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30 septembre 2021

Saint Honorat, abbé de Lérins et évêque d'Arles

 

Saint Honorat

Honorat est né dans l'aristocratie gallo-romaine. Il reçoit une éducation classique, mais sa vocation religieuse se manifeste très tôt, et en particulier son attirance pour la vie monastique. Cependant, ce renoncement au monde va entraîner l'hostilité de sa famille, surtout celle de son père qui voit s'effondrer tous les espoirs qu'ils avait placés en son fils. A la vie confortable que lui promet son père, il préfère répondre à l'appel du Christ. C'est probablement vers l'âge de quinze ou seize ans qu'il se convertit ainsi que son frère aîné, Venantius (Venance). C'est avec lui qu'il entreprendra quelques années plus tard, un périple en Orient pour visiter les lieux saints de Palestine, de Syrie et d'Égypte. Vers 368 ils embarquent à Marseille. Mais malheureusement Venantius décède lors de ce voyage. Et Honorat, malade après ce séjour dramatique, revient en Occident afin de poursuivre son ascèse* sous des cieux plus cléments. Après un bref séjour en Italie, où il noue des liens d'amitié avec les communautés chrétiennes du pays, il rentre à pied en Gaule du sud, accompagné de Caprais, son père spirituel. Il séjourne un moment dans la cité militaire romaine de Fréjus. On vient de loin pour l'écouter, mais cette célébrité lui devient pesante et pour finir insupportable. L'appel de la solitude se fait ressentir avec de plus en plus d'insistance. Et c'est toujours accompagné de Caprais qu'il s'installe comme ermite dans une grotte du Cap-Roux, perdue dans le désert du massif de l’Estérel, où les deux hommes tentent de mettre en pratique les enseignements qu'ils ont reçus des pères. Mais bientôt, sa célébrité le rattrape à nouveau et les visiteurs se font trop nombreux, bien trop nombreux. Il faut partir une nouvelle fois.

Mais où ? A Lérins (Lérina), bien sûr, sur la petite île des deux îles, celle qui ressemble à un désert et qui est située au large de Cannes. L'autre île porte le nom de Sainte-Marguerite. Honorat demande à un pêcheur d'Agay de les conduire sur l'île. Mais voilà : l'île est petite, inhabitable, sans eau, remplie de serpents. Mais rien ne fait peur aux deux complices. Personne ne croit qu'ils y resteront plus d'un jour. Mais Honorat et Caprais bâtissent deux abris sommaires avec des pierres plates et des branchages, et ils reprennent la vie d'ermité qu'ils avaient commencée au Cap-Roux. Et c'est ainsi que peu à peu, dans l'absolue solitude de Lérins à peine troublée par le passage, de temps en temps, d'un pêcheur qui apporte de l'eau et quelques galettes de pain confectionnées par les fidèles d'Agay, qu'Honorat se prépare à la plus haute perfection, en compagnie de Caprais. Mais, comme il fallait s'y attendre, l'occupation de l'île par Honorat et Caprais provoque un grand mouvement de curiosité sur tout le littoral. Et au grand désespoir des deux solitaires, se produit le contraire de ce qu'ils avaient espéré : de plus en plus nombreuse la foule réapparait devant leur ermitage. Certains, parmi cette foule, touchés par l'exemple des deux moines, se construisent un abri sur le rocher, quémandant humblement chaque jour un conseil pour se livrer à leur tour aux mortifications corporelles et à la purification de l'esprit, prélude au grand voyage vers les immensités intérieures où les happait l'irrésistible appel de Dieu. On les voit faire pieds nus le tour de l'île.

Lérins

Après avoir longuement prié, Honorat demande enfin conseil à l'évêque Léonce, et il se décide entre 400 et 410, avec quelques compagnons à fonder le deuxième monastère chrétien de Gaule romaine sur la plus petite des îles de Lérins. Ce monastère comptera parmi les plus illustres et les plus puissants de la chrétienté. Avant l'arrivée des moines, les marins redoutaient d'accoster sur cette île en cas de tempête, tant elle était sauvage et inhospitalière. Après qu'Honorat s'y fut installé, beaucoup firent le détour pour recevoir son hospitalité. Honorat avait un don très particulier, il lisait dans la vie et le coeur de ceux qui venaient à lui, comprenait tout de suite leurs peines, leurs joies, et quelles étaient leurs préoccupations premières.

