Passion Provence

Bèn-vengudo dins lou Var

 

La Basse-Provence

 Bienvenue dans le Var sur mon nouveau blog qui n'est en fait que la continuité de La Provence de Nadine http://transenprovence.over-blog.com/

Pour voir celui concernant mon village, Trans-en-provence, c'est par là : http://www.transenprovence.info

"J'aime ce pays et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air même." (Guy de Maupassant-Le horla)

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14 mai 2015

La mort n'est rien

DSC02094

En hommage à ma maman, partie rejoindre mon papa le 26 avril pour un voyage sans retour, je mets aujourd'hui ce poème. Je n'ai pas eu le temps jusqu'à présent de m'occuper de mon blog. Je verrai quand je reprendrai...

La mort n'est rien,
je suis seulement passé, dans la pièce à côté.
 Je suis moi. Vous êtes vous.
Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.
 Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné,
parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent,
ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
 Priez, souriez,
pensez à moi,
priez pour moi.
 Que mon nom soit prononcé à la maison
comme il l'a toujours été,
sans emphase d'aucune sorte,
sans une trace d'ombre.
 La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de vos pensées,
simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.
 
Canon Henry Scott-Holland (1847-1918), traduction d'un extrait de "The King of Terrors", sermon sur la mort 1910 Quelquefois attribué à Charles Péguy, d'après un texte de Saint Augustin.

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18 avril 2015

Voyage à travers les noms de lieux : ce que les Grecs nous ont laissé

 

Expo-Menton

Les côtes hospitalières, aux rades naturelles si abritées de la Provence, attirèrent dès la plus haute antiquité, les navigateurs et commerçants de la Méditerranée orientale. Ceux-ci, émissaires d'une civilisation plus évoluée, plus raffinée, apportaient à des peuples encore barbares des denrées nouvelles, des objets artistiques, de belles étoffes, des fruits inconnus. Ils s'installèrent et fondèrent des comptoirs, qui devinrent souvent des villes. Avant d'être colonisatrice, la France, qui était à peine la Gaule, commença par accueillir des colons. Ce furent d'abord les Phéniciens, qui n'ont guère laissé de traces dans les noms de nos ports. Il est vraisemblable que Cavalaire, la charmante station balnéaire de la côte des Maures, et Monaco sont d'anciennes colonies phéniciennes placées sous la protection du dieu Melkarth, (Moloch) l'Hercule tyrien. Le nom primitif de Cavalaire était Caccabaria, quant à celui de Monaco, Monoikos, qui paraît grec, il est à peu près sûr qu'il s'agit de la déformation dans la bouche des Grecs, d'un nom préexistant. Quand les Grecs sont arrivés, vers le VIème siècle avant notre ère, ils ont trouvé, sur les rivages de la Gaule, nombre de ports et de villes, dont ils ont souvent gardé les noms après s'être substitués aux premiers occupants ou s'être installés à côté d'eux. En dépit de la jolie légende - le banquet du roi ligure qui marie sa fille et celle-ci offrant la coupe nuptiale à un chef grec récemment débarqué - nous ignorons tout des origines de Marseille, dont le nom primitif Massalia, n'est pas grec, mais ligure peut-être, comme l'est sûrement celui de Toulon, Telo. Il reste une demi-douzaine de noms grecs authentiques : Nice, en grec Nikia, c'est-à-dire la ville placée sous la protection de Nikê, déesse de la victoire, Antibes, Antipolis, la ville (polis) d'en face... Nice, campée sur son promontoire. Agde qui représente le premier élément d'un composé, Agathê tukhê, la "bonne fortune".

Comptoirs

 Puis quelques localités moins connues : Ceyreste, que la Ciotat a remplacé comme port, par suite d'un ensablement progressif, est l'ancienne colonie phocéenne, satellite de Marseille, Kithêrista, où l'on a retrouvé d'importants vestiges antiques. Trets, au nord du pittoresque massif de la Sainte-Baume, représente une des rares colonies terriennes des Phocéens, Tritéia. Tarento, obscur lieu-dit près de la jolie plage des Lèques, est tout ce qui demeure d'un ancien port et d'un grand nom. Les îles de Lerins rappellent encore Lêron, Lêrina, noms anciens de ces deux bijoux que sont Sainte Marguerite et Saint Honorat. Mais combien d'autres ont disparu, qu'on retrouve en feuilletant les historiens de la Gaule ou l'Itinéraire d'Antonin ! Aphrodisias, consacré à la déesse de l'amour, a été latinisé par les Romains en Portus Veneris, le port de Vénus, aujourd'hui Port-Vendres. Olbia ruinée n'a même pas laissé un nom à l'endroit où les Salins neufs d'Hyères affleurent le mont des Oiseaux couvert de villas et de bocages. Les îles d'Hyères ont perdu depuis longtemps leur nom de Stoikhades : Protê (la première) est devenue Porquerolles (où on faisait l'élevage des porcs), Messé, (l'île du milieu) est désormais Port-Cros (le port creux) et Hupaia (l'inférieure), l'Ile du Levant. Arles, que les Grecs appelaient Thêliné, a gardé son vieux nom gaulois, Arelate, selon le toponyme de l'époque. Les Grecs n'ont pas pénétré hors de la région méditerranéenne ; les côtes océaniques n'ont reçu aucune colonisation hellénistique. Tout ce qui a été écrit sur de prétendues origines grecques de noms de localités dans l'ouest ou le nord de la France, est du domaine de la fantaisie. Le nom d'une ville bien connue Grenoble a été tiré du grec bien plus tard, sous l'Empire romain, dans des circonstances particulières. Grenoble portait alors le nom prosaïque de Cularo qui, en gaulois, voulait dire concombre. Bien qu'elle ne fût pas à cette époque le grand centre de tourisme alpestre qui attire aujourd'hui tant d'étrangers, la cité ne devait pas être très fière d'une telle appelation et elle manifesta sa reconnaissance à l'empereur Gratien en prenant le nom de son bienfaiteur affublé à la grecque suivant la mode du jour : Gratianopolis, la ville de Gratien, dont la contraction phonétique a donné Grenoble. Ce mélange de flatterie et de snobisme linguistique n'est-il pas un amusant épisode d'histoire locale ?

Auteur : Albert Dauzat (1877-1955) linguiste. Fondateur et directeur de l’importante revue de linguistique Le Français moderne et de la Revue internationale d'onomastique publiée à Paris de 1949 à 1977. Le prix Albert Dauzat est attribué par la Société française d’onomastique tous les deux ans pour récompenser un travail de toponymie ou d’anthroponymie relatif aux pays francophones.

 

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11 avril 2015

L'école d'antan

 

Ecole-de-garcons-vers-1910

Ecole de garçons de Trans vers 1910 (Collection Nadine)

Ecole-de-filles-vers-1915-1916

Ecole de fille de Trans vers 1915 (Collection Nadine)

L'école joue un rôle fondamental dans la société provençale. Elle représente pour les enfants d'ouvriers et d'agriculteurs, nombreux dans les villages de Provence un moyen d'accéder à un niveau supérieur de l'échelle sociale. Leur présence dans les villages se multiplie considérablement au cours du XIXè siècle. L'origine des écoles au tout début du IVè siècle est traditionnellement attribuée en France à Charlemagne. L'époque moderne voit se développer de petites écoles destinées à donner une instruction de base aux enfants : lecture, écriture, apprentissage des chiffres. Ces petites écoles sont présentes surtout dans les villes et dans certaines régions et sont généralement réservées aux garçons. Sous Napoléon Ier, par décret du 17 mars 1808, le monopole de l'enseignement d'Etat est institué. Au cours du XIXè siècle, les gouvernements successifs s'efforcent d'améliorer l'enseignement primaire. Avec la loi Guizot de 1833, les communes de plus de 500 habitants sont tenues d'avoir une école de garçons. Guizot encourage aussi la fondation d'écoles primaires supérieures destinées à améliorer la formation générale et professionnelle des élèves issus de familles modestes et qui ne pourraient accéder aux collèges et lycées. En 1850, la loi Faloux, cherche à développe l'enseignement primaire en fixant le principe d'une école de garçons dans toutes les communes et d'une école de filles pour les villes qui en ont les moyens. Les années 1880 sont marquées par des changements fondamentaux dans le système éducatif français, mouvement essentiellement porté par Jules Ferry et son principal conseiller Ferdinand Buisson. Ces lois Ferry de la fin du XIXè siècle qui rendent l'école laïque, gratuite et obligatoire, sont l'aboutissement d'un mouvement de démocratisation de celle-ci.

Article 4

La loi instaure un enseignement obligatoire de 6 ans à 13 ans, les enfants pouvant toutefois quitter l'école avant cet âge s'ils ont obtenu le certificat d'études primaires. La laïcité, proclamée dès 1881 avec la suppression de l'éducation religieuse dans l'enseignement public, est renforcée par la loi Goblet de 1886, qui interdit aux religieux d'enseigner dans le public. Filles et garçons restent séparés. L'école devient alors un ascenseur social pour tous les enfants des villages de Provence qui accèdent à l'éducation. Au début du XXè siècle, les enfants vont à l'école de fin septembre jusqu'à mi-juillet et les jours de repos sont le jeudi et le dimanche. L'institution offerte par les écoles des villages est alors de moins bonne qualité qu'à la ville, d'où le désir de certaines familles aisées des campagnes de mettre leurs enfants en pensionnat dans de plus grandes communes. Dans les villages, l'enseignement est plus proche de la nature, on y étudie sur des bancs de bois et non des bureaux, on y joue à des jeux simples et il n'y a souvent pas de service de cantine pour le déjeuner. Il faut l'emporter avec soi pour les enfants qui habitent loin du village dans les fermes isolées ou dans les hameaux. Il faut aller à pied parfois sur plusieurs kilomètres pour aller à l'école. En hiver, l'instituteur ou l'institutrice fait partir les enfants éloignés plus tôt afin qu'ils soient rentrés avant la tombée de la nuit. Quand les travaux des champs l'exigent, les enfants délaissent l'école pendant quelques jours pour aider leur famille.  

  Source : D'après le livre "La Provence d'antan" Editions HC.

Image du Blog lusile17.centerblog.net

 

04 avril 2015

Les lavandières du Rabinon

ExpoEcoles

Pierre Taxil, un de mes cousins muyois trop tôt disparu, était un amoureux de son village, un provençal dans l'âme. Grand collectionneur de cartes postales anciennes et de photos du Muy, il avait fait plusieurs expositions (voir l'affiche de la dernière faite par sa femme en son hommage). Fernand, son père lui avait communiqué l'amour de ses racines, l'amour de son village, quand Le Muy était un paisible village où les gens vivaient en famille. Il aimait écouter les anciens lui parler du bon vieux temps, lui raconter des anecdotes savoureuses que Pierre se plaisait à relater à son tour et surtout il aimait parler provençal avec eux. Il se plaisait à faire visiter son village aux touristes et partager ses connaissances avec les curieux. Bref, Pierre était un amoureux et un passionné du village qui l'avait vu naître et grandir ! Laissons-le donc nous raconter les lavandières du Rabinon.

