Peste de 1348

Aux siècles passés, la maladie est synonyme d'épidémie et l'on pense aussitôt aux deux fléaux que sont la peste et le choléra. Pourtant, une vulgaire grippe, une indigestion, une carence en nourriture, des accidents corporels, des mauvais traitements, entraînent également la maladie, parfois la mort, par manque de connaissance, de moyens et de soins. Les femme meurent très souvent en couches, les enfants nés avant terme ou dans les conditions précaires sont alors condamnés à coup sûr. Les maladies infantiles sévissent avec force et la sélection naturelle s'opère ; les couples ont une famille très nombreuse, 10 à 12 enfants, afin d'assurer leur succession, car combien arriveront à l'âge adulte ? Cependant, ce qui effraie le plus la population, ce sont ces cycles épidémiques qui font disparaître, en quelques jours, plusieurs membres d'une même famille ; ce mal se répand très vite dans tous les villages devant le désespoir général. La lèpre, épidémie redoutable, est apparue avec les légions romaines au début de l'ère chrétienne. Elle retrouve sa vigueur au moment des Croisades aux XIIe et XIIIe siècles. Les lépreux sont isolés dans des maladreries. De 1346 à 1720, la Provence subit la pandémie de peste noire. Pendant cette période, la peste se manifeste une année sur six en moyenne. Venu le l'Inde, le choléra apparaît en Europe vers 1830. La variole, aussi appelée petite vérole, est présente jusqu'à la fin du XIXe siècle. Elle sévit en permanence touchant un village puis un autre.

Instruction-populaire-choléra

Parmi les grandes épidémies, la grippe saisonnière qui prend une forme meurtrière pendant l'automne et l'hiver 1918-1919. La diphtérie, atteint, elle, les nourrissons en particulier. Le typhus épidémique, transmis par le pou, appelé populairement fièvre des camps, est responsable de nombreuses pertes humaines. Le manque d'hygiène, l'accumulation d'immondices, favorisent la prolifération des rats. Ces rongeurs sont atteints de la peste, mais il faut un intermédiaire pour qu'elle se transmette : la puce en est l'unique vecteur. L'épidémie se propage par les piqûres de puces, mais également par l'homme dans le cas de peste pulmonaire qui contamine les personnes en contact avec lui. La peste s'annonce par une légère douleur à l'aîne et débute par des frissons, des maux de tête, un enrouement. Puis surviennent, les vertiges, la prostration, le délire, la soif ardente. Le souffle devient court, lent, irrégulier. Au bout de deux jours apparaissent, là où la puce a piqué, les bubons ou ganglions lymphatiques qui se gangrène. Le corps refroidit, hoquets, vomissements, marbrures de la peau... annoncent l'issue fatale. La propagation de la peste est lié à la prolifération des puces, le fléau se ralentit pendant l'hiver et atteint son maximum en été. Les grandes invasions et les fréquents passages de troupes sont des causes de propagation de la maladie. Mais le plus souvent, les habitants, dans l'ignorance de l'origine du mal, vont attaquer toute personne suspecte. Ainsi les pauvres deviennent responsables de la peste, on les regroupe, on fait des listes, on cherche des parents à ces malheureux, afin de les prendre en charge. Enfin, on les enferme dans des sortes de camps où les germes de la peste vont proliférer. Les vagabonds doivent passer leur chemin sous peine d'être pendus. La surveillance s'exerce surtout dans certains lieux, comme les tavernes et les cabarets qui peuvent devenir des foyers d'infection. Les personnes inconnues et sans bulletin de santé ne peuvent être hébergées. Les foires et réunions publiques sont purement et simplement supprimées, car impossibilité de contrôle vu le nombre de personnes venant de différents endroits. Comment soigne-t-on ces maladies, quand on sait que le bacille de la peste ne sera découvert qu'en 1894 par Alexandre Yersin à Hong-Kong et le mode de transmission par la puce, en 1898. Le bacille du choléra sera découvert en 1854 par Filippo Pacini et redécouvert par Robert Koch en 1882.

