. Le fil ainsi formé reçoit une légère torsion qui facilite l'agrégation des fils puis est enroulé sur un dévidoir pour former une flotte (écheveau) de soie grège. Les flottes subissent ensuite le moulinage retordage, étape qui assemble plusieurs fils en leur donnant une torsion, une grosseur, un aspect et un toucher spécifique en fonction de leur utilisation future (trame, organsin, crêpe, ovalée, grenadine, cordonnet).

Note : Un cocon donne en moyenne 1 kilomètre de fil ou "soie tirée", 2 km au maximum. Il faut 6 kilos de cocons pour obtenir 1 kilo de soie.

L'usage des cocons percés

Les cocons percés, la bourre récupérée sur les débaveuses, ainsi que les résidus de filage constituent la "schappe" et sont filés mécaniquement. La schappe doit subir le décreusage avant d'être étirée sous forme de nappe puis peignée de façon à ne conserver que les fibres les plus longues. Celles-ci seront assemblées sous forme de mèche, "cardasse" ou "soie fleuret", destinés à la confection de la bonneterie. Ces fils ne peuvent rivaliser en qualité et régularité avec les soies tirées. Les fibres courtes éliminées lors du peignage sont utilisées pour la confection de la "bourrette".

Filature Garnier

Intérieur de la filature de soie Edouard Garnier.

Mon arrière-grand-mère : Thérèse Bertrand épouse Vincent y a travaillé, ses filles Marie-Louise Vincent (ma grand-mère) épouse Rambaud et Irène Vincent épouse Boulon y ont travaillé aussi. Sans oublier mon grand-père : Louis Rambaud.

Les étapes qui suivent constituent l'ennoblissement de la soie avant sa commercialisation.

Le décreusage

Cette étape consiste à débarrasser le fil de son grès par dissolution en trempant les flottes dans un bain d'eau savonneuse à 90°C. Les flottes sont ensuite rincées à l'eau chaude puis froide. Le grès est responsable de la couleur écrue et de l'aspect opaque et rêche de la soie grège. Par décreusage on obtient une soie souple, lisse et blanc brillant, dite soie "cuite", "mi-cuite ou "souple" selon le dégré de traitement.

Le greffage chimique

Lors du décreusage, la soie perd environ 30% de son poids. Pour compenser cette perte, la soie étant vendue au poids, il est courant de "charger" la soie avec des sels d'étain notamment. Ce greffage chimique, pratiqué à partir du XIXe siècle, pose des problèmes en terme de conservation dans les musées. En effet, l'oxydation des sels provoque à la longue des coupures dans le tissu, rendant sa destruction irrémédiable. Ainsi, paradoxalement, les soies plus anciennes sont beaucoup plus faciles à conserver.

La teinture

Jusqu'au XXe siècle s'effectuait en flotte : teinture "en fil". les progrès techiniques ont rendu ensuite la teinture des pièces de soie tissée possible : teinture "en pièce". Les soies de qualité sont encore aujourd'hui teintes en flottes. Les flottes maintenues sur des bâtons de bois étaient plongées dans des cuves en cuivre qui étaient chauffées sur des foyers La rotation des flottes permettait d'obtenir une teinture régulière. De nos jours, les flottes sont teintes dans des cuves fermées assurant un brassage automatique. La température des bains de teinture ne pouvant pas dépasser 35°C, le "Grand Teint" n'existe pas pour la soie. Il est possible de teindre la soie tissée par impression : des colorants sont appliqués sur la soie à l'aide de planches gravées d'un certain motif, ou à l'aide de rouleaux mécaniques gravés.

L'apprêt

Suite à la teinture ou au tissage des fils colorés, la soie est apprêtée par l'application d'un apprêt chimique suivie d'une opération mécanique : lustrage, glaçage, gauffrage, moirage... Le but est de donner au tissu l'aspect et le touché recherché, sans altérer les qualités intrinsèques de la soie.

Source : Plaquette éditée par le Musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan.

Ver à soie

Si vous voulez lire l'article paru dans mon autre blog et intitulé : L'histoire de la soie, la filature de soie de Trans, le lien est dessous.

L'histoire de la soie, la filature de soie de Trans - Trans en Provence au fil de la Nartuby

Le cocon du ver à soie se compose de deux enveloppes : l'une extérieure qui consiste en une sorte de gaze très lâche, l'autre intérieure qui est formée d'un tissu très serré. Cette dernière est le cocon proprement dit et fournit seul un fil de grande valeur ; l'autre, à cause de son irrégularité, ne peut être dévidée et ne donne qu'une soie propre à être cardée.
http://www.transenprovence.info

 

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28 février 2019

Le commerce de la soie

Route de la soie

 Les marchands, dès le IVe siècle avant J.C. échangent la soie contre des marchandises précieuses jusqu'en Europe. Partout, la soie provoque la convoitise et son usage suscite tabous et interdits. Dans la chrétienté, la soie devient le symbole de la souveraineté. Tissu des rois et des empereurs, elle sert aussi au culte et reflète la hiérarchie ecclésiastique.

L'organisation du commerce de la soie

Avec le développement considérable de la production de soie en France au XIXe siècle (2000 tonnes de soie grège produite en 1853 employant 300 à 350.000 personnes), le commerce de la soie s'organise autour des Chambres de Commerce et d'Industrie. La soie étant une matière très hydrophile, elle peut contenir jusqu'à 40% de son poids en eau, il devient nécessaire de codifier ses conditions de vente. Des "conditions des soies" sur le modèle de celles qui ont vu le jour à Turin en 1750 et à Lyon en 1779 sont ainsi créées dans toutes les villes où se concentre le commerce de la soie. C'est ainsi qu'Aubenas, Privas, Saint Etienne, Saint Chamond, Valence, Avignon et Marseille se dotent de ces institutions autour du début du XIXe siècle.