Rabinon3

Dans le temps, les femmes allaient laver le linge au Rabinon (0). Il fallait voir le cortège de "roulottes" à quatre roues, prenant la direction de la route de Sainte-Maxime dès sept heures du matin, chacune avec sa corbeille de linge, sa lessiveuse, un peu de cendres du feu de bois pour faire "bouillir", les unes lavant pour leur foyer, les autres pour des particuliers. Les femmes lavaient, rinçaient dans une eau si pure qu'on pouvait la boire sans crainte. Les enfants venaient le jeudi, lorsqu'ils n'avaient pas classe, jouaient, sautaient, trempaient leurs pieds dans les flaques profondes ou, carrément, se baignaient en été. Les cris, les chants, accompagnés par les oiseaux, emplissaient les bois alentours. Une féerie de draps blancs, de serviettes, de torchons s'étalait sur les rochers et sur les arbustes. Grâce au soleil, le linge était sec le soir et le cortège reprenait la route du Muy, après une journée harassante mais combien réconfortante. Du côté de Roquebrune, on lavait au Riou ou à la Maurette, seul le moyen de locomotion était différent, c'était la brouette..."

Rabinon1

Nous sommes en octobre, à sept heures du matin, au Muy, dans la rue Marceau. Fine (abréviation de Joséphine) sort la roulotte (1) de sa cave, le père François rentre chez lui après avoir acheté le pain et le journal.
"Bonjour Fine ! Tu te prépares pour aller laver le linge au Rabinon ?
- Eh oui, avec ces quelques orages, le Rabinon raille (2) bien. Té, donne moi un coup de main pour charger la gourbo (3) car j'ai beaucoup de draps aujourd'hui.
- La gourbo, la lessiveuse, le bois, la caisse, le battoir et les paquetons des célibataires, te voilà bien chargée. Pousser ce chargement sur deux kilomètres avec la montée du pont d'Argens, tu as du mérite, tu ne le voles pas ton argent ! Pourquoi tu ne vas pas au lavoir municipal ?
- Moi ! au lavoir ! Ma mère, ma grand-mère allaient au Rabinon. Etendre les draps sur du fil de fer tandis que là-bas ils soleillent, sèchent sur les arbustes et s'imprègnent de l'odeur de la garrigue. Et puis, laver avec l'eau    du canal ? Tu n'y penses pas ! Tandis que laver les draps dans l'aigo mauresco (4)... et même je vais te dire, c'est mon bénéfice !
- Comment ton bénéfice ?
- Et bien pour une gourbo de linge, en plus de mon salaire, je demande une pièce de savon de Marseille et avec l'eau bonne (5) des collines, le savon prend mieux et j'en consomme que la moitié : c'est mon "papa rousset"(6).
- Oh, tu as fait des frais, tu as une belle caisse toute neuve !
- Moi ! faire des frais ! La caisse, c'est Auguste qui travaille à la scierie Laudon qui me l'a donnée, tu vois pas la réclame de Nestlé (7) imprimée dessus ! Tu sais, se mettre à genoux sur les pierres c'est dur ; alors j'ai retiré un côté, mis un coussin à l'intérieur, ça fait bien l'affaire pour mes pauvres genoux. Le battoir c'est lui aussi qui me l'a fait.
- Vous êtes combien à aller au Rabinon ?
- Oh, cinq ou six ; au temps de ma mère, elles étaient une quinzaine, même que les trous d'eau avaient des noms : les premiers, près du chemin c'étaient ceux dits des "professionnelles" qui lavaient pour l'hôtel Sermet et les familles bourgeoises ; ensuite, je me rappelle qu'il y avait le trou du cade (8), de la chèvre, de la bassine, du haut et d'autres ; chaque trou avait sa titulaire ! Maintenant on se met où on veut et à midi, pendant que la bugado (9) soleille, dans le feu, on fait cuire les saucisses de chez Foucou (la boucherie Edouard Foucou et fils était sur les allées Victor Hugo) avec la pain de chez Cattu (Catturegli que les Muyois raccourcissaient en Cattu), un peu de caillette, quelques noix et des figues sèches, on se régale. Et puis on se raconte les dernières nouvelles du Muy, les contes d'avant.
- Là les cancans ça doit y aller ! Tout Le Muy doit y passer.
- Bon, assez blagué ! Albertine doit m'attendre, et merci pour le coup de main. A bientôt !"

Rabinon2(0) le Rabinon prend sa source sur le versant sud du Rocher de Roquebrune et le contourne vers l'ouest avant de plonger dans l'Argens
(1) plateau de bois monté sur quatre roues en fer que l'on pousse et dirige à l'aide d'une poignée. Construite à partir de 1938 par M. Gibert, charron au Muy, sa production cessa vers 1950
(2) coule
(3) corbeille en osier
(4) eau des Maures
(5) eau pure peu chargée en calcaire
(6) supplément. Lorsqu'un commerçant faisait la bonne mesure ou donnait un supplément à la quantité, il disait "je te fais papa rousset"
(7) la scierie Laudon, la plus importante du Muy, fournissait des caisses d'emballage pour l'usine Nestlé de Marseille
(8) genévrier
(9) ensemble de linge lavé

                              Source : Texte raconté par Pierre Taxil dans le livre : "Le Rocher de Roquebrune"
Ed. Campanile.

Lavandiere-copie-1

 

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28 mars 2015

Le lac de Sainte-Croix

Le projet consistant à noyer la vallée du village des Salles pour réaliser un lac ne date pas d'hier. En 1908, c’est à dos    d’âne que Georges Clemenceau, alors Président du Conseil, entreprit une randonnée sur tout le cours du Verdon entre Fontaine L’Evêque et le lac d’Allos : on envisageait déjà à l'époque l’aménagement du Verdon, et la construction de barrages à certains endroits stratégiques de son cours. Le projet fut mis de côté à cause des aléas de l'Histoire, sans cependant être totalement abandonné. Entre les deux guerres, c'est la Société Schneider qui fut chargée de la construction du barrage, lequel ne resta qu'à l'état de projet. C'est à partir de 1962 que les évènements se précisèrent.  Le projet retenu consistait à réaliser un grand lac jusqu'à la cote 500. Celui-ci devait noyer, outre le village des Salles-sur-Verdon situé au fond de la vallée, mais également celui de Bauduen, tous deux dans le département du Var, alors que le village de Sainte-Croix-du-Verdon, situé en face, dans les Alpes-de-Haute-Provence, était voué à devenir inhabitable.  

Fontaine-L-Eveque

 La résurgence de Fontaine L'Evêque.  Cet endroit n'existe plus aujourd'hui.  

 Du fait de la présence de la résurgence vauclusienne de Fontaine L'Evêque, un risque existait de voir ce lac se vidanger par un effet de siphon. De plus, la détermination des expropriés des trois villages les plus concernés par le projet ne faiblissait pas. A la fin de l'année 1968, la cote retenue pour le futur lac fut abaissée à 482. Les villages de Sainte-Croix-du-Verdon et Bauduen étaient sauvés, Les-Salles-sur-Verdon était le seul village condamné par la mise en eau du futur lac.  

 http://www.lessallessurverdon.com/  

La première mise en eau du barrage eu lieu en août 1973, et la mise en eau définitive le 15 novembre 1973. Cette retenue est la quatrième de France métropolitaine par sa superficie (environ 2 200 ha). La profondeur du lac est de 93 mètres, il contient 760 millions de m3 d'eau. Le lac est un centre de tourisme estival, il est très fréquenté pour les loisirs aquatiques. La navigation des bateaux à moteur à essence est interdite. Seuls les moteurs électriques et les voiles sont autorisés. On y rencontre beaucoup de pédalos et de barques diverses de juin à septembre. Ce lac artificiel est également utilisé pour les écopages des Canadairs lors des incendies dans la région.  Le village des Salles-sur-Verdon a été condamné par la construction du barrage EDF qui a donné naissance au lac de Sainte-Croix. Les habitants ont dû quitter leur cadre de vie, changer d'existence, de métier… Le village a été détruit maison après maison, pierre par pierre… Tous les arbres et végétaux de la vallée ont été éliminés… L'église a été dynamitée, le cimetière a été déménagé… Un village moderne a été reconstruit, mais rien n'a plus été comme avant.  

Source : D'après Wikipédia - l'encyclopédie libre.

Bauduen2

Le village de Bauduen.

L'eau du lac de Sainte-Croix a remplacé la vallée qui s'étendait à ses pieds (Photo Nadine).

 

21 mars 2015

Mon nouveau blog sur Trans-en-Provence

Bonsoir à toutes et tous,

Je vous informe que mon blog sur Trans-en-Provence a changé. Je vous donne la nouvelle adresse : http://www.transenprovence.info/ 

Mettez-la dans vos favoris ou inscrivez-vous à la newsletter. Merci à vous.

Les albums-photos que vous aimez sont au rendez-vous naturellement avec de nouvelles cartes postales ou photos.

Ecusson et multi vues

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L'origine du nom de la Provence

 

Medaille-Fondation-de-Marseille

Médaille commémorative de la Fondation de Marseille. Gyptis offre la coupe à Protis, l'élu de son coeur.

On sait que l’histoire de la Provence commence avec le récit de la fondation de Marseille par les Grecs de Phocée aux environs de l’an 600 avant J.C. A cette époque lointaine, la région qui s’appellera plus tard la Provence n’a pas encore de nom. Les populations qui l’habitent sont des Ligures et c’est ainsi que les Grecs les désignent. A différentes reprises, des Celtes, venus probablement par la Vallée du Rhône ou par le Languedoc, s’infiltrent en pays ligure ; ils sont une minorité, mais il est probable qu’à l’origine tout au moins, ils constituent une sorte d’aristocratie militaire qui domine les autochtones. Par la suite, une fusion s’opèrera entre eux constituant la civilisation Celto-Ligure qui va subsister jusqu'à l'invasion romaine. Les Salyens (ou Salluviens) sont installés en Basse Provence, les Cavares dans le Comtat-Venaissin, les Voconces dans la Drôme, les Oxybiens dans le Var et les Déciates dans les Alpes-Maritimes. Ils sont entourés au Nord et à l'Ouest par des tribus Celtes : les Allobroges en Dauphiné et les Arvernes dans le Massif Central.

Marseille-monnaie

Illustration trouvée sur le site Celtes et Monnaies

Les Grecs de Massalia (Marseille) fondent de nombreux comptoirs le long de la côte méditerranéenne ; c'est ainsi qu'apparaissent Nikieia (Nice), Antiopolis (Antibes), Olbia (Hyères), Agathé (Agde)... Le commerce s'étend très loin : en Egypte, vers la Bretagne et la Baltique. Massalia se constitue un véritable Empire et son influence s'étend sur toute la côte, y compris vers l'Espagne actuelle. Elle se trouve bientôt confrontée aux Etrusques et aux Carthaginois. Elle s'allie alors avec la République de Rome et après une lutte à rebondissements les deux alliés sortent victorieux du conflit. Devant la recrudescence d'incursions des tribus Celtes (Salyens), Massalia demande à Rome d'intervenir en Gaule. Rome y est d'autant plus intéressée qu'elle vient de conquérir l'Espagne. Le consul Sextius Calvinus s'empare et détruit Entremont, la capitale des Salyens, il édifie en remplacement une nouvelle ville qui prend le nom d'Aquae Sextiae (Aix-en-Provence). Massalia a donc une alliance étroite avec Rome, mais en 49 avant J.C., elle choisit le parti de Pompée dans le conflit qui oppose celui-ci à César. L'armée de César fait le siège de la ville et s'en empare. Elle est durement sanctionnée, une bonne partie de ses domaines sont attribués à une ville qui a aidé César : Arelate (Arles). C'en est fini de la grandeur de Massalia. Elle devient désormais une cité fédérée qui reconnait la suprématie de Rome. Elle a un Conseil des 600 et une oligarchie des Anciens. Marseille devint une ville intellectuelle, vectrice de la diffusion de la civilisation de la culture grecque dans le monde romain.