Marchand_d'Orvietan

Jusque là, on emploie des remèdes de bonne femme. Contre la peste, un remède : l'orviètan, à base de vipères séchées est sensé soigner la gale, la teigne, la peste, la goutte, la vérole. De nombreuses plantes sont utilisées : les raves de Paris, les giroflées ou oeillets de jardins, la verveine femelle, les soucis, les lentilles d'eau et l'oranger. Pour lutter contre le choléra, au XIXe siècle, on retrouve des remèdes similaires, pourtant à cette époque, on voit apparaître les premiers médicaments encore fabriqués aujourd'hui : l'élixir Bonjean en 1854 pour faciliter la digestion et surtout combattre le choléra. Que devient le corps médical lors de ces épidémies ? Du XVIe au XIXe siècle, il est peu efficace, car le nombre de médecins est très faible et la pratique presque nulle. Cependant, la population ne s'en plaint pas. On n'appelle pas le médecin dès le moindre mal. Il existe dans les villages importants des chirurgiens qui contrairement à notre époque sont également barbiers, aux ordres souvent du médecin. Ils sont chargés d'ouvrir les abcès superficiels, de panser les plaies et surtout de faire les saignées. Il existe également le Magistrat de Santé : diverses personnalités politiques et médicales se réunissent afin de recenser les besoins. Des Capitaines de Santé coordonnent la liaison entre cet organisme et les villages ou hameaux touchés par une épidémie. Il s'agit de mettre en place un cordon sanitaire, surtout efficace au XVIIIe siècle, lors de la grande peste de Marseille. Toute personne voulant entrer en Provence doit présenter un billet de santé mais également être mise au parfum dans un lazaret. C'est un établissement spécial où l'on enferme les personnes en quarantaine dans un local clos et où l'on jette sur des braises un mélange de genièvre, encens, myrrhe, soufre, poix, résine et salpêtre : un quart d'heure par séance. Tous est parfumé pour entrer en Provence, même le courrier ! Toute personne ne satisfaisant pas à ces deux règles est passée par les armes ! Le contrôle de la nourriture est nécessaire, quand on sait que les bouchers n'hésitent pas à vendre de la viande avariée. L'hygiène est inexistante, et lors des épidémies, on doit interdire les sépultures dans les églises qui deviennent de véritables nids à microbes. Les morts sont ensevelis à 60 cm à peine dans le sol de l'église constamment ouvert pour une nouvelle sépulture ; ces lieux sont dans un état de puanteur extrême. En période d'épidémies les morts sont ensevelis en dehors des habitations. On a chassé les vivants, on éloigne également les tombes. Mais est-ce suffisant comme prévention ? Seule solution connue : éloigner les malades et les loger à l'extérieur des villages et hameaux, d'où l'expression "mettre en cabane"... qui est en fait un terme médical. Tout ce qui appartient au malade est brûlé avec de nombreux parfums. Après la mort, les corps sont enterrés dans de grandes fosses ou tout simplement jetés à la rivière.

Peste-robe du médecin

Il faut parfois se rendre auprès du malade, alors pas d'autre solution que l'habit de contagion, sorte de grande robe de cuir avec chapeau et gants, masque à bec pour respirer l'air sain filtré à travers des plantes aromatiques. A la main une baguette qui sert à l'estimation du pouls du malade... ! Dernière ressource fasse à la maladie : la religion. Selon la croyance, les épidémies sont le reflet de la colère de Dieu. On va donc prier les saints protecteurs : Sébastien et Roch ainsi que Fabien. Au XVIe siècle, de nombreuses processions ont lieu : les boutiques doivent être fermées, les rues nettoyées sur le passage du cortège. Tout les habitants doivent y participer sous peine d'amende. Il faut attendre le XXe siècle (dernière alerte de la peste à Marseille et Paris en 1920) pour qu'une importante dératisation permette d'enrayer rapidement cette terrible maladie. Le développement de l'hygiène en dehors des périodes à risque et la découverte des vaccins vont arrêter l'évolution de ces maladies épidémiques. 

Auteur : G.Bisillai-Donnet dans Bulletin de généalogie. Texte arrangé par Nadine.