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Dessiccateurs (Musée des tissus-Musée des Arts décortifs de Lyon)

Les dessiccateurs (appareils servant à éliminer l'humidité), inventés en 1842 par Léon Talabot, permettent d'obtenir le poids sec de la marchandise et de la vendre avec un poids normalisé quelles que soient les conditions atmosphériques. D'autres mesures sont effectuées pour tester la qualité des produits : on vérifie que le "grés" qui entoure les fils de soie a été correctement éliminé par une analyse chimique. Le "titrage" permet de calculer la grosseur des fils de soie en pesant une longueur fixe. Enfin, d'autres appareils mesurent l'élasticité et la tenacité des fils en fonction de la torsion effectuée lors du moulinage.

Source : Plaquette " Le commerce de la soie" éditée par le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan.

Explication : Soie grège 

 La couleur grège est celle de la soie à l'état brut. C'est un beige clair tirant sur le gris. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le terme n'a rien à voir avec un mélange des adjectifs "gris" et "beige", il vient de l'italien (seta) greggia qui veut dire "(soie) brute". La soie brute peut avoir plusieurs teintes. L'intérieur et l'extérieur du cocon du ver à soie n'ont, en effet, pas la même couleur. (Source : Wikipédia)

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 Tissage et moulinage de la soie (Wikimédia)

 

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22 février 2019

L'histoire de la soie

 

Bombyx

Bombyx mori avec des cocons (Photo Wiktionary.org)

 La domestication du bombyx

C'est dans le nord de la Chine, dans le Zhejiang, que commence, vers 3000 ans avant J.C. la véritable aventure de la soie, avec la domestication du bombyx du mûrier, le bombyx mori.

Note : Contrairement aux autres espèces de papillons dont la chenille produit de la soie, la domestication du bombyx a permis de créer un grand nombre de variétés domestiques, si éloignées de la souche sauvage que celle-ci a disparu et que la dépendance du papillon vis-à-vis de l'homme est devenue totale : celui-ci est devenu incapable de voler et les chenilles ne peuvent trouver seules leur nourriture !

Vers à soie

Les usages de la soie en Chine

La soie fut réservée à l'usage exclusif de la famille impériale et des hauts dignitaires pendant un millénaire avant de conquérir d'autres classes sociales. Dans les monastères, la soie, magnifique ornement, servit à glorifier les dieux. Au-delà de son utilisation comme textile de luxe, la soie connut aussi des usages dérivés. En raison de son élasticité et de sa robustesse, la soie était utilisée pour tresser les cordes des instruments de musique, des arcs, des filets de pêche. Les fils tissés servaient à la confection de vêtements et de tentures. La bourre, petits fils grâce auxquels le cocon est attaché à son support, servait à matelasser les vêtements et fabriquer du papier chiffon sur lequel étaient rédigés les documents officiels dès le VIIe siècle avant J.C.

Manuscrit

Manuscrit taoïste sur soie retrouvé dans une tombe à Mawangdui (Wikipédia)

La soie devint ensuite une véritable monnaie avec laquelle on payait les fonctionnaires ou les impôts, la longueur de tissu constituait alors un étalon monétaire. Principal cadeau diplomatique de l'empereur, la soie servit longtemps de gage de paix. L'importance qu'a ainsi pris la soie en Chine justifia le maintien à tout prix du plus long secret de l'histoire, devenu enjeu capital pour toutes les dynasties. Faire franchir les frontières à des graines de vers à soie ou de mûrier était puni de la peine de mort. Jalousement gardé durant près de trois millénaires, le secret de la production de la soie va progressivement être divulgué en Corée, au Japon, puis dans toute l'Asie vers le II siècle avant J.C. avant d'atteindre l'Europe au cours de l'Antiquité.

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La route de la soie

Pour acheter les alliés et des chevaux, les empereurs Han, 200 ans avant notre ère, ouvrirent la Chine au commerce et au monde extérieur, décision qui entrainera des conséquences inimaginables. C'est la naissance de la "Route de la soie" traversant toute l'Eurasie. La révolution industrielle et la production en masse, provoquant la banalisation du précieux tissu, ont fait perdre à la soie son mystère et ses connotations magiques. La soie, par son commerce, a ainsi ouvert la voie au transport de richesse rares et précieuses, mais aussi au voyage des idées et des mythes, permettant la rencontre des peuples à travers les continents.

Source : Plaquette " L'histoire de la soie, tissu somptueux entouré de mythes et de légendes" éditée par le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan.

Peinture sur soie

Peinture sur soie chinoise du VIIIe siècle (Wikipédia)

Les légendes

Les écrits de Confucius et la tradition chinoise racontent qu'au XXVIIe siècle avant J.C. un cocon de ver à soie serait tombé dans la tasse de thé de l’impératrice Leizu. Voulant l'extraire de sa boisson, la jeune fille de quatorze ans aurait commencé à dérouler le fil du cocon. Elle aurait alors eu l’idée de le tisser. Ayant ensuite observé la vie du bombyx du mûrier sur recommandation de son mari, l'Empereur Jaune Huangdi, elle aurait commencé à enseigner à son entourage l'art de son élevage, la sériciculture. Depuis, la jeune femme reste dans la mythologie chinoise comme déesse de la soie.

Leizu

Représentation de Leizu - Musée de la soie à Suzhou (Blog "Les pérégrinations de Titi")

Une autre légende raconte que l'empereur Huangdi a rencontré Leizu sur la montagne de l'Est. Cette dernière était en train de cracher des fils de soie, et Huangdi fut captivé par cette scène. Il lui demanda donc de lui apprendre à tisser de la soie, Leizu accepta à condition qu'il l'épouse. Elle lui expliqua qu'elle découvrit des fruits dans le jardin de la Reine-mère. Elle décida de manger cette fleur et se mit à tousser de la soie. Elle eut ensuite l'idée d'en donner aux papillons, qui ont fini par pondre des vers à soie. La Reine-mère découvrant que Leizu utilisait une herbe immortelle, elle la jeta sur la Terre et Leizu fut recueillie par une femme de la tribu Xiling. Elle montra à Huangdi les cocons de vers à soie qu'elle élevait et nourrissait de feuilles de mûriers. Huangdi retourna chez lui et raconta l'histoire à ses parents. Depuis ce jour, Leizu commença à enseigner aux jeunes filles comment évider les cocons et faire des écheveaux de soie.