Narbonnaise

Dès lors, ainsi qu’ils le faisaient dans les pays conquis hors d’Italie, les Romains créérent une "province" (provincia) qui englobait une vaste région allant du lac de Genève aux Pyrénées et couvrant tout ce qui constitue actuellement le Dauphiné, la Provence et le Languedoc. Par la suite, la ville de Narbonne fut choisie comme chef-lieu de cette grande circonscription qu’on appela pour cette raison la "Province narbonaise" (Provincia narbonensis). Mais souvent on disait : la "Province" tout court et il faut voir là l’origine très lointaine de notre pays de Provence, en notant toutefois que le terme s’appliquait alors à une contrée beaucoup plus vaste. Dans la suite des temps, les circonstances conduisent à un morcellement de cette vaste province : il devient nécessaire que les gouverneurs de provinces aient mieux en main des provinces plus réduites. La Provincia d’origine fut divisée en plusieurs provinces parmi lesquelles la Narbonnaise Première (Languedoc), la Viennoise (comprenant la vallée du Rhône) la Narbonnaise Seconde (Provence centrale de Gap à Fréjus) et les Alpes Maritimes. Tel était le découpage administratif à la fin de l’Empire romain (Vème siècle). C’est à cette époque qu’on voit apparaître le terme de "Provincia" pour désigner ce qui sera la Provence par la suite. Les premiers documents dans lesquels le terme apparaît, semble-t-il, avec cette signification, sont des lettres adressées par les Papes aux Evêques des Gaules.  En 419, le pape Boniface précise que le jugement de l’Evêque de Valence, accusé de diverses fautes, doit avoir lieu "intra Provinciae". Dans les deux cas, le contexte paraît indiquer qu’il s’agit de la Provence. La localisation du terme a été probablement facilitée par le fait que la Provence demeurait la seule et la dernière possession de Rome au-delà des Alpes. Dès lors, lorsque, dans les rares écrits qu’a laissée cette époque troublée, on parlera de la Provincia, il s’agira de la Provence : c’est ainsi que Grégoire de Tours, écrivant vers 591, cite la Provence Arlésienne (Provincia Arelatensis) et la Provence Marseillaise (Provincia Massiliensis). Plus tard, en 855, notre pays acquerra pour la première fois sa personnalité politique lorsque, dans le démembrement de l’empire de Charlemagne, l’empereur Lothaire donnera à son fils Charles, le royaume de Provence (Regnum Provincie). 

Source : Lou Terraire – Revue éditée par le Centre culturel provençal de Draguignan.   


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14 mars 2015

La légende de la fondation de Marseille

Caret Marseille

Massilia-lacydon

 La calanque du Lacydon, futur Vieux Port dans la configuration trouvée par les Grecs
    il y a plus de 2600 ans

    Six cents ans avant Jésus-Christ, les Ségobriges, tribu salyenne qui occupait le littoral à l'Est du Rhône, vivaient pauvrement de pêche et de chasse. Ils ignoraient l'écriture, l'usage de la monnaie et l'art de construire des villes, mais commerçaient depuis fort longtemps avec les navigateurs grecs. Ceux-ci venaient en Occident pour en rapporter des métaux précieux, notamment l'étain, qui était alors aussi indispensable que le pétrole de nos jours. Mais ils venaient aussi chercher le sel, car les côtes orientales de la Méditerranée, trop profondes, n'en facilitaient pas la production. Le nom même de Salyens, qui n'a pas une consonnance ligure, évoque sans doute "les hommes du sel".
    Pour couvrir leurs expéditions, les Grecs établirent des comptoirs : Enserune sur la côte du Languedoc, Saint-Blaise au-dessus de l'étang de Berre, enfin Massalia qui siginfie peut-être : Mas des Salyens.
    Selon Justin "ce fut en l'an 600 avant Jésus-Christ que le premier vaisseau phocéen jeta l'ancre sur la côte gauloise, à l'Est du Rhône, où devait être fondée Marseille". La légende prétend que ces Phocéens, conduits par Protis sous la protection d'Artémis, la grande déesse d'Ephèse aux dix-huit mamelles, débarquèrent sur les rives du Lacydon (le futur Vieux-Port) le jour même où Nann, roi des Ségobriges allait marier sa fille prénommée Gyptis.

Gyptis et Protis

Toile d'Anne-Marie Avon Capana réalisée en 1999, pour les 2600 ans de la naissance de la cité phocéenne. Tableau où elle met en scène la légende de Gyptis et Protis.

La coutume voulait alors que la fiancée désignât elle-même l'heureux élu en lui tendant une coupe de vin à l'issue d'un banquet rituel. Les navigateurs phocéens furent amicalement invités à ce banquet ; au dessert, frappée d'un coup de foudre, ce fut à Protis que Gyptis, la fille de Nann, tendit la coupe. Comme la fille était jolie et le père puissant, le jeune capitaine accepta le mariage. En cadeau de noces, Nann fit don aux nouveaux époux d'une bande de littoral sur laquelle Protis fonda cette ville qui au fil des siècles allait devenir Marseille. La colonie comprenait alors, au Nord et à l'Est d'une crique hospitalière, le Lacydon, des marécages (devenus La Joliette et la Canebière), une butte inaccessible de la mer (actuel Saint-Laurent)  et quelques terres pauvres délimitées par les collines proches. Les marins grecs y acclimatèrent avec un plein succès la vigne et l'olivier. Le premier soin de Protis fut de placer en évidence les statues des dieux qui lui avaient accordé une si heureuse destinée. Il éleva le temple d'Artémis sur la butte des Moulins, face aux barbares de l'intérieur (la Butte des Carmes s'appelait encore au Moyen Age Rocca barbara), tandis que celui d'Apollon Dauphin, protecteur des marins, faisait face à la mer. Ce fut la grande prêtresse Aristaché qui, selon la tradition, se chargea du débarquement de la précieuse statue d'Artémis.

Artémis d'Ephése

Fille de Zeus et de Léto, soeur aînée et jumelle d'Apollon, née dans l'île de Délos, la déesse Artémis d'Ephèse est la déesse de la fertilité, elle nourit l'ensemble de l'humanité grâce à ses seins très nombreux et engorgés du lait divin..

Source : Guide de la Provence mystérieuse - Jean-Paul Clébert - 1986.

 

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07 mars 2015

Les travailleurs du corail

 

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Un grand panier de sardines sous un bras, le poing sur la hanche, la balance romaine accrochée à la ceinture, la poissonnière du quartier Saint-Jean est l’un des personnages les plus caractéristiques du peuple marseillais et l’un des premiers a avoir été immortalisé par les santonniers. Un tablier de grosse toile de chanvre protège son beau cotillon d’indienne, un grand châle est croisé devant, les pointes passées dans la ceinture, les barbes de sa coiffe toujours dénouées flottent au vent et ses oreilles, sa gorge et ses mains s’ornent de bijoux d’or filigranés, enchâssant de ravissants camées de corail. Elle est napolitaine ou sa mère l’était ou sa grand-mère avant elle. Et son frère, son père ou son grand-père était pêcheur ou corailleur. Depuis des siècles, le corail fascine, par sa couleur couvrant toutes les nuances de l’orange, du rose pâle au rouge sang, par sa forme en arbre miniature, par sa provenance puisqu’il faut aller le chercher dans les profondeurs de la mer. A la fois animal, végétal et minéral, le corail a acquis un très grand pouvoir magique. Il protége de la foudre, éloigne la haine, la jalousie, défait les sortilèges, anéantit les peurs et les cauchemars. Tous les peuples de la Méditerranée ont de tous temps mêlé le corail à leurs trésors et à leurs parures. Mais les corailleurs napolitains et siciliens furent certainement les plus célèbres. Et le corail fit la fortune et la prospérité de petites villes de Sicile où, à partir du XVIe siècle, s’était établie une brillante tradition de travail du corail. De splendides objets d’art furent produits pour les plus nobles familles et les plus prestigieuses cours d’Europe.

Corail-rouge

Le XVIIe siècle connut l’apogée de l’art du corail en Europe, tant ce matériau précieux, aux formes naturelles, se prêtait à l’expression fantasque de l’âge baroque. Le XVIIIe siècle lui préféra l’éclat des perles et des diamants et l’art du corail déclina peu à peu. Au XIXe siècle, les élégantes et jolies demoiselles des villes boudaient le corail, de peur de passer pour des "filles ou femmes d’artisans de province". C’étaient bien les artisanes, les revendeuses de légumes, les bouquetières et les riches poissonnières du quartier Saint-Jean qui continuaient de se parer fièrement de ces bijoux rouges. Les corailleurs marseillais se recrutaient sur le quai Saint-Jean, parmi la population d’émigrés napolitains. Les plus importants gisements de corail en Méditerranée se situaient autour de la Sardaigne et de la Corse. Comme Naples et Barcelone, Marseille avait développé le commerce et le travail du corail brut. Dans une quantité d’échoppes éparpillées autour du port, on sculptait les petits arbres orange pour les transformer en perles à enfiler, en croix, en camées ou en amphores. Puis d’autres artisans les montaient dans de légers filigranes d’or, et ces bijoux simples et charmants étaient vendus dans toute la Provence.  

   Source : Couleurs de Provence – Michel Biehn - Flammarion

Corail 1

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16 février 2015

La route du sel dans le Comté de Nice

Pour faire suite à mon article : L'histoire du sel, la gabelle, je vous propose de lire : La route du sel.

Carte-route-du-sel

Pendant près de six siècles, la route du sel fit la fortune ou la ruine de villes-étapes. Des milliers de mulets transportant chacun près de 80 kilos de charge (charge : unité de mesure du Comté de Nice) empruntaient les mauvais chemins des Alpes et les cols enneigés. L'itinéraire tenait compte des obstacles naturels et des aléas politiques. La vallée du Var, qui servait de frontière avec les états de Provence, était considérée comme trop exposée et les vallées de la Tinée (aux mains des Grimaldi) et de la Roya (possédée par les Lascaris de Tende) n'offraient, quant à elles, pas assez de garanties en raison de l'instabilité de leur souveraineté. Les convois partaient par la vallée du Paillon et se désaltéraient à Saint-André-de-la-Roche. Une première version de l'itinéraire rejoignait l'Escarène, Lucéram et Solpel en faisait un long détour pour éviter les gorges de la Vésubie. En 1433, un personnage hors normes vint proposer un nouvel itinéraire : Paganino del Pozzo, un entrepreneur de gabelle de Nice* dont la famille était établie à Cunéo, proposa de construire à son compte une route plus sûre et plus rapide, à condition de lui laisser percevoir un droit de péage sur les marchandises en transit. Sa route passait par Levens et Utelle, où était effectué un contrôle des sacs pour savoir si le poids réel correspondait à celui qui avait été déclaré. Il fallait au total environ un jour et demi pour rejoindre Saint-Martin-Vésubie, dernière étape avant les cols des Alpes, dont la prospérité était due à son statut de magasin de stokage des denrées en transit entre Piémont et Méditerranée.

