Madame de Sévigné

Statue de Madame de Sevigné sur une place du village de Grignan (Wikipédia)

Château de Grignan

Le château est perché sur un tertre rocheux du petit village médiéval de Grignan. Des travaux réalisés dès la fin du XVème siècle par Gaucher d'Adhémar, puis par son fils Louis, descendants des premiers seigneurs du lieu, ont métamorphosé l’austère logis féodal en un fastueux édifice de style Renaissance. Depuis qu’il en a hérité, François de Castellane, comte de Grignan, s’est à son tour lancé dans des travaux pour maintenir la demeure à la hauteur de ses fonctions. Militaire de carrière, il est lieutenant général de Provence et, à ce titre, représente le roi dans la région. Nommé à ce poste en 1669, à l'âge de 36 ans, il s’est marié la même année, en troisièmes noces, avec Françoise-Marguerite de Sévigné. Françoise de Sévigné est le fille du marquis Henri de Sévigné et de Marie de Rabutin-Chantal.

Le comte de Grignan entretient l’habitation à grands frais, l’agrandit et l’embellit. Une entrée d’honneur est aménagée dans la longue façade sud. Il entame la construction de l’aile dite aile "des prélats", (qui restera inachevée), pour ses frères, l'archevêque d’Arles et l'évêque de Carcassonne, qui habitent sur place. La terrasse, d’où l’on embrasse un superbe panorama à 360 degrés sur la plaine, le mont Ventoux et les dentelles de Montmirail jusqu’aux monts d’Ardèche, est entourée de balustres qui renforcent le caractère grandiose du site. Des lambris d’appui sont placés sur les murs intérieurs. Au fait des dernières tendances de Paris et de la Cour, Françoise Marguerite les fait recouvrir d’étoffes chatoyantes. Elles ajoutent leur éclat au luxe des meubles précieux, des tableaux et des objets d’art.

Marquise de Sévigné

Le couple mène grand train. Madame de Sévigné s’inquiète. "Quand je me représente la quantité de monde que vous êtes à Grignan, que c’est cela être dans son château à se reposer un peu des autres dépenses, je voudrais en rire si je pouvais", écrit-elle. Les dettes s’accumulent. Après la mort du comte et de la comtesse de Grignan, leur fille et héritière, Pauline de Simiane, ne peut faire face aux créanciers et est obligée de vendre les terres et le château. Passé entre les mains d’un présumé "émigré", il est démantelé pendant la Révolution. Le mobilier est vendu et les pillards achèvent le désastre. Au début du XIXe siècle, le monument, abandonné, mais toujours marqué par le souvenir de Madame de Sévigné, est en ruine.

Château de Grignan-Intérieur

Cour intérieure du château (Photo Wikipédia)

C’est alors qu’entrent en lice les passionnés de vieilles pierres. En 1838, le Grignanais Léopold Faure donne le coup d’envoi du sauvetage. Il restaure le châtelet d’entrée, stabilise les ruines et bat la campagne pour retrouver les collections. La voie est ouverte pour une autre intervention providentielle, celle de Marie Fontaine. Veuve et fortunée, elle rachète le château en 1912 et s’engage avec passion dans sa rénovation, avec des artisans régionaux. Même si son souci d’exactitude ne va pas jusqu’à recréer la complexité des espaces intérieurs, préférant les adapter à un usage plus moderne et confortable, elle mène le projet de façon éclairée. Aidée par des érudits, elle étudie les estampes et documents d’archives, et s’appuie sur les éléments d’architecture encore en place pour rétablir le bâti et réinterpréter le décor intérieur. Depuis 1979, le département de la Drôme, nouveau propriétaire des lieux, a pris le relais et a décidé d'ouvrir le château au public. Peu à peu, il a été remeublé au plus près des descriptions retrouvées dans les inventaires des XVIIème et XVIIIème siècles. Les pièces d’apparat ont retrouvé leur lustre d'antan et le château revit comme si l’histoire de ses murs ne s’était jamais interrompue. Et comme au temps des Grignan et de Madame de Sévigné, les acteurs, musiciens et écrivains réinvestissent régulièrement les lieux pour leur donner une nouvelle dimension culturelle.

Source : D'après un article paru dans "Art & Décoration" N°458 Février 2010.

Grignan