 Feuille et vers à soie

Une autre légende dit que Leizu trouva un ver à soie en train de manger des feuilles de mûrier. Elle prit le cocon et le plongea dans son thé chaud. Un fil fin commença à se séparer du cocon. Leizu conclut que ce fil pouvait se détendre et servir. Elle convainquit alors son mari de lui donner un bosquet de mûriers, où elle pourrait domestiquer les vers à soie. Elle inventa donc le moulinet à soie. La Chine fut la première civilisation à utiliser la soie. Leizu partagea ses découvertes avec d'autres personnes, de plus en plus d'hommes s'habillèrent avec des tissus de soie, et ce savoir-faire se généralisa en Chine.

Source : Wikipédia - L'encyclopédie libre.

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"L'histoire de la soie" se compose de trois volets. Le prochain sera "Le commerce de la soie" et ensuite "Le fil, du cocon au tissu".

Bonne lecture !

 

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16 février 2019

La légende du Saint Trou au Muy

  

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Entrée nord-ouest du Saint Trou (Photo Wikipédia)

On était dans les siècles de foi où les âmes pures dégoutées du monde, assoiffées de Dieu, se précipitaient dans la solitude et la pénitence, avec plus d'ardeurs que les mondaines n'en mettaient à rechercher le gloire et les plaisirs. Thébaïde favorable aux exercices de la contemplation, une jeune chrétienne s'y réfugia : Marie était son nom, à l'insu de sa famille et y mena pendant quelques temps, une existence angélique. Elle buvait l'eau vive des montagnes et se nourrissait des fruits des bois, des racines d'arbres et d'une sorte de miel sauvage que les abeilles déposaient dans le creux des rochers.

Un jour, un chasseur nommé Robert, aperçoit la sainte recluse. Oubliant lièvre timides, tourterelles roucoulentes et charmants petits oisaux à la gorge pleine de musique, il laisse dormir les flèches de son carquois. Il ne songe qu'à tendre des pièges à la Vertu... Marie, elle, s'enfuit. Elle court, elle vole, c'est l'amour de la Sainte Vertu qui lui donne des ailes.

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Extrémité sud-est de la faille vue de l'intérieur (Photo Wikipédia)

Elle s'enfonce dans un obscur défilé. Robert, impuissant à s'y frayer un passage, voit disparaître la jeune fille. Cette ouverture, c'est le Saint Trou. A quelques temps de là, arrivé à l'endroit où s'élève un chêne gigantesque, Robert fut enveloppé tout à coup d'une grande lumière. Une voix céleste se fit entendre : "Ne touche pas à la vierge, si ce n'est pour ensevelir ici son corps très pur". Il se releva converti, n'ayant plus que des pensées chastes et le désir de retrouver l'aimable créature. Puis, aux gémissements qui se faisaient entendre, il se précipita vers la jeune fille qui agonisait. Obéissant à la Reine du Ciel, il transporta cette chaste dépouille et l'ensevelit sous le chêne, après lui avoir fait une couronne de myrtes, de pervenches et de myosotis. Lui-même bâtit une cabane avec un oratoire à Notre-Dame des Spasmes et se voua à l'existence des cénobites. Quelques jeunes gens l'imitèrent. Ce fut l'origine de la chapelle et du couvent de Notre-Dame de la Roquette.

Source : Guide touristique édité par le Syndicat d'Initiative du Muy - 1990.

Explications : Thébaïde : (du latin Thebais,-idis), en Égypte, région de déserts où se retirèrent nombre d'ascètes chrétiens.

Cénobites : (du latin ecclésiastique cœnobita, de cœnobium, monastère, du grec koinobion). Moines vivant en communauté selon les règles du cénobitisme.

Chapelle Notre-Dame de la Roquette

Chapelle de Notre-Dame de la Roquette sur le rocher de Roquebrune de nos jours complétement ruinée (photo internet)

 

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10 février 2019

De la grappe à la tine et de la tine au vin

 

Vigne

(Photo Wikipédia)

Cet article fait suite à celui paru le 23 janvier, intitulé "De la cave familiale à la cave coopérative".

La vinification

La vinification désigne le procédé par lequel le jus de raisin, le "moût" est transformé en vin.

La tine

La tine est une cuve maçonnée et carrelée de malons rouges vernissés qui recevait le moût (les grappes écrasées et le jus de raisin) afin qu'il puisse fermenter et ainsi produire du vin. Presque chaque maison provençale possédait une tine. C'est depuis la cave que l'on pouvait tirer le vin qui se trouvait dans la tine.

Fermentation

De la grappe à la tine

C'est à l'aide du fouloir que les grappes de raisin sont écrasées. Le foulage du raisin donne un liquide sucré : le moût, dans lequel surnagent les grappes écrasées, les pépins et les pellicules des grains éclatés. Ces résidus solides constituent le marc qui sera prélevé, puis pressé ultérieurement. Mis dans une cuve ouverte, ce "jus" fermente sous l'influence des levures naturellement présentes sur les grains qui transforment le sucre en alcool, en libérant du gaz carbonique. Cette fermentation fait bouillonner le liquide en pleine transformation. Après une dizaine de jours, le bouillonnement cesse, signifiant que la fermentation est finie. On prend soin de remuer le moût afin de l'aérer. Au bas de la cuve, la bonde est protégée par un filtre faire d'un petit fagot de sarments ou de gênet. Quand on juge que la fermentation est terminée, on tire le vin de la cuve. Il est conditionné dans des tonneaux ou des bonbonnes qui ne sont pas bouchées. On pose juste un chiffon sur le trou. Une légère fermentation continue à s'opérer.

