Maurice_Lachâtre

Maurice Lachâtre

Connaissez-vous Maurice Lachâtre ? Les Muyois qui connaissent bien leur cité vous diront que c'est un nom de rue. Rares sont ceux qui pourront vous narrer dans les détails sa biographie. Né le 14 octobre 1814 à Issoudun (Indre) et décédé le 9 mars 1900 à Paris. Il appartient à la noblesse car son vrai nom est Maurice de la Châtre et, de fait, destiné à jouir des privilèges de sa naissance. Il s'installe à Paris, en pleine Monarchie de Juillet, devient éditeur et directeur du journal "Le Vengeur", à tendance républicaine. Dans sa profession d'éditeur, il n'hésite pas à publier des auteurs contemporains, tels qu'Eugène Sue qui, avec "Les Mystères de Paris", lui vaudront une condamnation sous le Segond Empire. Ses écrits et ses idées à tendance démocratique feront de lui un dissident du régime monarchique. Il devra alors s'enfuir de la capitale et se réfugier en Provence, où nous le retrouvons au Muy en 1835. Dégoûté de l'esprit de la noblesse, il se désolidarise complètement de celle-ci, supprime la particule de son nom et devient Maurice Lachâtre. C'est sous ce patronyme qu'il sera connu dans notre cité. Homme cultivé et généreux, il ne tarde pas à mettre son savoir au service de la population muyoise, et devient ainsi instituteur de notre village. C'est dans un local de la rue Grande qu'il exerce sa profession, lui assurant ainsi ses moyens d'existence. Adopté par la majorité de la population, où prédominait une politique républicaine, Maurice Lachâtre jouissait d'une grande estime dans la commune. Plus d'une famille lui témoignera son amitié. En particulier, celle des Ourgias, dont l'appartement était voisin du sien, composé des frères qui s'employaient à la dure profession de radeleur, métier qui consistait à convoyer par flottaison sur l'Argens, des billots de bois venant du coeur des Maures jusqu'au "débousquadou" (débarcadère) du Muy. Ces hommes étaient de rudes colosses et frondeurs, n'hésitant pas à défendre leur bon droit par la manière forte, détail qui aura son importance par la suite. Un petit matin, la police impériale ayant réussi à localiser Lachâtre au Muy, essaya de l'arrêter pour le fusiller ; ne pouvant se défendre seul devant le nombre de policiers, l'instituteur appela à l'aide. Entendu par ses amis Ourgias, ces derniers se hâtèrent de lui porter secours.

Radeleur

Le radelage ou flottage du bois (Photo Centre culturel du pays d'Orthe)

Tels des Hercules, ils rossèrent à coups de crochets de flottaison les agents de Napoléon III. En témoignage de sa reconnaissance, Maurice Lachâtre établit de ses mains un parchemin et en fit don à ses valeureux sauveteurs. Sauvé, il n'en demeura pas moins un opposant au régime impérial et, avec la complicité des Muyois, il restera dans la clandestinité pendant encore quelques temps. Il n'obtint sa grâce qu'à la chute de l'Empire vers 1870 et de cette façon, il put reprendre au grand jour ses activités littéraires. Homme dévoué à une cause qui n'a jamais failli dans ses idées et ses actions, soutenu par tous, telle était cette personnalité qui a vraiment mérité l'estime et le coeur de nos aïeux. Ces derniers ont voulu l'honorer après sa mort en donnant son nom à une rue du Muy.

Auteur : Jean Chavanas - ancien président du Syndicat d'Initiative - aujourd'hui décédé, dans le Guide touristique "Le Muy de Provence" édité par le Syndicat d'Initiative en 1990.