Nice-Histoire-RouteDuSel

Gravure anonyme partielle des chemins de la route du sel, la vallée de la Roya – Patrice Semeria

Selon les circonstances, le convoi franchissait les Alpes au col de la madone des Fenestre ou au col d'Arnovo. L'entrée en Italie se faisait ensuite par Borgo-San-Dalmazzo et Cuneo. Paganino, dont la population déforma le nom en "Pagari" (pagare veut dire "payer" en italien) se fit construire une riche maison dite "Paganino" ou "Palais du sel", qui est encore visible aujourd'hui Via Roma à Cuneo. Il se ruina ensuite en voulant étendre son concept de route du sel à péage dans la vallée de la Roya. Il laissera au moins un dicton qui résume mieux qu'un long discours la fatalisme du peuple "Tant que Pagari paghara, Lo Pas passara. Quand pagari paghara plus, Lo Pas passara plus..." Ce qui se traduit par "Tant que Pagari paiera, le col sera franchissable". Dans une variante du dicton est rajouté le "si" italien, ce qui donne "Tant que Pagari SE paiera (tant qu'il encaissera la taxe).

*Entrepreneur de gabelle : les gabeliers ou "entrepreneurs de gabelle" étaient des fermiers à qui les ducs de Savoie concédaient la perception des taxes et le transport du sel.

Source :  Extrait de Côte d'Azur insolite et secrète - Jean- Pierre Cassely - Ed. Jonglez.

Maison de Paganino

 Maison de Paganino del Pozzo à Cuneo

 

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09 février 2015

L'histoire du sel, la gabelle

 

Sels-blancs-speciaux-et-fleur-de-sel

Le sel... Ces quelques petits grains qui viennent assaisonner nos plats quotidiens nous semblent d'une étonnante banalité au point que nous n'y prêtons plus guère attention. C'est un peu vite oublier l'importance que le sel a eu dans notre histoire... Le sel a une origine marine, qu'il s'agisse de mers actuelles ou de mers primitives qui se sont retirées ou asséchées lors de réchauffements climatiques. Dans ce dernier cas, il s'est retrouvé compressé pendant des milliers d'années par des couches sédimentaires. Jusqu'au Paléolithique, l'Homme ne consommait pas directement du sel. Celui-ci lui était fourni en quantité modeste par son alimentation principalement carnée. La sédentarisation de l'être humain et le développement de l'agriculture vont entraîner une diminution de la consommation de viande et donc une réduction de l'apport en sel. L'homme comprend instinctivement l'importance physiologique vitale du sel. Il va donc chercher à l'extraire de la nature environnante. Ainsi, dès le Néolithique, l'homme extrait le sel par évaporation naturelle des saumures (eaux chargées en sel), par brûlage de plantes poussant en milieu salé ou par évaporation par le feu (méthode du briquetage). A la fin de la Préhistoire, l'homme a découvert d'autres qualités au sel, notamment celle de conservation des aliments et du traitement des peaux (cuirs). Le sel, finalement indispensable, a en outre la particularité de se peser et se transporter facilement. Il devient rapidement un enjeu politique, économique et une monnaie d'échange. Nous gardons la mesure de son importance financière par le mot salaire, directement issu du mot sel, car dès l'époque romaine ce précieux minéral constituait une partie de la solde des légionnaires. En France, une taxe sur la consommation de sel est établie par ordonnance royale à partir de 1341 par le roi Philippe VI de Valois, c'est la gabelle. Elle restera monopole royal jusqu'à la Révolution.

Gabelles

Si le prix du sel est fixe, la gabelle en revanche n'est pas du même montant sur l'ensemble du territoire, pouvant parfois afficher une différence quarante fois supérieure d'une zone à l'autre. Par ailleurs, sous Louis XIV, si chaque citoyen est obligé d'acheter une certaine quantité de sel (appelée sel du devoir) certaines personnes physiques ou morales en sont exemptées ou paient leur sel au-dessous du tarif établi par l'Etat : il s'agit du clergé, des nobles, des universités et des officiers royaux. On comprend aisément dans ces conditions le sentiment d'injustice ressenti et la tentation de s'adonner à la contrebande. Bien que les peines encourues soient sévères (amendes lourdes, fouet, galères, marquage au fer rouge d'un "G"), les contrebandiers ou "faux sauniers" qu'ils soient hommes, femmes ou enfants étaient nombreux.

Gabelous

Les autorités mirent en place un réseau de douaniers ou "gabeloux" pour la perception de la taxe et la surveillance de la contrebande. Si la gabelle est officiellement supprimée par décret le 1er novembre 1790, elle revient sous la forme d'un nouvel impôt sur le sel avec Napoléon pour finalement n'être abolie qu'en 1946. Les routes du sel ont tracé de véritables voies de communication et d'échanges culturels. Les villages-étapes ont pu tirer profit de ce commerce itinérant. Le sel était acheminé de manière fluviale, maritime ou terrestre (avec parfois de ouvrages établis pour l'occasion comme le "tunnel de la Traversette" terminé en 1480 sur la route Provence-Italie). L'empreinte du sel dans notre culture est telle qu'elle touche aussi aux croyances et au divin. Tour à tour symbole de purification et de protection (baptême des nouveaux nés ou des embarcations, protection contre le mauvais oeil), le sel représente parfois la destruction (les Romains avaient usage de répandre du sel sur les villes qu'ils rasaient afin que rien ne repousse). Certaines populations, en revanche, surtout en Afrique saharienne ou au Moyen-Orient ont conservé le "partage du sel" comme rite d'accueil de l'étranger. Plus largement, le sel représente l'alliance et l'équilibre qui relient l'homme à son créateur. D'où le rappel de l'idéal évangélique : "Vous êtes le sel de la terre !" (Mathieu, V, 13). L'importance du sel a donc été considérable à tous les niveaux (humain, politique, économique, social et religieux). Cependant, l'exploitation du sel a connu de grandes modifications depuis le XIXe siècle. Lorsque les conserveries apparaissent en France, les besoins en sel diminuent nettement. Par ailleurs, les petites exploitations ne permettent pas toujours de s'adapter à la mécanisation et sont de fait abandonnées.

Salins-litho-bg

C'est ainsi que de nombreux sites ferment, qu'il s'agisse de salins en Méditerranée, de marais salants sur la côte atlantique, d'exploitations du sel igné ou gemme en Aquitaine et en Franche-Comté. Aujourd'hui, de grands groupes comme la Compagnie des Salins du Midi et des Salines de l'Est se disputent l'essentiel du marché du sel dont les utilisations sortent du champ purement alimentaire. Est-ce à dire que le charme des petites exploitations et l'influence de celles-ci sur le paysage français risquent de tomber dans l'oubli ? Fort heureusement, de nombreux sites profitent d'une reconversion en zones protégées pour leur biodiversité tel les Salins d'Hyères, en site d'écotourisme comme pour les Salins de Frontignan, en musée comme à Marsal ou à Salins-les-Bains qui, parallèlement exploite aussi le côté thermal de ses ressources en eau salée. Par ailleurs, certains marais salants de la côté Atlantique sont repris par des jeunes exploitants volontaires et passionnés afin d'être remis en état à l'identique de ce qu'ils étaient comme sur l'île de Noirmoutier misant sur une haute qualité artisanale de sel alimentaire. L'histoire du sel est intimement liée à celle de l'homme. Il est présent dans la nature, dans ce qu'il crée, et participe à son métabolisme. Cet or blanc soigne nos blessures, donne de la saveur à nos plats. Quel trésor ! Il symbolise le pétillant de la pensée, l'humour, "mettre son grain de sel", mais aussi sa profondeur mystérieuse : Le sel de la Sagesse.

Source : D'après un texte paru dans le Calendrier de la FNACA 2014.

Salins-d'hyeres

Extrait : Les gabeloux au village

Voulez-vous voir des gens haïs ? Guettez les gabelous quand ils viennent au village. Les hommes les regardent de travers, d'un sombre regard qui ne dit rien de bon, les femmes, si elles pouvaient, les déchireraient avec les ongles. Ils entrent brusquement dans la maison; de force ils fouillent la masure, pour voir s'il n'y a pas de sel caché. Ils se font montrer le coffre : "Toi, tu n'as plus de sel assez : qu'en as tu fait ? Tu l'as vendu, sans doute !" Procès, amende, prison. "Toi tu en as trop évidemment, tu as acheté du sel de fraude." Procès encore. On perdait toujours. Le gabelou méprisé, haï, souvent battu se vengeait : il ruinait qui il voulait. Comme le sel du roi se vendait fort cher, beaucoup de gens faisaient métier d'en fabriquer et d'en vendre en fraude : ce sel de fraude, les gens de gabelle l'appelaient du "faux sel", le sel du roi étant le seul vrai, et les fraudeurs "faux sauniers". Entre ceux-ci et les gabelous c'était guerre à mort, guerre de nuit et d'embûches. Quand on les prenait ils étaient pendus.

Source : Charles Delon, les paysans

Salins-d'hyeres06

 A suivre bientôt : La route du sel

 

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26 janvier 2015

Le mas

 

Mas provençal

Mas avec chien

 La maison rurale que l'on qualifie de "mas" était une petite unité symbole de l'économie fermée. Chaque maison était différente et traduisait le caractère individualiste du paysan qui personnalisait toujours sa demeure. Elle témoignait d'un pragmatisme et d'une ingéniosité qu'on ne rencontre plus aujourd'hui. L'homme ne cherchait pas à dominer la nature environnante mais essayait de composer avec elle en tirant partie de ce qu'elle pouvait lui offrir. Le mas ressemblait à une construction ayant la forme d'un parallélépipède qui évoluait en fonction de l'augmentation de la famille installée en ses murs. Cette maison offrait une tendance à l'étalement avec une prédominance pour le plan en longueur à l'inverse des maisons de hameau qui tendaient davantage vers la maison "bloc". En général, la construction comprenait un ou deux niveaux, plus rarement trois étages, selon un plan toujours rectangulaire. A l'origine, le paysan construisait modestement, se réservant par la suite la possibilité d'agrandir son mas. L'architecture était donc à la fois fonctionnelle et évolutive. La maison rurale semblait surgie du sol comme en témoignent de nos jours encore les murs de pierre et les toits couverts de tuiles canal aux couleurs patinées par le soleil. Cette profonde impression de symbiose parfaite avec le paysage alentour se ressent dès que l'on observe un mas avec attention.  