A cette époque, les relations entre les hommes étaient brutales et violentes. La vie (surtout celle des esclaves et des femmes) n'avait pas beaucoup de valeur... Le christianisme apporta de nouvelles valeurs vis-à-vis des rapports humains comme l'attention aux autres, le respect des autres, la tendresse, la solidarité envers les autres. Ce dont témoignait Honorat avec ceux qu'il rencontrait. Son biographe et ami, saint Hilaire, disait de lui qu'il "changeait les fauves en hommes"Au monastère, Honorat met tout en oeuvre pour faire avancer ses disciples dans les voies de la perfection. En l'an 420, Patrick d'Irlande (le futur Saint Patrick) vient à l'abbaye de Lérins pour étudier la théologie. Il reste deux ans, puis retourne en Irlande évangéliser et construire des églises, des monastères et des écoles. 

  La renommée d'Honorat est grande, et à la mort de l'évêque d'Arles, devenue en 395, capitale des Gaules et de l'Empire, il va devoir quitter son île pour être, contre son gré, placé sur le siège épiscopal d'Arles. N'ayant pas été consulté, il refuse d'abord puis finit par accepter de devenir évêque d'Arles. C'est Maxime, deuxième abbé de Lérins, qui le remplace à la tête du monastère. Célestin 1er écrira en 428 à tous les évêques du sud-est de la Gaule pour leur demander qu'à l'avenir "un prêtre ne soit élu, venant d'une autre Eglise, que dans le cas où aucun clerc de l'Eglise à pourvoir ne serait jugé digne, etc..."

Saint Honorat évêque d'Arles

 Honorat se sait malade et en sursis, mais renonce cependant à finir sa vie dans la paix de son île, et s'en va à Arles. A son arrivée, il trouve les caisses du trésor pleines de richesses amassées par ses prédécesseurs. Il n'hésite pas et redistribue toutes ces richesses aux donateurs, ne se réservant pour l'évêché "que ce qui devait suffire aux nécessités du ministère." Honorat fait rapidement l'unanimité dans son diocèse. Mais le travail à accomplir est énorme. Le 6 janvier 430, bien que faible, il se rend dans sa cathédrale pour prêcher. Mais à son retour, il doit s'aliter. A cette nouvelle, ses amis du diocèse d'Arles et de l'île de Lérins accourent à son chevet, Hilaire en tête, qui nous dit "Leur douleur lui était plus pénible que la sienne propre." Lorsqu'il entra en agonie, les corps constitués affluèrent, ainsi que le préfet en exercice et les anciens préfets, selon l'usage de l'époque. Le Saint ne manqua pas une si belle occasion de les chapitrer. Et, toujours grâce à Hilaire, nous possédons l'unique sermon qui ait été conservé d'Honorat : "Voyez quelle fragile demeure nous habitons ! Si haut que nous montions, la mort nous en fera descendre. Vivez donc votre vie de telle façon que vous ne redoutiez pas le terme, et ce que nous appelons la mort, attendez-le comme un simple passage." Puis, après les avoir menacés de l'enfer, il rappela ce que fut sa règle monastique. "Il faut que l'esprit reconnaisse sa nature supérieure et livre combat aux vices charnels. Ce n'est qu'à ce prix qu'il conservera l'une et l'autre substance sans tache pour la paix éternelle". Enfin, il lança un suprême avertissement concernant tous les moines de l'avenir : "Que nul parmi vous ne soit prisonnier de l'amour excessif du monde. Que personne ne s'abandonne aux richesses." Et il répétera avant de s'endormir dans la paix de la mort : "Que nul ne soit l'esclave de l'argent, que nul ne se laisse corrompre par la vaine apparence des biens terrestres. C'est un crime de faire un instrument de perdition de ce qui pourrait vous servir à acheter le salut, et de rendre esclave au moyen de ce qui pourrait vous reconquérir la liberté."

Ile Saint-Honorat

  Seize siècles nous séparent de l’arrivée de saint Honorat sur l’île qui porte aujourd’hui son nom. Pendant toute cette période, la vie monastique a été menée à Lérins de façon presque ininterrompue jusqu’à nos jours. L'île  qui accueillit saint Loup de Troyes, saint Eucher de Lyon ou saint Césaire d'Arles, appartient aujourd’hui aux moines de la Congrégation cistercienne de l’Immaculée Conception de l'abbaye de Sénanque.

*Ascèse : L'ascèse ou ascétisme est une discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à tendre vers une perfection. L'ascèse est couramment rattachée à diverses religions, mais son usage n'est pas limité à celles-ci. (Source : Wikipédia).

Source : D'après le livre de Mireille Labrousse, Saint Honorat, fondateur de Lérins et évêque d’Arles. Étude et traduction de textes d’Hilaire d’Arles, Fauste de Riez et Césaire d’Arles, Bellefontaine, 1995. 

 

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Commentaires
C
bonjour très beau reportage merci de partager se savoir cdlt RL
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