Pressoir-Moderne

Les tonneaux sont préalablement nettoyés et soufrés. Des mèches de soufre sont brûlées dans les tonneaux en dégageant des sulfites, gaz que le vin "absorbera" et qui le protègera des bactéries. On utilise une pompe à vin pour remplir les tonneaux. Le vin local était peu alcoolisé, il atteignait les 7 à 9 degrés. Le marc peut ensuite être pressé au pressoir pour en extraire le vin de presse, moins limpide, plus tannique que le vin de cuve et que l'on boit en premier. Si l'on veut faire de la piquette ou de l'eau de vie, on ne presse pas la "raco". La piquette s'obtenait avec du marc, des figues et des pommes, de l'eau et du sucre. Une nouvelle fermentation se produisait, qui donnait une boisson agréable, ne se conservant pas. Les tonneaux étaient remisés dans la cave dans laquelle ils voisinaient avec d'autres tonneaux, des jarres d'huile d'olive, et des "dames jeanne" (bonbonnes en verre).

Source : D'après le catalogue de l'exposition "De vigne en grappe" la culture du vin en Haute Provence réalisé pas l'association Petra Castellana.

 

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04 février 2019

La culture de la vigne


ATP-Pressoir

Fouloir au Musée des ATP à Draguignan (Photo Nadine) 

Jusqu'au début du XXe siècle, le Var était un département essentiellement agricole. Un grand nombre de nos collines, aujourd'hui envahies par les pins et le maquis étaient cultivées. La construction de milliers de murs en pierres sèches, appelées berges ou restanques a permis de gagner des espaces, dans un terrain pentu, caillouteux, aride. Ainsi, on pratiquait la culture en "oullière" : 2 à 3 rangées de vignes, un espace labourable de 3 à 4 mètres pour les céréales et encore 2 à 3 rangés de vignes avec, intercalés, oliviers et arbres fruitiers.

La culture de la vigne

Présente depuis l'Antiquité, elle était un élément important de notre agriculture. On comptait 58.717 hectares de vignobles en 1846. Peu à peu, cette activité va se spécialiser avec l'apparition entre autres des grands domaines.

Préparer le sol

Le sol était travaillé avec un outil à bras : l'araire, instrument de labour tracté par un animal. L'araire est en bois, avec une pointe en fer, très facile à confectionnez. Très légère, elle pouvait être portée sur l'épaule. Elle était utilisée pour labourer le sol pour le retourner. Elle a longtemps été préférée à la charrue qui n'offrait pas ces avantages pour nos sols pauvres en terre arable.

Le cycle du travail de la vigne et son calendrier

L'hiver : Labour et taille. Jusqu'au début février, les champs de vigne sont donnés en patûre aux moutons. Le printemps : Les gelées et la floraison. Labour de déchaussage pour dégager les souches, ébourgeonnage. L'été : Les prémices de la vendange. Rognage pour aérer et supprimer une végétation consommatrice d'énergie. Eclaircissage, effeuillage. Sulfatage en raison des aléas climatiques. L'automne : Vendanges et vin nouveau.

Les vendanges

Au mois de septembre, tout devait être prêt pour les vendanges. La cuve était nettoyée avec un balai de bouleau. On préparait les tonneaux. A la mi-septembre, on visitait les vignes afin d'estimer la production future et fixer la date des vendanges. Pour vendanger les grandes parcelles, on faisait appel à des saisonniers. Pour les personnes qui possédaient de petits carrés de vignes, on s'entraidait en famille ou entre voisins. Le jour venu, dès l'aube, les vendangeurs se dispersaient dans la première parcelle. Les paniers pleins se vidaient dans les cornues portées sur l'épaule. Les porteurs étaient souvent payés double. Le repas de midi se faisait dans le champ de vigne pour gagner du temps.

Le foulage 

A la fin de la journée, les raisins étaient transportés à la ferme ou à la maison en ville dans des cornues. On utilisait le pilon de bois pour tasser la raisin afin d'y mettre plus de grappes. Avant l'apparition du fouloir, on écrasait le raisin avec les pieds, dans une grande cuve.

Fouloir

Le fouloir : les grappes de raisins sont déversées dans le fouloir. En tournant la manivelle, elles sont broyées. (Photo d'un fouloir prise sur le site CarteFrance.fr)

Après la destruction du vignoble par le phylloxéra (sorte de puceron ravageur de la vigne) et la plantation de plants américains, les maladies vont se développer, conduisant à l'emploi de produits tels que le soufre ou le cuivre, d'où l'invention d'instruments : poudreuses, soufreuses, sulfateuses.

Vigne

 Dans cette vitrine (Photo Nadine) différents objets illustrent l'activité de la vigne : 

La poudette : serpe pour la taille des vignes. Les sécateurs (invention du XIXe siècle). Les couteaux à vendanger. Les paniers à vendanges (pour y déposer les grappes). Les cornues pour le transport de la récolte. Le pilon - morceau de bois avec lequel on écrasait les grappes dans la cornue, avant de les mettre dans une cuve. Le fouloir remplacera le pilon. On peut voir également différents récipients : bonbonnes, bouteilles en verre, pichet en céramique, qui permettaient la conservation du vin. Il y a aussi un vinaigrier pour la fabrication familiale du vinaigre. Un alambic permettait de distiller le marc de raisin pour obtenir de l'eau de vie (alcool). Nota : La fabrication d'eau de vie étant réglementée par l'état, cet alambic a été percé afin de ne plus être utilisé.

Source : Plaquette thématique - Autour du vin - Editée par le Musée des Arts et Traditions populaires de Draguignan.

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Je mets ci-dessous le lien vers mon article : "Les vendanges d'antan" si vous désirez le lire ou le relire.

Les vendanges d'antan - Passion Provence

Les vendanges dans le Midi (Carte postale ancienne) Vieux de 2 600 ans, le vignoble provençal est le plus ancien de France. Les Phocéens sont les premiers à introduire la vigne en Provence et les Romains, dès le IIe siècle avant J.C, en développent la culture.
 

