Champ d'oliviers

 J'emprunte ce qui suit à la "Collection des Mémoires ou de Lettres relatives aux effets, sur les oliviers de la gelée du 11 au 12 janvier 1820 (Paris, 1822)".

1 - "L'olivier faisait la richesse de la basse Provence et du bas Languedoc lorsque les gelées de l'hiver de 1709 en frappèrent de mort la plus grande partie , et depuis il semble n'avoir pas pu se relever de cette grande catastrophe ; de pareils accidents l'affectèrent plus fréquemment qu'autrefois". Cette constatation appuie ce que l'on a dit du refroidissement progressif de l'hémisphère boréal. l'olivier semble céder, comme la vigne, devant l'abaissement de la zone des grands froids. L'espace consacré à sa culture se rétrécit. On en trouve la preuve dans la connaissance que nous donnent certains monuments historiques de l'existence d'oliviers à Montélimart et même à Valence, où il n'y en a plus aujourd'hui.

2 - Gelée de 1820 dans le Var. - "En novembre 1819, quelques gelées modérées, favorables à la constitution de l'olivier, parce qu'elles s'opposent à un excès de végétation toujours dangereux pour cet arbre pendant l'hiver. Mais le temps s'étant bientôt adouci, et un vent remarquable par sa chaleur ayant même soufflé durant plusieurs jours du mois de décembre, l'olivier continua d'être en sève et d'avoir quelque végétation ; elle se fit surtout remarquer sur les arbres jeunes, vigoureux et bien cultivés, sur les greffes et dans les pépinières. Ce fut dans ces circonstances que, le 8 janiver 1820, un vent de bise assez vif vint refroidir l'atmosphère. Le 9, il tomba de la neige, mais seulement l'épaisseur de quatre ou cinq pouces (10 à 12 centimètres). Le 10, le vent soufflant toujours, le froid augmenta encore jusqu'au 11, où le thermomètre Réaumur descendit à 11 degrés au dessous de la glace (13° 3/4 centigrades). Le 12, la température commença à s'adoucir un peu, et, le 14, une pluie douce amena le dégel. Les effets de la gelée se firent principalement remarquer par le déssèchement des feuilles et des jeunes rameaux. D'autres arbres, surtout ceux qui avaient souffert par d'anciennes gelées, avaient leur écorce soulevée et détachée ; quelques-uns, mais en petit nombre, étaient fendus perpendiculairement dans leur tronc".

3 - Monsieur de Gasquet, l'auteur de cet exposé dit que parmi les arbres gelés, il s'en trouvait qui donnaient ordinairement une production de 60 kg d'huile, et il ajoute en note : "La relation des effets du froid de 1709, conservée à Toulon, fait mention d'arbres qui produisaient 180 kg d'huile, et que, l'un dans l'autre, on pouvait supposer aux arbres une production moyenne de 60 kg d'huile". 

Ligurie-carte

 4 - Effets de la gelée en Ligurie et en Provence. - "Depuis Savone jusqu'à Nice, écrit M. Lautard de Marseille, les citronniers ont tous été coupés au pied ; sur la plage de cette dernière ville, le 14 décembre 1821, j'ai vu vendre le bois, de cet arbre 5 sous le quintal. Vers Savone, les orangers, qui craignent un peu moins le froid que les citronniers, sont encore en vie ; mais on les voit desséchés, à mesure qu'on se rapproche du Var. A Menton, on n'en voit plus que quelques uns, et à Nice ils sont tous morts ; ceux d'Hyères ont tous péri. De Savone à Nice, les oliviers n'ont éprouvé aucun mal ; il étaient même cette année de la plus grande beauté, et ils ont donné une très grande quantité de fruits. Immédiatement après avoir passé le Var, on commence à voir de loin en loin quelques rameaux d'oliviers desséchés. A Cannes, à Antibes et jusqu'au pied des montagnes de l'Estérel, le mal va progressivement en augmentant. A Fréjus, il est beaucoup plus sensible : on y voit déjà des oliviers coupés aux grosses branches. Dès qu'on arrive au Luc, les oliveraies offrent le plus triste aspect. Les arbres sont coupés au pied, et le long de la route depuis cette ville jusqu'à Marseille, on ne voit pas un olivier debout. A l'extrémité occidentale du territoire de Marseille, le mal semble moins grand. Dès le Martègues, on voit encore de beaux arbres, et dans les coteaux d'Istres ainsi que dans les plaines de Salon et d'Arles, le froid n'en a tué qu'à peu près le tiers".

5 - Années de mortalité des oliviers - 1476, 1507, 1518, 1608, 1709, 1749, 1755, 1766, 1767, 1768, 1789, 1794, 1820, 1929, 1956...

Source : Les Archives de Trans en Provence n°28 - mars 1933 - Jean Barles. 

Un olivier séculaire au tronc noueux