Draguignan ville régale

A l'époque romaine, à l'emplacement des futures allées d'Azémar, se trouvait un immense marécage. Au Xème siècle, la population disséminée jusqu'alors, s'implante au sein de fortifications sur la butte rocheuse où s'élève aujourd'hui la Tour de l'Horloge. Draguignan commence à se développer et le marécage devient alors une vaste décharge publique, terrain vague putride, déversoir d'égouts à l'origine de nombreux cas de malaria. A partir du XIème siècle, l'endroit est assaini. Situé non loin de la porte Saint-François -porte principale de la ville fortifiée, sur la partie sud des remparts- il devient les Aires publiques Saint-François. C'est la principale aire de battage du blé avec celle de Saint-Jaume. Les aires de battage sont utilisées en libre usage par les habitants vivant alors au sein de la ville fortifiée. Il en est encore ainsi quelques années avant la Révolution quand Honoré Muraire (1750-1837) maire et premier consul de Draguignan y fait planter des ormeaux afin de créer un emplacement convenable pour les foires. Sur cet emplacement où l'on assainit, remblaie et plante des arbres, subsiste encore un petite chapelle, construite deux siècles plus tôt, Notre-Dame-de-Montserrat (dimensions 20 m sur 5 m). En 1535, Jacques Niel, un pèlerin originaire de Corps (Isère), de passage à Draguignan après un périple qui le fit séjourner au monastère Bénédictin de Montserrat, choisit le bas des allées pour faire édifier une "croix de chemin". Cette croix devint bientôt un oratoire, exécuté par un menuisier de talent, Pierre Guisson. Honoré Fouque, riche marchand y fit graver ses armes, ainsi que celles de la ville, à ses frais. L'édifice fut bientôt doté d'un tombeau, d'une voûte et il fallut attendre 1539 pour voir la construction d'une nef et 1542 d'un retable.

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Après la disparition de Jacques Niel en 1568, son ermitage fut occupé par la confrérie des Pénitents Bleus, qui le firent agrandir en 1571. Puis, en 1611 un nouvel agrandissement fut réalisé. Entre-temps, et après quelques anicroches avec le commandeur de Comps qui ne voyait pas d'un très bon oeil le développement de l'édifice à proximité des remparts, la chapelle fut rebaptisée chapelle Saint-Alloys - Saint Eloy, mais l'ancienne appellation de chapelle de Montserrat subsista dans les mémoires. En 1646, la chapelle fut réclamée au conseil de la ville pour y installer la congrégation religieuse des Doctrinaires en attendant la réalisation de leur nouveau collège. Les Minimes y furent plus tard logés à leur tour. La chapelle eut aussi un rôle sinistre lorsqu'en 1652, le premier consul Jacques de Laurent Vaugrenier, principal meneur de la faction frondeuse des Sabreurs tenta de prendre la ville, tenue par la faction rivale des Canivet qui étaient partisans du roi. La chapelle servit de refuge aux Sabreurs qui firent feu sur tous les passants et abattirent notamment le fameux armurier Antoine Guisot-Mingot. Le rôle religieux de la chapelle s'éteignit en 1747 après l'invasion austro-sarde, quand elle servit de succursale à l'Hôtel-dieu, déjà transformé en hôpital militaire. Les Pénitents Bleus désertèrent peu à peu le site. Le 16 février 1793, des inconnus incendièrent volontairement la chapelle et dans la même année, suite à une plainte des agriculteurs, une délibération municipale décrétait que "ce bâtiment nuisait aux foulures des grains attendu qu'il retenait une partie du vent...". Sous la Terreur, le terrain devint le site idéal pour les revues militaires et les bals publics. Il est baptisé Champs de Mars. En 1805, une plantation d'arbres permet de remédier au manque d'abri "contre les atteintes du soleil aux abords de la ville". Draguignan est la préfecture du Var lorsque le 10 avril 1806, Pierre-Melchior d'Azémar, le nouveau préfet, nommé par Napoléon, prend ses fonctions. Il entreprend de moderniser et d'embellir la ville et va lui donner ses plus belles avenues. Le 31 décembre 1807, il demande à la municipalité de supprimer les aires de Saint-François et de les transformer en promenade publique pour l'agrément de la population. Il va également doter la ville de l'éclairage public et agrandir la place du marché. Les allées prendront son nom en 1810. C'est le commencement de l'urbanisation du quartier.

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Ce n'est qu'en 1840 que la chapelle est totalement rasée pour n'en laisser que les fondations. Les bâtisseurs de l'époque n'hésitent pas à les enfouir sous terre créant ainsi un emplacement pour un marché aux bestiaux. Au XXème siècle, le macadam finira d'occulter l'édifice. En 1848, les maisons qui bordent les allées sont déjà bien avancées et forment un nouvel environnement urbain autour de l'Hôtel de la Préfecture nouvellement construit. Le 14 juillet 1888, Félicien Clavier, maire de 1888 à 1913, inaugure un très beau kiosque, où se produisent orchestres et fanfares. En 1966, après avoir abrité des générations de musiciens, le kiosque est démoli. A partir de là, de nombreux événements comme les fêtes foraines, les foires, les bals, etc... trouvent sur les allées un cadre idéal. Le buste du baron Pierre-Melchior d'Azémar, oeuvre du sculpteur dracénois Joseph Reboul (1844), domine encore de nos jours la fontaine de la place du Marché. Passants, lorsque vous marchez sur les Allées d'Azémar, juste en face de la Société d'études scientifiques et archéologiques, ayez une pensée émue pour cette jolie petite chapelle dont les vestiges sont juste à 50 centimètres sous vos pieds.

Sources : D'après deux articles tirés du Journal "Var-Matin" du 22 août 2011 auteur J.- M.D (avec la collaboration de Charly Clairici de la Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan) et du 14 décembre 2014 auteur Nelly Nussbaum.

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