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02 février 2019

Exposition : En voiture ! Vivre avec l'automobile – XIXe-XXIe siècles

En voiture

Exposition présentée du 11 octobre 2018 au 15 mars 2019

Inventée à la fin du XIXe siècle, l’automobile a profondément renouvelé et façonné notre environnement et nos modes de vie. Dans le Var, traversé par de grands axes de circulation, elle est intimement liée au développement du tourisme et de la mobilité, à l’aménagement du territoire et à la passion sportive. C’est aussi le fléau de la pollution, des embouteillages, des accidents. Entre passé et avenir, liberté et contrainte, haine, passion ou nostalgie, les Archives départementales proposent de (re)decouvrir son histoire et ses usages à travers un itinéraire balisé de documents inédits, objets et témoignages.

Entrée libre du lundi au vendredi de 8h30 à 17h00.

Archives départementales du Var, Pôle culturel Chabran, Draguignan.

 

29 janvier 2019

La colle du Rouët

Colle-du-Rouet

Le massif majestueux, composé de roches rouges, premier contre-fort de l'Estérel, domine la vallée de l'Endre et celle du Blavet. Il fait face au Massif de la Roquette, aussi imposant que lui, comme deux géants de granit. Encadrant la vallée fertile de l'Argens, ce site verdoyant conduit à la mer. Le Rouët est sillonné, sur son flanc sud, par une piste forestière qui, à chaque tournant, vous fait découvrir une vue splendide. Après une course de 6 km, cette piste vous emmène au point culminant (La fontaine des chasseurs). Cette vue plongeante vous fait découvrir l'immense Domaine du Château du Rouët réputé pour ses vins (Côtes de Provence). A l'est, vous apercevrez le golfe de Fréjus et de Saint-Raphaël : le scintillement de la mer est un enchantement pour les yeux, ensuite, Puget sur Argens, Roquebrune, Le Muy défilent sur fond sombre du Massif des Maures. La vue se poursuit jusqu'à la pente du Mont Faron qui suplombe Toulon. Plus au nord, la montagne de la Sainte Baume (Saint Maximim) se dessine dans la brume. Après avoir regardé ce magnifique panorama, vous serez émerveillé de découvrir ce que l'on appelle la Plaine d'Isnard, la Forêt Domaniale, le Site des Enfers au nord.

Foret domaniale de la Colle du Rouët

Ce carrefour de la Fontaine des Chasseurs est, comme son nom l'indique, le rendez-vous de chasse pour les battues aux sangliers. C'est à cet endroit que les parties de chasse se préparent, et où les plus belles histoires de chasseurs, et aussi les plus drôles et même les galéjades plus fausses que vraies, se font et se défont. Si vous ne voulez pas redescendre côté sud, vous avez la possibilité d'emprunter la piste nord qui vous emmène à Bagnols en Forêt, et vous pourrez rejoindre Le Muy par la départementale.

Le Rouët

Le Massif du Rouët abrite des grottes (baumes) qui ont été habitées dans la préhistoire, et plus près de nous, par des maquisards pendant la période 1943-1944.

Les Romains y avaient installé un camp de vigie très important qui commandait toute la vallée de l'Argens jusqu'à la mer. Ils y cultivaient, pour leur nourriture la Plaine d'Isnard, composée d'une terre riche et noire. La Source des Chasseurs donnait l'eau indispensable pour toute vie humaine. Sur son sommet, on remarquera l'emplacement d'un ancien village Ligure, et à un certain endroit, une fabrique de meules de moulin à même la roche. Toute cette Colle du Rouët (Coualo, colline), ainsi que la vallée de l'Argens et le Massif de Roquebrune, doivent être à tout prix préservés pour rester un havre de paix et de verdure.

Colle du Rouët

Ce sont les sites les plus marquants, avec ceux des Maures, que le Var posséde à 10 km de la frange côtière et qui font sa renommée. Les natifs du Muy, les Varois et tous les amoureux de cette région - y compris les touristes et les nouveau habitants de ce lieu privilégié, doivent lutter ensemble contre les construction anarchiques et destructrices du paysage. Ainsi, les populations futures ne pourront pas nous accuser d'avoir laissé à des mains profanes notre Patrimoine, et laisser construire une inesthétique forêt d'immeubles. Il faut rester vigilant afin de permettre aux amateurs de la nature, aux chasseurs, aux estivants et aux vacanciers de passer des heures heureuses dans ces lieux. Il suffira pour cela de s'abstenir de faire des feux et de fumer dans les forêts en période estivale afin d'éviter les catastrophes trop souvent répétées pendant la période de juillet à septembre. 

Voilà succinctement ce que vous devez savoir sur cette montagne du Rouët. Il ne vous reste plus que d'aller rêver en découvrant ce panorama somptueux qui appartient à notre cher département.

Colle-du-Rouet

Source : D'après le Guide touristique - Le Muy de Provence - édité par le Syndicat d'Initiative du Muy - 1990. (Arrangé par Nadine). J'ai pris les photos sur le site des Randonneurs brignolais.

 

23 janvier 2019

De la cave familiale à la cave coopérative

 

ATP-Cuve à vin 6000L

Cuve monumentale pouvant contenir 6000 l au Musée des ATP à Draguignan (Photo Nadine)

L'origine de la cuve

Un manuscrit de 1789 signale l'existence de cette cuve dans un bâtiment de l'Evêché de Glandèves situé à Entrevaux. A l'origine, il existait deux cuves identiques. Au début du XXe siècle, l'une d'elles fut démontée et semble avoir disparu... Ces cuves monumentales, situées dans les caves des bâtiments, étaient judicieusement placées en dessous de deux trappes d'arrivée des grappes de raisin foulées dans le fouloir de la pièce du dessus, accessible par une rue de plain-pied. La production de vin devait être considérable si l'on en juge par la capacité de ces deux cuves (6000 litres environ) et par leur situation dans un espace important. Il faut savoir que jusqu'au XIXe siècle, Entrevaux était un lieu de passage important et qu'il s'y trouvait une citadelle où se tenait une garnison ; d'où la nécessité de très nombreuses tavernes et une forte consommation de vin. Il existe très peu de cuves en France et c'est dans la région, une pièce unique.