Mas avec arbres

Mas avec moutons

 Devant une telle harmonie, nul ne peut rester indifférent. Un bâtiment sommaire était d'abord édifié et par la suite d'autres extensions venaient s'ajouter. "A l'époque les jeunes restaient sur l'exploitation vivaient avec les parents, prenaient leur suite, il fallait agrandir, créer de nouvelles pièces..." Les volumes s'accumulaient ainsi au fil des années avec une ordonnance parfaite. Il n'est pas rare d'inventorier trois à quatre agrandissements successifs. Le mas comprenait deux niveaux, le but étant de trouver de la place en hauteur sans développer la surface de la toiture qui présentait deux pentes. Le rôle des artisans maçons en Provence fut toujours important et la maison se construisait sous leur direction. Ceux-ci creusaient les fondations, montaient les murs, posaient les poutres pour la toiture. La famille apportait les matériaux bruts, les pierres, la terre pour les liants, le bois pour les poutraisons et les huisseries. Pour le paysan, le besoin de se protéger était omniprésent. Sa maison devait avant tout remplir cette fonction. Connaissant parfaitement les contraintes du climat et la rigueur des éléments, il était d'un naturel méfiant et se protégeait à la fois de la canicule, du vent et de la pluie. A l'inverse du touriste qui déjeune en plein soleil, le paysan, en bon méridional prenait ses repas à l'intérieur de sa demeure, à l'abri des épaisses persiennes entrebâillées qu'il ouvrait seulement le soir pour laisser entrer l'air frais. Au sud, se situait la façade principale, le plus souvent sur un mur gouttereau, plus rarement sur un pignon, bien exposée, percée d'ouvertures sans véritable souci de symétrie. La porte d'entrée, les fenêtres, la porte de l'écurie, de la remise ou des dépendances s'ouvraient toujours au midi, afin qu'elles soient baignées par les rayons du soleil une grande partie de la journée. L'extérieur se développait aussi à partir de cette façade, avec la terrasse, de grands arbres aux feuilles caduques, souvent des platanes qui protégeaient du soleil durant l'été, laissant passer les rayons l'hiver, une treille où le paysan aimait se reposer, des bassins qui servaient à la fois d'abreuvoirs et de citernes. Redoutant la violence du mistral, l'agriculteur voulait s'abriter de ce vent violent également à l'intérieur de son habitation et aux environs. Aussi, les façades nord et ouest recevant de plein fouet les assauts des rafales ne comportaient-elles aucune ouverture ou seulement de toutes petites fenêtres. Contre le mur nord souvent aveugle, véritable rempart protégeant des éléments, s'adossaient parfois quelques constructions utilitaires telles qu'abris et autres appentis. Le vent d'est apportant les précipitations, la façade orientée vers cette direction appelée aussi communément "mur de la pluie" ne présentait que de petites baies selon l'utilité. En général, se méfiant des infiltrations toujours possibles, les hommes ne prévoyaient là encore aucune fenêtre sur le mur oriental.

Mas avec provençales  

Mas avec puits

 A l'intérieur, le rez-de-chaussée se partageait d'un côté en locaux d'exploitations telles que petites écuries, caves, remises à légumes ou à fleurs, et de l'autre en une pièce habitable constituée souvent par une salle unique, la cuisine. C'était en ce lieu que la famille se réunissait au retour des champs : on y mangeait et le soir devant la cheminée, souvent le seul foyer existant dans toute la maison, les femmes cousaient, filaient et les hommes racontaient des histoires, rapportaient des anecdotes qu'ils avaient entendues au cours de leur journée de travail. C'étaient les veillées que l'ère de la télévision rendit par la suite obsolètes. Les chambres occupaient l'étage supérieur et étaient en général de dimensions étroites, comprenant rarement une cheminée. Les surfaces les plus importantes étaient inexorablement réservées aux animaux et aux remises. L'écurie abritait le cheval, le mulet, les chèvres, les moutons et moins fréquemment le boeuf. Parfois, près du bâtiment principal se trouvait un pigeonnier. Dans la remise étaient rangées les charrettes et les charrues, tandis que sous la toiture se trouvait le grenier, parfois "grenier-séchoir" où l'on étendait les fruits pour qu'ils sèchent sans s'abîmer. Pour des raisons pratiques le foin et la paille étaient toujours stockés au-dessus de l'écurie. La tradition voulait que le paysan commençant l'édification de sa maison plante des cyprès. Plus tard, lorsque son enfant se trouvait en âge de se marier, il utilisait le tronc de l'un de ces conifères pour construire le faîtage de la toiture de l'extension. Souvent, sur le toit du côté du pignon était scellée une croix de fer forgé, témoignage de la piété et de la ferveur religieuse des homme d'autrefois qui bâtissant leur demeure au milieu des champs, loin de la cité et de ses remparts, recherchaient toujours la protection divine.

Source : D'après "L'habitat rural à Grasse" - Corinne Julien-Bottoni - Ed. Tac Motifs.

Mas dans les lavandes

 

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16 janvier 2015

Blanc, noir et gris

Ombre et lumiere

Blanc et noir, ombre et lumière, accompli et inaccompli semblent indissociables. Blanc et noir ne sont pas des couleurs, mais des éclairages différents. Le noir c'est la nuit, c'est l'ombre, c'est-à-dire le moment où les couleurs semblent absentes de toutes choses. Mais il suffira que le soleil se lève pour les révéler à nouveau. Aussi bien le noir en Provence n'est-t-il jamais vraiment noir. Il peut être bleu de Prusse comme la robe noire de l'Arlésienne de Van Gogh, violet intense comme les grains de raisin sur la treille, brun comme la robe des taureaux de Camargue ou du nougat de miel et d'amandes, comme les fonds de tissu "ramoneur" teint à la noix de galle et comme la truffe qui mûrit en secret sous la terre. Le blanc, lui, n'est que lumière céleste. La moindre altération le trouble, le dénature. La moindre tache le flétrit. Si les mariées de chez nous portaient une robe verte ou fleurie, elles la retroussaient pourtant afin que l'on voie leur merveilleux jupon de boutis blanc brodé de coeurs, de pigeons, de temples et de paradis, tout comme la courtepointe de leur lit de noce. Et de même que deux fois l'an on faisait la bugado, de même passait-on tous les murs à la chaux, rite purificateur qui éliminait la vermine, mais qui surtout revêtait la maison pour un temps d'une blancheur impeccable. Blanc, c'est aussi la couleur du sel que l'on extrayait dans les nombreuses salines qui ponctuaient la côte méditerranéenne. Blanc, c'est enfin la couleur de toute la Provence lorsqu'en août elle se noie dans la lumière du soleil de midi et que Jean Giono parle de "plâtre bouillant".

Ciel gris Le Barroux

Quant au gris, c'est essentiellement la couleur du temps qui passe. Les cheveux des vieilles, les murs de pierre, les volets des mas, tout devient gris avec le temps. C'est aussi la couleur de la colline, la couleur des thyms et des santolines, la couleur des champs de lavande quand ils ne sont pas bleus, c'est-à-dire, onze mois sur douze, la couleur du ciel quand le mistral ne souffle pas. A y bien penser, et tant pis pour le paradoxe, la Provence est baignée le plus souvent dans un camaieu de gris, noyé dans une pâle lumière d'argent. Autrefois, tous les murs de toutes les maisons étaient crépis dans les couleurs naturelles des sables locaux et tous les volets, ceux des maisons de village comme ceux des mas ou ceux des bastides, étaient peints dans une infinie variété de gris qui jouaient délicatement avec le gris du ciel et la douce palette argentée des paysages environnants. Ce qui faisait que lorsque la couleur surgissait, charette bleue chargée de ballots de paille, devanture de droguiste ou encore étal de fruits et de légumes au marché du samedi matin, elle explosait, souveraine, dans la lumière du soleil provençal.

Sources : D'après "Couleurs de Provence" Michel Biehn, Editions Flammarion. Photos de Pascal Lando, site "Images en Vaucluse".

Maison Crillon-le-brave

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06 janvier 2015

Une chapelle sous les allées d'Azémar à Draguignan

 

Draguignan ville régale

A l'époque romaine, à l'emplacement des futures allées d'Azémar, se trouvait un immense marécage. Au Xème siècle, la population disséminée jusqu'alors, s'implante au sein de fortifications sur la butte rocheuse où s'élève aujourd'hui la Tour de l'Horloge. Draguignan commence à se développer et le marécage devient alors une vaste décharge publique, terrain vague putride, déversoir d'égouts à l'origine de nombreux cas de malaria. A partir du XIème siècle, l'endroit est assaini. Situé non loin de la porte Saint-François -porte principale de la ville fortifiée, sur la partie sud des remparts- il devient les Aires publiques Saint-François. C'est la principale aire de battage du blé avec celle de Saint-Jaume. Les aires de battage sont utilisées en libre usage par les habitants vivant alors au sein de la ville fortifiée. Il en est encore ainsi quelques années avant la Révolution quand Honoré Muraire (1750-1837) maire et premier consul de Draguignan y fait planter des ormeaux afin de créer un emplacement convenable pour les foires. Sur cet emplacement où l'on assainit, remblaie et plante des arbres, subsiste encore un petite chapelle, construite deux siècles plus tôt, Notre-Dame-de-Montserrat (dimensions 20 m sur 5 m). En 1535, Jacques Niel, un pèlerin originaire de Corps (Isère), de passage à Draguignan après un périple qui le fit séjourner au monastère Bénédictin de Montserrat, choisit le bas des allées pour faire édifier une "croix de chemin". Cette croix devint bientôt un oratoire, exécuté par un menuisier de talent, Pierre Guisson. Honoré Fouque, riche marchand y fit graver ses armes, ainsi que celles de la ville, à ses frais. L'édifice fut bientôt doté d'un tombeau, d'une voûte et il fallut attendre 1539 pour voir la construction d'une nef et 1542 d'un retable.

All_es_d_Az_mar

Après la disparition de Jacques Niel en 1568, son ermitage fut occupé par la confrérie des Pénitents Bleus, qui le firent agrandir en 1571. Puis, en 1611 un nouvel agrandissement fut réalisé. Entre-temps, et après quelques anicroches avec le commandeur de Comps qui ne voyait pas d'un très bon oeil le développement de l'édifice à proximité des remparts, la chapelle fut rebaptisée chapelle Saint-Alloys - Saint Eloy, mais l'ancienne appellation de chapelle de Montserrat subsista dans les mémoires. En 1646, la chapelle fut réclamée au conseil de la ville pour y installer la congrégation religieuse des Doctrinaires en attendant la réalisation de leur nouveau collège. Les Minimes y furent plus tard logés à leur tour. La chapelle eut aussi un rôle sinistre lorsqu'en 1652, le premier consul Jacques de Laurent Vaugrenier, principal meneur de la faction frondeuse des Sabreurs tenta de prendre la ville, tenue par la faction rivale des Canivet qui étaient partisans du roi. La chapelle servit de refuge aux Sabreurs qui firent feu sur tous les passants et abattirent notamment le fameux armurier Antoine Guisot-Mingot. Le rôle religieux de la chapelle s'éteignit en 1747 après l'invasion austro-sarde, quand elle servit de succursale à l'Hôtel-dieu, déjà transformé en hôpital militaire. Les Pénitents Bleus désertèrent peu à peu le site. Le 16 février 1793, des inconnus incendièrent volontairement la chapelle et dans la même année, suite à une plainte des agriculteurs, une délibération municipale décrétait que "ce bâtiment nuisait aux foulures des grains attendu qu'il retenait une partie du vent...". Sous la Terreur, le terrain devint le site idéal pour les revues militaires et les bals publics. Il est baptisé Champs de Mars. En 1805, une plantation d'arbres permet de remédier au manque d'abri "contre les atteintes du soleil aux abords de la ville". Draguignan est la préfecture du Var lorsque le 10 avril 1806, Pierre-Melchior d'Azémar, le nouveau préfet, nommé par Napoléon, prend ses fonctions. Il entreprend de moderniser et d'embellir la ville et va lui donner ses plus belles avenues. Le 31 décembre 1807, il demande à la municipalité de supprimer les aires de Saint-François et de les transformer en promenade publique pour l'agrément de la population. Il va également doter la ville de l'éclairage public et agrandir la place du marché. Les allées prendront son nom en 1810. C'est le commencement de l'urbanisation du quartier.

