Lebas

 Jean-Baptiste Apollinaire Lebas est né le 13 août 1797 au Luc (Var) et est mort le 12 janvier 1873 à Paris (enterré au cimetière du Père-Lachaise). Issu d'une famille bourgeoise, après des études classiques, l'amour des mathématiques le conduisit à l'Ecole Polytechnique à dix-huit ans. Il en sortit dans les premiers et choisit le Génie maritime. On le trouve à vingt-six ans faisant construire une flottille pour aller assiéger Barcelone, puis en Algérie lors du débarquement des troupes en 1830 où il dirige la réparation des navires endommagés. En 1829, Champollion est en voyage en Égypte. Méhémet-Ali offre à la France les deux obélisques dressés devant le temple de Louxor pour montrer sa reconnaissance. Cependant seul celui situé à l'occident est choisi. En échange de ce cadeau, Louis-Philippe offre en 1845, une horloge en cuivre qui orne la citadelle du Caire, mais qui ne fonctionnera jamais, probablement endommagée lors de sa livraison.

Pour transporter l'obélisque, un navire à fond plat conçu par Lebas est construit à l'arsenal de Toulon, on le baptise Luxor. Il quitte le port de Toulon le 15 avril 1831 et ne met que trois semaines pour traverser la Méditerranée et arriver à Alexandrie. Mais il faudra trois mois pour le haler sur les eaux basses du Nil et quatre cents hommes qui s'attèlent à l'avant du navire sous l'implacable soleil de l'été égyptien. Puis vient le travail de terrassement et de déblaiement du monolithe de granit rose enfoui dans le sable et ensuite l'embarquement sur le navire qui avait été spécialement conçu à cette fin. Le 25 août 1832, le Luxor chargé de son trésor descend le Nil, reprend la mer et arrive à Toulon le 10 mai 1833. Champollion, qui meurt à Paris à l'âge de 41 ans, le 4 mars 1832, ne verra jamais l'obélisque érigé sur la place de la Concorde. Poursuivant son périple, le Luxor remonte la Seine et accoste au pont de la Concorde, le 23 décembre 1833. Mais ce n’est qu’en août 1834 que l’obélisque extrait du bateau est hissé sur la rampe du pont de la Concorde. En Bretagne on taille un piedestal de granit de 240 tonnes pour supporter le mastodonte, on y inscrit les méthodes qui ont permis le transport puis l’érection de l’obélisque. Le 25 octobre 1836, il est dressé sur la place de la Concorde, au milieu d'une foule enthousiaste et au prix de mille difficultés techniques que rappellent les bas-reliefs gravés sur le socle du monument. Lebas raconte lui-même les péripéties qui ont marqué la translation de l'obélisque et son élévation.

L'ouvrage est signé Appolinaire Lebas, Ingénieur de la Marine, Conservateur du Musée naval : "Après avoir porté dans la patrie des Pharaons nos armes victorieuses, le vainqueur de l'Egypte, rappelé en France par des événements que sa présence et son génie auraient su prévenir, devait en effet tenir à l'honneur de doter le pays d'un semblable trophée, et de laisser après lui un irrécupérable témoin de notre étonnante campagne de 1789... Transporté à dix-huit cents lieux du sol où il fut érigé pour la première fois il y a trente-trois siècles, l'obélisque de Louqsor, désormais à l'abri de tous les événements qui pouvaient menacer sa conservation, s'élève sur la plus belle de nos places, où il rappelle de glorieux souvenirs". Le vice-roi Méhémet-Ali s'intéressa personnellement au projet qui le dépossédait pourtant du monolithe... D'Alexandrie au Caire les échouages se multiplièrent sur les bancs de sable, mais on avait commis l'imprudence de payer les haleurs à la journée : ils n'étaient pas pressés d'arriver pour se trouver sans emploi. Il fallut plus de deux semaines, les eaux du Nil devenant jaunâtres annonçaient la crue. Enfin le convoi arriva en vue des ruines de Thèbes et Lebas oublia tous ses tracas. "Tout disparut à mes yeux, pour la première fois, dit Lebas, la vue des ruines de Thèbes éveilla dans l'âme d'un voyageur d'autres idées que des souvenirs d'histoire, de grandeur et de décadence"... Quatre cents fellahs creusèrent le sable sous le soleil d'Egypte qui faisait monter le thermomètre à plus de cinquante degrés. Il fallut ensuite incliner la lourde masse de 85 mètres cubes, pesant 229.500 kgs et haute de 22.84 mètres ! L'ingénieur raconte minutieusement le travail et accompagne son récit de planches descriptives et de calculs savants. Le 23 octobre l'obélisque est habillé, les cabestans bien arrimés, les cordages en place et près de deux cents hommes sont à leur poste. Les manoeuvres d'abattage et l'embarquement sur l'allège demandent deux mois de travail : il a fallut par exemple scier l'avant du navire en travers du mât de misaine, glisser le monolithe et recoller les morceaux du Luxor. Mais quand tout est prêt, le Nil a baissé. En attendant, l'ingénieur Lebas peut se distraire et son récit est plein de ses découvertes au cours de ses longues excursions. En été, le Nil est capricieux, il monte, il baisse un peu, remonte, et les jours passent et ce n'est que le premier janvier que le Luxor peut franchir la barre et entrer dans la mer. Les aventures lointaines étaient terminées et dans la nuit du 10 au 11 mai 1833, le Luxor, parti le 15 avril 1831 de Toulon, était de retour dans la rade : plus de deux ans d'aventures ! Le Luxor ayant voyagé par mer et remonté la Seine, grâce à une cale qui le soutenait quand le lit était peu profond, arriva en décembre 1833 mais il fallut attendre le mois d'août 1834 pour qu'il s'échouât. Adolphe Thiers chargea Lebas de dresser l'obélisque sur la place de la Concorde, ce qui demanda de gros travaux d'aménagement des berges de la Seine...

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 Le 25 octobre, dès le matin plus de deux cents mille personnes étaient répandues sur la place des Tuileries, dans l'avenue des Champs-Elysées, et attendaient avec une avide curiosité l'érection de l'obélisque... Tout se termina bien, sans accident, sans victime et Lebas fut invité à dîner chez le roi Louis Philippe. L'obélisque tel qu'il est érigé sur la place de la Concorde, sur son socle de granit de Bretagne présente sur ses quatre faces des hiéroglyphes à la mémoire des pharaons. Sur la face qui regarde l'avenue des Champs-Elysées et l'Arc de Triomphe, se trouve la grande inscription en lettres d'or qui rappelle la cérémonie de mise en place le 25 octobre : En présente du roi LOUIS-PHILIPPE 1er, cet obélisque transporté de Louqsor en France a été dressé sur ce piedestal par M. LEBAS, ingénieur aux applaudissements d'un peuple immense. A noter que le nom de Lebas, l'ingénieur varois du Luc est en aussi gros caractères que celui de Louis-Philippe.

Source : D'après un article paru dans Les amis des villages varois N° 39 - Août-Octobre 1974. Texte enrichi de recherches complémentaires faites par moi-même.

Ci-dessous, la tombe de Lebas au cimetière du Père-Lachaise

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