ATP-Pressoir

Pressoir portatif posé sur une cornue au Musée des ATP à Draguignan (Photo Nadine)

La cuve maçonnée

La mise en valeur et l'aménagement des caves anciennes, situées sous les maisons du XVIIe et XVIIIe siècle du musée, permettent une présentation vraissemblable de cette cuve à vin. On peut y voir également des équipements propres à la vinification : fouloirs à vendanges, petits pressoirs portatifs, tonneaux, pompe à vin. Dans la salle du fond, vous pouvez encore voir, une cuve à vin maçonnée carrelée en céramique rouge, cachée derrière le mur (on ne voit que la trappe d'aération et très peu le carrelage du mur du fond), ainsi que des bassins de soutirage du vin.

Les tonneaux

Leur invention serait attribuée aux Celtes. Le tonnelier est l'artisan qui fabrique des emballages pour conserver et transporter les liquides. Il peut fabriquer de nombreux récipients en bois : seaux, baquets, cuves, etc... mais c'est surtout dans la production de tonneaux, barriques et foudres qu'il exerce son art. La naissance des coopératives viticoles, avec le stockage du vin dans des cuves de ciment, puis en inox, ainsi que l'utilisation du camion citerne pour le transport, ont fait rapidement régresser puis disparaître l'artisanat de la tonnellerie.

Coopérative-Camps-les-Brignoles

Les caves coopératives

Nées de la crise viticole au début du XXe siècle, filles du syndicalisme, les caves coopératives sont gage de modernité et de prospérité, elles sont aussi le signe d'une liberté démocratique et d'une solidarité. Elles ont sans doute modelé la vie de la société rurale du XXe siècle. La première coopérative fut créée en 1906 à Camps la Source (Var). En 1914, le Var s'inscrit au premier rang national pour le nombre de création de caves, on en compte 35. Très vite, une centaine de coopératives seront situées dans le Var. La plupart de ces caves se trouvaient dans l'arrondissment de Brignoles. Elles sont baptisées : "L'Emancipatrice", "la Fraternelle", "la Travailleuse", "l'Indispensable", "l'Amicale", "la Laborieuse", "l'Union". Les coopératives viticoles permettent aux petits viticulteurs de bénéficier des progrès scientifiques et du matériel relativement lourd que ces nouvelles techniques de vinification exigent. Elles deviennent l'outil le plus efficace pour assurer aux producteurs le contrôle technique et économique du produit, de la fabrication du vin à sa commercialisation. La coopérative s'inscrit dans une longue tradition méditerranéenne de pratiques collectives et d'entraide, fortement présentes dans la vie économique, sociale et festive des villages.

Coopérative vinicole la Transiane

Coopérative vinicole de Trans en Provence "La Transiane" (Photo blog cavescooperatives.fr)

Nota : La guerre de 1914-1918 a provoqué une baisse de la production, sans que la demande fléchisse en proportion, en effet, le "pinard" du soldat a contribué efficacement au maintien du moral. Tout soldat reçut quotidiennement un quart de vin, approvisionnement relativement facilité par l'abondante vendange de 1914. Cette ration fut reconnue insuffisante et doublée par le Parlement, en janvier 1916. Le vin du poilu (9°) était un assemblage de vins à faible degré.

Faire cuve commune

Petits et moyens exploitants sont les acteurs majoritaires du mouvement coopératif. Le marché va réclamer des vins d'une qualité meilleure et plus homogène. Ces exigences coûtent en investissement. Le Crédit Agricole soutiendra ce mouvement. La cave, désormais indispensable à la vie du village, va devenir le nouveau centre de réunion, de solidarité vivante, elle s'impose dans le bâti varois.

Source : Plaquette sur le thème "Autour du vin" éditée par le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan.

En faisant une recherche pour trouver une carte postale représentant la coopérative vinicole de Camps la Source, je suis tombée sur un blog intéressant dont je vous mets le lien :

CAMPS-LA-SOURCE (Var) - Caves coopératives de vinification d'ici et d'ailleurs.

En Provence, la cave coopérative de Camps-les-Brignoles a été fondée en 1906 et fut la première avec celles de Cotignac. En 1954, 168 coopérateurs produisaient 8 529 hectolitres de vin. En 1979, 140 adhérents cultivaient 199 hectares de vignes et la cave...

http://www.cavescooperatives.fr

 

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17 janvier 2019

La chaussure et la cordonnerie

 

Cordonnier

Le courdouanier

Le cordonnier doit son nom au "cordouan", cuir importé de Cordoue en Espagne des siècles durant. Ce cuir de chèvre, coloré et d'excellente qualité, servait à faire des chaussures de luxe. Au XVIe siècle, l'appelation "cordouan" se généralisa à tous les cuirs, quelles que soient leurs origines et leurs qualités.

Au Moyen-Âge, les métiers de la chaussure sont regroupés en corporations qui fixent les règles et les exigences professionnelles, et assurent la protection des différents corps de métiers. Le cordonnier est alors le seul à pouvoir fabriquer des chaussures de cuir neuf, les modifications et les réparations étant à la charge du savetier. Ces deux professions seront confondues au XIXe siècle, où les termes cordonnier et savetier désignent le même artisan, parmi les plus pauvres à l'époque. Le cordonnier est pourtant très présent en ville sous l'Ancien Régime, et on le rencontre jusqu'au début du XIXe siècle en tant que cordonnier ambulant dans les campagnes, où il répare les chaussures de fête, avant que les habitants n'abandonnent les sabots. L'industrie de la chaussure réalise entre 1850 et 1900 des progrès considérables, grâce à la baisse des coûts de revient et à la mécanisation de la fabrication. On produit alors dans des usines, des chaussures cousues, clouées et vissées.