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Ce n'est qu'en 1840 que la chapelle est totalement rasée pour n'en laisser que les fondations. Les bâtisseurs de l'époque n'hésitent pas à les enfouir sous terre créant ainsi un emplacement pour un marché aux bestiaux. Au XXème siècle, le macadam finira d'occulter l'édifice. En 1848, les maisons qui bordent les allées sont déjà bien avancées et forment un nouvel environnement urbain autour de l'Hôtel de la Préfecture nouvellement construit. Le 14 juillet 1888, Félicien Clavier, maire de 1888 à 1913, inaugure un très beau kiosque, où se produisent orchestres et fanfares. En 1966, après avoir abrité des générations de musiciens, le kiosque est démoli. A partir de là, de nombreux événements comme les fêtes foraines, les foires, les bals, etc... trouvent sur les allées un cadre idéal. Le buste du baron Pierre-Melchior d'Azémar, oeuvre du sculpteur dracénois Joseph Reboul (1844), domine encore de nos jours la fontaine de la place du Marché. Passants, lorsque vous marchez sur les Allées d'Azémar, juste en face de la Société d'études scientifiques et archéologiques, ayez une pensée émue pour cette jolie petite chapelle dont les vestiges sont juste à 50 centimètres sous vos pieds.

Sources : D'après deux articles tirés du Journal "Var-Matin" du 22 août 2011 auteur J.- M.D (avec la collaboration de Charly Clairici de la Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan) et du 14 décembre 2014 auteur Nelly Nussbaum.

Kiosque 

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01 janvier 2015

Bonne année 2015 !

Bonne année

Je vous souhaite à tous une excellente Année 2015 !

Qu'elle vous apporte joie, bonheur, prospérité et qu'elle permette la réalisation de tous vos désirs.

Bonne année

 

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22 décembre 2014

Les santibèlli

 

Santibelli

Les santibèlli sont très proches des santons, ces objets de religiosité domestique sont très prisés des Provençaux. Le mot santibèlli vient de l'italien "beaux saints". A l'origine, les santibèlli sont une sorte de statuette de style saint-sulpicien vendue dans les rues de Marseille par des colporteurs italiens. N'oublions pas que Marseille a connu jusqu'au XXème siècle une forte immigration italienne. Selon les spécialistes, l'un des premiers fabricants de santibèlli pourrait être Pierre-Nicolas Santouchy (Santucci à l'origine). Fils d'un Italien venu s'établir à Toulon vers 1777, ce dernier vendait des statuettes religieuses à Aix au XIXème siècle. Ce qui est sûr, c'est que les archives du XIXème siècle ne permettent pas de différencier les fabricants de santons de ceux fournissant les santibèlli. Tous sont qualifiés dans les actes de figuristes ou de marchands de figures de terre. Les santibèlli étaient d'ailleurs vendus à la traditionnelle foire aux santons de Marseille, même s'il ne s'agissait pas d'objets liés à Noël. Le santibèlli provençal est une figurine réalisée en terre cuite, et dont la hauteur varie de 20 à 60 centimètres. Le personnage représenté repose sur un socle en forme de reliquaire doté d'une sorte d'oculus imité de ceux que l'on trouve sur les statues d'église et destinés à recevoir une relique. Ces petites statuettes sont peintes à la détrempe ou à l'huile, à l'aide de couleurs vives qui augmentent encore leur aspect populaire, voire aujourd'hui quelque peu exotique. Il existe aussi des santibèlli dorés à la feuille. Tous sont accompagnés de rameaux décoratifs réalisés en papier et en fil de fer qui entourent la figurine. Protégé par un globe de verre, l'ensemble était déposé dans les chambres pour attirer la protection divine.

Santibelli ange

Le plus souvent, les santibèlli représentent la Vierge Marie ou des saints : sainte Anne, sainte Marthe, sainte Marie-Madeleine, saint Pierre ou saint Jean-Baptiste, appelé Petit saint Jean lorsqu'il est enfant. Comme c'est souvent le cas en Provence, une évolution inéductable amènera peu à peu la création de santibèlli laïcisés, reproduisant des personnages civils. C'est ainsi que l'ont peut trouver, sous cette forme, des chasseurs, des bergers ou des tambourinaires, voire des personnages historiques comme Jean-Jacques Rousseau, Voltaire ou Napoléon. Après avoir été oubliés et négligés, les santibèlli ont été redécouverts par des collectionneurs éclairés à la fin du XXème siècle. Grâce à cette nouvelle mode, ces pièces d'art populaires sont aujourd'hui très recherchées. A noter que comme les santons anciens, les santibèlli ne sont jamais signés. Il est donc quasi impossible de connaître vraiment leur provenance. Les plus recherchés sont conservés intacts sous leurs globes d'origine. Mais le connaisseur ne négligera pas les pièces en moins bon état s'il s'agit d'un personnage plus rarement représenté.

Source : D'après "Les objets de Provence - Les carnets du chineur" Rémi Venture.

Santibelli sainte Vierge

 

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09 décembre 2014

L’immigration ligure et le repeuplement de Marseille aux XVe et XVIe siècles

 

Marseille 16e siècle

Vue de la ville avec la chaine barrant la passe d'entrée du Vieux-Port

En 1423, les troupes du Roi d’Aragon débarquent à Marseille, et incendient la moitié de la ville, emportant avec eux, suprême humiliation, la chaîne qui défendait jusque là l’entrée du Port. Marseille est alors pratiquement ruinée, voyant sa population passer à environ 5 000 habitants. Pourtant, à l’image du dynamisme dont elle saura faire preuve trois siècles plus tard, lors de conditions aussi difficiles avec la Grande Peste de 1720, la ville organise rapidement sa reconstruction démographique. L’étude de cette reconstruction, mais aussi des agents qui y ont participé, permet de mieux comprendre un phénomène qui a, certes, touché toute la Provence, mais qui montre des aspects bien spécifiques à Marseille. C’est à cette époque que s’installent définitivement dans notre ville des familles qui vont en marquer l’histoire et le paysage jusqu’à nos jours. Elle montre aussi que l’immigration marseillaise n’est pas un phénomène apparu avec la Grande Peste de 1720, mais qu’il est, depuis plus longtemps, un élément structurant de la puissance économique de la ville. Après le départ des "Catalans", le pouvoir économique de Marseille, essentiellement représenté par ses activités portuaires, en a pris un sacré coup ! Le commerce est fortement ralenti, et les professions traditionnellement tournées vers la mer, comme les calfats, auffiers et cordiers, maîtres d’ache, manquent paradoxalement autant de main d’œuvre que de travail.

Mais, la spécificité de Marseille est que la ville ne se limite pas à son port : une grande partie de son territoire, le Terroir, est peuplée depuis longtemps par de petits agriculteurs qui participent en partie à l’alimentation de la ville. Il s’agit ici de terres assez ingrates, vouées à la culture traditionnelle méditerranéenne, basée sur la vigne, l’olivier, un peu de blé, et surtout beaucoup de troupeaux ovins et caprins ratissant les collines . Mais, après 1423, ces terres se vident rapidement, soit que ses habitants aient été attirés par les nouvelles possibilités offertes par la perte d’habitants de la ville, soit encore que le dynamisme démographique assez limité depuis les grandes pestes du siècle précédent n’ait pas permis de les peupler efficacement. Or, la plus grande partie de ces terres du terroir marseillais sont placées sous l’autorité des grandes maisons religieuses de la ville, et surtout St Victor et les Carmes. Elles représentent pour ces institutions, avec les dons testamentaires et les donations religieuses, une grande partie des revenus qui leur permettent de tenir leur rang et de remplir leur mission religieuse. Or, il n’est bien entendu pas question pour les bons Pères de renoncer à ces revenus, pas plus qu’il n’est envisageable pour eux de mettre la main au manche de la charrue et de cultiver eux-mêmes ces grands espaces devenus déserts. Il leur faut donc, et très rapidement, attirer les bras qui pourront mettre en valeur leurs domaines.

Il ne s’agit pas d’un phénomène vraiment nouveau : déjà, depuis un siècle, lorsqu’il a fallu repeupler la Provence, les seigneurs des villages ruinés ou vidés de leurs habitants avaient montré la voie, en utilisant la technique du bail emphytéotique qui permettait d’attirer à des conditions financières avantageuses les bras dont ils avaient besoin : les paysans y gagnaient un statut de quasi propriétaires des terres qu’ils exploitaient. On applique aujourd’hui le même principe avec les zones franches destinées à attirer les entreprises : facilités d’installation, impôts réduits pendant quelques années… C’est ainsi que le seigneur de Pontevès, celui de Solliès, ou encore plus à l’Est à Biot ou Vallauris, réussirent à faire venir sur leurs terres des paysans issus de la Ligurie voisine. Ces familles sont aujourd’hui identifiées par les baux et les chartes qui ont été conservés. A Marseille, sans doute parce que l’échelle n’était pas tout à fait la même, les choses ne se sont pas déroulées de façon aussi simple. Les premiers à venir s’installer sur ce terroir désormais vacant sont recrutés en fonction de leur proximité et de leurs compétences. Proximité tout d’abord, en allant puiser dans les villages voisins moins touchés que les autres par la crise démographique : on fait venir la famille CAMOIN, originaire peut-être de Roquevaire, y entretenant tout au moins des liens étroits, la famille VALANTIN, qui vivait à Auriol, la famille CAILLOL, qui était établie un peu plus loin, entre Cuges et Signes. Les terres qu’ils vont exploiter se situent logiquement sur la partie du Terroir orientée vers les villages d’origine de ces nouveaux marseillais : la vallée de l’Huveaune, qui voit apparaître sur ses versants les noyaux villageois de la Valentine, des Caillols, des Camoins. Ainsi, dès les années 1440, les nouveaux arrivés dans le Terroir marseillais laissent une empreinte toponymique qui subsiste aujourd’hui. Il s’agit pour ces premiers arrivants d’une immigration définitive, ainsi que peut en témoigner le nombre important de marseillais portant aujourd’hui ces patronymes. Mais, les relations avec les villages d’origine ne cessent pas, et il n’est pas rare de voir les descendants pendant trois ou quatre générations aller chercher leurs épouses dans les villages d’où étaient originaires leurs ancêtres : les séjours chez les cousins ou les grands parents devaient sans doute être propices aux rapprochements sentimentaux… ou à la réorganisation des terres possédées ! Cependant, le vivier des villages proches est notoirement insuffisant… Compétences ensuite, et je pense ici aux nourriguiers, ces éleveurs pratiquant la transhumance, à qui l’on confiait les troupeaux, et qui étaient payés sur le croît : c’étaient des gens de confiance, qui connaissaient leur métier, les routes et les maladies du bétail, et surtout les relations économiques qui pouvaient retisser les liens souvent rompus entre le bas pays et les hautes terres : on pouvait compter sur eux pour remettre en marche l’économie ovine de Marseille : lait, viande, mais avant tout la laine. La comparaison avec les chauffeurs internationaux d’aujourd’hui est la plus probante : il fallait pouvoir se débrouiller partout ! Ces nourriguiers sont des spécialistes de la montagne : ils en viennent, et se laissent souvent tenter, dès la période 1430-1450, par les offres proposées dans le Terroir marseillais : c’est ainsi que s’installent les OLIVE, venus de Guillaumes, les LIEUTAUD, les MAGALON, les TOACHE, issus de la haute vallée du Var, qui tous, vont faire souche, et quelle souche ! Ils se consacrent tout d’abord à l’élevage, mais deviennent rapidement ménagers. On notera que le traditionnel mouvement Nord-Sud des Gavots ne s’est pas encore véritablement développé : il explosera à la fin du siècle suivant, mais ne fera que suivre un mécanisme déjà déclenché par d’autres. Pourtant, manifestement, ces arrivées ponctuelles ne suffisent pas à relancer la machine économique marseillaise : tout au moins serviront-elles de point d’appui. Car, à partir de 1450, c’est un tout autre phénomène qui apparaît : l’arrivée massive de Ligures, provenant du Val d’Oneglia et de ses alentours immédiats : les registres de notaires de l’époque foisonnent de ces noms de villages qui ont longtemps été inconnus au généalogiste et à l’historien marseillais, et qui ont pour nom : Taggia, Castellaro di Taggia, Prela, Porto Maurizio, Dolceaqua, Dolcedo, et qui sont tous situés dans un demi-cercle de moins de 10 kms de rayon au nord d’Imperia. Il ne s’agit plus ici d’une arrivée de quelques familles, mais d’une véritable émigration organisée : ce sont des familles entières, liées entre-elles au pays, cousines souvent, qui viennent s’installer à Marseille, et qui enfin, lancent le véritable repeuplement marseillais, à une échelle beaucoup plus importante que ce qu’on a pu voir dans les villages de l’est de la Provence qui ont bénéficié du même phénomène. Il devient ahurissant, à tourner les pages des registres anciens des notaires marseillais, de découvrir que plus de la moitié des familles marseillaises de l’époque provenaient d’une si petite surface, située à 250 kms du Vieux Port ! A se demander qui était marseillais au milieu du XVe : moins, beaucoup moins que la moitié de la population de l’époque. Les autres étaient des immigrés de la première voire de la deuxième génération. Il faut donc bien admettre que, d’une telle distance, on ne venait pas informé de la bonne affaire par le bouche à oreille : il fallait bien penser que l’on ne partait pas à l’aventure, que l’on savait où on allait. En cela, l’arrivée des Ligures est très proche structurellement de l’émigration maghrébine actuelle, avec une organisation de l’information, des filières d’accueil, des mariages entre familles ayant déjà des liens au pays, et, pendant quelque temps, l’obligation de régler les problèmes posés par les décès et les successions, aussi bien de ce côté-ci des Alpes que sur la Riviera . Il serait à ce titre intéressant de savoir comment pouvaient transiter les informations entre les deux bords, par quels moyens de transports, pour des affaires qui devaient quand même être importantes, héritages ou procurations par exemple. Rien dans les registres notariés ne montre le cheminement : peut-être dans les archives italiennes… si ces registres notariés anciens existent quelque part.

