Tour Charles Quint

Au XVIe siècle, durant une vingtaine d'années, le Roi de France, François 1er, lutta contre l'empereur Charles Quint, à la fois Empereur d'Allemagne, d'Autriche, Roi d'Espagne et possesseur de tout le Nouveau Monde, découvert depuis peu. "Un souverain dont on a dit que le soleil ne se couchait pas sur ses Etats". Cette puissance s'anéantit, les nationalités se reformèrent. Il est rare qu'un très grand empire subsiste. Mais, en 1536, Charles Quint, tout puissant, pénétra en Provence à la tête d'une armée. C'était le 24 juillet. François 1er ordonna à ses sujets provençaux de tout détruire sur le passage de l'envahisseur, afin d'affamer ses troupes. On lui obéit et partout le patriotisme des populations s'associa aux efforts du Roi de France. Le Muy obéissant aux ordres, détruisit ses provisions, ses récoltes, ses moulins, combla ses puits de manière à ne plus présenter aucun intérêt pour l'ennemi.

Charles Quint

L'empereur Charles Quint

Le Grand Empereur auquel les Provençaux décochèrent le sobriquet de "Pavan" (paon), ne put se maintenir chez nous et abandonna le pays dévasté sans parvenir à s'emparer de Marseille. Les femmes, elles-mêmes, luttèrent sur les murailles et les Marseillais honorèrent le courage de leurs aïeules par le "Boulevard des Dames". Mais, lorsque Charles Quint arriva devant les remparts du Muy, son armée n'était pas encore vaincue. De hardis jeunes gens, résolus à se sacrifier pour tuer l'Empereur, s'enfermèrent dans la tour Notre-Dame qui aujourd'hui encore domine ce village. Le 13 septembre, les Impériaux parurent. Dans un groupe de seigneurs, les Muyois, aux aguets, distinguèrent un personnage plus richement vêtu que les autres. Ils le prirent pour Charles Quint, visèrent vers lui et l'abatirent à coups de mousquet. Ce n'était que Garci Lasso de la Vega, Prince des poètes espagnols. Charles Quint ordonna l'assaut de la tour, mais la résistance des assiégés ayant retardé les mouvements de l'armée, l'Empereur, pour en finir, engagea les Muyois à se rendre, en les assurant de son pardon. Ils crurent en cette parole impériale, et, lorsqu'ils furent descendus de la tour, on les pendit.

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Portrait supposé du poète Garci Lasso de la Vega

Pendant de nombreuses années, non seulement rien n'a commémoré l'héroïsme et le malheur des patriotes du Muy, défendant leur pays envahi, mais encore, on avait laissé les descendants étrangers du poète ennemi Garci Lasso de la Vega, sceller une plaque commémorative contre la tour. On eût aimé lire à la place de ces noms, qui sont une offense pour nos sentiments, ceux des quelques Provençaux, assez braves pour n'avoir pas hésité à se sacrifier devant une armée. Les Provençaux savent depuis longtemps, que tout ce qui concerne la gloire de leur peuple, a été systématiquement étouffé et que ceux qui écrivent l'histoire officielle, enseignée à nos enfants dans les écoles, n'ont laissé aux Méridionaux que la célébrité du ridicule. Quelques auteurs prétendirent que cinquante Muyois s'enfermèrent dans la tour ; il y avait parmi eux trente paysans et vingt villageois. Cinq noms surnagèrent de l'oubli : Albaud, Châteauneuf, Escragnole, Boniface et Balb. Ce dernier patronyme était celui d'une vieille famille provençale qui posséda la seigneurie du Muy du XIIIe au XVe siècle. Au moment de l'invasion de Charles Quint, la seigneurie locale appartenait à Jean de Pointevès.

Source : D'après le livre "Les martyrs de la tour Notre-Dame" - Léon Arnaud - 1982.

Nota : Edifiée au XIIIème siècle, la tour Notre-dame et son castelet accolé (construit ultérieurement) était la pièce maîtresse du système de défense du village (tour des moulins au XVIe siècle). Aujourd'hui, elle est plus communément appelée " tour Charles Quint " en souvenir de la résistance des muyois qui s'opposèrent en 1536 à Charles Quint qui envahissait la Provence. Cette tour située à l'entrée Est de la ville existait probablement en 1252. En effet, lors de l'inventaire des biens du nouveau Comte de Provence, Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, dans la cité de "Modio" (Ancien nom du Muy), il est dit qu'il existe une tour. Cette tour, très imposante marque le village depuis cette époque.