Cordonnier1

Le pegot

En Provence, le cordonnier porte le nom de pegot à cause de la poix (peguo en provençal) qu'il utilise quotidiennement et qui lui noircit les mains. L'activité de cordonnerie a débuté dans les communes de Draguignan, Flayosc et Bargemon, à la fin du XVIIIe siècle, dans de petits ateliers qui fabriquaient entièrement à la main de grosses chaussures destinées à l'agriculture et à l'armée. Hommes, femmes et enfants participent alors à cette activité. Les femmes travaillent à leur domicile pour effectuer le jointage : assemblage des différentes parties de la "tige", afin de mettre en forme le dessus de la chaussure. Les hommes, quant à eux, s'occupent du "montage" : assemblage du dessus de la chaussure et de la semelle. C'est le maître bottier qui achète et coupe les cuirs avant de distribuer le travail à façon. Les cuirs utilisés proviennent de tanneries de la région : Tourves, Barjols, Belgentier, Draguignan, Puget-Thénier ou Toulon, ou d'autres villes de France comme Annonay (Ardèche). Cette activité croît et se mécanise tout au long du XIXe siècle, elle emploie de la main-d'oeuvre venue du Piémont (Italie). La production, importante pendant les guerres mondiales, commence à baisser à la fin du XXe siècle. Le cordonnier qui autrefois montait les chaussures entièrement à la main, est devenu ouvrier en cordonnerie. Toutefois, malgré la mécanisation, certaines opérations nécessitent toujours une intervention manuelle. La fabrication de chaussures se maintient peu que peu jusqu'en 1980 où, faute de main-d'oeuvre, les derniers fabricants sont contraints de fermer.

SourcePlaquette : "La chaussure et la cordonnerie" éditée par le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan.

Cordonnerie

 

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11 janvier 2019

Les métiers du cuir

Les-tanneurs

L'artisanat du cuir occupe une place fondamentale dans toutes les sociétés. Depuis les périodes les plus anciennes, le cuir est présent partout dans la vie des hommes, dans l'habillement, l'habitat, l'arnachement, l'équipement guerrier... Le cuir est un matériau de la vie, de la survie souvent. A ce titre, il est un puissant révélateur de l'histoire des sociétés humaines.

Le tanneur

De tout temps, baudroyeurs, aiguilliers, boursiers, corroyeurs, cordonniers, bottiers, selliers, bourreliers, relieurs, gantiers, et fabricants de lacets en cuir ont été tributaires du tanneur. Celui-ci dispose d'une multitude de peaux, parmi lesquelles figurent les plus résistantes, celles des grands animaux, vaches, veaux, chevaux, mais des cuirs plus fins, comme la peau des chèvres, des moutons... Le tannage du cuir consiste en une série d'opérations dont le but est de transformer la peau en cuir, au moyen de "tanins", contenus dans certaines espèces végétales, en particulier les écorces de chêne, pour le rendre imputrescible et résistant. Les peaux sont trempées dans des fosses contenant du tan ayant déjà servi, puis du tan de plus en plus concentré et peuvent y séjourner de deux mois à deux ans. En raison des odeurs dégagées par l'opération de ramollissement des peaux immergées, et de leur grand besoin en eau claire, les tanneurs sont tenus de s'installer près d'une rivière, dans des quartiers qui leur sont réservés. Les peaux sont ensuite sorties de ces cuves, tendues sur des perches pour les faire sécher, aplanies, battues sur des tables à l'aide de maillets pour leur donner souplesse et épaisseur voulues.

Outils-de-tanneur

Jusqu'en 1880, des cuirs tannés étaient destinés à l'agriculture, pour le harnachement des chevaux de trait, et à l'armée. Les progrès de la chimie remplacèrent progressivement le tan, par de l'écorse de mimosa, des extraits de châtaigniers ou de chrome. La tannerie s'industrialisa durant tout le XIXe siècle. Le mégissier chercha à obtenir des peaux plus douces et blanches destinées à la ganterie, la réalisation des corps des poupées de porcelaine, les étuis à lunettes ou les porte-monnaie. Epoque des élégantes et des voyages, le début du XXe siècle, vit le plein développement de la maroquinerie. La pelleterie profita aussi de la mode : la classe bourgeoise se couvrit de vêtements de fourrure, les conducteurs des premières voitures automobiles s'enfouirent sous d'amples manteaux. Aucun animal ne fut épargné, du crocodile à la belette, du requin au cygne, en passant par le vulgaire lapin. L'industrie réclamait des courroies de transmission pour ses moteurs et des tabliers protecteurs en cuir pour ses ouvriers. La gamme des cuirs s'étendit, la concurrence était rude, les cuirs de Russies, traités à l'huile de bouleau et imperméables, étaient très recherchés. Les cuirs vernissés se répandirent après 1900.

Tannage

Quelles peaux pour quels cuirs ?

La peau de boeuf pour faire des semelles fortes. La peau de buffle pour fabriquer les objets nécessaires à l'équipement militaire et les cuirs à rasoir. La peau de vache donne les cuirs dits "mous", dont les usages sont multiples. Les peaux de cheval, de sanglier, de porc et de mulet sont employées dans la sellerie. La peau de taureau sert pour les capotes de voitures et les semelles intérieures de souliers. Les peaux d'agneau et de chevreau sont utilisées pour la fabrication des gants. La peau de chèvre sert à la chaussure et à la maroquinerie. La peau de chien, après corroyage, est travaillée par les cordonniers. La peau d'âne sert à garnir les caisses de tambour. La peau de cygne est réservée aux évantaillistes. La peau de requin sert, sous le nom de galuchat, à divers usages en maroquinerie, en coutellerie et en ébénisterie, mais aussi dans l'industrie pour polir l'acier, faire des courroies, garnir les pistons des pompes à eau.