 Courant migratoire organisé, donc. Mais par qui, et comment ?

Roi René

Le roi René Ier d'Anjou

Il convient, pour mieux comprendre, de se replonger dans la situation politique de l’époque. En 1450, la Provence n’est pas encore française : mais, son autonomie n’en a plus pour très longtemps, tout le monde connaît l’histoire du Roi René. La frontière est donc sur le Var, mais ce n’est pas la frontière avec région Ligure : il y a encore l’épine plantée par le royaume de Savoie, et cet inexpugnable rocher de Monaco. La Ligurie, elle, est plus ou moins contrôlée par la République de Gênes. Plus ou moins, car le long de la côte, quelques terres épiscopales jouent leur propre jeu, les évêchés d’Albenga et de Vintimille, par exemple. Le rôle joué par les grandes familles propriétaires des terres, et parmi elles celle des Doria, et souvent opposées à un pouvoir génois lointain et en difficulté n’est pas non plus à exclure . Pour la République, ces difficultés deviennent au XV° siècle de plus en plus nombreuses . La situation politique de l’époque lui interdit toute possibilité d’expansion, bloquée qu’elle est au Nord par la Lombardie et les prétentions du Royaume de France sur cette région, limitée à l’Est par le pouvoir grandissant des Principautés florentines, elle doit de plus faire face dans le basses vallées à une pression démographique grandissante. Remettons cependant cette pression démographique dans le contexte de l’époque : elle n’existe que par rapport à un matériel et des rendements qui demandaient pour nourrir une famille ou un village des surfaces agricoles bien plus importantes qu’aujourd’hui. La solution est simple : elle est politique et économique : une alliance avec le Roi René peut aider la République. Et il s’avère que les terres du Roi René ont besoin de bras, de beaucoup de bras. La politique provençale étant, après les pertes des territoires napolitains de recentrer son action sur des terres plus proches… C’est ainsi que se met en place cet important transfert de population vers l’Ouest, direction la Provence, et surtout Marseille. On peut donc supposer que c’est en échange d’un appui politique que la République a autorisé ces départs, mais ils n’ont pas pu se faire contre la volonté des populations concernées, qui n’ont pas été vendues : il y avait de telles difficultés économiques dans le Val d’Oneille que ce qui était proposé à Marseille ne pouvait être pire. D’autant qu’on savait, par les premiers partis, que cela valait le coup ! On peut donc parler d’une émigration négociée, nous y reviendrons. Et elle va à l’encontre du parcours généralement admis, qui veut que les migrations suivent la pente la plus forte de l’eau, et donc qu’elles venaient d’en haut : comme l’écrirait F. Braudel, on assiste ici à des mouvements qui ne concernent que… le rez de chaussée ! Peut-on pour autant imaginer des cortèges de familles, partant avec leur balluchon, vers la terre promise marseillaise, au hasard des routes ou sur le pont d’un bateau, et se disant qu’on verrait bien en arrivant ? Ceci paraît bien improbable, bien que dans les différents villages traversés, les possibilités de rencontrer des "pays" et d’utiliser leur assistance ne devaient pas manquer : la solidarité de l’époque était à la mesure des difficultés rencontrées par les gens : dans les deux cas, bien supérieure à celle d’aujourd’hui.

Marseille-saint-victor

 On peut penser qu’existaient de véritables bureaux de recrutement, représentant les intérêts marseillais, ainsi qu’une infrastructure de soutien pendant le voyage, qui avait vraisemblablement lieu par voie terrestre. Seule une structure bien organisée, économiquement et géographiquement pouvait répondre à un tel mouvement. L’abbaye de St Victor, si présente dans l’Est de la Provence, mais aussi sur la Riviera, n’y était peut-être pas étrangère. Mais pas qu’elle : les établissements des Hospitaliers ont sans doute joué leur rôle ! On peut imaginer la préparation de tels courants migratoires, les âpres discussions préludant à des accords sans doute écrits, et dont chaque terme était pesé : on peut même envisager des syndics parlant et négociant au nom de leurs concitoyens, paraphant les conditions de leur départ et de leur future installation : si les registres des notaires de Porto-Maurizio pouvaient être consultables…

Quoi qu’il en soit, l’image de la ruralité marseillaise en est définitivement changée. Rapidement, les familles s’intègrent, et, malgré les mariages économiques passés entre familles alliées, oublient en deux ou trois générations leur origine ligure, mais pas les prénoms : Nicolas, comme Luc, restera très vivace, et laissera souvent deviner des ancêtres venus d’Oneille. La langue est proche, la manière de vivre identique, rapidement, rien de vient différencier le marseillais de souche, ou du moins ce qu’il en reste, des nouveaux arrivés. Ces derniers se sont surtout installés dans le terroir, là où étaient les terres à cultiver : St Julien, Château-Gombert et St Marcel regroupent les plus fortes concentrations, et se transforment en machines à intégrer les générations suivantes : car ce système va perdurer pendant pratiquement un siècle : on voit dans les registres notariés jusqu’en 1600 tester des marseillais qui disent être nés en Riviera. Paradoxalement, des villages voisins comme Allauch, Aubagne ou Auriol, dont les sources notariées assez anciennes permettent la comparaison, n’ont pas bénéficié de cet apport ligure : on voit bien l’arrivée des nourriguiers de la vallée du Var, quelques Gavots ou même quelques Piémontais, mais nulle trace des villages de la Riviera. Ce qui semble bien confirmer la spécificité de l’épisode marseillais. Le résultat est aujourd’hui évident : la courbe des contrats de mariage passés à Marseille entre 1348 et 1727 parue dans la revue Provence-Généalogie est éloquente quant au rebond démographique marseillais : si le XVe siècle est le siècle des fleurs, le XVIe est pour Marseille celui des fruits. Malgré les différents épisodes de pestes qui vont frapper la ville (pour rappel 1480-83, 1525, 1580, 1630), rien ne viendra ralentir l’expansion démographique née d’une immigration pensée et voulue. Même s’il est difficile d’établir des statistiques fiables, il est évident au vu des sources que le repeuplement marseillais n’a pu réussir que par l’exercice d’une immigration de grande ampleur. Ce qui me semble beaucoup plus rare aux yeux de l’historien, est cette concentration géographique très poussée quant à l’origine des migrants. Elle confirme cependant la vieille vocation marseillaise à intégrer, vocation qui ne s’est pas éteinte, même si elle a été ralentie par la crise, de nos jours. En ce sens, toute recherche généalogique sur Marseille doit intégrer le fait que nous venons tous d’ailleurs : seul change le moment, et parfois le lieu d’origine. Admettons le une fois pour toutes, et sachons aujourd’hui accueillir ceux qui seront sans doute les ancêtres de nos petits-enfants !

Les Oneillans Marseillais : ces familles ont été trouvées au moins trois fois :

ALEXY — AMIEL — AMPHOUX — ARNAUD — ASQUIER — AUREILLE — AURENGUE — AYCARD — AYMAR — BELLON — BENSE — BESTAGNE — BOERY — BONAVIE — CAR - CARLES — DUBOUC — DURBEC — FENOUIL — FREZE — GARRIBE — GUERS — ICARD — ISNARD — MABILLY — MOURAILLE — MOURARD — MOUREN — NATTE — NAUD — PAUL — PIN - REBIER — REVEL — RICHELME — RIGOUPHLE — RIGUESSE — SARDOU — SEREN — VINAUD.

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Auteur : François Barby 2001 - Copyright - Reproduction interdite sans autorisation.

 

04 décembre 2014

Les confréries de pénitents

 

Confrérie Statuts

Les pénitents étaient des fidèles qui, dans les provinces méridionales se regroupaient en confréries pour remplir certains devoirs de dévotion et de charité, comme de chanter dans les offices divins dans une chapelle qui leur était propre, d'ensevelir les morts, d'assister les malades, de faire des processions... Ces pénitents étaient revêtus de blanc, de noir (ceux-ci étaient les plus répandus), de rouge, de violet, de bleu, de gris (les plus humbles).
    Les premières confréries de pénitents apparaissent à la charnière du XIIe et XIIIe siècle (par exemple, celle des pénitents blancs de Montpellier remonte à 1230).
Elles sont nées de la dévotion des fidèles laïcs eux-mêmes, sans être une institution ecclésiale, même si, plus tard, les évêques se soucièrent de leur existence. Avec le temps, elles connurent une grande extension en prenant la suite des confréries que suscitèrent au XIIIe siècle Saint François d'Assise, Saint Dominique et les Ordres mendiants.

Pénitents

Elles avaient certains traits communs avec les compagnies de flagellants (1), d'autres aux tiers-ordres franciscains, mais leur grand essor date plutôt des guerres de religion et du temps de la contre-réforme.
    Très souvent, la confrérie unique était une confrérie de pénitents blancs. Ensuite, s'il y en avait plusieurs, c'étaient des noirs, des rouges, etc... Les pénitents noirs se trouvaient surtout en Picardie et dans le nord de la France, les pénitents bleus, en Languedoc et dans le Dauphiné, les pénitents blancs à Lyon et en Avignon, sans cependant que ces couleurs soient normatives de la région. Au XVIIe siècle, dans le département du Var actuel, sur 129 confréries, on recensait 84 blanches, 19 noires, 8 bleues, et 7 grises. A Toulon, la confrérie de saint Eloi regroupait les maîtres serruriers, les couteliers, les chaudronniers, les maréchaux-ferrant, les lanterniers, les fondeurs et les selliers.
A l'occasion de la fête du saint patron de la confrérie, cette association religieuse, fraternelle et caritative se rendait en procession à l'église ou à la chapelle qui était la sienne. La Provence en conserve de merveilleuses qui méritent toutes que l'on y fasse un détour.

Confrérie Corse

Les titres les plus fréquents qui leur étaient attribués étaient des noms de saints ou des titres du culte marial. C'est ainsi qu'il y eut les confréries de Notre-Dame, de Saint-Jean, de Saint-Roch, de Saint-Sébastien, de Saint-Antoine, de Saint-Eloi, de Saint-Pons, du Saint-Esprit, etc... L'égalité entre pénitents se marquait par le port de l'habit de pénitent. Pour défiler en public, lors des cérémonies religieuses, ils revêtaient une robe, appelée parfois aussi chemise, froc ou sac, surmontée d'une cagoule (dans un souci de modestie individuelle) percée seulement de deux trous pour les yeux.  Chaque membre porte une corde en guise de ceinture, symbole d'obéissance aux commandements de Dieu, aux exigences de la foi chrétienne, aux statuts de la confrérie, et aux ordres du prieur, lequel est démocratiquement élu par une assemblée générale annuelle. Plus tard, lorsque les femmes créeront leurs propres confréries féminines ou lorsqu’elles seront agrégées aux confréries masculines, elles porteront une mantille en lieu et place de la cagoule. La règle habituelle des confréries était l'anonymat des membres. Les pénitents se considéraient comme des frères, sur un même pied d'égalité, que les nobles, bourgeois, artisans, ouvriers. De toutes les obligations de charité, la principale, la plus suivie était celle qui s'exerçait à l'occasion d'obsèques. Les pénitents s'obligeaient à porter en terre leurs confrères décédés et s'engageaient souvent à enterrer gratuitement les indigents et les suppliciés. Mieux encore, ils acceptaient de figurer moyennant paiement, au cortège funèbre des profanes qui voulaient procurer plus de lustre à la cérémonie. Dévotion, moralisation, pratique enfin du devoir de charité, soins aux malades, orphelinat, mont-de-piété, tels étaient les buts de l'institution des pénitents. C'est au XVIIIe siècle que l'on vit la décadence de cette institution et sa suppression à la Révolution.
Cependant, de nos jours certaines confréries subsistent toujours. Leurs processions sont devenues parfois de véritables spectacles folkloriques qui attirent les foules, à Sartène en Corse, comme à Séville en Espagne. Ce qui ne veut pas dire que les membres de ces confréries n'en vivent pas les buts essentiels et ne les mettent pas en pratique. D'autres se sont renouvelées, ont même retrouvé ce qui était leur raison d'être ; être des associations de laïcs chrétiens, proches de leurs concitoyens, vivant ainsi une fraternité évangélique toute simple. Il existe encore de nombreuses confréries dans le sud de la France, Côte d'Azur (anciennement comté de Nice), Pays catalan, Corse, Espagne et Italie.

(1) Flagellants : membres de confréries qui se livraient à la flagellation (mortification) au XIIIe siècle. Ils furent interdits au XIVe siècle.

Confrérie Valréas

Source : Article inspiré par un chapitre consacré aux pénitents dans le Livre sur Les Arcs sur Argens - Du passé au présent - Association "Les amis du Parage" - Février 2005.

 

25 novembre 2014

Appolinaire Lebas et l'obélisque de Louqsor

Jean-Baptiste Apollinaire Lebas est né le 13 août 1797 au Luc (Var) et est mort le 12 janvier 1873 à Paris (enterré au cimetière du Père-Lachaise). Issu d'une famille bourgeoise, après des études classiques, l'amour des mathématiques le conduisit à l'Ecole Polytechnique à dix-huit ans. Il en sortit dans les premiers et choisit le Génie maritime. On le trouve à vingt-six ans faisant construire une flottille pour aller assiéger Barcelone, puis en Algérie lors du débarquement des troupes en 1830 où il dirige la réparation des navires endommagés. En 1829, Champollion est en voyage en Égypte. Méhémet-Ali offre à la France les deux obélisques dressés devant le temple de Louxor pour montrer sa reconnaissance. Cependant seul celui situé à l'occident est choisi. En échange de ce cadeau, Louis-Philippe offre en 1845, une horloge en cuivre qui orne la citadelle du Caire, mais qui ne fonctionnera jamais, probablement endommagée lors de sa livraison.

Pour transporter l'obélisque, un navire à fond plat conçu par Lebas est construit à l'arsenal de Toulon, on le baptise Luxor. Il quitte le port de Toulon le 15 avril 1831 et ne met que trois semaines pour traverser la Méditerranée et arriver à Alexandrie. Mais il faudra trois mois pour le haler sur les eaux basses du Nil et quatre cents hommes qui s'attèlent à l'avant du navire sous l'implacable soleil de l'été égyptien. Puis vient le travail de terrassement et de déblaiement du monolithe de granit rose enfoui dans le sable et ensuite l'embarquement sur le navire qui avait été spécialement conçu à cette fin. Le 25 août 1832, le Luxor chargé de son trésor descend le Nil, reprend la mer et arrive à Toulon le 10 mai 1833. Champollion, qui meurt à Paris à l'âge de 41 ans, le 4 mars 1832, ne verra jamais l'obélisque érigé sur la place de la Concorde. Poursuivant son périple, le Luxor remonte la Seine et accoste au pont de la Concorde, le 23 décembre 1833. Mais ce n’est qu’en août 1834 que l’obélisque extrait du bateau est hissé sur la rampe du pont de la Concorde. En Bretagne on taille un piedestal de granit de 240 tonnes pour supporter le mastodonte, on y inscrit les méthodes qui ont permis le transport puis l’érection de l’obélisque. Le 25 octobre 1836, il est dressé sur la place de la Concorde, au milieu d'une foule enthousiaste et au prix de mille difficultés techniques que rappellent les bas-reliefs gravés sur le socle du monument. Lebas raconte lui-même les péripéties qui ont marqué la translation de l'obélisque et son élévation.

L'ouvrage est signé Appolinaire Lebas, Ingénieur de la Marine, Conservateur du Musée naval : "Après avoir porté dans la patrie des Pharaons nos armes victorieuses, le vainqueur de l'Egypte, rappelé en France par des événements que sa présence et son génie auraient su prévenir, devait en effet tenir à l'honneur de doter le pays d'un semblable trophée, et de laisser après lui un irrécupérable témoin de notre étonnante campagne de 1789... Transporté à dix-huit cents lieux du sol où il fut érigé pour la première fois il y a trente-trois siècles, l'obélisque de Louqsor, désormais à l'abri de tous les événements qui pouvaient menacer sa conservation, s'élève sur la plus belle de nos places, où il rappelle de glorieux souvenirs". Le vice-roi Méhémet-Ali s'intéressa personnellement au projet qui le dépossédait pourtant du monolithe... D'Alexandrie au Caire les échouages se multiplièrent sur les bancs de sable, mais on avait commis l'imprudence de payer les haleurs à la journée : ils n'étaient pas pressés d'arriver pour se trouver sans emploi. Il fallut plus de deux semaines, les eaux du Nil devenant jaunâtres annonçaient la crue. Enfin le convoi arriva en vue des ruines de Thèbes et Lebas oublia tous ses tracas. "Tout disparut à mes yeux, pour la première fois, dit Lebas, la vue des ruines de Thèbes éveilla dans l'âme d'un voyageur d'autres idées que des souvenirs d'histoire, de grandeur et de décadence"... Quatre cents fellahs creusèrent le sable sous le soleil d'Egypte qui faisait monter le thermomètre à plus de cinquante degrés. Il fallut ensuite incliner la lourde masse de 85 mètres cubes, pesant 229.500 kgs et haute de 22.84 mètres ! L'ingénieur raconte minutieusement le travail et accompagne son récit de planches descriptives et de calculs savants. Le 23 octobre l'obélisque est habillé, les cabestans bien arrimés, les cordages en place et près de deux cents hommes sont à leur poste. Les manoeuvres d'abattage et l'embarquement sur l'allège demandent deux mois de travail : il a fallut par exemple scier l'avant du navire en travers du mât de misaine, glisser le monolithe et recoller les morceaux du Luxor. Mais quand tout est prêt, le Nil a baissé. En attendant, l'ingénieur Lebas peut se distraire et son récit est plein de ses découvertes au cours de ses longues excursions. En été, le Nil est capricieux, il monte, il baisse un peu, remonte, et les jours passent et ce n'est que le premier janvier que le Luxor peut franchir la barre et entrer dans la mer. Les aventures lointaines étaient terminées et dans la nuit du 10 au 11 mai 1833, le Luxor, parti le 15 avril 1831 de Toulon, était de retour dans la rade : plus de deux ans d'aventures ! Le Luxor ayant voyagé par mer et remonté la Seine, grâce à une cale qui le soutenait quand le lit était peu profond, arriva en décembre 1833 mais il fallut attendre le mois d'août 1834 pour qu'il s'échouât. Adolphe Thiers chargea Lebas de dresser l'obélisque sur la place de la Concorde, ce qui demanda de gros travaux d'aménagement des berges de la Seine...

Le 25 octobre, dès le matin plus de deux cents mille personnes étaient répandues sur la place des Tuileries, dans l'avenue des Champs-Elysées, et attendaient avec une avide curiosité l'érection de l'obélisque... Tout se termina bien, sans accident, sans victime et Lebas fut invité à dîner chez le roi Louis Philippe. L'obélisque tel qu'il est érigé sur la place de la Concorde, sur son socle de granit de Bretagne présente sur ses quatre faces des hiéroglyphes à la mémoire des pharaons. Sur la face qui regarde l'avenue des Champs-Elysées et l'Arc de Triomphe, se trouve la grande inscription en lettres d'or qui rappelle la cérémonie de mise en place le 25 octobre : En présente du roi LOUIS-PHILIPPE 1er, cet obélisque transporté de louqsor en France a été dressé sur ce piedestal par M. LEBAS, ingénieur aux applaudissements d'un peuple immense. A noter que le nom de Lebas, l'ingénieur varois du Luc est en aussi gros caractères que celui de Louis-Philippe.

Source : D'après un article paru dans Les amis des villages varois N° 39 - Août-Octobre 1974. Texte enrichi de recherches complémentaires faites par moi-même.

Ci-dessous, la tombe de Lebas au cimetière du Père-Lachaise

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