Le bourrelier

Tous les peuples nomades firent appel au bourrelier, il joua un rôle primordial dans l'agriculture pendant plus d'un millénaire. Grâce à son savoir naît l'attelage, qui permet de capter toute le force produite par la bête de trait au niveau de son poitrail et de son encolure. Ainsi, les progrès furent considérables : des labours plus profonds, des charges plus lourdes transportées à moindre effort. S'il travaille le cuir, le bourrelier est également amené à façonner le crin, la paille, la laine pour le rembourrage de ses colliers et selles. Il emploie le bois, pour la forme de ses colliers, il le cloute, le peint, le vernit. Il fabrique les harnachements des chevaux, capitonne les charrettes, les bâches également. Il utilise donc une grande variété de cuirs.

Bourreliers

Les métiers de la chaussure 

Pendant des siècles, on importa des peaux espagnoles en France. En effet, le cuir de Cordoue ou "Cordouan", un cuir de chèvre préparé avec le plus grand soin et que l'on teignait de diverses couleurs, servait à faire des chaussures de luxe. C'est de lui que vient le nom de cordonnier, qui désignait l'artisan travaillant cette peau, le cordouanier. Au Moyen-Âge, la plupart des métiers étaient regroupés en corporations qui fixaient les règles et les exigences professionnelles et assuraient la protection des divers corps de métiers. Les cordonniers ou cordouaniers, au sommet de l'échelle, fabriquaient des chaussures neuves, avec du cuir neuf, en cordouan, ou autre cuir de qualité supérieure. Les sueurs, du latin suere signifiant coudre, étaient les ouvriers de la chaussure. Les savetonniers faisaient des chaussures légères en basane, cuir de mouton, considéré de qualité inférieure. Les savetiers, en bas de l'échelle, réparaient, modifiaient ou fabriquaient des chaussures mais avec du vieux cuir usagé.

Outils-de-bourrelier

Au début du XIXe siècle, grâce à la baisse notable des prix de revient, les souliers en cuir finissent par s'imposer, au détriment des sabots. A la fin du XIXe siècle, l'industrie de la chaussure réalise des progrès considérables grâce à la mécanisation de diverses opérations dans la fabrication. Vers 1900, en France, la cordonnerie industrielle emploie trois principaux procédés de fabrication, qui produisent autant de catégories distinctes de chaussures : le cousu, le cloué et le vissé.

Source : Plaquette : "L'artisanat du cuir - Les métiers du cuir" éditée par le Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan.

A suivre : La chaussure et la cordonnerie.

 

04 décembre 2018

2 décembre 1959 : la catastrophe du barrage de Malpasset

Bonjour ami(es) lectrices et lecteurs de mon blog.

Je reviens un peu vers vous aujourd'hui parce que vous me manquez. Mon poignet se répare petit à petit et dans quelques temps je publierai à nouveau des articles. Je fais paraître celui-ci car on ne peut pas oublier cette terrible date du 2 décembre 1959. Moi, je n'étais pas née mais mes parents m'ont raconté la catastrophe de Malpasset. J'ai trouvé deux films sur le sujet. Le premier est celui d'un reportage de Pierre Desgraupes pour l'émission de télévision "Cinq colonnes à la une". Le deuxième est celui de Jean-Claude Honnorat, retrouvé au fond d'un placard. Je pense que tout est dit et expliqué dans ces films ainsi que dans les quelques lignes ajoutées à l'un et à l'autre.

Barrage-de-Malpasset

Vue de l'aval du barrage et de son appui en rive droite (Photo Wikipédia)

Reportage Pierre Desgraupes. Cinq colonnes à la une. ORTF.

Au début de l'hiver 1959, 15 jours continus de pluies torrentielles vinrent remplir pour la première fois le nouveau barrage de Malpasset, en amont de Fréjus. Lorsque celui-ci céda soudainement, le 2 décembre 1959 à 21h13, près de 50 millions de mètres cubes d'eau déferlèrent, ravageant la plaine jusqu'à la mer, broyant fermes et cultures et détruisant le quartier des Arènes de Fréjus. Le bilan de la catastrophe s'élèvera à 423 morts, 155 immeubles entièrement détruits, mille hectares de terres agricoles ravagés et deux milliards de francs de dégâts. Ce barrage destiné à l'irrigation avait été construit par le Génie Rural, future DDA, sous la maîtrise d'oeuvre d'un Conseil général sans expérience sur ce type d'ouvrage. Si EDF l'avait construit, tout eut été certainement différent. C'est la plus grande catastrophe de ce genre qui ait jamais touché la France. A la suite de ce scandale administratif, un autre barrage de type digue fut construit à St Cassien sur le bassin versant de la Siagne, vers Cannes. Edf en fut chargé et y adjoignit une unité de production hydroélectrique. JCH

58 ans après la plus grande catastrophe civile qu'ait connu la France, des documents nouveaux apparaissent : une bobine de film 16 mm retrouvée au fond d'un placard révèle des visages jusqu'alors inconnus des toutes premières victimes de la catastrophe de Malpasset. Ce 2 décembre 1959 à 21h13 le barrage explose. Dans un fracas monstrueux une vague de 60 mètres de hauteur se rue dans la vallée du Reyran. A deux kilomètres en aval du barrage les premiers touchés seront des dizaines d'ouvriers travaillant aux terrassements de l'autoroute et résidant sur place dans des baraquements de chantier.
Ces ouvriers venus de toute l'Europe et d'Afrique du Nord n'étaient jusqu'à présent que des mots dans les registres. Voici qu'ils apparaissent sur leur chantier, au soleil du mois d'août, trois mois avant leur terrible fin.
Ce film est dédié à ces travailleurs de force, accablés d'un horrible destin un soir d'hiver suivi d'une longue nuit d'anonymat, jusqu'à aujourd'hui. (27 personnes décédées sont toujours à ce jour non identifiées)

Jean Claude Honnorat.

Un grand document : 1964 : Le film de l'Entreprise Razel-Bec sur la construction de l'autoroute A8 Aix-Nice : https://www.youtube.com/watch?v=NzKekR__8eE&t=79s

 

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